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HISTOIRE
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FLORENCE
OUVRAGES DU MÊME AUTEUR
JérôflM Savonarol*, m t1«, ••■ prédioatUm*, ■•« éoiiU. Oufnige couronne par
l'Acadimie frtnçiase. 3« édition. 1 toI. in-12 (Haehetla).
iMiu MM d« révolatiM m Italto. 1848-1849. 1 fol. io-lS (Hachette).
Attoaae Merosl, prévM dM marohaBda. fr édition, dans la collection municipale de
rUifltoira de Paris. 1 toI. in4.
■lalolra da la UUdratara Italianaa, dapala aaa orifiaaa Joaqa'à noa Jonra. 2« édition.
1 ToI. in-li (Delagrafe).
Laa aarlagaa •apagnols aona la régna i'Baari IV ai la réganoa da Maria da
Médiola. Ouvrage couronné par l'Académie française. 1 vol. in-8 (Didier).
L'igllaa ai l'Eut an rranea, aooa la régna d*Banri rv at la réganoa da Bfaria da
Médlala. Ouvrage couronné par l'Académie française. S vol. in-8 (Pedone-Laoricl)
La démooraUa an Franoa an mofan âga. Ouvrage couronné par l'Acadéinie dcb
sciences morales et politiques. S" édition. S toI. in-li (Didier).;
itada klatorl«M aor SoUy, couronnée par l'Académio française.
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La oomiaaaa MathUda da Toaoana at la Saint-lUéga (1865).
Un proeéa orImiBal aoaa la régna d'Henri HT (1867).
La dno da LanM alla ooor d'Bapagna aana la régna da Philippe III (1870).
MioMira eritlqoa aar l'aatanr ai la oooipoaittoB daa Œooaomlaa Royalaa (1871).
Tjpograpbio Uhure» rue de Fleurus» 9, à Paris.
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TOME SECOND
PARIS
LIBRAIRIE HACHETTE ET C
79, BOULEVARD SAINT-GERNAIM, 79
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ÙroitM (to proprièCé et de tnutucUon féMrvés.
nuToiu DT, rLOnxiiCE.
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HISTOIRE
DE
FLORENCE
LIVRE IV
CHAPITRE PREMIER
LE GOUVERNEMENT DES GIBELINS
— 1261-1«66 —
Guerre des gibelins de Florence contre Lacques et les guelfes réfugiés (1261). —
Négociation des guelfes avec Gonradin. — Atermoiements de la cour d'Aile-
magne. — TentatÎTe des guelfes pour rentrer à Florence (26 septembre 1262).
Occupation et abandon de Signa. — Campagne des gibelins dans le val d'Arno
inférieur (printemps de 1263). — Traité avec Lucques. — Expulsion des
guelfes. — Ils se retirent à Bologne. — Ils se font mercenaires à Modène et
à Reggio (1264). -^ Ils se relèvent progressivement. — Manfred noue contre
eux des alliances. — Négociations du saint-sicge pour lui susciter un rival. —
Charles d* Anjou. — Lenteur de la négociation. — Clément IV en hâte la fin
(1265). — Ses emprunts aux banquiers toscans. — Armée de Charles. — Ar-
rivée de Charles i Rome (mai 1265). — Il jure le traité (29 mai). — ^ou-
velles négociations financières. — Accueil fait à l'armée française en Italie. —
Sa marche vers Rome. — Elle est grossie des guelfes toscans. — Agitation et
combats en Toscane. — Manfred cherche un accommodement. — Bataille de Bé-
névent (26 février 1266). — Défaite et mort de Manfred. — Jugement des
Italiens à son égard.
Quoique la dominalion gibeline fût matériellement
établie à Florence, les courages y étaient encore frémis-
sants. Il ne fallut guère moins d'une année à Guido No-
mST. DE FLOBOIGI. — H. i
â GUERRE DES GIBELINS DE FLORENCE (An. 1261)
vello pour les calmer ou les réduire, en leur faisant sen-
tir, par Tappareil de sa puissance, Tinanité de toute ré-
bellion. C'est seulement en septembre 1261 qu'il se crut
en mesure de traiter la province comme la ville, d'y sou-
mettre les pacifiques et d'y forcer au départ les belliqueux.
Oter à ceux-ci ce voisin refuge de Lucques où ils répa-
raient leurs forces et préparaient leur revanche, c'était
en somme accomplir du même coup les deux parties de
cette tâche, caries tièdes cessent d'être à craindre, dès
qu'on écarte d'eux ce qui les pourrait échauffer. C'est donc
contre Lucques que Guido Novello entreprit de faire cam-
pagne. Aux mille cavaliers allemands dont il disposait,
il joignit deux mille cavaliers toscans, et « une grande
foule de peuple », composant les milices à pied^ Ayant
enlevé sans peine aux Lucquois Castelfranco et Santa
Croce', il crut, dans son impéritie militaire, que l'ex-
pédition ne serait qu'une promenade. Santa Maria a
Monte' le détrompa cruellement : trois mois elle le retint
au pied de ses modestes murailles. La famine seule lui
ouvrit les portes; encore dut-il acheter la soumission
d'une poignée d'hommes exténués, en garantissant toute
sécurité aux personnes et aux biens. Plus graves encore
furent les difficultés devant Fucecchio*. La fleur du parti
i E popolo grandissimo (Villani, VI, 83). C'est ainsi, dVdinaire, sans
prendre la peine de les compter et d*en donner le nombre, que les chroni-
queurs parlent des hommes de pied.
* Castelfranco di sotto, val d*Amo inférieur, rive droite de TArno, vica-
riat de Fucecchio, évèché de Lucques. — Santa Croce même pays, patrie
de Lami (Repetli, I, 545, V, 157).
' Val d'Âmo inférieur, à trois milles ouest de Castelfranco (Repetti, lU,
71).
^ Montecalvoli, à 4 milles ouest de Castelfranco en face de Pontedera,
et Pozzo à un mille de Santa Maria a Monte (Repetti^ Ul, 330, IV, 630) se
(An. lS6i) CONTRE LDCQUES ET LES GUELFES. 5
guelfe s'y était jetée, pour prévenir la chute de ce boule-
vard avancé. Les pluies de décembre avaient rendu im-
praticables les alentours, en tout temps marécageux. Un
siège d'hiver n'étant point à tenter, Guido Novello n'es-
péra plus qu'en un prompt et hardi coup de main. Il fit
appel à tout ce que Florence, Pise, Sienne, Pisfoia et les
autres villes de son parti avaient de gibelins disponibles ^ ;
mais, après un mois d'inutiles escarmouches, il dut re-
brousser chemin'. Jusqu'au printemps, il se voyait con-
damnée l'inaction, triste début pour le hobereau inca-
pable, dont l'aveugle caprice de la fortune avait fait un
comte palatin, un capitaine, et le départ de Giordano un
vicaire général du roi en Toscane'.
Cette saison de répit ne fut point perdue pour les guel-
fes. Ils reprirent auprès de Conradin la négociation
ouverte en 1259. Étrange au premier abord, elle était
logique et néci'ssaire. Les avances deManfred repoussées,
il ne restait plus qu'à se tourner vers son rival. Il fallait
aux vaincus des forces et un chef. Richard de Cornouail-
les s'était dérobé au périlleux honneur de l'être. En vain
on l'avait convié à une entreprise contre « l'ancien prince
de Tarente» : il n'avait aucun goût, disait-il, à conqué-
rir le royaume de la lune*. Il préférait faire le généreux
en ledonnantà autrui. A l'investiture du duché de Souabe
rendirent après la chute de cette dernière ^lace, mais elles n*avaiont pas
d*importance.
* E furoiio alla detta cotnpagnia Pisani e Sancsî c Fiorentini ghibellini e
Pistolesi e altre terre assai (Simone délia Tosa, i'iCI, p. 199).
« Villani, VI, 83. Stefani, H, 127. Paolino, U, 26. Ammirato, 1. II, 1. 1,
p. 126.
' In Tuscia comitis palatini, nunc regii in Tuscia Ticarii generalis (Ca-
leffo vecchiOy p. 465 v*. Doc. du 16 octobre 1264).
^ Idem est ac si quis diceret : Vende Tel do tibi lunam, ascende et ap-
prrhcnde eam (Matth. Paris, 864, cité par Saint-Priest, I, 243).
4 NÉGOCIATIONS DES GUELFES (An. 1261
et des terres d'empire qu'il conférait à Conradin, pour
gagner des partisans parmi ceux des Hohenstaufen , il
joignait avec une libéralité facile le titre de roi de Sicile
et de Jérusalem *. Ce n'était qu'un mot, mais ce mot rat-
tachait Conradin à l'Italie, justifiait la précédente am-
bassade des guelfes, en autorisait de nouvelles. Resserrées
jadis comme dans un étau par la formidable puissance
qu'exerçait au nord et au midi Frédéric IF , Rome et la
Toscane portaient avec moins de crainte leurs regards
vers la lointaine Allemagne, depuis que l'étau , violem-
ment brisé par l'usurpation, ne pouvait plus les écra-
ser.
A peine établis à Lucques, Guido Guerra, capitaine
des fugitifs, et leurpotestal Maghinardo, comte de Pani-
cote> avaient donc envoyé à Conradin Guido Altoviti de
Florence, « syndic et ambassadeur des guelfes, dont les
paroles avaient du poids et les actes de la maturité. »
Deux autres Florentins et deux Lucquois l'accom-
pagnaient'. Reçu par Louis, comte palatin du Rhin et
duc de Davière, oncle et tuteur du jeune roi, Altoviti lui
exprima l'ardent désir d'une alliance qui amènerait en
» Janvier 1257. Cherrict, m, 80.
* Pe** nobilem et prudentem virum concivem Testrum dominum Guido-
iiem Altoviti de Florentia, sindicum et arnbasiatorem Testiiim, verbis qui-
dem pondère non carentibus et gcstibus maturitatem persone sue deccnti-
bus (Lih. mult, epist. Responsiva ad precedentem, ap. Cberrier, III, 511,
Append.). Selon Villani suivi par Aminirato, il y aurait eu deux ambassa-
deurs, Bonaccorso Bellincioni des Adimari et Simone Donati. Peut-être fu-
rent-ils envoyés ultérieurement. Selon Mazzarosa (I, 101), les Lucquois au-
raient aussi envoyé deux ambassadeurs. Quant à la date de Tambassade,
elle n'est pas clairement donnée par le ms. (actum apud Illuminestri anno
Domini MGCdm (sic) viii ydus niaij), mais elle résulte des paroles de
Villani. Au 1. VII, cb. 83, il est en 1261 , et au ch. 85 en 1262 (Panno ap-
presso). Donc au ch. 84 consacré à Tambassade, quand il dit c in questi
tenipi , » il parle de 1 261 .
(Ar. 1261) AYlilG GONAÂDIN. 5
Italie Gonradin ou un délégué de sa couronne, c< apte et
sufGsant^ o. Dans les lettres qui furent mises sous les
)euxdece prince, les guelfes, ces éternels adversaires
de l'Àlleniagne , se disaient humblement sujets du chef
(le l'Allemagne, « habitants de son royaume, torturés par
rinique tyrannie de Manfred, prince de Tarente*, » et ils
déclaraient ne faire qu'un avec le vaillant peuple de Flo-
rence '. « Quoique la témérité des ennemis , écrivaient-
ils, persiste dans ses pervers et cruels desseins, leurs
forces déjà presque épuisées seront bientôt réduites à
néant, car le saint-père nous a pris ouvertement, ainsi
que les Lucquois, sous sa protection puissante. Il a en-
serré Manfred, les Siennois, les gibelins et tous leurs
fauteurs dans les pénibles liens de l'excommunication, il
a soulevé contre eux la Marche, le duché (de Spolète), le
jardin de saint Pierre. Il nous a envoyé en qualité de
légat son chapelain, le révérend P. Dom Guala deVer-
ceil, pour nous venir en aide jusqu'à la confusion finale
des ennemis. Les guelfes d'Arezzo, nos alliés et nos frères,
tiennent toujours leur ville dans votre obéissance et ont
chassé leurs gibelins. Les cités de Romagne , beaucoup
de terres, de princes, de barons en Toscane, tiennent pour
nous. Les Lucquois mettent leur puissance à notre dispo-
sition. C'est pourquoi nous supplions Votre Sérénité, en
1 In quantum inhiantibus et ardentibuB devotionis vestre desidcriis nos-
trum felicem adTentum ad partes Italie vel alterius ydonei et sufflcientis
Icgati nostri per omnia laudabili proposito prcstolantes, adnecti et uniri
nobis indissolubili fédère cupiatis (Responsiva, etc., ap. Gberrier, III, 511,
Appcnd ).
* YestrU regnicolis, iniqua Manfridi principis Tarentini tyranide cru-
ciatis {lÀh. mult, epitt. Pars Guelfi tcribit^ etc., ap. Gberrier, III, 509,
Àppend.).
' Nos et strenuum populum Florentie, euro quo unnm et idem sumus
(/Wd.,p. 509).
6 PROMESSES DE œNRADIN. (An. 1261)
qui réside tout notre espoir, devenir en Italie broyer l'in-
solence de vos détracteurs et reconquérir votre royaume.
Quand on saura bien que vous êtes envie, sans grave
effort de combat, vos ennemis fuiront de devant votre face,
la multitude de vos fidèles se jettera à vos pieds, tout suc-
cédera selon vos vœux, et jamais, en aucun temps, notre
puissance ne vous fera défaut*. »
Dans ce langage sans dignité pullulaient les assertions
aventureuses. En fait, la résistance d'Arezzo, dont on
pouvait prévoir le terme*, était de peu de secours, le sou-
lèvement des villes au dehors de peu de réalité, l'appui
du pape de peu d'avantage, et les efforls des guelfes flo-
rentins eux-mêmes de peu d'effet. Que les conseillers de
Conradin en eussent le sentiment ou qu'ils jugeassent
leur prince a trop petit garçon » pour s'embarquer dans
une si hasardeuse entreprise', ils lui dictèrent des dé-
monstrations et des réponses qui payaient les ambassa-
deurs de leur monnaie de mauvais aloi. Conradin déclara
qu'il leur ouvrait ses bras comme à de fidèles amis, qu'il
les prenait « sous les ailes de sa protection » et promettait de
les défendre \ Retirant de ses épaules un manteau doublé
de fourrures, il le leur donna comme gage de sa promesse
de venir au plus tôt en Italie \ Mais, ni sa mère, ni le
*■ lÀher muUarum epistolarunij Pars guelfi scribit Conrado II, etc. , ap«
Gherrier, UI, p. 510-511, Âppend.
* Le 12 juin 1262, Ârezzo concluait une ligue avec Sienne (Consiglio
délia Campana, X, 41). - Malavolti (part. H, 1. 2, r* 26, 29) met donc à
tort en 1263 la soumission d'Arezzo.
' Trovarono Curradino si piccolo garzone che la madré non accon!«ntl
in niuna guisa che si partisse di l^ (Villani, VI, 84).
* Expansis vos totius benivolentie noslre brachiis tamquam devotos nos-
tros karissimos amplectentes, et sub alis nostre protectionis et defensionis
nutricio favoris nostri gremio confoventes, opem vobis et auxilium contra
omnes... (Lib, mult, epist. Responsiva^ etc.)
* Villani, VI, 183. Mazzarosa, I, 101.
(Ah. 1261) JOœ ET PRÉPARATIFS DES GUELFES. 7
mari de sa mère* n'étaient d'avîs que le temps en fût
venu. Son tuteur, avec l'autorité de sa charge, déclarait
qu'en tout cas il convenait de prendre , avant de partir,
l'avis des princes d'Allemagne et le conseil des autres su*
jets *. C'était, à y regarder de près, une fin de non recevoir,
car on savait sujets et princes peu disposés aux expédi-
tions lointaines, et jaloux de garder parmi eux leur roi,
arbitre souverain do leurs différends.
Pleins d'illusions cependant, et avides d'espérance, les
guelfes prirent ces échappatoires pour des promesses, et
se résignèrent au retard. Réunis dans l'église de San
Frediano, à Lucques, pour entendre le rapport de leure
ambassadeurs et la lecture des lettres royales, ils s'aban-
donnèrent même, en voyant le manteau de Conradin, à
une joie folle, comme s'il eût été une arme contre l'en-
nemi, ou tout au moins la marque certaine que le roi des
Romains serait bientôt parmi eux. Enhardis par ce mi-
rage, ils formèrent sur-le-champ et exécutèrent bientôt le
dessein de marcher sur Florence. Ils réunirent toutes leurs
forces, accrues d'un corps d'Allemands que les Lucquois
avaient à leur solde\ Mais les sentant insuffisantes contre
celles dont disposait Guido Novello \ ils attendaient le
succès à la fois des intelligences qu'ils entretenaient
' Le comte Meinhart de Goritz, frère du comte de Tyrol, avait épousé la
mère de Conradin, le 6 octobre 1258. Âmmirato (1. II, t. I, p. 126) dit
sans preuves qu'elle était faTorable à l'expédition. La suite prouvera le
contraire.
* Ih*ehabito tamen prius principum Alemaniae et aliorum subdîtorum nos-
trorum consilio (Responshay etc., loc. cit., p. 512).
' Cum Teutonicis Lucensium et aliis quos habere subsidiarios undique
potuenint, convenerunt in unum (Lettre d'un gibelin toscan, ros. de la
Bibh de VAlhenœwn, à Turin, publiée par Cherrier, III, 507, Append.).
^ Cum omni prorsus essent ^lotentia et viribus destituti (Ibid.),
8 TENTATIVE DES GUELFES (An. 1262)
dans leur patrie \ et de la ruse habilement ourdie d'une
démonstration pacifique. Le 26 septembre 1262% ils se
menaient en marche, précédés du légat apostolique, et,
s'il en faut croire une relation gibeline, de faux moines
portant le crucifix. Les femmes, les enfants cheminaient
avec eux, et tous ensemble, sur leur loute, ils faisaient
entendre ce cri rassurant : La paix ! la paix' ! Leurs actes
ne le démentaient point : ne traiter personne en ennemi,
c'était la condition première pour donner quelque chance
au plan adopté^.
Telles n'étaient point alors les allures de la guerre.
Surpris de tant de douceur, Guido Novello flaira un
piège et ne s'y laissa point prendre. Avec les autres ca-
pitaines, il mit la ville en état de défense et fit appel aux
Pisans, aux Siennois, aux diverses milices de la taglia^. Le
8 octobre, les Siennois ayant envoyé deux cents bons
hommes d'armes « contre les guelfes et les Lucquois qui
* Per alcmio trattato che haveano in Firenze (Villani, VI, 85). Pertrat-
tati occultamente tenuti in Firenze (Ammirato, 1. II, 1. 1, p. 126).
* La lettre de Turin donne la date du 26 septembre, qui est par consé-
quent incontestable, quoique M. Bonaïni (loc. cit., p. 267) dise février. On
ne peut savoir où il a pris cette date, car ni Villani, ni Stefani ne donnent
le mois. Quant à Tannée, elle n*est pas indiquée dans la précieuse lettre
qui nous sert ici d'autorité, mais tous les auteurs s'accordent à dire 1263.
M. Bonalni n'est pas plus fondé à prétendre que les guelfes partirent douce-
ment de Lucques la nuit, et que le but de Texpédition était Signa. Quanta
M. deCherrier, il la rapporte, contre toute vraisemblance, aux premiers jours
qui suivirent Texpulsion des guelfes (El, 108, 109). Ils ne pouvaient son-
ger à rentrer au moment où ils sortaient par terreur.
' Et distponentes sub novo malitie génère in spem simulate pacis... per
stratam directe versus Florentiam cum legato Ecclesie, falsis fratribus,
mulieribus et pueris multis premissis cnicibus et vociferando unanimiler
pacem, pacem, dirigere quasi pacifice gressus suos (Lettre de la Bibl. de Tu-
rin, loc. cit., p. 507, 508).
* Et ut pacis viderentur auctores, in itinere neminem offendebant
(Ibid.).
> Villani, YI, 85. Ammirato, 1262, 1. 0, t. I, p. 126.
(Ar. 1262) POUR RENTRER A FLORENCE. 9
voulaient entrer dans Florence*, » l'armée gibeline se
déployait aussitôt au dehors, sur une étendue de cinq
milles*. Celte démonstration suffisait pour déconcerter
Tennemi et lui ôter toul espoir d'une surprise. C'est pour-
quoi il se retirait à Signa, distanle de sept milles'^, et
occupée par lui, non sans prévoyance, dans sa marche en
avant. La, au point où les montagnes s'écartent juste
assez pour livrer passage à l'Arno et à la route*, il se flat-
tait de tenir bon, en attendant une occasion meilleure, et de
protéger son quartier général de Lucques contre des agres-
sions prévues*. Mais tout, en ce moment, tournait contre
les guelfes. Ils apprenaient, le lendemain, queFrancesco
Simplice*, qui se parait, comme Guido Novello,du litre de
vicaire général en Toscane, venait, avec un corps de cava-
lerie, de rejoindre le camp gibelin, et qu'on y avait résolu
de marcher contre les émigrés, de les attaquer dans leur
fortes positions \ Ceux-ci, menacés par devant, l'étaient en
même temps par derrière. Les milices pisanes s'ébran-
' Contiglio délia Campana, X, 75 v*.
* Sed nos... munita prius civitate, cum florentina militia venimus con-
tra illos. Quibus risis, fecirous gentes nostras pcr acies ordinari extra
civitatem per miliarïa quinque (Lettre d'un gibelin toscan, ap. Ghcrrier, III,
507, Âppend.).
' Ainsi dit la lettre du gibelin. Selon Ammirato, six milles,
^ Yoy. un croquis représentant ce défilé dans Elisée Reclus, Nouvelle
géographie universelle, I, 408.
* Et sic dum Tidissent constantiam gentis nostre intrepidam, ad susci-
piendum eos taliter ut decebat, ad partes alias niutato proposito diverte-
runt, bospitantes ea nocte apud Signam (Lettre d'un gibelin, Ibid.).
' Ce surnom de Simplice était aussi porté par Bartolommeo d'Anglano,
frère du comte Giordano (Jordanum et Bartolomeuin de Aglano dictos co-
mités.—(Lettre de Charles, Lucques, 7 février 1268. Cod. dipL delregno,
t. n, part. I, p. 111.)
Die namque sequenti, adyeniente summo mano D. Francisco Simplice
regio in Tuscia vicario generali, cum strenua militum comitiva, disposui-
mus hostiliter procedere contra eos (Ibid.),
10 CAMPAGNE DES GIBELINS (An. 1265)
laient à leur tour, demandant qu'on les attendit, car elles
voulaient leur part de la victoire*. Ce fut le signal de la
débandade. Poursuivis dans les campagnes par la cavale-
rie, les impuissants défenseurs de Signa éprouvèrent de
grandes pertes*, avant de rentrer dans Lucques, où ils
ne devaient plus longtemps trouver un sûr abri. Stérile
autant que prématurée, cette triste expédition avait duré
douze jours'.
L'hiver fut rude pour les vainqueurs comme pour les
vaincus. Il fallait payer leur solde à ces ruineux mer-
cenaires que le mauvais temps autorisait à l'inaction,
mais que la prudence ne permettait pas de congédier.
Pourrefaire ses finances épuisées, Sienne battait monnaie
sur le dos de ses plus riches prisonniers : en les maltrai-
tant, elles les contraignait à faire venir de Florence
diverses sommes, dans l'espoir d'un sort plus doux*.
Au risque des foudres pontificales, elle frappait les
clercs eux-mêmes d'une taxe exigible moitié tout de
suite, moitié à la Toussaint*. Pise, cependant, har-
celait de ses plaintes les chefs de la ligue gibeline.
* Et cum in procinctu itineris jam essemus,' ecce supenrenit nuntius Pi-
sanorum, etc. (Ibid,)
* In quorum fu^ cum per diversa et varia loca diversim et Tarie reces-
{iissent, percussores nostri équités quos pro eis retardandis et retinendis
preinisimus infeste persequentes ad dampna eis in personis et rébus gra-
vissima iotulerunt (Ibid,), Cf. Yillani (YI, 85) et Ammirato, 1. U, t. I,
p. 126, 127.
> Stefani, II, 128. Les chroniqueurs rapportent fort inexactement les
faits que permet de rétiblir la lettre du gibelin, témoin oculaire, à ce qu'il
semble, car il parle toujours à la première personne du pluriel.
^ Le 20 octobre 1262, Sienne faisait un choix parmi les prisonniers, elle
les mettait c aile strettc, » elle exigeait d'un certain Bondone di Davanzo
ou Davanzato, qu'il fit venir 2000 livres. (Consiglio délia Campana, X,
80,81,82.)
* Le 19 octobre 1262 une taxe de 2000 livres était levée dans ces con-
ditions sur le clergé (Ibid,)*'
(Ah. 1263). DANS LE VAL D'ARNO INFÉRIEUR. 11
Inquiétée par Lucques et ses hôles remuants, elle récla-
mait des secours*. Le printemps venu, il fallut bien Ten-
tendre. Guido Novello conduisit son armée dans le Val
d'Arno inférieur, et, de là, au pays de Lucques, pour y
détruire tours et châteaux. Casliglione tomba bientôt
entre ses mains*. Lucques lit battre ses milices et les
guelfes florentins, qu'elle avait envoyés à la défense de
son territoire. C'est dans cette rencontre qu'apparaît pour
la dernière foisFarinata des Uberti. Il avait fait prisonnier
Cece Buondelmonti, traditionnel ennemi de sa famille.
Soit pour s'en faire honneur, soit pour lui sauver la vie,
il l'avait mis derrière lui, en croupe sur son cheval'. Son
frère Piero Asino, dans un transport de brutale violence,
frappa le prisonnier de sa masse de fer sur la tête, et le
tua ainsi sur le cheval même qui l'emportait*. Le signal
élnit donné d'une guerre sans quartier, résolue à abuser,
comme à user de la victoire. Abandonnés de tous, en proie
à la terreur, les châteaux de Nozzano, de Ponte a Serchio,
de Rotaja, de Sarzana, succombent à tour de rôle *. Perdre
* A la date du 51 octobre 1262, on trouve trace d'une ambassade des
Siennois auprès du pape pour procurer un accord entre Pise et Lucques
(Connglio délia Campanay X, 84 y*). Les événements ultérieurs prouvent
<{ue cette démarche dut être sans fruit.
* Il y a deux localités de ce nom dans le val de Serchio, Castiglion di
Garfagnana et Castiglion dei Lucchcsi. C'est de ce dernier qu'il s'agit ici.
Il couvre le Serchio en face de Aipafratta. C'était un château frontière (Re-
petti, I, 595, 597).
' Alcuno disse per camparlo (Yillani, Yl, 86). Ammirato, plus affirmatif,
parce que l'histoire de Farinata est devenue légende, dit sans restriction
c per camparlo (1. U, 1. 1, p. 127). »
* Les mêmes et Stefani, il, 129.
^ Nozitano, sur la rive droite du Serchio, presque à l'entrée de la plaine
de Pise, et sur une hauteur qui sert à la communication du Monte Pisano
et du Monte ai Quiesa (Rep., III, 650). — Ponte a Serchio était, comme
son nom rindiquc, une tête de pont, en face de la colline dite d'Avano
(Rep., IV, 522). — Rotaja ne figure pas dans Repetti. Serczzana ou Sar^
12 LES GUELFES CHASSÉS DE LDCQUES (An. 1iG3)
ainsi leurs possessions, et, pour prix d'une hospitalité
dispendieuse, ne trouver dans leurs hôtes aucun secours
efficace, c'en était trop pour les Lucquois. Ils cédèrent à
la mauvaise fortune. Par un traité secret, ils rachetèrent
leurs châteaux et leurs captifs, ceux des derniers combats
comme ceux de Montaperli, encore nombreux à Sienne*.
Ils s'obligèrent à entrer dans la ligue gibeline, à recevoir
un vicaire royal, à chasser non pas leurs propres guelfes,
mais ceux de Florence et de Toscane *, et à les poursuivre
partout comme ennemis des Siennois. Ils promirent en ou-
tre de restituera Sienne tout l'argent à elle pris en France,
en Angleterre ou ailleurs par le légat du pape, par la
commune ou des marchands de Lucques, le soin de fixer
Icschiffres étant laissé au vicaire royal. Ces promesses,
renouvelables tous les cinq ans, devaient être insérées
dans les constitutions lucquoises et y rester à perpétuité*.
Ce fut pour les exilés comme un coup de foudre. Ils
n'eurent vent du traité que par l'ordre qu'ils reçurent,
sous peine de la vie, d'évacuer, dans les trois jours, le
port de salut \ Ils ne pouvaient demander un sursis, car
zana, dans le val di Magra, à la base méridionale du Monte d'Armelo ou
des CapucinSy dans une plaine riante sur la route de Gênes (Repetti, Y,
182).
« Stefiini, II, 129.
* Senxa cacciare di Luoca nlcuno cittadino, guclfo o ghibellino che fosse
(Villani, VI, 86). Cf. Simone deila Tosa, p. 100. Stefaui, II, 129.
3 Documents du 8 octobre 1264 et du 20 juillet 1265 (Caleffo vecchio,
p. 462 V*, 465). Le témoignage concordant de tous les auteurs et le rap^
prochement a^ec d'autres faits ne permettent pas de douter que cette négo-
ciation et ce traité soient de 1265. On y revint à plusieurs reprises comme
c'était Tusage, et comme le prouvent les deux dates de 1264 et 1265 don-
nées par le Caleffo vecchio.
^Ma ci6 con tanta segretexza che benchè fusse la conclusion di questa
pratica menata per la lunga in fino alF anno 1263 (Anunirato parle ainsi
parce qu'il met en février 1262 Taffaire de Signa), mai di ci6 non per-
(An. 1363). SORTENT DE LA TOS€\NE. 15
les compagnies allemandes approchaient, et hors du ter-
ritoire de Lucques ils n'avaient plus d'asile en Toscane \
Tristement ils recommencèrent leur exode, pour gagner
Bologne à travers l'Apennin. Des femmes nobles suivaient
à pied leurs maris à cheval. Elles tenaient leurs enfants
dans leurs bras, ou les mettaient prématurément au
monde sur les pierres du chemin. Plusieurs, dénuées de
tout moyen d'existence, livraient leur beauté pour un gîte
de quelques heures ou un frugal repas. À Bologne, impu-
nément guelfe, grâce à son épais rempart de montagnes,
ces malheureux respirèrent enfin; mais trop fiers pour
vivre de la charité publique, beaucoup continuèrent leur
route : ils allèrent au loin, jusqu'en France, chercher
dans le travail le pain de leurs familles, et dans un com-
plet changement d'habitudes l'oubli de leurs maux. Là,
propageant les industries dont la pratique ou le spectac.e
leur était familier, les' plus vains de leur antique origine
se firent marchands ou changeurs. Dans le trafic et la
banque ils réalisèrent de considérables fortunes, qui leur
permirent plus tard de faire grande ligure à Florence.
C'est grâce à leur exemple que leurs concitoyens eurent la
hardiesse et contractèrent la coutume de se répandre dans
toute l'Europe, hors de l'Europe même, jusqu'en Asie et
en Afrique, pour y établir et y entretenir de lucratives
relations*.
venne odore alcuno a' Fiorentini (Ammirato, 1. II, 1. 1» p. 127). Cf. Stefan
H, 129.
' Allora erano i guelfî di Firenze in taie slato che non troTavano terra
che gli ritenesse in Toscan» (Paolino, II, 27).
' Ben si disse per molti antichi che Tuscita ch* e' guelfi usciti di Firenze
fccero di Lucca, Âi cagione e principio délia loro ricchezza, perciô che ail-
hora molli usciti Fiorentini andarono oUre monti in Francia, che mai non
T^erano usati, onde poi moite ricchezze ne tornarono in Firenze (Villani,
VI, 86).
14 LES EXILÉS MERCENAIRES (An. 1264)
D'autres, à qui manquaient l'audace ou les ressources
pour franchir les mers ou les Alpes, vécurent misérable-
ment en Romagne, ToBil ouvert sur toute occasion de
louer leurs bras en qualité de mercenaires. Ils ne rece-
vaient à Bologne qu'une solde insuffisante, et ils en rou-
gissaient comme d'une aumône, n'aspirant qu'à la gagner
dans des entreprises militaires, dont ils escomptaient, en
outre, les éventuels profits. Ainsi les proscriptions civiles
donnaient naissance à ces errantes compagnies d'hommes
en armes, proie du plus fort enchérisseur, et, durant
plusieurs siècles, fléau de l'Italie.
C'est Modène qui, la première, les appela. Ses habi-
tants en étaient venus aux mains sur la place publique,
« comme c'est l'usage en Lombardie, » dit naïvement
Villani*. Battus et menacés d'expulsion, les guelfes de
Modène firent appel aux Florentins de Bologne. Au nom-
bre de quatre cents environ, ces exilés accoururent, à pied
ou à cheval, avec ou sans argent*. Ayant tout à gagner et
rien à perdre, ils combattirent en héros d'aventure. Les
gibelins écrasés, tués, chassés, dépouillés, ils se trouvèrent
dans l'opulence et s'équipèrent richement : or, armes,
chevaux, rien ne leur manqua plus '. On savait ce que va-
laient leurs bras : Ueggio y fit appel à son tour. Forese des
Adimari, leur chef, sortit avec eux de Modène, le 28 fé-
vrier 1264*. Des guelfes modenais faisaient partie de l'ex-
' E coin* è usanza nelle iorre di Lombardia di comballere in sulla pi-
azza (Villani, VI, 187).
' Gon danari chi ne potè avère e chi sanz' essi, v^andarono a cavallo e
apiede(Stefani, II, 130).
* Ë guadagnarono la roba de' ghibellini ed arricchirono (Slefaui, loc.
cit.). Cf. Villani, Âminirato, loc. cit.
Stefani met ces deux aventures en 1263; Ammirato sous la rubrique
de cette même année (l. U, t. I, p. 125). Pour la seconde Villani (VI, 87)
1265. Gela parait peu probable : la révolution de Modène ne dut pas
(ÂR. 1264) A MODÈNE ET À REGGIO. 15
pédition. Divisée en deux corps, l'un d'infanterie, l'au-
tre de cavalerie, la petite troupe arriva le 6 mars devant
Reggio. Brisant une porte qu'on avait murée, elle pénétra
jusque sur la place publique. Mais elle y rencontra plus
de résistance que dans le précédent coup de main. Très-
puissants à Reggio, les gibelins étaient animés au com-
bat par une sorte de géant, nommé Cacca ou Cacha, dont
l'énorme masse de fer, sans cesse tournoyante, s'abattait
meurtrière sur les ennemis et les faisait reculer. Il en fal-
lut douze, invités par leur chef à se sacrifier au salut
commun, pour abattre à coups de dague ce colosse, ex-
ploit qui parut si méritoire qu'on appela désormais ceux
qui l'avaient accompli les douze paladins. Par la chute
d'un seul ils avaient décidé la victoire. A Reggio comme
à Modène, et à Parme comme à Reggio, ils s'enrichirent
aux dépens des vaincus. Prenant goût au métier, ils se
tinrent prêts au service de quiconque les voudrait à sa
solde, mais de quiconque surtout, avec ou sans solde,
pourrait leur rouvrir les portes de la patrie*. La patience
d'ailleurs leur était facile, grâce aux honneurs qu'on leur
rendait. Un d'entre eux, Buonaccorso Bellinzoni, deve-
nait, en 1266, potestat de Reggio, et s'y distinguait par
son dévouement aux « pauvres, » comme à l'intérêt pu-
blic'. Congédié pour ce motif, au bout de huit mois, par
mettre tant de temps à avoir son contre-coup dans la voisine Heggio ; mais,
comme, d'autre part, il donne la date précise des jours et des mois,
nous pensons qu il faut placer cette dernière entreprise aux premiers mois
de 1264.
« Villani, Vï, 87. — SleHini, U. 129. — Ammirato, 1. U, t. 1, p. 128.
— Metnoriaîe potestatum Regiermum (R. I. S., t. Vlll, 1123). Annales
veleres MuUnensium (R. 1. S., t. XI, 67). Chronicon Parmense (R. 1. S.,
t. IX, 779).
* Et fuit prsedicta pax utilis pro pauperibus et mala pro nobilibus ; et
ideo expulerunt eum nobiles, quia bene recuperabat jura communis a
16 LES GUELFES REPRENNENT COURAGE. (An. 1264)
la noblesse, sa disgrâce n'entraioait point celle de ses
compatriotes : leur nombre et leur renom de vaillance les
protégeait.
Sur eux, dès lors, les opprimés portaient partout des
regards chargés d'espérance. Or les opprimés, c'était tout
le monde, sauf celte aristocratie gibeline qui masquait
mal, sous le nom conservé des institutions établies, la
domination tyrannique dont les poteslals et le vicaire de
Manfred se faisaient l'instrument. En écrasant les peu-
ples d'impôts et d'injustices, ils semaient le mécontente-
ment, et devaient tôt ou tard récolter la révolte. Même
écrasés, les guelfes restaient une force. A Lucques, le vi-
caire royal et ses Allemands n'osaient pas plus les chasser
du pouvoir que de la ville; ils les voyaient, sans s'y op-
poser, transformer leurs cinq consuls en dix anziani^ un
de chaque faction par porte ou quartier, et réduire à deux
mois cette charge populaire, double pas vers la démo-
cratie, qui se plait à augmenter le nombre des magistrats
et à diminuer la durée de leur pouvoir'. Capitale et cita-
delle des gibelins. Sienne ne permettait pas à ses guelfes
une si facile revanche; mais elle les voyait, nobles et
popolaniy se retirer fièrement à Radicofani, terre d'Église,
d'où ils ravageaient le territoire de leur patrie, et, battus
plus d'une fois, se retrempaient dans la défaite et le sang'.
praedictis inagnutibus et ab omnibus aliis personis (Memoiiale potestatum
Regiensium, R. 1. S., t. VllI, 1126).
* Cette réfonne, introduite après un siècle et demi de gouvernement con-
sulaire, dura autant que la république de Lucques, sauf qu'en 1370, en ré-
duisant à trois les cinq quartiers, pour ne pas diminuer le nombre
des anziani, on en donna trois à chaque terzo ; quant au dixième, on le
prit alternativement dans chacun des terzi, en lui donnant le nom de gonfa-
lonier et Thonneur de la présidence. Yoy. Mazzarosa, I, 104, et Inghirami,
YI, 435.
Malavolti, part. II, 1. U, f 28 r".
(Â!i. 1264) MANFRED NOUE CONTRE EUX DES ALLIANCES. 17
Chez les guelfes toscans, aux plus mauvais jours de l'exil,
dominait celte conviction vivifiante que le règne de leurs
ennemis, sans racines dans le passé, serait sans durée
dans Tavenir.
Surpris d'un réveil si rapide, l'intelligent Manfred
sentait venir le péril, et tentait de le conjurer par des
alliances. Il en concluait une avec le marquis de Mont-
ferrat, et renouvelait avec la Lombardie ses anciennes li-
gues ^ Mais la Lombardie n'était déjà plus que l'ombre
d'elle-même. Plus tôt née que la Toscane à la civilisation,
elle ressentait avant cette province l'incurable mal de la
décadence. Elle voyait les vices de ses institutions, et elle
les aggravait, croyant y remédier. Ses nobles se parta-
geaient tous les emplois, et elle ne savait, ni, comme Flo-
rence, les leur arracher pour les confier à d'autres, ni,
comme Venise, faire tourner ces empiétements de caste
au profit de sa grandeur. L'impuissance de ses polestats
étant une cause d'anarchie, elle faisait d'eux des chefs
militaires, des despotes, des tyrans. A ce prix bannie des
villes, l'anarchie plus que jamais se déchaînait dans les
campagnes : les guelfes y étaient en désaccord avec le
saintrsiége, et pour se soutenir invoquaient l'appui, se
mettaient sous les ordres de chefs gibelins'.
Entre lui et ses faibles alliés, Manfred voyait d'ailleurs
se dresser tout à coup un redoutable ennemi. Dans la
chaire de l'apôtre ne trônait plus le vieux, l'inerte
Alexandre IV. A ce pontife, mort le 25 mai 1261, avait
* Voy. Cherrier, III, 117.
* Les Délia Torre, si puissants à Milan, ne pouvaient plus, quoique
guelfes, s'entendre avec le pape, et c'étaient Buoso de Doara, le marquis
Pelavicino, gibelins, qui soutenaient les guelfes (voy. Sismondi, II, 417;
Cherrier, m, 111).
■UT. Dl PLOEBRGB. — O. 3
18 URBAIN Vf SUSCITE (Ah. 1264)
succède, le 29 août suivant, le fils d'un savetier de Troyes
en Champagne^ Jacques Pantaléon, dilGourl-Palais, suc-
cessivement chanoine de Laon, archidiacre et évoque de
Verdun, patriarchedeJérusalem*. Huit cardinaux l'avaient
élu, trop jaloux les uns des autres pour chercher dans le
sacré collège à qui donner la tiare. Un tel pape, pen-
saient-ils, n'aurait d'yeux que pour la Terre Sainte, d'ar-
deur que pour une nouvelle croisade. Mais Urbain IV,
tout plébéien qu'il était, avait une vue plus large des in-
térêts de la chrétienté. Tout lui criait que les temps hé-
roïques de la foi étaient passés, que le souvenir des échecs
subis en Orient et la gravité des querelles engagées en
Occident détourneraient les peuples de se lever à sa voix,
s'il la faisait entendre, comme jadis un autre Urbain,
dans un nouveau concile de Clermont.
Arrêtant donc ses regards sur l'Italie, il y vit Manfred
prêt à combattre l'Église, et pas un instant il n'eut la dé-
cevante pensée de tenter avec lui une tardive réconcilia-
tion. La faute commise était désormais irrémédiable.
C'est avec un frémissement d'indignation que les chré-
tiens fidèles, ameutés par la curie romaine, voyaient Man-
fred lancer ses Sarrasins contre le patrimoine de saint
Pierre. «Jérémie, écrivait Urbain IV, a prétendu que les
maux de ce monde venaient de l'aquilon. Nous affirmons,
au contraire, qu'ils viennent pour nous de l'usurpateur
de Sicile, de cet homme pervers qui corrompt les peuples
par ses richesses, déchire le patrimoine de l'Église, et
nous sépare violemment du reste des fidèles. Non-seule-
ment il conteste l'autorité que nous tenons du bienheu-
« Villani, VI, 88.
• Voy. Chemer, m, 11*.
(il. 1264) UN RIVAL k MANFRED. 19
reux Pierre, mais il ose braver les censures ecclésias-
tiques, et, en voyant son audace impunie, ceux qui
tremblaient devant l'excommunication apprennent à la
mépriser*».
Que restait-il, après ces plaintes véhémentes, sinon de
susciter un rival à Manfred, et de l'éprendre, par con-
séquent, la politique résolue d'Innocent IV? Successive-
ment cet énergique pontife avait offert la couronne de
Sicile à Richard de Gornouailles, peu empressé à con-
quérir la lune; puis à Louis IX, trop scrupuleux pour
faire profiter d'une injustice un de ses plus jeunes fils*;
à Gharies, comte d'Anjou, contraint à un refus par l'ab-
sence du saint roi son frère, alors en Egypte'; enfin à
Henry III d'Angleterre, qui avait accepté pour son fils
Edmond *. Mais autre chose était d'accepter en principe, et
d embarquer un prince incapable dans une entreprise dont
les risques, vus de près, faisaient évanouir les séductions.
C'est chassé par Manfred du Royaume, proie insaisissable
qu'il avait voulu saisir au nom comme au profit du saint-
siége, qu'Innocent lY, jadis, en avait jeté l'ofire aux quatre
vents de l'horizon. Qui pouvait dire, si la conquête deve-
nait possible, que le nouveau pape ne la revendiquerait pas
* « Et ecclesiastics censurae vigorcm débilitât et conculcat. • (Regesta
Urbani IV, lib. 10, Curiales. n* 95. Cité par Clierricr, III, 152-153.)
* fl Regnuni Siciliœ.... régi Francorum illustri viro tuo ad opus alicujus
ex coinmunibus natis vestris duximus liberaliter offerendiim. Verum ab eo
rcge.... super hoc responso devoto, sed non pro veto reccpto. » (Regina;
Francorum illustri. Ann. eccL, 1264, § 2, l. XXI, p. 131.)
' Voy. Saint-Pnest, I, 242-243. On sait que Charles d'Anjou, après
s'être illustré par ses exploits à la croisade, en était revenu avant saint
Louis.
* Rjmer, • De concessione Sicilis nomine papae facta Edmundo filio ré-
gis. • 1254. ieto publka, t. I, p. 502, 2* éd., Undres, 1727. Cf. Mat-
thieu Pahi, p. 599, éd. de Paris.
20 GUARLES D^ANJOU. (An. 1264)
contre celui qui l'aurait faite et ne la pourrait défendre,
au ncm d*^un droit supérieur et sacré*?
Urbain IV hésita un inslant sur le choix d'un cham-
pion. Par leur ambassade auprès de Gonradin, les guelfes
de Florence et de Lucqucs avaient semblé lui désigner le
jeune héritier des césars tudesques, et les demi -promesses
mises dans la bouche de cet enfant laissaient quelque es-
pérance de voir quelque jour ses bannières apparaître au
débouché des Alpes ; mais ce jour pouvait être lointain en-
core, car, pour le moment, l'entourage de Gonradin de-
meurait hostile à toute expédition. Or les exilés florentins
étaient à bout de patience. Constamment prosternés aux
pieds du pape, ils mettaient sous ses yeux le pathétique ta-
bleau de leurs misères ; ils le suppliaientde leur rouvrirau
plus tôt les portes de leur patrie'. Volontiers il céda à leur
désir, qui était le sien, et il fit à Gharles d'Anjou de nou-
velles ouvertures.
Ce choix était de sa part naturel et tout ensemble op-
portun. Français, il ne pouvait considérer comme étran-
ger un sire des fleurs de lis. Les guelfes, en quête d'un
protecteur et d'un chef, avaient avec un frère du roi de
France plus d'affinités de race et de tempérament qu'avec
un fils du roi d'Angleterre. Ils devaient préférer à un mo-
narque allemand un prince français, à un enfant de capaci-
tés encore inconnues un homme d'âge mûr et de talent
éprouvé'. Son acceptation, cette fois, semblait certaine.
* Rymer, Gonfîrniatio donationis prinise a domino papa Innoccntio facte
de rcgno Siciliae. 1254. Ada puhlica^ t. I, p. 512.
^ < Urbano grandemente conforlalo da' fuorusciti fiorontini i quali cssen-
doli ogni giorno a piedi, conlinuamentc li raccoutavano le loro miserie. »
(Ammirato, 1264, 1. II, l. I, p. 128.)
^ Je ne sais sur quoi se fonde M. de Gherrier (III, 152) pour affinDer que
rappel 5 Gharles d*Ânjou n'clait pas populaire en Italie. Populaire, il ne
(An. 1264) SON CARACTÈRE. 21
On le savait avide d'une couronne et poussé par sa femme
aux aventures, seul moyen d'en ceindre leur front*. On
pouvait espérer le consentement de Louis IX. Louis IX,
en effet, ne devait pas se croire les mômes droits sur son
frère que sur ses fils. Il désirait la fin de cette lutte inter-
minable, qui servait de prétexte à de continuelles exactions
sur son clergé, et qui absorbait, sous le noms de décimes
et d'annates, une grande partie du numéraire dans tons
les États chrétiens*. Il connaissait Charles d'Anjou ca-
pable de faire pencher la balance en faveur de l'Église,
et par conséquent d'assurer comme de rétablir la paix,
puisque toute paix imposée à l'Église vaincue n'est
qu'une trêve, la patience étant la force de qui compte
sur l'éternité.
Neuvième et dernier fils de Louis VIII et de Blanche
de Castille, Charles d'Anjou tenait surtout de sa mère :
on eût dit un Espagnol. Sec, nerveux et robuste, ses traits
fortement prononcés semblaient durs, grâce à son teint
olivâtre et à ses yeux perçants comme ceux d'un aigle,
au-dessus de son grand nez crochu'. Tandis que saint
Louis était, comme un vrai Français, porté à l'expansion,
à une gaieté douce que relevait une pointe d'ironie*, lui,
îl était fier, sombre, taciturne, à l'espagnole. Le rire.
rétait pas plus que tant d'autres appels, mais il Tétait autant, et il ne sur-
prit personne.
^ Voy. Villani, VI, 90. Les deux filles aînées de Raymond -Bércn-
ger IV, co::ite de Provence, mort en 1245 sans enfants mâles, étaient reines
l'une de France, Tautrc d'Angleterre. La plus jeune, Béatrix, avait apporté
en dot à Charles d'Anjou tous les Ëtals do son père. Voy. pour plus de détails
Saint-Priest, U, 17.
« Voy. Cherrier, III, 129. Sismondi, II. 421.
* f Di féroce riguardo , grande di persona e bene nerboruto , di colore
ulivigno econ grande naso. » (Villani, YII, 1.)
* Voy. Saint-Priest, 11,57.
22 CÏÏARLES D'ANJOU. (An. 1264)
le sourire même, effleuraient rarement ses lèvres*. Mé-
nestrels, mimes, bouffons, n'avaient guère accès auprès
de lui*. S'il céda par accident au démon des vers', ce
fut pour sacrifier à la mode, plutôt que par goût pour les
femmes, qui, seules alors, les inspiraient. Son orgueil
castillan se targuait des moindres avantages, par exemple
de ce qu'il était né fils de roi, tandis que Louis IX était
né fils de prince*. Sa piété, véritable comme celle de son
frère, était, par surcroît^ militante : c'est par le glaive
qu'elle voulait assurer le triomphe de l'Église, vivante
image de la religion. Aller en guerre pour l'Église en y
trouvant soi-même son compte, gagner son salut en ga-
gnant un royaume, c'était l'idéal de l'existence pour un
prince ambitieux non moins que dévot. A la croisade, il
avait déployé les brillantes qualités d'un preux, et Ton
pressentait en lui celles d'un conquérant. Qualités et dé-
fauts, il avait tout d'un roi, même la majesté royale, plus
visible en sa personne qu'en celle de ses frères*. Homme
de conseil et d'action, il tenait pour perdu le temps donné
au sommeil. D'âme haute non moins que hautaine, il
* ff Quasi non ridea, se non poco. » (Villani, VU, i.) — • Hilaris Tel
jocosus vix aut numquam. » (Chron. Imp. et Pont,, ms. in Laurent. Bibl.
Plut. XXI, cod. 5 et 7. Cité par Ctierricr, UI, 130.)
* • Di gente di corie, ministri o giucolari non si dilettoè mai. » (Villani,
vu, 1.)
' Voy. dans Saint-Priest, t. U, append. C, deux chansons françaises de
Ctiarlcs d'Anjou, et dans la BibL de V École des Chartes (novembre et dé-
cembre 1842), une Iraduction par Fauriel de sa réponse rimée en proYençal,
au troubadour Sordello qui Tavait accusé d'ingratitude.
* Matthieu Paris, ap. lluillard-Bréholles, VI, 233. — Louis VIII n'était en-
core qu'héritier présomptif quand saint Louis vint au monde en 1215 ; il
était roi lors de la naissance de Charles d'Anjou (Cherrier, UI, 131, n. 2).
' Tous furent fils de roy, mais Charles le fu miex.
[Adam de la Halle, Cest du roy de Sézile, éd. Buchon, VII, 26.)
Ce poëme contemporain se trouve aussi dans les œuvres de Rulebeuf, éd.
(Al. 1264) SON CARACTÈRE. SS
était « honnête comme un religieux \ » sincère et ferme
dans ses promesses'. S'il se plaisait à lâchasse aux chiens
et à Toiseau, passe-temps cher aux princes^ i! savait dans
ses États encourager l'étude, dont les rois tirent honneur
et profit. Mais égoïste et cupide pour l'argent comme
pour les terres 'f il accablait ses sujets de taxes, ne payait
ni ses dettes ni le salaire de ses serviteurs*, ne se mon-
trait généreux que par intérêt, pour s'assurer le dévoue-
ment de ses chevaliers. Ardent et obstiné à la poursuite
du but, il manquait de scrupules sur le choix des moyens.
Cruel et sanguinaire, il tenait pour rien la vie d'autrui,
qu'il sacrifiait sur Téchafaud comme sur les champs de
bataille. Dédaigneux de la multitude humaine, il s'in-
quiétait peu de faire régner la misère où il avait trouvé
la prospérité. Homme méchant et terrible, pour tout dire,
autant qu'énergique et habile, s'il n'était aimé que de
peu de personnes, il était redouté de tous, même des
rois*.
IjCS obstacles semblaient s'accumuler sur sa route, mais
il savait attendre et n'acheter les choses convoitées d'au-
cun sacrifice incompatible avec sa dignité*. Louis IX hé-
Jubinal, 1. 1, I. I, p. 28 ; Paris, 1839. — < Pare maestà reale più ch*altro
signore. • (Villani, VII, i.)
^ « Bonesto corne uno religioso. • (Villani, VU, 1.)
* c Fermo e veritiere d'ogni sua promessa. • (Villani, VU, i.) Plus tard.
Clément IV répondait à Don Enrique, infant de Gastille, qui reprochait à
Charles d'Anjou un manque do foi : • Non te decet imponere tanto Tiro du-
plicitatis maculam, quem veracem semper invenimus et sincerum. •
(Clem. IV ep. dlxix. Viterbe, 19 décembre 12G7. Thés, anecd., l\, 549.)
* • Tuos provinciales ad onera supra vires adstrictos suis fraudas sli-
pendiis. » (£p. Clementis IV, n* cccuxx. Viterbe, 22 septembre 1266.
Thés., U, 406.)
* • Largo fu a* cavalieri d'arme, ma curioso d*acquistare terra, signoria
c moneta. • (Villani, VII, 1.)
s
6
Mollo temuto e ridottato da tutti li redel mondo. » (Villani, VII, 1.)
Dans une chanson de lui, qui roule, il est vrai, sur le thème amoureux
24 NÉGOCIATIONS DU SAINT-SIÈGE (Ah. 1264)
si lait plus qu'on n'aurait cru à donner son consentement.
Assez mobile en ses idées sur l'hérédité royale hors de
France*, il croyait peu au droit de Conradin, et beaucoup
à celui d'Edmond d'Angleterre, qui avait reçu l'investi-
ture. Il fallut, pour le convaincre et le vaincre, arracher
à Henry m, malade et presque prisonnier, une renoncia-
tion verbale que devait signer, deux ans plus tard, en
1265, Simon de Montfort, comte de Leicester, déposi-
taire, par le triomphe de ses armes, du pouvoir royal*.
Mais alors c'est Charles d'Anjou qui repoussa fièrement
les conditions du marché. Il consentait bien à offrir tous
les trois ans au pape une haquenée blanche en signe de
vasselagc, et même à séparer la couronne de Sicile d'avec
la couronne impériale, mais il exigeait que le pape payât
une bonne partie des dépenses; il n'admettait pas qu'on
imposât à ses sujets, tous les dix ans, l'insolite serment
de lui refuser obéissance s'il manquait à une seule de ses
obligations'; il refusait d'abandonner au sainl-siége Na-
si fort en honneur dans ce temps-là , on trouve ces vers significatifs et ca«
ractérisliques :
Trop es deslrois qui est deconforté. ..
Ce, sachiez bien, jà ne m'en partiré...
Si me convient attendre son voloir,
Et j'atendrai comme loial ami.
(Ia confort et le desconfort, publié d'après un ras. de la Bibl. nat., par
Saint-Priest, II, app. C, p. 299, 300.)
< Voy. k cet égard la preuve que Saint-Priest (II, 69-70) tire d*un passage
de Joinville.
* Rymer, Acta puhlica, t. I, part. II, p. 457 (éd. de Londres, 1816.)
' • Jurare faciet omnes eorumdem regni et terrae comités.... et bur-
genses, ceterosque alios.... quod dictus comes et ejus haeredes omnes....
universa ac singula praemissa inviolabiliter observabunt,.... et si eum vel hîe-
redes.... in quibuscumque casibus juxta tenorem conditionum.... cadere
contigerit,.... nulla tenus eis sed roroano tantum pontifici obedient.... Hoc
etiam juramentum de décennie in decennium renovabitur. • (Urbani IV
ep. vu. Orvielo, 17 juin 1263. Thés., II, 18.)
(An. 1264) AVEC CHARLES D^ANJOU. 25
pies, Capoue, la Terre de Labour, les îles voisines et la
Terre de Gaudio, jusqu'à Bénévent, dont Manfred, en
1255, offrait de payer sa réconciliation avec l'Église^ ; il
répugnait enfin à exclure du trône ses descendants en
ligne collatérale. En d'autres temps, Urbain IV n'eût point
plié. Mais pressé d'avoir une armée, un chef militaire,
un prétendant, il avait donné à son légal, Albert de
Parme, de pleins pouvoirs pour renoncer, en augmentant
la redevance pécuniaire, à ces deux dernières condi-
tions'.
Survint aloi'sune nouvelle et plus épineuse difficulté.
Au mois d'août 1263, les Romains, en proie à l'anarchie,
avaient élu Charles d'Anjou sénateur et gouverneur de
Rome, sous condition d'y résider'. Urbain IV n'y pou-
vait consentir, car, du coup, le prince français aurait eu
des intérêts opposés à ceux de l'Église, et fût devenu plus
redoutable pour elle que n'était Manfred lui-même.
Charles, de son côté, estimait tout refus prématuré, tant
qu'il ne serait pas en possession du royaume de Sicile.
Plutôt que de céder sur ce point, le pape ordonnait de
rompre les négociations, ne voulant pas, disait-il, pour
éviter l'écueil de Scylla, tomber dans le gouffre de Cha-
* Urbain IV, ep. vu, ap. Martène, Thés, anecd.^ II, 9-19. — Saint Louis
et son conseil approuvèrent la résolution de Charles d'Anjou (Ibid., l\, 57,
ep. xvii).
« 17 juin 1263. Modificationes, etc. (Regest. Vrh. IV, 1. II, n« 133,
f^ 45. - Urb. IV cp. nu. Orvieto, 17 juin 1263. Thés, anecd., H, 19.)
Huit jours plus tard, il ajoutait encore de moindres concessions (Urb. IV
ep. IX. Orvieto, 26 juin 1263. Thés., II, 22).
' Voy. dans Saint-Priest (II, 329-530, iippend. F), la formule inédite de
l'élection, d'après la Bibl. Àngelica à Rome, et la letlre des Romains h
Charles pour lui offrir la dignité de sénateur, d'après Li livres dou Tré-
sor, deBrunetto Latini. — Cf. Ann, eccL, 12G4, g 5-8, XXII, 151-155. —
Ant. Vitali, Storia de* Senatori di Roma, p. 128-151.
26 EFFORTS DD SAÏKT-SIÉGE (Ai. 1264)
rybde*. Grâce à un compromis, il les évita l'un et l'autre.
11 se contenta d'un serment verbal, que ne refusa point
le comte d'Anjou, de ne conserver la dignité de sénateur
qu'autant que le saint-sicge ne lui intimerait pas d'y re-
noncer. Charles se lit aussitôt représenter à Rome par un
officier provençal, Jacques Gantelme, en attendant qu'il
pût se rendre lui-même en Italie, ce qu'il promit de faire
au mois de septembre suivant'.
C'était l'épée de Damoclès sur la tête de Manfred. Pour
y échapper, ce prince actif multipliait aussitôt les pra-
tiques, s'efforçait de tourner conlre son futur rival les
villes encore soumises au saint-siége, et d'attirer dans son
orbite toutes celles qui gravitaient en dehors. La curie
romaine ne vit pas sans horreur la fidèle Orvieto mettre
la main sur un village d'Église, entrer avec les gibelins
de Pise, de Sienne, de Florence, dans un complot pour
livrer le pape et ses cardinaux au « prince de Tarente »,
avec l'aide d'un corps de troupes siciliennes et de mille
Allemands cantonnés en Toscane'. Si l'ordre, prompte-
ment lancé aux potestats des villes pontiflcales d'assem-
bler sans retard leurs milices*, conjura cet imminent pé-
ril, la crainte d'une conjuration nouvelle fit tomber à la
* • Tractatus habitus super regno penitus conquiescat; ne, dum Scyllam
vitare cupimus, in Charybdis voragineni incidamus. » (Urb. IV ep. xt, ad
Albertum noiar. 25 décembre 1263. Thés., Il, 30.)
* 1264. Sabas Malaspina,c. x, xi (R. I. S., t. VIII, 808). - Saint-Priest,
II, 93-98. Cherrier, III, 139, 144.
* Nam Florentin!, Pisani, deinde Senenses,
Petrus de Yico, Theutoniciquc sai,
Summum pontificem cum fratibus l'rbcvetanis
Tentassent ab eis obsidionc cnpi, etc.
[Thienici Vallicoloris Prœfatio, etc. R. I. S. t. HT, part. 2, col. 418.)
* 10 juillet 1264. Regeit Urh. IV, 1. III, n* 143, 144 et passim, I^ 117,
ap. Charrier, 111, 148.
(Ah. 1964) EN FAVEUR DE CHARLES D*ANJOU. 27
fois les hésitations du pieux Louis IX, les réserves de son
orgueilleux frère, les exigences du lenace Urbain IV. Sou-
haitant l'arrivée du sénateur de Rome avant même la con-
clusion du traité qui devait le faire roi de Sicile, le pon-
tife faisait ressortir, il exagérait même à dessein les dan-
gers de la situation. « Nous sommes ici (à Orvieto),
écrivait-il à son légat en France, dans Tatlente d'un siège
et de persécutions plus terribles que les précédentes,
entre des scorpions et des serpents très-venimeux, espé-
rant toutefois que le comte de Provence, fidèle à son ser-
ment, arrivera à Rome vers la fête de la Saint-Michel.
Sachez que, dès à présent, nos dépenses en cette occa-
sion se montent à deux cent mille livres siennoises. Néan-
moins, en l'attendant, nous n'épargnerons ni argent ni
fatigue ; mais souvenez-vous que, s'il reculait le terme
fixé, il nous faudrait, par insuffisance de ressources,
abandonner celte résidence ^ »
Septembre venu, et Charles d'Anjou ne paraissant
point, Urbain IV, surpris par les gibelins dans Orvieto,
ne leur échappa que par la fuite. Avec'sa cour il s'établit
à Pérouse, où il ne devait pas rester longtemps*. Trois
mois plus tard la maladie l'emportait au tombeau. Une
comète chevelue qui se tint tout ce temps au-dessus de
l'horizon, semblant jeter des flammes et changer con-
stamment de forme*, parut aux uns annoncer le châti-
ment de Manfred* et la béatitude du pape dans le para-
* 17 juillet 1264, ep. lxyii, ap. Martène, Thés,, II, 85.
« Saint Priest, H, 107-108. — Cherrier, III, 148. — Léo, 1. IV, c. ii,
t. I, p. 485.
* Vita Urbani IV, ex Aroalrico Augerio, R. I. S., t. III, part. Il, p. 405.
— Ex Papirii Massoniy 1. V, R. I. S., ibid.y p. 419.
^ « Propter confusionem et per sequutionem ipsius Manfredi Dei et Eccle-
siae maligni hostis. • (Vita (Jrb, /K, ibid.)
28 EMPRUNTS DE CLÉMEWT IV (An. 1265)
dis*, aux autres sa mort* et peut-être Téchec de Charles
d'Anjou, à tous la guerre, la peste, la maladie*, la dépos-
session et la fin de grands princes, avec d'aulres infinies
calamités*. C'est aux partisans de Manfred que sembla
donner raison le phénomène céleste, en disparaissant le
jour même où expirait le sainl-pèrc (2 octobre 1264)* .
Ils ne manquèrent pas d'en tirer un heureux horoscope
pour le succès final de la cause gibeline.
Mais Manfred était d'un sang philosophiquement re-
belle aux superstitions les plus accréditées : en dépit des
astres, il espérait peu. Il lui fallait un pape ami, et dans
le conclave dominait le parti français. Au champenois
Urbain IV succédait bientôt le languedocien Guy Foulquet
le gros, de Saint-Gilles-sur-Rhône, jurisconsulte instruit
et intègre, de mœurs simples et austères, qui avait figuré
non sans honneur dans le parlement de France et dans
les conseils de saint Louis, porté successivement les titres
d'évêque du Puy et d'archevêque de Narbonne. Très-
favorable aux progrès des fleurs de lis, il ne pouvait que
suivre la politique de son prédécesseur, et malgré la
défiance des visées ambitieuses de Charles d'Anjou, hâter
^ « Quod ad cœli transierit sanctas mansiones. • (Ann. eccL, 1264, § 69,
t.XXn,p. 155.)
' « Questa si disse che signifiée la morte del papa. » (PaoUno, 0,
27.)
Vita Urb. IVexBemardi Guidonis rn«.,R. I. S., l. lU, part. I, p. 594.
— Cf. Roger Bacon, Opus majus^ p. 243. Londres, 1753.
« Morte di principi grandi, mutation di regni e allre infinité cala-
mità. « (Malavolti, part. II, 1. U, f»30 r*.)
* « Quse, dicto pontifice in Domino dormienle, ulterius non est visa per
aliquem. » (Ann. eccL, 1264, § 69, XXII, 155.) — Un peu plus tard, les
astrologues trompaient encore Manfred : « Veniunt aslrologi, cerlam spem
régi de prosperis successibus pollicentur. • (Sabas Malaspina, 1. II, c. xn,
R. 1. S., t. VIII, 814.)
(AN. 1265) AUX BANQUIERS TOSCANS. 29
et seconder la grande entreprise dont ce prince était ap-
pelé à prendre la direction *.
Le premier soin de Clément IV, avant même que le
traité déflnitif fût conclu, devait êlre d'assurer au saint-
siége les ressources que la France désormais ne pouvait
ou ne voulait fournir*. Plus lente et plus difficile de jour
en jour, même avec un pape français, devenait la percep-
tion delà décime et des autres redevances ecclésiastiques.
C'est donc à l'Italie et à ses riches trafiquants que l'Église
demandait les moyens d'assurer des subsides au futur
envahisseur. Le 25 avril 1265, elle contractait avec Jacopo
Ricomanni et Albertino Rota, « citoyens et marchands de
Florence, stipulant et comptant en leur nom comme au
nom de Rardo Frescobaldi et autres associés', » un em-
prunt de trois mille livres tournois. Cette somme, rem-
boursable, le 15 août suivant, par la chapibre aposto-
lique à Troyes ou à Paris*, fut aussitôt versée aux mains
du vicaire de Charles d'Anjou à Rome, Jacques Gantelme,
qui n'avait pu, malgré la dignité sénatoriale de son maî-
tre, contracter directement cet emprunt*.
C'était le modeste commencement d'opérations finan-
cières fréquentes, qui furent la nécessité, bientôt même
la ruine de ce laborieux pontificat. Pour mieux dire,
« Ammirato, 1265, 1. U, t. I, p. 129. — Sainl-Priesl, II, 114. — Cher-
rier, UI, 154-156. — Léo. 1. IV, c. ▼, 1. 1, p. 484. — H. Martin, IV, 319.
* Le dernier pape a^ait autorisé la levée des décimes sur les églises de
France, mais la plupart des prélats refusaient de payer (Gherrier, III, 157).
* « A dilectis filiis Jacobo Ricomanni et Albertino Rota, civibus et merca-
foribus florentinis, mutuantibus et numerantibus pro se et Bardo Lamberti
Friscobaldi et aliis eorum sociis. » (démentis IV ep. xlyiu. Pcrouso,
25 avril 1265. Martène, Thés., H, 123-124.)
* • Apud Trecas, si erunt nundinîe, vel apud S. Genovefam Parisius sol-
vendarum. • (Ibid.)
* • Gum ipsi non possent mutuum invenire. » (Ibid.)
30 PÉNURIE DE CHAÎiLES D'àNJOU. (An. 1^)
Urbain IV, déjà pressé de besoins, avait donné le scan-
daleux exemple de battre monnaie en trafiquant des
foudres pontificales. Voulant obtenir quelques milliers
de livres des marchands de Sienne, ville frappée d'inlerdit,
il avait exemple de toutes censures ecclésiastiques Rolando,
fils de Buonsignore, Bonaventura, fils de Bernardino,
Ranerio, fils de Giacomo, Francesco, fils de Guido, et tous
leurs associés ^ La plupart, sans aucun doute, étaient
gibelins; mais Tintérêt mercantile les sollicitant de servir
la cause guelfe, ils n'avaient pas hésité.
Ce n'était point avidité pure, si Charles d'Anjou, avant
même de conduire son armée en Italie, réclamait in-
stamment des subsides. Même en restant dans ses États,
il s'y fût trouvé besoigneux. A Marseille, malgré les pro-
fits d'un commerce actif avec le Levant, l'argent était rare.
On n'y voyait guère circuler que des monnaies étrangères.
Celles du pays étaient discréditées par l'altération con-
stante qu'on en faisait. Les terres rapportaient si peu, que
longtemps en Provence les dots avaient été payées en
nature. Moins riches encore étaient les comtés du Maine
et d'Anjou. Huit ans après la conquête de Naples, les
gabelles du Mans et d'Angers ne rapportaient que quinze
mille deux cents livres tournois, alors que la guerre
contre Gênes et Pise avait ruiné le commerce des Mar-
seillais'.
Un autre motif encore rendait impérieux les besoins
d'argent. Par la durée comme par la dislance, la guerre
d'Italie excédait les droits du souverain sur ses vassaux.
Il ne les pouvait retenir sous sa bannière que quarante
« aem. IV ep. i?. Pérouse, 28 février 126S. Thés. U, 101.
« Papon, Histoire de Provence, II, 357; III, 59, ap. Saint-Priesl, U, 121-
122. — Pardessus, t. U, Introd., p. G5
(A!i. 1265) SON EXPÉDITION TRANSFORMÉE EN CROISADE. 31
jours, dont six pour aller et revenir, à raison de six
lieues par journée, et encore à condition de ne point
sortir des comtés où ils avaient leurs manoirs \ Quelles
sommes ne fallait-il pas pour entraîner si loin une armée
de six cents arbalétriers, de cinq mille cavaliers, de
quinze ou vingt mil le fantassins'! Le saint-siége lui-même
n'y pouvait sufûre, s'il ne recourait aux expédients.
Le mieux imaginé fui de transformer en croisade reli-
gieuse une entreprise politique. Moyennant la permission
de porter une croix mi-partie de blanc et de rouge*,
moyennant Téconomique promesse de cent jours dMndul-
gence*, Clément IV eut la joie de voir s'enrôler une foule
de pieux gentilshommes, ardents à donner el même à
recevoir les coups d'estoc et de taille qui leur devaient
procurer le salut. D'ailleurs, une fois le traité conclu, et
il l'était depuis le 26 janvier 1265% le pape autorisait
son légat à remettre au « roi de Sicile » l'argent de la
décime, à mesure des recouvrements, et invitait Louis IX
^ « Ricotii, I, 293.
• Annales veteres Mutinensium (K, I. S., t. XI, 67). — Chron. Parmense
<R. I. S., t. IX, 780). — Ann. ^cn., Ub. VI (R. I. S., t. VI, 565).
' « Nos enim cnicesignatos illos, quorum vota fuehnt Uditer conunu-
tata, illa indulgentia illoque privilegio ac ea immunitate gaudere volumus
que predicte terre succurrenlibus in generali conciHo sunt concassa. •
(7 mars 1265. UUerœ curiakê, anno I, f 59, Bibl. nat., t. XXXV. —
M. de Cherrier (111, 515, Âpp.)a publié ce document in extenso, — « Mul-
tos de ipsa décima équités.... soldat, aliisque concedit crucesignatorum
veniam.... a Gampanis militibus quos summus pontifex soldari fecerat. »
(Sabas Malaspina, II, 15, 16, R. I. S., t. VHI, 815.)
* Et lors fut une croiserie
Dont on portait la croiz partie ;
Les croiz forent, si comme semble.
De blanc et de Termeil ensemble.
(Ckron. métrique de S. Maghire, coll. Buchon, VII, n,
ap. Cherrier, III, 159.)
> Voyez-en le texte intégral dans Saint-Priest, II, 552, Âpp., et dans Ltt*
nig, Cod. dipl.. H, 946.
52 DÉPART DE CHARLES D'ANJOU. (An 1265)
à faire des avances à son frère, sous la garantie de
rÉgIise^
Même à prix d'or, il fallait du temps pour conduire à
travers les Alpes près de trente mille hommes, des bords
du Rhône, où ils campaient, non loin de Lyon, jusque sur
ceux du Tibre, où Clément IV les attendait. Charles
d'Anjou était pressé : il avait promis au pape d'être à
Rome avant la Pentecôte. Esclave de sa parole, il laissa
son armée sous le commandement nominal de son gendre,
Robert de Béthune-Dampierre, héritier du comté de
Flandre, et sous les ordres effectifs de Gilles le Brun,
seigneur de Trasignies et connétable de France, néces-
saire conseiller de cette inexpérience princière'. Puis,
aux derniers jours d'avril, il se rendit à Marseille, et
suivi de mille lances d'élite qui montaient vingt galères,
il cingla de voiles vers les côtes d'Italie'.
La tempête était déchaînée sur le golfe. Les quatre-
vingts navires pisans ou siciliens de Manfred* pouvaient
surprendre au passage la petite escadre et le téméraire
envahisseur. Mais lui, il ne craignait rien : il comptait
sur la Providence, dont il croyait fermement servir les
desseins et qui le devait conduire par la main. Il échappa
à l'ouragan, et par l'ouragan à ses ennemis : jamais
l'amiral de Manfred n'eût pu croire qu'on prît la mer
par un si gros temps. Rapidement poussé par le vent
maître, ou mistral, vers les rivages toscans, Charles y vit
* Clera. IV ep. cv. Pérousc, 18 juillet 1265. Thés., II, 165, n" 179;
Pérouse, 31 octobre 1265. Thés., Il, 241.
* Connétable avant février 1248, il vivait encore en 1272 (voy. Anselme,
Hist. gén, de la maison royale de France, etc., t. VI, p. 87.
5 Saint-Priest, U, 137. — Cherrier, Ul, 161.
* Flaminio dal Borgo (Diss. vi, p. 411). — Grassi (p. 115) dit 84. — Cf.
Inghirami, VI, 437, Sismondi, II, 450.
in. 1365) SON ARRIVÉE A ROME. 33
se disperser sa flottille ; lui-même, avec sa galère royale,
il vint s'échouer sur un banc de sable, près de Porto
Pisano. Guido Novello était pour lors à Pîse. Il y avait
reçu, dans une diète, tous les pouvoirs de Francesco Sim-
plice, rappelé avec ses Allemands par Manfred en dé-
tresse, et il portail seul désormais le titre de vicaire gé-
néral en Toscane*. Il courut au rivage pour mettre la
main sur Thumnine épave ; mais déjà l'énergique comte
d'Anjou, à force de bras, remettait à flot sa galère et
confiait de nouveau sa fortune à la tempête. Toujours
poussé par le vent du nord ', il passait inaperçu des na-
vires siciliens tout occupés de se sauver eux-mêmes, et
qu'allait emporter vers les eaux génoises un brusque re-
tour des vents du Midi*. A la hauteur de l'embouchure
du Tibre, il se jeta dans un frêle esquif, et, au risque de
périr, ordonna d'aborder à la côte. Là, ayant rallié ses
galères, il leur commit le soin de dégager le fleuve des
poutres et pieux dont on l'avait encombré; il leur donna
rendez-vous à Rome, et se dirigea par la voie de terre
vers Saint-Paul hors des murs, où il prit enfin quelque
< Malavolti, part. II, I. U, S" 30 r». M. de Cherrier (lU, 462) qualifie bien
mal Guido Novello en rappelant « le commandant des gibelins de Pise. i>
* « Quae Karolum devebebant, ad terram ventorum impulsu fuissent im-
pulsa.... • (Sabas Malaspina, 1. Il, c. xvii, R. I. S., t. YIII, 815.)
' Nous ne voyons pas où M. Hillebrand (p. 38) peut prendre que la flotte
sicilienne fut complètement détruite. Sabas Malaspina, qui est la principale
autorité sur ces faits, ne dit rien de semblable. 11 montre Manfred adressant
des reproches à son amiral sur sa négligence , mais nullement sur la perte
de la flotte, laquelle, en effet, revint vers Rome après la tempête. Voici le
texte : « Gum ndmiratus stolii galearum Régis quas usque in districtum
Januae valida tempestas impulerat,.... illico retroccssit et répétons fauces
urbis, compcrit ex ipsis faucibus omnia obstacula.... dejecta.... sicque ob
hoc a Rege praedicto de incauta et neglecta soUiciludine redargutus , passus
est condignas contumelias et terrores. » (Sabas Malaspina, 1. II, c. xix, R.
. S., t. Vm. p. 816.)
H18T. DE PLOUUKS. — n. 3
34 CHARLES D^ÂiSJOU JURE LE TRAITÉ. An. 1265
relâche, tout en fournissant ses hommes de chevaux ^
c( Quand les Romains oyrenl la nouvelle de sa mer-
veilleuse venue, si s'en émerveillèrent moult et dirent :
Sainte Marie ! que sera de cet homme que les périls de
mer ni les aguets de ses ennemis ne troublent ni n'épou-
vantent ! Vraiment la vertu de Notre Seigneur sera avec
lui *. » Les portes de la Ville éternelle étaient fermées et
à l'abri d'un coup de main ; mais les gibelins n'osant
plus sortir de leurs maisons, les guelfes marchent en
grande pompe au devant de ce prince que, de loin, ses
ennemis appelaient Carlotto^ le petit Charles', mais qui,
de près, les pénétrait de terreur*. Il entra dans Rome
entouré d'une multitude immense, portant des branches
d'arbres, qu'ornaient leurs vertes feuilles du printemps.
Sur son passage retentissaient les pieux hosanna et les
saints cantiques, au son des instruments. C'était le
samedi, veille de la Pentecôte. Le féal chevalier tenait sa
m
promesse avec l'exactitude d'un roi*.
Huit jours plus tard, le 29 mai, il se rendait dans la
basilique de Saint-Jean de Latran, où il était reçu, en
l'absence du pape, retenu à Pérouse, par cinq cardinaux
délégués, par le clergé, les nobles et le peuple. Après
avoir ouï lecture du traité qui lui conférait la couronne
de Sicile, il jura solennellement toutes les conditions que
< Sabas Malaspina, 1. H, c. xvjii, U. 1. S., YUI, p. 816.
* Guillaume de Nangis, Vie de saint Louis (Rectieil des historiens de la
France, XX, 421.)
' Villani, VU, 6.
^ Par une singulière inadvertance, M. de Saint-Priest (U, 146) nous
monlre Rome entière allant chercher Charles non à Saint-Paul-hors-les-
Murs, mais à Ostie !
» Sabas Malaspina, loc. cit. — Marlène, Thés., II, 135. — Villani, VU,
0. — Vitali, Storia de' Senatori di Rovuif I, 140. — Sisiuondi, II, 451.
— Saint-Pricst, U, 146* — Gherrier, Ul, 162.
(An 1265) NOUVELLES NÉGOCUTIONS FINANCIÈRES. 35
le saint-siége y mellail, notamment de ne jamais pré-
tendre, pour lui ni ses successeurs, à la domination sur
le reste de la péninsule ou sur l'Allemagne*. Afin de lui
en ôter l'occasion, il lui était interdit de se mêler en
rien des affaires de TEmpire, de la Lombardie, de la
Toscane*, d'y accepter aucune élection, d'y contracter
aucun mariage, d'y faire aucune acquisition ou conquéle,
d'occuper ces contrées en totalité ou en partie'. On verra
bientôt que, sans violer ce traité, l'Église devait en in-
terpréter les termes de manière à ouvrir au roi la Tos-
cane, après lui en avoir interdit l'accès.
Pour le moment, c'est encore de battre monnaie qu'il
s'agissait. Tout l'argent remis au comte d'Anjou s'était
englouti dans les préparatifs et la première aventure de
l'entreprise. Comment en refuser d'autre au prince qui
se voyait, faute d'espèces, retenu dans Rome, et qui
s'obligeait, s'il en était requis, à fournir au saint-siége
trois cents chevaliers bien armés pour servir pendant
trois mois sous la bannière pontificale, sur terre ou sur
mer, en quelque province d'Italie qu'il plût au pape de
1 c Cura prorsus intentionis sit romans Ecclcsi» ut regnum et terra praD-
dicta nullo unquam lempore imperio uniantur, ut scilicet unus Romanorum
imperator et Sicili» rex existât. Quod autem circa unionem ipsoruin regni
et terne cum regno romano aut regno Teotonise , seu cum Lombardia vel
Tuscia, sive cum roajori parte ipsaruin Lombardiae et Tusciae intelligimus. i
(Art. 19, ap. Saint-Priest, l\, 355, Âppeod.)
* • Nec intromittent se ullo modo de regimine ipsius imperii , vel regni
Romani, seu regni Theotoniae, aut Lombardiae, seu Tusciae. » (Art. 11, ap.
Saioi-Priest, 11, 350^ Âppend.)
' • Nullum hujus modi electioni vel nominntioni assensum prsesta-
boot.... » (Art. 11, p. 350.) — < Numquam matrimonialiter copuletur. »
(Art. 13, p. 352.) — «.... Lombardiam vel Tusciam vel majorera parfera
ipsanim per se vel per alios seu aliura occupabunt, capient , vel acquirent ,
aut sibi alias quomodo libet vindicabunt » (Art. 14, p. 353). Dans d*aulres
articles encore, notamment dans le douzième, il est question de la Toscane
et de précautions prises à son sujet.
36 EMPRUNTS DE CLÉMENT IV (An. 1265)
les conduire ou de les envoyer*? Pour contracter de nou-
veaux emprunts, Clément IV était prêt à s'adresser, ce
sont ses propres termes, « aux premiers marchands venus
de Sienne, de Florence ou d'ailleurs*. » Ces mêmes Sien-
nois qui s'étaient enrichis en prêtant à Urbain IV, Bona-
ventura Bernardini, Francesco Guidi et leurs associés^,
ouvrirent également leur bourse à son successeur. Le
3 juin, ils lui fournirent vingt mille livres tournois,
remboursables, capital et intérêts, sur la décime de
France, à la Saint-Michel suivante. Ce n'était pas même
les six mois d'usage; mais ces âpres marchands ne vou-
laient plus prêter à si long terme *, et pour ce court laps
de temps, ils exigeaient la garantie de la chambre apo-
stolique*. On comprend mal, de prime abord, que ces
conditions usuraires et dures parussent a libérales » à
Clément IV •, et qu'il n'eût que des éloges pour ces prê-
*■ • In Campaniam, in Maritimam, in Patrimonium beati Pétri in Tuscia,
ducatum Spoletanum, Marcham anconitanam, et in praemissam civitatem
bcneventanam...., et in orones alias terras ipsius Ecclesiae per Italiani, tre-
ccntos milites equis et arrais bene ac docenler munitos et paratos , ita quod
unusquisque ipsorum habeat quatuor equitaturas, vel très ad minus.... per
très menses integros quod si maluerit Ecclesia.... nayali juTari exer-
citu, prsedicti milites débita taxatione ac recompensatione praehabita in na-
Tale stolium commutentur. » (Art. 8, p. 548.)
* « Â quibuscumque mercatoribus Senensibus vel Florentinis aut quibus-
libet aliis. » (démentis IV ep. lxix. Pérouse, 3 juin 1265, ap. Martène,
Thés., U, 139.)
' Ces associés sont nommés, dans la lettre du pape, « Facio et Rostanno
Juncte, Uugone Jacobi, Lotto Hugolini, Jacopo Egidii, Guascone Trapili-
cini. » (Ibid,)
* c Cum creditores in longum terminum nihil credart. • (Ep. cxx. Pé-
rouse, 5 août 1265. Thés,, II, 179.)
* a Idenique magistereis super hoc praedictam decimam obligavit, et nos
hujusmodi obligation! nostrum prxbentes assensum, nostra et Ecclesiae Ro-
mans bona eisdem mercatoribus, si ductus cornes in solutione pecuniae prae
dictc'e forte cessaret, per dilcctum ûlium P. Camerarium nostrum fecunus
obligari. » (Ibid.)
® < Liberaliter mutuarunt. » (Ibid.)
(An. i!265) AUX MARCHANDS FLORENTINS. 57
teurs « afTectionnés, qui jamais ne faisaient défaut à
rÉglise* ; » la suite de la correspondance donne seule la
clef du mystère. Un emprunt du pape régnant et un
autre du pape défunt aux mêmes banquiers, montant
ensemble à neuf mille livres tournois, n'avaient pas été
remboursés à l'échéance fixée, grâce à l'incurie de Simon
de Brion, cardinal de Sainte-Cécile, légat pontifical en
France*. Pour qu'en de telles conditions ces créanciers
prêtassent de nouveau, ils y devaient trouver non-seule-
ment leur compte, mais encore de considérables, d'in-
solites profits.
Us en auraient voulu de plus insolites encore, si la
concurrence ne les eût forcés, dans une certaine mesure,
à limiter leurs prétentions. A Sienne même, Clément IV
pouvait faire et faisait appel à Tommaso Spigliati. En
juillet, il ordonnait de payer quatre mille livres tournois
empruntées, toujours pour les verser aux mains du roi
de Sicile, h Lottario Bonasce, marchand d'Orvieto, et à
Ricco Bonaguida, Nero Fornari, Angelerio Bonelli, mar-
chands florentins'^. En août, il devait payer trois mille
livres à leurs compatriotes Peregrino Cassini, Albertino
Rota, Giuseppe Coppi, Amatore Puzzini*. Il avait encore
* c Qai ad penonam nostram et Rom. Ecclesiam affectum genint benc-
Tolentis specialis, quique nobis et eidem Eccle^iaeia aliquo necessitatis arli-
culo non desunt. » (Ibid,)
* • Miramur nec immerilo quum quod nos tibi expresse per nostras de-
derimus litteras in niandatis ut novem millia libranim Turonensium quarum
dilecti filii Bonaventura Beraardi, Rayncrius Jacobi et Franciscus Guidi.. . .
partem de mandato felicis recordationis Urbani papae praedecessoris nostri ,
parlera Tero ad instantiam nostram.... liberaliter mutuarunt.... pnefatis
mercatoi'ibus adhucprsedictampecuniamsolTere....non curasti. » (Glcm. IV
ep. Lxxxiv. Pérouse, 6 juillet 1265. Hartène, Thés,, II, 149.)
' Glem. IV ep. lxxxtui. Pérouse, 10 juillet 1265. Thés., \i, 152.
^ Ep. cxix. Pérouse, août 1265, p. 177.
38 EXPÉDIENTS FINANCIKRS DE CLÉMENT lY. (An. 1265)
pour créancier à Florence Lotterîo Ferrucci et Bindo Ga-
ligaï, sans compter ceux de Pérouse, de Rome, de Mont-
pellier*. Les créances varient d'ordinaire entre cinq cenls
et dix mille livres; cependant elles s'élèvent quelque-
fois à vingt mille et môme à cinquante mille*. L*Église
eût volontiers emprunté davantage; mais tout son trésor
donné en garantie, vases sacrés enrichis de pierres pré-
cieuses, crucifix d'or, encensoirs d'argent, n'inspirait
pas confiance au delà. Encore ne comptait-on les espèces
ni sur-le-champ, ni en une seule fois'. Maigre résultat
acheté bien cher au prix d'un sourd mécontentement
dans le clergé, et de la lourde obligation d'assurer le
remboursement prochain de soixante mille cinq cenis
livres, avec les intérêts*.
Cette obligation, comme on vient de le voir, n'était
pas toujours remplie. Le prêteur courait risque de perdre
intérêt et capital, car il n'était pas seul à avoir des droits
sur le gage, et il reculait devant le scandale, nuisible à
son crédit, de saisir les vases consacrés. Aussi, la bonne
volonté des premiers jours faisait-elle place bientôt à une
défiance croissante. Clément IV s'en plaint, comme de la
* Ep. L?, 29 avril 1265, p. 128. — Ep. ccxliii. Pérouse, il mars 1266,
p. 289. — Ep. cxLix, Pérouse, 21 août 1265, p. 201.
* M. de Cherrier [III, 176) a donné une liste des emprunts pontificaux
pour Tannée 1265. Nous ne la reproduisons pas, parce qu'elle est incomplète
et inexacte. Pour qu'elle fût de quelque intérêt, il faudrait d'ailleurs y
oindre les emprunts des années subséquentes.
' < Yasa aurea et argentea cum pretiosis lapidibus et generaliter totum
thesaurum Ecclesiœ iisdcm obligavimus prseter morem , et cum tanta licet
nsolita cautione de 50 millibus libris Turonensibus habendis non subito,
nequesimul, scdsatis prope, satisque continue aliquam speni habemus. De
majori vero pecuni» nuUam, quia nec pignora tantum valent. » (Ep. ccx,
Pérouse, 22 décembre 1265, p. 260. — Cf., ep. ccxxii, 19 janvier 1266,
p. 269.)
* Ep. ccxii, ccxxu, Pérouse, !•' et 19 janvier 1266, p. 262, 269.
(Ax. 1265) SES SOLUCITATIONS A LOUIS IX. 39
malice des changeurs, et recourt contre eux aux repro-
ches, aux menaces, à l'excommunication ^ Il tenait sous
l'interdit toutes les villes gibelines, entre autres Sienne
et Florence. II jouait de ses foudres, sans crainte de
se blesser. Pour un prêt nouveau, il absolvait ses créan-
ciers ; pour une réclamation ou un refus, il les frappait
de nouveau*. Ainsi forcés à délier les cordons de leur
bourse, ils exigeaient du moins que le roi de France
s'engageât lui-même par lettres, car ils n'espéraient de
recouvrement que sur les redevances françaises*. C'était
donc Louis IX qui devenait la Providence financière du
snint-siége. L'expédition de son frère était, après tout, une
entreprise de famille, et il ne lui fallait pas moins de
mille livres par jour pour ses Français et ses Campa-
niens^. « Croyez-vous, lui écrivait Clément IV, que tant
d'hommes puissent vivre de vent, qu'on puisse trouver,
au delà des monts, des préteurs qui veuillent exposer
leurs espèces, quand ils voient les précédents ne pas re-
couvrer leurs créances'? Nous ne cessons de crier, et
« c
. Non negamus quam arguis Senensium mercatorum desidiam, nec
malitiara excusamus, sed potius et minis et terroribus frangimus prout pos-
fiimus et continuis increpationibus perurgemus. » (Ep. ccxxit à Charles
d'Anjou, p. 273.)
* • Quam contra persecutorem Ecclesi» et fautores ejus tulimus.... Si
quos hactenus aliter absolvisti,.... eos piotinus in pristinam reducas
sententiam. » (Ep. ccxi à Tarchevêque de Tyr. Pérouse, 1*' janyier 1266,
p. 261.)
» « Nec dabunt cam (pecuniani) Italici mercatores recipiendam in Frau-
da, nisi régis Franci» illustris habuerunt litteras. » (Ep. cxxxti,
33 août 1265, p. 190.)
* «I Gui omni die cum suis et Campanis quod ad suura necessario traxit
obsequiuin, sunl necessariae mille libr». » (Ep. cxx, Pérouse, 5 août 1265.
Thés., 11, 178.)
» « Nec posse de vento vivere tôt et lanlos, nec creditores ullraneos in-
Tenire qui se velint hoc tempore ad mutuum dandum exponere , praBsertîm
cnm audiant niale prioribus satisfactum. » (Ep, cxx^y, 23 août 1265*
40 PLAINTES DU PAPE A CHARLES D'ANJOU. (Aw. 1265)
notre voix retentit comme une trompette, en voyant le
naufrage de l'Église, la détresse de notre fils, Tilluslre
roi de Sicile. Si, à l'arrivée de sa noble et glorieuse ar-
mée, notre roi manque de ressources, nous pourrons
dire que le navire aura péri dans le port. Donnez ou
prêtez de Targent aux marchands siennois qui sont en
France, ou pensez que vous nous abandonnez au caprice
des venls et de la mer*. » Et à son légat, le cardinal de
Sainte-Cécile : « Empruntez donc pour donner aux Sien-
nois des sommes que leurs associés de France mettront
au service du roi, notre bâton de vieillesse. Demandez au
roi de France, à son frère, aux prélats, aux religieux, aux
bourgeois, aux usuriers, à tout le monde, quand même
vous auriez d'eux essuyé dix refus*. » Mais après avoir
tenté ces efforts surhumains, le malheureux pontife de-
vait se retourner, non sans humeur, vers l'insatiable
Charles : « Nous n'avons, lui écrivait-il, ni montagnes
ni fleuves d'or; nos ressources sont épuisées, et les mar-
chands sont fatigués '. Je ne sais comment vous ferez pour
continuer à vivre dans Rome, si votre armée ne vient pas,
et comment vous aviserez à l'entretenir quand elle sera
venue. Votre frère, sollicité trois fois, n'a pas répondu
p. 188.) — • Numquid enim de vento creditur possevWere.... » (Ep. cxx,
5 août 1265, p. 178.)
* • Procura modis omnibus ut de tua vel mutuanda pecunia Senensibus
mercatoribus qui sunt in Francia tantum detur quod in his partibus se pos-
sint effundere ad subsidium socii eorum, alioquin cogita quod.... nos man
et ventis expositos derelinques. i (Ep. clxxxi, 17 novembre 1265, p. 242.)
* « Noster baculus senectutis.... quaere ergo mutuum quod des Senen-
sibus, illud régi in istis partibus per socios suos refusuris. Quaere cum regc,
qu£re cum.... omnibus, etsi decies rcpulsam passus fueris apud ipsos. »
(Ep. CLxxxii, p. 245.)
• Nec montes nec fluvios habemus aureos.... exhausit jam viribus et
mercatoribus faligatis. i (Ep. ccxxv à Charles d'Anjou, p. 274.)
(Ah. 1265) L'ARMÉE FRANÇAISE EN ITALIE. Ai
une seule. Le clergé de France n'est pas plus empressé
que lui. Le légat n'a pu ramasser, avec Tordre de votre
autre frère le comte de Poitou, que quatre mille marcs
d'argent et cent mille livres tournois*. »
L'heure était proche de cette suprême difficulté. Au
débouché des Alpes retentissaient les trompettes et se
déployaient les bannières de Charles d'Anjou. Les popu-
lations, en France, suivaient de leurs vœux cette magni-
fique armée. Le trouvère Rutebeuf écrivait :
Prions pour le roi Charles ; c'est por nos maintenir,
Por Dieu et saint Eglise c'est mis au convenir *.
a Allons en Pouille, disait Hugues de Saint-Cyr, un des
rares troubadours du parti guelfe ; allons conquérir le
royaume : qui ne croit pas en Dieu ne doit pas posséder de
terre". » En Italie, du premier coup, les guelfes prirent
partout la confiance que perdaient les gibelins. Du coté de
la force passèrent beaucoup de transfuges. L'exagération
méridionale portait à soixante mille hommes les trente
mille que Robert de Bélhune amenait à son beau-père, le
nouveau roi*. Leur libre passage était assuré par des trai-
tés habilement conclus avec les seigneurs et les communes,
en Piémont et en Lombardie*. Après Turin et Novare,
* Ep. CLXxxi, p. 241.
> Œuvres, I, 147. Ed. Jubinal, Paris, 1839, in-8».
* Et aneiu en Polba lo règne conquerer.
Car sel qu'en Dieu non cre non deu lerra tcncr.
{Histoire littéraire de la France^ XIX, 472.)
^ « Et erant bene dicti Francisci sexaginta millia. n(Chron. Parmense,
1265. R. I. s., t. IX, 780.)
* Voy.les indications détaillées de tous ces traités dans Tiroporlant ouvrage
que publie h Naples M. del Giudice, Codice diplomaiico del regno di Carlo
e II d'Ângid, p. 59, 41, 47. — Naples, 1863, in-4*. — La première par-
ie dusecoad ▼olume a paru en 1869.
42 MARCHE DES FRANÇAIS VERS ROME. (An. 1265)
Verceil, qui avait juré la ligue gibeline sur les reliques
de saint Eusèbe, son patron, ouvrait ses portes avec un
empressement obligé*. Pour gagner Rome, il fallait tour-
ner l'Apennin et passer par Bologne, car les gibelins, maî-
tres de la Toscane, fermaient la route directe. Napoleone
délia Torre, anziaiio perpétuel ou seigneur de Milan, le
marquis Obizzo d'Esté, le comte de San Bonifacio, avec les
milices de Mantoue et de Ferrare, courent pleins de défé-
rence au devant des Français. Buoso de Doara livre le
passage de l'Oglio et se retire sur Crémone*. Seul fidèle,
le marquis Pelavicino ne pouvait contenir ce flot chaque
jour grossissant. Vaincu à Capriolo, il découvrait Parme
cl Bologne. A la voix de l'évéque Geoffroy de Beaumont,
préchant la guerre sainte. Lombards, Romagnols, Bolo-
nais se rangent à Tenvi sous l'étendard de la victoire, fort
réjouis de faire leur salut dans l'autre monde en servant
leurs intérêts dans celui-ci. De Rome accoururent à cheval,
sous le.s ordres de Guido Guerra, quatre cents nobles exilés
de Florence, qui s'étaient offerts au pape dès l'arrivée de
Charles d'Anjou*. Ils rejoignirent à Mantoue l'armée,
surprise de leur splendide équipement*. Les armes de
Clément IV, une aigle rouge dans un champ blanc, sur
< c Et cum fuerinl apud Yercelas, episcopus Yercellarum et advocati et alii
de parte que dicitur Ecclesie contra juramenta promissa et facta super reli-
quias S. Eusebii confessons illius civitatis, eos iatraxerunt in civitatem Ver-
celii. » (Chron. de Rébus in Italia gestis, p. 254.)
« Villani (Vif, 4), Ammiralo (1. H, t. I, p. 129) croient à la trahison.
Dante de même :
Ei piangeqtii l'argento de' Frnnceschi :
lo vidi, potrai dire, quel da Ducra
Là dove i pcscatori stanno frcschi.
(Inf. XXXU, 113.)
Stefani, II, 131, ap. Delizie. etc., VUI, 1, 2.
* Villani, VI, 87.
(An. 1265) COMBATS EN TOSCANR. 45
un serpent vert, brillaient sur leur bannière, et montraient
en eux les champions attitrés de l'Église. Ils y ajoutèrent
plus tard un petit lis rouge sur la tête de l'aigle, et tels
furent désormais les insignes distinctifs de ce grand parti
guelfe auquel appartenait l'avenir *.
Pendant que ce torrent d'hommes, accru ainsi de nou-
veaux et continuels affluents, dévastait tout dans sa
marche vers Rome, « sans se souvenir, dit Muratori,
qu'ils étaient chrétiens et croisés*, » la Toscane gibeline
faisait bonne contenance. Par une simple démonstration
armée, Sienne forçait à la soumission l'abbaye de San
Snlvadore. Elle mettait à sac Sarteano'^ et Radicofani,
plus obstinées dans la résistance. Elle renforçait de
quelques compagnies de milice l'armée que les Florentins
entretenaient dans le val d'Arno*. C'est là seulement
qu'avait pris quelque gravité l'agitation produite par le
passage des Français sur l'autre versant de l'Apennin.
L'évêque d'Arezzo, de la famille des Uberti*, et gibelin
par conséquent, s'était retourné vers les guelfes pour
tirer vengeance de ses diocésains, qui, soutenus de Guido
Novello, avaient porté sur les biens épiscopaux une main
« Villani, VII, 2. Ammirato, 1. Il, t. I, p. 129. M. de Sainl-Priest tra-
duit : « une aigle de gueules et un serpent de sinople sur champ d'argent
(U, 166). .
* « Commisero dapertutio le enormità che si possono immaginare, senza
ricordarsi di essere cristiani e crociati. • (Muratori, Ann. d'italia^ 1265.)
Un peu plus tard, le pape lui-même se plaignait des excès de l'année de
Charles à Bénévent (Clem. IV ep. ccLxn. Pérousc, 12 avril 1266. Thés,,
n, 306.)
' Sartcano, dans le val di Chiana, entre Chianciano, Cetona et Chiusi, à
dix milles au sud de Montepulciano, et quinze milles de Radicofani, en pas-
sant par la montagne de Cetona (Repetti, Y, 175).
« 19 janvier 1266. Comiglio délia Campana, XII, 8, 21 . 22.
» Villani (VU, 12) le donne comme étant des Ubertini, mais Muratori cor-
rige dans une note en disant des Uherti. Cf. Stefani, II, 132.
44 UBERTO SPIOVANATO DES PAZZI. (An. 1205
sacrilège. Donnant en garde à ses nouveaux alliés les
châteaux qui lui restaient, il les aidait, en outre, à s'em-
parer, de Castelnuovo*. Cette place prise, il fallait la
défendre, et Guide Novello la serrait de près. Les chroni-
queurs rapportent du chef qui y commandait une ruse
de guerre, telle que les aimait la subtilité des Toscans. Ce
chef, nommé Uberto Spiovanato, était des Pazzi du val
d'Arno. Il fabriqua une fausse lettre où il se faisait an-
noncer la prochaine arrivée du roi Charles. Il y ai)pliqua
e grand sceau de l'évêque d'Arezzo, son oncle, en le
détachant d'une missive de ce prélat. Il mit cette lettre
avec d'autres et de l'argent dans une bourse de soie, qu'il
eut soin de perdre au plus fort d'une sortie et d'une es-
carmouche. Les assiégeants l'ayant trouvée, crurent aux
allégations du parchemin trompeur, et décampèrent en
toute hâte pour rentrer à Florence. C'était abandonner
aux guelfes enhardis tout le val supérieur de l'Arno*.
Quoique réel, cet échec n'avait, du reste, aucune im-
portance. Presque invincibles dans les montagnes, les
exilés ne pouvaient tenir en plaine. Ils inspiraient encore
si peu de crainte, que les chefs gibelins n'hésitaient pas
à s'affaiblir pour envoyer à Manfred plusieurs escadrons
de cavalerie, politique évidemment judicieuse, car pour
défendre la Toscane gibeline, il fallait à tout prix écraser
Charles d'Anjou'.
Mais bien probable était déjà son triomphe. Les défec-
tions de la Lombardie avaient leur pendant au fond de la
Ml y a plusieurs localités de ce nom. Celle dont il s'agit ici, c'est Castel-
nuovo délia Chiassa, val d'Arao supérieur, sur la rive gauche du fleuve et
a route duCasentino (Repetti, I, 507).
Villani, Vri, 12. Stefani, If, 132.
» Malavolti, part. U, 1. II, ^ 31 y\
(An. 1265) SUPRÊMES NÉGOCIATIONS DE MANFRED. 45
Fouille. Pour cette campagne où, selon le dur mot de
Dante, « tout Âpulien fut menteur *, » les rangs de l'ar-
mée française se grossirent des San Severino, des Morra,
des Fasanella, dont les familles n'avaient reçu de Frédé-
ric II que des bienfaits. Les bourgeois, le menu peuple,
travaillés par les agents pontiGcaux, considéraient sans
effroi un changement de maître, si le nouveau maître de-
vait rouvrir les églises. Manfred s'épuisait en efforts pour
entrer avec lui en arrangements, pour faire agréer sa
soumission au saint-siége. Une à une il énumérait les
difficultés de la conquête. Il tentait d'en dégoûter son
rival. Mais les réponses qu'il recevait lui en étaient tout
espoir*. « Votre lettre, lui écrivait ironiquement Clé-
ment lY, se répand en comparaisons fatigantes. Elle ex-
pose longuement, et contre toute vérité, l'impuissance,
l'orgueil de ce noble guerrier, en qui tous les yeux ver-
ront, par la suite de l'affaire, non-seulement ce que vaut
rhomme, mais encore ce que Dieu peut en l'homme.
Que si l'on nous objecte la difficulté des voies, Dieu est
puissant à ouvrir ce qui est fermé, à dénouer ce qui est
noué, à vaincre le grand nombre par le petit. Attendons
son jugement'. »
Il fallait donc recourir aux armes. Mais dans quelles
* Là dove fu bugiardo
Ciascun Pugliese.
{Inf. XXVni, 16.)
M. de Saint-Prîest (H, 173) traduit bugiardo par couard^ ce qui est un for-
mel contre-sens.
M. Von Raumer (Geschichte der Hoherutaufen, IV, 51 4) prétend que
Clément IV, après le couronnement de Charles d'Anjou, songea de nouveau
à entamer des négociations avec Manfred. La réponse du pape prouve le
contraire. Le couronnement est du 1*' janvier 1266 ; les propositions de
Manfred sont antérieures ou postérieures de quelques jours.
^ Clem. IV ep. ccixvi, 1266 (pas de mois). Martène, Thés., II, 274.
46 CHARLES D^ANJOU DANS LE ROYAUME. (An. 1266)
inégales et cruelles conditions ! La trahison élait jusque
dans la famille de Manfred, jusque chez son beau-frère
Riccardo d'Aquino, comte de Caserte*. Ils sont toujours
rares, les fidèles serviteurs qui s'ensevelissent dans la
ruine de leur maître. Or cette ruine, tout le monde la
prévoyait. Détaché de sa souche, privé de la sève qu'il
puisait jadis en terre allemande, ce rameau des Hohen-
staufen ne pouvait reverdir qu'à la condition d'être planté
en terre papale, de trouver dans la papauté un nouveau
principe de vie, et tout espoir en était perdu depuis
longtemps.
Déjà la campagne était commencée. En huit jours,
par un temps froid et sur la neige durcie, Charles avait
conduit sa lourde cavalerie et ses pesantes machines aux
frontières de l'État napolitain. Son adversaire, sagement
résolu à la défensive, tentait encore de feintes négocia-
tions : il attendait des mercenaires allemands. La réponse
qu'il reçut était d'un rude soldat, comme d'un fervent
chrétien : — « Allez, s'était écrié le prince français, dites
au sultan de Lucera que je le mettrai en enfer, ou qu'il
me metlra en paradis* ». Dès le premier engagement, la
* Villani (VU, 5) prétend que Manfred avait abusé de sa belle-sœur, la com-
tesse de Caserte, et par là veut expliquer la trahison du comte. M. de Cher-
rier (lU, 186) répond qu'elle était mariée depuis vmgV^pt ans, et qu'à par-
tir de Texcommunication de Frédéric , la famille d*Àquino eut toujours un
pied dans chaque camp.
* Villani (VII, 5) donne cette réponse dans un jargon macaronique qu'il
prend pour du français : « Allés, idit moi a le sultam de Locere hoggi mê-
lerai lui en emfern, o il metra moi en paradis. » — H. de Cherrier met à
cet endroit la négociation avec le pape que nous avons rapportée plus haut ;
mais c'est de sa part purement arbitraire, car la lettre pontificale ne porte
que la date de Tannée. \\ est clair qu'à ce moment il n'y avait plus de né-
gociation possible qu'avec l'ennemi qu'on avait devant soi. Si Charles avait
consenti qu'on envoyât des ambassadeurs à Pérouse et qu'on attendit leur
retour avant de poursuivre sa marche, il en serait resté quelque chose dans
. histoire.
(ÂH. 1266) LES DEUX ARMÉES EN PRÉSENCE. 47
première ligne de défense fut perdue. Tandis que le
comte Giordano surveillait en vain, avec sa cavalerie, les
gués du Garigliano, le comte de Caserte livrait le passage
de ce fleuve à la hauteur de Ceperano. Sur la seconde
ligne, la forteresse d'Aquino ne pouvait tenir; Roccad'Ar-
ce, un nid d'aigle, était lestement escaladé par les fantassins
de France, « dédales empennés », comme les appelle
Sabas Malaspina*. Naples etOaëte ouvraient prudemment
leurs portes*. San Germano, imprenable clef des contrées
méridionales, tombait à son tour par surprise aux mains
des Français et des guelfes florentins, leurs alliés^ Le
bas Vulturne, protégé par Capoue, pouvait être une troi-
sième ligne de défense; mais les gués du haut Vulturne
une fois franchis, elle devenait intenable. Manfred se
retira donc et rallia le gros de ses troupes dans la vallée
du Calore, non loin de Bénévent. Pour prévenir des dé-
fections nouvelles, il les déploya sur trois lignes dans la
plaine de la Grandella, où, faute d'avoir occupé les délilés
des montagnes, il voyait descendre les Français; puis, de
pied ferme, il attendit ou offrit l'inévitable combat. Sa
deuxième c< bataille » ou « eschielle », comme on disait
alors, était formée de mille gibelins toscans et lombards,
commandés par le comte Giordano. L'ennemi, imitant
ces dispositions, avait également placé au second rang
les guelfes italiens avec les Provençaux, mille lances en-
viron sous les ordres du roi. Sous ceux de Guido Guerra
* « liane gallici milites» quasi lene quid esset, miractilosc conscendunt,
ad quam, nisi novas alilum niutarentur in formas aut lacertos huberent
monstniose, daedalica fîctione, pennalos, vix credercntur posse pcr longa
tempora devenirc. • (Sabas Malaspina, 1. III, c. iy, R. I. S., t. YIII, 8t2l.)
Chron. de rébus ^ etc., p. 256.
^ \'illani, VU, 6. Sabas Malasuina* l. Ul. c. iv, R. I. S., t. VIU, 821.
48 BATAILLE DE BÉNÉVENT. (An. 1235
a réserve était formée de quatre cents exilés florentins.
Manfred les voyait ainsi que les autres, et il admirait leur
belle ordonnance. On prétend qu'il dit avec tristesse :
— Ces guelfes ne peuvent perdre aujourd'hui. Où sont
ces gibelins qui me devaient assistance et pour qui j'ai
dépensé tant de trésors*? — Ceux qu'il comptait dans
son armée, quoique plus nombreux que n'étaient les
guelfes dans l'armée ennemie, ne lui pouvaient faire
oublier lant de nobles et de bourgeois prudents qui res-
taient claquemurés dans leurs villes, sous prétexte de les
conserver à la cause gibeline et au roi Manfred (26 fé-
vrier 1266).
C'est donc contre un adversaire sans espoir, mais non
sans courage, et avec des forces visiblement plus consi-
dérables*, que Charles d'Anjou allait se ruer avec une
confîance qui ne négligeait d'ailleurs aucun moyen de
succès. Il recommandait aux siens de férir d'estoc plutôt
que de taille, les chevaux à la tôte et les cavaliers a l'ais-
selle, mais les chevaux de préférence aux cavaliers, car
ceux-ci une fois à terre et sous leurs montures, embarras-
sés dans leurs étriers et alourdis par le poids de leurs
armes, pourraient être facilement occis par les hommes
de pied'. — Nul ne s'en aille! — criaitil, pour défendre
de faire quartier. Tout était permis contre le « sultan »
qui avait dans son armée tant de « porcs^, » tant de Sar-
* Villani, vu, 8, 9. — Ammiralo, l H, 1. 1, p. 130.
* Les auteurs s'accordent sur ce point, quoiqu'ils varient sur les chiffres.
' « Reddite vos cautos et attentes ut poilus cquos quam homines offen-
datis.... » (Sabas Malaspina, 1. III, c. vi, R. I. S., t. VIU, p. 823.) —Si pri-
rent petites espées qu'ils avoient et s'escrièrent que on ferit d*estoc par
dessous les esselles, où les Aleman estoient plus legierement armés. (G. de
Nangis, Vie de saint Louis, Hisl. liit. de la France^ XX, 425.)
< Porcine sunt isti qui contra nos cum tanto clamore descendunt ? »
Sabas Malaspina, 1. lU, c. x. R. i. S., t. VIII, 826.)
(Ah. 1266) DÉFAITE DE MÂl^FftËD. 49
rasins ennemis de Dieu, si peu de prêtres et d'aumô-
niers.
Entre ces musulmans et ces croisés, le combat fut une
horrible et confuse mêlée. La discipline militaire dispa-
rut sous une aveugle fureur, fruit ordinaire des haines
religieuses. Des deux parts, nulle tactique : à mesure
que les troupes engagées faiblissaient ou pliaient, on en
faisait avancer de fraîches. Quoique la courte épée des
Français luttât avec désavantage contre Tépée si longue
des Allemands^ la victoire devait donc rester aux plus
nombreux. Autour de lui, Manfred ne voyait plus qu'une
poignée de fidèles : des Romains, des Lombards, quelques
barons du royaume. Avec eux il s'élança pour un su-
prême effort; mais jusque parmi eux il rencontre des
traîtres ou des lâches : son grand camérier, le comte de
Malecta, se retire vers Bénévent, emportant le trésor dont
il était le gardien*. Son beau-frère, le comte d'Acerra,
prend la fuite avec d'autres seigneurs. N'ayant plus,
comme il le dit alors, qu'à mourir en roi, plutôt que de
vivre dans l'exil et la misère*, il quitte ses insignes royaux,
qui l'eussent fait reconnaître, et, des mains d'un écuyer,
prend son heaume de bataille. L'aigle d'argent qui en
> Car les deux mains en haul levées
dictent d'unes longues espées
Souër tranchanz à larges meures... '';
Li François espées reportent
Coui tes et roidcs dont ils taillent,
Mez aux ennemis navrer Paillent.
[Guill. Guyart, Royaux lignages, t. H, p. 77.)
« Cherrier, III, 195.
' « Polius, inquit, hodie volo inori rcx quam vivere cxul et miser. » (Ri-
cohaldi FerrariensU Pomarium, R. I. S., t. IX, 135.)— «Mulo, inquit, ho-
die mori rex in acic quam vivere exul et calamitosus. » (Chroii. Fr. Pi-
pini, c. VI, K. I. S., t. IX, 679.) Cf. Chron. Siciliœ auclore anonyniOj R.
I. S., t. X, 832.
UST. M FLOliENCE. — U. ^
50 RECHERCHE DU CORPS DE MANFRED. (An. 1266)
faisait le cimier étant tombe à terre : Hoc est signum Dei,
dit-iP; mais il ne s'en jeta pas moins au plus fort de la
mêlée, et il y disparut obscurément, comme le dernier de
ses hommes d'armes\
Parmi les captifs conduits au camp des vainqueurs se
trouvaient bien le comte Giordano, les frères Simplice,
et ce Piero Àsino des Uberti, qui avait jadis cassé la tête
à Cece Buondelmonti, sur le cheval du grand Farinata';
mais vainement on y chercha Manfred. Comme personne
ne disait l'avoir vu parmi les vivants, Charles donna ordre
d'examiner les morts. De trois jours il défendit d'en en-
lever un seul du champ de bataille. A la (in, un soldat
picard, qui avait dans son butin le destrier royal, déclara
avoir vu tomber dans la lutte le cavalier qui le montait,
un homme blond aux yeux bleus, avec une barbe rouge
au menton, de peau blanche, de taille moyenne, de phy-
sionomie agréable*. A cette description précise, les courti-
* Villani, VII, 9.
* M. de Cherrier (III, 196) fait remarquer avec raison que Guillaume de
Nangis (hc, cit., p. 427) et Fcrrcti de Vicence (1. I, R. I. S., t. iX« 947)
sont les seuls chroniqueurs qui accusent Manfred d'avoir pris la fuite. Les
autres, quoique guelfes pour la plupart, rendent témoignage de sa bra-*
▼cure.
' « Magnum quoquo captivorum numo.rum ad carceres Garoli bellicus
eventus adduxit, inter quos Jordanus et Bartholomaeus Simplex, eorumquc
firatres, nec non Pctrus Âsini de Ubertis Florcntinus ghibcUinœ iactionis
auctor. f (Fr. Pipini Chron,, c. vi, R. 1. S., t. IX, 680.) — « Non si fa
menzione di persona altra di conto de' Fiorentini che Picro Asino degli
Uberli. t (Ammirato, 1. H, t. I, p. 130.)
* « Erat, inquit (miles Picardus), homo flavus, amœna facie, aspectu pla-
cabilis, in maxillis rubeus, oculis sidereis, per totum nivens, stalura medio-
cris. f (Sabas Malaspina, 1. III, c. xui, R. I. S., t. VUI, 830.)— A la même
page, cet auteur dit encore : « Formosum corpus Manfredi. » Cf. Dante :
Biondo era e belle e di geutiie aspetto;
Ma Vun de* dgli un colpo avea divido...
E oioetrommi una piaga a sommo il petto.
(Purg. 111,107.)
(An. 1306) SÉPULTURE DE MANFRED. 5i
sans napolitains reconnurent celui quUls appelaient <x leur
roi, leur capitaine, leur ma'tre, leur agneau*. » Après
bien des recherches, on le trouva percé de coups, dé-
pouillé par les ribauds ou r.oldats d'aventure qui, dans
les combats, n'avaient d'yeux que pour le bulin*. « Et jà
soit ce qu'il eût été faussemeit et contre droit honoré de
royale majesté, le roi Charles, qui de ce fut remembrant,
et qui libéral et franc cœur avoit% ne souffrit pas que sa
charogne fût laissée aux bêles et aux oiseaux du ciel à
dévorer, ainçois la fit couvrir de un moncel de pierres en
une voie commune près de Boni vent \ d Le seul honneur
funèbre qu'il refusa, ce fut la sépulture ecclésiatique, à
laquelle ne pouvait prétendre un excommunié '^. Les Ita-
liens, d'esprit plus libre, mais moins conséquents, ne
virent que dureté, qu'indigne vengeance dans cet acte de
naturelle et pieuse logique \ Par une semblable erreur,
* fl Heu, heu ! occisus est agnus, rex, dux et dominus noster , qui elegit
cum suis mori potius quam vWere sine ipsis. p (Sabas Malaspina, 1. lU,
c.xiii, R. I. S., t. Vin, 830.)
* € Contigit quod Die dominica corpus invcntum est nudum penitus in-
ter cadavera peremptorum. » (Lettre de Charles d'Anjou au pape, Cod. dipL
del regno, I, 114.) — Villani (VU, 9) etFr. Pipini (R. 1. S., t. IX, 680) rap-
portent une version plus saisissante, et, pour ce motif, suivie dans la Divine
Comédie : c Un villain ayant reconnu et ramassé le cadavre de Manfrcd, Tau-^
fait porté au camp , couché sur un âne , en criant à tuc-téte : Chi accatta
Manfredi f Sur quoi un baron aurait accablé le villain de coups de bâton et
fait apporter le corps à Charles, devant qui le comte de Caserte, Giordano
d^Ângiano, Bartolommeo Simplice et autres famihers du malheureux vaincu,
le reconnurent, c Uélas ! se serait écrie le comte Giordano, les yeux pleins
de larmes et en se voilant la face : c'est bien mon seigneur ! »
' Trop libéral même, au gré de ce rude chroniqueur : « Et fu la cause
pour ce qu'il les cuida atraire par dcbonnaireté, mais tniex li venit que il
les eut fet punir et décoler. » (Guill. deNangis, loc. cit., p. 427.)
* Guillaume de iNangis, loc, cit.j p. 427.
* Ego itaque naturali pietate inductus, corpus ipsum cum quadam hono-
rificentia sepulturae, non taraen ecclesiasticse, tradi feci (Lettre de Charles
Cod. dipL del regno, I, 114).
* In quo vere quum non sit vindicta ad mortuos, generositati sua idem
52 MANFRËD JUGÉ (Ar. 1266)
ils prirent pour une basse injure ces pierres jetées sur le
cadavi*e, seul monument funéraire des héros morts dans
les temps primitifs^ L'injure vint du haineux Pignatelli,
archevâque de Cosenza, qui, par ordre du pape' ou de
son propre mouvement, fit exhumer avec ignominie et
transporter hors du royaume les restes de Manfred. Au-
dessus de Geperano, non loin du Liris et sur les rives d'un
ruisseau de l'État pontifical, le Yerde, qui y déverse ses
maigres eaux, ils furent jetés dans un champ sans les
couvrir ni de pierres ni de terre, exposés au vent et à la
pluie, en proie à ces oiseaux du ciel dont un rival triom-
phant avait du moins voulu les protéger'.
La poésie contiunporainc ne se montra guère plus clé-
mente a la défaite. Elle faillit, cette fois, à son noble rôle,
qui est de l'honorer et de la relever, dans la mesure de
la justice. C'est à peine si quelques étrangers, le trouba»
dour Àimeri de Peguilain\ le trouvère Adam de la Halle,
Carolus plurimum dcrogavit (Fr. Pipini Chron,, c. 6. R. I. S., t. IX, 680).
Dante est plus juste :
Sotto la çuardia tlclla grave inora
(Purg, m, 129.)
Guardia compense grave, qui pourrait être pris en mauvaise part.
1 Sabas Malaspina, loc, ci^. ViUani, Vil, 9. Gherrier, lU, 199. — Aujour^
d'hui encore, nejctte-t-on pas souvent une pierre ou un peu de terre dans
la fosse ouverte d*un parent, d'un ami, avant de s'éloigner?
* Se '1 poster di Coscnza c:h' alla caccia
Di me Tu messe per Ciementc...
(Purg. III, 124.)
* Villani, Vil, 9. Pétri Diaconi HiU. mon, Ca$êin., p. 756, ap. Cherrier,
m, 200. — Cf. Dante, Purg., lU, 130 :
Or le bagna la pioggia c movc il vente,
Di Tuor dal Rcgno, quasi lungo il Vente,
Ovc lu trasmutô a lume spcnto.
* Totas honora e (uig fag benestan
Foron gutal c délit e mal ine^
(Ah. iîM) PAR LES POËTES CONTEMPORAINS. 53
eurent quelques mots de bienveillant souvenir pour la
lamentable victime d'une grande cause. Il est vrai que
les paroles de ce dernier sont en quelque sorte une réha-
bilitation autorisée, car ménestrel au service du vain-
queur, il ne reproche au vaincu que son impiété :
Biaus chevalier et preus et sages fu Manfrois,
De toutes bonnes tèches entechiès et couilois ;
En lui ne faloit riens, fors que seulement fois*.
En Ilalie, sous l'implacable règne des guelfes^ Dante
le premier et Dante à peu près seul osa être juste pour
ce grand gibelin malgré lui. II Tappelle « le fils heureu-
sement né de César*. » Quoique ses péchés fussent « hor-
ribles, » c'est au purgatoire, non dans l'enfer qu'il le
place, parce qu'il s'était tourné en mourant vers la a Bonté
infinie', » pure hypothèse du poëte, mais marque d'in-
dulgence et d'admiration. Au seuil du purgatoire même,
selon la doctrine des théologiens, Manfred devait altendre
trente années pour chacune de celles qu'il avait vécu dans
les censures ecclésiastiques : Dante abrège pour lui le
temps de ces épreuves préliminaires*, et la postérilé ra-
Lo jorn que mortz aucis lo miel presan
E 'i plus plasen qu'ancroais nasques de maire,
Lo yalen rei M^nfrei que capdelaire
Fon de yalor, de gaug, de totz loa bes;
Non sai cossi morlz aucir lo pogues, etc.
[Aimeri de Peguilain, ap. Renouard, Choix des poésies originales
des troubadours, V, 12.)
* Ccit du roi de Sezite, dans les Œuvres de Ruteheuf, l, 435, notes et
éclaircissements.
* Federicus Caesar et bene genilus ejus Manfredus (De vulgari eloquio,
I, liî, éd. Fraticelli, Opère minori di Dante, II, 180).
» Purg. III, 118.
* Purg, lU, 136. — M. de Saint-Priest (II, 207) se trompe étrangement
quand il explique Tindulgence et la pitié de Dante, par ce motif que Mao-
54 JUGEMENT DE LA POSTÉRITÉ. (An. 1266)
tifie cette sentence atténuée, mais sévère encore : sans
méconnaître les talents réels, le caractère aimable, la
mort glorieuse de Manfred, elle ne peut oublier sa cou-
pable ambition. Si elle en parle sans indignation et sans
trop de blâme, c'est qu'elle pèse les raisons qui en sont
Texcuse : le désir des Italiens, dans toute la péninsule,
de ne point voir un même prince dominer sur le Nord et
sur le Midi; des Napolitains dans la Fouille et en Sicile,
d'avoir un roi qui vécût parmi eux et n'eût souci que de
leurs intérêts; l'incertitude de savoir quel était, dans ces
contrées méridionales, le maître légitime, du pape ou de
l'hérilier de^ Hohenstaufen, qui s'en attribuaient simul-
tanément la souveraineté ; les qualités personnelles enfln
qui devaient rendre l'affable, le doux, le généreux Man-
fred aussi populaire parmi ses sujets que devait l'êlre
peu le sombre, le dur, le cruel Charles d'Anjou.
fred aurait été un a prince presque national, qui avait essayé, quoique en
Tain, de fonder une Italie. » Bien autres étaient les vues du poète, du poli-
tique qui, de tous ses vœux, appelait Henri VU.
CHAPITRE II
LES FRATI GAUDENTI ET LE PROTECTORAT
DE CHARLES D*ANJOU
— 1266-1267 —
Effets de It bataille de Bénévent en Italie. — Réconcilialion de Florence avec
l'Église. — Concessions de Guido Novello. — Les frati gaudenti, — Conseil
des trente-six huoni uamini, — Organisation qu'ils donnent aux art». — Pro-
grès de la démocratie. — Efforts de Clément lY pour chasser les Allemands.
— Emprunt refusé à Guido Novello. — Attaque des Lamberti contre les trente-
six (11 no\'embre 1266). — Résislance des marchands. — Échec et retraite de
Guido Novello. — Il lente de rentrer dans Florence (12 novembre). — Réor-
{^anisation du gouvernement florentin. — Part qu'y prend Clément lY. — Effort
des Florentins pour conserver leur indépendance. — Domination passagère
dos modérés. — Mariages mixtes. — Mécontentement des guelfes et du pape.
— Leurs tentatives pour dissoudre le ligue gibeline. — Entrée de Guy de
Montfort et des Français à Florence [\2 avril 12G7). — La seigneurie offerte à
Charles d'Anjou. — Réforme des institutions florentines. — Les douze buoni
uomini, — Les divers conseils. — Les biens des gibelins confisqués. — Orga-
nisation de la parle guelfa. — Plaintes des gibelins : Fra Guittone d'Arezzo.
Comme un coup de foudre attendu, mais que l'attente
ne rend pas moins formidable, la bataille de Bénévent
retentit dans toute Fltalie, et Tébranla jusqu'en ses fon-
dements. La chute de Manfred était pour les gibelins plus
que la perte d'un chef habile et puissant ; c'était la ruine
d'une maison redoutée, unique support de leur parti.
« La Sicile, écrivait avec enthousiasme Clément IV, est
rcssuscitée vivante d'entre les morts*. » En Lombardie,
' Ecceper Dei graliam Sicilia rediviva nuper a mortuis resurrexit (Clem.
IV ep. ccLXxxTiii. Thet.f II, 527).
56 GUIDO NOVELLO AFFAIBLI A FLORENCE. (An. 1266)
toutes les villes, sauf Pavio el Vérone, tous les tyrans,
sauf Buoso de Doara, adhèrent aux vainqueurs*. La
moindre résistance est aussitôt châtiée ; Buoso de Doara
se voit excommunié, banni pour toujours*. La Marche,
si longtemps rebelle au souverain pontife, son maître lé-
gilime, en reconnaît enfin l'autorité'. Les guelfes de
Toscane, si cruellement abattus, relèvent partout la têle.
Pour menacer les gibelins de jusles représailles, ils n'at-
tendent pas même le retour des vaillants exilés qui
venaient de se couvrir de gloire. Ils se rapprochent de
Florence ; ils viennent jusqu'au pied des murailles,
jusqu'à l'église des Servi pour y tenir conseil, pour y
nouer ou renouer avec leurs amis du dedans des relations
que n'empêchent plus leurs ennemis*. Dans Florence
même, où commande toujours Guido Novello, après avoir
murmuré tout bas, on se plaint tout haut des dépenses
extrêmes, des charges désordonnées, des prestations
énormes et vexatoires qu'il impose aux habitants. « Le
peuple, dit Stefani, commençait à rugir, en se rappelant
qu'il avait coutume d'être seigneur, et qu'on le traitait
comme chiens*. » Il étendait la responsabilité de ses
maux à tous les magistrats, et il avait cessé de les craindre,
car il les sentait plus occupes de se défendre que d'atta-
quer. I^ tyrannie cesse d'être redoutable, et elle disparaît
d'elle-même, quand elle redoute son châtiment pour le
lendemain.
Les plus habiles, en pareils cas, perdent la tête. Que
* Clem. lY ep. cclvii, caxxxviii. Thei., II, 502, 327.
* Ckron, de rébus, etc., p. 259 sq. — Memorialc potestatum liegien"
siiim. R. LS.,t. VIII, 1126.
' Marchia nostrn ad nos rcdiit (Clem. IV ep. ccltii. Thés, y II, 302),
* Villani, VII, 13.
> Coininciô il popolo a ruggire, ricordandosi che soleano avère lasignoria
(An. 1266) IL RÉCONCILIE FLORENCE Â L*ÉGLISE. 57
pouvait Guido Novcllo, aussi médiocre homme d'Ëtat
quMnsuffisant capitaine? Il ne pensait qu'à sauver son
pouvoir, et il se flattait encore d'y parvenir*. Il ne com-
prenait pas que, séparé comme il Télait du peuple, il ne
pouvait céder quelque chose, sans être réduit à céder
tout. C'est l'éternelle histoire des gouvernemenls mena-
cés. Ils épuisent leurs forces à remonter le courant qui
les emporte, et quand, à bout de forces, ils s*y abandon-
nent, l'abîme est trop près pour qu'ils n'y soient pas
précipités.
Son premier soin, un mois à peine après la bataille,
fut de réconcilier Florence avec TÉglise. Dans le courant
de mars 1266, « le potcstat, le conseil et la commune,
revenant à ce cœur dont ils s'étaient éloignés inconsidé-
rément et non sans périP, » envoyaient en ambassade
auprès du pape quatre juges : un d'eux, Jacopo de Cerrelo,
était constitué syndic pour demander en leur nom la
levée de l'excommunicalion et de l'interdit. Clément IV
accueillit favorablement l'humble requête ; mais ne
jugeant pas qu'on lui offrît de suffisantes garanties',
le 25 mars, il commettait au cardinal Oltaviano des Ubal-
dini le soin de donner satisfaction à Florence, après que
soixante marchands « solvables » se seraient engagés a
obéir en tout au saint-siége et à payer sur leurs propres
et il reggimcnto, e chc non crano signori. ma como caui traltati da* ghi-
bellini colle imposte clic il conte Guido facea loro. (Stcfani, U, 135.)
« Villani, Vil. 13.
' Lettre de Clément IV au card. Oltaviano des Ubaldini , Pérousc,
25 mars 1266 (Arch. di Stuto, Cartapecore Strozziane-Uguccioni).
M. G. Capponi a public pour la première fois ce document (T. I, p. 549,
app., n» 1).
^ Quia tamen ab eisdem sindicho fideijussoribus datis ab eo plenarie
non est chautum (/(tV/., ap. Capponi, p. 5i9).
58 PROJETS DE RÉFORMES (kn. i26G)
biens toutes les sommes qu'il pourrait exiger d'eux \
Le 7 avril suivant, l'ancien ami de Frédéric II faisait
rentrer Florence gibeline dans le giron de l'Église. Cinq
juges et notaires « par raulorilé impériale » enregistiaient
cette grâce, qui s'étendait nominativement à quelques
particuliers ' ; Arezzo , Pistoia suivaient aussitôt cet
exemple. « La porte est ouverte, écrivait joyeusement le
pape, au salut de toute la Toscane'. »
Sûr désormais de la bienveillance ou tout au moins
de la neutralité du saint-siége, Guido Novello n'avait plus
qu'à mériter et, s'il se pouvait, qu'à conquérir celle de
ses adversaires enhardis. C'était la partie ardue de sa
tâche. Il y eût fallu plus d'adresse et de résolution qu'il
n'en avait. Il ne sut imaginer que des mesures incohé-
rentes, que d'insuffisantes concessions, et il les imagina
trop tard. « Employés avant d'être nécessaires, dil
Machiavel, ces remèdes auraient pu être utiles. Tardifs
et sans préparation, non-seulement ils ne servirent point,
mais encore ils hâtèrent la ruine*. » Au lendemain du
jour où il avait fait au pied du trône pontifical une soumis-
sion prudente, Guido faisait encore mine de se défendre :
il appelait à lui les forces de la taglia^ qui élevèrent les
* Receplis ab eis sexaginla fideijussoribus mcrcatoribus qiios facilitate
conyeniendi ac solvendi facultate idoneostibi esse constiterit... pecuniarum
sumroas quas per nos scu alios aut aliutn exigemus vel exigi facicmus ab
cîs, de propriis bonis soWent (Ihid.),
* Facta fuit ista relaxa tio... anno 1266, die 7 mcnsis aprilis... Ego iiih-
periali auctoritate judex et notarius... (Ibid,).
> Ecce janua panditur ad salutem totius Tuscise. Jam namquc Tiam tenet
eamdem Pistorium, eamdem Âretium... (Clcm. IV ep. cclxiv. Pérousc,
13 avril 1266. Thés,, II, 310).
* Quelli rimedii che, avcndoli fatti prima clie la nécessita yenisse, sa-
rebbero giovati, facendoli dipoi senza grade, non solamente non gioTa-
rono, ma affrettarono la rovina loro (MadiiaTcl, lit, fior,, II, 19).
(Ah. 4266) DE GUIDO KOVELLO. 59
siennes, en y joignant ses six cents Tedeschi^ au chiffre
respectable de quinze cents cavaliers*. Pour gagner lés
esprits, le bon vouloir de la multitude et du parti guelfe%
il substituait, cependant, des procédés humains aux
rigueurs ; il tentait même, paraît-il, d'appeler un popo-
lano^ GiannuzzoSoldanieri, aux fonctions de capitaine du
peuple; mais Soldanieri n'acceptait pas, ou il ne pouvait
prendre possession de sa charge'* : personne ne se laissait
séduire à ces avances intéressées de la faiblesse et de la
peur. C'est alors que Guido Novello conçut le dessein
d'introduire à Florence une magistrature bizarre, essayée
en 1254 à Modcne, et qui ne pouvait qu'obtenir l'agré-
ment du saint-siége.
Confier à deux polestals simultanément l'administration
de la chose publique, telle avait élé l'innovation de
Modène*. Guido Novello y crut apporter une amélioration
ingénieuse, en voulant que l'un des potestats fût guelfe et
l'autre gibelin. Pour faire montre d'impartialité, il in-
troduisait la guerre au sommet de la judicature, et si
disposé qu'on soit à le croire sincère dans cette expérience,
* Villani, VU, 14. Ptoléraée de Lucques (Annal., R. I. S., t. XI, 1285).
Stefani (U, 135) dit 2200.
* Guadagnarsi gli animi, la benevolenza délia moUitudine délia parte
guelfa (Malavolti, part. II, l. 2, f* 34 ). Cet auteur croit à tort qu'on eût
mieux réussi en redoublant de sévérité (È più facile usar la forza e la se-
▼erità con la quale si tendono i sudditi in timoré, che il mostrarsi troppo
benigno e amorevole (Ibid.).
' Paolino, II, 27. Si Taffirmation de ce chroniqueur est exacte, il faut
croire que cette nomination fut rapportée ou non suivie d'effet, car Gian-
nuzzo Soldanieri ne figure pas au livre ms. intitule : Officialet foreuses
civitatis Floreniiœ.
* Interdum binis uno tempore potestatibus civitas regenda tradebatur.
Quod Mutinae factum fuit anno 1254, adlectis a populo Domino Castellano
Domini Ândaloi et Domino Rambertino Dominî Matthaei (Muratori, Antiq,
Ital., Diss. 46, t. IV, col. 88).
60 LES FRATI GAUDENTI. (An. 1266)
dans cette concession peu sensée, on se demande malgré
soi si, derrière ces magistrats de parade, neutralisés Tun
par l'autre, il ne se flattait pas de gouverner seul, comme
par le passé.
Il y avait alors en Italie un ordre moitié religieux,
moitié militaire, dont les membres portaient le nom de
chevaliers ou frères de Sainte-Marie. C'étaient peut-être
ceux de Fra Pietro de Vérone qui, sortant de Florence,
s'étaient propagés et transformés '. Us devaient être issus
de familles nobles, du côté maternel comme du côté pa-
ternel'. Ils portaient une tunique blancbe et un manteau
gris avec une croix et deux étoiles rouges sur plastron
blanc, des gants de cuir ou de laine, et les insignes mili*
laires, Técu, le heaume, les éperons de fer. Ils obser-
vaient les jeûnes de l'Ëglisc et beaucoup d'autres, faisaient
maigre le lundi et le mercredi, s'abstenaient d'œufs et de
laitage le vendredi, de lard et de sang le samedi. Ils li-
saient l'ofCce de la Madone, sauf les illettrés, qui réci-
taient le Paler et VAve cinquante-neuf fois. Les hommes
mariés étaient admis dans Tordre, pourvus qu'ils reçus-
sent de leurs femmes licence d'y entrer. Celles-ci, en pa-
reil cas, entraient elles-mêmes dans un couvent, où elles
revêtaient des habits de drap gris ou blanc, des manteaux
de peau d'agneau ornés de bandes blanches. D'obligation
plus stricte encore était pour elles cette retraite, si leurs
maris, considérés comme convers ou terziarii, obtenaient
l'autorisation de continuer à vivre dans leurs maisons\
< Voy. plus haut, t. I, p. 373.
* On peut le voir dans les lettres de Fra Guittone d'Arezzo, qui apparte-
nait à cet ordre. Voy. Osservalore fiorentinOt UI, 150-152, 3* éd.
s Voy. la Bulle d'Urbain Vf, Sol iste vents (1261), qui confirme Tinstitu-
lion et règle tous ces détails. Elle se trouTû dans Federici, Istoria de* cU'-
[An. 12G6) LEUR INSTITUTION. 61
Le but de IMnstitulion explique ces tolérances singu-
lières. Il n'était autre, selon Villani, que de défendre les
veuves et les orphelins, de s'entremettre dans les difTé-
rends, et de procurer des réconciliations*. C'est ainsi
qu'amenés à vivre « dans le siècle, » les frères de Sainte-
Marie vivaient exempts des austérités monastiques, comme
des taxes publiques, recherchaient le bien-être, le luxe,
les festins, ne se faisaient reconnaître pour moines que
par l'habit et l'oisivelé. Aussi le nom de frati gaudenli
ou godenti, qu'on leur donnait d'abord sans intention
malicieuse, signifia-t-il bientôt frères viveurs ou bons
vivants*. Avec non moins d'ironie et plus de grossièreté,
valieri gaudenli^ t. Il, Monumenta, p. 16. Venise, 1787, in-4*; Gozzadini,
Cronaca di Ronzano et Memorie di Loderingo d*Andalà, Bologne, 1851,
Ghirardacci, Sloriadi Bologna, t. f, tavola dei nomi, et Savioli, VI, 368.
Le bref de Clément IV qui siutorisc la vie commune est dans Savioli, VI,
420, et dans Gozzadini, p. 167-169.
' Dovcvano difendcre le vedovc e pupilli e intramettersi di pacc (Vil-
lani, VU, 15J.
* A principio multi videntes formam habitus nobilis et qualitatem vitae,
quia sciljcet sine labore vitabant oncra et gravamina publica, et splendide
cpulabiintur in otio cœperunt dicere : Quales fratres sunt isti? Certe sunt
fratres gaudentes. Ex hoc obtentum est ut sic Yocentur vulgo usque in ho-
diernmn diem , quum tamen proprio vocabulo vocentur milites Domine
(BenTenuto Rambaldi d*Imola. Comment, in Dant. Comcsd, Inf., XXIII,
103, ap. Muralori, Antiq. ItaL, II, 1092). Cristofano Landino, autre com-
mentateur de Dante, et Jacopo délia Lana disent de même. 11 faut remar-
quer pourtant que tout au moins à Florence cet ordre ne jouissait pas de
rimmunité des charges, comme le prouve la rubrique suivante du Statulo :
■ Quod fratres gaudentes teneantur solverc libras et facliones facere co
munis Florentie (lib. IV, tract. 5). n Gozzadini (p. 28) s'évertue à prouver
que gaudenli ne doit pas être pris en mauvaise part, attendu que gaiulio
est synonyme de gloria^ et que dans un texte qu'il cite (p. 185) il est dit :
c Milizia di Maria vergine gloriosa, ossia dei frati gaudenti. » Federici (I,
185) parle de même. Â supposer que ces auteurs aient raison, on comprend
que certains écarts de la vie ont dû pousser la malice populaire à détourner
le mot de son sens primitif, d'autant plus qu'il est constant que c'est pour
avoir montré un goût trop vif du plaisir que cet ordre fut supprimé par
Sixte-Quint en 1585. Voy. Osserv. fior., UI, 152. Cf. Villani : • Poco
duré, che seguirono al nome il fatto, cioè d'iatendere più a godere(yn,13).»
62 FRATI GAUDENTl (An. 1266)
la verve populaire les appela Capponi di CristOy chapons
du Christ*.
C'est à cet ordre étrange, proche des Augustins par ses
règles et des Templiers par ses dérèglements, que Guido
Novello demanda deux potestats. Du monastère de Ron-
zano, situé sur ces pittoresques hauteurs qui avoisinent
Bologne, il tira deux frati de quelque renom, Catalane
des Malavolti* et Loderingo d'Andalô. Ce dernier, quoi-
que marié, passait pour un des fondateurs de sa confré-
rie*. 11 s'était distingué comme polestat dans les villes gi-
belines de Modène, Sienne, Faenza, Pise et Reggio*.
L'autre, avant de revêtir F habit des frati gaudcntij avait
exercé, comme guelfe, la même charge à Plaisance, où
Ton conservait un bon souvenir de son administration*.
Le choix que faisait d'eux le maître de Florence semblait
donc jusliliable, au moins en apparence. Clément IV
l'approuvait. Il y voyait un acheminement à la résurrec-
tion des guelfes, et, en esprit politique, il s'en contentait.
Il ne pensait pas que deux chevaliers d'un ordre religieux
pussent gouverner autrement que par ses conseils et se-
lon ses desseins*. En conséquence, le 12 mai, il exhortait
* Jacopo dclla Lana, ap. Osserv. fior,, lU, 151.
* Federici (I, 345) ne croit pas qu'il fût des Malavolli de Sienne. Il pense
que Villani a fait confusion.
* Federici, I, 295. — Gozzadini (p. 25) dit même que Tordre fut fondé
par lui ; mais cet auteur esl suspect, parce que ses ancêtres sont mêlés à
cette histoire. Leur nom figure dans les documents.
* A Modène en 1251, à Sienne en 1253, à Faenza en 1254 et 1262, à
Pise en 1255, à Reggio en 1258 (Gozzadini, p. 20, 29).
5 En 1200. Federici, 1, 545.
^ Cum igitur civitas florentina, quxdudum peccatis exigentibus efXlorue-
ral, reflorere nostris temporibus videatur, ne, quod absit, novi flores re-
marceanl ex defectu regiminis non suspecti, multorum judicio, tam intrin-
secis quam extrinsecis civitatis ejusdem civibus utile Yidealur nostro régi
cousilio civilatem, nostraque, saltemad tempus aliquod, proTidentia gubei^
(An. 1266) POTESTATS A FLORENCE. 63
par lettres Catalane et Loderingo à accepter la charge qui
leur était offerte. c< Ce n'est pas, leur écrivait-il, aban-
donner la religion, c'est la soutenir, c'est la réchauffer,
que de s'employer au gouvernement des choses de ce
monde, sur Tordre de celui qui a droit de commander,
quand on s'y porte non par amour, mais par soumission,
pour le salut du prochain*. » Convaincu que leur admî-'
nistralion serait propice aux guelfes, il jugeait le moment
venu (Je relever le parti tout autour de Florence. 11 re-
prochait aux Siennois de n'avoir pas prêté Toreille aux
exhortations de son chapelain et de s'être laissé séduire
par des chefs ardents à mettre la corde au cou du Père des
fidèles". Il leur indiquait, comme gage de réconciliation
avec l'Église, un serment que feraient sur l'Évangile le
conseil général, assemblé au son de la cloche, le syndic,
le potestat, le capitaine et autres officiers^. A Lucques,
redevenue guelfe par la mort de Manfred, il conseillait
de placer à sa têle le comte Guido Guerra, dont il faisait
un pompeux éloge*. Mettre aux mains du clief des exilés
florentins toutes les forces de Lucques, c'était menacer
Florence, si elle résistait au mouvement général.
Guido Novello sentit le péril; mais il était trop tard
pour reculer. Il fallait abandonner une partie du pouvoir
pour ne pas le perdre tout entier. Ayant installé ses deux
nari (Clem. IV ep. cclxxxui. Viterb., 12 mai 1266. Mart. Thés. 11, 321)»
^ Scire vos Yolumus quod rcligio non deserilur sed fovetur, si ad ejus
qui juberc potest imperium a mundanis tumuitibus avulsus aniinus ad eos-
dem pro tempore non amandos, sed potius lolerandos, pro sainte rcdu-
citur proiimorum (Ibid.),
* Contempla nuncii non contenti, nobis etiam pararo iaqueum moliun-
tur (Clem. IV ep. cccviu, sans date. Thés. II, 350).
» Ibid., p. 351.
* Ad civitatis Testrs regimen (Ciera. IV ep. CGLXxvti. Viterbe, 8 mai
1266. 7/ie«.n, 318).
64 LES TRENTE-SIX BUONUOMmi. (Ar. 1266)
poleslals au palais de la Badia\ il les flanqua, pour les
conseiller cl les surveiller, de Irenle-six btwni uomini^
pris parmi les plus considérables marchands, artisans,
hommes du peuple des deux parlis\ Dans le délibéraiif,
comme dans Texécutif, il était fidèle à son système d'équi-
libre. Mais plus fortes que sa volonté furent les circon-
stances, la logique des passions et celle des intérêts. Les
frati gaudenti auraient dû ne pas s'entendre : ils s'enten-
dirent pour extorquer le plus d'argent qu'ils purent aux
Florentins'. Les hionitiomini oublièrent comme eux les
discordes guelfes et gibelines, pour ne se souvenir que
d'une chose, c'est qu'ils avaient sujet de faire cause com-
mune, en qualité de marchands et d'artisans. Ils ne se
bornèrent point à assister les deux potestats quand ils en
étaient requis. Ils eurent des réunions, des délibérations
quotidiennes dans la « boutique » des consuls de Cali-
mala, située au Mercilo nuovOy en bas de la maison
des Cavalcanti*.
* On ne sait pas au juste la date de leur entrée en charge ; mais ils y
étaient le 24 mai 1206, comme le prouTe un document rapporté par Manni
(t. XXVII, p. 118) et auquel renvoie Gozzadini (p. 35).
* Buoni uomini mercatanti e artefici de' maggiori e de* migliori (Vil-
lani, VU, 13). Si elessero 36 uo:nini mercatanti ed arteGci li quali furono
guelfi e ghibellini mcscolati (Stefani, 11, 153). De* maggiori artcGcic mer-
catanti (Ammirato, 1260, 1. H, t. I, p. 130).Trenla sci popolani (Machia-
vel, ht, fior,, 11, 19). — M. llillebrand dit (p. 40) : • Pour donner une
constitution au peuple et pour veiller aux finances. » Rien n'autorise k
croire qu'il s'agit alors d'une constitution, pas même le texte d'Âmmirato,
qui, après avoir dit que ce conseil délibérait sur les dépenses, ajoute :
• Come d'ogni altro fatlo delb repubblica. » Mais il faut reconnaître que
l'erreur commise l'a été de bonne heure, car Malavolti appelle déjà les 30
fl riformatori del governo. » (Part. H, 1. 2, f^ 54.)
' Credcndo che pcr Toncslà dell' abito fossono comuni e guardassono il
comune da soperchie ispese, i quali tutto che d'animo di parte fossono di-
visi, sotto coverla di falsa ipocrisia, furono in concordia perd più al gua-
dagno loro proprio che al bene del comune (Villani, Yll, 13).
* Villani, VU, 13. — Sur cet emplacement s'élève aujourd'hui une mai-
(Ah. 1206) ORGANlSATIOiN DES ARTS MAJEURS. 65
11 n'est pas exact, comme on Ta dit, qu'ils s'y occu-
passent de donner une constitution nouvelle à Florence,
ni même d'y créer les arts, qui existaient depuis quatre-
vingts ans; mais ils s'étudièrent à organiser les arts exis-
tants sur le modèle de Calimala. Chaque art eut dès lors
son capitaine, ses consuls, ses gonfalons*. Une sorte de
hiérarchie s'élablit entre eux. Le premier rang, par un
respect raisonné de la justice et instinctif des professions
libérales, ne fut point disputé à l'art des juges et des no-
taires i^udici e notai) ^ dont l'enseigne était d'azur, por-
tant au milieu une grande étoile d'or. Au second passè-
rent les marchands de Calimala {mercatanti di Calmala)
avec leur gonfalon rouge, à l'aigle d'or sur globe blanc.
Au troisième, les changeurs ou banquiers {cambiatori) ^
ayant bannière rouge parsemée de florins d'or. Au qua-
trième, les fabricants de laine {(anajuoli), reconnaissa-
bles au mouton blanc qui se détachait sur champ ver-
meil. Au cinquième, les médecins, apothicaires, merciers
{mediciy speziali^ merciai)^ dont le gonfalon portait sur
champ rouge l'image de la Vierge Marie, tenant dans ses
bras l'enfant Jésus. Au sixième, les fabricants de soie
{setaiuoli) : une porte rouge sur champ blanc distinguait
leur bannière. Au septième, les pelletiers et peaussiers
(pcllicciai)j avec un Agnas Dei blanc sur champ azur".
Ces sept arts formaient le popolo grasso^ le peuple gras,
c'est-à-dire enrichi.
Les autres, quoique plus nombreux, ne comptaient pour
son plus moderne, mais où Ton n fixé une plaque commémoralive. Cette
maison est au coin des rues Porta Rossa et Calzaioli. Le rez-de-chaussée est
occupé par un pharmacien.
* Ë voile (il popolo) air nrli daie consoli e botteghe e gonfaloni (Stefani,
11, 155).
< Villani, VU, 13. Stefaiii, 11, 154.
UIST. DE FLOMENCE. — II. 5
À
66 LES ARTS MINEURS. (Aji 12(i6)
rien dans rÉlat, et formaient le popolo mirmto. A ce mo-
ment de l'histoire florentine, la dénomination célèbre
d'arts majeurs et d'arts mineurs serait encbre prématu-
rée*. Au-dessous des premiers, il n'y avait que de simples
métiers, d'humbles corporations. Cinq d'entre elles, toute-
fois, commençaient déjà à s'élever, à prendre de l'impor-
tance. A défaut d'un rôle politique et d'une organisation
officielle, on les voyait imiter librement l'organisation des
arts, se donner comme eux des gonfalons, c'est-à-dire le
moyen de rallier leurs membres en temps opportun. Les
détaillants de draps florentins, fripiers, marchands de
coupons et de rognures avaient une enseigne mi-partie de
blanc et de rouge ; les bouchers l'avaient jaune avec un
bouc noir; les cordonniers, à bandes alternativement
blanches et rouges; les maçons et charpentiers, rouge,
avec la hache, la scie, la cognée et le pic; les forgerons,
blanche, avec de grandes tenailles noires*.
On comprend que Villani fasse dès lors mention de ces
humbles métiers. Par leur organisation en quelque sorte
militaire, ils pouvaient peser d'un certain poids dans la
balance, défendre la commune contre ses ennemis du
dehors, soulever au dedans ou comprimer l'émeute. Pos-
térieurement, parvenus au rang d'arts, ils reçurent le
nom d'arts mineurs, qu'ils devaient transmettre bientôt
aux métiers intimes, marchands de vin, marchands
d'huile, boulangers, aubergistes et autres, pour prendre
eux-mêmes celui d'arts intermédiaires ou moyens. Mais
dès ors ce premier progrès de leur destinée modifiait
^ Appresso cssendo il popolo grasso distinto in setle arti, le quali si do*-
minarono poi Tarti niaggiori, a differcnza di quelle che in procesio di
tempo furono detle minori (Aimnirato, 1. Il, t. I, p. 151, ann. 1266).
« Villani, VU, 15.
(Ah. 1366) GROUPEMENT NOUVEAU DES PARTIS. 67
sensiblement l'assiette des partis. Les deux grandes fac-
tions qui combattaient l'une pour le pape, l'autre pour
l'empereur, l'une pour conserver à la noblesse ses privi-
lèges, l'autre pour en acquérir au peuple d'équivalents,
se confondent dans les mêmes rangs, sont enveloppées
dans les plis du même gonfalon. Les noms de guelfes et
de gibelins subsistent, mais ils n'empêchent plus de sub-
ordonner les passions politiques aux intérêts sociaux, et,
d'ailleurs, ils changent de sens. Dans une ville où la
noblesse s'efface de plus en plus, où elle est déjà contenue,
où elle sera bientôt opprimée \ les guelfes soutiendront
le gouvernement populaire et les gibelins l'oligarchique".
Si ceux-là restent d'accord avec le pape et ceux-ci avec
l'empereur, c'est que protéger la démocratie est dans les
traditions de l'Église, et soutenir l'aristocratie dans l'in-
térêt de l'Empire. A l'aristocratie qui disparait s'en sub-
stitue, il est vrai, une autre, par les privilèges reconnus
aux principaux arts, comme par l'usage de grouper dans
les mêmes rues ou quartiers ceux qui exercent même in-
dustrie ou même traGc. Mais c'est une aristocratie mar-
chande et moyenne, forcée par les prétentions et les mé-
pris des grands à tendre encore la main aux petits.
Quoique vaincus avec Manfredet déconcertés par sa mort,
les grands espéraient encore que les dernières vagues
soulevées par la tempête viendraient expirer aux limites
de la Toscane. Grâce à leur armée de mercenaires teu-
tons, indifférente à tout ce qui faisait battre le cœur aux
* E quîvi il popolo cominciô a volere vedere il freno alli uobili (Stefanif
U, 135).
* Già si cra incominciata a scorger b nascosta virlù di qucsli nomi,
non Yoler quasi dir allro guelfi che lo stato popolare, ne ghibellini altro
che quelio degli ottimati (Anumrato, 1. U, 1. 1, p. 133).
i
as EFFORTS DE CLÉMENT IV (Ak. 1260)
Florentins, ils pouvaient encore paraître redoutables. Ce
lui chez leurs adversaires une souveraine preuve de pru-
dence et de (act que de ne point engager la lutle. Ils
laisseront aux conséquences de Bénévent le temps de se
produire. Sans prétendre à conquérir prématurément le
pouvoir, ou même à le rendre aux guelfes, ils se bornè-
rent à donner aux métiers une organisation vigoureuse,
et, par là, à la société florentine des bases solides qui lui
permctlraient d'attendre le jour inévitable, le jour pro-
chain où la puissance passerait, par la force des choses,
aux mains de ses membres les plus actifs, les plus riches,
les plus sensés.
Une vuesuperiicielledes choses et les illusions propres
aux vaincus peuvent seules faire croire à Malavolti que
Guido Novello aurait pu triompher, sans l'appel malen-
contreux des deux frali gaudenti^ et la création plus
malencontreuse encore des trente-six btu>ni tiomini ^ Où
n'étaient pas les Allemands, la domination gibeline suc-
combait d'elle-même. Le 14 juin 1266, Montepulciano
tombait au pouvoir des rebelles de Sienne*. A Florence,
les poteslats étaient impuissants à tout, sauf à pressurer
leurs administrés; les trente-six se neutralisaient en deux
fractions égales, sauf pour Tintérél commun des arts.
Clément IV, le 27 juillet, demandait ouvertement pour
les guelfes qu'ils pussent, en donnant caution, retourner
librement à leurs affaires, car « ils n'avaient offensé et
* Per mantcnimciUo d'\ qucllo stalo, il ehe poteva facilinsntc avvenirc,
se egli con gli altpî capi di quella fattionc, non ha?esse (con la crealion
dclle duc podcslà c dei 5G riformatori del govcrno délia repubblica)
mostrato cosî smisurato timorc e inresolulionc (Malavolti, part. U, 1. 2.
f 34).
' Consiglio délia Campana, Xli, 40.
(Ax. 1266) POUR RENVOYER LES ALLEMAND^. 69
ne se proposaient d'oiïenser qui que ce fûl^ » 11 défendait
d'allenter en rien, ni en fait nî en droit, à ceux qui se
trouvaient hors de Florence". 11 exigeait que « tous les
louions, comme excommuniés, comme perfides et mani-
festes persécuteurs de TÉglise, fussent licenciés, chassés
de la ville et du territoire, pour n'èlrc plus jamais, nulle
part, à la solde des Florentins'. » Ses ordres n*é(ant point
exécutés, il revenait à la charge, visiblement à bout de
patience\ Bientôt il ne se bornait plus à reprocher tant
d'énormes et prolongés excès, tant d'hésilalion à faire,
même après être rentrés en paix avec l'Église, ce qui au-
rait dû êlre fait auparavant*, kxxx frati gaudenti il veut
substituer un syndic de son choix, Jacopo de Gollemedio,
chevalier, pour qui il demande une escorte et des gages
* « Cum ipsi nullum ofTenderint vel proponant offendcre, et damna plu-
rima sustinuerint sine culpa^ negoliationes suas et ncgotia libère prosequi
non valenles eos ad sua domicilin tute et libère rcmittatis. • (Clem. IV
ep. cccxLv. Viterbe, 27 juillet 1266. Thés.. Il, 378.)
* « Prohibentes ne contra exlrinsccos Florcnlinos vcl alios in confiniis
positos juris vel facti processum nliquem atlentetis. • (Clem. IV ep. ccacv,
::ans lieu ni date. Thes,^ H, 419.)
' • ManJarous quatenus omnes Teulonicos ibidem in nrmis morantes aut
consuetos morari tanquam perddos et cxcommunicatos et persccutores £c-
clesiae manifeslos liccntialis et a vobis abjicialis omnino ita quod nec in ci-
YÎtate Teslra remaneant, nec etiam in districlu nec in vestris dispendiis alibi
ubicumque. > (Clem. IV ep. cccxxii, 5 juillet 1266. Thes.yWt 362. Lettic
adressée aux fraii gaudenti.)
^ « Cum Yobis per nostras litleras mandassemus quoil sceleratos Tlieulo-
nicos ejiceretis a vobis tanquam exrommunicalos et pcrfidos ne sedis apo-
stolicse inimicos. » (Clem. IV ep. cccxcv, sans date. Thn., Il, 418.) M. Bo-
naïni (loc. cit.) place cette lettre entre le 23 novembre et le 27 décembre.
Comment serait-ce possible, puisque alors les Allemands n'étaient déjà plus
à Florence? il est obligé de la placer entre les n** 413 et 421. Marlène a
mieux ^u sa date probable, en lui donnant le n* 395.
s • Multiplices et énormes excessus plurimum elongalos.... sic quia
i*elaialionem earum, si scripti juris sequeremur angustias, salisfactio com-
pctens anlecedere debuisset. d (CIrm. IV ep. cccxcv sans date. The$.^ II,
418.)
70 EMBARRAS FINANCIERS DE GUIDO NOVELLO. (An. 12CC)
convenables. Se heurlanl à la force d'inertie, puis à un
refus formel S il flétrit en termes amers la rébellion, les
machinations secrètes de Guido Novello et des siens contre
l'Église romaine, contre le roi de Sicile, son cher tils en
Jésus-Christ, puis il leur donne dix jours pour chasser
les Allemands cl comparaître en sa présence par délégués,
faute de quoi il procéderait contre eux comme il le juge-
rait bon*.
De telles menaces on savait qu'en penser à Florence ;
mais on savait aussi s'en faire une arme pour combattre
le gouvernement qui les attirait sur la tête des citoyens.
Les émissaires du pape avivaient encore celle opposition
grondante. Revelus de l'habit ecclésiastique, ils voyaient
s'ouvrir respeclueusement devant eux les portes de la
ville, toujours fermées devant les guelfes laïques. De là
cependant ne vint point la crise et l'inévitable dénoû-
ment. Ce qui perdit Guido Novello, ce furent ses embarras
ûnanciers.
Sans cesse il lui fallait de l'argent pour payer ses mer-
cenaires. Pas d'argent pas de Suisses, a-t-on dit prover-
bialement au seizième siècle. Avec plus de vérité encore
on l'eût pu dire des Allemands, deux siècles et demi plus
tôt. Mais le comte Guido ne pouvait puiser que par l'in-
termédiaire des magistrats dans l'escarcelle des habitants.
' c Dilectum filium Jacobum de Collcnicdio militem, quem Tobis deili-
mus potcstutem per veslrum syndicum ad nostram missum praesentiam ho-
noraretis sabrio competenti, et honeslx mililum comilivae provideretis in
sumCibus, per quam possel civitalis Tcstrx stalum pacificum conservare, ni-
hil horuin effici re voluislis , immo clarius et apertius respondistis quod ea
Tcleorum aliquod minime facerelis. • (Ibid.)
* « Invenimus rebellioncm in liminc.... ut machiuationes abditas tacea-
mus.... Mandantes quatenus infra decem dics a perccptione praesentium die-
tis ejcctis Theutonicis.... coram nobis comparealis per syndicum.... quod sive
Teneritis sive non, in negotio prout nobis visum fuerit procedemus. » (Ibid.)
(A.^. 1266) COMPLOT CONTRE LES TRENTE-SIX. 71
et il sentait croilre, à chaque demande, le mauvais vou-
loir des Ireutc-six *. Au sein d'une ville où dominait, mal-
gré tout, l'esprit guelfe, on n'avait pu rétablir en sa fa-
veur l'égalité sans lui rendre la prépondérance. Le jour
où, pour payer quinze cents odieux cavaliers, les mar-
chands se voyaient menacés de taxes nouvelles, l'entenle
devenait facile aux conseillers pris dans leurs rangs; par
la résistance ils servaient à la fois leurs intérêts mercan-
tiles et leur popularité.
La taxe proposée par le comte était d'une livre de dix
sous pour cent*. Les biLoni iiomini la repoussèrent comme
trop lourde pour le peuple, sans se refuser, d'ailleurs, à
en étudier une autre moins onéreuse*. Guido Novello ré-
pondit avec humeur qu'il n'avait pas le temps d'attendre.
Ses amis renchérirent sur ses plaintes. Dans les concilia-
bules de la faction, où dominaient les grandes familles
gibelines, Uberti et Fifanti, Lamberti et Scolari, Galigaï
et Tedaldini, on ne parla plus que de supprimer ces in-
struments peu dociles, qui, créés de la veille, s'érigeaient
déjà en censeurs, et prétendaient un droit de contrôle,
quand on ne leur avait donné qu'à grand peine un droit
de sanction.
La résolution prise, on l'exécuta sans retard. Lell no-
' • Presono sospello di parte, parendo loro che i delti trenta sei sostenes-
sono e favorassono i guelfi popolaui ch' erano rimasi in Fircnze. » (Vil-
ani, VU. 14.)
* « Una libbra di soldi dieci al centinajo. » (Villani, VII. 14.)
^ « E i detti 36 cercavano altro modo di Irovare danari con mcn gravezza
del popolo. » (Viilani. YII. 14.) Stefani (If. 135) dit qu'ils adhérèrent à
Tiinpôt, mais cherchèrent un moyen de moins léser le peuple en vendant
une gabelle « ordmata. » Selon Villani. il ne s^agissait que d'un retard de
quelques jours. HulavoUi (part. Il, 1. II, P* 34 v*) accuse seul les 36 d'avoir
voulu, par ambition et par haine, soulever le peuple porte aux nouveautés ;
mais il est siennois. gibelin, et a mal compris renchainemcnt logique de
faits qui contrariaient ses idées comme ses sentiments.
72 LES TRENTE-SIX SOUTENUS PAR LES ARTS. (An. 426C)
vembre, jour de grande foire, à l'occasion de la saint
Marlin, de leurs maisons de Calimala débouchèrent
comme des fauves les Ijamb(»rli et leurs masnadieri. Ils
se dirigeaient vers la maison des consuls de cet art, où se
réunissait le nouveau Conseil. — Où sont, s'écriaient-ils,
ces voleurs de trente-six, que nous les mettions en pièces*?
— Avertis à temps, les trente-six prennent la fuite et
mettent leurs pei'sonnes en sûreté ; mais c'en était fait de
leur charge, si la récente organisation des ar(s, qui était
leur œuvre, ne les eût soutenus \
En peu d'instants les boutiques se ferment, les gens
des métiers se réunissent en armes dans leuvssesti^ sous
leurs gonfalons respectifs ; puis ils se rendent tous dans
la rue Santa Trinita. Ils y trouvent, ils y reconnaissent
pour chef un gibelin de haute naissance, Gianni Solda-
nieri, qui se fait « chef du peuple, » sans autre droit
que celui du plus entreprenant ou du plus ambitieux''.
Autour de sa maison et delà tour des Girolami ils élèvent
^ « Ove sono questi ladroni di 30, chc noi gli tagliercmo tutli per pez/i?
(Villani, VH, 14.) — Toute cette histoire est contestée par Dal Boi^o (t. L
part. II, p. 15) et M. Bonaini (loc. cit , p. 278) : ils se fondent sur la briè-
veté de Malespini, sur le silence do Paolino et de Stefani, sur ce que les
frati gaudenti , religieux de profession , ne pouvaient désobéir au pape qui
avait ordonné Texpulsion des Allemands. Mais toutes ces raisons sont sans
yaleur. L'autorité de Malespini est nulle aujourd'hui. PaoHno pas^c sous si-
lence beaucoup de faits incontestables, et Stefani parle de ceux-là (H, 135).
Les frati gaudenii avaient déjà désobéi au pape, puisque les Allemands
n'étaient pas expulsés et que le pape s'en plaignait. Ces religieux jouaient
un rôle trop efËacé pour ne pas être entraînés par les violents gibelins.
M. Bonaîni d'ailleurs reconniift (p. 281) qu'ils furent « di mal ferme carat-
tere. »
s « Sospeltavano del popolo e scntiano che li loro gonfaloni erano trovati
per ragunarsi coU' arme aile loro case a chi volesse essere contre il popolo
dire o fare nulla. » (Stefani, II, 135.)
^ « E messer Gianni del Soldanicri si fece capo del popolo per montare in
istato. » (Villani, Yll, li.) Dante l'a mis dans son Knfer parmi les haitres
(XXn, 1-21).
(Am. 1266) GUIDO NOVELLO SORT DE FLORENCK. 73
des serragli ou barricades, au moyen de plairas accumu-
lés devant la demeure des Tornaquinci, et sont bientôt
rejoints par tous les popolani du parti guelfe, sans sécu-
rité désormais dans les autres seslieri. (lomme leur
nombre augmentait sans cesse, Guido Novello ne pouvait
attendre, pour réprimer la révolte, les renforts de la ta-
glia et des villes voisines, qu'en toute hâte il avait de-
mandés. Il réunit ses cavaliers et ses partisans sur la
place San Giovanni, et eu bon ordre il les conduit, à tra-
veis le dédale des petites rues, à l'attaque des serragli.
Sur leur chemin, du haut des tours, des fenêtres, des re-
tranchements improvisés pleuvait une grêle de pierres,
de flèches et de (rails, tandis qu'au delà apparaissaient,
comme une seconde ligne de barricades, mais de barri-
cades mobiles et prêtes à se porter en avant, les lances
des méliers.
Aux yeux du faible Guido la partie élait perdue. 11
donna ordre à ses bannières de faire voile-face et se re-
plia vers son point de départ. Ne s'y croyant point en sû-
reté contre des adversaires enhardis par sa retraite, il la
poursuivit dans la direction du palais communal, fil oc-
cuper fortement par sa cavalerie l'espace compris entre
la porte San Piero et la place San Firenze, puis, accom-
pagné d'Uberto des Pulci, de Cerchio des Cerchi, de Gui-
dingo Savorigi, les seuls des trente-six qui lui fussent
restés fidèles, il se rendit auprès des fratigaudenti^ et, du
dehors, sans entrer dans le palais, tant il avait peu con-
fiance en des magistrats qui é;aient pourtant ses créatures,
il leur redemanda les clefs de Florence. Eux, de Tinté-
rieur et d'une fenêlre, ils criaient de toutes leurs forces
à Uberto et à Cerchio d'approcher et de dire au comie
qu'au lieu de partir il retournât à son logis : ils se fai-
74 ATTAQUE INFRUCTUEUSE (An. 1266)
saient forts d'apaiser le.peuple et de payer les Allemands.
Mais Guido, obsédé de soupçons, en proie à la peur, ne
voulut rien entendre. Nul ne le poursuivait : c'était assez
pour les gens des arts d'avoir repoussé son attaque. Non-
obstant, il exigea les clefs, que ne pouvaient refuser les
deux polestaU. Alors, au milieu d'un profond silence, il
demanda si tous ses Allemands et ses autres cavaliers
étaient autour de lui, et il ordonna à son porte-étendard
de marcher en avant pour sortir de la ville. Par la rue
San Firenze et les derrières de San Pier Scheraggio, il
gagna la vieille porte aux bœufs, longea les remparts
dans la direction du nord, traversa sous une pluie de
pierres le faubourg de Pinti, et alla, le soir même, de-
mander un refuge à Prato, où il respira enfin librement'.
Il avait eu plus de cœur et tout ensemble de capacité au
lendemain de Montaperli, dans des circonstances et de-
vanl des difQcullés bien autrement graves. Mais ce qui est
possible quand le vent enfle les voiles, cesse de l'être quand
il les déchire, ou seulement quand il les laisse pendre le
long du mât. Soutenus à leur début par la terreur ou l'en-
thousiasme, les gouvernements triomphent des plus for-
midables émeutes ; plus tard ils succombent aux premiers
bruits de la rue, parce que, avec le temps, la terreur s'est
dissipée ou l'enthousiasme évanoui.
Honteux, quoi qu'il en soit a d'être parti sans être
chassé, sans avoir frappé un coup d'épée et versé une
once de sang % » Guido Novello réunit dans la nuit ses
conseillers, et, sur leur avis conforme au sien, reprit le
* Villani, VII, U, - Slcfani, II, 135. — Ainmirato, l. U, t. I, p. 133.
— Lcon. Bruni Aretino, 1. IL — Machiavel, ht. fior.. H, 20.
* « Sanza colpo di spada o esserne cacciati. • (Villani, VII, 15.) — « Scnzn
pur esservi sptrsa un* oncia di sangue. t (Ammirato, 1. II, t. I, p. 134.)
(A5. 1266) DE GUIDO NOVELLO. 75
lendemain, à l'aube, la roule de Florence. A Timprovisle
il arrive devant les murailles, non loin du pont alla Car^
raja. Il déploie en ordre de balaille sa cavalerie dans le
pré qui est devenu le faubourg, puis le quarlier d'Ognis*
santi, et il somme les habitants d'ouvrir la porte. Mais
ceux-ci avaient résisté derrière des serragli élevés à la
ba(e; comment eussent-ils cédé, quand de forts remparts
et des fossés pleins d'eau les protégeaient? Ils repoussent
la sommation verbale par des railleries et une démonstra-
tion armée à coups de flèches. Maltraités, blessés, mais
toujours la menace aux lèvres et la rage au cœur, ces as*
saillants intempestifs retournent ignominieusement vers
Prato. Sur leur chemin était le château de Gapalle^ : ils
Tattaquent pour ne pas rentrer sans quelque succès chez
leurs hôtes ; ils y échouent, remportant ainsi deux affronts
au lieu d'unV
Alors sonna l'heure des plaintes amères et des récri-
minations stériles. Les gibelins reprochèrent à leur chef
sa rapacité dans le gouvernement, sou incapacité à la
guerre, sa couardise devant l'ennemi, l'ennemi fùt-il un
vil peuple de marchands. Ils l'accusèrent d'avoir laissé,
avec une imprévoyance coupable, les hommes d'armes
sans emploi, les magasins communaux vides d'arcs et
d'arbalètes '. Ils se souvinrent un peu tard qu'il avait été
mauvais parent, mauvais frère*. Pour s'affranchir de
* Val de Bisenzio» à un mille et demi au nord de Gampi, au milieu d*une
riche pbinc (RepeUi, î, 449).
« ViUani, VU, 15. — Ammiralo, I. If, l. 1, p. 134.
' « Non fu niuno de* soldati che non biasimasse manifestamente in tulle
le cosela mala condolta del suo capilano.... » (Ammiralo, ibid.)
^ « Il quale essendo stato crudele col conte Simone suo fratello e col conte
Guido Guerra suo cugino , havendoli preesochè diserlati sollo prclesto che
fossero di fazioa guelfa. » (Ibid.)
70 SFTIIATÎON ÉBRANLÉE (Ax. 1266)
toute responsabilité dans l'échec et dans la honte, ils la
rejetèrent sur leur idole de la veille et la brisèrent du
coup\ Ne fallait-il pas, selon l'usage, expliquer par un
fait accidentel et unique des faits nombreux et d'ordre
général? L'accident, à Florence, c'était la domination des
gibelins. Celle des guelfes, c'élait le retour à la règle, à
la coutume, à la tradition.
Étonnés de leur facile triomphe, les vainqueurs, lout
d'abord, n'en pouvaient recueillir les fruiCs. AvecGuido
Novello et les Lambert! , n'étaient sortis de Florence que
les cavaliei^ de la taglia et les Allemands. Tout prétexte
manquait pour condamner à l'exil le gros des gibelins,
car ils n'avaient point pris part à la lutte. Soit qu'ils
fussent en nombre pour faire respecter leurs droits, soit
que l'esprit de conciliation ait un moment régné parmi
les guelfes, on ne fit que rétablir ce que Guido Novello
avait voulu renverser. Les trente-six reprirent leui's
fonctions, à la réserve des trois qui s'étaient ouvertement,
déclarés pour lui, et peut-être de quelques autres, suspects
des mômes sentiments. Quant aux frali gaudenti^ quoique
accusés de prévarication, ou de rapacité tout au moins, ils
ne furent pas congédiés*, récompense espérée de leur
prudente réserve dans les derniers événements. Toutefois^
le souverain-pontife fut prié, probablement en secret,
d'envoyer le polestat qu'il avait offert*. L'arrivée de cet
* « llnvcnJo per inaggior siciirlh ricevula c posta insiemc gran quantilà
di gentc d'arme, pareva chc dovesson star le cose più sicure e più quiclc
per iiiantenimenlo di quello slato. » (Malavolti, part. II, 1. ll,i^ 54 ?*.) —
Malavolti, siennois et gibelin, est cvidcmment 1 ocho d'accusations qui pa^
saient de génération en génération.
* Les chroniqueurs présentent leur expulsion comme immédiate. La cor-
respondance deCléme.nt IV prouve le contraire. On le verra bien plus bas.
^ « Milti sibi polestatcm nobis humiliter petierunt. » (Clem. IV
ep. ccccxiii. Yilerbe, 23 novembre 4266. Thés., H, 420.)
(Ak. 1266) DES FBATI GAUDENTI. 77
officier devait cire pour les deux autres le signai du départ.
Clément IV comprit à demi mol. Le 20 novembre, il avait
écrit aux « recteurs, capitaines, prieurs des arts et peu-
ple » de Florence pour les féliciter d'un succès qui allait
assurer la paix de la Toscane, les exhortant à réprimer
toute tentative de résislance, et prometlant de les y aider ^
liC 22, il leur écrivait de nouveau, et leur annonçait
l'envoi d'un de ses chapelains, Elias Peleti, auditeur
général des causes au sacré palais, chargé de préparer
les voies au potestat Jacopo de Collemedio, de fi*apper les
rebelles, de réformer au besoin les constitutions floren-
tines, et il enjoignait à Tévéque, au clergé, au peuple,
aux frati gandenli^ d'obéir à cet envoyé*. « Quanta vous,
nos chers (ils Loderingo et Catalane, ajoutait-il, qui, sur
notre commandement, avez donné quelque temps vos
soins au gouvernement de Florence, nous avons décidé de
vous accorder par ces présentes la permission de vous
retirer, que vous avez souvent demandée, pour vaquer
plus librement à vos devoirs religieux \ »
L'incident le plus imprévu suspendit l'effet de ces ar-
rangements. Le 23 novembre, Clément IV avait invité par
lettres Jacopo de Collemedio à partir pour Florence, afin
d'y prendre possession de sa charge, en passant par Vi-
tcrbe, où il recevrait également des instructions. Ce per-
sonnage était si étranger aux événements de la politique,
si peu au fait des obligations mêmes de son emploi, que
les lettres lui exposaient la révolution florentine, et lui
indiquaient la qualité comme le nombre de ceux dont
« Clcm. IV cp. ccccix. Vilerbe, 20 novembre 1266. The»., II, 427.
* Ibid, cl II*' cccc.\, ccccxi, ccccxii ; leUres écrites de Viterbc le 22
ijufeinbre 1266. Thés., II, VIS, 429.
' Qeni. IV ep.cccciii. Vilerbe, 22 Doveuibre 1266. Thés., U, 429.
78 aÉMENT IV CONGÉDIE (An. 1266)
devrait se composer sa famiglia *. Pour suppléer à l'insuf-
Gsance de son délégué, le pontife, renonçant à son dessein
de lui confier tous les pouvoirs, rétablissait la charge de
capitaine du peuple, agréable « au peuple soulevé \ »
Mais soit qu'il se crût impropre à sa lourde tache, soit
qu'il jugeât la domination de l'Église mal assurée dans
une ville d*où les principaux guelfes étaient encore exilés,
Jacopo de Gollcmcdio sollicita et obtint, c< pour des causes
probables, » d'en être déchargé*.
Rares sans doute étaient les candidats à ces fonctions
lucratives mais épineuses, car, pris au dépourvu, Clé-
ment IV écrivait, le 27 décembre, aux frati gaudentij aux
autres recteurs et à tout le peuple de Florence, que, ne
jugeant pas la paix établie chez eux digne du nom de
paix, il les invitait à ne rien innover sans le concours des
guelfes, ou « si cela leur paraissait difficile, » de lui
envoyer des personnes munies de leurs instructions, afin
que, s'aidant de leur avis, il pût leur désigner un bon
potestat. Il déclarait nul par avance tout ce qu'ils feraient
sans son commandement, et se réservait de procéder
contre eux, s'il y était forcé par leur obstination *.
* « Ad nostram prolinus accédas praesentiam, inde Florentiam profec-
turus, et ut scias qualiter oporlcat accedere, scias, etc. » (Clem. IV
ep. cGCGxiu. Viterbe, 25 novembre 1266. Thés., II» 429.)
* « Venun licet eo lempore quo te vocandum duximus, decrcverimus te
solum in regimine remansurum ; nunc populo suscitato tolerare nos con-
Yeiiit et decet, quod si aliquis ibi populi capitaneiis, sed fidelis et de parte
Ecclesiae, et qui te in omnibus adjuvet, nec possil jurisdictionem tuam in
aliquo enervare. » (Ibid,)
' c Quia dilectus filius Jacobus de Collemedio, quem pr^ficere vobis vo-
luiraus polestatcm, ex causis probabilibus oblatum sibi recusavit officium. »
(Clem. IV ep. ccccxxi. Viterbe, 27 décembre 1266. Thés., U, 456-457.)
* « Ncc pacem vestram credamus nomine pacis dignam, sub ejusdem dé-
bite juramenti vobis districtius inhibemus ne ad novi ordinationem re^mi-
nis sine partis guelforum proccdatis assensu , vel si hoc vobis videtur difli-
(An. i266j LES FRATI GAUDENTI. 79
Ce qu'il appelait obstination, c^était un légitime désir
d'indépendance. Affranchis des Allemands et convaincus
par le succès du H novembre que ces étrangers ne pou-
vaient rien contre les murs de la ville, les Florentins
refusaient d'invoquer ou même de subir le secours des
Français. Charles d'Anjou en était mécontent, et Clé-
ment IV plus encore. Aussi signifiait-il son ultimatum à
ces marchands insubordonnés. « Afin que la discorde ne
pût régner de nouveau entre les partis, nous avions per-
suadé et ordonné à notre très-cher iils en Jésus-Christ
l'illuslre roi de Sicile, qu'il n'envoyât pas au secours des
guelfes les cavaliers qu'il y destinait, comme ses lettres
nous en avaient informé. Mais nous venons d'apprendre
que Guido Novello, très-vigilant ennemi de Dieu et de
l'Église, enlacé dans les liens de nombreuses excommuni-
cations, conserve auprès de lui, avec ses gibelins, les
Teutons excommuniés et perfides qu'il avait déjà quand
il résidait avec vous à Florence. Nous vous enjoignons
donc à tous et à chacun, sous l'obligation du serment qui
vous lie à nous, de consacrer toutes vos forces et vos soins
les plus efficaces à rejeter ces maudits Teutons hors de
vos frontières. Si cela n'est pas fait dans les huit jours
après la réception des présentes, nous délierons les mains
du roi, nous ferons en sorte qu'il envoie sa cavalerie*. »
Le parti mixte et modéré qui dominait pour lors à
Florence, n'avait pas attendu ces missives pontificales
pour réformer à son gré le gouvernement. Voyant les
cite, mitUlis ad nos pcrsonas sufâcienter instnictas, quarum consiliis infor-
mati, bonam Tobis Taleamus eligere potestatem. Quod si secus acceptaveritis,
id decreviraus irritum et inane, processuri ad alla, prout expedire viderimus
et Yestra coutumacia suadcbit. » (Clem. IV ep. ccccxxi. Viterbe, 27 dé^
cembre 12G6. Thés., \l p. 456.)
* Ibid,
80 NOUVKAU GOUVERNEMENT. (\>. 1266)
frati gaudetUi ridicules comme moines mariés, et impo-
pulaires comme magistrats inca|)abics ou négligents, il
avait enfin pris au mot leur offre hypocritement réitérée
d'abandonner une charge qui les enrichissait*. Dans la
seconde moitié de décembre, Calalanoet Loderingo exer-
çaient encore leurs fonctions*. A parlir de ce moment, ils
disparaissent de la scène, où ils avaient si pitoyablement
joué leur rôle, n'ayant su être ni honnéles, ni actifs. Pour
en remplir la place, les Florentins, sans s'inquiéter du
pape, ni des ordres qu'il leur transmettait par son cha-
* Le rôle de ces deux chevaliers reste enveloppé do mystère. C*étaionl
probablement des habiles, qui ménageaient, comme on dit, la chèvre et le
chou, et qui faisaient de vastes profits. Loderingo, même diaprés son pa-
négyriste, acquérait, après avoir quitté Florence, des propriétés, des vignes
et des bois (G<)ziradini, p. 46). L*accu<ation d* hypocrisie est générale; mais
on ne sait au juste sur quoi l'établir. Dante les accuse d'avoir été complices
secrets des guelfes, et les met pour ce motif parmi les hypocrites recou-
verts de lourdes chapes de plomb dorées en dehors (Inf., XXIII, 103). Les
commentateurs de Dante leur reprochent vaguement d'avoir troublé la paix,
chassé ou persécuté les gibelins, brûlé leurs maisons, notimment celle des
Uberti au gardingo (douane actuelle. Voy. la note de Costa et Bianchi, au
vers 107 du chant XXIII de V Enfer), On a dit aussi qu'ils étaient hypocrites
parce que leur vœu leur interdisait d'accepter la charge de potestat; mais
cette interdiction n'était pas absolue ; elle était subordonnée aux intérêts
de rÉglise, comme le prouve le texte de la bulle Sol isU venu : « Non rc-
cipiant officia publica, scilicet podestarias civilatuui vel castrorum aliorum-
ve locorum aut aliud officium quod pertineat ad commune,... nec eant nd
hujus modi consilia nisi pro negolio fidei^ vcl eccletiœ liberiatis, aut pro
bono pacUf seu pro aliis operibus pielalis vel mamlalo sedis apostolicœ
speciali (Voy. Federici, t. H, Monumenta, p. 19. Doc. 18, §4). » Lode-
ringo mourut en 1295. Catalano ci 1285, après avoir été, une fois sorti
de Florence, provincial de la Lumbardie inférieure et définiteur au chapitre
général tenu àReggio (Voy. Goz/adini, p. 48-51).
' La lettre du pape du 27 décembre que nous avons citée, leur était
adressée ; mais il n'est pas impossible que leur départ eût eu lieu dans le
temps qu'il avait fallu pour que la nouvelle de leur séjour prolongé parvint
à Vitcrbe et Tordre de s'éloigner à Florence. Ils durent ou obéir à cet
ordre dans les trois derniers jours tie décembre ou le devancer de peu.
D'après Villani (YIl, 15) leur départ est antérieur à janvier.
(.\2i. \W) COLÈRE DU PAPE. 81
pclain Elias Peleti \ dépéchaienlaux Orviétans des ambas-
sadeurs chargés de leur demander des secours, un potestat
cl un capitaine du peuple\ De ces fidèles amis ils obtin-
rent cent cavaliers qui reçurent mission de faire bonne
garde à Florence, sons les ordres de deux de leurs conci-
toyens, Pielro ou Paolo Bernardini, capitaine du peuple*,
et Ormanno Monaldeschi, potestat*.
Dans ce premier mouvement de sa colère, le pape
fulmina rexcommunication% et trois mois il la laissa
peser sur les Florentins ; mais ceux-ci n'en furent pas
ébranlés. Ils avaient sous les yeux le triste spectacle des
agitations extérieures, et ils ne voulaient pas, eux-mêmes,
y retomber. En tous lieux, dans la Toscane, dans Tltalie,
ils voyaient prodiguer l'outrage, précurseur de sanglantes
hostilités. Fetenti^ ou puants, tel était le nom dont les
* Cum cives Florcnlini post jurumenta de nostris mandatis implendis
praestita, fidem primam irritam facientes conlra nostrum mandatum ex-
pressum per dilectum filium magislrum Eliaiii capelianum nostrum (Glem.
IV ep. ccccxLviii. Vilorbe, 31 mars 1267. Thés. II, 454).
* Ces événements ont été jusqu'à présent mal connus et mal compris.
M. P. Villari, un de ceux qui enlendenl le mieux Thistoire de Florence, dit
pourtant « qu'assurés du secours d'un protecteur étranger, les Florentins
remettent un potestat et un capitaine et procèdent à leur quatrième con-
stitution (PolitecnicOt décembve 1866, p. 690). » Or, ils ne voulaient juste-
ment pas de ce secours étranger, et rétablir un potestat et un capitaine
c'était revenir à Tanciennc constitution, non en faire une nouvelle.
» Villani, Vlî, 15. Stefani, H, 137.
* £ un altro gentiluomo dn Orvieto capitauo dcl popolo (Villani, VII, 15).
Ammirato ajoute à ces mots : < Benchc il nome suo sia oscuro (1. U, t. I,
p. 154).» Ce nom est donné par une lettre de Clément IV: «P. Bernardini,
civem Urbevetanensem in capitaneum nuper rcceperint (ep. cccglxviii,
The$, U, 454). On lit dans une note d'ildefonso de San Luigi à Stefani (11,
137, Delizie^ etc., VllI, 8) que ce capitaine s'appelait Amelio di Corbano
011 Gottifredo de^la Torrc. Le bon Père en était aux conjectures et nous
avons la certitude.
^ Ob quamcausam excomuiunicalionis sentcntiam incurrerunt (Clem. IV
ep. GcccLxviu. Ibid.),
H18T. DK FLOBIUICK. — 11. 6
82 Mariages mixtes. (âm. \m)
guelfes flétrissaient les gibelins; ferracani, ou chiens
ferrés, celui dont les gibelins sligmalisaienl les guelfes \
Combien n^en paraissait pas plus précieuse la concorde
renaissante qui faisait de Florence comme une oasis de
paixl II parut bon de cimenter la concorde par des
mariages. En janvier 1267 un décret fut rendu qui
« remettait à Florence les guelfes et les gibelins *, » c'est-
à-dire le petit nombre de gibelins qui étaient sortis avec
Guido Novello, et le petit nombre de guelfes qui con*
sentiraient à rentrer sous cette condition de s'allier à
d'anciens ennemis*. Ainsi Guido Novello donna sa
fille à Forese, fils de Bellincione des Adimari, Simone
Donati la sienne à Nerozzo des Uberti*. Celle du grand
Farinata épousa Guido, fils de Cavalcante des Caval-
canti, et Bindo des Adimari prit femme dans la maison
des Uberii. Les âmes candides, les esprits à courte vue
célébrèrent joyeusement par des fêtes ce passager retour
à la concorde ; mais la plupart des guelfes restaient
sombres et défiants. Ils tenaient pour traîtres ceux d'entre
eux qui condescendaient à ces alliances*. Ils se sentaient,
comme par le passé, sous le joug des gibelins, qui ral-
liaient à eux, par de vains dehors de conciliation, les
marchands et les tièdes, plus jaloux de continuer ou de
reprendre leurs affaires que de dégainer de nouveau. Le
« Sabas Malaspina, 1. IV, c. 3. R. I. S., t. VIII, 858.
« Villani, VII, 15.
^ C'est ainsi, pensons-nous, qu'il faut interpréter et concilier deux as-
sertions de Villani dans la même pa;?e : « Rimisero i guelfi e ghibellini in
Firenze e fecero tra loro molti matrimonii. — Poco durô la pace, che lor-
nati in VirenzeiuUi H guelfi » (VII, 15).
* Villani, VU, 15. Amrairato (1267), au lieu d'AzzoUno, dit Ugolino di
Farinata.
* Per li quali parentadi gli altri guelfi di Firenze gli ebbono tutti a sos^
petto u parte (Villani, VU, 15).
(An. i'267) LES GUELFES ET LE PAPE MÉCONTENTS. 83
jour viendrait bientôt où ces hypocrites lèveraient le
masque et arûcheraienl leur tyrannie, si le pape et le roi
de Sicile ne déjouaient leurs calculs.
L'un et l'autre, à vrai dire, ne s'y épargnaient pas.
C'était entre eux et les Florentins retirés à Lucques un
incessant échange de lettres et de messages. La conspira-
tion se tramait activement, et Clément IV en tenait les fils.
Le 18 janvier 1267, il écrivait au comte Guido Guerra,
capitaine des bannis : « Répondez-nous, et nous leur enjoin-
drons aussitôt qu'ils chassent sur-le-champ leur capitaine
et appel lent une des trois personnes désignées pour exercer
la charge de potestat. Mais comme il se trouve à Acqua-
sparta cent bons et fidèles Teutons, bien fournis d'armes
et de chevaux, nous croyons que si vous les aviez avec
vous au moins pour un mois ou deux, vos ennemis en
seraient très-effrayés et penseraient qu'on forme contre
eux de plus grands desseins. Nous voulons que vous
le sachiez, on nous a officieusement averti qu'avant peu
il vous serait offert de rentrer à Florence. Mais il y aura
tant de Siennois, de Teutons et de Pisans tout prêts
avec vos adversaires, qu'au moment de votre retour ils
vous envelopperaient tous, ou la plus grande partie d'entre
vous, ce dont Dieu vous garde. C'est pourquoi nous vou-
lons que, chez nos fi^s bien aimés, à la simplicité de la
colombe s'ajoute la prudence du serpenta d
Ainsi les guelfes et leur chef ne répugnaient pas plus
que les gibelins au concours des Allemands. Ces merce-
naires, on le savait bien, étaient à qui les payait le plus
et le mieux. Mais, au nombre décent, ils ne pouvaient
i Ckin. iV ep. gccgxxtii. Viterbe, i8 janvier 1267. Thés. U, 440-
441.
84 EFFORTS POUR DISSOUDRE (As. 1207)
suffire; il fallait encore des Français. Que Charles d'An-
jou octroyât de ses chevaliers, on n'en faisait pas de
doute : il payerait parla une dette de reconnaissance, et
tout ensemble il marquerait sa soumission au pape, il
servirait son propre intérêt. A ces raisons il parut sage,
pourtant, d'ajouter un argument de poids. Le comte
Guido Guerra partit pour Rome, muni de tout l'argent
qu'avaient pu ramasser ses compagnons d'exil *.
Dans le même temps, d'habiles efforts étaient faits
pour dissoudre la ligue gibeline. S'ils échouaient à
Sienne, ils réussissaient à Pise, où l'on craignait pour la
marine marchande les attaques de la flotte sicilienne.
Sur la proposition du pape, Pise entrait en arrangements
avec Lucques*. Elle achetait les bonnes grâces du saint-
siége par un dépôt de trente mille livres d'or' et parla
promesse d'une expédition de dix galères au moins, qui
partiraient pour la Palestine aux premiers jours de mars*.
Kntamées dans le cours de janvier, ces négociations se
poursuivaient encore, que Clément IV, qui en tenait le
succès pour certain, invitait Charles d'Anjou à « ne pas
se détourner de ces Pisans qui visiblement lui seraient
< Mandato per H guelfi a Roma e con danari délia parte a fare onore a
Re Carlo, impetrô da lui grazia (Paolino, II, 28, 29). Villani dit bien que
les guelfes ne firent cjt appel à Charles d*Ânjou qu'après être rentrés à Flo-
rence ; mais il connaît mal les faits et est en contradiction avec la corres-
pondance pontificale.
* Mandatum Pisanis dedimus de captivis Lucanis quos detinent, pace
inter eos vel sallem treuga ad quadriennium firmata reddendis. Quod si
neutrum procedcre contingat, praîcipimus eisdem ut illos restituant...
(Clem. IV ep. ccccx\x. Vilerbe, 5 février 1267. Thés. II, 442).
* Quia vcro iidcni Pisani Rom. Ëcclesiam multipliciter offendenint, vo-
luuius quod ex parte nostra injungas ut eisdem certum galearum numo-
nim X ad minus paratas mitlanl instanti mensc martii in subsidium Terrae
Sancl» (Ibid.).
^ Grassi, p. IIG. Inghirami, VI, 447.
(An. 1267) LA LIGUE GIBELINE. 85
utiles ainsi qu'à TÉglise et à la malheureuse Terre Sainte,
qu'ils soutenaient dans le présent et soutiendraient encore
dans l'avenir*. » Le 31 mars tout était réglé, et les galè-
res pisanes avaient sans doute pris la mer, car le pontife
écrivait à Guido Guerra et aux exilés florentins ces
lignes, où paraissent (oui ensemble sa joie, son espoir,
sa prudence : a Relevez la lête, parce que votre rédemp-
tion est proche, mais soyez hommes de paix et humbles
d'esprit en attendant ce bienfait de la grâce divine *. »
Déjà, du reste, la grâce commençait à opérer. Huit
cents chevaliers français* s'acheminaient vers la Tos-
cane, sous la conduite du comte Guy de Montfort, digne
rejeton d'une race sanguinaire autant qu'énergique, et
que n'eussent désavoué ni son père, vainqueur d'Henry III
d'Angleterre, ni son aïeul, le bourreau des Albigeois *.
D'un tel chef, comme de ses rudes chevaliers, les gibelins
avaient tout à craindre : ils n'attendirent pas son arrivée.
Ils s'éloignèrent à l'approche de ces hommes du Nord,
avides de butin, qu'accompagnaient les exilés guelfes,
avides de vengeance'. Avec les gibelins ardents partirent
< Serenitatem tuam rogandam duxiinus et allenlius exhortandam quati-
nus cives eosdem quos non soluin nobis et tibi utiles fore perspicimus, nec
non et miser» Terrx Sanctse quœ ab ipsis sustcnlatur quolidie et speralur
in posterum adjuvanda nec abhorreas nec abjicias (CIcm. I^ cp. ccccxli.
Yiterbe, 29 janvier 1267. Thés. II, 441). — Cf. une autre leUi*e au même
rar le même objet, à la date du lendemain, p. 441-442.
* Clem. IV ep. ccgcilvi. Viterbe, 51 mars 1267. Thés. II, 454.
' Paolino (II, 29) dit trois cents, mais il est en contradiction avec tous
les auteurs.
* Guy de Monifort était petit-Gls de Simon de Montfort, chef de la croi-
sade contre les Albigeois, tils de Simon de Montfort, fait comte de Leicester
quand il commandait en Gascogne au nom du roi d'Angleten*e, neveu d'A-
maury de Montfort, comte de Toulouse, qui, après avoir cédé tous ses
droits à Louis VIll, avait pris la croix et était devenu captif des Sarrasins
(Voy. H. Martin, Hist. de France, IV, 554, 4- éd.).
* Dal popolo e dai guelfi erano forte odiati, perché questi non potevano
86 FLORENCE ÉVACUÉE (An. 1267)
ces gibelins modères qui dominaient à Florence depuis
le départ de Guido Novello. Poursuivis des mêmes haines
que leurs violents devanciers, ils méritaient plus de jus-
tice. On a pu incriminer leurs intentions, mais non
leurs actes. S'ils n'avaient rappelé qu'un petit nombre
de bannis, ils marquaient le dessein de les rappeler tous,
et Machiavel croit à leur sincérité*. Bien des guelfes
étaient rentrés individuellement et sans bruit, parmi
ceux que n'avait proscrits aucune sentence formelle.
Ainsi pouvait s'éviler la brusque réaction de leur retour
collectif, en môme temps que des mariages eussent rap-
proché les deux partis, sans les rancunes intraitables
qui virent des déserteurs et des traîtres dans ceux qui
s'y prêtaient, et qui préférèrent attendre plus longtemps
une revanche sans conditions. Personne ne crut à la
bonne foi de ces gibelins raisonnables, de ces marchands
enrichis qui, après avoir triomphé par la violence, es-
sayaient, pour la première fois, de régner par la dou-
ceur. Personne ne sut démêler, parmi les clameurs des
passions forcenées, la voix de l'intérêt bien compris, ré-
clamant, au moyen de concessions réciproques, une paix
durable, dont profitât le travail. Pour l'obtenir précaire,
cette paix, il fallut rentrer dans les voies battues, et l'éta-
blir, comme précédemment, par l'oppression d'une moi-
tié des citoyens.
Le H avril dojà, Florence était évacuée. 11 semble que
Clément IV ne l'espérât pas de sitôt. Irrité de menées qui
tendaient a reconstituer le parti vaincu en lui donnant
cnnccllare dalla inemoria Tesilio, e quello si ricordava troppo délia tiran-
nide loro, mcnlre che visse soilo il governo di quelli ; il che faceva che ne
Tuna ne Fallra parte posava lanimo (Machiavel, l$t, fior., M, 20).
* Si délibéré di i iunire la cit(à e richiamare tutti i cittadini cosi ghibel-
lin' corne guelfi, i quali si trovassero fuori (Machiavel, loc. cU.),
(An. 1267) PAR LES GIBELmS. 87
pour chef Conrad in, la veille même de ce jour décisif,
il écrivait aux guelfes de Florence, |)Our leur signaler le
danger et les informer des moyens pris en vue de le con-
jurer : « De la race du serpent est né un venimeux roite-
let qui, de son souffle, empeste la Toscane. Des rejetons
de vipères, des hommes de pestilence, traîtres envers
nous, envers TEmpire vacant, envers notre cher fils le
roi de Sicile, sont envoyés en diverses villos, exagèrent
leurs forces par de raffinés mensonges, sollicitent les
uns par des prières, les autres à prix d'or, de s'écarter
des voies de la vérité. Guido Novello, Gorrado Trincia,
Gorrado Gapece, qui s'efforcent d'ériger en Toscane cette
idole impie, ne cessent pas, dit-on, ouvertement et en
secret, de stipendier des Teutons, de conclure desiraitcs,
d'ourdir des complots. Un d'eux porte même le titre de
vicaire de celui que, dans leur folie, ils appellent publi-
quement roi, roi de Sicile, et qu*ils ont poussé à se ser-
vir du sceau royal. » Or, c'est plus que n'en peut sup-
porter le « cher fils » de l'Église. 11 envoie en Toscane
une partie de ses chevaliers, pour en expulser les pertur-
bateurs de la paix, pour réjouir la multitude des hommes
sages et pacifiques. Il viendra bientôt après lui-même,
« car nous avons décidé de le nommer pacificateur gé-
néral, pour tout le temps que durera la vacance de l'Em-
pire, qu'il lui appartient de proléger*. »
Le 17 avril, jour de Pâques*, entrait à Florence Guy
de Montfort, suivi de huit cents cavaliers français et des
' Clem. IV ep. ccccl. Dilectis Gliis Polestali, Consiiio et universis civibus
Florentinensibus. Viterbe, 10 avril 1267. Thés. Il, 456.
' Villani et Slefani disent seulement le jour de Pâques, sans donner la
date. M. de Gherrier (111, 226) dit le 12 avril. Mais Pâques tombait, cette
année-là, le 17 avril. Voy. le calendrier perpétuel dans VArl de vérifier les
daieê, t. I. — Reumont dit la veille du jour de Pâques.
88 LES FRANÇAIS A FLORENCE. (Ak. 1267)
exilés florentins. Cinquante-deux ans auparavant, à pa-
reil jour, le jeune Buondelmonte était tombé sous le
poignard des Uberti. Déjà la légende l'avait transformé
en chef des guelfes; aussi Villani voit-il dans cette coïn-
cidence le doigt de Dieu, et la preuve « que jamais les
gibelins ne reprendraient le dessus*. » Il est toujours
facile, après coup, de porter sur le passé de semblables
jugements; en fait, les guelfes, que l'intervention de
Charles d'Anjou rendait maîtres du pouvoir, se croyaient
si peu certains de le garder longtemps', qu'ils char-
gèrent des ambassadeurs de déférer au roi la seigneurie *,
avec le droit de désigner un vicaire royal et un potes-
lat, qui dirigeraient en son nom les choses de la guerre et
de la justice.
Cette offre était conforme aux vœux de Charles, car
elle donnait à son nouveau royaume de solides avant-
postes. Il lui plut, néanmoins, de jouer le désintéresse-
ment. « C'est le cœur des Florentins que je veux, dit-il,
et non une autre seigneurie. Mais je leur enverrai un
vicaire chaque année, pour les aider à se gouverner*. »
Florence venait de se donner un maître. Aux docu-
ments de ses archives, Charles d'Anjou porte le titre de
potestat *. Or, qu'est-ce qu'un polestat investi de sa charge
* Gbe bene parve fosse judicio di Dio che mai poi i delti ghibellini non
tornarono in istato (Villani, VII, 15).
' M. Abel Desjardins ne nous parait pas présenter les choses dans leur
vrai jour, quand il écrit ce qui suit : « L'établissement d'une maison fran-
çaise sur le trône des Deux-Siciles avait déterminé l'affranchissement et
garanti la liberté de Florence. Le peuple dans sa reconnaissance conféra, elc »
(Négociations t etc. Introduction, p. 21.)
' Villani prétend que la seigneurie fut offerte à Charles pour dix ans.
On verra au chapitre suivant qu'elle ne lui fut donnée que pour six ans et
demi. Vot. plus bas, ch. m, p. il 4, n. 1.
* Villani, Vil, 15. Stefani, II, 138.
^ Tempore dominalus excellentissimi Dom. Régis Caroli Potcstalis Flo-
(An. 1267) CHARLES D'ANJOU POTESTAT. 89
pour plusieurs années, cl qui Texercc par délégués ? Mais
la sujétion élail lolérable, car le mailre résidait au loin,
et, des deux paris, on avait mêmes intérêts, mômes enne-
mis. Le protecteur ne gênait pas les protégés dans l'ad-
ministration intérieure de leur ville, pour les réformes
qu'ils méditaient. Il ne parut oppressif que par ses exigen-
ces pécuniaires, sans cesse renouvelées; encore se les fit-il
pardonner : les Florentins ne croyaient pas payer trop
cher la sécurité que leur donnait son appui.
C'est grâce à cet appui qu'ils purent librement affermir
par quelques changemenis opportuns leur constitution
de 1250. Ils n'en firent point alors, comme on l'a dit,
une quatrième, car ils ne procédaient pas à la manière
moderne. Aux rouages nouveaux ils préféraient les rouages
anciens, habilement réparés : ils en jugeaient l'usage
plus facile et plus sûr, parce qu'ils s'adaptaient bien,
depuis longtemps, à l'ensemble de la machine*. On ne
voit pas très-clair encore dans ce mécanisme savant et
compliqué ; mais on commence à percer les ténèbres qui
l'enveloppent, et le bon Ammiraio, avec son esprit net,
en pousse un soupir de soulagement ^ Antérieures, sans
aucun doute, à 1267, les institutions florentines n'appa-
raissent qu'à cetle date avec leurs traits principaux.
Trois éléments s'y rencontrent, qu'il faut distinguer
avec soin : le premier parasite et passager, le second
rentie et Doin. Giordani de Insola, Dei gratia vicarii ejus de anno 1267
(Serment que doivent prêter au roi Charles les gibelins pour rester à Flo-
rence, ap. Lami, Memorab. Eccl. flor,,UÂ9Q, et Delizie, etc., Y11I,216.)
* Machiavel ne s*y est pas trompé : « Fermato questo governo, » dit-il à
cette date. (ht. /ior.,11, 20.)
' A me par quasi dopo follissiuic ténèbre incominciare a scorger la
luce... Per 1 innanzi s^andrà camminando tutlavia per maggior luce, fuichè
di nuovo ricadremo in alcuna tenebra (Ainmirato, 1267, 1. III, 1. 1, paît. 1,
p. 136).
90 RÉFORME DES INSTITUTIONS. (An. 1267)
ancien, légèrement modifié, le troisième plus récent.
L'élément parasite, c'était le vicaire royal, très-puissant,
car de lui dépendaient la paix ou la guerre, mais destiné
à disparaître avant peu. L'élément ancien, c'étaient le
potestat, le capitaine du peuple, le conseil des trente-six.
Mais le potestat était nommé par le roi et ramené à ses
attributions judiciaires primitives ; le capitaine du peuple,
placé comme lui sous la dépendance immédiate du vicaire,
n'était plus que le chef des milices urbaines. Le conseil
des trente -six, trop nombreux pour exercer un pouvoir
exécutif plus encore que législatif, était réduit à douze
membres, deux par sesto : c'est déjà le nombre et la
répartition de cette fameuse seigneurie qui a été l'âme du
gouvernement florentin pendant toute la période répu-
blicaine. A ces douze magistrats, les auteurs donnent le
nom de buoni uomini, terme vague, ou d^anziani, terme
précédemment employé*, quoique déjà commençât à être
en usage celui de prieurs des arts^ qui devait bientôt les
remplacer. Même avant le protectorat de Charles d'Anjou,
on le trouve dans les lettres de Clément IV aux Florentins,
pour désigner les chefs des métiers*. Après avoir formé
le conseil des frati gaudentiy ils forment celui du vicaire :
c'est Guy de Monfort qui les préside. A cela près, « ils
< Fatli 12 buoni uomini (Villani, VU, 17). Efecero i guelfi reggimento
di 12 anziani (Slefani, II, 138). M. Reumont (Tav. cron., p. 28) dit
qu^ils étaient choisis parmi les nobles. Rien ne semble moins Traisem-
bbble, et comme il ne cite pas ses autorités, on ne peut tenir compte de
son assertion.
* c Dilectis filiis fratrîbus civitatis florentin» regentibus vel eorum alter
consilio prioribus artium et communi civitatis ejusdem. • (Glem. IV ep.
cccicv, sans claie. Tha, II, 418. Celte lettre est entre deux du 18 et du
19 octobre 1266.) c Dilectis filiis, Recloribus , Capilaneis, Prioribus
artium et Populo florentino. • {Ibid., n. ccccix, 20 novembre 126G,
p. 427.)
(An. 1267) MÉCANISME DES CONSEILS. 91
gouvernaient la République de la même manière que
faisaient précédemment les anziani^. »
L'élément le plus nouveau de cette constitution, c'était
le pouvoir consultatif ou lég'slalir. 11 était d'une com-
plication extrême, comme si res|)rit démocratique en
progrès eût vodu marquer la défiance qui lui est ha-
bituelle, et tout ensemble assurer aux mesures à prendre
la sage garantie d'une multiple délibération. Quand le
conseil des huoni uomini ou prieurs des arts, qui assistait
le vicaire, avait pris une résolution avec lui, elle était sou-
mise à un conseil de cent membres, choisis dans \epopolo
gras$Of c'est-à-dire parmi les riches marchands et les no-
bles qui, par la pratique d'un art, s'étaient abaissés au
rang des popolani. Sans le vole de ce conseil, qui rappelle
l'ancien sénat des cent buom uomini,, et que les auteurs
continuent de désigner souvent sous ce nom, aucune
dépense ne pouvait être faite, aucune mesure importante
mise à exécution. C'était là une condition nécessaire, mais
non suffisante. La dépense, la mesure votée, devait être,
le même jour, soumise aux deux conseils du capitaine du
peuple. Ces deux conseils étaient exclusivement composés
de popolani. L'un, dit spécial ou de credenza^ c'est-à-
dire de confiance, et secret dans une certaine mesure, se
composait de quatre-vingts membres. L'autre, ^it général,
n'en comptait pas moins de trois cents. D'ordinaire, aux
séances du conseil spécial étaient appelés les chefs des
arts majeurs, que Ton commençait à désigner sous le nom
de capitndini*. Tout projet de loi approuvé par cette
* Al modo chc anticaroente faccano gli anziani, reggeano la repu blica
(ViUani, VU, 17).
> M. P. Villari (Politecnico, décembre 1866, p. 692) dit que les capiiu-
dini des arts étaient toujours présents dans les quatre conseils. C'est une
92 MËCANlSIilE DES CONSEILS. (An. 1267}
assemblée était soumis au conseil général, auquel pre-
naient pari, de droit, tous ceux qui avaient volé dans le
conseil spécial. Alin que leur réunion fût plus facile, ils
se réunissaient simultanément, d'ordinaire, dans la même
église, mais chacun dans une partie différente, à moins
qu'on ne les joignît ensemble, dès le début, pour une
commune délibération. Mêmes formalités, le lendemain,
dans les deux conseils du potestat, appelés aussi conseils
de la commune, parce qu'au lieu d'ôtre exclusivement
composés de popolani^ comme les précédents, les autres
citoyens, c'est-à-dire les nobles, y avaient entrée. Le con-
seil spécial du potestat contenait quatre-vingt-dix mem-
bres, plus les capitudini^ qui avaient droit d'y siéger, et
le conseil général trois cent quatre-vingt-dix, en y com-
prenant les membres du conseil spécial, admis à prendre
part aux délibérations.
Tous ces conseils a opportuns, x> comme on les appe-
lait \ se réunissaient successivement, pour les affaires
d'importance. Quelquefois ils ne formaient qu'une seule
et commune assemblée, qu'on nommait alors conseil gé-
néral^ ou conseil du peuple, parce que le capitaine du
peuple la présidait. Dans des cas très-rares, il y avait
enfin l'assemblée générale de tous les citoyens, convoqués
à parlement. Leur nombre étant à peine de deux mille,
ils pouvaient tous y prendre part. Ils le devaient même,
pour prononcer en dernier ressort, et décharger les magis-
trats, comme les antres conseils, d'une trop lourde res-
erreur que nous a démontrée le dépouillement minutieux des registres
manuscrits intitulés Provmtioni délia Repubblica. La présence de ces ca-
pitudini était ordiuaire surtout dans les conseils du capitaine, mais elle
n*était pas obligatoire.
' Gonsigli opportuni (ViUani, VU, 17).
(An. i'207) RICUIKSTl, SAVl, CAPITUDINI. 95
ponsabililé. Mais pour les affaires courantes, les statuts
permettaient de ne consulter que telle ou telle de ces
assemblées. D'autre part, ils permettaient d'en créer en
quelque sorte de nouvelles, dont l'existence, vraiment
éphémère, ne dépassait pas le jour et le cas particulier
qui en avaient vu et provoqué la réunion. Ceux qu'on y
appelait reçurent plus tard le nom de richiestiy requis, et
même savi^ sages ou hommes de loi, parce qu'on donnait
la préférence aux juges, aux notaires, et, dans les autres
arts, aux marchands, aux artisans renommés pour leur
habileté et leur expérience.
Il y avait encore d'autres conseils, et en grand nombre,
auxquels on suppose à tort des attributions politiques :
par exemple, le conseil des capitudini des arts majeurs,
créé, dit-on, en 1267 \ et qui, pris a part, n'avait de
juridiction que sur les intérêts spéciaux des métiers.
C'est faute d'avoir su distinguer les conseils politiques de
tant d'autres qui ne le sont pas, qu'on a divagué comme
à plaisir sur la constitution florentine. Réduite à ses lignes
principales, elle parait simple et claire, malgré ses nom-
breux rouages et ses apparentes complications*.
Ce qui reste obscur, malgré les investigations de
la critique, c'est la manière dont on formait, dont on
renouvelait ces conseils. Mais le nombre était si considé-
rable des gens qu'on appelait à y siéger, par rapport au
nombre si faible des habitants qui exerçaient les droits
civiques, que tous les citoyens y devaient entrer à leur
' Rcumont, Tav. Cron., Cenni, art. Cotisiglio délie capUudini.
^ Sauf pour quelques détails, nous sommes «raccord sur celte importante
question avec M. P. Villari (PolUecnico, décembre 1866). Mais pour montrer
à quel point Terreur est fucile, nous indiquerons ici la manière dont divers
auteurs présentent l'organiÊation des conseils. Chez les plus anciens, les
94 ROLE DES œNSEILS (an. 1267)
tour, par la voie du sort plutôt que par Félection ^ Rien
erreurs Tiennent de ce qu'ils réunissent des institutions de temps divers;
chez les plus modernes, de ce qu'ils ne sont pas remontés aux sources.
Villani (VII, 17) :
1* Conseil des buoni uomini, 100 membres ;
2* Conseil descapiludini, de credenza, 80 membres ;
3* Conseil général, 300 membre» ;
4* Conseil du potestal, 90 membres.
Ammir.to (1. III, 137) :
1* Conseil du potestat, 80 membres, avec les capUudini;
2* Conseil général , 3U0 membres.
Machiavel (ht. II, 20) :
1* Conseil de credenza, 80 membres ;
2* Conseil populaire, 180 mt^mbres (50 par aegio) ;
3* Conseil gt'néral (les deux précédents et les douze buonuomini) ;
4* Conseil du peuple et des nobles, 120 membres.
Sismondi ^11, 447) :
i* Conseil du peuple, 100 membres ;
2* Conseil de credenza, 80 membres ; capUudini ;
3^ Conseil du potestat, 90 membres ;
4* Conseil général, 300 membres.
Léo (L VII, c. I, t. II, 41) :
1* Conseil du popolo grasto, 100 membres;
2* Conseil des consuls, capitaines, porto- bannières, de credenza, 80 membres
L'ensemble de ces deux forme le Consiglio délie capUudini e di credenza,
3* Conseil du potestat, 90 membres ;
4" Coaseil général, 300 membres, réunion des trois autres.
A. Desjardins (Introd. 48) :
1" Conseil de credenza, 100 membres;
2** Conseil général, 300 membres ;
3* Conseil du potestat, 00 membres.
Reumont (p. 28) :
1* Conseil des buonuomini, 100 membres ;
2* Conseil des capUudini, di credenza ;
3* Conseil du peuple;
4* Conseil du potestat, en troisième instance ;
5* Comité général, tous les conseils réunis.
On reconnaîtra dans ces systèmes si divers quelques-uns des éléments du
nôtre, mais dans une inextricable confusion. La lumière ne se fait qu'en
relevant avec soin dans la minute des actes publics les conseils qui y ont
pris part. Nous avons fait ce travail, mais il est trop minutieux et le détail
en est de trop peu d'intérêt pour que nous songions k le publier.
* C'est l'opinion de M. P. Villan (loc, cU., p. 691) et nous ne pouvons
que la partager.
(An. 1267) DANS LE GOUVERNEMENT. 95
n^esi plus conforme à Tesprit des institutions florentines, tel
que nous aurons à le montrer plus tard. L'avantage était
réel d'initier successivement aux affaires publiques tous
ceux qui avaient qualité pour y intervenir, et le danger nul ,
vu le rôle que jouaient les conseils. L'initiative y était
réservéeaux principaux magistrats. Ils y faisaient soutenir
leurs propositions par un notaire ou par quelque autre
personne en leur nom. Nul n'avait le droit de les combattre
que par de brèves paroles, le cas fût-il grave et imprévu.
On se rappelle l'aventure de Cece Gherardini, menacé
d'avoir la tête coupée, s'il ne consentait à se taire, dans
les conseils où se préparait la campagne de Montaperti ^
Ainsi Ton marquait une opposition antérieurement réso-
lue, on ne la provoquait point par d'éloquents discours.
Plus tard, tout en conservant la liberté du vote, on perdit,
quand il élail contraire, celle de le motiver.
Ijes réunions des ciloyens, si fréquentes et quelquefois
si nombreuses, ne purent donc favoriser l'essor de l'élo-
quence politique. L'esprit qui présidait aux institutions
florentines n'aurait pas souffert qu'on ébranlât par un
langage imprudent ou passionné le pouvoir des magistrats.
La courte durée de leur cbarge était une garantie suffi-
sante contre l'abus qu'il pourraient faire de leur pouvoir.
Ce pouvoir subissait déjà assez d'entraves pour qu'on ne
voulût pas l'amoindrir encore entre leurs mains. D'ail-
leurs, si heureusement nce que fût cette race de mar-
chands qui allait bientôt prendre un rang glorieux dans
les lettres comme dans les arts, son génie positif connaissait
trop le prix du temps pour en consacrer la moindre part
à des discours, au détriment de l'action. Il semble s'être
« Voy. I. ni, c. 2, 1. 1, p. 499-500.
9G PROGRÈS DE LA DÉMOCRATIE. (An. i!267)
étudié a décourager la manie et même le talent oratoire.
Des deux premiers conseils appelés à délibérer, l'un, celui
des cent, était secret; l'autre, celui desqualre-vingts, s'en-
tourait aussi de mystère, comme l'indique son nom de
consiglio di credenza. Ils délibéraient vile, car ils s'en
voyaient sollicités par les principaux magistrats, qui
avaient hâle d'agir avant d'être remplacés. L'éloquence
eût apporté des retards ; elle aurait manqué, en outre,
du retentissement auquel elle se complaît. Dans les autres
conseils, comment l'idée serait-elle venue de débattre
longuement des propositions déjà débattues et qu'on savait
devoir ou pouvoir être l'objet d'un nouvel examen? Com-
ment auraient-elles soulevé de nombreux opposants,
quand elles ne venaient au grand jour qu'étudiées dans
l'ombre par deux conseils auxquels s'adjoignaient le plus
souvent les capitudini des arts, les $aviy les richiesti spé-
cialement désignés, pour donner leur avis sur l'affaire
pendante, parmi les plus compétents? C'est ainsi que dans
Florence, si différente d'Alhènes malgré tant de qualités
semblables, l'esprit pratique dominait l'esprit oratoire et
étouffait l'esprit de liberté.
La démocratie, au contraire, quoique encore dans
l'enfance, y faisait de continuels progrès. Ce conseil des
cent, ce conseil des quatre-vingts, où résidait, après les
douze buoni nominij prieurs des arts, la véritable force
du gouvernement, ne se composaient que de popolani. Il
en étaitdemêmedupremierdes conseils vraiment publics,
le conseil général du capitaine. L'avis de ces trois assem-
blées déterminait en quelque sorte, ou du moins pré-
jugeait celui des conseils du poteslat. Or c'est dans ces
derniers seulement et dans la réunion assez rare de tous
les conseils que les nobles avaient accès. Loin d'y être en
(An. 120 7) REVANCHE DES GUELFES. 97
majorité, ils y étaient comme noyés, imiquement appelés,
d'ailleurs, à sanctionner de leur vote des mesures qu'ils
n'avaient ni proposées, ni préparées, ni discutées, ni mo-
difiées, comme l'avaient pu faire les popolani dans les
premiers conseils. C'était l'inconteslable règne d'une
bourgeoisie dont les rangs s'ouvraient pour recevoir les
grands qui voulaient descendre jusqu'à elle, et les petits
qui parvenaient à s'y élever. Les mots de gibelins et de
magnats deviennent synonymes, comme ceux de guelfes
et de popolani ou popolari, et c'est ce qui donne leur
signification essentiellement démocratique aux mesures
rigoureuses, implacables, par lesquelles les guelfes vain-
queurs affermissent leur domination sur les gibelins
vaincus. La révolution de 1267 en reçoit son véritable
caractère. Les rouages nombreux et compliqués des ma-
gistratures et des conseils ne pourraient, on va le voir,
que donner le change sur sa terrible simplicité.
La tentative de conciliation, honneur des modérés,
avait échoué devant des passions exaspérées : ce qui
triomphait, c'était la revanche. A tout prendre, elle était
naturelle, et, dans les idées du temps, légitime. On ne
pouvait, en un jour, oublier de cruelles souffrances et des
pertes matérielles qui, pour beaucoup, avaient été la
ruine. Après la bataille de Monlaperti, les gibelins avaient
confisqué les biens des guelfes qui fuyaient devant eux.
De retour à Florence, les guelfes voulaient non-seulement
recouvrer leurs biens, mais encore rendre le mal pour le
mal, châtier la défaite par la confiscation. Le principe ne
pouvait être contesté; c'e^l dans Texécution que surgirent
de nombreux embarras. Tandis que le gouvernement de
la commune voulait retenir la plus forte part dans l'intérêt
et pour les besoins du public, les particuliers se jetaient
HlSt. DE FLORENCE. — II. 7
* « ^- . ^ ■* * * •
i b trafcne et dkaieiit uae eslîotttkpfli très^exaséree de
leofi pert». Faote 4e [miroir s'entendre, fl Cdlot reoM-
rir aa [Ofpe et an n>î. A llfKtî^atîoD des nutgktrals flo-
reolios, ik àmâèreoi qaVjo ferait trois parts des biens
oimfMqiies* La première devait être donnée en indemnité
ans guelfe»; la «teooode, rwonstitoer le trésor communal ;
b troisième, former celui du parti guelfe.
On fit aussitôt des pertes prÎTées une éi^alualion qui
nous est parvenue : elles se moutaieut à 152,160 livres
|iour les six quartiers et leurs banlieues respectives ^ Les
plus éprouvés, parce qu*ils contenaient en plus grand
nombre des guelfes riches, c'étaient Porta San Piero,
OItramo et San Fier Scheraggio. Quant au quartier de
Porta di Duomo, chose singulière ! il avait souffert deux
fois moins que sa banlieue*. Ce sont les tours et les
< Bîêmoodi (II, 448-449) dit que ce chiffre équiiaut k un million et
demi de not francf . U n'est pau trop loin de la Téritc, car nous arons m
plus liant (1. 111, cb. i, 1. 1, p* 404), que son éfaluation du florin n*est pas
sensiblement difTcrente de celle de M. Passerini. On ne saurait le blâmer
de voir le florin ou le scquin dans b lifre, puisque ce dernier mot n'indi-
que au<:une valeur fixe et est purement de convention.
' Voici le détail de Tévaluatiou pour les biens guelfes détruits de 1260
Il iWa, Ui\ que nous le trouvons dans le document officiel (ap. Délaie, etc. ,
Vil, 'i86) .
Lit.
Kotlus Ultrarni de civilalc 10.715
l)icli fcxlofl comilalus 9.018
Sextuf S. Pétri Scbcradii de civilatc. . 10.645
Dicti icxluf coniilalus 12.060
Sexluf Burgi civiUlif 7.885
Dicti MxluB ComiUtuB 7.890
Soxtui Porte S. Panerai il civitatif!.. . . 8.746.5
Dicti «oxlUB cumilalus 5.765
SoxlUi Porte S. Pctri de civilatc. . . 17.900
Dicti Boxtuf comiUtuf 12.165
Soxtui Porto Douiuit de civiiule. . . . 6.778
Dicti «oxtu» couiitatus 12.503.3.4
Lib. . . . 132.160.8.4
(As. 1267) DE» GIBELINS EXILÉS. 99
maisons détruites qui ûgurcnt au premier rang dans la
liste dressée. 11 y a des tours de dix livres et des maisons
de quinze. Celles qui en valent cent cinquante sont qua-
lifiées de palais, sans que ce mot donne à entendre une
demeure seigneuriale. Aux palais se trouvent souvent joints
des magasins, des boutiques, des ateliers, des greniers, des
ctuves ou séchoirs, des liraloi^ endroits disposés pour
étendre des draps de laine ^ Il est question de moulins,
de cours murées avec des escaliers de pierre tout autour *.
On sent qu'il s'agit d'une ville manufacturière et com-
merçante. Ce qu'on ne s'explique pas bien, c'est pour
quel motif certaines propriétés de peu de valeur sont
séparément désignées, par exemple la tour de dix livres
qui appartenait à un certain Geppi', la tour, le palais,
deux maisons des Ricasoli, valant ensemble cinq cents
livres \ tandis que d'autres, beaucoup plus importantes,
sont évaluées en bloc. Probablement la possession en
était indivise, et on laissait aux possesseurs le soin de
faire entre eux la répartition. Ainsi les dommages soufferts
par les Lapi, les Dini, les Machiavelli, sont appréciés en-^
semble à trois cents livres*; ceux des Stoldi, des Ber-
linghieri, des Fornari, des Rossi, des Barbadori, pour deux
palais situés à Santa Félicita, dans le sestiere d'Oltrarno,
* Palalium cum fondaco et unam doinuiu do tiraloriis, in qua crant de
super 5 apothece et 3 dotnos iQ quibus tingebatur, cl 4 domos in quibus
rccondebantur scope omncs in uno residuo... Unam slufum cuin alia douio
cum tiraloriis ad unumse tenenlcs (Doc. ap. Deliz., p. 261).
' Unam tuirim et duo palalia, et domos lerrcnas circum circa, cl dud
molendina pendula destrucla (p. 263); unam curiam muratam circumcirca
cum scalis lapideis (p. 262).
» iWrf.,p. 204.
* ïbid., p. 250.
* Ibid., p. 206.
100 RÉPARTITION DES fiIbNS CONFISQUÉS. (An. 4267)
à deux mille livres ^ Celle eslimation est une des plus
fortes : au-dessus on ne trouve que les châteaux et les
immeubles appartenant à Guide Guerra, dans la banlieue
de Porta San Piero : ils sont notés comme valant en-
semble cinq mille livres*.
On ne dit pas quelle fut la pari du trésor public dans
les dépouilles des vaincus. Tout porle à croire qu'il n'en
reçut pas le tiers qui lui revenait, d'après l'arbitrage de-
Clément IV et de Charles d'Anjou. Presque tout alla s'en-
gouffrer dans le trésor particulier des guelfes, ce qu'on
appela la massa guelfa. Comme cette masse était illimi-
tée, en ce sens que les biens des nouveaux proscrits
devaient élre confisqués à son profit, l'ambition de l'aug-
menter fit exagérer les rigueurs et multiplier les ventes.
Villani dit qu'on en faisait tous les jours davantage*. De
ces biens on constitua un monte^ c'est-à-dire, pour parler
comme les financiers modernes, qu'on les « capitalisa d.
Mesure inique au premier chef, mais efficace plus qu'au-
cune autre pour anéantir le parti gibelin. « Puisqu'on
mobilise leurs biens, s'écriait judicieusement le car-
dinal Ottaviano des Ubaldini, jamais ils ne rentreront à
Florence *• » Deux sortes d'hommes, en effet, étaient
intéressés à s'y opposer de toutes leurs forces : ceux qui
avaient en indemnité les terres, les immeubles des bannis,
* Doc. ap. DelniCf etc., p. 205.
* Ibid.^ p. 262. — On peut voir cet étal au t. VU des Delixie degli erU'
diti toscani^ de la p. 203 à la p. 286.
3 Onde cominciarono a fare mobile, e ogni di il cresceano per avère di
chc ispendere pcr la parle quando bisognasse (Villani, VII, 16). Slefani
dit : (II, 139) : « Feciono clie niuno ghibellino polesse stare in Firenze. »
* Del quule mobile vedenJo il card. OltaTiano degli Ubaldini, disse : Da
poichè i guelfi di Fireuze faniio mobile, giamraai non vi ritoroeranno i ghi-
beUini (VUlani, VU, 16).
» • • » • * •■
(Ah. 1967) ORGANISATION DE LA PARTE GVELFA. 101
et ceux qui les avaient achetés de leurs deniers. A titre
onéreux ou gratuit, tous les acquéreurs redoutaient une
revendication possible et poursuivaient ceux qu'ils soup-
çonnaient d'en avoir le désir, d'une égale ani^losité^
Bien résolus à défendre des intérêts qu'à tort ou à
raison ils tenaient pour légitimes, les guelfes en cherchè-
rent les moyens dans une forte organisation de leur
parti*. C'étaient trois d'entre eux, trois chevaliers, qui
avaient eu la mission délicate d'opérer la répartition :
ils les prirent pour chefs ou recteurs, sous le titre de
consuls des chevaliers. Maiscenom,qui indiquait des ten-
dances arislocratiques, fit place bientôt à celui de capi-
taines du parti, capitani di parte, ou délia parle guelfa^
signe manifeste que les bases de la faction s'élargissaient,
et qu'elle cherchait sa force où elle pouvait la trouver,
dans la démocratie. Le nombre de ces capitaines varia de
trois à neuf*. Ce qui ne varia point, c'est la durée de
leur charge : elle fut de deux mois, comme celle des
douze huoni uomini. Tant qu'ils ne furent que trois, les
sestieri de la ville se divisaient en deux groupes, pour
les nommer alternativemeni, un pnr sestiere. Au-dessous
d'eux étaient s\\ priori di parte ^ dont trois grands et trois
* Est-il besoin de rappeler que la vente des biens des émigrés en
France, après la révolution de 1789, a été un des principaux obstacles au
retour de Tancien régime en 1815? Le milliard distribué aux émigrés n'a
fait alors que consacrer une spoliation devenue irrémédiable.
* M. TroUope (1, 180) parait croire que cette organisation du parti guelfe
fut une institution de la République, c Goncevrait-on, s'écrie-t-il, un lord
chancelier des Tories? t Oui, sans doute, si c'est le parti qui emprunte
ses institutions à l'État, et non l'Ëtat qui en donne au parti. Le parti guelfe
finit par imposer souvent ses volontés aux pouvoirs réguliers, mais c'était
lui qui s'était constitué à sa guise, et ses magistrats n'étaient pas, dans le
principe, un rouage gouvernemental.
' Reumont, Tav, cron, Cenni, art. Capitani di parte guelfa. Desjar-
dins, Introduction, p. 47.
102 ROLE DE LA PARTE GVELFA (Ah. 1267)
popolanij chargés d^administrcr les finances du parlî; un
syndic pour les alimenter en accusant des gibelins \ et
un garde des sceaux. Tout ce que les guelfes avaient de
précieux et de secret était conservé dans l'église des Servie
facile h défendre*; mais les chefs tenaient leurs réunions
dans celle de Santa Maria mpra porta. Ils avaient leur
résidence tout à côté, dans la maison des Lamberti, au
quartier populaire du Mercaio nnovo^ où les maisons
guelfes abondaient'.
A Pimitation du gouvernement de la République, la
parte gnelfa donna deux conseils à ses capitaines; le
premier secret, de quatorae personnes; le second public,
de soixante^ qui nommait ces importants magistrats, ainsi
que les autres de la faction. Avec le temps, ils devin-
rent un rouage complémentaire, et extrêmement actif,
dans rÉtat. On leur commit le soin des forteresses, des
murs, des édifices publics, l'administration des revenus
assignés à ces édifices, la direction des préposés aux
tours*. Déjà en 1273 ils interviennent avec voix délibé-
rativedans les conseils*. S'ils consei^vent leur caractère
* Elessero un sindico a accusargli (Stefani, 11, 139).
» Ibid.
3 Yillani, VU, 16. — Âmmiralo (l. III, t. I, p. 137) suppose que la ma-
gistrature des capitani di parte pouvait être antérieure de quelques an-
nées, mais il n'allègue aucune autorité, aucune raison. Ce n*eût été, en
tout cas, qu*uiie magistrature d'exilés, en quelque sorte in partibns. Dans
la maison des Lamberti, agrandie et embellie après Tincendie de l*église
et du canonicat de S. Maria sopra Porta, a longtemps réside la municipalité
de Florence (Voy. Vannucci, p. 146, n. 1).
« ViUani, VU, 16. Stefani, (II, 139) dit 40. Le chiffre de 60 est plus
probable, étant un des multiples de 6, c'est-à-dire du nombre des êettieri.
Ijeo suit généralement Villani ; mais il entend si mal Fitalien qu'à chaque
instant il commet des erreurs, particulièrement sur ce point, où il brouille
tout.
^ Rcumont, loc, cit, P. Villari, loc. cit., p. 694.
° Voy. deux documents ap. Delizie, VIII, 129.
(An. 4267) DANS LES AFFAIRES PUBUQUES. 103
de magistrats particuliers, qui les subordonne aux pou-
voirs publics, môme pour les négociations où la parte
semble seule intéressée *, ces mois, qu'on rencontre si
souvent, la massa délia parte guelfa di Firenze, signi-
fient maintes fois non pas la parte guelfa^ mais l'uni-
versalité du peuple florentin'. Bien plus, au nombre des
qualifications de sa charge, le capitaine du peuple
compte celle de capitatw délia massa délia parte dei
guelfi*^ et ses deux conseils sont appelés dans divers
documents consigli délia massa délia parte guelfa^.
Mais cette faction redoutable se mêlait à la population
florentine sans s'y confondre. Elle en restait comme le
noyau, comme Pâme ; elle était un État dans l'État. Ce
* En 1274, Sinone, frère de Guido Norello, s*étant séparé de lui et des
gibelins pour se donner aux guelfes, les capitaines de la parte, au nombre
de cinq, doivent obtenir, pour conclure avec ce transfuge, Tautorisation du
conseil particulier des 90, du conseil général des 300, et celle des capitu-
dini des sept arts majeurs. — Les conditions imposées à Simone sont :
1* d'aider l'Église, Charles et ses fils; 2^ de ne jamais s'accorder avec
leurs ennemis ; 3* de payer à la commune, à la parle ou à tout membre de
Tune ou de Tautre ce qui pourrait être dû pour injures, pour dommages
antérieurs ; 4* d'accepter, en cas de querelle avec des guelfes, la décision
des capitaines de la parte, La commune et la parte s'engagent en retour
à soutenir Simone, à le maintenir dans ses juridictions et honneurs, ï
reffacer des livres de condamnation, h lui accorder un délai pour le paye-
ment de ses dettes, à ne jamais traiter sans son assentiment avec Guido
Novello, etc. Voy. Bonaïni, loc. cit,, p. 98.
* Villani (YI, 68) appelle ainsi la commune de Florence, par évident
anachronisme d'expression , quand il parle du legs fait aux Florentins,
par le comte Alessandro di Mangona. Sur ce fait, voy. plus haut, 1. ii,
ch. 4, t. 1, p. 464-465.
^ En 1278, Guido de Corrigio, de Parme, capitaine du peuple (voy. Lt6.
off. forens.) s'intitule capitano di massa di parte guelfa di Firenze dans
un document où il donne quittance de ce qui lui est dû pour son salaire
(Arch. di stato, Capitoli, XXIX, P» 161 r*).
* In consilio gcnerali et credentie masse partis guelfe (Doc. ap. Deli-
tie, IX, 57). In conciliis masse guelforum civitalis Florentie (Ibid.,
p. 62).
104 LE TRIOMPHE DES GUELFES (An. 1267)
qu'elle décidait dans ses réunions privées était presque
invariablement sanctionné par les magistrats, par les
conseils publics. Aussi a-t-on pu dire que celui qui était
maître des capitani di parte, l'élait de Florence même*.
Légitime peut-être dans son principe, mais abusive dans
ses eflets, la constitution du parti guelfe répondait à un
besoin si réel de la société florentine, elle y donna une
satisfaction si complète, qu'elle fut imitée ailleurs, à
Sienne par exemple*, et qu'elle survécut à la République
même. Elle subsislait encore, avec le nom de ses capi-
taines, dans le seizième siècle, au temps d'Âmmirato*.
Au fond, cependant, ririslitulion de la parte guelfa et
des capitani di parie ne faisait qu'assurer le dernier mot
aux guelfes dans la guerre civile, mais elle ne la supprimait
pas. On pouvait tyranniser, exiler les gibelins, vexer, hu-
milier les grands, on ne pouvait les supprimer. Ils trou-
vaient môme dans l'organisation du gouvernement com-
munal un point d'appui pour la résistance, et quelquefois
pour l'attaque; dans le potestat un chef, le représentant
de leurs intérêts, l'organe de leurs plaintes; dans les
* M. p. Villari, loc. cit. — C'est ce qui eiplique Terreur, d'ailleurs
inexcusable, de l'alleniund Ncumann, confondant le gouvernement de la ville
avec celui du parti guelfe (Voy. ses notes à Touvrage d«^jk cité nspl <l>Xopiv-
Tivûiv, etc.) 11 prend Tinstitution dans la suite des temps au lieu de ra-
meuter à Torigine. Les magistrats et les conseils du parti guelfe devinrent
à la longue pour le gouvernement de Florence ce que le club des Jacobins
était pour la Convention.
* Consiglio délia Campana, XllI, 65. Doc. du 18 avril 1272.
3 Nous verrons plus loin le statut spécial du parti guelfe. l\ ne fut
publié qu'en 1535, et il contient sans doute un mélange de prescriptions
du XIII* et du XIV* siècle qu'il est impossible de démêler. Pour éviter les
anachronismes, il convient donc d'ajourner le détail de cette institution.
Le statut dont il s'agit a été publié par M. Bonaïni, dans le Giornale sto-
rico degli archivi roscant/ janvier-mars 1857. 11 fut renouvelé en 1420.
(Voy. même recueil, t. II, juillet-septembre 18Ô8, p. 289.)
(An. 1267) ASSURÉ PAR U PARTE GUELFA. 105
conseils du potestat leur citadelle, citadelle baltue en brè-
che et où pénétrait Tennemi, mais qui pouvait encore
être défendue. Elle le fut avec autant d'énergie que de
passion, quoique tout l'avantage fût visiblement pour les
guelfes. Dans la lutte de ces deux armées ennemies, qui
avaient pour chefs respectifs le potestat et le capitaine du
peuple, incessamment grandis aux dépens du pouvoir
central et neutre des douze huonuomini^ les capitani
di parte ne jetaient pas en vain les forces dont ils dispo-
saient. Florence, grâce à eux, devient guelfe jusqu'aux
moelles. Ce lis rouge, symbole du pai-ti, par opposition
au lis blanc des gibelins, impose sa couleur à toutes
choses. On a hpostierla rossa ou petite |.orte rouge de
Santa Trinita* ; on aura bientôt, en 1300, la ruga rossa^
ou rue rouge, œuvre également du parti populaire*. Pour
tenir bon contre les incessants progrès de leurs adver-
saires, il faudra que peu à peu les gibelins se transforment
suivant la marche des idées et du temps.
L'heure n'était pas venue encore de ces évolutions
instinctives et tout ensemble calculées. Selon les vaincus,
il n'y avait que honte et ruine pour leur patrie dans l'état
de choses violent, mais fort, qui allait en inaugurer la
grandeur. Leur unique dessein était de recommencer à
rebours l'histoire des précédentes années, pour préparer
leur revanche par les moyens mêmes qui avaient assuré
celle de leurs implacables ennemis. Fra Guittone d'Arezzo,
après avoir abandonné le monde, sa femme et trois jeunes
enfanis' pour se faire fratc gaudente^ retraçait dans ce
* Ln posiierla a disparu aujourd'hui, mais le souvenir en est conservé
dans la rue de Porta Rossn.
» Arch. stor., 1865, 3' série, t. Il, pari. I, p. 80.
' Il le dit lui-même dans une pièce de vers citée par Nannucci, Manuale
di letieratura, I, 214.
106 INVECTIVES DE FRA GUnTONE (An. 4267)
temps-là, au point de vue gibelin, lasituation de Florence :
• Regardez et voyez, écrivail-il aux Florentins, si votre ville
est une cité et si vous, ses habitants, vous êtes des citoyens, si
vous êtes des hommes. Non : votre cité est un désert, c'est une
forêt, et vous en êles les ours, vous larrons et non marchands.
0 reine des cités, qu*es-lu devenue? Une caverne de brigandage,
d'extravagance et de fureur!... Tes enfants, qui furent des rois,
ne sont plus que de misérables esclaves, bafoués, partout où ils
vont, de tous les autres peuples. Oh ! comme ils se sont rassurés
à ton sujet! Pérouse ne craint plus maintenant que tu lui enlèves
son lac, ni Bologne que tu passes ses montagues. Pise ne trem-
ble plus pour ses murailles ni pour son port. Oh ! Florentins,
pauvres défleuris, qu*avez-vous fait de votre grandeur et de votre
orgueil, vous qui sembliez un nouveau peuple romain, prêt à
subjuguer le monde entier? Et, certes, les Romains n'eurent
pas de si beaux commencements que vous. Ils ne firent pas tant
en si peu de temps. Considérez un peu où vous en êles et où vous
en seriez si vous éliez restés unis, ne formant qu'un seul et
même peuple. Et qui vous a fait tout ce mal? qui, sinon vous-
mêmes? Hais peut-être esl-ce là ce qui vous console, que ce ne
soient point d'autres qui vous aient nui. Si vous le pensez, vous
pensez follement. Votre honte est double, étant votre œuvre. —
Et que dirai-je de vos femmes qui, les unes enceintes, les autres
mollement élevées, accoutumées au repos et à une nourriture
exquise, devaient rester en salle ou en chambre au milieu de
leurs proches? Les voilà qui, mal vêtues et mal nourries, seules,
comme des servantes, ou mal accompagnées, ont été réduites à
se traîner souffrantes, de lieu en lieu, et à séjourner parfois
avec des bandes de guerre ou avec des étrangers, dans d'étroi-
tes et hideuses maisons où les esclaves d'aulrui sont leurs maî-
tresses M »
Invectives éloquentes sans doute, mais où la rhétorique
d'école et l'aveuglement de parti ont, ce semble, une part
* LeUre XII de Fra Guittone, traduclion de Fnuriel, Dante, etc., I, 350-
351). On peut lire le (exlc dans Gargani, Délia lingua volgare , etc.,
p. 75-79.
(Aw. Iil67) CONTRE FLORENCE GUELFE. 107
égale. Ce que pensait au fond de Tâme Fra Guitlone, on
ne saurait le dire ; en tout cas, s'il était sincère, il dut
avec le temps changer d'avis, car on le voit, en 1293, un
an avant sa mort, choisir Florence de plus en plus « re-
paire d*ours guelfes », pour .y fonder un monastère des
Camaldules, et y finir ses jours en paix. S'il avait raison
de reprocher aux Florentins la discorde, le reproche en'
est singulièrement placé dans la bouche d'un gibelin. Les
gibelins ne l'avaient-ils pas souvent suscifée? n'allaient-
ils pas la susciter encore plutôt que de se soumettre ? Ce
tableau, que trace le frate gaudente de la vie errante et
misérable des femmes gibelines, n'est-il pas celui des
femmes guelfes, obligées, on l'a vu, après avoir quitté
Florence pour Lucques, de quitter Lucques pour Bologne?
La vérité, c'est que les uns et les autres suivent la même
politique, commettent les mêmes fautes, subissent les
mêmes malheurs. Ces révolutions ont leur routine. L'ex-
périence n'y sert de rien, et l'aveugle loi du talion y règle
les rapports des factions adverses. F^a victoire ne sait pas
être humaine et clémente : elle abuse de la force, jusqu'au
jour où la force lui manque. C'est un duel où elle seule
prononce, où l'on ne saurait dire de quel côté est la
justice et le droit. Il se peut que le triomphe des gibelins
eût assuré la grandeur de Florence ; mais il est certain
que le triomphe des guelfes a eu ce résultat. La violence
et l'injustice étant égales des deux parts, on ne saurait
trouver ni surprenant ni mauvais que les plus nombreux
l'aient emporté.
CHAPITRE III
DEUXIÈME GOUVERNEMENT DES GUELFES
ET PROTECTORAT DE CHARLES D'ANJOU
Les ennemis de Chai*le8 d'Anjou à Pise. — Anibas.<adc des gibelins à Gonradin.^
Charles d'Anjou en Toscane [mai 1267). — Charles y est nommé paciariut
[4 juin 1267). — Il fait campagne contre les gibelins. — Révolulion à Sienne
— Siège et prise de Poggihonzi par les guelfes (mi-juillel-30 novembre). —
Campagne contre Pise (février 1268). — Prise de Notrone. — Chants guer-
riers des troubadours. — Don Enrique de Cistille, sénateur à Rome. — Con-
radin en Italie (octobre 1267). — Préparatifs et emprunts de Charles d'Anjou.
— Son séjour à Yiterbe (5-50 avril 1268). — Excommunication de Conradin
et de ses fauteurs (8 avril}. — Conradin à Pise. — Alarmes des guelfes. —
Marche de Conradin à travers U Toscane. — Défaite des guelfes à Ponte a
Valle (24 juin^ — Clément lY relève le courage des vaincus. — Conradin à
Rome [24juillet-10aoûl).~ BaUille de Tagliacozzo (22 août). — Captivité
et supplice de Conradin (29 octobre). — Indépendance réelle de la Toscane
sous le protectorat de Cliai'les d'Anjou. — Guerre contre Sienne. — Défaite
et mort de Provenzano Salvani (17 juin 1269). — Expéditi(»n contre Ostina
et Asciano (septembre). — Malheurs publics. — Exigences des Florentins. —
Charles d'Anjou conclut la paix avec Pise. — Son séjour en Barbarie (1270).
— Guy de Montfort le remplace en Toscane. — Destruction de Poggihonzi
(juin). — Pdix avec Sienne [i août). — Ligue guelfe de Toscane. — Gibelins
suppliciés à Florence. — Guy de Montfort perd son autorité (1271). — Im-
puissance de Charles d'Anjou et du saint-siége (1272). — Grégoire X à Flo-
rence (18 juin 1273). — Pacification entre les guelfes et les gibelins (11 juil-
let). — Perfidie des guelfes et départ des gibelins. — Colère et départ du
pape. — Discorde croissante dans l'Italie centrale. — Rodolphe de Habsbourg,
reconnu roi des Romains (1274U — Grégoire X de nouveau à Florence (18
décembre 1275). — Sa mort (10 janvier 1276). — Les Pisans vaincus par les
Florentins au fossé Rinonichi (juin 1276). — Paix entre Pise cl la ligue
(13 juin). — Progrès des Florentins par l'impuissance de Cbarlcs et du saint-
siége.
Huit cents cavaliers français, accrus bientôt de cinq
cents cavaliers de la taglia\ pouvaient suffire pour
' Cette adjonction de 500 milites toscans aux 800 français est surabon-
(An. 1267) LES EXILÉS GIBELLNS Â PISE. 109
asseoir dcins la Toscane la domination des guelfes, déjà
assise dans le royaume ; ils ne suffisaient pas pour re-
jeter les gibelins au delà des frontières toscanes, ni
même pour leur inspirer la terreur. Aux yeux des vaincus
la revanche était assurée et prochaine. La puissante Pise
venait de leur ouvrir ses portes. Récemment soumise au
saint-siége, elle rompait de nouveau avec lui. Elle n'avait
plus à ménager ni Clément IV, qui offrait Tinvestiture de
la Sardaigne à Enrique de Castille, ce frère d'Alphonse X,
ce royal aventurier, sénateur de Rome par un caprice de
la fortune, candidat à toutes les couronnes, ni Charles
d'Anjou, qui, sous prétexte d'une rixe entre marins pi-
sans et provençaux, saisissait les marchandises pisanes et
leur interdisait l'entrée des Deux-Siciles *. C'est à Pise
que se réfugiaient les captifs échappés aux rudes prisons
de Charles, Corrado et Marine Capece, Galvano Lancia,
Galeotto son fils et Federico son frère \ Là plus encore
qu'à Sienne, trop exposée au passage de l'ennemi, s'ali-
mentait l'incandescent foyer des récriminations et des
haines. Là on reprochait aux Français d'être rapaces, de
manquer de foi, d'abolir les privilèges, de violer les im-
munités, de profaner les églises, de piller les monastères,
de massacrer prêtres et moines, beaux exploits en vérité
pour des gentilshommes, pour un prince qui venait au
nom de la religion. Là on se sentait en force pour leur
tenir tête, pour ourdir contre eux et contre les guelfes
daminent prouvée par diverses lettres de Charles publiées dans le Cod,
dipL del regno t t. II , part. I , p. 124 , cl dont il sera question plus bas ,
p. 151, n. 5, et 132, n. l.On y voit que chaque ville avait son contingent
fixé, Florence 166 hommes, Pistoia 45, et qu*elle pourvoyait à leur solde.
' Grassi, p. 116. — Inghirami, VI, 455.
* Clem. lY ep. cccxlvi, 37 juillet 1266. Tha., h, 577.
110 AMBASSADE DES EXILÉS* (An. 1267)
de Florence une conjuration fondée sur un appel nou-
veau à Télranger.
Tandis que les guelfes hésitaient entre un empereur
allemand peu à craindre et un tyran français prêt à
accroître le pouvoir temporel de la papauté, les gibelins
étaient donc pleins d^ardeur a au service du diable et de
Conradin * ». Ils envoyaient de Pise plusieurs d'entre eux
en Allemagne « éveiller l'aiglon endormi ». A leur tôte
étaient les échappés des prisons de Naples, Galvano et
Federico Lancia, avec les deux frères Capece *. Des ambas-
sadeurs de Pise et de Sienne, connaissant les moyens de
mettre en mouvement les princes, apportaient cent mille
florins pour lever un corps d'armée. Avec plus d'autorité
que des Napolitains, ils promettaient l'appui d'une moitié
de la Toscane, déjà en armes Contre Charles d'Anjou. Les
seigneurs dépossédés de la Lombardie avaient joint leurs
envoyés à l'ambassade, et du royaume même de Charles
accouraient d'anciens serviteurs de Manfred, déjà las de
leur nouveau maître. Ils trouvèrent l'aiglon à Landshut,
où il était né, dans son vieux manoir de Hohcnschwangau,
qui domine, d'un pic élevé, une contrée pittoresque entre-
coupée de lacs et couverte de forêts*. Il leur parut ardent
aux aventures, mais plus propre à les rêver avec son
imagination de quinze ans, qu'à les courir et à voler de
^ f Elbene Tellemus quod Lombardi amici nostri iiafacerent posse suum
in servilio Dei et Ecclesie atque nostro et suo proprio sicut facimus pdsse
nostrum et sicut faciunt inimici in servitio diabuli stando in cxcommuni-
catione et in servitio Gonradini.... Nostri Lombardi nullaui militiatu cxtra-
neam tuis cxpcnsis babcre volueiiint. » (Lettre de Charles, ap. Chron, de
rebus^eic., p. 277.)
' « In Alamanniam ad suscitandum catulum dormicnteui et pullum
aquil^B qui nondum xtale cœperat adulta pennescere, propere se conver-
tunl. » (Sabas Malaspina,!. lU, c. tvii, R. I. S., t. VUI, 832.)
' Saint-Pnest, m, 29.
(An. 1267) AUPRÈS DE GONRÂDIN. 111
ses propres ailes. Des lettres pressantes furent pourtant
mises sous ses yeux. De formelles et brillantes promesses
Téblouirent. Le comte Malecta, traître à Charles comme
à Manfred, quoique maintenu dans sa fructueuse charge
de trésorier^, promettait seize mille onces d'or et mille
lances soldées*. De toutes parts, disaient les ambassa-
deurs, on se préparait à la guerre, on en attendait le
signal. Don Enrique de Castille, mal vu du pape qu'il
gênait à Rome, ne pouvait qu'être favorable à l'entre-
prise. Des Alpes au Phare on ne rêvait que de rétablir
sur le Irône l'héritier légitime. Les Sarrasins de Lucera
pleuraient d'attendrissement au seul nom de son aïeul,
de son père, de son oncle, et se déclaraient prêts à tout
sacrifier pour lui^.
Malgré de si pressantes instances, la négociation traîna
en longueur. Elisabeth, mère du jeune prince, s'opposait
à l'expédition. Elle prévoyait les malheurs de loin. Elle
ne comprenait pas qu'on opposât un enfant au redoutable
Charles d'Anjou. Elle « demandait comment la ligue
gibeline, réduite à quatre ou cinq villes, parviendrait à
chasser d'Italie ces rudes Français. Avait-on pu seulement
leur en fermer le chemin, lorsque la Toscane entière et
plusieurs grandes communes lombardes, qui tenaient
aujourd'hui pour les guelfes, faisaient partie de la confé-
* Archives de Naples, Arca F, fasc. 18, n» 13. Lettre du 24 février 1267,
âp. Gherrier, UI, 223.
* c Etlicet olim Manfrido Malecte.... quia idem Manfiridus XVl millia
uncianim quas curie nostre promiâerat pro stipendiis gentîs nostre Dobis
ùon solvit in teriniois constilutis , nec raille milites stipendiis propriis ad
servitia nostra retinuit quos promiserat retinere. • (Lettre de Gonradin,
tirée de b Bibl. de r Université de Leipsig, n' 1268, P 75, ap. Gherrier,
m, App., p. 517.)
' Sismondi, U, 450-152. — Saint-Priest, MU 29-31. — aerrier, UI,
221-223.
112 LES FRÀl«iÇAlS EN TOSGiNE (Am. 1267)
déralion gibeline ^? » L^autorité de ces paroles était, il est
vrai, amoindrie par le second mariage qui avait fait
descendre la veuve de Conrad du rang de reine à celui de
comtesse •; mois l'éloquence passionnée d'une mère dé-
fendant Tavenir et peut-être la vie de son fils, balançait
les conseils belliqueux des ducs Louis et Henri, oncles
de Conradin, comme ceux du comte Meinhart, son beau-
père. Si Conradin devait partir, il fallait gagner du temps.
Nul ne pouvait nier qu'en prenant des années ou seule-
ment des mois, il deviendrait plus apte à conduire son
armée.
Cependant les chevaliers de Guy de Montfort, sans en-
nemis devant eux, se donnaient libre carrière en Tos-
cane. Déjà s'élevaient contre eux de vives plaintes. Les
Pisans leur reprochaient d'avoir « déformé ou désolé
plusieurs de leurs terres. » Pour repousser ces attaques
iniques, ils mettaient sur pied leur armée, sans vouloir,
disaient-ils prudemment, manquer de respect au pape
ni au roi '. Clément lY justifiait de son mieux les cham-
pions de l'Église:
« Hérode, écrivait-il, et avec lui Jérusalem tout entière furent
bouleversés en apprenant la naissance du Sauveur *. Nous
voulons vous avertir des dangers que fait courir à la Toscane
» Cherrier, III, 225.
' Au moyen âge, les reines remariées perdaient leur titre. Conradin,
dans ses cdils, n'appelle jamais sa mère que comitiêsa (Note de Saint-
Priest, 111, 12. Yoy. à TAppend. J du même volume de cet auteur le texte
des éditsà Tappui).
' < Per quain dicilis terras aliquas deformatas vel verius desolatas
Vos exinde justo timoré concepto equis et armis et aliis necessariis gentem
▼estram instruitis.... non in nostri vcl régis derogationem honoris. »
(Clem. IV ep. ccccli. Vilerbe, 26 avril 1267. Thés., H, 457.)
^ « Sane perturbatum Herodem legimus et omnem Jerosolymam cum
eodem, ortu salvatoris audito. » {Ihid.)
(Ah. 1267) SOUTENUS PAR CLÉMENT IV. H3
la perfide machination d'hommes perdus. Loin de la cacher, ils
la montrent à tous les yeux^ Ils attendent leur nouvelle idole;
ils donnent à Conradin le titre de roi*. S'ils sont vos amis, il est
écrit, vous le savez, que l'ami des fous est semblable à eux...
Fallait-il donc mander à Charles d'Anjou de se tenir en paix, de
ne prendre aucune précaution, jusqu'à ce que les pieds de ses
ennemis fussent dans son royaume? Vous-mêmes, ne prenez-vous
pas vos mesures, sans avoir pourtant subi les attaques de per-
sonne'? Et lui, déjà si cruellement attaqué et atteint, alors qu'il
voyait un autre usurper son titre, nous aurions dû Tempécher
d'énerver, dés le début, les forces des malicieux ? Nous n'avons
pas appris qu'aucune ville de Toscane revendique le privilège
de ne pas recevoir de cavalerie dans cette province sans l'aveu
de ses habitauts. Si vous l'aviez, ce privilège, pourquoi l'avez-
vous laissé supprimer naguère quand des forces ennemies de
Dieu et de l'Église parcouraient ce pays? Si vous dites que c'é-
tait devotre consentement, vous avouez votre turpitude. Cessez
donc de vous plaindre des excès d'un roi chrétien qui lient pour
réformé ce que vous tenez pour déformé*. »
Ce roi chrétien mettait trop de prix à rextermination
de ses ennemis en Toscane pour y faire longtemps attendre
sa présence. Dès les premiers jours de mai il passait la
frontière, et faisait à Florence, puis à Prato, une solennelle
entrée, aux acclamations des habitans'^. Sincères ou de
1 f Quam periculose fundabatur in Tu&cia perfidissima machiDatio,
etc. » (Gem. IV ep. ccccli, 457.)
* < NoYum idolum jam expectat, Corradinum nominans r^em. • (Ibid.)
' « Ecce vobis providetis, ut scribilis, adhuc neniine tos tangente, et
ipse tam crudeliter impetitus et tactus, in regni nomen et titulum alio jam
intruse.... » (Ibid.)
* • Desinite igilur turbari de Christian i régis excessibus qui reforma tum
extimatquod esse creditis deformatum. » (Ibid.)
' < Intravit Tusciam et Florentiam alque Pratum. » (Clem. IV
ep. ccccLxiY. Yilerbe, 11 mai 1267. Thés., Il, 466.) M. Bonaïni (Giorn.
stor, degli archivi Toscani, t. lU, avril-juin 1859, p. 77) met celte entrée
au 11 mai. Gela est impossible, puisque ce jour même elle était connue à
Viterbe et annoncée par le pape. 11 faut l'avancer d'au moins deux ou trois
jours. Yillani dit que Charles ne vint à Florence qu'au mois d'août.
HIST. DE FLOilEKUC. — II. ' 8
iU CHARLES D'ANJOU POTESTAT A FLORENCE (An. 1267)
commande, elles eurent partout leur écho, sauf à Pise
et à Sienne. Toutes les autres villes, en douze jours,
avaient expulsé leurs gibelins, fait ligue entre elles, con-
féré au roi la dignité de potestat, Charles en était investi
d'abord jusqu'au i" janvier suivant, puis pour six années
consécutives, à partir du l**" janvier 1268 \ Les communes
liguées s^engageaient à l'aider ainsi que ses délégués, ou,
si elles ne pouvaient mieux faire, à l'avertir du péril.
Elles promettaient de traiter les gibelins en ennemis, sauf
ceux qui auraient fait serment d'obéissance au pape, au
roi, à ses vicaires, à la commune de Florence, de ne
recevoir ni lettres ni ambassades de Conradin, ou de les
remettre et dénoncer au vicaire royal, enfin de ne recon-
naître empereur que l'élu du souverain pontife \
Il avait donc suffi d'une apparition du vainqueur de
Manfred pour « déprimer beaucoup la puissance gibe-
line' ». Les villes, écrivait Clément IV, ne se gouvernent
plus que par lui *. Un plus long séjour en Toscane n'était
pas nécessaire, quand d'autres soins l'appelaient ailleurs.
On rapporte qu'avant de quitter Florence, il s'y rendit
' « Àssumscrunl eumdem in Potestatem usque ad Kal. Januarii et inde
ad sex annos. Idemque Pistorium faciet. » (Ibid.) « Potestariam Florentiae
et quarumdam aliarum terrarum in Tuscia usque ad Kal. Jan. et inde usque
ad sei annos recepit. » (Clem. IV ep. cccclxii. Viterbe, 40 mai 1267.
Thes.f H, 465.) — < Etiarn Florenlini, Lucani, Pistorienses et quœdaro alia
.oca celebria eamdem Potestatem.... elegerunt. » (Fp. gccclxu. Viterbe,
â3 mai 1267. Thés., Il, 472.) Villani (VU, 15) dit pour dix ans, mais il
confond cette charge avec celle de vicaire im|)érial, qui fut, selon M. del
Giudice (Cpd. dipl. del regno, t. I, part. I, p. 29, note 3), donnée à
Charles par le pape pour dix ans. Les lettres 625 et 626 de Clément IV ne
fixent point la durée de cette charge.
* Voy. le doc. dans Lami, Memorab. Ecoles, flor., t. I, p. 496 «q., De-
lixie, t. VIII. p. 215-217, et le résumé dans Bonaïni (loc. cU).
* n Et jam multum depressa est potentia gibellina. » (Clem. IV
ep. cccGLxii, p. 465.)
* a Pereumhodiegubernanlur. » (Clem. IV ep. ccccuxi, p. 472.)
(An. 1267) ET PACIFICATEUR DE LA TOSCA^E. 145
populaire par une visite au peintre Cimabue, qui peignait
alors cette fière et dure Madone, appendue encore aujour-
d'hui aux murailles de Santa Maria Novella ^ Le 23 mai,
Charles était à Viterbe auprès du pape. Il lui venait de-
mander le titre de capitaine de la Toscane durant la
vacance de l'empire, et celui, plus passager mais plus
noble, depaciarim ou pacificateur généraP, les seuls que
le défiant pontife lui voulût accorder. Plus connu et mieux
défini, le titre de vicaire impérial, qu'il désirait, lui eût
donné trop de puissance, l'eût surtout trop rapproché de
cette couronne des Césars que le sàint-siége entendait
séparer pour toujours de la couronne de Sicile. A la date
du 4 juin, le a pacificateur » prétait serment entre les
mains du pape de ne pas conserver cette charge plus de
trois ans% et même de la déposer auparavant, comme
d'abandonner, dans le délai d'un mois, toutes les places
fortes de la Toscane \ si le siège apostolique venait à
consacrer un empereur ou approuvait l'élection d'un
roi des Roms^ns. La peine, en cas de désobéissance, était
l'excommunication et l'interdit*. Mais dans les limites où
» Voy. Sainl-Priest, II, 296, 297.
^ < Rex Sicilise nobiscum est Viterbii, quein vacante imperio capitaneum
Tuscûe proponimus constituere. » (Glem. IV ep. gcgclxxi. Viterbe «
25 mai 1267. Tha., II» 472.) M. de Saint-Prtest (U, 295) met ce séjour k
Viterbe avant le voyage en Toscane. Les dates des lettres pontificales indi-
quées ci-dessus sont probantes à cet égard.
' c £a te lege volumus tantummodo usque ad tricnnium oblincre. »
(Brève Clem. IV, A juin 1267, ap. Lûnig, Cad. dipL itaL, 1, 1074, et St-
Priest, II, 294-295.) — L'acceptation de cette charge par Charles est con-
tenue dans une lettre de lui à la même date (Voy. Ann. éccl., 1267. —
Rousset, Suppl. à Duinout, Corps dipL du droit des gens, II, part. I,
p. 125, et Cod. dipL del regno, t. II, part. I, p. 45).
^ tf Novo Régi Romano ab sede apostolica confirmato oinnes Tusci^e arces
a se restitutiim iri. • (Annal, eccles., 1267, § 6, XXII, 205.)
* «1 Qood si forsan imperatorem , tel Regem Romanorum a sede aposlo-»
116 HOSTILITÉS CONTRE LES GIBELINS. (An. 1367)
Clément IV renfermait ces pouvoirs nouveaux, il les
voulait erûcaces. Il donnait avis aux guelfes de se tenir à
la disposition du roi, et autorisait deux frères prêcheurs
à frapper d^anathème quiconque n'obéirait pas à ses
commandements ^ .
Ses commandements étaient de pousser la guerre avec
énergie. C'est ainsi qu'il entendait son rôle de pacitica-
teur. Tandis que Guy de Montfort, son vicaire général en
Toscane, dirigeait dans leur ensemble les affaires de ce
pays, Emile de Curbans, son vicaire particulier à Flo-
rence*, sortait de cette ville, dans le même mois de juin,
avec les milices de deux sestieri et les cavaliers français
mis à sa disposition , pour donner la châsse aux gibelins
établis dans le voisinage. Il conduisit l'expédition à la
mode italienne, l'épée dans une main, la torche dans
l'autre. Ceux qu'il traquait ainsi d'asile en asile se réfu-
gièrent dans le château de Sant' Ellero ou Ilario. Il les y
assiégea , les tua ou les fit prisonniers pour la plupart.
L'impitoyable rudesse des gens du nord ne fit grâce ni aux
femmes, ni aux enfants, ni aux vieillards, ni aux prêtres.
Tout périt par le glaive ou dans les tourments'*. Non
moins implacables étaient les guelfes dans leurs ven-
lica approbatum, infra praedictum tempus regnare contigerit, aut per sedem
eamdem prsediclum libi ofOcium interdici, tu amplius eodem officio ultra
mensem posl inlerdictum hujusmodi non utaris. El si contrarium feceris, eo
ipso personain tuum excommunicationis , terram Tero interdicti sententiis,
quas proptcr hoc ex nunc ferimus, decernimus subjacere. » (Brève
Clem. IV, etc., loc. cit.)
» Cherrier, III, 227.
* 11 le fut, selon Paolino (11, 29), durant 2 mois et 17 jours, du 14 avril
au 1*' juillet 1267. Il ne figure pas sur la liste des potestats au ms. des Of"
fidales forenseSt quoique cette charge et celle de Ticaire royal soient sou-
vent confondues.
> Chron. imp. et pontif., ms. de la Laurentiana, Cod. 5 et 7, Plut.
XXl, ap. Cberrier, lU, 228.
(Ah. 1267) CRUAUTÉS DE CHARLES D'ANJOU. 417
geances privées. Pour y échapper, on vit, à la prise de
Gressa, qui suivit celle de Sant' Ellero, un jeune homme
des Uberti , réfugié dans le clocher de l'église , se préci-
piter la tête en bas sur le sol , plutôt que de tomber aux
mains des Buondelmonti, ses ennemis traditionnels*.
Clément IV s'émut de ces horreurs. Tout d'abord il les
voulut excuser en rappelant celles de la faction adverse*,
en montrant la nécessité d'une répression vigoureuse,
pour rétablir la paix, « qui seule est un bien', » en frap-
pant d'excommunication quiconque résisterait*. Mais huit
jours plus tard , mieux informé sans doute , il écrivait à
Charles lui-même : « Nous t'invitons et exhortons h évi-
ter la cruauté dans tes actes et dans les actes des tiens, à
pourvoir au repos de la province, à rechercher la victoire
plutôt que la vengeance, l'amour plutôt que la crainte, en
observant toujours cette juste mesure de ne pas se trom-
per quand on inspire l'effroi, et de ne pas engendrer le
mépris quand on use de douceur*. »
Dépasser la juste mesure, c'était la tendance de tous,
en ce temps de rudes mœurs et de passions violentes.
Peut-être était-ce le seul moyen d'inspirer cette terreur
« Vniani, vil, 19. — Paolino, H, 29. — Ammirato, l. III, 1. 1, p. 137-
138.
* < Per quam (Tusciam), dum olim regereliir a perfidis, hostes ecclesi»
su» fuerant roborati, multi Bdeliuin bonis propriis spoliati, multi raacerati
carceribus, inulli in exsilium dati, raulti more bidentium capsi gladiis, multi
membris aliquibus mulilati. » (Clem. IV ep dxii. Viterbe , 28 juil-
let 1267. The$., II. 512.)
' < Attente considerans.... quod jnxta sanctorum sentcntias pax tantum
est booum , ut per suum licile quaeratur contrarium..., subegit aliquos
manu valida et nonnuUos obsidione vallerit. » (Ibid,)
^ « In omnes qui in dictis Tusciaî finibus ei seu genti su» se opposuerint,
fel opponentibus consilium opemve praistiterint, excommunicationis senten-
tiam promulgamus. » (!bid.)
» Clem. IV ep. dxvii. Viterbe, \ aoiit 1267. The»., II, 515.
118 SIENNE RÉSISTE AUX GUELFES. (An. 1267)
qui provoquait les soumissions. Trop souvent la clémence
était réputée faiblesse. On ne passait pour fort que si Ton
abusait de la force. Plus humains, Charles d'Anjou et ses
lieutenants n'eussent pas atteint sitôt le but. Leur rudesse
ne laissait de choix aux gibelins qu'entre la soumission
ou l'exil. Hors de Toscane comme en Toscane, à Viterbe,
Orvielo, Gênes, Vérone, comme à Lucques, Pistoia, Vol-
terre, Colle, San Gemignano, ceux-là seuls levaient la
tête qui méritaient l'appui du roi en lui prodiguant les
hommes et l'argent. L'une après l'autre, toutes les villes
de Toscane s'accordaient à faire la taglia avec les Floren-
tins*. Pise et Sienne donnaient seules l'exemple d'une
résistance obstinée, d'une fermeté inébranlable dans leur
foi gibeline. 11 les fallait donc réduire, car aux deux
extrémités de la province elles étaient puissantes. La sé-
curité des guelfes était à ce prix.
Sienne , si redoutée jadis , parut des deux la plus vul-
nérable. Les agitations de ses citoyens, les révoltes de ses
sujets l'avaient affaiblie. Bien loin étaient déjà les jours
glorieux de Montaperti. Nul dans cette hautaine citadelle
des gibelins ne pensait plus à empiéter sur les seigneurs
voisins, Visconti de Campiglia et Manenti de Chianciano,
ni même à châtier les communes rebelles, Grosseto et Ra-
polano, qui avaient ouvert leurs portes à l'ennemi. A ré-
tablir la paix dans Sienne devaient se borner les efforts
des magistrats. Une minorité faible de nombre, mais ren-
due forte par les circonstances , appelait de ses vœux les
triomphateurs du dehors*. Elle se composait non de
» Villani, vu, 19. Paolino, H, 29. Ammirato, 1267, l. IH, t. I, p. 158.
« Malavolli (pari. II, 1. II, f"» 33 r") ne sait pas si ces éfénements sont de
126G ou 1267. Mais il tombe sous le sens que dans la plus gibeline des
(ÂH. 1267) GUERRE CONTRE SIENNE. 419
guelfes, car il n'y en avait guère à Sienne, mais de bour-
geois ou populari^ que les intérêts sociaux de leur classe
armaient contre les grands. Sans confiance dans une ré-
forme faite à contre-cœur, elle mettait à mort ou jetait
dans l'exil les réformateurs et leurs principaux partisans,
impuissante, le lendemain comme la veille, à gouverner
la commune. '
En haine des prescripteurs, les proscrits s'étaient aus-
sitôt alliés aux guelfes* pour porter à leur patrie un
coup funeste, en lui enlevant Montepulciano, qui la cou-
vrait au sud, comme Poggibonzi au nord. Montepulciano
pris, la moitié des forces de Sienne se trouvaient détour-
nées de ce côté , et le siège de Poggibonzi devenait pos-
sible. Un moment on avait cru qu'il ne serait pas néces-
saire. Aux premiers jours de juillet, lé maréchal de
Charles, revenant de Sant' Ellero , avait dévasté le terri-
toire de Sienne, dans Tespoir, partagé par le pape*,
mais dénué de tout fondement, qu'il suffirait d'une dé-
monstration militaire pour amener à merci ces impéni-
tents Siennois, que Clément IV accusait c< de s'égarer au
labyrinthe de l'erreur, de mulliplicr les maux, de dé-
pouiller le clergé, d'opprimer les innocents, de s'affran-
chir de tout respect envers Dieu et les hommes'. »
ailles f ils ne purent être que la conséquence des succès remportés par les
guelfes au dehors.
* < In questi niiova seditione.... sebene non fu Ira' guelû e ghibellini,
ne interamente tra nobili e popularî, s*applicaren nondiineno quei che furon
cacciati di Siena, e s'uniron con altri fuorusciti délia parte guelfa. i (Mala-
volti, part. H, 1. II, t 53.) — Cf. Andréa Dei, R. I. S., t. XV, 35 ; Tom-
masi, etc.
• « Et quamvis Senenses habitent, missa tamen militia, procul dubiodo-
roabuntur. • (Clem. IV ep. cccclxxi. Viterbe, 23 inai 1267. Thés., 11,
472.)
' • Sane cum Senenses se nenilus nescientes in erroris deciderint lab »
120 PRISE DE POGGIBONZI PAR CHARLES D'ANJOU. (An. 1267)
Il fallait donc entreprendre des opérations plus sé-
rieuses. Elles commencèrent au milieu de juillet*. Pog-
gibonzi ne comptait pas, dit-on, moins de douze cents dé-
fenseurs, habitants de la forteresse, exilés de Florence,
Allemands de Sienne et de Pise, sous les ordres du cardi-
nal Ottaviano des Ubaldini*. Quoique privée de toutes
communications avec le dehors par les tours et les édifices
en bois des assiégeants, cette petite, mais forte place, leur
tenait tête avec une inébranlable confiance, montrant
ainsi, comme le remarque Sismondi, combien il était
heureux pour Charles d'Anjou que Manfred eût hasardé
une bataille, au lieu de l'arrêter à chaque château et de
l'épuiser par une suile de sièges*. De tous les points de
la Toscane arrivaient des renforts aux guelfes et aux
Français* ; néanmoins leur échec final était probable, et
par suite, pour le roi, la perte de lout prestige, de toute
autorité dans la province. Informé de l'état des choses,
Charles accourut du fond de la Pouille. Reçu le 15 août
à Florence avec les plus grands honneurs*, après huit
jours de re()os, il se rendit avec ses chevaliers au camp de-
rinthum, et toi nostris ingrati gratiis mala malis accumulant, clerum spo-
liant, opprimunt innocentes... Dati in sensum reprobum, ut videtur, Do«
mini et hominum reverentiam abjecerunt. b (Clem. lY ep. dxiii. Yiterbe,
30 juillet 1267. Thés,, II. 515.)
^ « Castrum Podii Bonizi in Tuscia ossedebat cum parte guelforum de Tus-
cia, moram ibi faciendo a medio julii. *{Chron. de rehus etc., p. 273.)
* Chron, de rébus in Italia gestis^ p. 273. Selon un autre contemporain,
Pise n*avait pas envoyé moins de 800 cavaliers {Minoritœ Floreniini gesia
Imperatorum, ap. Bôhmer, Fontes Rer. germ,, IV, 659.)
^ Sismondi, 11, 449, 450.
^ c In via circa locum fratrum minonim proximum castro exercitum col-
locavit , et illuc Florentinos pariter et Lucenses , Pistoienses et Pratenses
quantocius advocavit. » (Minoritœ flor.^ etc., ibid.)
* Villani (VII, 21) dit le \*' août ; mais Stefani, plus exact d'ordinaire
pour les dates, dit : t Bntrô in Pirenze il di di S. Maria meizagosto. • (II,
141.)
(Ah. 1267) IMPOSITION AUX VILLES GUELFES. 121
vant Poggibonzi. Il était plein d'espérance. Il croyait tous
les nobles toscans enfermés dans la forteresse, et il se flat-
tait, en les prenant d'un seul coup de filet, de régner
ensuite sans conteste sur tout le pays*. Mais impuissant
comme son maréchal , il ne put que négocier , au lieu de
combattre. Puisqu'il représentait la majesté impériale,
pourquoi , disaient les assiégés, guerroyait-il contre des
sujets dévoués de l'Empire? — Puisque je rne présente
au nom de l'Empire, répondait-il, pourquoi refusez-vous
de m'ouvrir vos portes? — Elles ne s'ouvrirent pourtant
que le 30 novembre •, faute de vivres et sons condition
que les personnes, que les biens mêmes seraient respec-
tés '. Maître de Poggibonzi, le roi y demeura quinze jours.
Il ordonna d'y construire, pour ses Français, une nouvelle
forteresse aux frais des villes guelfes de Toscane. Flo-
rence dut donner 1992 livres, Pisloia 564, Arezzo 540,
les guelfes de Sienne, qui formaient dans l'exil une
« université , » 264 ; Prato , Volterre , San Gemignano
chacune 216, Borgo San Sepolcro 168, Colle 120, Cor-
tone 72, Monlepulciano 36, Castro 24 \ Celte contribu-
tion, où l'on voit l'importance proportionnelle des villes,
paraissait d'autant plus vcxatoire, que la forteresse ne fut
pas continuée* et que l'argent ne fut pas rendu. Clé-
* « Obsidione fîrmala, quomodo in rastro omncs nobilcs ghibellinos de
Tuscia incliisisset.... Gredens castnim Telocius capiendum et per conse-
quens facile seposse tolius Tiiscic oblinere dominium. » (Minoritœ^ etc.,
ibid.)
* Selon le Chron, de rébus, etc., à la saint André, 30 novembre (p. 273).
Selon Simone délia Tosa le i*' décembre. Viliani dit à la mi-décembre,
Ammirato dans les premiers jours de Tannée.
' c Salvo Castro pariteret persouis. » {Minoritœf etc., ibid.)
^ Lettre de Charles confiant à Nicolas de Barrau et à Mercader de Grasse
le soin d'exiger la taxe (Lucqucs, ii février 1268. Cod. dipL del regno,
t. Il, part.l, p. 115-H8).
» Viliani, VU, 21. Chron, de rebuê, etc., p. 275-274. — Maran-
122 HOSTILITÉS SUR LE LITTORAL. (An. 1268)
ment lY en excusait à sa manière Charles d'Anjou : « Il
est pauvre, écrivait le pontife, et il dépense sans comp-
ter*. »
Contre Pise, la tactique fut la même : ravager le ter-
ritoire sans s'attaquer à la ville. On était en janvier
(1268) ; mais des gens du nord trouvaient cléments les
frimats de l'Italie et n'avaient pas aux campagnes d'hi-
ver la même répugnance que les Italiens. D'ailleurs, il
fallait en finir; il fallait châtier Pise d'avoir, par ses di-
versions et ses secours , prolongé la résistance de Poggi-
bonzi. Charles dévasta le littoral, la vallée de TEra. Par
la force ou la ruse, il eut raison de divers châteaux. Les
tours qui défendaient l'entrée de rorto-Pisano furent dé-
truites et jetées à la mer*, afin que les navires pisans
perdissent leur plus sûr refuge contre les navires siciliens.
La disette, pourtant, conseillait d'abréger. Si la rapine
avait conduit en abondance des bestiaux au camp, on y
manquait de pain : pour un pain, on donnait un mou-
ton ; pour sept, un bœuf*. Mais le roi s'obstinait. En
février, il metlait le siège devant Motrone, château qui
incommodait les Lucquois. On rapporte que n'espérant
point prendre d'assaut de si fortes murailles, il en fil
gone, R. I. s., Suppl., I, 540. - Ammirato, 1. III, 1. 1, p. 138-UO.
' < Regem Siciliaî paupcrem esse noveris et inordinate consumere
bona sua. » (Clem. IV ep. cccclxxi. Viterbe, 25 décembre 1207. Thés., Il,
472.)
* Eoruin portum succcndit, lurrcs cverlil et in mare projccil {Monachi
Patavini Chron. R. I. S., t. VIII, 727). — Disfè le lorri del Porto (Villani,
VU, 22). — Cf. Clem. IV ep. dlxxxii, Viterbe, 14 janvier 1208. Thés.
U, 502. — Slefani, JI, 142. Breviar. hisL Pis. R. I. S., t. VI, 198. Mi-
noritœ, etc., ap. Bôhmer, Fontesy elc,, IV, 059.
^ Et cum csset in excrcitu panis penuria, tamen tanta carnium abun-
dantia ibi erat ut unus aries pro uno pane darelur et bos unus pro septem
panibus traderelur ( Jf/iionVo», etc., ibid.).
\
(An. 1268) GUERRE DES TROVATORI. 123
déchausser une petite partie, remettant de nuit, dans les
excavations, les pierres enlevées de jour, pour les enlever
de nouveau ostensiblement le lendemain ^ Réduits par la
famine ou persuadés que leurs remparts allaient s'écrou-
ler devant eux, les assiégés se rendirent le 2 mars, comme
avait fait Poggibonzi ••
Pas plus que Sienne , Pise n'était pour si peu en dan-
ger. Mais elle eut moins de hautaine fermeté que son al-
liée. Si elle continuait d'appeler Conradin , elle feignait
la soumission, elle négociait pour gagner du temps \ La
venue du jeune prince semblait désormais prochaine.
Grâce à Charles d'Anjou , les guelfes n'en étaient point
intimidés; quant aux gibelins, ils en concevaient les
plus vives espérances. En attendant l'heure des combats
décisifs, on s'y préparait de part et d'autre par des excès
et des bravades. Sentences de conGscation et d'exil, ana-
thèmes ecclésiastiques, chants de guerre et de défi se
croisaient, se répondaient sans relâche. Chaque parti
avait ses Tyrtées, ses trovatori^ qui vouaient invariable-
ment leurs ennemis à l'extermination :
« N'espérez pas, ô gibelins, écrivait un guelfe toscan, n'espé-
rez pas secours de réiection faite en Allemagne^. Ami, tiens pour
' Les auteurs attribuent ce stratagème au vicaire de Charles et ne disent
pas que ce prince fût présent au siège; mais toutes ses lettres du 19 féTrier
au 2 mars sont datées du camp devant Motrone : In castri* in obsidione
Motronis, Voy. Cod. dipl. del regno, t. Il, part. I, p. 122-152.
« ViUani, VII, 22. Ammirato, 1268, 1. Hî, 1. 1, p. 140. Ptol. Luc. Brev.
Ann„ R. I. S., t. XI, 1285-86. Clem. lY ep. dcviii, 2 mars 1268. Thés.
H, 577. — Yoy. pour la date la note précédente.
^ On trouve trace de né<iociations pou sincères de leur part dans une
lettre du pape (Thés. II, 567) et une de Charles (Cod. dipl. del rcgno, t. II,
part. I, p. 105 note).
^ Celle d'AIphoQi^ de Caslille, parent de Conradin, qui était pelit-fils de
Constance, femme do Frédéric II, fille de Ferdinand III, sœur d*Al-
124 GUERRE DES TROVATOR! (Ah. 1268)
certain que je te verrai arriver à ta perte, ainsi que ceux qui
sont avec loi. Tu te trompes, sois en sûr; toute la campagne
appartiendra h IT.mpire*.
« On ne craint point la dent de Tagneau*, car sa morsure n*est
pas dangereuse; mais vous trouverez pire qu'un ours ou qu'un
lion celui qui vous mordra, de telle sorte que votre sang ne
pourra s'étancher. S'il faut que Charles vous ronge Téchine, on
entendra > os cris plus loin qu*en Espagne. Certes, pourTEmpire,
ce sera un jeu d'écraser ses ennemis.
« Troupe insensée, pour qui faites-vous des réjouissances? Ne
savez-vous donc pas en quelle monnaie Charles paye et avec
quelle promptitude il extermine quiconque s'oppose à lui? Ami,
lie ceci à ton doigt : nos gens désirent ardemment en venir aux
mains, mais ils ne verront des vôtres que les épaules.
a Le temps me durera mille années jusqu'à ce que nous vous
rencontrions sur un champ de bataille. Vous y recevrez, 6 gibe-
lins, un si rude échec, que jamais vous ne vous en relèverez. La
journée sera à nous. Ceux qui nous ont fait du mal seront payés
au double'. »
Albizzo Pellavillani, trovatore gibelin, répond avec
une égale assurance :
(( Quelque habile que puisse être l'homme que le sort aban-
donne, son cœur sera en proie aux chagrins. Charles a été long-
temps heureux à nos dépens. Mais aujourd'hui la fortune se
tourne contre lui ; elle l'accablera. L'auteur de nos peines est
tombé en démence, s'il croit nous résister, car il aura bientôt la
mort pour compagne.
phonse X. Yoy. Farbre généalogique dans Malavolti, part. Il, 1. 2 ,
!• 36 f.
* L^empire, c'est ici Charles d'Anjou délégué ou vicaire en sa qualité de
paciarius.
* Surnom donné à Conradin par les gibelins et repris ironiquement par
les guelfes.
' Trad. de M. de Cherrier (Ilf, 228) qui public Si Tappeudice ce petit
poëme (p. 517) qu*il a découvert à la Bibl. du Vatican et que lui ont ex-
plique des lettrés italiens. Nous croyons devoir le reproduire, ne fût-ce qu'à
cause de la langue priroitife. Yoy. à Tappendice.
(Âii. 1268) GUELFES ET GIBELINS. 125
t Celui qui fut dit agneau fera couler eu abondance le sang
de quiconque il aura mordu. Le glaive devient sanglant quand
Tagneau en frappe ses ennemis. Aucun pouvoir ne prévaudra sur
le sien, parce que Dieu lui est favorable; nous sommes certains
que l'Espagne en tressaillera de joie. Le juste triomphera, et
l'Empire, qui l'a afiligé, sera abattu.
« Nos cœurs vont droit à cette fête, sans que nulle crainte
les en puisse détourner. Malheur à vousl Bientôt Tagneau appa-
raîtra sur le champ de bataille. Ce sera un coup de foudre qui
consommera voire ruine. Vous n'échapperez point à sa puissancCf
et il sera fait une capture pour vous doublement douloureuse,
car je vois Charles exposé à une cruelle mort^ »
Ces poëDfies ne sont pas les seuls où les sentiments
divers des factions trouvassent un vif écho'; mais nous
n'en citerons plus que quelques vers où il est question de
Florence. Le poëte, appelé Belindore dans un endroit du
manuscrit et Palamidesse dans un autre, est sans doute
un florentin et certainement un guelfe :
« Comme le nom que tu portes, écrit-il, remplit ton cœur
d'orgueil et que tu es forcé d'attendre une grande guerre pour
satisfaire ton ambition, tu te flattes qu'un nouveau roi étranger
viendra au baptistère, avec une suite nombreuse de vassaux.
Hais lis une autre page de ton Psautier; ce nouveau roi, s'il n'a
pas perdu la raison, ne fera pas mi tel voyage, et aucun de ses
gens ne se présentera pour attaquer le champion de saint
Pierre.
t S'il parait néanmoins sur le champ de bataille, jamais il ne
goûtera de repos, lors môme que Dieu permettrait qu'il vainquit
Hontjoie. Charles est bien assuré que son épée ne lui fera pas
défaut, que Dieu lui donnera la victoire et qu'il accablera immé-
diatement quiconque oserait l'attaquer'. »
* Trad. du même, ibid,
' Yoy. Charrier, III, 518, 519, append.
> Ihid,, p. 519, append.
126 LE SÉNATEUR DE ROME GIBELIN. (An. 1268)
C'est l'usage, le rôle, et presque le devoir des belli-
gérants, avant la lutte, d'affecter la confiance, alors même
qu'ils ne l'éprouvent point. Mais le doute, l'inquiétude
sur l'issue finale s'imposait également aux deux partis.
Personne ne savait ce qui pouvait sortir des mystérieuses
profondeurs de rAllemagne, ce qu'il y avait de ressources
dans l'esprit du nouveau rôi de Sicile, et même d'énergie
dans son caractère. Don Enrique de Castille, escomptant
les futures victoires de Conradin, arborait ouvertement
la bannière gibeline, demandait de l'argent aux églises,
jetait les clercs en prison*, bravait « ce glaive spirituel
qui n'épargne, dit Clément IV, ni princes ni empereurs*, »
se faisait enfin élire pour cinq ans capitaine général des
gibelins de Toscane, avec un traitement annuel de dix
mille livres, sous condition de maintenir à sa solde deux
cents lances espagnoles ^ De Rome il menaçait le pape,
qui, dans sa résidence de Viterbe, distante à peine de vingt
lieues, pouvait être enlevé d'un coup de main. C'est pour-
quoi Clément IV, dès le 14 décembre 1267, avait rappelé
le roi de Sicile dans ses provinces napolitaines, pour dé-
tourner vers le midi l'attention du turbulent sénateur*,
et sous prétexte que la révolte se propageait partout dans
le royaume, en Sicile, en Fouille, aux Abruzzes. On a vu
' Spoliantur ccclesiac, rapiuntur deposita, maie tractantur clcrici, carceri
mancipantur (Glem. IV ep. dcixxv. Viterbe, 3 mai 1268. Thés, II, 592).
Cr.Sabas Malaspina, 1. III, c. 20. R. I. S., t. VIII, 836.
' Spiritualcin gladium exeremus qui nec imperatoribus nec principibus
aliis parcere consueTÎt (Clom. IV ep. dlxxii. Viterbe» 28 décembre 1267.
Thés. II, 556).
5 !•' décembre 1267. Arch. di Stato, n" 871, 872, 875. CiUtion de
Cherrier, lïl, 258.
^ In omnem casum tibi credimus expedire quod relicta ad prsesens Tus-
cia... ad regni lui visitationem accédas (Glem. IV ep. dlxvi. Viterbe, 14
décembre 1267. Thés. II, 547).
(ÀH. 1268) CONRÂDIN EN LOMBARDIE. 121
que Charles, jugeant le danger peu grave, ne s'était
pas pressé d'obéir, puisque, aux premiers jours de mars,
il poursuivait encore sa campagne contre Pise.
. Qu'il eût sur Tltaliedu centre, et même sur l'Italie
du nord, de secrets desseins, des convoitises personnelles,
on pouvait le croire et Clément IV le croyait. De là, chez
le pape et chez le roi une manière tout opposée d'envi-
sager les mêmes événements. Depuis le mois d'octobre
1267, Conradin était à Vérone, où Maslino délia Scala,
seigneur de cette ville, Tavait reçu avec respect*. Clément
IV afleclait de le montrer peu redoutable, et Charles
d'Anjou de le redouter extrêmement. Suivant le pontife,
si la question entre d l'aigle et la fleur » devait être
résolue sur le champ de bataille % la partie n'y pouvait
être égale. Conradin n'était qu'un « sot enfant, traînant
sa vie dans la douleur et la misère, déserté de sa famille
et de tous, sauf d'un noble qui se disait duc d'Autriche,
quoiqu'il ne possédât pas la place de son pied dans le
duché', un adolescent insensé, qui n'avait avec lui qu'un
* Une lettre de lui, datée de Bolznno, près de Vérone, 4 octobre 1267,
annonce ^ la commune de Pavie qu*il est arrivé en Italie pour combattre
son omeroi (Voy. Chron. de rebusy etc., p. 274, et Cod, dipl. del regno,
t. U, part. I, p. 89. Villani (Vil, 23) dit donc à tort qu^il arriva en fé-
Trier 1268.
' L'aigla, la flors a dreitzt^nt comunaU
Que no i val leia ne i ten dan décrétais,
Porque iran el camp lo plaît contendre,
E lai cr sors qui meills sabra défendre.
(Aie iris dcl Fossat, ap. Raynouard, Choix de poésies, etc. IV, 230).
' Conatus fatuos adolescentis stolidi Gorradini (Glem. IV ep. dcvi. Viterbe,
27 février 1268. Thés. 11, 576). Indolore et angustia transit vitam suam,
desertus ab avunculo duce Bavari» et a Vitrico comité Triburiensi, dimis-
sus cuidam nobili qui ducem Austriae se appellat licet nec passum pedis
teneat in ducatu quem in solidum possidet filius noster in Christo carissi-
mus Bohemi» rex illustris ( Glem. IV ep. dcviu. Viterbe, 2 mars 1268,
p. 577).
128 CONFIANCE DES GUELFES. (An. 1368)
petit nombre d'hommes pauvres et mal équipés, qui ne
pouvait avancer, parce qu'il n'osait, ni reculer, parce
que la voie lui était fermée^ qui sommeillait dans la dé-
tresse à Pavie, et qu'arrêteraient une poignée de cavaliers,
car les châteaux de la route étaient déjà aux mains du
roi*. »
Tout n'était pas inexact dans ces assertions et ces pein-
tures : la plupart des chevaliers d'Allemagne venaient
d'abandonner le jeune roi qui les avait amenés' ; la con-
viction de tous, comme celle du pape, était qu'un simple
prétendant \ qui venait sans diplôme et sans titre disputer
rilalieà un rival pourvu de titres sacrés*, ne menaçait
pas sérieusement sa puissance. Mais qu'il en fût ainsi,
c'est à la politique, à la désobéissance du roi que l'Italie
et le saint-siége en étaient redevables. C'est malgré le
saint-siége que Charles s'était emparé de ces châteaux de
la route qui étaient le meilleur motif que pût avoir Clé-
*■ Corradinum noveris Papise cum gente non magna nec bene instructa
multaque pauperlate deprehensa ; nec potest procedere quum non audeat,
nec relrocedere, quum fia sibi non pateat (Clem. lY ep. dcvui. Vilerbe,
â mars 1268. Thés. II, 576, 577). — Conradin était parti de Vérone le
17 janvier avec 3000 cavaliers de toute nation, Allemands, Apuliens,
Toscans, clc. (Annales PlacenUni gibellini, ap, Pertz, XYIU, 534). Cet
ouvrage n*est qu'une édition avec variantes dn Chron. de rébus, etc.
' Corradinus Papix somniat egestate depressus et gentcm habens mo-
dicam, vilem eiiam nec armis instnictam, quem, si venire vellet, parva
satis impediret mililia, cum castra in via posita in manu regia jam sint
data (Gem. lY ep. dcxiv. Yiterbe, 16 mars 1268. Thés. Il, 581).
s Selon Yilluni (YIl, 25), il avait à sa suite 10,000 cavaliers, 3,000 ou
3,500 lui restèrent seuls fidèles. Les autres retournèrent en Allemagne.
^ Conradus.., cum Karolore^e certando pro regno Sicilia quod alter pos-
sidebat datum ab Ëcclesia, alter petebat ut juris aviti et patemi (Rkobaldi
Ferrariensiscompil. Chron. R. I. S., t. IX, 250).
* . Car Cooratz ven qu'es moguU d'Alamagna,
E' vol robrar set libel dat ni près,
So qu'a conquis Caries sobr' els Poillea.
;Aicarl« dei Fossat, loc, oU.)
(Ah. liG8) l'HÉCAUTlONS DK CHARLES D'ANJOU. 129
ment IV de ne plus craindre Tenvaliisseur. Justement
inquiet de voir, dès le 18 novembre, le peuple romain se
conl'édérer aux communes de Pise, de Sienne et autres
villes gibelines de la Toscane*, et dès l'arrivée de Gonra-
din, la fameuse ligue lombarde ne lui opposer que la plus
molle résistance', il avait jugé nécessaire de lui disputer
le passage de TApennin. C'est pourquoi, avec quelque ar-
rière-pensée peut-être, il s'était fait remettre par Alberto
et Jacopo des I ieschi, comtes de Lavagna, l'importante
forteresse de Pontremoli, située au cœur des montagnes,
près des sources de la Magra. Puis, il la leur avait rendue
à titre de iief, non sans y établir quatre cents hommes
français, pour commander ainsi le passage de la vallée du
Pô en Toscane'. Il gagnait à sa cause les marquis xMala-
spina et voulait occuper le pays de Luni\ Il songeait même
à se transporter en Lombardie, à y prendre le comman-
* Document des arch. de Florence, n** 870 ap. Saint-Priest, lY, 2Ai,
Gregorovius, GeschiclUe der Stcult Rom^ V, 415, et Cod. dipL del regno,
t. il, pari. I, p. 95.
* Meinine sihi obviante, neque contradicenle (ibid.). Cf. Mon, Patav»
R. 1. S., t. YIU, 7î28. Memoriale poUst. Regiens, R. I. S., l. VIU, 1127.
^ Son dessein de s* assurer les passages qui faisaient communiquer Luc-
ques avec la Lombardie, résulte d'une lettre qu'il adresse à Guillaume L'Ës-
tendart, sénéchal de Provence et son lieutenant en Lombardie, ^et qui est
publiée dans le Chron. de Rébus, etc., p. 277, et dans le Cod. dipl, del
regnOy t. 11, part. I, p. 104-107.
* Facto paclo cum Ysnardo Malaspina et comilibus de Fisco qui lenebant
PjntremuUmn, dederunt sibi fortiamPontremulli, et dimissi8 400 militibus
in Pontremulo et Sarzanu et Lunensi, cum suo exercitu mtravit Lucam, vo-
lons et preparans se ire ad do.imum papam (Chron, de rebusj etc., p. 270).
Et liabet Marchiones Maluispiuie et Ponlremulum (Clcin. lY ep. ocviu. Vi-
terbe, 2 mars 1208. Thés. 11, 577). Le 5 mars il était à Pietrasanta et y
restait jusqu'au 0. Par une lettre à cetlc dernière date, il donnait commis-
sion à quelques-uns de ses ûdèles de recevoir le serment de fidélité des deux
Fiescbi pour le iief qu'il leur concédait, sans tenir compte de la concession
faite aux mêmes par le marquis Pelavicino après Rénévent. (Cod. dipl, del
regnoj t. 11, p. 1, p. 155. 0 mars 1208.)
UtdT. DE FLOKIÙMCK. — U. U
130 ËX1>ÉDIENTS FINANCIERS (An. i268)
dément des guelfes, honteux enfin de leur apparente
connivence avec rennemi. Il comptait arrêter Conradin
au passage des rivières ou peut-être l'assiéger dans Pavie
et terminer la guerre d'un seul coup.
Clément IV craignait sa victoire autant que sa défaite,
impuissant à le détourner de la guerre offensive, il se
flattait de le voir arrêté par d'autres obstacles, « Le man-
que d'argent, écrivait-il, y fera plus que mes sages cx-
hortations^ » En effet, c^est aux expédients financiers que
le rival de Conradin consumait le temps des expéditions
militaires. Le détail en est curieux et touche à l'histoire
de Florence. Pour quinze mille livres il vendait Motrone
aux Lucquois, pour vingt mille Poggibonzi aux Florentins.
Les Florentins faisaient un marché de dupes', car au
premier bruit de la venue de Conradin, ils devaient voir
arborer sa bannière sur les remparts de la place vendue'.
Le 13 février, des marchands de Florence comptaient au
roi six mille livres, remboursables sur la dîme des biens
ecclésiastiques en France, sur tous les revenus de son
royaume et du comté d'Anjou*. Le 16, il recevait de
* Rex noster hactenus revocari non potuit a nobis requisitus, a Loui-
hardis revocatus ut Papiam obsideal, quod ei quantum poluimus dissuasi-
mus, et credimus quod plus eos rctrahet defeclus sumtuum quam nos-
tra dissuasio, quamvis sana (Clcm. IV ep. dcviii. Vitcrbe, 2 mars 1208.
Thés. II, 577).
* Nec illud habucrunt (Citron, de rébus, etc , p. 279).
* Annal. Placent. Gibellini, ap. Pcrlz, XVllI, 52*). Cette chronique dit
même : à peine Charles parli ; mais il est clair que des nouvelles de Conra-
din pouvaient seules inspirer cette audace à des vaincus.
* A Garnero,,Garencio, Reslaino et burgensi Meliorati, fratribus merca-
toribus llorentinis, quingentas lihrns bonorum et legalium turonensium
mutuo noniine nostre camere accepisse et habuisse... nos et heredes nos-
tros ac predictam cameram et spccialiler decimam ecclesiasticorum pro-
veutuum nobis in regno Francie ab apostolica sede concessam, aC pro-
ventus comitatus nostri Andegavie, iisdem mercatoribus propter hoc obli-
gantes (Cod, dipl. delreyno, t. II, part. I, p. 122, note i).
(An. 1268) D£ CHARLES D'ANJOU. 131
Lucques la même somme, et, le 22, cinq cents autres
livres, aux mêmes conditions*. Le 24, il envoyait à Flo-
rence, et le 9 mars à Pralo, Egidio des Forcari « docteur
des docteurs ',» chargé d'exiger « le reste des sommes
tant empruntées que données à la chambre royale et la
solde des cinq cenls cavaliers de la tagtia^^ » de fixer un
terme extrême, et d'infliger un châtiment, si ce terme était
dépassé *. Florence s'exécutait. Le 27 mars, elle comp-
tait à Frère Arnulphe, de l'ordre du Temple, familier et
trésorier du roi, cinq mille huit cent dix livres, pour la
paye, pendant deux mois, des cent soixante-six cavaliers
qui étaient son contingent sur les cinq cents de la laglia\
Englouti presque aussitôt que perçu, tout cet argent dispa-
raissait comme dans le tonneau des Danaïdes. 11 fallait
recommencer sans relâche, engager à Niccolô Orlandini,
marchand de Sienne, pour mille quarante onces d'or paya-
bles en deux mois, la couronne royale, garnie de pierres
« Cod, dipU del regno, ibid., p. 120, 122, n** 30, 32.
* Doctori doctorum (Ibid.j p. 124, n"" 33).
' Omnia residua qiiarunicunquo pecuniarum tam mutuatarum quain do-
natanim camere nostre, nec non pecuniarum que comune ipsum de tallia
500 militum pro stipeudiis ipsorum contingit exigas et rccipias vice nostra
{Ibid,).
* Prefixurus eidem comuni brève et peremptorium lerininum ad solu-
tiones hujusinodi faciendas, ac appositurus in bac parle penam quam vidc-
ris expedire (Ibid,)
s Fralri Arnulpho c de ordine Templi farailiarem el thesauriaruin nos-
ti'uiii,..< quinque iiiillia oclingentas cl deccm libras pisanorum parvoiurii
pro paga cenlum sexaginta sex militum de duobus mensibus videliccl fc-
iiruario nuper preterito et tolo présente marlio (27 man:. Capiloli xxxv,
f* 18 r*. Cod. dipl. del reyno, t. H, p. 1, p. 124). Pisloia payait au même,
Je 18 mars, 3,150 livres pour la solde de son conliiigcnt de 45 cavaliers
(Ibid.). Les quittances du maréchal de Charles abondent au registre des
CapitoU : t. XXIX, 1^*354 v% 355 r* v% 17 juillet, 15 octobre, 12 dé-
cembre 1267, t. XXXY, f* 17 r« v% 17 février, 14 mars 1268. Dans le
Cod. dipl. deiregno, t. Il, part. 1, p. 122, 136, divers engagements à di-
verses dates.
152 CUAULES D'ANJOU FORCÉ PAR LE PAPE (Ah. 126^)
précieuses*, celle peut-être de Frédéric II, que le traître
Malecta avait livrée à son nouveau maître*. Il fallait em-
prunter à un autre marchand la modiquesomme de quatre-
vingt-neuf onces *• Grâce à une gestion financière sans
prévoyance et sans ordre, c'est à peine si Charles suffisait
à payer l'arriéré de leurs gages aux commandants des
forteresses, aux justiciers du royaume, et à gratifier des
bourgeois, florentins et autres, qu'il faisait chevaliers et
décorait du ceinturon militaire, en vue de se les conci-
lier *.
Se tenir à la source du Pactole, et en faire couler des
flots d'or, par la crainte ou par Tappâtd'un gros intérêt,
comme d'un remboursement prochain, n'était pas le
moindre des motifs qui retenaient Charles d'Anjou en
Toscane. 11 y consacrait le reste de son temps à mettre
le pays en état de défense, à ravitailler les forteresses de
la ligue, à prendre mille mesures pour retarder la mar-
che de l'ennemi. Il espérait lasser le pape, obtenir qu'il
n'exigeât plus un prochain départ. Une dernière lettre
dissipa péniblement cette politique illusion :
* Usque ad duos ineiises ex tune apud sedein apostolicam diclis merca-
turibus per^olvendas, ac propter hoc prediclis mercaloribus quandam co-
ronain nostram de auro ornatam lapidibus pretiosis obligarunt {Cod. dipl.
delregno, t. II, part. 1, p. 212, 215). Cette même couronne fut encore
engagée avec quelques vases d'argent pesant 160 marcs, en 1^^72, à 6i-
rardini, marcLiaad de Pistoia, pour' prêt de 1,108 onces d'or (Ibid.f
p. 215).
* El die quinlo intrante martio (1206) cornes cammerlingus dédit dicto
régi Caroio qualuor coronas aureas, inter quas erat una quondam Fride-
rici imp. quae inestiinablis erat [Chron. Parmerue, R. I. 8., t. IX, 781).
Noverilis Tetrum Furiuclla dileclum clericum et faaiiliarem nostrum
a Felro Trincofolia de Juvenatio iideli uoslro nonaginta novem uncias vi-
ginli duos tarenos aiiri et dccem grana ad générale pondus regni nomine
nuslre camere mutuo récépissé (Cod, dipl, ibid., p. 137 note).
« 22 mars 1268. Reg, Caroli i, Arch. Neap., ^ 16, dipl. 1, 2, 5, ap.
Cherrier, 111, 246
(Aji. 1268) A SORTIR DE TOSCANE. 155
K Pourquoi Técririons-nous comme à un souverain, écrivait
au roi Clément lY, à toi qui semblés mépriser Ion royanme? Il
est sans cesse déchiré, comme un corps sans léte, par les Sarra-
sins et par des chrétiens perfides, épuisé par des voleurs. La
chenille dévore ce qu'a laissé la sauterelle. Les dévastateurs ne
manqueront pas, tant que manquera le défenseur. Si tn perds
tes États, ne va pas croire que TÉglise, pour te les rendre, re-
commencera ses travaux et ses dépenses. Tu pourras retourner
dans ton comté, et n'ayant plus d'un roi ((ue le titre, attendre
rissue des événements, un miracle de Dieu peut-être, si tu pré-
sumes assez de tes mérites pour te figurer qu'il est tenu de dé-
brouiller tes affaires, quand tu ne suis (jue tes dessoins, quand
tu préfères à l'avis des autres ce que tu appelles ta sagesse*. »
Fi'auierlume do. ce langage avertissait Charles qu'il de-
vait céder, s'il ne voulait rompre. Plein de douleur', il
laissa en Toscane son maréchal Jehan de Braiselve',
avec huit cents lances françaises , et arriva à Viterbe le
5 avril, jour du jeudi saint*. Il y reçut grand accueil.
* Sane si illud amillis, non crc<las quod Kcclesia laliores repotat et
expensas pro eo denuo acquirendo : ^A ad tuos redire poteris coniilatiis,
et regali contentus nomine. rerum oxituin exspecttrc, vel divininn forte mi-
raculum, si de tuis prirsumis mcritis, etc. (Viterbe, 28 mars 1268. Ann
«cc/.,1268, S3, t. XXILp. 253.)
* Knrolus dolore tactus videns non posse faccre qiiod optabat, neque
po.«se in Tuscia régi Conrado resislere. {Chron. de rebuSf etc.. p. 279.)
' Ce chevalier ne figure sur aucune liste des maréchaux de France. CVst
donc à tort que Saint-Priest (III, 92) lui donne cette qualité. Il ne fut maré-
chal que du royaume de Sicile. On donne à son nom des formes diverses, Bel-
selve, Béselve, firaiselva, Drasilda. La plus vraisemblable est celle de Brai-
selve ou Bresselve. Il est appelé Johannes de Braysilva dans le Cod. dipL
del regno, t. II, part. I, p. 125 note et ailleurs. Les recherches que
M. Léopold Pannier a bien voulu faire, sur ma demande, au cabinet des ti-
tres (Bibl. nat., Dépôt des mss), sont restées infructueuses, ce qui n*est pas
surprenant, vu Tancienneté. Mais même dans les temps ultérieurs , on ne
trouve aucune famille de ce nom ou d'un nom approchint.
^ Divers auteurs mettent le jeudi-saint au 29 mars. Mais Pâques, en 12G8,
tombait le 8 avril, comme on peut le voir nu calendrier perpétuel de VArt
de vérifier les dates, l. I. Cf. un doc. du 12 avril. II y est dit : « O'wrla fe-
ria ante festum pascalis hebdomrde rrgom lasti suscepimus , qui apud nos
154 CONRADIN EXGOMMUMÉ. (An. 1308)
Il s'y fil incontinenl payer son obéissance , en arra-
chant au pontife, contre leurs adversaires communs^
Texcommunication majeure qui les désarmait à moitié,
parce qu'elle entraînîiit la déchéance de Conradin, et pour
lui-mome ce tilre de vicaire impérial, objet de sa convoi-
tise \ Le jour de Pâques , 8 avril , à Viterbe , éclatait so-
lennellement Tanalhème contre le dernier rejeton de la
vieille souche souabe et contre ses fauteurs, nommément
Guido Novello, Galvano et Federico Lancia, les habitants
de Vérone, de Pavie, de Sienne, de Pise, et les gibelins
de la Marche d'Ancôn»^.'.
Mais à Pise, le jour même ou la veille, débarquait ino-
pinément Conradin. Des galères pisanes l'y avaient
amené avec cinq cents de ses chevaliers. Tout était con-
certé d^avance. Il avait reçu de Pavie douze mille onces
«l'or et de Pise dix-sept mille'. Vado, près de Savone,
ndliuc niornlur, regnutn suum proximc intraturus. » (Clem. lY ep. dcxx.
Vilerhc, 12 avril 1268. Thés., H, 5S/&.) Le \)i\)e compte sans doute ^ la
modo du calendrier romain, où la veille des calendes est dite le second jour
avant les calendes. — Le 2 avril , Charles était encore à Cortone , comme
le prouve un document de lui mentionné dans le Cod, dipl. del regno, t. H,
part. ï, p. lii, note 1.
* Ne officii commissi tenuitas noslrum possit propositum et tuum impedire
processum, nos qui fluctuantis imperii curam gerimus , te vicarium ipsius
niperii in dictis partibus constituimus generaîem. (Glem. IV ep. dcxxt.
15 février 12G8. Thei., Il, 587.) M. del Giudice [Cod, dipl, del regno,
t. 11, part. I, p. 188) veut que ce titre fi^t conféré pour dix ans. C'est pro-
bable, ce chiffre étant aussi celui qu'avait fixé le pape pour la charge de
sénateur, mais il n'est pas dans les lettres relatives à la charge de vicaire.
* Vov. le texte de l'anathème dans les Ann. ceci,, 1208, §§4-16, t. XXII,
p. 251.'
^ Gorradinus in die cxnie Domini in Pisanorum navigiis Pisas intravit,
quingentos, ut fcrlur, milites secum liabens. (Glem. IV ep. dcxx. Viterbe,
12 avril 12G8. Theè., 11, 584.) — Lbi iniravit die sabbati sancti. (Brev,
Pis. hist.f R. I. S., t. VI, 197.) — Die sabbati sancti qui fuit 7 menais Apri-
lis ciyitalem Pisarum intravit. (Cliron. de rébus, etc., p. 279.) — Le Mi-
norité florentin (loc. cil., p. 060) dit le i avril ; M. de Cherrier, le 3i
(Ah. 1368) CONRADIN A PISE. 155
était le point fixé pour rembarquement*. 11 y était arrivé,
en feignant une attaque contre l'abbaye de Morimont, à
travers les domaines de ses cousins, fils du marquis del
Carretto*. Le reste de l'armée avait ordre de s'avancer
par les voies de terre, dès que le jeune roi aurait pris à
revers la cavalerie de Charles, qui défendait le centre de
l'Italie.
Cette brusque apparition fut un coup de foudre pour
les guelfes. Clément IV en parut surpris plus encore
qu'alarmé. Il avait prédit que Conradin ne Irouverait pas
le passage libre pour donner la main aux Pisans*. Ses
lettres trahissent son anxiété :
« Où ira-l-il maintenant? Nous ne pouvons le savoir encore.
Quelques-uns disent qu'il viendra par mer à Rome, d'autiesqu'il
pénèlrera dnns le royaume, ou qu'il passera en Sicile, pour y
rejoindre ses adhérents. Mais Rome le recevrait-elle? Oserait-il
entrer avec si peu de suite dans les provinces au delà du Phare,
s'il ne peut compter sur une trahison dont nous n*avons aucun
indice? C*est en Sicile qu'il pourrait faire le plus de mal, à cause
de la légèreté du peuple; mais aussi c'est là qu'on pourrait le
prendre. Au reste, on quelque lieu qu'il aille, il aura le roi sur
les talons. *»
Charles, en effet, consentait enfin, le 30 avril', à quil-
mars, samedi saint. — Rien de mieux établi que celte date à un jour
près.
* Chron. de rébus, etc.. p. 278. Le marquis del Carretlo avait
épousé Catherine, fille naturelle de Frédéric II et sœur d'Ënzio (Cher-
rier, III, 250).
* Chron, de rébus, etc., p. 275.
^ Et sic Corradino non patct transitus ad Pisanos. (Glein. IV ep. dcviii.
Viterbe, 2 mars 1268. Thés., R. 577.)
* Quo autcm esinde idem Corradinus sit iturus, adhuc scire non possu-
mus.... Quocumque lamen ibit, regem liabebit ad talos. (Clem. IV ep. dcxx.
Viterbe, 12 avril 1268. Thés., II, 584.)
^ Exivit heri Vilerbio filius nosler in regnum dirigens iler suum.
(Clem. IV ep. dcxxx. Viterbe, 1'^ mai 1268. Thés., W, 589.)
156 CHARLES DANJOU DANS LE ROYAUME. (Ah. 1268)
1er Viterbe et à relonrner dons son royaume, pour y pré-
parer sa défense, pour « y couper les cornes aux su-
perbes* », pour y exterminer les Sarrasins révoltés de Ln-
cera % mais surtout pour complaire à Clément IV. A vrai
dire, il ne craignait guère les séditieux. Il les avait ré-
cemment terrifiés, en faisant transférer en lieu sûr, après
leur avoir tranché un pied et une main, les comtes Gior-
dano et Barlolommeo d'Anglano, Piero Asino des Uberli,
frère de Farinata et d'autres prisonniers, coupables
d'avoir voulu s'enfuir en tuant leurs gardiens'. Une fois
dans les provinces méridionales, Charles inspirait par ses
talents toute confiance au père des fidèles. « Ce jeune
homme, disait Clément IV, parlant de Conradin, c'est le
mouton que des méchanis mènent à la boucherie* ».
Conradin, pourtant, était bien conseillé. Peut-être
même avail-il l'instinct de la politique et de la guerre.
Son séjour au centre de l'Italie le rendait redoutable :
• Locution fréquente dans les lettres de Clément IV : c Per quem inimi-
corum cornua confringentur (ep. dcxiv, p. 581). Ad peccatorum cornua
confringenda. » (Ep. dcxlii, p. b98.)
• Ad Sarraccnorum Lucerise et aliorum perfidornm exterminium anima-
tus. (Clem. IV ep. dcxxx. Viterbe, !•' mai 1268. Thés,, II, 589.) — Lo
7 mai, Charles cinit à Aquila, le 12 à Ortonn, le 20 nu siège de Luceni
(Cod. dipl. del regno, t. Il, part. I. p. 140 note).
^ Qui Karolus ira inolus misit in Provinciam et fecit con^li Jordano et
coniili Bartholorneo, Peiro Asino de Florentia, Alipralo et aliisquos in car-
ceribus habcbat cuilihet ipsorum ampularc pedem et manuni, proptert*a
quod de carceribus evadere volebaut, interticiendo custodes eorum. Quibus
ita devaslatis adhuc ipsos detinet carceratos apud Asiara civitatem Provincie.
Erant eniui primo in Rocha Castrllanne. (Chron. de rebiu, etc., p. 275-
274.)
• 1). Clemens papa, dum apud Viterbium in calesia fralrum pnedicato-
rum in festo Penlecostes (27 mai) solenmiter celebrarct et praîdicaret , et
ego tune prior provincialis fratrum prasdicatorum Lombardi^.... praesens
essem , dixit publico , coram omnibus nobis : Ne (imeremus , quia scirous
quod istc juvcnis a nialis hominibus sicul ovis ducilur admorlcm. (Jacques
de Vorage, Chron., H. I. S., t. IX, 50.)
(An. 1268) PLAN DE CONRADÎN. 137
par terre OU par nier, il pouvait, à sa volonté, se porter
sur tous les poinis. A peine avait-on pose le pied en Tos-
cane, on y semblait prendre des forces. Le gros de ses
troupes Ty rejoignait bientôt par Sarzana et Lavenza, en
évitant Pontremoli *, et bien armées, habillées de neuf,
elles l'aidaient à tenir en échec les guelfes que découra-
geait Tabsence de Charles d'Anjou. Au moyen de conces-
sions territoriales et mercantiles, il s'assurait le concours
résolu des Pisans'^. Il chargeait Corrado Capece de sou-
lever la Sicile. Il pouvait, grâce à l'alliance de Sienne,
s'avancer à travers toute la Toscane, jusqu'aux frontières
napolilaines, d'oùCharlesaurait voulu surtout Técarter. 11
le coupait ainsi de ses communications avec les guelfc'ii tos-
cans et lombards, comme des secours qu'ils auraient pu
lui fournir. Tout danger n'avait pas disparu sans doule,
mais il semblait que la cause gibeline eût déjà triomphé
des principaux.
Conradin suivait un plan tracé d'avance. Le 15 juin,
au moment de quitter Pise*, il chargeait Federico F^ancia
d'accomplir une forte diversion , en se faisant porter par
trente galères pisanes et d'autres gros navires sur les côtes
du Royaume, avec cinq cents hommes de débarquement.
Lui-même, par la route de Sienne, il se metlnit en mar-
che sur Rome, pour opérer sa jonction avec le sénateur.
Il évitait les engagements sans conséquence , où la plus
brillante victoire l'eût affaibli. A Pontetetto, aux portes
« Chron. de rébus, etc., p. 279-280.
* Armatis omnibus et de novo vestilis. (Minorilœt etc., loc. ct7.,
p. 660.)
' On peut voir le détail de ces concessions dans Cherrier, III, 250.
* En partant de Pise, il avait délivré des privilèges où Guido Novello est
mentionné (publiés par Dal Borgo, Diplomi pisani, p. 201). Voy. pour la
date, Anonym. fragm. hist. pis., R. 1. S., t. Vï, 197.
158 LES FRANÇAIS ET LES FLORENTINS (An. 1268)
de Lacques, son armée rencontrait celle de Jehan de
Braiselve et de Goltifredo délia Torre , vicaire de Charles
et potestat de Florence ^ Un filet d'eau , la Guscianella ,
les séparait à peine. Personne ne le franchit. Le maréchal
avait ordre de temporiser en observant l'ennemi, et Con-
radin se ménageait*.
A Poggibonzi, sur son passage, les habitants lui offri-
rent les clés de leur rocca. A Sienne, il était reçu,
comme à Pise, avec des transports de joie '. Son des-
sein étant désormais manifeste, le maréchal de Brai-
selve, par inspiration personnelle ou par ordre , résolut
d'y faire obstacle, en lui coupant le chemin. Le 24
juin, il sortit de Florence, et s'achemina vers Arezzo,
par le val supérieur de l'Arno. Il comptait tourner
l'armée gibeline et occuper un de ces déûlés si faciles à
défendre qu'on rencontre sur la route de Sienne à Rome.
Les milices florentines l'accompagnaient. Dans leurs
rangs on voyait Nolto Salimbene, de celte grande famille
siennoise dont les trésors avaient litléralement équipé
les vainqueurs de Montaperli*. En arrivant à Montevarchi,
on apprit que l'ennemi infestait la contrée, et qu'une
embuscade était à craindre du côté d'Arezzo. Avec lapru-
* Entré en charge le 1* juillet 1267. Le !•' janvier suivant, Isnardo
Ugolino lui fut adjoint (Voy. la liste des premiers vicaires de Charles publiée
par Paolino, H, '29). Gottifredo figure sur la liste des potestats au ms. des
Officiâtes forenses.
* Villani, Vil, 23. — Ammirato, 1. lll, t. I,p. U\.
* Chron. de rébus, etc., 279-280.
^ Cela résulte d'une lettre de Charles en faveur de ce Notto, qu'il félicite
d'avoir biea combattu à Ponte a Valle : « Qualtter etiam et quam strenuc no-
bis videntibus et scientibus te gesseris in prelio inter nos et quondam Cor-
radinum commisse.... » (19 juillet 1268, au siège de Lucera.)D:ms un autre
acte, il est question de divers autres Siennois dévoués. Le 28 septembre
suivant, Notto recevait, en récompense, le vicariat des châteaux de San Qui-
rico et Orgia (Cod. dipl. del regno, t. H, part. I, p. 210, 211).
(Ah. 1268) BATTUS A PONTE A VALLE. 159
dence italienne, le chef florenlin refusait d'aller plus
avant ; mais avec la témérité française, Braiselve passa
outre, attiré par le danger comme le papillon par le feu,
et plus jaloux de sa renommée de preux chevalier que du
salut de ses hommes d'armes. Guillaume de TEstendart
marchait en avant-garde, avec trois cents cavaliers bien
armés, mais nullement précédés d'édaireurs. Ils étaient
parvenus à Ponte a Valle, où ils devaient traverser TArno,
sur un pont étroit, resserré entre deux rochers. Non loin
de là , dans un défilé que forment , près de Laterina , la
montagne et la rive du fleuve , s'était embusqué , sur le
conseil des exilés florentins , familiers avec les lieux , le
duc d'Autriche, suivi ou pour mieux dire guidé par le
principal des Uberti. Le 25 , Tavant-garde passa sans en-
combre ; mais quand Braiselve parut avec ses cinq cents
lances, dans un désordre qu^expliquait, sans le justifier,
sa confiance au corps d^avant-garde. Allemands et gibelins
s'élancèrent, « comme des lions affamés se précipitent
sur leur proie, » et mirent leur ennemi dans une com-
plète déroute. Sur le champ de bataille, jonché de cada-
vres, fut pris et pendu le maréchal ^ Pendant qu'on em-
menait à Sienne les prisonniers, plus nombreux encore
que les morts, ceux des hommes d'armes qui cherchaient
leur salut dans la fuite étaient capturés et maltraités
par les paysans. « C'est leur coutume, dit Ammirato,
étant outragés par leurs amis comme par leurs adver-
saires, d'user envers les uns et les autres d'une égale
cruauté, quand ils en ont le pouvoir*. »
* Cod. dipl. dcl regno, t. II, part. I, p. 215 noie. Le minorilc florenlin,
par patriotisme guelfe, atténue la défaite : « plunbus inlerfectis cum ali-
quibus illum ccpit. » (loc. cii.^ p. 660.)
* Essendo stati presi da contadini, i quali corne indistintamenle sogliono
UO LE PAPK CONSOLE LES VAINCUS. (An. 1268)
L'huTnilî«ition ét»nit profonde pour des chevaliers fran-
çais. Parlonl on parlait d'eux avec un dédain extrême*.
Isnard Hugolin, chevalier provençal, vicaire dn roi à
Florence', Gnido Guerra, « comte de la Toscane pala-
tine, » et le gouvernement florentin envoyèrent en toute
hâte au pape le sénéchal de Provence, pour implorer de
prompls secours. Clément IV n'en pouvait donner qu'en
paroles'; du moins, il ne s'y épargna pas. Il répondait
par écril, consolant les guelfes du « mnlheur déplo^
rable », et les exhortant à une vigoureuse résistance*.
Quelques jours plus lard , il les félicitait d'être restés
unanimes dans leur dévouement à l'Église et au roi *. Il
enjoignait au dominicain Guillaume de Tonneux , nonce
apostolique, de lever l'excommunication dont quelques
esscr oltmggiati dagii amici e da' nemici, cosî quando hanno il potere con-
tra gli uni e gli altri parimente incnideliscono. (Aminirato, 1268, i. HI,
I. 1, p. 14M42.)
* K quasi aveano per niente i Francesi. (Villani, VU, 24.) Yoy. en outre ,
pour le récit de ce combat, Ammirato, loc. cit., Malavolti, part. H, 1. Il,
1 30, et une lettre de Conradin h ses fiHèles de Lombardie, ap. Chron. de
rébus, etc., p. 280-281.
* il ost ainsi nommé dans les lettres que lui adresse le pape (Voy.
cp. DcLxxxiii. The$., [I, 62U), et ligure dans la liste des premiers Yicaires
de Charles, donnée par Paolino (II, 29), comme adjoint le 1" janvier 1268
à Gottifredo délia Torre. Il ligure comme potestat sur la liste des Officiales
forenses,
' Nos sane dilectum filium G. Senescallum Provinci» quem ad vos cum
mililia remitti petitis ad prsesens remittere non valemus, cum jam Viterbium
venerit, ubi exspectat bene placitum dicti régis. (Glem. IV ep. i>clxix. Vi-
terbe, 4 juillet 1268. The$., Il, 613. Lettre à Guido Guerra, Isnardo Ugo-
lino, vicaire royal, au conseil et à la commune de Florence.)
* De cafu flebili qui nuper in Tuscia contigit.... de quo accepimus vos
tristari.... non tamen est doloribus sed contra hostes fortins et animosins
insistendum, etc. (Clem. lY ep. dclxxii. Yiterbe, 4 juillet 1268. Thés., Il
613.)
> Vos nibilominus in fidc et devotione Ecclesiae ac régis ejusdem unani-
miler pcrmanetis. (Clem. IV ep. dclxix. Yiterbe, 8 juillet 1268. Thés.,
II, 615.)
(An. 1268) CONRADliS A SlbNNE. i4l
Florentins élaienl frappés pour trop de retard à payer Ja-
copo de Collemedio, ce potestat pontiûcal qui avait refusé
d'exercer sa charge, mais qui ne refusait pas d'en toucher
le salaire ^
Cette unanimilé pourtant et cette fermeté des guelfes,
que faisait sonner si haul le rusé pontife, n'était pas à
toute épreuve. Le succès de Conradin l'avait fort ébran-
lée*. Le jeune prince trônait à Sienne, battant monnaie,
comme faisait ailleurs Charles d'Anjou. Four prix des
fiefs et privilèges qu'il prodiguait en véritable maître de
TEmpire', il recevait soixante mille livres, solde de ses
chevaliers pendant trois mois\ plus une haute paye en
faveur de ses Allemands'. <c C'est l'opinion de beaucoup
d'écrivains , dit Malavolti , que si Conradin n'avait pas
quitté Sienne, il aurait réduit la Toscane tout entière à sa
dévotion*. » A Florence même, foyer de la résistance, Is-
> Et super absolulione vestris civibus impendenda ab excommonica-
tionis scntentia qua tenenlur pro salarie quod dilecto filio nobili viro Jacobo
de CoUeniedio iebetur, dilecto filio fratri Guillelmo de Tonneux , ord. fr.
prcd. per nostras litteras sub certa forma coinmiUituus vices noslras.
(Clera. IV ep. dclxxii. Viterbe, 8 juillet 12()H. Thés., 11, «15.) — C£.
rep. DCLxiiu à Guillaume pour qu'il absolve certains Florentins. Même date,
p. 615.
^ Dicde la rotta data aile geiili di Carlo c a guelfi di Toscana gran ripu-
latione aile cosc di Corradino. (Malavoili, part. II, 1. H, f" 56 r*.)
' Privilèges pour les péages , les juridiclions , les milices , les droits dus
par les marchandises, la propriété de celles qui étaient jetées par un nau-
frage à la côte, el qu'il enlevait équitiblenient aux riverains, pour les ren-
dre aux marchands , légitimes possesseurs. — Yoy. ce privilège publié in
extenso par Mala\olti, part. 11, 1. 11, f* 50 y\ 57 r*.
* Receptus luit cuin maxiiiio honore a Senen:>ibus qui ei douaverunl
60 m. libra illius monetc ux quibus luililibus suis soldum persolvit trium
mensium. (Chron, de rébus, etc., p. 279-280.)
* Fu data uiia paga a' Tedeschi del re Corradino per rimunerarli in
qualche parte del voler dimoblrato in quella fatlione. (Malavolti , part. 11 ,
I. U, ^ 56.)
* Fu opioione di molli scriltori cbe se Corradino.... non si fusbe partilo
U2 DÉSARROI DES GUELFES. (An. 1268)
nard Hugolin, Guido Guerra^ Guillaume de Tonneux se
voyaient réduits à tolérer des pratiques contraires au roi
Charles. Clément IV les en réprimandait avec amertume.
11 leur enjoignail de ne rien faire, de ne rien permettre,
jusqu'à ce qu'il eût donné verbalement à son nonce Guil-
laume de Tonneux, rappelé a Viterbe, des instructions
précises, a C'est bien assez , disait-il , que nous laissions
impunie la tolérance dont vous avez usé sans consulter ni
nous, ni le roi ^ »
Ainsi le désarroi était complet parmi les guelfes de Tos-
cane, et quelque coup vigoureux pouvait les réduire à
merci. Mais Conradin n'était pas maître de prolonger son
séjour. 11 n'aurait pu sans imprudence laisser a son ad-
versaire le bénéfice du temps, et attendre, pour agir, que,
l'argent lui faisant défaut, il se trouvât seul, sans Alle-
mands, avec quelques gibelins. D'ailleurs, Galvano Lancia
et don Enrique l'appelaient à Rome pour ceindre la cou-
ronne impériale, flattant ainsi la vanité de son âge,
comme l'impétuosité de son tempérament. Le 19 juillet,
il s'était donc remis en marche, accompagné de loin par
cosl presto di Siena, harebbe ridotta la provincia di Toscana tuUa a sua de-
votione. (Malavolti, part. U, L II, f* 36 r' v*.) Le jésuite Bzovius (Ànn.
eccl,^ 1268) partage celte opinion.
* Ne quid novi facias fierive consentias circa Florentins stalum aut regi-
men civitatis, donec ore ad os nobis locutus fueris. (Clem. IV ep. dclxxix
à Guillaume de Tonneux. Sans date. Thet., II, 618.) — Relalionibus ?ariis
apud nos rumor increbuit quod tu cum nobili viro comité Guidone Guernu,
fratre Guillelmo de tonnoux, nuncio nostro et quibusdam aliis tractatus va-
ries tolcrasli super bis quae ad Florentinéc pertinent regiinen ciyitalis sub
boni specie in Garoli régis praejudicium et dispcndium iinmutandis.... M:m-
damus qualenus in eisdem usque ad fratris cjusdem redituui nec procédas
nec procedi pcr alios aliqiia ratione permittas , cum sufficere tibi debeat si
ipsa loleranlio quam nobis et eodem rege penitus mconsultis tractatibus
talia praestilisli, transirc valoat inipunita. (Clem. IV ep. DCLXxxm à Isnardu
Ugolino, vbiiro royal à Florence. Viterbe, 29 juillet 1268. 77i€«., II, 620.)
(Aif. 1268) GONRÂDIN A HOME. 143
la flolte pisane qui longeait la côte et s'avançait à la ren-
contre de la flotte provençale \ « Par une bravade de
jeune homme, au lieu de gagner la route de Pérouse et de
Spolète, au lieu d'éviter Viterbe, où Clément IV résidait,
il passa, le 22, sous les murs de cette ville, avec toute son
armée, couronnée, comme lui, de verdure et de fleurs*. »
Pour punir son audace, l'excommunication majeure, déjà
fulminée par le pape, fut portée à la connaissance de
l'Italie par tous les évéques dans leurs ca(hédrales, cloches
sonnantes et lumières éteintes*.
Mais il lui importait peu. Son armées' accroissaitd'heure
en heure, comme ces fleuves que viennent grossir de nom-
breux affluents. De la Marche d'Ancône, des États sici-
liens, de Lombardie non moins que de Toscane lui étaient
envoyés des contingents nouveaux. A Rome, où il arriva
le 24 juillet, il n'admit sous ses bannières que ceux-là
seuls des nobles et du peuple qui avaient donné de sérieux
gages au parti gibelin*. Il élait assez fort pour pouvoir
choisir. Le 10 août, il repartit*, car une fatale ardeur
l'entraînait vers ses destinées. Six mille cavaliers le sui-
vaient, avec de l'infanterie, Allemands de son escorte ou
* Elle la ballait le 11 août suivant à l'entrée du phare de Messine (Sabas
Malaspina, 1. IV, c. iv et v, R. I. S., t. VIH, 840).
* Saint-Priest, UI, 93. Cet auteur rapporte à ce moment le mot de Clé-
ment IV sur le mouton qu'on mène à la boucherie. (Voy. plus haut p. 136.)
H ne remarque ])as que Jacques de Vorage dit que ce propos fut tenu le
jour de la Pentecôte. Or cette fête tombait, en 1268, le 27 mai, et Conradin
ne partit de Sienne que le 19 juillet.
5 Reg. Clem. IV, cur. N. 17, f* 256 ap. Cod. dipL del regno, t. II.
part. I, p. 185, note.
* Cherrier, lU, 258.
' Ann. genov,, Villani. — Ptolémée de Lucques et un mit. du Vatican ,
suivis par Cherrier et Gregorovius, disent le 18 ; mais M. del Giudice mon-
tre très-bien que jamais Conradin n'aurait pu, en ce cas, être sur le champ
de bataille le 22 (Voy. Cod. dipL del regnOj t. U, part. I, p. 186 note).
144 CHARLES D ANJOU OFFRE LA BATAILLE. (An. 1255)
mercenaires, Espagnols de don Enrique, Lombards sous
les ordres de Galvano Lancia, Toscans commandés par
Gherardo Donoralico de Pise. Trouvant gardée la route de
Cepperano, l'antique voie Latine, chemin ordinaire des
invasions, il cherchait à gagner Sulmona par les Âbruzzes,
pour se joindre aux Sarrasins de Lucera ^ Mais il se con-
fiait dans la supériorité du nombre, et négligeait de sur-
veiller les mouvements de son vigilant adversaire, qui
connaissait tous les siens. Charles avait quitté Foggia et
la Capitanate, centre de la rébellion, ne laissant devant
Lucera qu'un simple corps d'armée. Il était à Scurcola
quatre jours avant que Gonradin sortît de Rome. Durant
quatre jours et quatre nuits*, il le suivit le long de la
frontière, non pour l'empêcher de la franchir, mais pour
le contraindre à accepter le combat le plus loin possible
des Sarrasins'^. 11 Ty contraignit le 2*2 août, au pied de
la colline d'Alba, dans une étroite et marécageuse vallée
qu'arrosent les maigres eaux du Sallo, et que traver-
sait une route dont les deux moitiés, séparées par ce
ruisseau, étaient réunies par un pont*. Aux six mille
* Nos eos de pas$u in passum per quatuor dies et noctes totidem inse-
quenles et etiam persequentes , tandem percepto quod dicli bostes per
Sculcule partes ingressi sperabant libère pertransiti via recta descemlere et
pervenire Sulmonam et exinde in Luceriam.... (Lettre de Charles,
^4 août 1268, près d'Alba, à la commune de Padoue, sur le fait de la ba-
taille, ap. Chron. Patav. Muratori, Antiq. ital.f IV, 1144 et Cod. dipL
del regno, 1. 11, pari. 1, p. 190, 191.)
* Corradinus ejusque sequaces regni raei Gnibus propinquarunt, furamina .
per quu; posseut lalenter ingredi seque coiijungere Saracenis. (Lettre de
Charles au pape pour lui annoncer sa victoire. Thés,, II, 624, n* dcxc,
23 août 1268.)
^ Voy. sur toute cette stratégie une note excellente de M. del Giudice
(loc. cit.) qui reclilie les chroniqueurs et les historiens.
^ Ad quemdam collem prope Albam, qui per duo parva milliaria dislabal
ab hostibus, ex quo Pallentinus caaipui» se explicat. (Lettre de Charles à la
(An. 1268) BATÂILLIi: DE TAGLIAGOZZO. i45
chevaliers de Conradin, il n'en pouvait opposer que
quatre mille *. Mais rexpérience militaire d'un vieux
baron français rétablit l'équilibre. Il se nommait Erard ,
sire de Valéry, connétable de Champagne, et reve-
nait de Terre-Sainte avec cent lances'. Sur son conseil,
Tarmée fut divisée en trois corps, dont deux tirent face à
l'ennemi, tandis que le troisième, composé de huit cents
cavaliers, que conduisaient Erard et le roi lui-même, se
dissimulait dans le creux d'un vallon, pour ne donner
qu'au moment décisif. Celait vouer les deux premiers à
une destruction presque certaine; mais qu'importe, si
Ton achetait la victoire à ce prix ? Conradin tomba dans
le piège. Ne voyant devant lui que deux corps d'armée ,
il répartit également en deux toutes les forces dont il
disposait, se croyant sûr ainsi d'avoir partout l'avantage
du nombre \ Ni lui ni ses conseillers ne pensèrent à for-
commune de Padoue, loc, cit,) Cf. Saint-Priest, Hl, 103, 107. — Cherrier,
m, 258-259. — Sismondi, U, 460.
> 4,000 suivant le Chron. de rébus, etc. 5,000 suivant Yillani (VU, 26).
Cf. Malavolli, part. U, I. H. r> 58.
* Dante (/n/*., XXYIII, 18) l'appelle Âlard de Valéry, et il a été suivi par
tous les Italiens, même par quelques Français. G. de Nangis Tappellc Erars
de Walleri. Voy. sur ce i chevalier preuz et renommez » des détails pré-
cis dans l'éd. des œuvres de Rulebeuf donnée par M. Jubinal, t. I, p. 560-
570. On y trouve le récit de Guillaume de Nangis sur ce chevalier (Histo-
riens de la France, XX, 455).
' Tertia fortassis octingentorum nobilium strenuorum qui totum régis, si
expediret, exercitum poterant relevarc ruenlem. (Sabas Malaspina, 1. IV,
c. IX, R. I. S., t. Vm, 849.) M. delGiiidice (loc. cit., p. 187) conteste le
fait d^Erard de Valéry, parce que Charles n'avait pas besoin de ce secours
pour vaincre et parce qu^il n'en est fait mention ni dans les archives de
Naplcs ni dans la plupart des chroniqueurs. Mais Charles ne devait pas s'en
vanter. Guillaume de Nangis est une autorité, et le langage de Dante prouve
que rintervention du chevalier était connue et admise généralement.
* Duas tantum militum suorum fecit alas. (Snbas Nalaspina, 1. IV, c. ix,
R. I. S., t. YIII, 849.) Sismondi (II, 460) dit d'après d'autres chroniqueurs
que Conradin partagea son armée eu trois corps, selon les nations dont elle
BtST. DE FLORfclICK. — II. 10
146 DAN6£B DES FRÂI^ÇÂIS. (An. 1268)
mer une réserve, ûon plus qu'à explorer le pays, ce qui,
en leur révélant la tactique ennemie, leur en eût suggéré
Téquivalent.
Le but, des deux paris, était de passer sur la rive op-
posée, et, par conséquent, de s'emparer du pont. Les Pro-
vençaux cl les guelfes italiens, placés sur la rive gauche,
se tenaient sur une défensive menaçante, prêts à disputer
le passage. Don Enrique, avec ses Espagnols, était chargé
de le tenter et de conduire l'attaque. Repoussé avec éner-
gie, ne pouvant traverser la rivière, dont les bords étaient
trop escarpés, il en suivit le cours, jusqu'à ce qu'il
trouvât, plus loin, un accès plus facile et un passage à
gué. Ce mouvement, d'exécution trop rapide pour que
les Français y pussent faire obstacle, porta l'infant sur
la rive gauche, et lui permit de prendre à revei's le
corps d'armée qui lui était opposé. 11 l'eût anéanti, si
le maréchal Henri de Cousance ou de Cosenza *■ n'avait
amené a la rescousse le second corps, qu'il commandait.
se composait ; mais Sabas Malaspina est un historien ; les autres ne sont que
des chroniqueurs. Le moine de Padoue , notamment , n'écrit qu'un pané-
gyrique déclamatoire.
* Viri nobilis Roberti Cusentini, dicti de Cusentia, militis. (Ârch. de
Naples, Reg. 1, Karolusl, 1269, ap. Saint-Priest, HI, 130.) 11 est question
de ce maréchal de Louis IX dans deux lettres du pape (1267, 1268, The$.,
II, 472, 696). Charles Favait, à ^'ap]es, nommé son conseiller (anno eodem
(12G7) 9 februarii receplus fuit in c^nsiliarium Doininus Uenricus de Con-
sanciis Marcscallus Francie. Reg. N, 4, Car. I, 1269, B, f» 176). — On
remarquera ({u'un document napolitain donne le nom de Robert ; mais celui
d'Henri est confirmé par divers documents de 1255, 1265, 1267. Dans
Thifer de 1268, Mahaul, veuve d'Henri, transige avec ses exécuteurs testa-
mentaires (Voy. Anselme, Hist. génàal., etc., VI, 622). Quant au nom de
Cousance, il y a en France trois communes de ce nom, une dans le Jura,
deux dans la Meuse, .sans compter w\c petite rivière qui se jette dans TA in
(Voy. Bestherelle, Grand dict. de géogr. univ., 11, 402), mais aucune de
ces communes n'a jamais été un fief. On est donc porté h croire que ce sei-
gneur, au service du Charles, en avait reçu le lief de Cosenza, que les au-
teurs du temps durent transformer eu un nom franyais.
(Ah. 1268) LE COMBAT RÉTABLI. 147
Contre lui s'avancèreut aussitôt les Allemands, et la mê-
lée, désormais générale, ne pouvait qu'être à l'avantage
des plus nombreux. Guelfes et Provençaux désertaient le
champ de bataille, entraînant Jacques Gantelme, leur
chef ^ Guillaume de TËstendart s'enfuyait dans la plaine,
avec les hommes d'armes qu'il avait sauvés du désastre
de Ponte a Valle. Seul, Henri de Cousance tenait bon.
Pour attirer sur lui tout l'eiïort des assaillants, il avait
revêtu l'armure royale, et faisait déployer devant lui la
bannière aux lis d'or. Bientôt atteint de mille traits,
frappé de mille coups, il était, dit-on, coupé en morceaux
par des vainqueurs sans pitié *.
Le succès ne semblait plus douteux. Conradin, accablé
par la chaleur, avait remis à ses écuycrs son armure, et se
reposait à l'ombre des grands peupliers au bord du Salto,
tandis que les siens, répandus partout, poursuivaient les
fuyards pour les capturer, faire du butin, s'assurer de ri-
ches rançons. Charles d'Anjou rongeait son frein, contenu
à grand'peine par Erard de Valéry de voler au secours des
fidèles serviteurs égorgés presque sous ses yeux. Enfin, le
vieux gentilhomme donna le signal de démasquer l'em-
buscade et de fondre sur des ennemis dispersés, unique-
ment attentifs au pillage des tentes ou à la poursuite dea
vaincus. Ceux-ci, en entendant leur cri de guerre, en
voyant apparaître de nouveau la bannière royale, au mi-
* Nous avons vu plus haut (I. IV, ch. i, t. U, p. 26) Jacques Ganteluie,
oHicicr profençal au service de Charles d* Anjou.
* Si le découpèrent pièce h pièce, ja soit que il se feust moult bien def-
fendus comme bons chevaliers. (Guillaume de Nangis, ap. Uist. de la
France t t. XX, p. 453.) — Le fait de ce travestissement est confirmé par
les documents des archives de Naples (Voy. Cod. dipl. del regno, t. H,
part. 1, p. 188 et notamment les paroles mêmes de Charles : i Nos esse
mortuos per hoc credentes firmiter et altis vocibus acclamantes. » — Reg. Nj
16, 1272, E, P 93 V. Cod^^dM., ibid.)
148 VICTOIRE DES FRANÇAIS. (An. 1268)
lieu d'un corps compacte, frais, en bon ordre, reprirent
courage et se rallièrent. Don Enrique , revenant sur ses
pas, tenta en vain de les entamer. Les siens étaient frap-
pés de lerreur : ce roi qu'ils avaient cru mort , ils le
voyaient vivant, ils le croyaient ressuscité par miracle.
En feignant de les fuir, Erard et Charles achevèrent de
les vaincre. Attirés au loin dans la plaine, l'infant et ses
Castillans tombèrent aux mains des Français ^ La re-
vanche de ceux-ci fut décisive et complète. Après une
nuit de repos , qu'ils passèrent par prudence sur le
champ de bataille, ils commencèrent à leur tour la chasse
dans les montagnes et les bois. Le massacre de Bénévent,
écrit Charles lui-même , était peu de chose en compa-
raison *,
Telle fut cette victoire décisive , improprement dile de
Tagliacozzo , mais qui gardera ce nom , que Dante lui a
donné'. Conradin en fuite et sans autre armée que cinq
cents lances , revint à Rome , où il trouva les guelfes ac-
clamés par une populace mobile; puis il s'alla cacher au
* Dum (le prelio fugeret ciptus ad noetrum carcerera est adductus. (Lettre
de Charles à Saint Louis, Genazzano, 12 septembre 1268, ap. Rymer, t. I,
part. II, M 10, et Cod. dipl. del regnOy t. Il, part. 1, p. 199.)
' 111a strages qu» in campo Beneventano facla fuit, hujus respectu valde
inodica fuit. (Lettre de Charles au pape, loc. cit. — La lettre à Padoue ré-
. pète la même assertion.) Voy. sur cette bataille, outre cette importante let-
tre et les auteurs cités, Ann. eccl.^ 1268, § 32, 35, t. XXU. — Ricobaldi
Ferrariensiê Uist Imp., R. I. S., t. IX, 156. — Pipini Chron., 1. Ul, c. yii,
R. I. S., t. IX, 682. — Monarchi Patavini Chron,, R. I. S., t. VIII, 730.
— Yillani, VU, 27.
3 Inf. XXYII, 17. On a fait remarquer avec raison que le bourg de Ta-
gliacozzo est à six milles de la plaine où fut livrée la bataille , que c'est de
la position du vainqueur que les batailles prennent leur nom : M. de Saint-
Priesl en conséquence propose celui d'Alba ; M. Von Raumer, de Scurcola ;
M. de Gherrier, du Salto; M. del Giudice, de Ponte ou de Palenta. Mais ce
dernier reconnaît avec raison Timpossibililé de changer un nom que Dante
a rendu immortel.
(An. 1268) CAPTIVITÉ DE CONRADIN. 149
château d'Astura, sur ia côte, où Giovanni Frangipani,
soit lâcheté, soit trahison, le livra à l'amiral sicilien ^
Charles aurait pu être clément : il fut inexorable.
« Avec une férocité française, » dit le guelfe Sabas Malas-
pina*, il faisait couper les pieds à ses prisonniers, pour
qu'ils fussent hors d'état de marcher contre lui, et mettre
le feu à leur prison , pour effacer jusqu'au souvenir de
ces horreurs'. Il fit pendre ou décapiter ses principaux
ennemis. « Une fois les têtes abattues, écrivait-il aux
Lucquois, les membres ne résistent plus*. » Clément IV,
de son côlé, se plaignait qu'on épargnât les fugitifs*. Res-
tait Conradin. Ses droits, que beaucoup tenaient pour lé-
gitimes, et qui longtemps avaient paru tels à Louis IX,
allaient causer sa mort. Il était condamné sans procès,
par le fait même de sa rébellion V Anéantir dans son
* Sabas Malnspina, 1. lY, c. iï-xvi (R. I. S., t. VIU, 845 sq.). — Pipini
Chron., 1. III, c. xviii (R. I. S., l. IX, 658). — Yillani, VU, 29. — Bnrlo-
lommeode Neocastro» Historia sicula, 1. 1, c. ix, R. I. S., t. XllI, 1023. —
Minontœ, etc., p. 661. — Sismondi, II, 462. — Sainl-Pricsl, III, i33-î59.
— Cherrier, 111, 267-270.
* Postquain in ferocitatero concitalam sxve gallicam inciderunt. (Sab.
Malasp., 1. lY, c. xiii, R. I. S., t. VIU, 849.)
' Fecil obtruncari pedibus.... Et tandem considérons quod ex hujus modi
aspectione opprobrii Romani poterant provocari, usus consilio saniori, glo-
meratos reductosque infra septa cujusdam clausurae muronim fabrica cir-
cumquaque vallatae, inc^ndio tradidit. (!bid.)
* Gontritis capitibus, nulla resistentia est in merabris. (Ms. Bibl. Angelic.
Rom. D, VUI, f» 17, ap. Cherrier, III, 272.)
* iGgre ferimus , si veritas suffragatur relalibus , quos inimicos Ecclesia
capitales a filio nostro.... confusos per fines vestros, ut dicitur, libère
transire permictitis. (Clem. IV ep. dgxcii. Viterbe, 26 août 1268. Thés,,
n, 626.)
^ Dans une lettre qu'il adresse de Rome aux Lucquois pour leur apprendre
que ses principaux ennemis sont en son pouvoir , il les déclare t jam in
capitali pena condemnatos. » Aucun procès encore ne pouvait avoir eu
lieu. En l'absence de ioni jus belli , la rébellion emportait la mort (Voy.
Cod. dipL del regnOj t. II, part. I, p. 215 note).
150 MORT DE CONRADÏN DÉCIDÉE. (An. 12C8)
dernier rejeton la maison de Souabe, c'était dissiper tout
danger de contestations ultérieures. La tentation était trop
forte : Charles y succomba. Il ne se souvint plus que ces
Sarrasins, qu'il exécrait comme infidèles, l'ayant eu jadis
en leur pouvoir, l'avaient, avec le roi son frère, rendu à
la liberté*.
On pensa communément alors que le souverain pontife
autorisait celte rigueur inouïe. On prétendit qu'il avait,
comme Tarquin, coupé dans son jardin les plus hautes
têtes de pavots*. On lui prêta cette parole cruellement
sentencieuse : Vita Corradiniy mors Caroli ; mors Cor-
radini, vita Caroli^. Les Florentins affirment au con-
traire que « le pape avec ses cardinaux réprimanda vive-
ment le roi, et qu'il élait trop saint homme pour avoir
consenti* ». Mais ce saint homme élait avant tout un po-
litique : il croyait l'effusion du sang quelquefois néces-
saire. Dans sa volumineuse correspondance, on ne trouve
pas trace d'une objection avant le supplice ou d'un re-
proche après. Bien plus, il permit d'arrêter dans ses États
la victime désignée *. Les prélats, les sages, les doctes du
^ C'est Malafolti qui fait non sans à-propos ce rapprochement (part. Il,
1. II, P- 38 r').
* Fiorita dltalia, ms. delà bibl. Barberina, n* 911, f* 116, ap. Cher-
rier, lU, 276.
' Ce sont les historiens de Naples, CoUenuccio, Fazello, Giannone, cpii
ont accrédité ce mot ; mais, ou ils ne citent pas d'autorités, ou, comme
Giannone, ils allèguent Villani, qui dit justement le contraire. Yoy. la note
suiTante.
* Délia detta sententia data contra Curradino lo re Carlo ne fu molto ri-
preso dal papa, da' suoi cardinali e da chiunque fu savio.. .. E chi disse che '1
papa consenti, ma non ci diamo fede, pero che era tenuto santissimo huomo.
(Villani, VII, 29.)
■ MM. Gr^orovius et del Giudice voient une preuve de l'assentiment
du pape dans son silence et dans l'absence de documents d'où il résulte
qu'il voulût sauver Conradin. M. del Giudice tient pour une fable tout le ré-
cit de Neocastro et même le fait d'un procès instruit. Il n'y en a pas trace
(Am. 1268) SUPPLICE DE CONRADIN. 151
Royaume interprélaient judicieusement ce muet langage,
quand ils donnaient au roi leur maître, par l'organe du
protonolaire Robert de Rari, la « permission » de tuer
son rival \ Ainsi périt Tinfortuné Conradin*. « Peu de
spectateurs contenaient leurs larmes, surtout les chevaliers
français, qui délestaient la cruauté du roi Charles*. » On
prétend même que son gendre, Robert de Flandre, n'osant
rien contre lui, tua sous ses jeux le protonolaire qui avait
lu la sentence, disant qu'il n'était pas permis de con-
damner à mort un si grand et si noble gentilhomme*. En
Italie la désapprobation fut générale , sauf chez les plus
ardents des guelfes*, et en Allemagne le retentissement
profond : il y dure encore aujourd'hui.
Avec Conradin disparaissait, pour plus d'un demi-
dans les archives de Naples si pleines d'actes de Charles. — Conradin était
un rebelle, cela justifiait une justice sommaire (Voy. Cod. dipL del regnOy
t. II, part. 1, p. 354 note).
< Permissione pontiGcum et sapientum ac scribarum consiliis in eos sen-
tcntiam, tanquam pracdoncs, providit priesentis judicii acriter promulgandain.
(Neocastro, Hist. sicuL, c. x, R. 1. S., t. XUl, 1024.) — M. de Cherrier
(111, 279) traduit : c Avec la permission du souverain pontife •, sans se souve-
nir qu'à la page 277 il a tenté de disculper Clément IV de toute connivence.
' Probablement le 29 octobre. Voy. sur cette date la discussion de M. del
Giudice (Cod. dipl. del regno, t, H, part. I, p. 231 note).
' Pauci spectatorcs lachryinas continebant, presertim équités Franci, qui
régis Karuli detestabantur Sccviliain. {Ricobaldi FerrariensU Pomaritan,
A. I. S., t. IX, 1 58.) Ce mol montre combien SabtisMalaspina est injuste, en
attribuant à tous les Français la cruauté d'un de leurs princes. Guillaume
do Nangis constate froidement la désapprobation générale : • De la mort
Conradin murmurèrent aucunes gens, et disoient que li roy Charles le deut
avoir espargnié, pour ce qu'il cstoit enfez encore et que il avoit esté déceus
des traiteurs, dont moult de gens d'AUemaigne furent csmeu contre li (Fie
de Saint Louis, ap. Historiens de la France^ W, 459).
* Villani, Vil, 29.
° Quidam tinlo rigore non moniti gaudebant in filium hostis tanti ssevi-
tiam sceleris auilivisse. (Neocastro, loc. cit.) — Cf. Sabas Malaspina, 1. IV,
c. XVI, R. 1. S., t. Mil, 851.— Pipini Chron., 1. Il, c. ix, R. I. S.,
t. 1\, 658.
152 FIN DE LA MAISON DE SOUABE. (An. 1268)
siècle, ce saint empire romain, qui, selon Joseph de
Maistre, n^était ni saint, ni empire, ni romain^, et dont
les atrocités, selon Voltaire, justifient toutes les entre-
prises du sainl-siége contre lui*. Il n'avait guère rendu
qu'un service à l'Italie, élernel objet des convoitises alle-
mandes, et il le lui avait fait payer cher : pour résister aux
envahisseurs, les envahis étaient devenus experts dans l'art
des ligues, sans perdre leur goût pour la vie individuelle
et l'isolement, fruit germanique de tant d'invasions*.
Funeste en somme, la maison de Souabe n'avait montré
le génie de la civilisation que chez Frédéric II etManfred,
devenus Italiens. Elle avait détourné TÉglise de son
œuvre civilisatrice, et les républiques des arts de la paix,
source de leur prospérité. A tant de causes de discorde,
aux rivalités de voisinage, d'industrie, de trafic, de domi-
nation, elle en avait ajouté une autre, plus nuisible parce
qu'elle était moins naturelle, la nécessité de se prononcer
pour le pape ou pour l'empereur , et de combattre qui-
conque ne suivait pas la même bannière, fallût-il déchirer
son propre sein.
La cause supprimée, l'effet subsiste : quand il n'y a
plus d'empereur, ni même de candidat à l'empire, il y a
encore des gibelins , espérant un nouveau César, une
constitution féodale, des républiques de magnats, s'ap-
puyant sur la populace, ne laissant point de place, entre
la masure et le palais, pour les boutiques des marchands.
< Du pape, p. 220.
* Voltaire va même jusqu*à dire que le seul sac de Milan par Rarberonsse
suffirait à celte justification (Essai sur les mœurs, c. xlviii, t. YII, p. 512,
éd. Lahure in-12).
' Sur les bienfaits rendus à Tllalie par rAllemagne, Léo dit les choses les
plus étranges, parmi lesquelles la férité lui échappe quelquefois (Yoy. 1. IV,
c. IX, t. I, p. 495).
(Ah. 1268) SON EFFET SUR LES PARTIS. 155
Rêve chimérique autant qu'égoïste! Quoique entravé, le
trafic l'emporte et avec lui les guelfes , cette bourgeoisie
laborieuse qui attire à soi et retient les humbles par le
travail qu'elle leur donne et Taisance qu'elle leur procure,
qui a trop de biens et déjà trop de lumières pour suppor-
ter la suprématie de la force oisive, avide et brutale des
grands, qui tient pour le pape et la démocralie, parce
que les grands tiennent pour l'aristocratie et l'empereur.
Ainsi se trouvent relégués au second plan l'empereur et
l'Allemagne, sauf aux plaines lombardes, où la docilité à
la tjrannie produit un précoce avilissement. En Toscane,
la lutte a pour objet, non de se donner un maître, mais
d'être maître soi-même, lutte pleine de grandeur et de
noblesse, malgré ses misères de détail, et à laquelle il ne
manque, pour être absolument glorieuse, que de respecter
mieux la liberté des vaincus sous le pouvoir établi *.
Maître absolu dans le midi par la défaite de Conradin,
Charles d'Anjou l'était au nord, par celle d'Ubcrto Pala-
vicino et de Buoso de Doara. Les villes de Lombardie et de
Piémont le reconnaissaient pour protecteur , pour sei-
gneur, lui payaient Iribut, recevaient ses officiers*. Mais
au centre, en Toscane, l'esprit indépendant et républi-
* On trouve au tome YIII des Delizie, p. 2*21 , la reproduction d'un livre
dit del Chiodo (du clou). C'est la liste des condamnés à Florence, par $eêii
et paroisses, en 1268 et 1269. On n'y compte pas moins de trois mille ci-
toyens.
* Mediolanenses, Placentini, Gremonenses, Parmenses, Mutinenses, Ver-
cellani , Cumanenses et alii plures de Lombardia publiée juraverunt fideli-
tatem domino régi Karulo cum pluribus pactis et conventionibus inter eos
initis. — Eodem tempore de mense decembris Âstenses federati sunt cum
vigerio régis Karuli qui erat in AUm cum certa quantitate militum
Provincie : cui ex pacto promiscrunt sibi dare pro tribus annis et 4 diebus
quibus treugam fecerunt 15 millia libra astensia. (Chron, de rebuê,
p. 504.)
i54 POUVOIR RESTREINT DE CHARLES (An. 1269)
cain n'aspirait, le danger passé, qu'à secouer le joug.
Clément IV ne s'y trompait point. Aussi, recommandait-il
au roi de déléguer ses pouvoirs sur cette province au
comte Guido Guerra, qui y avait pris naissance, qu'on y
jugeait apte 5 la gouverner en s'appuyant aux Floren-
tins, et à exercer les plus hautes fonctions ^
C'était le testament politique d'un ponlife qui, après
bien des anxiétés, avait connu de grandes joies. Il mourait
au mois de novembre 1268. Le pouvoir de Charles s'en
trouvait augmenté dans les Étals de TËglise, mais non
en Toscane , où il n'avait d'autorité que pour nommer
des potestals. Ces potestats, il est vrai, lui jurent fidélité
comme à l'Église, et réservent toujours, par une sorte de
fiction, les ordres royaux, les défenses royales ; mais ils
s'engagent à gouverner les villes selon leurs statuts, à
faire vive guerre aux Pisans, aux Siennois, à Guido No-
vello et à Simone son frère, à leur refuser tout marché,
tout tribut, et, s'ils sont faits prisonniers, à les détenir
en prison jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné par
le roi*.
* Comitem Tuscis qui tibi tam Gdelitcr quam utiliter multo servivit tem-
pore.... Quod si forsilan in Florenlia rectorein Italicum prout a te cilo pe-
tetur, instiluere proposueris, creduni multi quod eo non posses ponere me-
liorcm. Quin etiam si majorem locum in Tuscia sibi committercs, credilur
quod in illo melius se habcret. (Glem. IV ep. dcc. Vitcrbe , 22 sep-
tembre 1268. Thn,, II, 629.)
* Le 25 septembre 126iS, Charles nommait Guido Attoldi Hardi des Bardi,
polestat à Prato {Cod, dipL del regno, t. 11, part, l, p. 206). — Voici la
forme du serment imposé aux potestats de Toscane : < Quod onmcs vicarii
noslri et alie potestates et rectores de parte Eccle&ie in Tuscia ordinandi ju-
rare debeant super sancla Dei Evangelia in manibus nostri vicarii vel sui
nuncii specialis regere civitates et loca sibi commissa et homines eorundem
ad honorem Dei et sanctc Romane Ecclesic atque nostram , et civitatis et
loci cujus regimen exercebunt, sccundum jura et stnlula cl bonos usus ci-
vitatis et loci, salvis mandalis nostris, et quod Pisanis cl Senensibus intrin-
secis et Guidoni Novello et Symoni fratri ejus et terris corum et aliîs adju-
(Ah. i269) SUR LA TOSCANE ET LES GUELFES. 155
Des guelfes seuls avaient pu dicler ce serment. L'ob-
server, c'élait gouverner dans leurs vues et leurs intérêts.
Rien n'était donc change en Toscane : il n'y avait qu'un
protecteur de plus, un surcroît de force pour les plus
forts. Aussi tout plie-t-il devant eux. Durant quelques
mois leur fortune n'a pas d'histoire. Jusqu'en juin 1269,
il n'est nulle part mention de Florence. Ils y ont tout
loisir de mieux asseoir leur gouvernement, de réchauffer
leurs haines, de préparer des expéditions. Désormais,
ils sont en quelque sorte Florence même, et ils lui ouvrent
de plus larges horizons. Ils ne se contentent plus d'assu-
rer la libre circulation de ses marchandises, ou même
d'étendre son territoire dans des proportions modestes,
aux dépens des municipcs voisins. Ils pensent à lui don-
ner des sujets, à la transformer de commune en État.
Après avoir englouti les petites cités , il ne restait aux
grandes qu'à s'entre-dévorer ; mais pour aucune, pas
même pour Florence, ce n'était une facile entreprise.
Malgré sa supériorité croissante, Florence ne pouvait
encore attaquer de front ni Pise, ni même Sienne, où ses
proscrits, et à leur tête Guido Novello, s'étaient réfugiés.
Elle pouvait, du moins, attirer ses ennemis hors de leur
repaire, et c'est ce qu'elle entreprit en attaquant Poggi-
bonzi, dont la défection avait naguère blessé l'orgueil du
peuple florentin.
A Sienne, depuis Montaperti, dominait l'énergique,
l'altier Provenzano Salvani. Il y était, dit un témoin ocu-
toribus corum fncicnt vivain guerrain, et quod non habcbunt cum eis
paccm vel tregnam absquc spcciali noslra licentia vel mandato, ncc permit •
tent eis niercatum fieri vel apportuni,... et captos in cnrcerc dctinebunt,
nec eos dimiltent absquc noslra licentia ot mandato. (Acte du 19 jnn-
yier 1272, à Capoue. Ibid., p. SOfi noie.)
i56 NOUVELLE GUERRE (Ah. 1269)
laire, comme le maître ^ Jamais il n'avait plié devant
Charles, même au lendemain de Bénévent et de Taglia-
eozzo. Bizarre autant que dévoué, on l'avait vu, pour sau-
ver un ami condamné par ce prince à payer une rançon
de dix mille écus, ou à avoir la tête tranchée, étendre
un tapis sur la place publique et solliciler la charité de
ses concitoyens*. Avec ses exilés, ses Pisans, ses Alle-
mands, ses Espagnols, il disposait de quatorze cents ca-
valiers et de huit mille fantassins. Résolument, il prit
l'offensive, dont il sentait les avantages. L'attaque que
les Florentins préparaient contre Poggibonzi , il la porta
contre Colle, où les bannis de Pise et de Sienne étaient
venus chercher un abri. Le vendredi soir, 14 juin, la
nouvelle en parvint à Florence. Dès le samedi matin,
ordre était envoyé à Neri Bardi, capitaine du Val d'Eisa,
de ne pas soutenir la lutte avec ses deux cents cavaliers,
mais d'attendre des renforts. En même temps, la cloche
de la commune appelait aux armes les habitants de trois
sestieri. Ils devaient se trouver réunis sous leurs ban-
nières respectives, quand aurait cessé de brûler la chan-
delle qu'on avait placée en avant de la porte par où ils
devaient marcher à l'ennemi.
« Ils y marchèrent, dit Paolino, au pas de course. La
plupart portaient des guirlandes sur la tête. Jamais Floren-
tins n'allèrent si joyeusement au combat'. » Ils étaient
' Qui erat quaii Senensium dominus. (Minoritœf etc., loc. cU,, p. 665.)
Ce mot tranche la question du rôle de IVovenzano, car le Minorité était
alors à Sienne , comme il le dit au même endroit. Provenzano n'avait donc
ni la dictature, ni la tyrannie, mais il était le premier citoyen de Sienne,
et il jouissait d'une grande autorité.
* Âmmirato, l. II, t. f, p. 145-144.
' E puose la candela alla porta di Piazza, c fu bando il piede che neuno
di quelle tre sestora si lasciasse trovare dopo la candela arsa, avvegnachà non
(An. 1269) ENTRE SIENNE ET FLORENCE. 157
pleins de contiance en eux-mêmes el dans les deux cents
Français, leurs alliés, que conduisait le vicaire de
Charles, Jehan Britauz ou Berlauld, seigneur d'Hangest,
« un tout pelit homme, mais de grand courage*. » En-
semble, ils formaient à peine quatre cents cavaliers*.
Sans allendre les milices, qui suivaient de loin, ils pour-
suivirent leur roule, et, le dimanche soir, ils arrivèrent
à rimprovisle devant Colle, où Provenzano n'avait pris
aucune mesure pour empêcher leur jonction avec Nerî
Bardi.
Cette Taute commise, il fallait à (out prix la réparer.
Le chef siennois leva son camp, et se mit en mesure d'oc-
cuper une plus forte position. Mais, dès le lendemain,
1 7 juin % Jehan Britauz profitait du désordre où ce dépla-
cement mettait les ennemis. Passant un pont qu'ils au-
raient dû couper derrière eux, il le coupa lui-même,
afin d'ôter aux siens toute idée de retraite, témérité que
les auteurs condamnent \ et qui pourtant lui donna la
era bisogno bando, che mai non s'andô in oste più volentieri, che daddo-
▼ero la più parte cominciavano a correre incontanente che li lucivano délia
porta, e i più vi portavano ghirlanda.... (Paolino, II, 31-52.)
* Villani (VU, 31) et Paolino (loc. cit.) rappellent Giambertaldo ; Ammi-
rato (1. Iir, p. 143), Brictaudi, signor dMIangeo. — Il ne figure ni dans la
liste des 0 faciales forenses^ ni dans celle de Paolino. — C'est le Minorité
qui rappelle i militia streouus, corpore quidcm parvus, sed mente magna-
nimus. • (Loc. cit.^ p. 663.)
* Les chroniqueurs disent 800 hommes ; mais nous pensons que c*est
déjà beaucoup que de supposer les Florentins égaux par le nombre aux
Français, en présence de ces paroles d*un contemporain : « Guin ducentis
militibus gallicis et quibusdam Florentinis militibus guelfis. » (Minorilœ
flor,^ etc., loc. cit., p. 663.)
' La date et les jours sont par extraordinaire exactement indiqués par
les chroniqueurs. En 1269, le jour de Pâques étant le 24 mars, le 17 juin
était bien un lundi.
^ E tutto che non fos^e tenuta savia impresa ne proveduta capitaneria di
guerra. (Villani, VU, 31.)
158 VICTOIRE DES FLORENTINS ET DES FRANÇAIS. (An. 1269)
vicloire. Sans pitié pour ces Allemands qui, Tannée pré-
cédente, taillaient en pièces ses compagnons à Laterina, il
avait urdonné de ne pas faire de prisonniers*. Guido No-
vello, toujours « prudent devant le danger*, » parvint à
s'enfuir. Moins jaloux de vivre, Provenzano trouva la
mort sur le champ de bataille. Sa tête fut coupée et pro-
menée dans tout le camp au bout d'une lance. Ainsi se
vérifia, dit Tronci, la prédiction que le Démon lui avait
faite, que, dans ce combat, sa tôle serait la plus haute du
camp*. »
Si les Florentins eussent attendu, pour combattre,
l'arrivée de leurs milices, ce succès sans portée, prétendue
revanche de Montaperti*, aurait pu être un désastre pour
les Siennois. Il ne fut qu'une humilialion. Jehan Britauz
rentra dans Florence avec le poteslat et les gens de pied
qui l'avaient rejoint à Barberino. Traînant à terre les
enseignes conquises , il emmenait captifs un certain
nombre d'ennemis non Allemands, car aux Allemands
seuls il refusait quartier*, et il faisait trophée du carroccio
^ Ësseado tutti gli ailri tagliali a fil di spada, perché non s'atlese a far
prigioni. (Tronci, 1369, p. t!27.) Le Minorité donne 1500 cavaliers à Pro-
venzano, la plupart Allemands, dont 500 auraient été tués et autant blessés.
C'est peu vraisemblable.
' Holto cauto ne' pericoli a rilirarsi in sicuro. (Âmmirato, l. UI, p. 144.)
—^ Cuutissimo cavalière ne' pericoli per ritirarsi in sicuro. (Tronci, ibid.)
Le témoignage de Tronci est accablant , parce que c'est celui d'un Pisan ,
d'un gibelin, d'un ami. — Par une singulière inadvertance, M. Bonaïni con-
fond ici Guido Novello avec Guido Guerra (Gion, stor. degli arch. tosc,
t. UI, p. 83).
' E si verifico in lui la predizione fattali dal Demonio, il quale mentila-
mcnle gli disse che la sua testa sarebbe stata la più alta del campo in quell'
abbatimento. (Tronci, ibid^) Cf. Minoriiœ, etc., p. 663.
^ La città di Siena.... ricevette maggior danno.... in questa isconfitla
che non fece Firenze a quella di Montaperli. (Villani, VU, 31.)
' Avec une précision suspecte, Paolino (U, 32) dit 1644 prison-
mers.
(An. i'269 NOUVELLE CAMPAGNE COMMUNE. 159
de Sienne, que protégeait contre les outrages accoutumés
rimage peinte de la Vierge, son principal ornement*.
Selon un témoignage contemporain, le sire d'Hangest
aurait pu proflter mieux de la victoire. « J'étais alors à
Sienne, écrit un frère mineur florentin, dont les brefs
mais expressifs récits sont si précieux pour ce temps-là.
Un tel effroi avait saisi les fuyards, qu'ils cherchèrent un
refuge, non dans la ville, mais en d'autres lieux, de
divers côtés. Si Jehan Britauz, en les poursuivant, eût
paru devant les murailles, il ne se fût trouvé personne
pour les défendre. Celle victoire abattit à ce point les
gibelins, qu'ils ne s'en relevèrent jamais*. » Le chroni-
queur, ici, est dupe de ses premières impressions. De faute
commise, il n'y en eut qu'une, celle d'attaquer sans at-
tendre lesmilices. Le reste en était la conséquence forcée.
La victoire n'avait été qu'une surprise, et la surprise avait
produit une panique. Mais les paniques ne durent point,
surtout quand ceux qui s'y abandonnent peuvent se rallier
derrière de forts remparts. Rentrer à Florence fut donc
un acte prudent, peut-être nécessaire. Il fallait, en effet,
reprendre des forces , épier l'occasion de fondre à Tim-
proviste sur d'autres ennemis.
Elle se présenta au mois de seplembre suivant. Une
expédition fut dirigée contre le château d'Ostina, que les
Pazzi du val d'Arno, gibelins impénitents, avaient poussé
à la rébellion. Il fut pris et rasé selon l'usage'. De là, le
vicaire de Charles courut défendre les Lucquois contre
^ SaWo che la carroccia non si strascicè, che v'era entro dipintala nos-
tra donna. Quella si recô a San Giovanni. (Paolino, U, 32.) — Cf. Villani,
VU, 3i. — Ammirato, 1. IH, t. I, p. 143. — Andréa Dei, R. I. S., t. XV,
36. — Muratori, Ann, éTItaL, 1269.
• Minoi'Uœ, etc., loc. cit,^ p. 663.
' Villani, VU, 53. — Paolind, H, 52. — Ammirato, I. Ul, t. I, p. U4.
160 EXIGENCES DES TOSCANS (An. i269)
les Pisans, qui n'osèrent point sortir de derrière leurs
murailles. Il dévasta tout le pays et s'empara du château
d'Âsciano^ Les malheurs d'une année exceptionnelle
furent un insurmontable obstacle à de plus sérieuses en-
treprises.
En avril, la neige, la gelée avaient brûlé les vignes, et
des vents impétueux déraciné les arbres. Des myriades
d'oiseaux et d'insectes, passant sur l'Italie, y avaient ravagé
les champs. Arrachée du sol par im tremblement de terre
sans pareil, la montagne d'Ancône s'é(ait abîmée dans la
mer*. Depuis l'automne, des pluies diluviennes noyaient
le pays. La moitié de Florence était dans l'eau. Les bois
qu'entraînait l'Arno dans sa course furibonde, brisaient,
emportaient les ponts de la Trinité et de la Carraja. La
disette, conséquence obligée de ces catastrophes, achevait
de ruiner la Toscane. Volterre envoyait des ambassadeurs
exposer au sire d'Hangest qu'elle ne pouvait plus payer
leur solde aux hommes de la taglia^ et qu'elle lui laissait
la garde de ses remparts'. Les magistrats florentins se
déclaraient par écrit prêts à entretenir une nouvelle mi-
lice de cent cavaliers , mais résolus à ne plus payer l'an-
cienne, à ne plus fournir le même nombre d'hommes que
par le passé\ Allant plus loin, ils exprimaient hardiment
le vœu que le vicaire du roi fût Italien de naissance,
prévoyant, discret, probe, fidèle, et surtout qu'il sût se
contenter, pour ses dépenses et dommages, des gages et
' Minorita, Yillani, Paolino, Âmmirato, loc. cit.
* Yillani, VU, 35. — Ainmiialo, l. Hl, l. 1, p. 144. — Sigonio, Opéra
omnia, t. II. De regno Italiœ, I. XX, ann. 1269. — Muratori, Ann. d'Ila-
Ha, 1269.
> Cecina, Notizie di Volterra, p. 64, ann. 1269.
« 20 décembre 1269. Arch. di stalo, CapitoH, XXXV, 7 r*. Doc. publié
par Saint-Priest, III, 589, Âppend.
A>. \rtO) ENVERS CHARLES D'ANJOU. iCl
des allocations supplémenlaires que fixaient les statuts \
Le royal orgueil de Charles en saignait; mais, « potestat
de Florence*, » il accédait politiquement h cette demande,
« pour conserver le droit et l'honneur de la commune
contre les Pisans, les Siennois envahisseurs, les gibelins,
les exilés, les infidèles et traîtres habitants de Poggibonzi.
Avec l'aide de Dieu et de Florence, écrivait-il, nous nous
proposons de leur faire une vive guerre, jusqu'à ce qu'ils
se repentent de leurs actes, et que les Florentins tirent
des leurs honneur et avantage. Tant que vous ferez contre
eux ce que vous pouvez et devez faire, ils n'obtiendront
jamais une paix qui ne soit honorable pour nous, accep-
table et agréable pour vous*. »
C'était bien de l'humilité pour le plus fier sire des
fleurs de lis. Mais il mesurait son langage à ses forces et
à ses desseins. S'il voulait combattre les villes gibelines,
il ne pouvait s'aliéner les villes guelfes. Il ne pensait
d'ailleurs qu'à tenir, sans danger pour son pouvoir, sa
promesse de rejoindre le roi de France sur la plage de
Tunis. Avant tout, il devait donc garantir sa flotte, à l'al-
ler et au retour, d'une agression des flottes pisanes. Il
s'avança vers le nord avec un grand appareil militaire.
C'était pour lui le vrai chemin de l'Afrique. A Rome, il
reprit la dignité de sénateur, qu'avait dû abandonner
le Castillan. En d'autres temps il eût jeté son épée dans
* Vicarium ^talicum, yirum providum, discrelum et fidelem, cujus de-
votionem, fidem et probitatem ia magnis factis nostris cognovimus finniter
ab cxperto Tobis concessimus secundum quod Yestra postulatio continebat »
et Yolumus quod sit contentus salario et expensis et emendis prout in ipsius
cmtatis statutis plenius continetur. (Lettre de Charles, Naples, A jan-
▼ier 1270. Cod. dipl. del regno, t. H, part. I, p. 117.)
* < Potestas Florentie, > lit-on en tête de la lettre arec ses autres titres.
(/M., p. 116.)
» Ibid,, p. 116.
HIST. DB PLORBIICK. — U. H
162 CHARLES D ANJOU EN AFRIQUE. (An. 1270)
les balances du conclave, qui s'attardait à peser les mé-
riles, pour donner un successeur à Clément IV. Mais il
passa outre. Déjà l'imagination des guelfes de Toscane
voyait en ruines la cité puissante qui les tenait en échec.
Pise para le coup qui la menaçait. Ses ambassadeurs se
vinrent humblement jeter aux pieds du roi, et le roi, qui
savait calculer, flt fléchir, celte fois, les conseils de la ri-
gueur. Avec les Pisans, il conclut une alliance qui les
obligeait à le soutenir dans son entreprise de Barbarie*,
à tenir deux mois par an cinq galères à sa disposition,
enlin à ne plus exercer leur domination sur San Mi-
niato*.
Ces conditions étaient trop douces pour n'être pas ac-
ceptées avec empressement, observées avec scrupule.
Charles put gagner sans crainte cette plaine empestée
de Carthagequi avait déjà tué par ses tourbillons de sable
embrasé, par la putréfaction des nombreux cadavres
dont elle restait couverte, le légat apostolique, le comie
de Nevers, fils de Louis IX, et Louis IX lui-même. Il
trouva son vertueux frère « tout chaud, car l'esprit s'en
étoil tout maintenant issu'. » Par son arrivée, par ses
rares talents, il sauva peut-être les croisés, il rétablit du
moins leur supériorité compromise, se montrant tou-
jours, malgré bien des défauts et des torts, digne de ce
titre de roi qu'il ne tenait pas de sa naissance, mais que
la politique pontificale lui avait donné.
Durant son expédition, Guy de Montfort le remplaçait
* Malavolli, pari. H, l. H, f o9.
^ Guido de Corvaria, Historiœ Pisanœfrcujtnenta (R. I. S., l. XXtV^ 670).
— Tronci, AnnalipiMni, 1269, p. 226.
' Guillaume de» Nnngis, Hi$toire de Philippe UL ap. Uiii, de la France,
XX. 467.
(An. I5i70) GUY DE MONTFORT SON VICAIRE EN TOSCANE. 163
en Toscane, avec le titre de vicaire général et la mission
d'enlever aux gibelins leurs derniers poinis d'appui. Les
Florentins s'y prêtaient de leur mieux. Sur Tordre de
Monlfort, ils détruisaient les châteaux de Piandimezzo et
de Ristuccioli^, où la puissante famille des Pazzi renou-
velait, en juin 1270, la rébellion tentée et réprimée à
Oslina l'année précédente*. Lui-même il marchait contre
Poggibonzi, « pierre de scandale en Toscane, » par l'a-
sile obstinément donné aux proscrits. En partant, le roi
avait laissé l'ordre de détruire cet odieux nid de rebelles,
si, dans le délai de quinze jours, les habitants ne l'avaient
détruit de leurs propres mains'. Après avoir pris la
place d'assaut, Montfort dut faire accomplir sous ses
yeux cette tâche, se bornant, du reste, selon l'usage, à
démanteler les remparts, à y ouvrir une brèche. Le mal
était bientôt réparé sans doute; car, trois ans plus tard,
en 1273, Poggibonzi, toujours debout, refusait encore
d'ouvrir ses portes à ses exilés guelfes, et plutôt que de
recommencer un siège, le roi, si puissant dans son
royaume, autorisait ceux-ci à construire des maisons
dans la plaine, au pied de la colline, si toutefois le
parti guelfe à Florence le permettait*.
Quoi qu'il en soit, Pise réconciliée et Poggibonzi pour
^ Pian di Mezzo et Pian ira Vigne, même localité, deux châteaux, val
d^Ârno supérieur, pays d'Arezzo (Repetti, IV^ 185). — Ristuccioli, même
conirée (ibid., p. 779).
« Yillani, VU, 37. — Ammiralo, 1. lll, l. I, p. 145.
' Coppi, Annali e meînorie d'uomini illMridi San Gemignano, p. 150.
Inghirami, Vf, 467.
^ Le diplôme est daté de Sienne, 16 août 1275. Voy. Cod, dipl. del rc-
gno^ t. Il, part. I, p. 117 note. ~ C'est Sans doute ce fait mal inlerprctc
qui fait dire aux chroniqueurs que Montfort contraignit les habitants qui ne
▼calaient pas cmigrer dans d'autres villes, à s'établir au pied de la col-
line.
104 l'AlX AVEC SIENNE. (Ak. V2l{))
le momcnlaballue, Sienne ne pouvait différer longtemps
sa soumission. Montfort sut la lui rendre facile*. Les
nouvelles de Tunis lui commandaient de hâter le dénoû-
ment, sans l'imposer par la force. Que le roi vînt à
mourir après tant d'autres, qu'il subît seulement un
grave échec, tout pouvait être changé en Toscane. Le
4 août 1270, malgré quelques fanatiques, ardents à
faire de Sienne une nouvelle Sagonte, furent conclus
les accords de la paix*. Ils contenaient une clause sin-
gulière. Le roi et son vicaire ne devaient entrer ni rési-
der avec leurs gens dans la ville, avant qu'elle eût re-
formé son gouvernement, rappelé ses exilés, rétabli la
concorde, à moins que cette réforme ne se fit attendre
plus de trois mois'. On ne l'attendit pas douze jours.
Le 15 août, les guelfes siennois rentraient dans leur pa-
trie ; la magistrature des vingt-quatre et celle des douze
buoni nomini n'en formaient plus qu'une seule, mi-
partie de nobles et de bourgeois, sous ce titre désormais
consacré : les trente-six gouverneurs de la ville et de la
commune de Sienne*. Des deux paris on se ruait à la
paix avec un égal empressement.
Reçu avec autant de reconnaissance que de pompe
^ S'interpose pmdentementc a (ratlar quella pace, et havendola con sin-
glilnr dcstrezza coiichiiisa. (Malavolti, part. IF, 1. IF, f 59 ▼*.)
* Voy. le doc. dans Saint-Priest, IV, 246, Append. Cf. Malavolti.
' Che il re c suc vicario non possano entrare e stare liberamente colla
loro génie nclla ciltà di Siena, finchè la ciltà predelta non sia riformata di
poteslâ e copitano di popolo, e gli usciti, e quelli di dentro non saranno in
concordia , che sia riformata. — Sintenda che la detta riforma sia fatta di
qui a tre mesi, passati i quali, falla o non f:itta questa riforma, possa il ro ed
il suo vicario entrare nella detta città. (4 agosto 1270. — Copia fatta in
Viterbo nel 1271, il 29 di marzo, (la Giovanni di Paganello notaro,
— Ap. Saint-Priest, IV, 247, Append.)
^ Triginta sex gubernatorcs civitatis et coiiimunis senesis. (Malavolli,
part, il, l.ll, f 40r'.)
(Aw. 1270) LIGUE GUELFE EN TOSCANE. 105
dans une ville qu'il avait ménagée, quoique l'isolement
la mît à sa merci, récompensé de ses bons oflSces par un
don de seize cent vingt-cinq livres valant mille florins
d'or et par les riches présents prodigués à sa suite *,
le vicaire royal complétait son œuvre en formant une
ligue guelfe où entrèrent Florence, Sienne, Fisc, Pisloia,
Volterre, San Miniato, d'autres villes encore. Cette
ligue eut plus de durée que les précédentes: c'est que
par terre ou par mer, les rois de la maison d'Anjou pou-
vaient à l'improvisle et rapidement s'élancer, de Naples,
contre qui violerait la foi jurée, pour le mettre à la rai-
son*. Les guelfes forcenés auraient voulu que les villes
si longtemps gibelines fussent soumises, non alliées:
exempt de leurs passions locales, le violent Montfort eut
plus de modération'. Être ramenés parfois à l'équité,
malgré eux, c'était le plus clair bénéfice que les Toscans
trouvassent à vivre sous des chefs étrangers.
Mais la paix, en ces temps-là, n'était jamais qu'une
apparence. Contre d'implacables rancunes, conlre des
rivalités ou des ambitions sans trêve, le vicaire royal se
voyait impuissant. Lucques guerroie contre les gibelins
de Montecatini. San Gemignano, une bourgade à peine
* Les députés chargés de bien recevoir à Sienne le vicaire Guy de Mont-
fort sont autorisés à dépenser 600 florins d*or (Cons. délia Campana^ Xlfl,
74, 28 novembre 1270). — Nouvelle autorisation de ce genre pour régaler
les magnats et barons de la cour du roi , et , en même temps , démarches
auprès de Charles pour obtenir de lui des privilèges (30 décembre 1270.
Ibid.j p. 111). A ce moment, tous les actes de Sienne montrent une sou«
mission absolue.
* Malavolti, loc. cit. Cet auteur, étant siennois, mérite créance quand il
affirme la gratitude de sa patrie.
' Carlo provô non piccol disturbo dai capi di parte guelfa, poichè avendo
questi in testa di domar la alterigia de' Pisani, si dolsero fortemente di
quella unioue. (Fioravauti, p. 251. — inghirami, YI, 470.)
166 GUY DE MONTFORT COMPROMET (An. 1271)
fortifiée, respire la révolte'. Sienne est agitée depuis le
retour de ses guelfes*. Montfort commandait à Florence,
quand on y tranchait la lele à cinq notables gibelins,
dont Âzzolino des Uberti, fils du grand Farinata, et ces
rigueurs ne surprenaient personne, pas même les victi-
mes. c( Nous allons payer une délie que nous ont laissée
nos pères, » disait philosophiquement Azzolino'. S'il était
un gibelin, pourtant, qui pût croire ses dettes payées,
c'était bien celui dont le père avait sauvé Florence d'une
ruine certaine ; mais ces marchands, si experts à ba-
lancer le doit et l'avoir sur leurs livres de comptes, ne
sentirent jamais qu'il fût monstrueux, dans la vie poli-
tique, de réclamer deux fois le payement.
Ce fut bien pis encore quand, par leurs imprudences
et leurs fautes, Montfort et son roi eurent compromis leur
autorité. A Viterbe où il s'était rendu pour baiser la
main de son maître, un jour, dans l'église, pendant la
messe, au moment où le prêtre élevait l'hostie, Montfort
avait « percé au sein de Dieu, comme dit Dante, le cœur
qui saigne encore sur la Tamise*, » celui d'un prince
anglais, fils de Richard de Cornouailles et neveu
d'Henry III. Pour venger son père Simon, comte de
Leicester, tué à la bataille d'Evesham, le 1""* août 1265,
' Coppi, Annali di San Gemignano, 1. 111, p. 153.
« MalavoUi, part. H, 1. FIF, P*' 41, 42.
> ViUani, Vil, 35. — Paolino, II, 29. — La date de cet incident nast pas
bien fixée. Paolino le met au 8 mai 1268; Villani en mai 1270; mais il
brouille toute la chronologie de cette année, et Paolino lui-même avoue qu'il
n^est pas sûr de son fait. Trois gibelins furent décapités ; un quatrième,
nommé Conticino, obtint grâce de la vie, à cause de son jeune âge et parce
que Ruggieri Rosso des Adimari voulait faire de lui son gendre; mais il alla
languir et mourir dans la tour de Capoue (voy. Paolino, II, 29, 30).
^ Celui fesse in grembo a Dio
liO cor cir in Tamigi nncor si cola.
•/«/•., XFI, 110.)
(An. 1271) SON AUTORITÉ ET CELLE DU ROL 107
et traîné dans la boue par les royalistes*, pour se venger
lui-même, car ce champ de bataille Tavail vu aussi
tomber percé de coups, il frappait un simple cousin du
vainqueur, moins responsable encore que le vainqueur
lui-même d'accidents qui sont le destin des combats.
L'avoir renversé mort suffisait à sa vengeance, conforme
aux idées d'un temps qui étendait à tout membre de la
famille ennemie l'odieuse peine du talion ; mais ses amis
lui rappelant que « son père avait été traîné, » il rentrait
aussitôt dans l'église, prenait par les cheveux le cadavre,
et le traînaitsur les dalles jusqu'au dehors. « Sacrilège,
homicide, dit Yillani, il s'en alla sain et sauf dans la
Maremme, sur les terres du comte Rosso dell'Ânguillara,
son beau-père *. »
Du coup son autorité était perdue, même pour son
maréchal, qui le remplaçait. Charles d'Anjou, de son
côté, avait compromis la sienne, en le laissant s'éloigner,
sans donner seulement ordre de le saisir ou de le pour-
suivre. Edouard d'Angleterre et Philippe le Hardi, re-
venant de la croisade pour prendre possession de leurs
trônes respectifs, quittaient précipitamment Viterbe et
la sanglante cour qu'y tenait le roi de Sicile. Sa conni-
vence criminelle avec le sacrilège avait déterminé, après
trois ans de conclave, l'exaltation d'un pape qui n'étail
point sa créature, Tebaldo Visconti, archidiacre de Plai-
sance, qui prit le nom de Grégoire X.
Ce saint mais faible vieillard était alors en Palestine.
Forcé d'en revenir, il ne rêvait que d'y envoyer l'Europe.
* Guy était le quatrième fils de Simon, qui appartenait à Paristocratie an-
glaise par sa mère et en défendait les privilèges.
« Villani, VII, 59. — Paolino, H, 32. — MalavolU, part. H, 1. III, ^ 41 V.
- Sismondi, II, 478. - Henri Martin, IV, 354.
168 GRÉGOIRE X VEUT RÉCONCIUER (An. 1272)
Tous ses efTorts tendaient à rendre la croisade possible,
à en accélérer les préparatifs. Dès Tannée 1272, il con-
voquait à Lyon, pour 1274, un concile général \ Dans
rinlervalle, il se flattait de réfréner les ambitions parti-
culières, notamment celle de Charles d'Anjou, qui voulait
reconstituer à son profit le royaume d'Italie, et celle des
Florentins, qui entendaient, avec Taide de ce prince,
dominer sur la Toscane. Il se proposait de donner à la
commune de Florence assez de force pour tenir le roi en
échec, mais non pour se passer de lui. Il résolut donc
de faire dans cette ville un séjour qu'il présentait comme
un sacrifice*, et « d'unir avec l'aide du roi, qui était la
pierre angulaire, les cœurs discordants par le bitume
d'une charité indissoluble '. »
Ce dessein ne pouvait rencontrer d'opposition nulle
part. Les marchands de Florence avaient des raisons
sérieuses d'applaudir au rappel des gibelins. Comme le
pape et plus que lui, ils voyaient avec inquiétude Charles
d'Anjou ouvrir aux gens des métiers les rangs de la no-
blesse guelfe, en conférant à bon nombre d'entre eux le
ceinturon de chevalerie. Ces roturiers, ivres de leur
dignité d'emprunt, prenaient le nom de grands, et, pour
s*en montrer dignes, s'alliaient à la vieille aristocratie,
combattaient avec elle un gouvernement de bourgeois.
Le retour des nobles gibelins, ennemis avant tout des
i Ann. eccL, 1272, § 21, t. XXII, p. 301.
* i Licet grandium negotiorum moles ingrueret , licet pro illonim pro-
secutione ad assumpti contiuuationem ilineris dos qualilas ipsorum urgeret,
nihilominus tamen illis ad tenipus omissis.... una cuin ipso Rege ad civi-
tatem divertenles eamdetu. (Ordo pacis, etc., Ann. eccLy 1273, §28,
t. XXII, p. 333.)
3 Quateaus illo favenle, qui est lapis angularis.... dissidentium corda in-
dissolubilis charilatis hitumine unirentur. (Ibid,)
(An. 1273) LES GUELFES ET LES GIBELINS. 169
nobles guelfes, ne pouvait qu'affaiblir ceux-ci, en leur
opposant une nouvelle sorte d'adversaires, et contraindre
le roi de Sicile à se renfermer dans son rôle de protec-
teur.
Charles était trop clairvoyant pour ne pas prévoir le
coup dont il était menacé. Par avance, il avait voulu le
conjurer. Le 18 août de l'année précédente, il ordonnait
aux Siennois de détruire chez eux jusqu'aux fondements
toutes les maisons des gibelins impénitents, de les dé-
pouiller de leurs biens et possessions, de bannir leurs
familles hors de la ville et du district ^ À son instigation
ou à son exemple, le 10 octobre de la même année, les
guelfes siennois, maîtres du pouvoir dans leur patrie,
signalaient aux Florentins, comme funeste, toute alliance
avec Pise et la faction gibeline *• Ayant échoué dans ces
efforts, n'imaginant aucun prétexte plausible pour dé-
tourner le pape de ses projets, il feignit d'y acquiescer ;
il ne protesta pas même contre celui dont il était déjà
question, de nommer, pour circonscrire le champ de ses
convoitises, Rodolphe de Habsbourg, roi des Romains.
Avec l'empereur Baudouin, son beau-père', il devança
de quatre jours à Florence le chef de l'Église, comme
pour lui faire honneur*.
Le 18 juin 1273, Grégoire X y fit son entrée. Il alla
' Conêiglio délia Campana, XIU, 74.
* Ihid., p. 88 V.
' Charles avait épousé en secondes noces la fille de Baudouin , empereur
de Constantinople. Voy. MalaYOlti, part. II, 1. III, f 46 ▼% et Villani, VU,
42. Cf; Anselme [Hisi. gétiéal., etc., t. I, p. 597) qui renvoie inexactement
à Villani, une de ses deux autorités.
^Guido de Coryaria, Fragm, hitt. pit, (R. l. S., t. XXiV, 681.) Cet auteur
dit le 14. Comme il est contemporain, son autorité doit être préférée à celle
des chroniqueurs florentins, Villani, Stefani, qui les font arriver tous en-
semble le 18.
170 GRÉGOIRE X Â FLORENCE. (An. 1273)
loger chez les Mozzi, riches marchands, banquiers du
saint-siége, qui recevaient à ce titre les prélats de la
cour pontificale, dans leur maison surmontée d'une tour
et précédée d'une place qui portait leur nom, à Texlré-
mité du pont Rubaconte, sur la rive gauche de l'Arno *.
Il prit goût à celle résidence, à Tair pur qu'il y respirait,
à l'eau limpide et murmurante qui coulait sous ses
yeux', et sans doule aussi à ce délicieux amphithéâtre
de montagnes qui limitent l'horizon par leurs nobles et
purs conlours. Il résolut de séjourner tout l'été à Flo-
rence, et il y ouvrit aussitôt des négociations pour l'ac-
cord projeté. Il y appela Carlo Ruberto des Ruberli de
Reggio, poteslat de Florence et vicaire royal, ainsi que
Jehan de Busson, « préfet d'Élrurie*. » Il fit comparaître
devant lui les syndics et procurateurs des gibelins, et
ordonna que le parti guelfe tint une assemblée générale.
Mécontent des dispositions qu'il y rencontrait, il appela
en sa présence les vingl-quatre personnes que le conseil
général avait élues pour cette affaire, puis le conseil lui-
même*. Devant eux il dut plaider la cause de leurs
adversaires. « Ils sonl gibelins? s'écria- t-il. Soit; mais
ils sont chrétiens, ils sont citoyens, ils sont votre pro-
chain. Gibelins ! c'est là un vain nom, dont personne
ne connaît plus le sens. Si donc vous avez fait pour nous
^ Monaldi, Deîle famiglie fiorentine, p. 592, ap. Osseiu. fior.t Vllf, 54,
5* éd. — Charles logeait au a jardin » des Frescobaldi, et Baudouin à l'évô-
ché (Villani, VU, 42).
• Villani, YII, 42.
' Carlo Ruberto figure sur la liste des Offidales foienset et sur celle de
Paolino. Il n'en est pas de même de Jehan de Busson, qui est donne
sous le titre de prœfectus Etmriœ par les Ann, eccï., 1275, § 50, t. XXII,
p. 554.
* Ann. eccL, 1277», § 28, 20, t. XXII, p. 555.
(An. 1275) RÉCONCILIATION DES DEUX PARTIS. 171
la guerre, eh bien! pour nous aussi faites la paix*. »
Un pape parler ainsi des gibelins, au lieu de fulminer
contre eux ranalhèmeM Les vieux guelfes en étaient
confondus. Mais ils durent plier, momentanément du
moins, devant sa ferme volonté. Le 11 juillet, la récon-
ciliation fut consentie'. A vrai dire, les bannis en fai-
saient les frais : ils devaient remettre aux mains des
officiers royaux toutes les forteresses en leur possession,
et ne recouvrer que ceux de leurs biens qui étaient encore
disponibles. Dépouiller des autres les délenteurs, c'eût
été raviver leurs colères et rendre inévitable une nouvelle
lutte, une nouvelle expulsion*. A ce prix, Guido No*
* Gibellinus est, at christianus, at civis, at proximus^ Inane nomen quod
quid significet nemo intelligil. Quare si bellum pro nobis suscepistis, pro
nobis eiiam pacem suscipiatis. (Ann, eccLy 1273, § 27, t. XXll, p. 535,
d*après saint Ântonin et Léon. Bruni, 1. III, G.) Ce noble langage est peut-
être une réminiscence de Sénèquc parlant des esclaves : « Servi sunt? imo
hoinines, etc. » (Ep. ad LuciL, 47.)
* Saint Antonin (Chron., part. 111, titre 20. De Gregorio J, cap. 2,
§ 2, p. 201) prête à un député des magistrats un langage de son invention,
mais qui exprime les sentiments des vieux guelfes (Voy. Bonaïni, Giorn,
stor. degli arch. tosc, t. III, p. 87).
> Villani (VII, 42) dit le 11, et Simone délia Tosa (p. 207) le 2. Mais ce
qui rend très-probuble la date du 12 , c*est que Grégoire X fonda en com-
mémoration Téglise de San Gregorio , comme Tatlcste Tinscription qui y
était gravée, où on lit ce vers :
Lu ce duodena julii radiante sercna.
Voy. rinscriplion entière ap. Delizie (IX, 64), Bonaïni (îoc. cit,y p. 90)
et Manni (Annotations à Simone délia Tosa). Or Villani dit que l'église
fut fondée le jour même où fut conclue la paix. On ne concevrait pas
une erreur de dix jours, le chroniqueur ayant sous les yeux un si positif
témoignage.
* Ann. eccL, 1273, § 29. t. XXII, p. 534. Richa, Notizie istoridie délie
chiese fioreniine, t. X, p. 275. — Bonucci, Storia del pont. Gregorio J,
p. 101. Rome, 1711. — Sismondi (II, 480) dit que les gibelins recouvrè-
rent leurs biens. 11 n'y a rien de pareil dans les Ann. eccL, dans Villani,
ni dans Pignotti (I. 111, c. v, t. III, p. 127), un des meilleurs historiens de
la Toscane.
172 PAIX DES PARTIS ROMPUE. (An. 1273)
vello, son frère Simone et les autres du parti furent
déchargés des sentences ecclésiastiques ; une amende de
vingt mille marcs a sterling » fui infligée à qui violerait
le traité, moitié au profit du pape, moitié au profit du
roi*. Pour frapper fortement les esprits par une solennelle
cérémonie, on construisit sur la place des Mozzi, sous les
fenêtres pontificales, des estrades en bois où les citoyens
prirent place. Grégoire X menaça d'excommunication
quiconque violerait la paix. Il exigea des garanties, des
otages. Les syndics des deux factions, au nombre de cent
cinquante pour chacune, se baisèrent sur la bouche sous
ses yeux et en présence de tout le peuple, puis, pour
conclure, il posa la première pierre d'une église qui fut
construite aux frais des Mozzi et appelée San Gregorio
délia pace*.
De naïfs applaudissements éclatèrent; mais chacun
devait bientôt retrouver chez soi ses passions. Cette paix
dura juste quatre jours '. Un matin, les syndics gibelins,
qui étaient restés à Florence pour mener à bonne fin les
traités de paix, furent abordés, en rentrant au gite, chez
les Tedaldini leurs hôtes \ par des émissaires secrets qui
les avertirent, comme en confidence, que le maréchal du
roi, sur la demande des grands guelfes, les mettrait à
mort, s'ils ne se hâtaient de quitter la ville. Les chro-
^ Sub pœna viginti millium mardiaruin sierlingoruin pro medielate no-
bis, pro reliqua vero medietate dicto Régi solvenda. (Ordo pacis, etc., Ann,
eccL, 1273, § 29, t. XXU, p. 333.)
* Cette église était li Tangle oriental de la place où aboutissent la via de'
Renai et le fondaccio di San Niccol6, en face du palais del Nero, aujourd'hui
Torrigiani. Elle n'existe plus. Sur son emplacement , en 1810 , on érigea
une fontaine (Osi, fior.^ Vlll, 67, 72, 3* éd., et Vannucci, p. 151 note).
Yoy. la description de la cérémonie ap. Delizie, IX, 64.
' Non passarono quattro giomi. (Âmmirato, 1273, I. III, t. I,p. 148.)
* Cette maison était située près d'Or San Michèle (Villani, Yll, 42).
(An. 1273) INDIGNATION DE GRÉGOIRE X. 173
niqueurs doulent que ce dessein fût réel *; mais la seule
menace, dont ils ne doulent point, servait la politique
du roi en déjouant celle du pape. Alarmés, les syndics
s'éloignèrent, non sans se plaindre hautement de tant de
perfidie et sans laisser dans Tâme de leurs amis de
nouveaux ferments de haine*.
Grégoire X en ressentit un déplaisir extrême. Quelque
goût qu'il eût pour Florence, il n'y voulut pas séjour-
ner. Il partit, la laissant sous l'interdit, et presque
brouillé avec le roi'. 11 se retira dans le Mugello, avec le
cardinal Ottaviano, sur les terres des puissants Ubal-
dini. Ce court voyage, par un temps chaud, dans une
heure d'émotion et de courroux, le rendit malade. D'une
plume irritée, il reprocha au roi d'en être la cause*,
comme d'avoir fait échouer les négociations, pour sa
plus grande honte et pour celle du saint-siége. Il s'em-
porta jusqu'à l'appeler parjure {fedifrago)^ et les non-
veaux griefs réveillant les anciens, il l'accusa de nuire
aux projets de croisade, par ses hostilités contre Gênes,
* Les chroniqueurs doutent à cet égard : « 0 vero o non vero chc fosse, »
dit Villani, YII, 42. Cf. Paolino, II, 3i. Selon M. Bonaïni (loc, cit., p. 88),
Charles avait intérêt à Taccord, parce qu'une moitié des sommes qu'auraient
à payer ceux qui le violeraient devait lui revenir; mais il avait bien plus
d'intérêt à pécher en eau trouble, à diviser pour r^ner.
^ Andaronsene e fu rotta la pace. (Villani, YII, 42.) — Né ci6 senza
averne conceputo odio contro il Re Carlo , pcr opéra del quale si credeva
che quel disordine fusse seguito ; perché andatone poscia a concilie, lacittà
rimase negli humori soliti. (Ammirato, 1272-1273,1. III, t. I, p. 147-
148.)
' Villani, loc. cit. Paolino (II, 34) dit que le pape resta en tout, à Flo-
rence, 2 mois et 5 jours ; mais on ne peut qu'être en défiance contre cet
excès de précision chez un auteur si peu exact sur les dates, particuliè-
rement quand il est en contradiction avec les autres autorités, et que son
témoignage est contfaire li toute vraisemblance.
Ex itinere gravem se contraxisse morbum. {Ann, eccL, 1273, § 50,
t. XXII, p. 334.)
174 FLORENCE SOUS L'INTERDIT. (An. 1275)
dont les flottes étaient si nécessaires pour conduire les
croisés aux saints rivages*. Mais, en même temps, s'ac-
crochant à l'espérance, qui aurait dû modérer son lan-
gage, il semblait croire que Charles ne refuserait pas de
réparer le mal : il l'invitait à se contenter de cinquanle
otages, à rendre leurs possessions aux gibelins, prêts,
disait-il, à une respectueuse soumission. H annonçait,
en terminant, l'envoi prochain d'un paciere, pour les
accords déCnilifs*. Vaines espérances, vaines supplica-
tions! Charles resta inébranlable, et Grégoire dut lui
rendre ses bonnes grâces. La communauté des intérêts
les rapprocha. Aux derniers jours de l'été, le roi avait
rejoint le pape, et, de compagnie, ils partaient pour
Lyon '.
Les Florentins, cependant, persistaient dans l'impé-
nitcnce, aussi obstinés à braver l'interdit que le saint-
siégeà le maintenir*. Durant trois années, ils vécurent
et agirent librement, comme s'ils eussent été en paix
avec l'Église. Ce fut un temps de guerre et d'anarchie :
durant le concile, le champ restait ouvert à toutes les
rivalités locales, aux plus contraires prétentions. Sienne
qui, par obéissance, avait rouvert ses porles à ses
* Charles avait confisqué les biens de naufragés génois. De Ih, dès 1272,
des hostilités où Gènes se trouvait forcée de s'appuyer aux villes gibelines ,
tandis que les villes guelfes^ Lucques, Pistoia, Florence, Arezzoj soutenaient
la cause rovalc dans une guerre qui noenaçait de s'éterniser (Voy. Ann. yen.,
1. IX, R. I. S., t. VI, 550-556.- llberti Foliota, Hhl. genuéns., 1. V, p. 575-
377, ap. Graevius. — Sismondi, II, 477-483).
» Ann. eccl., 1273, § 30, t. XXII, p. 334.
' Villani, VII, 42. — Ammirato, 1. IIÏ, t. I, p. 147-148.
. ^ Nec facile diterim major obstinatio in pontificc :mcontumacia fuerit in
civibus. Neque pontifex, quamvis multuni rogatus, inlerdictuni substulit, ne-
que prsestantes in republica cives eo conterriti mutavcrunt sentcntiaul.
(S. Antonini Chràn., part. UI, tit. 20i De Grcg. .Y, c. ii, § 2, p. 201.)
(An. 1274) ANARCHIE EN TOSCANE. 175
exilés, retombait dans les mêmes maux qu'aupara-
vant*. Bologne, à la suite d'une aventure romanesque,
qui divisait les familles déjà ennemies des Gieremiei et
des liamberlazzi, chassait tous ses gibelins', mais, chose
étrange! elle refusait contre eux les secours de Florence,
« afin que les Florentins ne gâtassent pas la cité de Bo-
logne comme ils avaient fait la leur'. » Ses milices al-
laient même à leur rencontre, dans l'Apennin, sur les
bords du Reno, et tuaient vilainement le chevalier du
potestat qui conduisait ces renforts peu goûtés*. C'est
qu'après avoir chassé une moitié de ses citoyens, Bologne
négociait avec eux. Les négociations rompues, elle dut
accepter, solliciter même l'appui de Florence, et aussi de
Parme, de Crémone, de Reggio, de Modène, de Fer-
rare ^
La nouvelle de ces désordres allait jusqu'à Lyon ré-
veiller le courroux du souverain pontife. De loin comme
de près il frappait d'interdit toutes les villes récalcitran-
tes*. Il leur cherchait un nouveau maître, plus puissant
que le roi de Sicile, ou plus libre de se faire obéir. C'est
alors qu'il confirma l'élection de Rodolphe de Habsbourg
comme roi des Romains, juste au moment où Rodolphe
i Malavolli, pari. H, 1. ÏII, f» 42 r" r.
• Pipini Chron., I. IV, c. vu, R. I. S., t. IX, 716. — Mathœi de Grif^
fonibUs Memoriale hislôncutrif I\. I. S., l. XVHI, 125. — Fra Bartolommco
délia Pugliob, Chron. di Bologna^ R. I. S., t.XVIH, 285. — Ghirardacci,
UisL di Bologna, 1. VU, p. 224-226. — Villani, VU, 44. — Ammiralo,
1274, 1. IIÏ, p. 148. — Malavolli, pari. II, 1. III, f»' 42 \% 45 r\
'' Dicendo che non voleano chc* Fiorenlini guastassono la loro ciltë, comc
aveano fatla la ciUà del Fiore. (Villani, Vil, 41.)
♦ Villani, VU, 44. — Ammiralo, 1274, 1. Ill, l. I, p. 148.
3 Muralori, Ann. d'Ilalia, 1274.
« Malavolli, part. II, 1. IH, 1^ 43 r. — Coppi, Ànti. di S. Gcmifjnano,
1. IH, p. 155.
176 RODOLPHE DE HABSBOURG ROI DES ROMAINS. (An. 1274)
allait êlre retenu dans ses Étals^ où Alphonse X, sortant
enOn de sa torpeur espagnole, s'apprêtait à se rendre en
Allemagne, pour défendre ses droils*. Politique intem-
pestive au premier chef, qui transformait en ennemi
Charles d'Anjou, qui lui ôtaitce titre de vicaire impérial
par lequel seul il avait autorité sur la Toscane et la Lom-
bardie, qui donnait en outre une tête au parti gibelin.
Les Pisans ne s'y trompaient point: sans retard ils implo-
raient le secours de Rodolphe. « Les lois affirment, di-
saient-ils, l'usage confirme, l'antiquité proteste, que le
pays des Toscans, pour ne pas parler des autres contrées,
est soumis au roi das Romains et lui doit tribut. La cité
de Pise pleure blessée par le glaive ennemi du souverain
pontife et de la majesté royale*. » Nul ne pouvait savoir
alors que Rodolphe, par reconnaissance envers l'Église
ou par calcul d'intérêt allemand, se bornerait à recom-
mander au saint-siége ceux qui se recommandaient ainsi
à lui-même'. Nul ne pouvait savoir que le pape, après
avoir suscité ce prince, hésiterait à lui faire appel, et
que le conclave, à la première vacance du siège aposto-
* Ardia el Rey Don Alonso en désir de ir a Alemana a tomar la corona y
insignias del imperio.... porque de afîos atras era muerto Ricardo el otro
competidor, se aparejaban para hacer nueva eleccion sin tener cuenta con el
Rey don Alonso. . . . Alterado el con esta nueva. . . , pretendia recompensar la tar-
danza pasada con abreviar. (Mariana, Hisloria gênerai de Espahaf 1. XIU,
c.xxn, t. Y, p. 114. V-alencia, 1789, in-4\)
* Lettre des Pisans à Rodolphe, ap. Cenni, Monumenta dominationit
porUificiœ^ t. II, p. 330 sq. Rome, 1760. Citation de Ronaïni, loc, cit.,
p. 169.
' Nunciiim nostrum una cum nuncio Testro ad curiam Domini papïe di-
rigimus ut de suo beneplacito et consensu finalibus desideriis Testris plene
satisfieri valeat super bis qux vestra petitio contincbat. Parati enim sumus
cxperiemur a vobis ultronei ad qusecumque que juita faToris apostolici
gratiam vobis honoris et commodi cedere valeant incremento. (Réponse de
Rodolphe aux Pisans, loc. cit.)
(An. i^llÂ) LES VlSœM'i DK GALLURA. 177
lique, rinviterail à ne pas venir en Italie avant de s'être
entendu avec le roi de Sicile et avec le futur pape^ En
tout cas, l'apparition de ce fantôme impérial à Thorizon
n'apaisa point les querelle^ de l'Italie. Bologne poursuit
la guerre contre ses gibelins', Vol terre l'engage contre
les comtes de Segalari et de Siserno, ses voisins*, Pise
voit pour la première fois ses guelfes relever la tête,
s'enhardir à une querelle célèbre, ou paraissent avec
éclat les Yisconli de Gallura^ et la puissante famille des
comtes delà Gherardesca'. » Cette querelle, ces familles
devaient toucher bientôt de trop près à l'histoire de Flo-
rence pour qu'on puisse passer ici sans en dire un
mot.
A Pise comme en Sardaigne, où il était juge deGal-
lura, Giovanni Yisconti vivait entouré d'hommes d'ar-
mes, sorte de sauvages ou de barbares qu'on n'avait pas
voulu admettre à résidence dans la ville, mais qui y ve-
1 Voy. la lettre des cardinaux et les faits, ap. Ann. eccL, 1377, n*" 48-
5*2, t. XXU, p. 433.
* Villani, VII, 47.
* Léo, 1. VIF, c. 1, t. II, p. 45.
^ La judicature de Gallura en Sardaigne, qui appartenait à Adelasie,
puis à Sun mari Michel Zanche, était devenue la proie du Pisan GioTanni
des Visconli, qui aspirait à s'y rendre indépendant de sa patrie, et en avait
fait hommage an saint-siége, a6n d'y être protégé. Voy. Sismondi, U, 493.
» Tronci, 1274, p. 230. — Sismondi, 11, 492. — Sur les Gherardeschi,
voy. Arch. stor., nuova série, t. IV, et Zobi, Contiderazioni ttorico-crt-
liche $uUa catastrofedi Vgolino délia Gherardesca, Flor., 1865, in-4*. —
Les Gherardeschi étaient une ancienne famille, tirant son origine d*une sou-
che commune avec les Ildebrandeschi de Sovana. Ils avaient de nombreuses,
de vastes terres près de la mer, qui baigne, ainsi que la Cecina, les fé-
condes plaines de leur 6ef impérial de Donoratico. Les terres appartiennent
encore à la famille, mais le château de Donoratico n'est plus qu'un mon-
ceau de ruines. Le palais dit Gherardesca, à Florence, près de la porte
Pinti , n'est dans cette famille que depuis le temps de Cosimo I. Des Scali ,
propriétaires primitifs, il était passé aux Nedici, et de là, par un mariage,
aux Gherardeschi.
HIST. DE FLt)Rb?ir.E. — II. 12
17S AUMCK DbS YlSCCHHTl. (Ak. 1274)
naient des châteaux environnants. On le voyait, renouve-
lant les mœurs féodales, faire tuer les gibelins ses enne-
mis, arracher ses sicaires des mains de la justice, ne
comparaître lui-même devant les juges qu^entouré de ses
clients et pour avouer hautement ses crimes. Exilé à
Kosignano, tandis que le fameux Ugolino de la Gherar-
desca, son allié, Tétait à Montopoli, il obtenait quinze
jours plus tard que la sentence fût révoquée, et il en
profitait pour armer de nouveau le bras des assas*
sins.
Cette fois, la mesure était comble. Banni de Pise et
même du territoire pisan, avec toute sa meute de guelfes S
tandis qu'Ugolino restait captif dans le palais du peu-
ple*, il se retirait à Florence, se liguait avec la taglia
de Toscane (29 septembre 1274), et faisait à sa patrie
une guerre sans merci*. En vain Pise envoie-t-elle à
Charles d'Anjou des ambassadeurs; en vain obtient-elle
qu'il interdise cette guerre sacrilège contre une ville ré-
conciliée à l'Eglise : on ne tient aucun compte des dé-
fenses royales. Le 5 novembre, Visconti s'empare de
Montopoli; il s'y établit, et quoiqu'il y meure au mois de
mai suivant, il y laisse les siens solidement retranchés*.
« Con suo seguito d*alquanli guelfi. (Villaai, VU, 46.) — Guido de Cor-
Taria, Fragmenta higtoriœ phanœ (R. L S., t. XXIV, 082).
* Guido de Corvaria, ibid, Sismondi (II, 493) prétend qu'on ne voulut pas
exiler Ugolino, parce que toutes les villes toscanes étant gouvernées par les
guelfes, c^eût été le livrer à ses ennemis. Il oublie qu'Ugolino, par son al-
liance avec Visconti, était plus qu'à moitié guelfe, et que Texil feût rendu
guelfe tout à fait, môme aux yeux des plus ardents du parti.
' Vilkini, Vil, 46. — Guido de Corvaria, ibid, — Marangone, R. I. S.,
Suppl., I, 552. - Simone délia Tosa, p. 208. — Aimnirato, 1275, 1. III,
1. 1, p. 149. — Ptolémée de Lucques, Brev, ami., 1274. — Bulle de Gré-
goire X, publiée par Fioravanti, p. 44-46, et plus correctement par Dal Borgd,
p. 266-269.
^ Les mêmes.
(An. 1275) UOSTIUTËS AUTOUR DE PISE. 179
D'ailleurs il ne moniait pas tout entier. Il laissait uû
(ils, comme lui nommé Giovanni, mais plus connu dans
rhistoire sous le nom abrégé de Nino de Gallura. Fils
d^une soîur d'Ugolino, ce jeune homme rapprochait, réu-
nissait en lui les deux plus grandes familles de Ptse, et
devenait le chef incontesté du parti guelfe dans sa pa-
trie. Il en était hors, et se tenait à l'affût, derrière les
murailles de Lucques. Ugolino l'y vint rejoindre. En re-
nonçant à sa judicature de Cagliari , qu'on déclarait
périméci il avait reconquis, le 8 juin 1275, sa liberté
dont il n'usait que pour adhérer ù la ligue guelfe et re-
prendre activement la guerre ^ Tandis que Guglielmo des
Pazzi du Yald'Ârno, à la tète d'exilés gibelins, repousse
vigoureusement en Romagne les assauts des Bolonais
contre Forli et Faenza, les Pisans sont battus à Bolgheri,
enMaremme, voient leur territoire envahi, dès le 24 juin,
par Ugolino et le maréchal de Charles. Bientina et Mon-
tecchio sont rasés, Yico Pisano et les lieux voisins dévas-
tés*.
Immobiles derrière leurs remparts, selon l'invariable
tactique des faibles, les Pisans invoquaient inutilement
les accords conclus par eux avec le roi; mais ils comp-
taient encore sur l'intervention pontificale. Loin de se
réjouir des succès de leurs adversaires, comme eussent
fait ses prédécesseurs, Grégoire X avait favorablement
accueilli l'ambassade pisane. Constant dans son dessein
de ramener la paix, il avait donné mission au franciscain
* Puiiipuu Littu, continué par Luigi l*as:>erini, Famiglie celehri italianc.
Conti délia Glierardesca di Pisa. Tavola V, t, VU, A-L. — Guîdo de Gorvaria,
loc. cit., p. 684. — Villani dit en mai. On doit préférer Tautorîtéde Guido,
à la fois contemporain et Pisan.
* Guido lie Corvaria, loc, cit., p. 684.
180 LA UGUË GUËLFfc: EXCOMMUINIÉË. (an. Vllh}
fionaventure du Mugello, aux dominicains Âldobrandino
de Sienne et Giovanni de Yiterbe, de la rétablir sans re-
tard. Depuis le 6 mai, ce dernier était à Pise, en qualité
de légat apostolique, et fort contrarié dans ses démar-
ches par celles des Florentins. Placés enlre Tenclume et
le marteau, les malheureux alliés de Florence ne savaient
à qui faire face. Sienne décidait d'abord de ne pas réunir
d'armée en carême ^ Puis elle consultait son évéque
Bernardo, qui déclarait avec ses théologiens qu'il fallait
observer la neutralité'. Mais c'était chose plus facile à
dire qu'à faire. Si l'interdit était redoutable, combien
plus ne l'était pas la puissance florentine, armée surtout
des serments et engagements pris par la commune de
Sienne à son entrée dans la ligue toscane ! Pour tout
concilier, « pour qu'Ugolino et les autres fussent con-
tents, » les Siennois accordaient un subside mensuel de
cent livres, qu'il fallait bientôt augmenter'. Le 5 juillet,
Giovanni de Viterbe, hors des gonds, faisait lire solen-
nellement, dans la cathédrale de Pise, la sentence d'ex-
communication contre les guelfes alliés\
Ce trait débile et sans portée n'empêchait ni les Luc-
quois de ravager insolemment le pays, durant une se-
maine, aux environs de Montecastello (8 juillet)', ni
Ugolino et le vicaire royal de conduire Lucquois, exilés
pisans, mercenaires de Florence et de Pistoia à l'attaque
du château d'Asciano, de s'en emparer, après en avoir
battu les défenseurs, de porter la dévastation dans le
* 14 mars 1275. Consiglio délia Campana, XX, 31.
* i^irf.,p. 70. 2 juillet 1275.
' Ibid., 55, 94, 103. — 22 mars, 22 août, 28 septembre 1275.
^ Yoy. la bulle dans Fioravanli, p. 44-46, et dans Dal Borgo, p. 266-
^200. Cf. Villani. VII, 45-46. — G. de Corvaria, lor. cit.
* G. de Corvaria, p. 08 i-685.
(An. 1275) GRÉGOIRE X DE NOUVEAU A FLORENCE. 181
Val de Serchio, et de livrer aux flammes la rocca de Ri-
pafralta(9-i2 septembre) *.
Grégoire X savait à quoi s'en tenir sur l'effet de ses
foudres sacrées. Rentrant dans les voies de la clémence,
le 8 octobre il se faisait précéder en Toscane, où il allait
revenir, par deux religieux, Benvenuto de Sarzane et
Gherardo de Prato, avec mission de ramener les excom-
muniés dans le giron de l'Église V Lui-même, il arrivait
à Florence le 15 décembre*. 11 n'y demeura, cette fois,
que peu de jours, peut-être même qu'un seul, — c'était
du moins son dessein * , — mais il eut le temps d'inviter
par lettres le roi de Sicile à rejoindre la cour pontificale,
fj'interdit se trouvait levé, parle fait de sa présence dans
celte ville; mais y voyant les esprits plus que jamais re-
belles, il le fulmina de nouveau, à peine hors des portes,
en murmurant ces mots du psalmiste : « Il faut dompter
avec le mors les mâchoires de ceux qui s'éloignent du
Seigneur *. » Sur le chemin de Vilcrbe, so sentant re-
* Villani dit le 3, au lieu du 9 ; mais Tautorité de Guido de Gorvaria ett
toujours plus sûre.
* Yoy. la bulle citée plus haut.
' La date est donnée par le pape lui-même dans une lettre au roi :
t 18 Kal januarii prospère ad locum qui dicitur sanctacrux,diœcesis floren-
tin», penrenimus. » (Ann, eccLy 1275, § 47, t. XXII, p. 389.) — Yillani
(Yll, 49) dit le 18 septembre. Simone délie Tosa (p. 209), le 14* jour a?ant
janvier (18 décembre). Villani prétend que Grégoire ne voulait pas entrer
à Florence , mais qu'il y fut contraint par une crue de l'Amo et ne fit que
traverser le pont Rubaconte, puis le faubourg San Niccolô. C'est une fable,
comme le prouve U lettre dont il vient d*étre question. Dal Borgo (p. 206),
Bonucci (p. 234) et M. Bonalni (p. 96) ont judicieusement refusé d'y ajou-
ter foi.
^ Ubi die una solito itineris intermisso labore , deinde versus Aretium
piocedentes, festnm nativitatis Dominiez ibi proponimut celebrare. (Ann,
eccL, ibid.) Mais rien ne prouve qu*en effet il ne loit resté qu'un jour à
Florence.
* In camo et freno mazillas eorum constringe qui non approximant ad
te. (Ptalm,^ XXXI. f 9.) Cf. Paolino, II, 35. — Noua croyona que cette
182 LA UtiUE EN CAMPAGNE CONTRE PI8E. (An. iâ76)
pris par la maladie, il alla mourir dans Àrezzo, le 12 jan-
yier 1276, à la grande joie des Florentins ^ Pontife
honnête et bien intentionné, mais sans aucune des qua-
lités qui font les grands règnes, il ne s'était proposé qu'un
but, la croisade, et n'avait conçu qu'un moyen de l'attein-
dre, la réconciliation des guelfes avec les gibelins. Or il
ne put envoyer personne aux rivages dje la Terre Sainte,
et jamais les haines, les guerres intestines, n'avaient sévi
avec plus de fureur V
La saison d'hiver n'y apportait qu'une trêve momen-
tanée. Le successeur de Grégoire X, Innocent V, put en
profiter, avec le zèle et les illusions des premiers jours,
pour de nouvelles tentatives en faveur de la paix. Mais
il ne tarda pas à reconnaître l'inanité de ses efforts. Le
27 mai 1276, Ugolino et ses exilés, le maréchal de Charles
et ses Français, les Lucquois et autres guelfes toscans,
formant une armée de quinze cents cavaliers, et c< beau-
coup de peuple ^, » pariaient de Ponledera et de MontOr
poli, puis s'avançaient dans le œntado de Fisc, pour
rouvrir leur patrie aux guelfes pisans et conquérir défi-
nitivement à la cause commune celte ville importante.
Tout à coup l'armée dut s'arrêter devant un obstacle im-
prévu. A huit milles de leurs murailles, entre Pontedora
\ydLTiie du récit des chroniqueurs floreotins peut être topue pour vraio,
puisqu*on voit dans tous les auteurs que Florence resta trojs ans sous Tin-
terdit.
« Yillanî, VU, 49. Âinmirato, 1275, 1. HI, 1. 1, p. U9.
* C'est le sentiment de Malavolti : « Si rinnovarono le guerre ci?ili coq
più odio che fussero slate, poichè guelfi ripreser gli stati di Firenze c di
Siena , e spesse volte pccorreva Tbaver a combattcre per la difesa o ppr la
recupcratione di qualche luogo occupato da' ghibellini, o per riscattar prede
fatte.... condanno sempre de' sudditi.... (Malavolti, part. U, 1. Il, r"4^ v*,
45 r).
"• K popolp assai. (Yiilani, Vil, ;>().)
(An. 1276) COMBAT DU FOSSÉ RINOiNICHf. 185
et Cascina, les gibelins, défenseurs de Pise, avaient creusé
un large fossé, qu'ils appelaient Rinonichi^ du nom d'un
château voisin \ et qu'ils avaient muni, sur une longueur
de dix milles ou plus, de palissades et de mantelets. Les
guelfes durent camper devant celte rivière faite de main
d'hommes, et que les gibelins qu'on voyait sur la rive
opposée étaient prêts à défendre. Profilant de ce temps
d arrêt pour renouer les négociations, le légat aposto-
lique Yelasco et les ambassadeurs du roi se rendaient à
Pise. Le 6 juin, ils y concluaient une trêve ', mais (rois
jours plus lard elle était violée. Des hommes de pied
avaient trouvé, vers l'embouchure du canal dans TArno,
un passage non gardé, parce que les difficultés y étaient
plus grandes qu'ailleurs. Grâce aux chaleurs de l'été les
eaux étaient basses, et une portion de Tarmée guelfe pou-
vait passer à gué, tandis que l'autre occuperait l'enne-
mi. Prises de flanc, malgré ce fossé profond dont elles se
croyaient protégées, les milices pisanes s'enfuirent, pour-
suivies par les Florentins *.
fi'échec ne semblait pas grand, mais il fut de consé-
quence. Si la captivité de quelques paysans, si l'abandon
de celte première ligne* n'étaient qu'un accident répa-
< Dal BorgOy Dîss. viii. — Maraugone, p. 554. — PignoUi, 1. 111, t. lU,
p. 130. — C'est par erreur que le nom d'Amonico a remplacé, dans divers
historiens, celui de Rinonichi.
* Guido de Conraria, loc, cii,, p. 685.
» Villani, VII. 50. — Ammirato, 1276, 1. UI, t. I, p. 150. — Tronci,
p. 233.
* IntroÎTerunt cilra fossum de Renonico in ?allem Ami et Pisanos ali-
quos stantes ad defensionem dicti fossi sconfigerunl, et aliquos ruslicos ce-
perunt, et parum damnum lune in dicta contrada feceruni, et eadem die ad
campum revcrsi fuerunt. (G. de Corvaria,R. I. S., t. XXIV, 686.) — Maran-
gone (R. I. S., Suppl., I, 554) avoue la grandeur de Téchec; mais il en
juge, comme les Florentins, par les conséquences. 11 est clair que ce n^élait
point 1^ uno grande bataille.
184 PAIX ENTRK IMSE ET U LIGUE. (An. 127«)
rable pour une ville puissante, Fise déçue y vit l'irrévo-
cable arrêt du destin. Le 13 juin^ la paix fut conclue
au camp des vainqueurs, sous le pavillon du comman-
dement, que désignait aux yeux un lion d'or, en présence
du brescian Corrado de Palazzo , vicaire général à
Florence * , el de son juge le piémontais Guglielmo
d'Alba, des polestats de Lucques, de Pisloia, de Prato et
de San Miniato. Le traité renouvelait toutes les stipula-
tions des précédenfs; il y ajoutait pour les Pisans Tobli-
gation de rétablir les exilés dans leurs biens, juridictions
et honneurs, et de restituer aux Lucquois divei*s châteaux ;
pour les Lucquciis l'obligation de remettre au nonce apo-
stolique tous leurs prisonniers; pour les Florentins et
autres guelfes, celle de payer dix mille marcs d'argent,
en cas d'infraction au pacte conclu '. Les exilés ren-
trèrent à Pise la tête haute et maîtres effectifs du pouvoir,
car, d'après le traité, c'est à leur requête que le pape
devait désigner le potestal vX les autres officiers publics *.
Mais, au fond, ce qui triomphait, c'était la politique,
c'étaient les intérêts des Florentins. Le grand port de la
Toscane était ouvert à leur trafic, et les guelfes qu'ils ve-
naient de rétablir n'avaient pas les moyens, ne pouvaient
avoir le dessein de le leur fermer. En butte à d'impla-
cables inimitiés, ces bannis de la veille n'avaient, au sein
* Sur la liste des Officiales foretues et sur celle de Paolino, il est porté
comme étant de Brescia. En 1278 , le vicaire royal s*appelle Scorie dclla
Porta, et en 1279 Duglione di San Giovanni {Cartapec, Strozz, Vguccioni^
doc. des 20 mars et 5 septembre 1279). Ou voit donc que Charles avait fait
droit à la demande des Florentins , et prenait désormais des Italiens pour
vicaires.
« Villani, VU, 50. — Ammirato, 1. III, t. I, p. 150-151. - Tronci,
p. 233. — Marangone, p. 555.
' Che in Pisa, a richiesta de* fuorusciti guelfi, il pontefice provcdesse di
podestà e ufBciali. (Ammirato, loc. cit., y. 151.)
(An. 1277) IM'ISSANCE DKS FI^mENTINS. lî<5
d'une population gibeline, qu'une puissance d'emprunt.
De puissance propre et réelle en Toscane, il n'y avait
alors que celle de Florence. Charles d'Anjou, malgré
tous ses titres de potestat ou de vicaire impérial, de
roi de Sicile et de sén.nteur de Rome, de gouverneur de
Bologne et de seigneur en Romagne, de protecteur du
marquis d'Esté et de la Marche Trévisano, n'avait d'ac-
tion sur la province que si les Florentins joignaient
leur cavalerie à la sienne et la soutenaient de leurs mi-
lices à pied, si surtout ils continuaient de lui ouvrir leurs
caisses publiques ou privées. Encore, pour acheter cette
faveur, devait-il donner à ces marchands, à ces ban-
quiers toute facilité de les remplir dans les ports de son
royaume, en y vendant les draps et les soies dont les ba-
rons et la cour étaient avides, en y renouvelant sans cesse
avec eux ces opérations financières à courte échéance,
où Ton vit s'enrichir les Frescobaldi, les Ârdinghelli,
les Peruzzi, les Bardi, et plus tard les Âcciajuoli, les
Alberti, les Yillani, les Pazzi, les Bonaccorsi, les Yalori \
Pas plus que Charles d'Anjou le saint-siége n'était en
mesure de rabaisser l'orgueil croissant de ces opulents
bourgeois ". L'interrègne après la mort de Grégoire X ',
une succession de papes éphémères après celle d'Inno-
cent Y, qui, lui-même avait à peine eu le temps de pré-
sider à la paix de Pise \ déshabituaient les Toscans
* Voy. Peruzii, Storia del commercio^ etc., qui donne à T Appendice,
p. ii sq., les documents d'après le Grande archivio di Piapoli, Sala diplo-
matica.
* Montre in questo modo cresceva la citti di fuori in riputaiionc e in
continue Tittorie sopra de' loro nemici, mollo più monlata dentro tra loro,
corne nella félicita suole aTvenire, la superbia e Torgoglio. (Ammirato, loc,
cit., p. 151.)
^ Simone délia Tosa, p. 209.
' ^ Le 13 juin 1277, les communes de la ligue toscane concluaient la
186 NICOLAS l[l BROUlLli: AVEC CHARLES D ANJOU. (An. 1277)
d'écouler la voix de TÉglise, de se plier li ses volontés.
Nicolas Ilf, en 1277, ceint-il la tiare pour plus de temps
que ses prédécesseurs? Il nuit à son pouvoir par son an-
tagonisme avec Charles d'Anjou. Issu des Orsini, grande
famille de Rome, et chef de la chrétienté, il ne croyait
pas trop prétendre en mariant un de ses neveux à la
nièce du roi. Mais le roi, « avec une superbe non moins
royale que française » dit Ammirato *, osait répondre
que, quoique chaussé de rouge, un pai)e n^ayant pas
reçu son pouvoir en héritage, était indigne de mêler son
sang au sang de FraYice '.
Dès lors, j>our Nicolas, c'est Charles qui est Tennemi.
Déjà suspect par sa rapacité sans égale, par ses intrigues
contre la réunion désirée des Églises grecque et latine,
menacé des foudres pontificales qui eussent fait de lui
comme un réprouvé, comme un proscrit dans son propre
royaume, où chacun haïssait sa main de fer, il doit résigner
sa charge de sénateur de Rome' et son titre de vicaire im-
périal en Toscane*. Le sacrifice consommé, il n'en voit
pas moins se dresser devant ses yeux le fantôme de Rodol-
phe de Habsbourg. C'est la rancune d'un pape qui appelle
l'Allemand en Italie contre le rude conquérant qui ,
paix et s'engageaient à remettre à Innocent Y la décision sur leurs difTiV
rends avec Pise (Arch. di Stato, CapitoU, XXIX, t" ^82 r-, 284 r).
* Con superbia non meno reale chc franzese. (Ammirato, loc, cii.,
p. 153,)
^ Perché egli abbia il calsiamento rosso, il suo lignaggio non è degno di
nQi3chiarsi col nostro e sua signoria non era rctaggio. (Villani, Vil, 53.)
3 En 1 278 , le 30 août , ses dix ans étant expirés , Nicolas Il[ lo força h
remottre les forteresses au peuple romain, h rappeler do Rome ses offi-
ciers.
* Villani, VII, 53. — Ammirato, loc, cit., p. 153. -— Ann, eccL^ 1278,
J? (>5 sq. — Muratori, Ann. dltaL, 1278. — Michèle Amari, Guerra del
veapro sinliano, c. v. — Ronnïni, loc. rit,, p. 169,
^Ah. 1277) RAPPORTS DK RODOLPHK AVEC FLORENCR. 187
raaitre dans le Midi, porte vers le Nord des regards allu-
més par la convoitise. Gagné par l'abandon de l'exarchat
de Ravenne et des biens allodiaux de Mathilde, Nicolas IJI
invite le roi des Romains à se hâter de rétablir la paix en
Toscane; il ordonne aux banquiers de Florence et do Pis-
loia de lui compter, pour sa roule, deux cent mille flo«
rinsV Avex Florence, placée encore sous le protectorat de
son rival, Rodolphe noue et entrelient des relations an^i-
cales. À a ses chers et fidèles Florentins » il annonce lui-
même sa grande victoire sur Otlocar de Bohême, tandis
que les marchands, les chevaliers qui avaient assisté à la
bataille, rapportaient déjà, par toute l'Italie, qu'ils avaient
vu périr le tiers des vaincus, les uns sous le glaive, les
autres dans les e«nux de la March'.
Mais quoique appelé et annoncé par le souverain pon-
tife, quoique rendu redoutable à l'avance par les reten-
tissantes trompettes de la renommée, Rodolphe de Habs-
bourg ne passera point les Alpes. Les eill-il passées, ce
n'est pas lui qui eût réussi dans la titanique enlreprise
où avaient échoué Frédéric Barberousse, Henri YI, Frédé-
ric H, Manfred, Charles d'Anjou. Les choses suivent et
suivront leur invincible cours. L'indépendance munici-
pale et républicaine est désormais si bien assurée, que nul
ne s'inquiète plus des dangers qui la peuvent menacer
du dehors. Ce sont les discordes du dedans qu'il faut
craindre. Les princes y pourront encore jouer leur rôle,
* Fioravanti, c. xv, p. 235. — Inghirami, VI, 482.
' Ilec predicta retuli sicut ex quorumdain mcrcatoruin lilteris de Vienna
misais in Tusciam didici, vol a magnis viris qui prelio inlerfucranl, vcnien-
tibus ad curiam Romanam narrata percepi. (MinorUWf etc., p. tG8.)
Les lettres de Rodolphe étaient adressées : « Prudentibus vins, Pôles-
tati, comuni ac universis civibus civitatis Florentie, dilectis suis fidelibus. »
(Ibifl.)
1«« NÊCKSSITfi iniNE RÉFORME. (As. 1277)
mais un rôle secondaire , qui aurait pu disparaître de la
pièce sans en altérer beaucoup le caractère ni le dénoû-
ment. Au torrent troublé qui entraîne les populations
toscanes et qui prive le saint-siége du point d'appui qu'il
voulait trouver, qu'il avait besoin de trouver en elles,
c'est un autre genre de digues qu'il fallait opposer. Les
Florentins le sentaient comme le pape; on allait les voir,
de concert avec lui , en élever la rapide mais résistante
construction.
LIVRE V
CHAPITRE PREMIER
CONSTITUTION DÉFINITIVE DE LA REPUBLIQUE
- 1278-1184 -
Discordes croissanlos cnlre les guelfes et les {pbelins. — Le cardinal Ulino,
légat et médiateur [8 octobre 1279). — Pouvoirs qui lui sont conférés. —
Paix entre les partis (18 janvier 1280). — RtUormc du gouvernement. — Le
saint-siége protecteur. — Les quatone. — Les mille de la milice civique. —
Révision des statuts. — liéforme semblable à Sienne, Yolterre, Pistoia. — Dé-
part du cardinal Latino. — Impuissance du vicaire impérial. — Prospérité à
Florence. — Ses relations avec le saint-siége. — Martin lY, fauteur des guel-
fes (1281). — Reconstitution de la ligue toscane (8 février 1282). — Les
vêpres siciliennes. — Les Florentins en Sicile. — Leurs délibérations finan-
cières. — Nouvelles discordes. — Us gibelins proscrits. — Commission pour
réformer le gouvernement. — Les prieurs. — Le potestat, le capitaine, le pro-
consul. — Leurs attributions : le gouvernement, la justice, la police, Tarmée.
— Les conseils : leur r6le dans l'État. — Magistrats subalternes. - Les am-
bassadeurs. — Caractère de cette Constitution. — Satiitfaction des Fbrentins.
— Fêtes et réjouissances.
Depuis longtemps déjà la population laborieuse était
l'âme même de Florence. Par le travail elle conquérait
la richesse, et par la richesse des loisirs, condition pre-
mière de cette culture intellectuelle qui est Thonneur des
peuples comme des hommes, et qui les met hors de
pair aux yeux des contemporains comme de la posiérité.
Le sentiment de ce double progrès développait chaque
190 INSOLENCE DES GRANDS GUELFES. (An. iS78
jour Tesprit d'émancipation et d'indépendance, si me-
naçant pour les anciens maîtres; mais ils ne semblaient
pas soupçonner le danger. L'insolence des grands guelfes
était sans bornes. Ils ne respectaient plus les magistrats
qu'ils avaient nommés eux-mêmes. Us s'abandonnaient
aux violences, ils commettaient les homicides que, dans
un État mal réglé, provoque la passion ou le caprice.
I^urs crimes restaient impunis, car ils trouvaient, pour
les protéger, Tappui de leurs pareils, qui achetaient à
ce prix la réciprocité ^ Contre ces hommes si considéra-
bles, si bien soutenus, en rapports constants et fami-
liers avec les chefs de la commuiM, toute condamnation
devenait difficile. Élait-elle prononcée? ils en obtenaient
sans peine la révocation. Envoyés en exil, ils ne s'y ren-
daient point\ Pouvanttout faire impunément, ils recom-
mençaient le lendemain, pleins de mépris pour les victi-
mes de leur arbitraire, pour les marchands et les arti-
sans, leurs anciens compagnons de combat. La diversité
d'origine réveillait leur morgue primitive ; la diversité
d'intérêts rouvrait l'abime qu'avait un moment fermé la
communauté des périls.
Le pis était qu'on ne pouvait exiger des magnats
guelfes plus de modération et d'égards. Au dehors, en
effet, aux portes mêmes de Florence, se tenait en éveil
rcniiemi héréditaire, la noblesse gibeline, guettant Toc-
casion de rentrer dans sa patrie, par des pratiques secrè-
tes ou par la force ouverte. On la redoutait trop pour se
brouiller avec des nobles qui ne demandaient qu'à la
combattre. C'est contre elle qu'étaient prises toutes les
mesures rigoureuses. En 1278, les grands gibelins qui
< Machiavel, lU. fior., 11, 20 B.
• Amrairalo, 1281. 1. Uï, 1. 1, i». 159.
(Ah. 1278) NÉCESSITÉ DE LES MÉAAGER. 11) 1
n'avaient pas quitté Florence y étaient exclus, par le sta-
tut en vigueur, de tout ofiice public ^ Si Ton faisait la
guerre au dehors, c'était pour les vaincre, eux et leurs
alliés, et de ces expéditions l'on revenait parfois la tête
basse, avec une ardente soif de vengeance qui refoulait
toute autre préoccupation, tout autre sentiment. Ainsi,
le 4 octobre 1278, partait le comte Guido Salvalico de
Dovadola, avec la cavalerie florentine. Sa mission était
de s'unir aux cavalcate de Bologne, de Parme, de Reg-
gio, de Modèue, contre les seuls gibelins de Forli, que
commandait Guido de Montefeltro, assisté de Guido
Novello. Le 14 novembre, les Florentins se voyant enle-
ver Civitella qu'ils avaient prise, cédaient à la panique ; ils
abandonnaient armes, chevaux, équipages, munitions,
et repassaient en toute hâte l'Apennin, tandis que, de
leur côté, les Bolonais rentraient chez eux^
Le moment n'était donc pas venu d'une rupture avec
les nobles guelfes. Leur puissance militaire ne semblait
pas de trop, à peine même la jugeait^on suffisante, pour
tenir tête aux gibelins. On déplorait qu'ils Taffaiblissent
}>ar des rivalités insensées entre gens de la même caste
et du même parti. Ce mal séculaire empirait tous les
jours « Au sein du parti guelfe, deux familles puissantes^
' Le statut manque, mais le fuit est prouvé par un document de VArch,
di Stato qu'a publié M. Bonaïni : « Slatuimus et firmamus quod nullus ghi-
bellinus possil esse in aliquo oflicio in civitate vel coinitatu Florenlie, et si
quis eum elegeril, puntalur in libris 25 .. Item quod nullus ghibellinus
possit esse consul, vel rector, seu prior alicujus arlis civitalis. Et si esset
positus ad eligendum et electus (condeinnetur) in libris 50 et cassetur de
ofBcio et sit precisum... subannis D. 1277, die 17 februaris (vieux style). »
Giomale storico degli archivi totcani, t. 1, p. 170. Janvier-mars 185?.
« Annal, Foroliv.W. I. S. t. XXII, 139-141. — Muralori, Ann.dllalia,
i'277. -— Les Annales deForlt donnent la date du jour, non celle dcTan-^
née, car elles n'en mentionnent aucune entre 1276 et 1279.
192 TItËVË AVtiG LES GRAiNDS GUELFES. (An. 1^78)
les Âdimari et les Donali, formaient comme deux factions
ennemies. Moins forts en soi, les Donati étaient soutenus
par lesPazzi et les Tosinghi, qui rétablissaient un équi-
libre funeste. Les clients accouraient se ranger derrière
leurs patrons. Des rixes continuelles devenaient facile-
ment des mêlées générales. Il était rare que, de part et
d'autre, on ne laissât quelqu'un des siens sur le carreau.
Ces divisions gagnant de proche en proche, avaient fmi
par s'étendre aux marchands, au menu peuple, à toute
la ville*.
A la fin, elles parurent intolérables à quiconque vivait
de son travail. Résolus à vouloir, les popolani imposèrent
aux nobles guelfes une trêve de deut mois*. Mais une
trêve, c'était pour eux le loisir de reprendre des forces,
d'organiser mieux la défense ou Taltaquei et il semblait
à craindre qu'à la reprise des hostilités l'une des deux
factions ne poussât l'autre dans l'exil, renfort inespéré
pour les gibelins \ Rappeler ces derniers, introduire
l'ennemi dans la place, parut le plus sûr moyen d'en ré-
concilier les défenseurs, de cimenter à nouveau leur an-
cienne union*. Moyen hardi plus encore qu'ingénieux,
et qui ne pouvait réussir que par Tintervention d'une
autorité respectée. Or celle de l'Église était la seule de-
vant qui tout Florentin s'inclinât.
* Per modo che quasi tutta la città n'era partita (Yillani, VH, 55.) Ste-
fani, II, 15. Aminirato, 1278. L. UI, t. I, p. i5'2.
* Stefani, II, 15.
' Se non parte guelfa si divideae cacciava Tuno Fallro (Villani, VII, 55.)
* Pensarono i capi di*l popolo per frenare questa insolenza ch'e fusse bene
rimeltere i fuorusciti (Machiavel, ht H, 20 B.) M. Hillebrand (p. ?92)
semble croire que ce rappel fut le fait des nobles, et ajoute que la bourgeoi-
sie commença à comprendre que c'était contre elle que se faisait la récon-
ciliation. Ainsi entendu, ce rappel ne s'expliquerait plus. Villani, au
reste, n*en parle pas.
(AN. 1279) MÉDIATION INYOQUÉli; DE NICOLAS 111. 193
C'est ainsi que ces subtils politiques dépéchèreut sans
retard une ambassade à Nicolas III. Gherardo des Buon-
delmorili, Fortebraccio des Bostichi, Cardinale des Tor-
naquinci^ chevaliers, et Oddone Âltoviti, jurisconsulte,
s'allèrent jeter à ses pieds au nom de leur commune, le
priant de lui rendre le bienfait de la paix, et promettant
de payer cinquante mille marcs d'argent, si, les décisions
pontificales prises, ils y contrevenaient \ Dans le même
temps, soit par hasard, soit pour balancer l'effet de cette
démarche, arrivaient plusieurs bannis gibelins. Ils ve-
naient supplier le pape de faire en sorte que la sentence
pacificatrice rendue naguère par Grégoire X fût enfin
observée par les guelfes de Florence, et rouvrît aux exi-
lés les portes de leur patrie'.
Rappelé si à propos, ce souvenir de désobéissance
flagrante était de nature à faire réfléchir le pontife sur
le danger de compromettre une fois de plus Tautorité
du saint-siége. Mais, à y regarder de près, les circon-
stances étaient changées. Les guelfes imploraient main-
tenant cette médiation suprême que Grégoire X avait
voulu leur imposer. D'ailleurs le père des fidèles rem-
plissait un devoir en réconciliant les citoyens d'une ville
ordinairement dévouée, et le souverain temporel trouvait
son compte à exercer sur la Toscane cette suprématie
que prétendait Charles d'Anjou. Nicolas III n'hésita donc
point à envoyer sur les bords de l'Arno le propre fils de
* Cardinale est son nom, comme on le voit dans un doc. de TArch. di
Stato {CapHoli, XXI, 176), dont un fragment est rapporté dans les DeUzte^
IX, 69. Un autre desConmlU délia Rqmbblica (I, C.p. 59) le montre po-
testat d'une petite localité en 1282. C'était là une fonction de citoyen, non
de cardinal.
Delizie, IX. (iO. ^ Ammirato, 1279. 1. 111, 1. 1, p. 152.
^ Villani,Vll, 55.Ste(ani, II, 15.
BIST. DE FLOiŒACE* — II 13
194 LE CARDINAL LATWO (Am. 1279)
sa sœur, Latino Frangipani des Brancaleoni, dominicain,
cardinal, évéque d'Ostie ctde Velletri*. C*était un homme
réputé pour son savoir*, mais surtout pour son élo-
quence ^ Il se trouvait alors dans les Romagnes en qua-
lité de légat. Il en partit sans retard, et le 8 octobre 1279,
il arrivait aux portes de Florence, escorté de trois cents
cavaliers de l'Église, pour faire respecter, dans une ville
si troublée, sa personne et ses décisions*. Les cavaliers
de Charles d'Anjou ne le rassuraient point. Leur pré-
sence n'avait pu rien empêcher. Ils n'étaient plus qu'une
poignée de mercenaires, payés par la commune et em-
ployés à son gré, le plus souvent au dehors. Le vicaire
royal vivait grassement de ses gages, sans commander a
personne, dans une inaction sans dignité. L'autorité de
son maître n'étant plus qu'un fantôme, on laissait le fan-
tôme errer par les rues, sans prendre la peine de porter
le décret qui l'eût légalement dissipé'.
L'attention était toute à ce cardinal cvêque, à ce légal,
' Latinus Frangipanis vel Nalabranca quem J. Yillanus Brancalconum
familia satum dicit, [lomanus, Nicolai III ex sorore nepos. ( Yitœ et ret geitœ
poniificum romanorum et cardinalium Alph. Ciaconii ord.prœd, et alUh
rum opéra descriptœ, Rome 1677, in {*, t. U, col. 221.) Ce cardinal est
appelé simplement « Dom. Fr. Lalinus Ilostiensis et Yelletrensis episoopus »
dans les documents originaux (Arch. di Stato, Capitoliy XXIX, 324, et Deli-
zie, W, 69). Dans un autre document des Delizie (ibid,, p. 107), il est ap-
pelé i D. Raynaldus de Ursinis, cardinalis Latinus. » C'est bien du même
qu^il 8*agit, quoique Ciaconio (ibid , t. U, col. 512), à Tannée 1342, parle
d*un autre cardinal du même nom, mort en 1369. En fail, le cardinal
Latino ne tenait aux Orsini que par sa mère. Ammiralo (l. III, L I, p. 153)
rappelle Fra Latino Fregapane.
* Di grande autoritade e scienza. (Villani, VU, 55.)
' Hic cum condonator eximius esset, maximaque polleret facundia. (Cia-»
conio, ibid. col. 221.)
* Villani, VU, 55.
* Fauriel (Hist, litt. de la France, XX, 282) dit, en parlant du pouvoir
de Charles à Florence, qu'on ne voit pas bien clairement dans Thistoirt)
quand ni comment il finit. C'est qu'en fait il ne finit point. Il s'éteignit in-
(Ah. 1279) REÇU A FLORENCE. 195
à ce parent du pape, dépositaire sans doute de ses plus
secrètes pensées, et en qui une population crédule, tou-
jours prête à espérer, saluait Thomme providentiel, seul
capable de résoudre d'inextricables difficultés. Le clergé,
les ordres religieux, allèrent en grande pompe le rece-
voir. Les magistrats envoyèrent au devant de lui le car-
roccio^ les bannières des vingt et un arts, des députations
nombreuses de citoyens, une foule de jeunes gens nobles
achevai, parés comme pour des joutes {armeggiatori) ,
uniformément vêtus d'habits de taffetas à bandes de di-
verses couleurs {mdazzi). Autour du légat ils caraco-
laient avec l'aisance de leur race et l'agilité de leur âge ;
ils se dressaient sur leurs courts étriers, à la mode des
Maures, comme pour rompre une lance. Toute la ville
était sur pied, encombrait les rues, les fenêtres et jus-
qu'aux toits, sur le passage du cortège. Aux portes, le
cardinal sur sa haquenée fut placé sous un dais, comme
on faisait pour le pape ou pour l'empereur, et conduit à
la maison de messer Tommaso Spigliati des Mozzi, qui,
selon la coutume, avait l'honneur de lui offrir l'hospita-
lité ^
Il ne procéda qu'avec une prudente circonspection.
En politique avisé, il étudiait le terrain. Comme il pou-
vait ne pas réussir dans sa mission, comme il risquait d'y
compromettre sa dignité de légat et celle du pape média-
sensiblement, par In discorde entre le pape et le roi, par Timpossibilité où
se trouvait celui-ci de venir en Toscane. Fauriel ajoute qu'il n'y avait plus
dans la ville ni guelfes, ni gibelins, ni liberté. De liberté, au sens moderne
du mot, il n*y en avait jamais eu ; il y en avait de plus en plus par rap-
port aux relations des protégés avec le protecteur. Quant aux guelfes et aux
gibelins, s'ils étaient sur le point de se transformer, la transformation n'é-
tait pas accomplie.
i Paolino, 11, 36. — Ammirato, l. Ill, t. I, p. 15S.
196 POUVOIRS ACCORDÉS (Ak. 1279)
leur, il n'était venu en apparence que pour poser la
première pierre de Sanla Maria Novella, église projetée
du couvent qu'habitait son ordre des frères prêcheurs,
depuis les temps héroïques où Pierre Martyr terrassait
les Patarins. Le 18 octobre* eut lieu cette cérémonie.
Déjà étaient commencées par-dessous main les pratiques
pour sonder les cœurs, pour connaître, pour modifier,
au besoin, les intentions des magistrats et des princi-
paux citoyens de chaque parti. Le dimanche 19 novem-
bre seulement, on crut pouvoir rendre publics des des-
seins qui n'étaient, comme on dit, que le secret de la
comédie.
Par l'ordre du potestat se réunirent, sur la place de
Sanla Maria Novella*, Scurta délia Porta, vicaire royal,
Adenolfo del Conlo, capitaine de h parte guelfa^ les ma-
gistrats, les conseils et le peuple. Le cardinal prit alors
la parole et annonça son projet de supprimer, avec l'aide
de Dieu, les dissentiments entre guelfes et guelfes, entre
guelfes et gibelins, et même entre gibelins et gibelins'.
* Cette date est constatée par une inscription du temps, qui existe encore
aujourd'hui. Aux années suivantes, se succèdent les achats de maisons i ad
faciendam plaleam ante ecclesiam S. M. Notell». » 1283, 1284 {CapUoli,
Xn, 101). 5 février 1287 (ibid,, XLl). — Voy. Gaye, Carteggio inedilo
rf'flWwa-, 1,416, 417.
' Il s'agit de la piazza vecchia de ce nom, située sur le flanc de Té-
glise, et non de la place nouvelle, tracée depuis devant la façade. (Voy.
Villani, VU, 55).
' Suc intenlionis erat super spccialibus discordiis que sunt inter guel-
phos ad invicem et etiam inter gibellinos ad invicem, et etiam que suut
inler guelfos et gibellinos civitalis et dislriclus Florenlie, de quibus sibi
videlur pacem auxilianle Domino reformare (Doc. de TArch. di Stato, Capi-
toit, XXIX, 346-547. Des fragments en ont été publiés par Ildefonso de San
Luigi (Delizie, IX, 69) et par BI. Bonaïni (Giom, itor. degli archivi ios-
cani, t. ni, p. 174. Avril-juin 1859). Ammirato (1. IH, t. 1, p. 153) a évi-
demment connu ce précieux document.
(Aif, 1270) AD CARDINAL LATINO. 197
Puis il demandn une balia * , non générale, mais spé-
ciale, c'est à dire de pleins pouvoirs sur les points sui-
vants : 1^ Contraindre les habitants de la ville et du
territoire à exécuter ce qu'il aurait décidé, à exiler, à
frapper d'amende les récalcitrants. 2** S'emparer de
leurs maisons, palais, tours et biens, pour les confis-
quer, vendre ou détruire, s'il le jugeait à propos.
3*" Prendre des otages, se faire remettre en garantie les
forteresses qu'il demanderait. 4° Donner à ses sentences
la même force que si elles émanaient du peuple entier.
5® Exécuter ses ordres sur tous ces points, sans objecter
statut, coutume, règlement, réforme ou serment con-
traire. 6^ Reconnaître son droit, s'ils manquaient à ces
engagements, de les contraindre, et s'ils s'obstinaient, de
fulminer les peines spirituelles à son gré. Aussitôt tout
le peuple et tous les personnages présents, sans aucune
opposition, accordèrent libéralement tous ces pouvoirs,
en s'écriant d'une voix unanime : « Ainsi soit! Ainsi
soit'! »
Tout semblait donc convenu ; mais pour qu'il n'y eût
pas d'équivoque, le cardinal reprit d'une voix forte :
« Comme il arrive souvent, dit-il, que beaucoup crient
dans le peuple, et cependant ne savent pas pourquoi ils
crient, je veux que tous comprennent bien ce qui se
fait'. » Il récapitula alors toutes ses conditions, et il
* Balidy du latin vaïeo, pouvoir, puissance. Selon d*(iutre9, de baiulo,
qui dans Tancienne langue signifie gardien, gouverneur, et dans la langue
courante faquin, portefuix (voy. le vorab. de la Crtuca et Del Lungo, notes
à Dino Gompagni, p. 95, n. i. Milan, 1870).
' Et inconlinenli totus populus et ouines suprascripti, nemine discor-
dante..., liberaliter concesserunt, una voce clanoantes : Ita sit ! ita sit ! ita
sit! (Document cité.)
* Quia sepe contingit quod multi clamant in populo et tamen nesciunl
quid clametur, volo quod omnes intelligant que aguutur. (Doc. cité).
lus EXÉCUTION DES SENTENCES DU CARDINAL. (Aw. 1279)
ajouta : « Si quelqu'un parmi vous y conlredil, ne les
trouve pas bonnes et utiles, et veut donner ses motifs,
qu'il se lève sans crainte et exprime sa volonté \ »
Comme la première fois, l'assentiment fut unanime. Fra
Latino, aussitôt, lit tout écrire par le notaire Bonamore,
et conclut en disant que puisqu'il était muni du droit de
lodarCy c'est-à-dire de rendre une sentence arbitrale, de
rétablir l'accord, quiconque y contreviendrait serait
puni, resterait en exil s'il y était déjà, y serait envoyé,
s'il était encore dans la ville', perdrait la protection de
la commune pour ses biens, serait puni, au besoin,
dans sa personne, corporellement et spirituellement'.
Certain dès lors de l'efticacité de ses pouvoirs, le légal
entreprit sans relard d'activés négociations. Remontant
à l'origine des querelles de parti, il pensa que s'il récon-
ciliait les Buondelmonli avec les Uberti, tout le reste
viendrait par surcroît. Comme les fils de Rinieri Buon-
delmonte, le bohémien, le diseur de bonne aventure^,
reslaient implacables dans leurs haines héréditaires, il
fit sur eux un exemple : il les frappa d'excommunication
et les envoya en exiP. On n'avait pas cru d'abord à ces
rigueurs. Quand on vit des citoyens si considérables
courber la tête et quitter leur patrie, chacun sentit qu'il
< Et iterato omnia premissa recapitulavit et dixit : Quod si quis esset in-
ter eos qui in suprascriptis in aliquo conlradicere vellet, Tel cui predicta
non viderentur bona vel utilia, et vellet aliquam cansam assignare, secure
surgeret et suam exprimât voluntatem. (Doc. cité.)
* Populus florentinus vocatus ad parla mentum prestilit licentiam et auc-
toritatem D. Legato Fra Latino cogendi quoscumque particulares ad pacem
el eoadem condemnandi et relegandi. (Doc. cité.)
' Doc. cité. Voy. Bonaïni, /oc, àt. p. 175.
^ Il a été question plus haut de celte victime de Frédéric II. Voy. 1. II,
eh u, 1. 1, p. 519.
» ViUani, VII, 55.
(Âir. 1:280) U PAIX SOLËlSNELLfclMENT CONCLUE. 190
fallait plier. Uberti et Buondelmonti, Adimari et Donati
consentirent à la paix. Tout ce qui semblait impossible
cessa de l'être. Le 13 janvier 1280, furent convoqués
dans le palais public le conseil général des trois cents,
le conseil spécial des quatre-vingt-dix, la parte guelfa de
la ville et du territoire, avec les quatorze huoni uomini
députés à la garde de la commune et de la parte. Sous
la présidence du potestat , Pietro Ranieri , proconsul
romain \ il fut décidé que les deux légistes fiardo d'Âm-
miralo et Jacopo d'Angelotto iraient, comme syndics do la
commune et de la parte^ engager au légat Tobéissance
de l'une et de l'autre, sous peine de cinquante mille
marcs d'argent \
Le paix était virtuellement conclue. Elle le fut solen-
nellement cinq jours plus tard, le 18 janvier, sur la place
de Santa Maria Novella, dans une seconde assemblée à
parlement. Sur un échafaudage en bois, recouvert de
tentures et dressé au milieu de la place, monta le cardi-
nal Latino, accompagné de l'archevêque de Bari, des évo-
ques de Pistoia, de Lucques et d'Àrezzo, ainsi que d'au-
tres prélats, clercs et religieux. Il prononça c< une belle
harangue, fournie de grandes et nombreuses autorités,
comme il convenait, sur une telle matière, à un si savant
et si brillant prédicateur *. » Il parla noblement du fléau
des factions, du bienfait de la paix, de ses efTorls et de ses
actes pour accomplir les volontés du saint-siége. Il fixa
* Lib, off. forent,
* Ârch. di Stato, Capiioli, XXI, 171. La partie principale de ce docu-
ment a été publiée par M. Bonaïni, loc, cit., p. i76. Un petit extrait 8*en
trouve dans les Delizie, IX, 68-09.
> Usando di grandi e molto belle autoritadi, corne alla materia si con-
▼enia, siccome quegli che era savio e bello predicatore. (Villani, VII, 55.)
200 PRINCIPALES CONDITIONS DE IJl PAîX. (Ak. 4280)
les conditions de l'accord entre les partis, renouvela ses
menaces de peines graves contre quiconque le romprait,
voulut que les gibelins fussent rappelés et remis en pos-
session de leurs biens, et que les syndics des deux partis,
nommés sur sa demande, se baisassent sur labouche^
Les immeubles devaient être restitués réciproquement.
Quant aux biens meubles, on pourrait, au lieu de les
rendre, en payer la valeur évaluée par un sage, à condi-
tion, toutefois, que ce fût sans retard. Les aliénations
faites par les parents des exilés, sans l'aveu de ceux-ci,
étaient déclarées non valables*. Les restitutions devaient
être accomplies dans le délai d'un mois, sur le jugement
sommaire du capitaine du peuple. Les gibelins exilés ob-
tenaient quatre mois pour payer leurs dettes. Une com-
pensation était accordée pour les immeubles détruits par
la commune en vue d'élever des églises ou des canoni-
cats, d'ouvrir des rues ou des places. Un guelfe avait-il
bâti sur le sol d'un gibelin ? Ce sol faisait retour h son
légitime propriétaire, sous réserve des arrangements à
prendre pour la valeur des constructions. Enfin l'amnis-
tie était accordée pour tous les délits politiques. En
étaient exclus les faussaires, les voleurs, les assassins,
les meurtriers de clercs, les violateurs d'églises, qu'ils
fussent d'ailleurs guelfes ou gibelins'. Pour tous les au-
^ Ces syndics étaient pour les guelfes Bardo d*Ammirato et Jacopo d'An-
gelotto, légistes ; pour les gibelins de la ville Filippo Spinelli et Jacopo de
Cingnano, juges; pour les gibelins du dehors Bouzolino de Bonzolo et Lot-
tieri de Vallungo, jurispnidenls (Arch. di Slato, Capiloli, XXIX, 530-331).
Plusieurs passages de ce document se trouvent dans les Delhie, IX, 71, 89,
sous ce titre : Actes officiels de la paix du cardinal Latino.
* Si consors bona consortis exsulis alienaverit, abenatio non teneat. (Doc.
cit. ap. Delizie^W^ 71).
* Exceplis guelfis et gibellinis qui non occasiono partis sed privatim de-
liquerunt (ibid,)
(Ar. 4280) RELÉGATION DES SUSPECTS. 201
très elle était si large et si sincèrement voulue, qu'on
détruisit les livres où se lisaient inscrites les précédentes
condamnations.
Ces conditions étnient équitables, mais surtout néces-
saires. A quoi eût servi de rappeler les gibelins, si, pour
trouver des moyens d'existence, il leur fallait recourir h
la force et troubler la paix ? Les personnes, les familles
suspectes de desseins violents, restèrent seules dans Texil.
Cinquante-cinq citoyens furent nominalement proscrits*
avec les Uberti, les Fifanti, les Gangalandi, les Âmidei,
les Caponsacchi, les Scolari, les Guidi, les Lamberti, les
Ubbriachi, les Pazzi du Val d'Arno. Confinés en certains
lieux du patrimoine de saint Pierre, entre Rome et Or-
vieto, ils devaient s'y trouver dans un mois, s'y présenter
aux magistrats, pour constater leur présence. Ils fournis-
saient d'ailleurs caution de ne pas s'éloigner*. C'était là
un châtiment tout autre que l'exil ordinaire, car ils res-
taient tenus de répondre aux officiers florentins qui les
appelleraient pour des causes civiles ou criminelles; ils
jouissaient de leurs biens et recevaient même des sub-
sides de la commune*; ils pouvaient toujours, avecl'agré-
* Le sesto de San Pier Scheraggio eut 20 exilés; le Borgo, 9; Por
S. Maria, 5; Porta del Diiomo, 5; San Pancrazio, 7; OItrarno 11. Dans le
nombre se trouvent des noms obscurs encore, mais destinés à la célébrité,
ceux de Monte d'Andréa d'Ugo des Medici et de Guglielmino des Ricasoli,
tous deux du sesto d'Oltramo {Delizie, IX, 72, 73.)
• llic infra mensem in partem Patrimonii S. Pelri se conférant singuli,
ad ta loca que intcr Uibuin Yeterem et Romam de nostra licencia duxerit
eligend:i, ibidem in confinibus moraturi. Insuper debent infra mensem se
ad confinia reprcsentare et dare cautionem do non tecedendo. (Delizie,
IX, 74.)
' Cette assertion qu'on ne trouve que dans la chronique faussement attri-
buée à Dino Compagni (1. I. éd. Del Lungo p. 14), est confirmée par deux
documents des Consulte délia Repubblica, (14 et 19 février 1282, 1 G.,
p. 50 r* ▼'), où il est dit qu'il fallait de Pargent pour payer les confinés,
selon la sentence rendue par le cardinal Latino.
202 PEINES ENCOURUES PAR LES RÉCALCITRANTS. (An. 1280)
ment du pape, rentrer dans leur patrie en contractant
avec leurs ennemis une paix sérieuse, par des mariages
ou autrement. En tout cas, ils ne devaient rester hors de
Florence que le temps dont auraient besoin le potestat et
le capitaine pour réunir le nombre de cavaliers et de
fantassins jugés suffisants, d'après les statuts, à répri-
mer efficacement toute tentative de désordre ^ Une li-
mite extrême de six mois se trouvait dès lors fixée. Ces
six mois écoulés, les portes de la ville seraient ouvertes
pour tous, à moins que le pape n'en décidât autrement*.
Seul , Guido Novello était véritablement exilé : il pouvait
aller où il voudrait hors du territoire florentin\ Aucune
mention n'était faite encore de son retour, môme éven-
tuel*.
Quant aux citoyens qui continuaient de résider à Flo-
rence, diverses mesures étaient prises contre les pertur-
bateurs de la paix rétablie. Ils devaient perdre les fiefs
qu'ils tenaient de l'Église et la moitié de leurs biens
propres, être déclarés inhabiles à tout office et privés du
droit de cité. Tout laïque qui se refuserait aux restitu-
tions ordonnées, serait condamné au double par le capi-
taine du peuple; tout ecclésiastique, frappé d'excommu-
nication et dépouillé de son bénéfice. La commune elle-
^ mis exceptis quos certis ex causis extra civitatem ipsam ad temp%u
videlicet juxlabcne placilum summi pontiOcis remanere censemus. . . Omnes
alii de dictis domibus evtra civitatem reroaneant donec po(e8tas et équités
et pedites, etc. (DelizU^ IX, 72, 74).
> Bonaïni, loc. cit. t. HI, p. 184.
' Cornes Guido Novellus maneat extra territorium florentinum ubi Telit.
(Delizie, IX, 74.)
^ Ammiralo (1. III, t. I, p. 159) affirme, mais on n'en ?oit pas trace
dans les documents, que les gens sans métier ou sans patrimoine pour
vivre, que les pauvres et les oisifs, tenus pour fautnurs de troubles, furent
en même temps expulsés.
(Ah. 1280) OTAGES ET CAUTIONS. 205
même, si la faute venait d'elle, encourrait ces diverses
peines et retomberait sous Tinterdil, dont, après trois
années, le cardinal Latino la relevait. Tout était prévu :
dédit, réparation des dommages, payement des dépenses,
responsabilité de l'État et des particuliers, insertion de
la sentence aux statuts communaux, otages et châteaux
remis en garantie par les deux partis, obligation pour la
commune de fournir la garnison de ces châteaux et la
subsistance de ces otages, soit cinquante sous par mois
pour chacun*. Trois cent soixante-deux personnes pour
les gibelins et trois cent quatre-vingt-quatre pour les
guelfes s'engagèrent personnellement à payer le dédit de
cinquante mille marcs d'argent auquel était condamné
d'avance le parti qui violerait la paix. Il y avait dans le
nombre dix jurisconsultes et quatre-vingt-dix-sept che-
valiers à ceinturon d'or, citoyens de Florence*. Parmi
les répondants guelfes figurait Brunetto Latini'.
En ce temps-là les confirmations, les ratifications
étaient sans fm, vaines précautions d'une prudence que
> Arch. di Stato, Capiloli. XXIX, 330, 334, 338, 340, 341, 342 aux
dates des 18 janvier, 7, 18, 22, 27 février, 7 mars 1280.
* Yoy. outre les sources indiquées, Yillani, YII, 55; Paolino, II, 36;
Leonardo Bruni, 1. III, trad. de Ûonato Acciajuoli, ap. De/ûte, IX, 03 sq.
Ammirato, 1280, 1. III, 1. 1, p. 153-158. Bonaïni, loc. di. p. 183.
^ Brunetto Latini était rentré' h Florence, selon Fraticelli, en 1266 ou
1267; selon Fauriel (Hitt. lilt, de la France, xx, 282), en 1269. Il avait
repris ses fonctions de secrétaire des conseils de lu République dès 1273.
Dans un acte de celte année rédigé par lui, il est désigné comme suit :
t Ego Brunectus de Latinis notarius nec non scriba consiliorum communis
Florentie (Zannoni, p. 10). Fauriel ajoute que peu après il dut se démettre
ou que du moins il n'est plus question de lui. C'est une erreur, comme on
peut le voir dans Zannoni, p. 210, Oiaconio, II, 188, 221, Iklizie, IX,
84, 102. En 1280, il est au nombre des « expromis&ores ■ guelfes de
Porta di Duomo pour la paix du card. Lntino [Delizie, IX, 84). Son nom
est encore parmi les • mallevadori » pour la ratificatioo du 7 février 1280
(ibid. p. 102).
204 RATIFICATION DE LA PAIX. (Ar. 1280
maintes fois déjouaient les événements. Le 7 février, au
palais Mozzi, les gibelins vinrent en personne ou par pro-
cureurs jurer la paix, donner caution \ Le 18, sur la
place de Santa Maria Novella, ornée comme au mois pré-
cédent, le notaire Bonamore donna lecture, devant les
magistrats et officiers de la ville, des noms des puissants
guelfes et gibelins qui s'obligeaient à observer la sen-
tence du légat*. Le 22, d'autres personnes des deux par-
tis viennent faire leurs accords, s'engager à un dédit qui
varie selon leur importance ou leur fortune : il est de
cent marcs d'argent pour les Galigai comme pour Lam-
berto deir Antella, et de deux cents pour Gherardino,
Gonsjglio, Gentile et Ricovero des Cerchi, quatre mem-
bres d'une famille qu'élevait le commerce et qui allait
jouer bientôt un grand rôle dans l'État*. Le 27, compa-
raissaient à leur tour au palais Mozzi les comtes Guidi,
les Pazzî du Val d'Arno et jusqu'à Guido Novello, relevé
de l'exception rigoureuse dont il était l'objet. Gibelins au
fond du cœur, ils juraient du bout des lèvres, pour eux
et pour leurs fils, d'être guelfes à l'avenir*. Leur sincé-
rité suspectée était garantie par des répondants, qui com-
paraissaient à leur tour devant le cardinal*. Le 7 mars,
les arts, âme et nerf de Florence, promirent, eux aussi,
par procureurs et syndics, une entière obéissance, un
' Fidei jussores de pace servanda. (Doc. ap. Delizie, IX, 89.)
* On peut Toir les noms dans les Capitoli^ XXIX, 338 v*, et dans lesDe-
lizie, IX. 90. — Yillani (Vil, 55) confond et Stefani (11, 153) semble con-
fondre Tacte du 18 février avec celui du 18 janvier précédent. En suivant
l'autorité des manuscrits on évite cette erreur. L'exact M. Bonaïni s'estbien
gardé d'y tomber.
' Capitoli, XXIX, 340. — Delizie, IX, 92. Ce dernier recueil donne par
erreur la date du 17 février.
♦ Capitoli, XXIX, 341 v. — Delizie, IX, 92. 93.
» Capiioli, XXIX. 342 V. — Delizie, IX, 93-96.
(AN. l!280) RÉFORME DU GOUVERNEMENT. 205
respect absolu de la paix^ Enfin, le 20 du même mois,
sur la proposition du potestat et le conseil de Manetli
Tignosi, de Tignoso des Soldanieri, avec le consentement
du capitaine et des quatorze, on décidait que les dits po-
testat, capitaine, quatorze et autres sages choisis par eux,
détermineraient quels magnats de la ville et du territoire
devraient donner des garanties, selon le capitolo de la
commune y relatif '.
Jamais pacificateur n'avait pris si fort au sérieux sa
lâche : le cardinal Latino faisait honte à Charles d'Anjou.
Mais pour minutieuses que fussent les mesures adoptées,
lui-même il les sentait insuffisantes, tant que les Flo-
rentins n'auraient pas un gouvernement mieux établi. Ce
qu'il entendait par là, s'il ne le dit point, on le devine.
Le pape était le chef politique des guelfes; il ne pouvait
s'appuyer que sur les guelfes pour faire observer la
paix. Par la force des choses les gibelins devaient donc
vivre dans la dépendance de leurs adversaires, et tolérés
dans leur patrie plutôt que réintégrés dans leurs droits.
A cette réforme du gouvernement parut toutefois pré-
sider un esprit de conciliation qui n'était pas dans le
génie des guelfes. On n'en peut faire honneur qu'au cardi-
nal-légat. Sans doute il était partial dans leur querelle ;
mais il y apportait moins de passion qu'eux. 11 n'avait
pas reçu balia pour cette importante entreprise; mais on
peut croire qu'il n'y épargna pas ses conseils*. En tout
^ Capitolij XXIX, 345. — Delizie, IX, 96. Dans le nombre des arts qui
s'engagent, on ne voit figurer ni le change ni la soie. Le motif n'en peut
être, selon toute apparence, qu'une omission du copiste sur le manuscrit
original.
* Ârch. di Stato, ConsulU délia Repubblica, 1. 1, quad. B, p. 13.
s Vilbni (VIII, 55), Leonardo Bruni (L. 111, p. 53), disent que Fra Latino
imposa lui-même à Florence la réforme de son gau?emement. Les textes
206 ROITS RÉSERVÉS AU SALNT-SIÉGE. (Ah. 1S80)
cas, c'est lui, ou, si l'on veut, le saint-siége, qui en
devait diriger l'exécution. L'œuvre de la paix et celle de
la réforme furent simultanément conduites ^ En peu do
jours l'habile cardinal avait considéré et jugé sous toutes
ses faces une si complexe situation.
La première innovation ne portait que sur un mot,
mais elle était bien entendue. Le nom de capitaine de la
partBy odieux aux gibelins, fut remplacé par celui de
« capitaine florentin, conservateur de la paix'». Ainsi
le chef d'une faction violente devenait un ofQcier vrai-
ment communal, commis à la garde de la ville, avec les
capitudini des arts ou métiers. L'autorité du potcstat
n'en était point diminuée, el moins encore celle du sainl-
siége, car il se faisait accorder le droit, durant deux an-
nées, de nommer lui-môme poteslat et capitaine, et
durant dix de s'opposer à ce qu'on élût à ces charges des
personnes ennemies de la sainte Église '.
Pielro Ranieri, proconsul romain, était potestat depuis
le 1^ janvier 1280. Le cardinal Latino le maintint dans
mannscrits prouvent qu'elle fut l'œuvre des citoyens. M. Scheffer-Boichorst
ra bien vu, mais il reAtc muet sur les conseils que dut à cet égard donner
le cardinal. Si on ne les peut trouver dans les documents, il tombe sous le
sens qu'ils no durent pas être épai^ncs aux Florentins.
* Nous en trouvons la preuve dans ce fait indiqué quelques lignes plus
haut, que le 20 mars 1281, alors qu'on en était encore aux accords de la
paix, il est question des quatorze, qui ne furent institués que par la ré-
forme du cardinal Latino (Consulte, t. 1, quad. B, p. 15).
> Ammirato, 1281. L. III, t. I, p. 156. La liste des officialu forenses
conserve à ce magistrat le titre de capitaine du peuple et ne mentionne pas
les mots qui y furent ajoutés.
> Ce fait ne se trouve pas dans les contemporains, mais il est affirmé par
Machiavel (hl. II, 20 B), par Léon. Bruni (trad. dUcciajuoli, qui a ajoute
Une phrase sur ce point au texte latin, ap. Delixie, IX, 68), et par Ammirato
(1. III, t. I, p. 154, 155). Or il ne faut pas oublier qu'Ammirato a eu
sous les yeui bien des documents officiels que n'ont pas connus les con>
temporains. Voyez d'ailleurs BonaTni, toc cU., p. 181.
(AN. 1280) COMMISSION DE RÉFORME. 207
sa place pour une autre année, et lui adjoignit, en qua-
lité de capitaine, Giovanni di Sant' Eustachio, comme lui
Romain et proconsul^ Il comptait sans doute qu'étant de
même ville et de même dignité, ces deux hommes s*en-
tendraient plus aisément, pour accomplir dans tous les
détails les réformes, conjointement avec six guelfes et
six gibelins, élus à cet effet parmi les citoyens de vingt
et un à soixante-dix ans. Un mois leur était accordé pour
mener leur tâche à bonne fin.
Leur idée dominante paraît avoir été d'effacer les tra-
ces, les souvenirs des anciennes dissensions. Ils suppri-
mèrent les solennités par lesquelles guelfes et gibelins
célébraient tour à tour leurs insolentes victoires. Ils allè-
rent jusqu'à déclarer qu'on était dans son droit de n'être
ni l'un ni l'autre, et qu'on ne devenait point, pour ce
fait, incapable des emplois publics ; mais, d'esprit mé-
diocre sans doute, ils n'agirent qu'avec incohérence :
ils désignèrent ceux qui devaient être tenus pour guelfes
et pour gibelins. Ils ne virent pas qu'ils donnaient ainsi
une consécration nouvelle aux deux partis. Dans la charge
des btionuomini^ portés par eux de douze à quatorze,
pour une durée de deux mois*, ils résolurent d'introduire
des guelfes, des gibelins et des neutres en proportion de
leur nombre'; mais, en fait, pour donner satisfaction
aux guelfes qui n'entendaient pas plus être dupes que
* Amrairato, loc, cii.^ p. 156. La liste des offUnales farense» donne
Pietro Ranieri comme entré en charge le i*^ janvier 1280, c'est-à-dire 1281 ,
et n'indique aucun autre potcstat jusqu'en 1282^ Il est donc probable que
ce magistrat fut maintenu par le légal.
* Villani, VU, 55. Machiavel dit à tort un an (Ist. II, 20 B), et unechro^
nique auctore incerto (ap. DeUzie^ IX, 260) un mois.
^ Il suprcmo magistralo de' 14 era composte di guelfi, ghibellini et neu-
trali, ciascuna parte per rata del suo numéro. (Chron. auctore incerto , ap*
Delizie, IX, 260.)
208 TART Faite aux deux partis. (Am. 1280)
victimes, ils n'allribuèreni aux neutres, suspects à tout
le monde, aucune place dans ce collège, et ils y intro-
duisirent huit guelfes avec six gibelins ^ , dont deux
grands seulement pour chaque faction. C'était, par toutes
les combinaisons possibles, assurer la prépondérance aux
guelfes et aux popolani*. Entre les sesti seulement on sut
établir une proportion exacte, qui supprimait de Tun à
l'autre, à cet égard, toute compétition . Au sesto d'Oltrarno
on attribuait trois huonuomini^ à San Pier Scheraggio
autant, et deux à chacun des quatre autres'.
L'embarras devait être réel de concilier tant d'exigen-
ces diverses. Ce qui le rendait moindre, c'est que cette
magistrature étant de courte durée, tous ceux qui pou-
vaient y prétendre conservaient l'espoir d'y arriver à leur
tour et se montraient, par suite, moins ardents aux com-
pétitions *. Une fois la faute commise d'écarter les neutres
et de déroger au principe qu'on venait d'établir, il était
prudent de ne pas donner part égale, dans le collège, aux
deux factions militantes : leur équilibre y eût produit
l'immobilité. Mieux valait y assurer la prépondérance en
droit à celle qui, en fait, dominait à Florence, et y don-
ner à l'autre des représentants assez nombreux pour faire
entendre et même écouter leur voix.
« Ainsi disent Yillani (VII, 55}, Ainmirato (1. UI, t. I, p. 156), Pignotti
(1. m, c. Y. t. m, p. 135), A. Vannucci (p. 153), Bonaïni (loc, cit., p. 181).
Seul, Machiavel (loc. cit.) dit sept de chaque parti ; mais il a manifeste-
ment voulu mettre la réalité du fait d'accord avec la décision prise. Il parle
en philosophe plus qu^en hislorien, et il oublie trop que les passions sont
un terrible obstacle à la logique. Les arrangements pris par les autres
?illes ne montrent nulle part les gibelins sur le pied d'égalité aTec les
guelfes.
« Stefani, H, 154.
' Chron. auctore incerlo, ap. Delizic, IX, 260.
« Villani (VII, 55) dit en eflel qu'ils étaient élus < con certo ordine di loro
elezione ».
M, 1^280) LKS MiLLb) DE U GARDE CIVIQUE. 209
Ces quatorze buoni uomini se réunissaient dans la
vieille église de la Badia ou dans la maison du capi-
taine S quelquefois dans des demeures particulières*;
mais ils prenaient leurs repas chez eux et ils y passaient
la nuit*, tolérance qui ne devait pas tarder à leur être reti-
rée. Assistés d'un certain nombre de sages de leur choix,
ils élisaient leurs successeurs^. A peine institués et instal-
lés, ils reçurent du potestat et du capitaine la mission
de réorganiser sur de nouvelles bases la force publique.
Ils y procédèrent aussitôt, conjointement avec des sages
qu'ils avaient appelés. Ils désignèrent mille citoyens,
amis du bien public, dont deux cents pour chacun des
deux grands quartiers d'Oltrarno et de San Pior Scherag-
gio, et cent cinquante pour chacun des quatre autres. Ces
six compagnies étaient reconnaissables aux gonfalons
rouges et blancs, comme celui du CarrocdOy que por-
taient les gonfaloniers, leurs chefs respectifs. Elles for-
maient deux groupes : 01trarno,San Pancrazio, le Borgo,
d'une part, et do Taulre, San Pier Scheraggio, Porta San
Piero, Porta di Duomo. Les trois compagnies d'un groupe
avaient un gonfalon semblable par les couleurs, diffé-
rent par les insignes de leur sesto. Blanc dessus et rouge
* la ecdesia abbacic. (Consulte délia Rep,, 1. i, quad. E, p. 18 ?*. 20 ncai
1281.) In palalio sue mansionis (du capitaine) {Ibid. 1. 1, quad. E, p. 21.
Décembre 1281).
* On ne peut nier quMen fût ainsi en 1281 , puisque celte irrégularité de
résidence persiste encore en 12^9 et 129U. En août 1289, on voit les prieurs
tenir leurs réunions dans la maison de Guno di Forese (Prowmonif t. I,
n» 2, p. 24 ▼-). Le 26 janvier 1290 < In domo Pelé ». (Coruuitey II, S )
Le 26 février suivant chez Gherardini des Gercbi. (Consulte^ II, 16.) Le
4 mars, à la Badia, (Consulte, U, 17 v*.) Le 22 août, dans Téglise San Pro-
oolo. (Prowisioni, t. I, n* 2, p. 136.)
•^ Yiliani. VU, 55.
* Autl. incci lo, ap. Dcliziet IX, 260.
UUST. b£ FLOUKKCK. — U. H
i
210 GONFALO.NS DË8 MILLE. (An. 1280)
dessous élait le gonfalon du premier groupe ; mais on
reconnaissait la compagnie d'Olirarno à un petit pont
rouge figuré sur le blanc ; celle de San Pancrazio à une
grifle de lion rouge ; celle du Borgo à une petite chèvre
noire. L'autre groupe avait un gonfalon rouge dessus,
blanc dessous. Sur le rouge on voyait : pour San Pier Sche-
raggio, un petit chariot bleu de ciel ; pour Porta San
Piero, les clefs apostoliques peintes en jaune; pour Porta
di Duomo, Timage de saint Jean. Les trois premières
compagnies devaient se réunir et servir sous las ordres
du capitaine du peuple, les trois autres sous ceux du po-
testat. C'est dans l'assemblée à parlement que ces deux
oflGciers remettaient les gonfalons chacun aux gonfalo-
niers qui dépendaient de lui*. La charge de ces gonfa-
loniers durait un an. lis étaient remplacés au mois de
mars. Ils convoquaient leurs hommes à l'église du quar-
tier. Tous devaient s'y rendre sous peine de cinquante
livres d'amende, sauf les médecins, les docteurs ou ju-
ristes et les sexagénaires qui avaient le privilège de se
faire remplacer. Sur son bouclier, sur ses armes, chacun
des mille portait les insignes de son sesto. Quand ils
étaient appelés, les autres citoyens n'avaient pas le droit
de faire des réunions armées, surtout les grands*.
Indépendamment de cette milice, qui était celle des
circonstances graves et dont l'emploi supposait un parfait
accord entre le potestat et le capitaine, cent cavaliei*s et
autant de berrovieriy ou sbires à pied, tous étrangers,
étaient mis à la disposition de chacun de ces deux magis-
trats,pour assurer,dans les circonstances ordinaires,le res-
« Ammiralo 1281. L. Ui, t. i, p. 159.
* Auctore incerlo, ap. Delizie^ JX, p. 261-262^
(ÂA. 1280) LIGUES PARTICULIÈRES ABOLIES. 211
pect de leur autorité. Tenus d'agir dans l'intérêt des deux
partis, il leur était enjoint d'effacer au livre de la com-
mune les choses iniques ou préjudiciables, et permis, en
attendant, de n'en pas exiger l'observation. La révision
des statuts devait être faite par des délégués spéciaux
dans les huit jours qui suivraient la réforme des conseils et
des offices. Avant un mois, on devait faire le recense-
ment des habitants sujets aux tailles dans la ville ou sur le
territoire. Toute ligue était annulée, toute société prohibée
entre nobles et popolani. Restaient seules permises celles
des arts; encore y fallait-il l'autorisation du potestat et
du capitaine, l'expérience ayant démontré qu'elles deve-
naient souvent cause de divisions et de scandales. Chacun
des deux partis dut fournir cent cautions de son obéis-
sance à la réforme, sous peine d'un dédit de cinquante
mille marcs d'argent. Au capitaine, chargé d'assurer
Texécution de ces clauses, tout habitant de Florence était
tenu de prêter main forte en cas de besoin \
Telle était l'organisation nouvelle que, sous les aus-
pices du cardinal Latino, les Florentins donnaient à leur
gouvernement. Quels qu'en fussent les mérites et les dé-
fauts, c'était bâtir sur le sable, si les gibelins, établis
à Sienne, aux portes mêmes de Florence, continuaient
à miner le sol sous ses pieds. Située au cœur d'une con-
trée montagneuse et volcanique, défendue par de puis-
sants remparts, et presque invincible, même quand on
les avait forcés, grâce à son étrange structure, à cette
sorte de réduit que formait sa belle place du Campo^ où
Ton ne pénétrait que par onze rues étroites et tortueuses
comme les sentiers d'une forteresse, peuplée de citoyens
^ Mêmes aulohtés. Yoy. Bouaini, /oc. cU.f 181-1S3.
212 LE GOUVERNEMENT RÉFORMÉ A SIENNE (An. 1280)
fantasques, qui déjouaient toutes les prévisions, qui écla-
taient comme la foudre alors qu'on les croyait endormis,
Sienne devenait pour ses voisins, quand elle n'était pas
leur alliée, un danger de tous les instants. Contre eux,
elle se plaisait aux insultantes bravades. On Tavait vue,
après Mon taper ti, élever la tour de San Giorgio et la per-
cer de trente-huit fenêtres, en commémoration des trente-
huit cohortes qui avaient remporté cette éclatante vic-
toire ; on avait vu en mars 1266, à l'approche de Charles
d'Anjou, les castellanij guelfes par haine d'un peuple
gibelin, tenter un mouvement féodal, vaincus tant qu'ils
étaient seuls, mais vainqueurs dès qu'ils pouvaient s'ap-
puyer à rétranger, rappelant leurs bannis, chassant les
chefs de leurs adversaires , remplaçant les vingt-quatre,
magistrature gibeline, par les trente-six, magistrature
guelfe où les bourgeois, comme les nobles, obtenaient
accès^et si impuissants toutefois à maintenir la paix pu-
blique, qu'ils devaient, par décret, interdire les combats
des rues, au moins le jour de Pâques*.
Tout à coup, en 1275, le peuple siennois, par un
brusque soubresaut, était devenu guelfe à outrance. 11
changeait d'armoiries et de bannières, se plaçait, plus
encore qu'auparavant, sous le patronage de la Vierge,
entrait plus qu'aucune ville dans les voies démocratiques,
faisait la guerre aux grands des deux partis. La guerre,
en effet, continuait à être le fond de son existence. Ses
milices tenaient la campagne, mais elles la tenaient mal
contre les gibelins exilés : elles voyaient leur chef déca-
* Celte réforme avait eu lieu sous les auspices de Montfort, tandis que
Charles d'Anjou était à Tunis (1270). Voyez Andréa Dci, R. I. S., t. XV, 34.
— Ferrari, II, 495.
- Décret du 0 déceuibrc 1270 (CorutUle délia Campana, XIU, 84 v*).
(An. 1280) PAR LE CARDINAL LATINO. 215
pitc dans la défaite, elles échappaient à grand peine aux
poursuites de l'ennemi . Excédé de ces alertes, las de pas-
ser les nuits en armes sur les remparts, d'exposer inces-
samment ses biens et sa vie, le peuple siennois signifia
qu'il ne voulait plus ni exilés ni factions, et fit prier le car-
dinal Latino d'en user avec Sienne comme avec Florence*.
liC légat médiateur ne pouvait refuser ses bons offices.
La famille des Incontri s'y opposant, ses palais furent
délruiis*. Les trente-six, jugés trop nombreux, devin-
rent , avec le consentement des magnats , « les quinze
gouverneurs et défenseurs de la commune et du peuple
de Sienne, » exclusivement pris désormais parmi les po-
polani*. I^ 12 septembre 1280, des syndics furent élus
pour conclure la paix avec les gibelins \ Le 24, Ciampolo
des Salvani, chef des exilés, s'engageait, ainsi que le
conseil général et le conseil spécial dont il était assisté
dans l'exil, à exécuter, sous peine de dix mille marcs
d'argent, toutes les décisions des consuls*. Le 29, la paix
était conclue dans la cathédrale de Sienne, en présence
des ordres religieux et du clergé*. Le 23 octobre suivant,
avait lieu la promulgation, par les soins du poteslat et
des quinze.
Là, comme à Florence, les gibelins passaient sous les
fourches caudines. Il leur était interdit d'amener et de
* Malavolli, pari. H, 1. III, f« H ▼% 45 r*.
* Ne alcuno di detti scrittori riferisce quai si fus&e la cagione. (Malavolti
ibid. 45 y®. ) Cette cause, on peut la deviner.
' Per lo maie stato ch*era nella città e per lo maie reggimento de* grandi
guel6 si fu fatto Totizio de' 15 del popolo di meizo, di Tolontà de' grandi.
(Andréa Dei, R. I. S., t. XV, 37.)
* Caleffo vecchiOf p. 518
» /fcid.,p 521.
* Ibid., p. 525.
214 LE GOUYERNEMENT RÉFORMÉ (An. 1280)
garder avec eux aucun magnat, baron ou étranger de la
Blaremme autre que leurs serviteurs*, de porter aucunes
bannières, aucuns signes de ralliement, aucunes armes,
excepté leurs couteaux et leurs épées.Dans les trois jours,
ils devaient prêter serment au peuple de Sienne, obliga-
tion dont personne n'était exempt*. Les grandes familles,
Tolomei, Guinigi, Salvani, Incontri, Forleguerra, Picco-
lomini donneraient chacune deux bonnes cautions et con-
Iracteraient des mariages à la volonté du potestat et des
quinze. Un délégué des Salvani et un des Tolomei rece-
vraient les dénonciations qu'on serait tenu, sous la foi
du serment, de leur faire contre quiconque dirait des
choses propres à réveiller entre ces deux maisons des
querelles mal assoupies, et les Iransmellraient au polestat,
qui punirait les coupables de cinq cents livres d'amende
ou même, selon le cas, en leur faisant couper la langue.
Les possesseurs des biens vendus après confiscation ne
devaient pas être inquiétés. Les partis guelfe et gibelin,
leur nom même, furent abolis'. Sous peine de confiscation
ou de mort, il fut défendu de parler pour ou contre. Tous
les statuts où il en était fait mention furent abrogés*. Les
capitaines de parti disparurent, et il fut interdit formelle-
ment d'en créer de nouveaux *.
D'autres villes, suivant l'impulsion donnée, accomplis-
* Exceptis famulis et senrientibus et familiaribus. ( Caleffo vecchio,
p. 531 yi\)
* Jumre ad populum senensem, sicuti alii qui sunt de populo senense et
per omnia juraYerunt. (Caleffo vecchio, p. 551 \*.)
' Quod ipsa pars guelfa et ghibeliina que actenus extitit et regnavit in
civilate et comitatu senensi sint rupte et casse et irrite et inanes ; ipsarum
nomen et memoriam de civitate et comilatu senense penitus abolemus. (Cn-
leffo vecchiOy p. 531 v'.)
* Caleffo vecchio, ibid.
» Malavolti, part. 11, 1. llî, ("Ahr.
(An. 1280) A VÔLTERRE ET A PISTOIA. 215
saient leur réforme sans même recourir au cardinal.
L'espril d'imitation, leur intérêt manifeste, y suffisaient.
L'année 1279 n'ctnit pas terminée, que Volterre, pour
meftre fin à l'incendie de ses palais, de ses maisons et de
ses tours, œuvre alternative des deux partis, chargeait
son évêque, Ranieri des Ubertini, et son potestat, Schiatta
des Gancelliori, de rétablir l'accord parmi eux. Ainsi fut
publié le lodo ou traité de paix qui ordonnait de relever
aux frais de la commune les palais détruits par les gibe-
lins rebelles, a attendu, était-il dit, que ne pas pécher
est le propre de la divinité plutôt que de l'humanité, et
que s'amender est plus louable que faire le bien du pre-
mier coup*. » Quant aux palais des gibelins détruits par
les guelfes, il ne fut point question de les reconstruire :
le soin en fut laissé aux propriélaires. Leur rouvrir les
portes de la ville, c'était sans doute assez faire pour eux.
 Pistoia, dans le même temps, les gibelins sont éga-
lement rappelés; mais la tendance démocratique y
prévaut, indice certain de la domination des popolani^
effet manifeste du voisinage de Florence. Soit défiance
des longues magistratures, soit désir de contenter plus
d'ambitions privées, Pistoia réduisait à un mois Toflûce
des anziani*. Selon sa coutume d'exagérer toutes choses,
elle faisait plus que Florence n'avait fait.
Un mouvement si général assurait l'avenir de la
* Quod omnium habere memoriam et penitus in nullo peccare potius
est divinitatis qiiam humanilatis, et qui subtiliter factum emendat, lauda-
bilior est eo qui prius invenerit. (Doc. ap. Cecina, Notizie iêtoriche délia
città (il Volterra, p. 67, 68 ) Cf. ces deux vers de Mannontel :
Du devoir il csl beau de ne jamais sortir,
Nais plus beau d'y rentrer avec le repeiilir.
* Fioravanti, Mem. aior. ai Ptiloia^cVi^ p. 238. — Ingbirami, Yl, <80.
216 COUUTE PÉRÏODE DE PAIX. (An. 12<^0)
réforme. Le cardinal Latino n'avait plus rien, dès lors,
qui le retînt en Toscane. II consacra Téglise de San
Gregorio délia pace, dont Grégoire X avait, en 1273,
posé la première pierre S puis, avec beaucoup d'honneur,
il retourna en Romagne, dans sa légation*. c< La cité de
Florence, dit Villani, demeura longtemps en pacifique,
heureux et tranquille état*. » Ce temps, que le chroni-
queur juge long, n'excéda pourtant point une ou deux
années*, et combien traversé encore d'incidents, de
difficultés que notre tempérament plus nerveux tiendrait
pour intolérables ! Mais après tant d'agitations violentes,
passionnées, frénétiques, Florence se trouvait comme en
paradis, aux premiers jours de cette paix que ses citoyens
venaient de jurer « corporellement, en touchant de la
main les saints Évangiles de Dieu'^, >^ et que le roi
Charles, en froid avec le pape, n'osait, ne pouvait trou-
bler*. Elle se sentait enfin, comme toutes les autres
cités, et bien plus encore, en libre possession d'elle-
même. Les quatorze la gouvernaient sans rencontrer de
résistance'. Un vicaire impérial pouvait bien venir d'Al-
* Os»ervatorefiorentinOy\]lUQl.
« Villani, VII, 55.
' E di ci6 la città di Firenze ne dimorô buon tempo in pacifico e buono e
Iranquillo stalo. (Villani, VII, 55.)
* Les auteurs disent en général deux ans ; mais Leonardo Bruni distingue
très-judicieusement la première année, qui fut pacifique, de la seconde qui
le fut beaucoup moins : « Primo quidem anno quieta omnia domi forisquc
fuerunt, nec quicquam m.emoria dignum per id tempus accidit. Secundo
quoque nnno quies domi viguit, foris autem multa futurse tempestatis formi-
dinem incussere. (Hiit. Flor. 1. III, p. 53.)
' Gorporaliter ad sancta Dei evangelia tacto libre. (Consulte délia Rep.f I,
D, p. 15.)
^ Ex bac providentia legali... Rex dominationem Florentie omnino dimi-
sit. (Léon. Bruni, 1. III, p. 53.) Malayolti (part. H, 1. 3, f^ 45) veut, bien
à tort, que la venue du Ticaire impérial y fût pour quelque chose.
^ Liberaque jam civitas et sui juris facta, a quatuordecim viris guber-
(An. 1281 LE VICAIRE IMPÉRÏAL. 217
iemagne, avec une escorte de trois cents cavaliers : on
raccueillait partout avec déférence *; mais quant au
serment de fidélité, qu'il réclamait, Pise, San Miniato al
Tedesco et San Gemignano le prêtaient seuls, parce que
seuls, dès 1278, ils avaient appelé cette intervention*.
Bien plus, l'impuissant vicaire voyait Pescia, qui s'élait
donnée à lui, mise à feu et à sang avec le concours des
Florentins, si courtois envers lui (20 août 1280)*. Il s'en
allait donc, en 1281, comme il était venu, ne laissant au
chancelier aulique, son successeur, d'autre moyen d'obte-
nir de l'argent pour la guerre d'Allemagne, que de l'em-
prunter, comme dans le commerce, ou de vendre à
beaux deniers comptants la confirmation d'anciens pri-
vilèges, qu'on achetait uniquement pour hâter le départ
de ces intrus*. Encore n'était-ce pas eux qui signaient
les reconnaissances : c'était Rodolphe de Habsbourg, leur
maître, qui s'obligeait, pour les emprunts, à payer
intérêts et capital*.
Les chroniqueurs ne soufflent mot de ces deux années,
parce qu'ils n'y voient pas ce qui pour eux fait tout
l'intérêt de l'histoire, les campagnes ravagées, les villes
incendiées, le sang coulant à flots. Pourtant elles ne
furent point perdues et elles méritent bien qu'on s'y
nabatur. (Léon. Bruni, 1. III, p. 53.) Pare?a loro essere usciti di non piccola
serrilù. (Malavolti, loc. dt)
* Le 20 mai 1281, les quatorze et leurs sages proposent et font décider
que le potestat, le capitaine, los cheyaliers et les maîtres (magistri) iront
au-devant de lui (Coiu. délia Rep., t. I, quad. 6, p. 18 ▼*).
« Villani, VII, 77. - Stefani, II, 155. — Pecori, Storia di San Gémi-
gnanOy p. 109. — Bonaïni, loc, cit., IV, 8.
» Villani, Vil, 77. — Ammiralo, 1. UI, 1. 1, p. 157. — Maizarosa, I, 110.
— Bonaïni, loc. cii.^ IV, 8.
* Ammirato, 1. HI, t. I, p. 157-158.
' 1 281 . Cartapecore Strozziane-Uguccioni , sans autre date ni indi-
cation.
218 RELATIONS DE FLORENCE (Aw. 1281
arrête un instant. En paix avec leurs voisins et avec leurs
nobles, les marchands florentins s'éludiaient à main-
tenir leur indépendance contre le pape, comme ils
l'avaient maintenue contre le roi des Romains. Le
26 mars 1281, les conseils du potestat, delibérnnt avec
les capitudini des sept arts majeurs « sur le fait des
clercs', » décidaient que le potestat, le capitaine, les
quatorze et leurs sages prendraient toutes les mesures
par eux jugées utiles à la commune, quand même elles
seraient contraires aux statuts dont lesdits clercs invo-
quaient la protection*. A vrai dire, l'opposition avait été
vive et les avis fort divei^. Adimaro des Adimarî deman-
dait hautement que rien ne fut changé. Simone del Sallo
proposait de nommer une commission de trois sages,
qui trouvât les bases d'un compromis. Licinio Bonaccorsi
insistait pour qu'on envoyât des ambassadeurs au pape,
pro jure communis custodiendo^^ et son sentiment, quoi-
que fort combattu, finissait par prévaloir. Ia^s qucitorze
durent élire un syndic qui partirait pour Rome sans
retard. Le 31 mars, dans les conseils du capitaine, Lapo
Rinuccini faisait approuver celte résolution*.
Ce n'est pas tout. Florence marchandait ses secours au
saint-siége que ses besoins rendaient coulant et malléa-
ble, et qui, dépourvu de forces effectives, ne pouvait
tourner contre ses ennemis qu'une épée d'emprunt. Dans
la Romandiole ou Romagnede Ravenne, il avait de graves
* Super facto clericoriiin. (Com. délia Rep., t. I, quad. B, p. 15 v*.)
* Ces slatuls étaient les suivants : — Quod reddatur jus clericis. — De
expensis et exequis pro defunclis. — De non faciendo coadunationem pro
cereis portandis ad aliquem. (Ibid.) C'était attaquer l'Ëglisc par la bourse.
' Ibid. Tolomeo Aldobrandi, Arrighi del Becc^io, Lotto des Agli,Ricco-
manni, avaient soutenu la proposition des quatorze.
* Conmlte délia Rep. /\h\d.f p. 14.
(An. 1281) AVEC LE SAINT-SlÉGE. 219
embarras. Il y tenait pour rebelle la puissante famille
Délia Polenta, qui, depuis 1275, y dominait. Le 5, le 8,
le 10 avril 1281, les conseils florentins votent l'engage-
ment de deux cents cavaliers mercenaires, le double de
ceux que déjà ils avaient sur pied. Ils laissaient au po-
testnt, au capitaine, aux quatorze, le soin d'en fixer la
paye, comme la date du jour où elle commencerait à
courir*. Le 17 mai suivant, une assemblée de sages
décidait, sous la présidence du potestat et sur l'avis de
Cardinale des Tornaquinci, de mettre pour deux mois
aux ordres de l'Église deux cents cavaliers, dont cent
cinquante mercenaires et cinquante nobles florentins*.
Mais l'opposition élait vive et grandissante. Les prudents
auraient voulu ne rien décider avant d'avoir reçu des
nouvelles plus précises de la Romagne. Tout au plus con-
scn(aient-ils à y envoyer deux sages, pour être plus tôt
et plus précisément informés'. Les nobles de la cavalcala
refusaient de partir. Le 28 mai, il en fallait réduire à
vingt-quatre le nombre, quatre par xeslo ; les quatorze
devaient les désigner ou confier ce soin a des gens de
leur choix, accorder une solde de quarante sous par jour,
le premier mois payé d'avance, ordonner que chacun des
vingt-quatre nobles serait accompagné d'un homme
d'armes et de quatre chevaux. Malgré tout, le moment
venu, personne ne veut partir. On ne triomphe de leur
résistance qu'en leur comptant d'avance la solde des deux
mois, qu'en l'augmentant de dix sous par jour, qu'en
décidant qu'ils pourront être contraints à l'obéissance*.
1 Pro novitatibus et rumoribus illius contrate explanandis. (Cons, délia
Rep., t. I, quad. B, p. 14, 15.)
* /^irf.,p. 18.
5 Ibid,, p. 15.
♦ Ihid., p. 19.
220 FLORENCE S'AFFRANCHIT DU SAINT-SIÈGE. (Ak. 1282)
L'année suivante, au mois d'avril, comme les troubles de
Romagnc duraient encore, on votait un nouvel envoi de
cent cavaliers florentins pour un mois, non compris le
temps de l'aller el du retour. Quarante citoyens étaient
chargés de désigner les partants ; mais leurs désignations,
plus ou moins arbitraires, suscitant les plus vives plain-
tes, force était d'élever encore le chiffre de la paye et de
laisser à chacun le droit de partir ou de rester *.
Un dégoût d'ailleurs croissant pour l'exercice des
armes n'explique pas seul cette tiédeur; il y faut voir
aussi, dans la plus guelfe des villes, l'instinctif dessein
de ne plus reconnaître pour chef des guelfes le chef de
l'Église. Demande-t-il qu'on lui tienne en garde certains
otages? Les plus sages Florentins, assemblés en grand
nombre par le potestat, refusent d'y consentir, sous pré-
texte que ce serait troubler la paix faite avec les Pisans
« sur l'ordre de l'Église romaine *. » En vain Rosso des
Buondelmonti propose d'assigner une maison pour la
garde desdil^ otages % ou du moins de les accueillir pro-
visoirement, pour marquer de la déférence, sauf à prier
par ambassade le souverain pontife de les mettre ailleurs :
Talano de la Tosa, Nerli des Nerli, Ghinodes Frescobaldi,
tous guelfes et jusqu'alors dévoués au sainl-siége, font
décider d'avertir le chapelain du pape que la commune
oppose à sa demande un formel refus*. Juste sujet d'amères
réflexions pour le nouveau ponlife, si, par aventure, il
faisait quelque état de la reconnaissance des peuples.
A un pape pacifique, ennemi de Charles d'Anjou, et
* Cons, délia Rep„ 1. 1, quad. G, p. 6i.
s Mandato Ecdesie Romane.
' 15 mai 1281. Cons, delta Rep,^ 1. 1, quad. B, p. 17.
* 17 mai 1281. Ibid.,p. 18.
(An. 1282) MARTIN iV FAUTEUR DES GUELFES. 221
sans autre ambition que de tailler en Lombardie et en
Toscane des royaumes pour ses neveux*, venait tout ré-
cemment, après un conclave de six mois, de succéder un
pape belliqueux, créature de ce même Charles, qui, lui
ayant à la sueur de son front donné la tiare, entendait bien
se payer de ses peines. On avait vu ce prince, impatient
comme un Français, accourir à Vilerbe, y soulever le
peuple, incarcérer deux cardinaux des Orsini*, mettre les
autres au pain et à Teau ', extorquer ainsi leur vote pour
un chanoine roturier de Tours, Simon de Brion, cardinal
de Sainte-Cécile, jadis légat en France*, et s'établir au-
près de son pape, pour le mieux surveiller. Guelfe par
force comme par goût, Martin IV frappait donc de ses fou-
dres les gibelins qui, s'obstinant à voir en lui le père
commun des fidèles, venaient au pied de son trône se
plaindre d'être proscrits en tous lieux. Il se faisait élire
sénateur de Rome, pour déléguer aussitôt le roi dans cette
dignité dont une constitution de Nicolas III excluait les
princes puissants. Dans tous les pays qui, directement ou
indirectement, dépendaient de lui, Romagne, patrimoine
de saint Pierre, Marche d'Ancône, Campanie, duché de
Spolète, il envoyait des hommes d'armes français. Dans
toutes les villes de ces provinces, il établissait des gouver-
neurs empruntés à la famille même de Charles d'Anjou *.
* il avait demandé aux Lucquois de lui céder le YJcariat du val de Nie-
voie et du val d'Arno. Les Lucquois s'étaient dérobés par un moyen terme :
ils avaient pris pour préteur à Lucques et pour vicaire ôam le val de Nie-
voie, Giovanni et Angiolo Cenci, qui, étant des Orsini, fte trouvaient pa-
rents de Nicolas III (voy. Mazzarosa, t. I, p. 109).
* Ptolemœi Lucemis Hist. eccl.y 1. XXIY, c. i, R. I. S., t. XI, 1185. —
Ann, ecci, 1281, § 1, 2, t. XXU, p. 519. — Villani, VII, 57.
=^ Sabas Malaspina, VI, 6, R. I. S., t. VIU, 872. — Villani, VU, 57.
^ Celui-là même dont le saint-siége stimulait le zèle pour procurer dans
le royaume de France des ressources financières à Charles d^Anjou.
» Ann, eccL, 1281, § 14, t. XXU, p. 523. — Sismondi, U, 507-508.
222 RECONSTITUTION DE LA UGUE TOSCANE. (An. 1282)
Un vent de guerre, dès lors, souffla de nouveau sur la
Toscane, et Bt présager de prochaines tempêtes ^ Ayant
retrouvé leurs chefs, les guelfes recopstituaient leur ligue.
Le 8 février 1282, Florence, Pralo, Pisloia, Lucques,
Sienne s'y étaient engagées pour dix ans. Elles la tenaient
ouverte, aiin que d^autres villes y pussent adhérer. Ou
comptait à ce point sur l'adhésion de Colle, de San Gémi-
gnano, de Poggibonzi, qu^avant de l'avoir obtenue on
flxait leur contingent. Pour un an était volée une taglia
de cinq cents cavaliers de langue française ou ultramon-
laine, munis chacun d'un cheval bardé de fer*. Florence
en devait enrôler cent soixante-six, Lucques cent dix-huit.
Sienne cent trois, Pistoia quarante-sept, Prato dix-huit,
Vollerre huit. Les vingt autres devaient être répartis entre
San Gemignano, Colle et Poggibonzi. Leur solde était de
quinze livres par mois, payables tous les deux mois. Leur
cheval devait valoir quarante livres et être âgé d'au moins
trois ans. Tout prisonnier à cheval amené par un cavalier
à la commune dont il relevait, et acceplé par elle, vau-
drait à ce cavalier vingt-cinq livres; tout homme de pied,
dix livres de gratification. I^e capitaine, un a grand et
puissant guerrier % » fidèle à l'Église, serait élu par les
syndics des communes alliées, et toucherait pour lui, pour
les dix cavaliers de son escorte, son notaire et ses deux
trompettes, deux mille livres tous les six mois. De chaque
commune il recevrait pour conseiller un sage ou juriscon-
* Voy. plus haut) même chap., p. 216, u. 4. Selon Léon. Bruni, c*ei>l
bien la mort de Nicolas 111 qui est la cause du mal : « Nec dubitatur, si is
ponlifex ?ixisset diulius, quin longe magis ea forma reipublicae fuefit dura-
tura. » (Hist Flor., 1. III, p. 53.)
« De ferro vel malglis seu clilothonc. (CapHoli, XXX, u* 44, f* 69 t*.)
3 Magnum et potentem virum. (Ibid,)
(An. i^m) UÉGÉMONIË DE FLORET^GË. 223
sullc, payé le double des cavaliers et tenu de résider au-
près de \m\ Aucune des villes alliées ne pouvait faire
la guerre ou la paix sans le consentement des autres. En
tou le occasion, tant qu'elles resteraient fidèles à TÉglisc
romaine, elles se devaient assistance réciproque, soit dons
les combats, soit même dans la réforme de leur gouver-
nement. Elles ne devaient percevoir les unes sur les autres
ni gabelles ni droits. Florence qui fournissait, on l'a vu,
le plus grand nombre de cavaliers à la ligue, en avait si
incontestablement la direction, que dans ses murs, et
non plus, comme par le passé, à San Miniato al Tedesco
ou à Empoli, devaient se réunir les syndics, pour déli-
bérer sur les affaires communes^ Elle ne se bornait pas
à remplir ses obligations rigoureuses : étendant ses re-
gards au dehors, elle y envoyait, même au loin, ses
hommes d'armes, quand un allié, quand un ancien pro-
tecteur réclamait ses secours.
Charles d'Anjou était alors aux prises avec ses sujets de
Sicile. Son ambition, son despotisme, sa cruauté les avaient
poussés du désespoir à la révolte. Protégés par la mer
contre une répression soudaine, ils avaient pu oser ce que
n'osaient pas les sujels de terre ferme. Nous n'avons pas
* Le 7 novembre 1282, Guido Salvatico i Dei gralia cornes in Tuscia pa-
lalinus i, était nommé pour six mois capitaine de la taglia de 300 cavaliers*
Chacun des dix qu'il devait amener avec lui devait être pourvu d'un destrier
bien harnaché (armigerum copertum), d'un roussin ou bidet, et des armes
convenables à sa condition. 11 devait en outre avoir avec lui dix autres
chevaux (Comtdte délia Rep,, 1. 1, quad. D, p. 8 V*). — En 1290, le « sage •
assesseur du capitaine pour Florence était un marchand, Simone des Bardi.
II recevait 30 sous par jour, soit 45 livres par mois (3 juillet 1290. Prov-
visioni, t. I, n* 2, p. 71).
« Capitoli, XXX, n« 44, f 69 r*. — Caleffo vecchio, p. 571-574. —
Ammirato le jeune a connu ce document comme tant d'autres. U en donne
une analyse très-exacte (I. Ul, t. I, p. 159), sauf qu'il dit le 12 février,
au lieu du 8. Ses additions, un le sait, sont entre guiUemets.
^2U LES FLOREINTINS EN SiGlLË. (An. l!282)
à raconter ici comment Giovanni de Procida provoqua ce
soulèvement, ce massacre célèbre que l'histoire a nommé
les vêpres siciliennes \ La perte de la Sicile, concentrant
toutes les pensées du roi sur le dessein de la reconquérir,
le détournait des afluires du nord ; mais le nord ne se
détourna point de lui. Quoique peu affligés d'un désastre
qui les garantissait contre l'esprit de dominations les
guelfes florentins comprenaient que la ruine de Charles
serait funeste à leur prépondérance, et s'ils se laissèrent
demander des secours', ils n'eurent garde de les refuser.
A Catena, en face de Messine, ils envoyèrent, conduits par
Guido de Battifolle des comtes Guidi, cinquante cavaliers
dicorredo^ c'est-à-dire bien équipés, et cinquante donzelli
des plus nobles et | riucipales familles de Florence, dési-
gnés pour être faits chevaliers \ qu'accompagnaient quatre
cents autres hommes d'armes à cheval *. Charles conféra
aux (ionze//t le ceinturon de chevalerie, qu'ils venaient
chercher auprès de lui, et, traversant le Phare, alla avec
ces précieux auxiliaires mettre le siège devant Messine. I^
grand pavillon de la commune de Florence ne flotta devant
* 50 mars 1282. Voy. Villani, VU, 60. — Neocastro, c. xiv, R. I. S.,
t. XllI, 1027. — Atnari, Guerra del vespro siciliano^ p. 63 sq., Palerme»
1842. — Saint-^iest, IV, 21 sq., et dans Cherrier (ni, 500) quelques moto
seulement. On sait que 6. B. Niccoiini a £ait sur Giov. de Procida une tra-
gédie fort renoomiée.
« Ammirato, 1285, 1. UI, 1. 1, p. 165.
^ Une correspondance suivie s'établit à ce sujet. Le 20 juin 1281 , dans
un conseil de quelques « sapientes juris » , d'autres i sages magnats (sic) »
et des capitudini des sept arls majeurs « in choro, i Ton désignait pour
lui répondre, trois i sapientes juris » et trois capitudini (Cons. délia Rep.^
t. I, quad. B, p. 20).
^ Gosi si chiamavano coloro che erano designali cavalieri. (Ammirato,
1281,1. m, 1. 1, p. 158.)
' Bonaïni, loc, cit. y IV, 9, dit 500 autns. 11 y a là, sans doute» double
emploi avec les 100 précédents, par inadvertance ou faute d*impression.
(An. Vm) MESURES FINAI^CIÈRËS. 225
les murailles ennemies que pour tomber au pouvoir des
assiégés et orner leur cathédrale, comme un trophée de
leur victoire^ C'est à peine si ceux qui ne l'avaient pas
su défendre purent retourner sains et saufs dans leur
patrie*.
Aux envois d'hommes s'ajoulaient les envois d'argent,
non moins nécessaires et non moins demandés. 11 en fal-
lait beaucoup pour fermer la bouche à Charles d'Anjou,
que la dignité de son rang n'empêchait pas de tendre la
main. Fins politiques, les Florentins ne les refusaient
pas, mais, marchands économes, ils en gémissaient.
Dans des accès de mauvaise humeur, ils allaient parfois
jusqu'à ne pas voter les plus obligatoires comme les plus
insignifiantes dépenses; mais ils ne tardaient pas, la
réflexion aidant, à revenir sur de telles résolutions. On
les voit, le 5 février 1282, rejeter une modeste alloca-
tion de vingt-cinq livres pour restaurer la maison où
devait habiter le futur capitaine, et un fort emprunt de
trois mille livres ou la ferme annuelle des recettes d'oc-
troi sur le vin, qu'on proposait pour payer la solde des
mercenaires*. Mais neuf jours plus tard, le 14, on reve-
nait sur les voies et moyens rejetés, faute d'en trouver
de meilleurs. On proposait des emprunts non plus de
trois mille, mais de huit mille livres, per ioldum et
libram^ des emprunts forces à raison de dix sous, de vingt
sous pour cent. On finissait par désigner dans la ville
quarante buoni uomini qui prêteraient à la commune
cinquante livres chacun, sauf à demander à l'impôt ce
< 27 septembre 1282. Yillani, VU, 65.
' « Incolumes » dit Luuti. Hruni (HUt. Flor,, 1. [Il, [t. jG).
^ Consulle délia Rep.^ t. J, quad. C, \t. 48 v*.
H18T. DE FLOREIIGE. — 11. 15
226 EXPÉDIENTS FINANCIERS. (An. 1282)
qui manquerait encore*. Le 19, de nouveaux expédients
sont même nécessaires. On fera un emprunt au plus bas
taux qu'il sera possible ; on frappera un « impôt d'em-
prunt » ; on vendra le sel six sous la mesure au lieu de
cinq, on demandera le reste à Toctroi sur les vins et aux
bénéfices que donne la frappe de monnaies d'or*. Le 21,
on se ravise. Les conseils du potestat modifient ce que
venaient de décider les conseils du capitaine : ces reve-
nus de la commune seront donnés en garantie aux pré-
teurs*. Le 3 mars, nouvel expédient, suggéré par Lapo
Rinuccini. Comptant sur les lumières des boutiquiers, il
demande que le potestat, le capitaine et les quatorze
élisent quatre hommes par sesto qui aviseront entre eux
aux plus économiques moyens pour se procurer de l'ar-
gent*. Les sources, sans doute, en étaient momentané-
ment taries, car cette assemblée n'imagine qu'une ban-
queroute partielle, une réduction de la dette aux merce-
naires. A ceux-ci il était dû encore quinze cents livres.
Après force protestations, ils en acceptent six cent vingt-
cinq, et donnent quittance du tout. Le 24 mars, les con-
seils, comme on peut le penser, approuvaient cette opé-
ration financière*. On pourrait croire qu'elle devait nuire
aux futurs enrôlements ; il n'en fut rien : deux jours
après , le 26 , d'autres mercenaires , ou peut-être les
mêmes, s'engageaient encore au service de la commune,
soit que leur solde, fût-ce avec le risque d'être réduite,
leur parût suffisante, soit plutôt qu'ils nourrissent la se-
« U féTher 1282. Consulte délia Hep., I, C, p. 48 V
* Ibid., p. 50 V».
3 Ibid., p. 51 v% 52.
* Ibid.y p. 54.
5 Ibid.y p. 57 v«.
(ÂM. 1282) MÉCONTENTEMENT PROVOQUÉ PAR LES GIBELINS. 237
crête pensée d'y proportionner leurs services, et, comme
on dit, de n'en donner que pour l'argent*.
Quoi quMl en soit, expéditions et dépenses, impôts et
banqueroutes, provoquaient des mécontentements dont
profitaient les gibelins*. Les revers de Charles d'Anjou
en Sicile, les succès de Guido de Montefeltro en Romagne,
la venue d'un vicaire impérial, le règne d'un pape indif-
férent aux institutions établies sous les auspices de son
prédécesseur, tout concourait à stimuler leur audace. Ils
faisaient échec aux magistrats, ressuscitaient la discorde,
l'introduisaient dans les ofQces mêmes', surtout dans
celui des quatorze, où, grâce à eux, régnait la confusion *.
Les guelfes s'irritaient d'y coudoyer des ennemis \ Les
marchands de Calimala, a les plus sages et les plus"
puissants citoyens de Florence », tinrent les premiers des
conciliabules \ Ils y appelèrent les gens des autres arts,
ils condamnèrent d'un commun accord cette magistrature
nullement tutélaire. Le peuple, provoqué par les gibelins,
soutenu par les guelfes, « commença à rugir' », et les
soutint à son tour. Forts de son appui, ils osèrent porter
la main sur l'œuvre du cardinal Latino, qui, après avoir
1 Consulte délia Rep., 1. 1, quad. G, p. 58.
^ Da che si yedeya molto la parte ghibellina andar riprendendo foi za c
potere. (Àniinirato, 1. lU, t. I, p. 158.)
' Pcr la perdita di Sicilia che fecc Carlo e per la Tenuta che fcce lo vicario
di Ridolfo, i ghibellini presono baldanza, e seinpre tencionavano negli ufici,
e rado erano di concordia. (Stcfani, 11, 156.)
* Parendo a' cittadini il detlo ufûcio de' qualtordici d'una grande confu-
sioue e volume di accordare tanti divisati animi ad uno. (Villaiii, VU, 78.)
< A* guelli nou piaceva il cousorzio de' ghibellini iu dette ufiicio. (Villani,
VU, 78.)
^ Yillani (VU, 78) et Ste&ni (U, 156) sont d'accord sur ce point.
^ 1 ghibellini cominciarono a dibattere il popolo» ed il popolo comincid a
ruggercy ed i guelû Tappoggiarouo. (Siefani, U, 156.)
i-m DESIRES PRj^jËS CUNTRE LES GIBEUNS. {Kn. 1^S>
un instant ramené la paix, se montrait impuissante à la
maintenir.
Aux confinés ils retirèrent leurs exceptionnels privj-
léges, et, en les déclarant rebelles, ils rendirent leurs
biens saisissables, leurs personnes passibles de châtiments
personnels. Aux gibelins de la ville ils fermèrent l'accès
des emplois publics^ Ne pouvant, comme l'auraient voulu
\es popolani, étendre cette incapacité à tous les nobles,
parce qu'on en comptait beaucoup dans le parti dominant,
ils exigèrent du moins que le nom exécré de magnats
disparût et qu'il n'y eût plus à Florence que de simples
citoyens'. Pour contraindre les plus rétifs, on leur im-
posa l'obligation de se faire inscrire aux registres matri-
cules d'un des arts, humiliante condition qu'en d'autres
villes, comme à Florence, devait bientôt subir la no-
blesse*. Elle n'était point tenue à travailler de ses mains ;
on lui laissait l'énervant privilège de l'oisiveté, dont elle
était fière, comme d'un souvenir et d'un signe de sa su-
pérîorité native. Au prix de l'humiliation d'un moment,
promptemenl oubliée des autres citoyens, elle aclietaîl
le droit de prétendi'e aux plus hautes fonctions. Quant è
ceux qu'un resic d'orgueil féodal poussait à défendre leui
nom d'une inscription si roturière, ils ne vivaient plus
dans leur patrie qu'à titre d'étrangers et, pis encore, dt
parias*.
' Si corne Don stimaiano C09a convenienle il levar in [utto it governo d
luano du' iiobilj , cogi giudicavaDo esser necessario che almeno col nomi
cbe prendcvano, dcponesuro giarle dell' alterjgia che porgea ioro quelt
boriosa voce délia nobilU. (Ammiralo, 1382. 1. III, I. I, p. 130.)
' Ainsi i Hilan on immatricule les Adda , les Archintn , les Castïgliuni
les Crivclli, les Lamprugnani, les Mclzi, les Visconli, les Vimercali et bîei
d'aulres (SitoDi, Collectanea de tegibiu nobilitalU, ap. Cibrario, Dell' tco
nomia potilica, p. 372).
* On rapporte ordinaireineDl cette grande innotalian au temps ua pei
(Aif. 1282) COLÈRE ET PLAINTES DES GIBELINS. 229
Cinquante ans plus tôt, ils eussent préféré tous recou-
rir aux armes, s'exposer à la mori, se condamner à l'exil,
dernier refuge de leur dignité. Mais ils n'étaient plus,
comme jadis les grands des châteaux et de la campagne,
citadins pour deux ou trois mois chaque année, et assu-
rés, à la première vexation, d'un refuge derrière leurs
murailles, d'une vengeance par leur épée. Pleins de
mépris encore pour ces popolani qui, mal armés et à
pied, ne tenaient guère, sur les champs de bataille, con-
tre les chevaliers, nouveaux centaures tout bardés de fer,
ils s'étaient accoutumés à les coudoyer dans les rues, où
s'écoulaitdésormais, pour les uns comme pour les autres,
presque toute l'existence. Ils aimaient Florence comme
leur patrie. La plupart y étaient nés et ne connaissaient
guère d'autre horizon. Le sang qu'ils versaient pour elle
redoublait leur amour et rendait plus dure à leurs yeux
la condition mise a l'exercice de leurs droits *. Dans la
colère des premiers jours, ils ne voyaient pas que leur
supériorité militaire, dont personne ne pouvait les dé-
pouiller, leur assurait une position considérable, et, jus-
qu'à un certain point, prépondérante dans l'État. Leur
résistance augmentait l'oppression, et l'oppression, leurs
plaintes. Or, pour les motiver, comme pour couvrir leurs
ressentiments, ils avaient sous la main un spécieux pré-
texte: n'enfreignait-on pas contre eux un pacte sacro-
poslérii'ur où furent rédigés les Ordinamenta justitiœf mais par suite du
l'erreur qui la suppose inséparable de la rédaction. Amniirato ne s*y est pas
trompé, non plus que M. Reumont (Tav. cron.y p. 51, art. Signoria, et
M. Yiiian (Nuova Antoloyia, juillet 1869, (. XI, p. 446). — M. Hillebrand
(p. 51) entend tiès-raal tout cela. La noblesse, dit-il, ne considérait pas en-
core le commerce comme déshonorant.
* Ces choses ont été très-bien Tues et mises en lumière par M. Yillari
(Nuova Antol.y loc. cit.).
230 GOUVERNEMKNT EXCLUSIF DES ARTS. (An. 1282)
saint, conclu sous les auspices de TÉglise, garanti par
elle contre quiconque l'oserait violer?
Mais le salut public faisait loi. Une commission de six
membres, nommée pour proposer des remèdes, n'aboutit
et ne pouvait aboutir qu'à une plus forte concentration
des pouvoirs battus en brèche par les grands*. De sup-
primer leur inscription aux registres matricules, il n'en
fut pas même parlé. Les quatorze, réputés trop nombreux
pour bien gouverner, furent remplacés par une magis*
trature de trois personnes, dont deux au moins devaient
être guelfes. Les grands y pouvaient prétendre, comme
les popolani^ mais à condition d'être de bonne vie et
renommée et d'être inscrits aux registres de Calimala, du
change ou de la laine, c'est-à-dire d'un des trois arts
principaux*. C'était un pas vers la démocratie que de tirer
exclusivement des arts les membres du gouvernement,
mais un pas d'une prudence incontestable, puisqu'on ex-
cluait les métiers où prenaient rang les plébéiens'.
* Au nombre de ces six commissaires était Dino Compagni, qui méritait
une mention à part tant qu'on Ta pu croire auteur de la chronique publiée
sous son nom. Aujourd'hui il n'est plus pour nous qu'un homme comme les
autres, mais mieux connu que beaucoup d'autres, grâce à l'attention qui s'est
si longtemps portée sur lui. Ceux qui seraient encore curieux de détails k
son sujet pourront lire un article de M. Sallini, Documenti inediti intomo
Dino Compagni, dans VArch. star., 3* série, t. XYI, 1872, 4* dispensa, et
aussi l'ouvrage de M. Hillebrand, quoiqu'il ne soit pas exempt d'erreurs et
surtout d^indications inexactes. — En Î854 , quand on construisit aux Ar-
chives de Florence la sallo dite délie carte, parce qu'on y recueille tous les
papiers appartenant aux corporations supprimées, M. Passerini a pu s'assu-
rer que Dino Compagni avait été immatriculé aux registres de l'art de la
soie, dont il était consul en 128*2. Le portrait plus ou moins imaginaire de
ce personnage fut alors placé dans cette salle , dont il passait pour être un
des principaux ornements.
* Eranvi cosi grandi conie popolani uomini, grandi di buona fama e di
buone opère, e che fossono arlefici o mercatanti. (Villani, VU, 78.)
^ Le prime due (gnindi e iwpolani) avevano parte nel governo, l'ultime
(An. 1282) LES TROIS PRIEUHS DES ARTS. 251
Le 15 juin 1282 , furent établis pour deux mois dans
cette charge Barlolo des Bardi, de Tart de Calimala et du
sestiere d'Oltrarno, Rosso Bacherelli, du change et de San
Pier Scheraggio , Salvi Girolami , de la laine et de San
Pancrazio. Ils reçurent le nom déjà ancien, mais tombé
en désuétude, de prieurs des arts\ auquel on substituait
quelquefois le terme générique de rettori, indistinctement
applicable aux principaux magistrats. Un peu plus tard,
sans renoncer au nom de prieurs, on employa celui de
ngnori^ aussi célèbre el plus expressif, qui montrait en
eux les seigneurs, les maîtres temporaires de Florence.
Réunis au capitaine du peuple dans la Badia^ ils s'enga-
geaient à y rester jour el nuit, à la disposition de leurs
administrés. Ils ne pouvaient être réélus avant deux ans,
sage moyen de déconcerter les ambitions immodérées, et
tout ensemble de ne pas décourager les ambitions légi-
times, utiles dans un État autant que les autres y sont
funestes*.
Deux mois n'étaient pas écoulés qu'on reconnut la
nouvelle magistrature bonne dans son principe, mais
susceptible d'améliorations. Trois arts sur sept étant seuls
appelés à en faire partie, on créait une aristocratie parmi
les arts majeurs; trois sestieri sur six fournissant un
prieur, une moitié de la ville commandait à l'autre, ou
avait du moins sur elle un avantage fort envié'. Si les
(plebei)no. (Auctoreincerto, ap. Deliziey IX, 256.) Cet écrit confus mais im-
portant a été réimprimé par M. G. Capponi, t. 1, p bbl, Append., n* 2.
* Nec lamcn hujus magistrutus nomcn tune primo in Republica repertum
est . Constat enim annalibus octoginta ferme annis ante id tempus priores
arlium in Republica fuisse, sed postea omissum ac pêne obliteratum, tan*
deni hoc temporc amplificala polestate resumlum est. (Léon. Bruni, lU, 54.)
« Villani, VII, 78. — Stefani, IH, 157.
^ La cosa procedea motto bene, se non che essendo tre priori solamente
232 LES SIX PRIEURS DES ARTS. (An. i28T
choses restaient en l'étal, il fallait restreindre les atlribu-
tions pour éviter la tyrannie, et Ton sentait le besoin de
les étendre*. On imagina donc de doubler le nombre des
prieurs, ce qui permettrait d'en donner un à chaque
sesliere et en même temps à chaque art majeur, sauf à
celui des juges et des notaires. Que des marchands pro-
nonçassent avec plaisir cette exclusion contre un art qui
les dominait par la supériorité de ses connaissances, par
son aptitude exclusive à rendre la justice selon le droit si
embrouillé du temps, et qui partageait avec les chevaliers
le litre honorifique de messere^ on peut le croire; mais
Texclusion avait sa raison d'être. Les juges et les notaires
tenaient déjà tant de place dans les tribunaux, dans les
administrations, dans le gouvernement, où ils assistaient
le capitaine, le potestat, les buoni i^omtm, les quatorze,
les prieurs eux-mêmes, qu'on pouvait sans inconvénient
déclarer inhabiles aux fonctions de prieurs les doctes
qui exerçaient partout celles de juges ou de greffiers.
C'est ainsi que les médecins et apothicaires, les marchands
de soie et merciers, les peaussiers enfin , partagèrent dé-
sormais avec Calimala, le change et la laine, le privilège
d'avoir dans la principale magistrature un représentant,
et méritèrent bien, dès lors, ce nom d'arts majeurs
qu'on ne leur contesta plus.
Restait, pour assurer leur règne, à le garantir contre
toute surprise, principalement contre l'élection d'un
collège de nobles. De 1282 à 1286, les six prieurs,
e di Ire sesli per voila, parea che in ogni priorato hora l'una meta e hora
Tallra délia citlà reggesse la repubblica e non lutta insieme (Ammirato,
1282, 1. m, t. 1, p. 160.)
* Un anno avanli essendo slali el«Hli con certa autorità, fu di poi nel
mesedi maggio data loro lutta la medesima che aveano i XIV. (Auct. incert.
ap.D6/ûie, IX, 260.)
(An. 1282) LEUR ÉLFXTION, LEURS PRIVILÈGES. 235
comme auparavant les quatorze buoni uominiy furent élus
par ceux qui sortaient de charge avec l'assistance de
richiesti ou requis, en nombre laissé à leur volonté,
et des capitudini ou chefs des sept arts majeurs*. De
1286 à 1292, s'introduisit Tusage d'adjoindre à ces ad-
joints les capitudini des cinq arts les plus considérables,
dans la hiérarchie officielle, après les sept premiers, et
d'appeler chaque fois deux richiesti ou arruoti par ses-
tiere*. Si de telles élections n'étaient pas encore fort dé-
mocratiques, elles donnaient cependant satisfaction aux
marchands. Ils restaient maîtres d'exclure les nobles, de
maintenir au timon les sept premiers arts, et d'admettre
les cinq suivants à se mêler des affaires publiques, dans
une mesure bien étroite encore, mais qui tendait à s'élar-
Moins redoutables parce qu'ils étaient plus nombreux,
les six prieurs obtinrent ce qu'on avait refusé aux trois
primitifs, toutes les attributions des quatorze buoni
worntm*, et en outre l'autorisation de marcher en armes,
d'entretenir aux frais de la commune six berrovieri ou
sbireSy en même temps que six mem ou messagers pour
mander les citoyens*. Ces concessions, ces privilèges coù-
* Voy. plu8 haut, même chap., p. 209.
* I quali furono con grandi e ]>opolani purchè fossero mercatanti. (Sfe-
fan!,lll, 158).
5 Auct. incert. ap. Delizie, IX, 260, 261. — Villani, VU, 78. — Ste-
fnni, lit, 158.-^ Ammirato, 1282, l. HI, 1. 1, p. 160. —P. Yillari. {IlPoli-
tecnico, novembre 1867, p. ^95.) — Fraticelli, Storia délia vita di Dante ^
p. 118, 119. — PignoUi,]. III, c. V,t. Hl, p. 135. — Sismondi, II, 36-37.
— Hillebrand, 51 , 52. — Slefani donne les noms des deux premières séries
de prieurs, celles du 15 aoûl et du 15 octobre 1282. On peul voir dans
Atto Yannucci, p. 158, le texte même des ordinamenti sur Télection des
])r\e\irs(0rdinamentidigiu8tizia del popolo e comune di Firenze, cap. III).
* Voy. la note 1 de la page précédente,
s Auct. incert., ibid. Villani, VU, 78.
254 LES SA VI ET LES BUONUOMINI (An. 1282)
talent peu à l'esprit de défiance et de soupçon inhérent
aux démocraties. Il avait pris ses garanties contre les ma-
gistrats de son choix : courte durée de leur pouvoir, qui
leur ôtait les moyens de s'y perpétuer; obligation de ré-
sider, de manger, de coucher dans la lourde la Castagna
prèsde la Barfta*, qui leur ôtait jusqu'au désir d'une im-
médiate réélection ; défense de parler à personne, sauf
dans leurs audiences du lundi, du mercredi, du vendredi,
et dans des entretiens exclusivement consacrés aux af-
faires publiques, en présence des deux tiers d'entre eux' ;
assistance imposée surtout d'un certain nombre de savi
ou sages dans toutes leurs délibérations, trait caractéri-
stique, s'il en fut, des institutions florentines. Par ce
nom de sages, on désignait les hommes habiles, habiles
principalement dans la science du droit, aapientesjuris^
disent les documents, quand ils veulent parler net'. Ces
juristes étaient en grande estime. Chaque maison de
banque avait le sien, comme on a aujourd'hui son avo-
cat, son avoué, son notaire. On leur demandai! la solu-
tion possible des difficultés, d'après les lois si nombreuses,
si variées, si souvent confradicloires de tant de régimes
successifs. 11 élait donc nalurel que le plus considérable
des pouvoirs publics en eût plusieurs, conseillers et sur-
* Cette tour e\hiv encore sur la place de San Martino, en face de la
maison heureusement retrouvée où Dante est né. Voy. la gravure insérée en
regard du frontispice de Touvrage intitulé : Délia casa di DantCf etc., par
M. Gargani, Florence, 1865.
* Auctore incerto, ap. Delizie, IX, 261. — Sismondi (II, 36) dit que si
on réunissait et renfermait ainsi les prieurs, c'était pour réunir leurs es-
prits et leur inspirer de la bienveillance les uns envers les autres. Le
moyen, il faut Tavouer, eût été singulièrement choisi.
* Consulte délia Rep., 1. 1, quad. B, p. 20 \\ A celte page on trouve ce
nom en deux documents différente. Les exemples sont d'ailleurs très-nom-
breux.
(An. 1282) CONSEIUERS DES PRIEURS. 255
veillants tout ensemble, sans le concours desquels l'usage
n'admettait guère qu'on prît de graves décisions.
Ils différaient essentiellement des hommes qui n'appor-
taient aux conseils que les lumières de leur bon sens et
de leur expérience. A ceux-ci, convoqués maintes fois
avec eux, on donnait le nom si commode de buoni
uominij qui désigne tantôt divers magistrats, lanlôt ce
qu'en notre vieille langue on appelait des prud'hommes*.
L'élasticité de ce conseil , dit des richiesti ou des mvij
permettait d'y convoquer en nombre illimité les capacités
spéciales, suivant les cas : pour les armées et tout ce qui
s'y rapportait, les capitaines de la guerre; pour les affaires
d'impôt ou de trafic, les capitudini^ les notables des arts.
Leur office expirait après la « session », c'est-à-dire qu'il
se limitait aux points sur lesquels on avait voulu avoir
leur avis*. Mobilité excellente, et qui l'eût été plus encore
si l'on avait su donner aux pouvoirs publics plus de sta-
bilité. Ces délibérations en commun étaient soumises aux
mêmes règles que dans les autres assemblées; mais de
plus elles étaient secrètes, comme il convient au pouvoir
exécutif. Que le secret fût réel et longtemps gardé par
un si grand nombre de personnes, c'est ce qu'on ne sau-
rait dire. Des indiscrétions étaient inévitables, elles de-
vaient môme être fréquentes; mais on y verrait volon-
tiers comme un rouage des institutions démocratiques :
on sait trop de quel prix Taristocratiquc conseil des
* Le 21 mars 1287, los prieurs convoquenl 12 gavi et huonuomini. Les
six premiers sont tous legum doctores; des six autres, un est cliangeur,
deux fabricant*? de laine, trois « marchands, » c'esl-à-dirn de Part de Ca-
limala (Consulte délia Rep., PP, 1, 45). — Le 3 janviiT 1297, los prieurs
s'adjoisneiil 12 huonuomini et 12 sapientes {Provvisioni, VII, 23 v*).
* Qiiello de* richiesti o savi non durava piii d'una sessions. (Auct. inc.
ap. Delizie, IX, 262.)
236 LE POTESTAT ET LE CAPITAINE. (Ak. 1282)
Dix achetait, à Venise, le mystère de ses délibérations.
Quoique destinée à subordonner bientôt les autres ma-
gistratures, à durer autant que la République et même
à lui survivre \ Tinstitulion des prieurs ne supprimait
ni le potestat ni le capitaine. Les officiers étrangers
étaient toujours en faveur. Pour une chose aussi simple
que de contrôler {sindacaré) les comptes d'un officier
indigène, on appelait quelquefois du dehors un juriscon-
sulte ; on lui donnait deux notaires et quatre berrocieri;
on faisait, en un mot, de lui un potestat au petit pied*.
A vrai dire, le potestat, chef des nobles, perdait du
terrain : de plus en plus on tendait à le reléguer dans
ses fonctions judiciaires ' ; mais le capitaine, chef des
popolani^ croissait en importance. L'un, hiérarchique-
ment supérieur, touchait six mille livres *, et marchait
couvert d'une barrette rouge, d'une robe aux couleurs
éclatantes, blanche, jaune ou de brocart d'or * ; l'autre,
avec son sombre costume de velours noir, avec ses deux
mille cinq cents livres de gages, pour lui et sa maison,
n'était qu'au second rang et semblait loin du premier ;
mais, commandant aux popolani^ il commandait au
gros des guelfes'. IjCS différents titres qu'il recevait mar-
* Supprimée par Alessandro des Medici, le 27 avril 1532, elle fut rétablie
par Pierre Léopold, k h fin du dix-huitième siècle. Voy. Sismondi,in, 55.
« 21 juillet 1500. Prormiom*, n- X, p. 268 V.
' Ou peut voir les ordinamenta primitifs du potestat en 56 articles, ap>-
prouvés par le conseil spécial des quatre-vingt-dix, auquel s^étaient joints
les capitudini ôes arts majeurs convoqués par le potestat (15 janvier 1284.
Provvisioni,i. I).
* Tels sont les chilfres de 1282 à i'292. Les berrovieri de ces deux
magistrats avaient inditîéremment trois livres de gages par mois. (Auct.
inc. ap. Delizie, IX, 258. — Consulte, 15 fév. 1282, t. I, quad. G,
p. 49 V.)
» G. Capponi, Stor. diFir., 1, 21.
' Auct. inc. ap. Delizie, IX, 258. Est-il besoin de rappeler que le potes-
tat entrait en charge au 1*' janvier, et le capitaine au 1«' mai?
(An. 1282) LE PROCONSOLO CHEF DES CAPITUDINL 257
quaient les progrès de sa puissance. Capitaine du peuple
en 1250, capitaine de la masse des guelfes en 1275,
capitaine de Florence et conseiller de paix en 1279, il
reprenait, en 1282, son premier nom, sans perdre les
suivants \ Le 1*' février 1283, Paolo Malatesla de
Verrucchio, qui exerçait cette charge, ayant obtenu de
retourner chez lui avant que le terme en fût expiré, on
élut, pour le temps qui restait à courir. Bernardine délia
Porta, de Parme, qui remplissait alors, à Florence, les
fonctions de défenseur des arts et des artisans ', c'est-à-
dii'e de chef des capitudini ou consuls des arts '. Il réunit
les deux titres, qui ne furent plus séparés *. L'usage s'éta-
blit alors de prendre dans Tart des juges un magistrat
qui, sous le titre de proconsolo ou proconsul, suppléa le
capitaine à la tête des arts, devint le chef de leurs capi-
tudini^ prit rang après les prieurs, et occupa bientôt un
palais dans la rue qu'on nomme, aujourd'hui encore,
via del Proœnsolo *.
Uonner un successeur au potestat et au capitaine était,
dans une certaine mesure, le privilège de leurs conseils
respectifs. C'est eux qui désignaient les citoyens chargés
de l'élection. Les électeurs désignés se réunissaient aussi-
tôt. Chacun mettait en avant le nom de ses préférences,
pourvu que ce fût celui d'un noble guelfe, chevalier ou
* Âuct. inc. ap. Delizie^ IX, 257.
« Ainmiralo, 1285, 1. UI, 1. 1, p. 162.
' Auct. inc. ap. Delizie^ IX, 265.
* Le 7 juin 1285, Baldovino des Ugoni, capitaine du peuple (voy. la liste
des officiâtes forenses) est appelé « défenseur des artisans et des arts, ca-
pitaine et conservateur de la paix dans la ville et commune de Florence. •
(Provvisioniy 1. 1, p. 17.)
' Reumont, Tav. cron,^ Cenni, etc., article Arti, Ce palais est encore de-
bout ; il a été reconstruit à Timitation des anciens édifices, mais sanci unité
ui pureté de goût.
S38 ÉLECTION DU POTESTAT ET DU CAPITAINE. (Ah. 1282)
docteur, âgé d'an moins Irente-six ans, étranger au do-
minioy c'esl-à-dirc au territoire de Florence, venant d'un
pays éloigné de cinquante milles au plus, et n'étant su-
jet d'aucun prince. On votait sur chaque nom séparé-
ment, et l'on formait une liste des quatre qui avaient
obtenu le plus de voix, dans Tordre qu'indiquait la plu-
ralité des suffrages. Puis on élisait un ambassadeur, qui
allait communiquer ce résultat et offrir la dignité de po-
testat ou de capitaine au premier inscrit sur la liste. S'il
acceptait, l'élection des trois autres était sans effet. S'il
refusait ou différait seulement de deux jours sa réponse,
l'ambassadeur se rendait auprès du second élu, au besoin
près du troisième et du quatrième. Dans le cas fort rare
d'un quadruple refus, on recommençait une quadruple
élection *.
Tout potestat, tout capitaine acceptant devait être à
Florence quatre jours avant son entrée en charge, pour
prendre connaissance des statuts communaux, et de
celui notamment qui réglait ses attributions. A peine
arrivé, il se rendait dans le conseil de la commune, le
plus nombreux de tous, ou dans l'assemblée à parle-
ment, qui l'était plus encore. 11 y jurait sur le livre même
des statuts, de les observer et de les faire observer à ses
serviteurs, aux juges, chevaliers, notaires qu'il amenait
avec lui et qu'on appelait sa famiglia '. Le capitaine
« Auct. inc. ap. DeliziCt LX, 258 sq.
* Le potestat amenait 7 juges, 5 chevaliers, 18 notaires, 10 cbevuiix,
20 berrovieri; le capitaine, 5 juges, 2 chevaliers, 4 notaires, 8 choTaui,
9 berrovieri. Un détail digne de remarque, c'est que le potestat, entré en
charge le 1*' janvier, devait changer ses famujli et les renvoyer hors de la
ville le 1" juillet; le capitaine, entre en charge le 1** mai, devait faire de
même le 1" novembre. (Ibid., p.* 258.) C'était sans doute une de ces mille
précautions ombrageuses dont les démocraties aiment à s entourer, et qui
préparaient la réduction de ces deux charges d'un an à sii mois.
(An. i!282) ATTRIBUTIONS DE CES OFFICIERS. 239
prenait les mêmes engagements que le polestat, mais il
jurait « en outre *, » de défendre les arts et de procurer
le maintien de la paix.
A la présidence de leurs conseils, ces deux officiers
joignaient l'administration de la justice. Ils y avaient
chacun sa pari. Le poteslat jugeait les causes criminelles.
Il y déléguait trois de ses juges, dont la juridiction s'é-
tendait à deux seslieri^ mais qui ne pouvaient instruire,
comme dans Tancienne Rome, que sur une plainte pri-
vée. Dans les causes légères, la plainte ne devait provenir
que de la personne outragée ou de quelqu'un de ses pa-
rents; dans les causes graves, elle était le droit de tout
citoyen. Au criminel, le capitaine ne connaissait que des
violences, extorsions, tromperies ou faussetés et méfaits
commis dans sa curie ou dans son palais ; encore fallait-
il que le polestat n'en eût pas été saisi, ou qu'il eût né-
gligé de rendre sa sentence dans les trente jours. Mais au
civil, les conteslations si nombreuses sur la gabelle et
l'estimo étaient portées à son tribunal. Il préposait un
de ses juges aux évaluations de la fortune {estimo délie
sostanze)^ qui servaient de base à la répartition de l'im-
pôt, un autre à la perception des taxes communales et
des amendes infligées. L'appel, interjeté dans les deux
jours de la sentence, présenté dans les huit, poureuivi
dans les vingt, venait devant un juge spécial des appels,
étranger et docteur, élu pour un au, qui devait pronon-
cer son arrêt dans le délai de quinze jours, à moins que
les parties, d'un commun accord, ne l'autorisassent à dif-
férer plus longtemps. S'il annulait la sentence rendue^
Taffaire était soumise au potestat, juge de cassation ;
> I)i più. ^Âuc. inc. ap. DelniCf ihid.)
240 LA POUCE. LES EXPÉDITIONS. (An. 1283)
quatre de ses assesseurs, saisis par lui, prononçaient en
dernier ressort. Malgré ce partage des attributions judi-
ciaires, capitaine et potestal eussent succombé à la tâche,
dans une ville très-peuplée et d'humeur querelleuse, si
Ton n'eût établi en chaque «estiera, pour les contestations
privées, une cour ou tribunal, et un juge docteur, mais
indigène, remplacé tous les six mois *.
A leurs multiples fonctions ils joignaient, en effet, la
surveillance de police. Ils l'exerçaient par l'intermédiaire
de leurs cavaliers, qui, suivis de berrovieriy faisaienl
des rondes dans la ville, recherchaient les contraventions
aux statuts, arrêtaient les contrevenants. Étaient-ils in-
suffisants à maintenir l'ordre? On faisait appel aux mille
de la garde urbaine, ou à un certain nombre d'entre eux,
Le capitaine du peuple éUuit leur chef, c'était donc lui
qui avait la haute main sur la police : dans les cas graves,
le poteslat ne pouvait rien sans son concours. Au contrain
pour les expéditions au dehors, il ne prenait le comman<
dément qu'à défaut du potestat ou du capitaine généra
de la guerre, élu, si l'entreprise projetée devait êtn
considérable, avec les mêmes formalités et dans lei
mêmes conditions qu'eux \ 11 pouvait, à son tour, êtn
remplacé dans ces fonctions de chef d'armée par un dei
^ Auct. inc ap. Delizie, IX, 259, 260. — Si la répartition des pou
voirs judiciaires manque un peu de netteté, c'est que le potestat, ayant et
supprimé quelque temps, le capitaine en avait rempli toutes les fonctions
Quand il eut été rétabli en 1251, le capitaine ne fut pas entièrement de
pouiUé des attributions qui primitivement ne lui appartenaient pas. V03
Reumont, Tav. cron., Cenni, art. Poleslà.
* Ce seigneur, toujours étranger, n'avait pas toujours des aptitudes loj
litaires, et, à vrai dire, c'est de quoi Ton ne s'inquiétait pas assez. Il ps
naissait suffisant qu'il conduisit à sa solde un certain nombre de cavalici
et de fantassins. Ricolli, Fauriel n'ont pas remarqué i»ans raison que ce fi
Porigine des fune^tes condottieri.
(Ah. 1283) OFFICE DES CONSEILS. 241
vingt-quatre capitaines de la guerre, officiers d'admi-
nistration militaire dont deux seulement faisaient cam-
pagne comme conseillers du chef suprême, ou, au besoin,
par un des prieurs *.
En somme, « gouverner les choses de la commune de
Florence, réunir les conseils, faire les provisions, » c'est-
à-dire prendre les mesures nécessaires, tels étaient les
principaux devoirs « des prieurs avec le capitaine du
peuple*. D Villani, en tenant ce langage, laisse trop
dans l'ombre le potestat, qui, lui aussi, on Ta vu, avait
ses conseils à présider. Or les conseils du potestat, quoi-
que moins mêlés que ceux du d'ipitaine à l'administration
active, étaient incessamment consultés, même pour les
questions les plus simples, les moins susceptibles de
contestation. S'agil-il de voter une somme de quarante-
cinq florins d'or pour amener à Florence des bois ache-
tés à Pistoia? Cette simple formalité est l'objet de six
délibérations : l"" des prieurs; 2"" du conseil des cent;
S"" et ¥ des conseils spécial et général du capitaine;
5* et 6" des conseils spécial et général du potestat, tous
assistés des capitvdini des arts majeurs\ Le conseil des
* Avec les deux capitaines de la guerre partait un des juges du potestat,
pour administrer la justice dnns le camp. (Âmmirato, I. îl, 1. 1, p. 112.)
* E qucsti priori col capitano del popolo aveano a gofernare le grandi e
gravi cose del c^mune, e ragunare e fara consigli e le proTrisioni. (Villani»
YIK 78.) — Questi Ire uffizi maggiori, priori, podesU e capitano govema-
Tano quasi il tutto insieme con i consigli. (Auct. inc. ap. Delizie, IX, 262.)
> 15 mars 1290. Provvisioni, t. 1, n* 2, p. 67. — L'usage commence à
s'établir, dans les résumés des Promisioni, de ne plus mentionner que les
conseils du potestat, qui décident en dernier ressort, en se bornant à dire :
« Prefia deliberaiione degli altri consigli. • Mais ces autres conseils con-
tinuent à être énumérés dans les proTisions mêmes : t Per dominos prières
artium et post modum subsequenter et successife per consilium centum
virorum comm. Flor. et per consilia spéciale et générale domini defcnsoris
et capitudinum 12 majorum artium... » (Ibid,^ 10 avril 1290.)
UIST. DE FLURBltCB. — II. 16
242 OFFICE DES CONSEILS. (Ak. 1285
cent pouvait sans formalités allouer aux prieurs cin-
quante livres, et le conseil général du poleslat cenl; mais
au delà, il fallait un vote régulier, par boules et scru-
tins * .
Tous les jours se réunissaient les conseils, tantôt en-
semble, tantôt séparés, parfois avec Tadjonction de
richiesti ou amioti, le plus souvent avec celle des seuls
capittidini. Il fallait leur intervention pour donner les
imbreviature^ c'est-à-dire pour transférer à un nouveau
notaire les papiers d'un notaire mort ou déchu; pour
décider qu'un malade mourant serait envoyé à l'hôpilal
de San-Gallo% pour nommer des trompettes, un joueur
de cymbales et un de cennamella % pour payer des co-
pistes, des sonneurs, des balayeurs, des maréchaux, pour
réparer des armoires, approuver des comptes, accorder
des ports d'armes, des indemnités, Irès-souvent à l'oc-
casion de chevaux tués ou blessés à la guerre *, faire des
lumônes, louer une maison ou même une boutique,
fixer et affermer le péage des portes*, échanger ou
* Prowisioni, passiiu. — « Videlicet de summa librarum centum quae
juxla formam status dicti communis expendi possunt aucloritate et refor-
matione dicti consilii generalis, absque solempnitate pissid. et balloct. in
ipso generali consilio observanda. » (13 juia 1290. Piovvi$ioni, t. I, n* 2,
p. 68 \\)
* « Infirmus ad mortem, » traduit depuis par Fexpression italienne
fl malato a morte. » (27 juillet 1290. Provvisionit t. 1, n* 2, p* 150.)
* Chalumeau ou fifre (8 février 1292. Prowishni, t. I, n* 3, p. 50.)
^ C'est ce qu'on appelait « mende di cavalli. :» (Voy. les Consulte délia
Repuhblica, passim.)
< Les portes étaient affermées pour deux ans à 2,000 1. ; les boutiques
du Ponte Vecchio à i.OOO ; celles du pont et de la place Rubaconte à 39
seulement. Ce dernier chiffre, si petit qu'il semble provenir d'une erreur,
est réel pourtant : il se trouve dans deux pièces différentes. On voit par là
que le Ponte Vecchio était un quartier marchand et le ponte Rubaconte in-
finiment moins. Il en est encore ainsi aujourd'hui (26 avril 1281. Consulte
délia Rep.f t. 1, quad. B, p. 15 v% 16.)
i
(An. 1285) OFFICE DES CONSEILS. 243
délivrer des prisonniers*, autoriser tel citoyen à ac-
cepter au dehors la charge de potestat. C'est dans les
conseils qu'on prenait des mesures contre les boulan-
gers ou les bouchers qui avaient agi « au déshon-
neur de la commune et du potestat, » par la mauvaise
qualité de la farine ou du mouton qu'ils vendaient*.
C'est en conseil qu'on décidait d'envoyer à Prato ou à
Pisloia pour obtenir, à charge de revanche, l'expulsion
des malfaiteurs qui, après s'y être assuré un refuge, en
reparlaient pour pénétrer sur le territoire, dans la ville
même de Florence, et désoler l'une comme l'autre de
nouveaux vols, de nouveaux homicides '. On procédait
aux élections soit des magistrats, soit des électeurs qui
les devaient élire, opération incessante sous un régime
qui n'accordait que deux mois à la plupart des magistra-
tures, et six aux plus longues, étemel sujet de débats
nouveaux et de combinaisons nouvelles, puisque le mode
d'élection était déterminé chaque fois, pour celte fois
seulement. Quand il n'y avait rien d'urgent à l'ordre du
jour, et tout au moins une fois par mois ^, on lisait tel
ou tel statut pour le réformer ou l'abroger, statuts sur le
salaire des officiers étrangers ou indigènes, sur les voleurs
de pigeons', et sur mille autres points de grande, de
< Protfvisioni, 1. 1, passim. 1284-1296.
* Super facto becharionim (10 mai 1281. Ibid., p. 16 ▼*). Dans cette
affaire on voit Brunetto Lalini proposer que les quatorze élisent secrète-
ment des légales, qui, sans être connus pour en avoir Tordre, achèteront
des moutons et s'assureront qu'il n'y a point dol de la part des vendeurs.
'10 septembre 1282. Consulte délia Rep.^ t. I, quad. D, p. 2.
^ Cette obligation se trouve indiquée dans un document du 15 mars 1281.
{Cons. délia Rep., t. I, quad. B, p. 13.)
* De puniendo qui ceperit columbos. — De puniendo qui diierit quod
potestas habeat ultra salariiim in constituto contentum (21 avril 1281. Cons.
délia Rep*, t. I, quad. B, p. 15 r' v"). — De salario potestatis non aiH
244 OFFICE DES CONSEILS. (An. 1983)
médiocre, de minime importance. Contre des mesures
proposées par les magistrats, élal)orées par leurs conseils
secrets, l'opposition, dans les conseils publics, était peu
nombreuse et peu bruyante ^ I^ plus souvent, elle se
bornait à demander qu'au lieu de prendre une décision
immédiate, on ouvrît des enquêtes, ou qu'on s'en rap-
portât à la décision des prieurs et de leurs sages. Au pre-
mier rang de ceux qui réclamaient ces atermoiements,
figure toujours le vieux firunetto Latini, qui paraît avoir
eu peu de goût pour les décisions prises dans les grandes
assemblées.
Convoquer tous les conseils n'était pas toujours obli-
gatoire ; mais l'ordre était invariable dans lequel on les
convoquait. Les prieurs, après avoir délibéré avec les
cent, et, s'ils le jugeaient à propos, avec des richieUi^
invitaient le capitaine, puis le potestat à soumettre les
gendo. — Ce statut est abrogé le 19 juin 1281 . (Ihid., p. 20 v".) — De in-
Tenlione et electione, salario et juraiiiento capitanci. — L'iniliatÎTe, pour
la rcl'unne de ce dernier statut, était prise en conseil des quatorze. Le ca-
pitaine soumettait ensuite la proposition à ses conseils en présence de ces
magistrats. Trois citoyens appuient ; quelques-uns contredisent. Finalement
ou décide que ledit chapitre &era « absolutum, mutatum et correctum •
entièrement, et que tout le monde sera exempté de Toberver. (Ibid,^ t. I,
quad. I), p. 9 v*.) Autre cas : Natteo des Maggi, potestat sortant au l** jan-
vier i'28'i, devait se rendre à Pistoia, où il ébit appelé à exercer la même
charge. Mais à Pistoia, comme à Florence, le statut exigeait qu*il fût n;nda
à son nouveau poste quelques jours avant de l'occuper. Cette ville fait donc
demander [)Our lui « licciitiam et paratmlam. » Le statut florentin 8*7 op-
posant, il faut, si l'on veut être agréîihlc à des voisins, le corriger pour de-
vancer le t(*mps où Matteo devra être sindacato, et autoriser son succes-
seur à Florence à entrer en charge au 1 " janvier. C*est ce qui fut fait.
(C0H8. délia Rep., t. 1, quad. K, p. '2i. — Décembre 1281.)
* On relève cependant divers exemples du rejet des propositions. Le
7 octobre l'282, on repoussait la proposition des quatorze • super exac-
tione condempnationum facienda ; • le 6 novembre suivant, on refluait
d*abroger le statut sur le divieto des essayeurs des monnaies. (Cotu. delta
Rep., 1. 1, quad. D, p. 4 v% 8.)
(An. 1283) RÈGLEMENTS DES CONSEILS. '245
mesures débattues à leurs conseils respectifs, sauf pour
celles qui rentraient dans les attributions exclusives de
l'un de ces deux magistrats. Ainsi c'élaient les conseils
du potestat qui accordaient aux notaires leurs protocoles
ou imbrevialure^ et les conseils du capitaine qui nom-
maient à la plupart des offices publics ^ Mais il fallait
l'intervention des uns et des autres pour les principales
mesures, notamment pour imposer au peuple quelque
charge pécuniaire*.
De sévères règlements entouraient ces délibérations si
nombreuses. Toute personne appelée à un conseil, y
devait être rendue avant que le magistrat qui en avait la
présidence, potestat, capitaine ou un de leurs juges,
délégué en leur lieu et place, se fût levé pour faire ses
propositions. Nul, sans son expresse permission, ne
devait sortir avant la fin, sauf pour quelque nécessité
corporelle, et à condition de rentrer aussitôt'; nul se
lever ou rester debout en présence du [^résident, sauf
pour opiner ou faire honneur à quelqu'un* ; nul appro-
1 Auct. inc. ap. Deliziey IX, p. 205.
> TuUi gli niti'i slanziainciili, ))rovvisioni c riforme dovcvano YÎncersi pcr
tutti i consigli, passaiido pcr ordine deir uno e deU' altro, cd ancora quelle
cose chc si trattavano per il consiglio de' savi o richicsti, per gli quali il
popolo dovesse essore aggravato con ispesa o con allro. (Ihid. , p. 264.)
' Statutum et ordinalum est quod omnes et singuli de concilio generali
et congregatione et quilibet alii qui ad aliquid couciliuin de inandnto Potes-
tatis aut alicujus de sua familia fucriiit convociiti, venire et esse dcbent ad
ipsum concilium, aiiteqiiam dictus dominus potestas aut alius ia loco ipsius
surrexit ad proponenduin inter eos de consilio sub pena sold. ii f. p. pro
quolibet eoruin, née de ipso consilio discedere debeat aliquis eorum sine
licencia domini potestatis Tel alterius proponontis ante reformationcm lec-
tam sub pena et banno 5 sold. f. p. pro quolibet, nisi recessit propter
necessitatem corporis, et quipropterea recessit, incontinenti redire debeat.
(Statut du potestat, 15 janvier 1284. Provvisioni, t. I, ^ 12-16. Ozanam
(Œuvres f II, 428) a publié une grande partie de ce statut.
^ Item quod nuUus audeat stare in pedibus in loco ubi congregatur ali-
246 RÈGLEMENTS DES CONSEILS. (An. 1285)
cher du siège présidenliel \ dire des paroles injurieuses,
commettre des offenses, engager des rixes', interrompre
l'orateur', prendre la parole avant qu'il eût terminé, et,
en aucun cas, sans l'autorisation du président. On parlait
debout à la tribune*. Sur une même question quatre
orateurs au plus pouvaient être entendus*. Toute infrac-
tion à ces règlements était punie d'une amende variant
de deux sous de petits florins jusqu'à soixante. Encou-
rait le maximum de l'amende quiconque troublait ou
interrompait un orateur parlant sur une proposition du
potestat ou du juge, son suppléant à la présidence ; le
minimum quiconque sortait de sa place sans motif*.
Quant aux injures et aux violences, il n'avait point paru
nécessaire d'édicter des peines spéciales, car cette sorte
de délit rentrait dans le droit commun ; mais la peine
quod consilium commuais Florenlise et sedere debeat postquam D. Potestas
aut aliquis loco ipsius fuerit in dicto loco consilii, nec surgere nisi causa
consulendi ye\ alterius nécessita tis, et contra facicns in soldes 50 f. p. pu-
niatur, nisi surgeret causa faciendî honorem alicui. (Ihid.)
* Quod nulla persona debeat accederc ad stangam sive bancum D. Potes-
iatis. (Ibid.)
* Quod nullus.... praesumat dicere aliqua verba injuriosa contra aliquem
in ipso concilie existentem, nec aliquam rixam seu mesclantiam.... facere,
nec aliquem percutere vel offendere modo aliquo vel ingenio. (Ibid,)
3 Quod nullus.... praesumat turbareaut inquietare siye impedire aliquem
arrengantem seu consulentem in aliquo consilio super aliqua propositione
facti per D. Potestatem aut aliquem alium loco sui. Contra faciens vice qua-
libet puniatur in sold. 60 f. p. (Ibid,)
^ Quod nullus.... consulcre et srrengare super aliquo quod non sit prin-
cipaliter propositum perD. Potestatem aut aliquem alium loco sui.... Item
quod nullus... surgere debeat ad arrengandum, donec prier arrengalor
finierit diclum suum, et ire inceperit ad sedem suam. (Ibid.) Le 30 oc-
tobre 1535, on voit, dans le conseil général ^ Giovanni Gini c surgens in
pedibus ad arengheriam. » (Doc, degli arch, tosc. I capitoli di Firenze,
recueillis par G. Guasti, I, 45. Flor. 1866, in-^"*.)
* Quod aliquis non arrenget... ultra quam quatuor consiliaiii absque pa-
rabola et licenlia D. Potestatis. (Ibid.)
* Voy. page précédente, note 3, et cette page même, note 3.
(An. 1285) VOTE DANS LES CONSEILS. 247
commune était doublée, parce que le lieu en augmentait
la gravité*.
Public dans tous les conseils, à la réserve de certains
cas déterminés, le vote était rigoureusement secret dans
le conseil des cent. Par une singularité inexplicable pour
nous, il était successivement public et secret dans le
conseil spécial du capitaine*. Le plus souvent, surtout
dans les conseils généraux, on votait par assis et levé,
sans compter le nombre des suffrages. Le président
resfait maître d'exiger le scrutin. Il y avait dans chaque
conseil une boite double à deux compartiments, Tun
blanc, l'autre rouge; sur l'un était écrit siCy sur Tautœ
non. CVst là qu'on déposait les boules, blanches pour
l'adoplion, rouges pour le rejet \ On décidait à la moitié
plus un des suffrages exprimés, sauf pour déroger aux
statuts : le vote, en pareil cas, n'était valable que s'il
réunissait les quatre cinquièmes des votants*. Ne pou-
vait-on les obtenir? on déférait l'affaire tantôt à un
* Et qui contra fecerit puniatur pena duplici quani puniretur si alibi
dixisset tel fecisset predicla. (ibid,) — Oxanam prétend {loc. cii,^ p. 74)
que les discours, dans ces conseils, étaient prononcés en latin. Il n'y a
d'autre prétexte à le croire que Thabitudc des auteurs de rédiger en latin
les discours dont ils voulaient transmettre à la postérité le soutenir; mais
puisqu'il avait fallu limiter h quatre le nombre des orateurs sur chaque
question, un grand nombre, la plupart marchands ou artisans, voulaient
donc prendre la parole, ce qui exclut absolument le latin. — C'est du reste
une question vidée pour la France comme pour l'Italie.
•Auct. inc. ap. Deliziej IX, 263.
' Provvisioni, t. I, p. 17. Le texte a été publié par Ozanam, Des écoles
en Italie, GEuvres, II, 451. — En 130'i, après le triomphe des Noirs, on
remplaça les boules blanches par des noires, et les rouges par des blan-
ches. — C'est ainsi qu'on vole encore aujourd'hui à la municipalité de Flo-
rence. — Il parait y avoir eu des variations sur ces points de détail. Ainsi,
le document déjà cité du 50 octobre 1555 nous montre la boite rouge pour
le sic, blanche pour le non. (Doc. de^li aich, tosc, 1 capitoli di Firenze,
1, 45).
^ Auct. inc. ap. Delizie, IX, 265.
248 L'ASSEMBLÉE A PARLEMENT. (An. 1283)
conseil de richiesti, tantôl au polestat, au capiu^ine, aux
prieurs, sans l'assistance d'aucun conseil *.
Rarement convoquée jusqu'alors, l'assemblée à par-
lement, qui réunissait tous les citoyens, devint d'un
usage plus fréquent. D'après le statut du capitaine, elle
devait être tenue en l'église de Santa Reparata, la plus
grande de toutes, sous la présidence du polestat, dans les
quinze premiers jours de chaque seignenrie^ et par con-
séquent une fois tous les deux mois; mais les magis-
trats, d'accord avec les conseils, avaient le droit de déci-
der que cette assemblée n'aurait poini lieu pendant toute
la durée de leur charge*. Ce n'était en effet ni le nombre
ni la nature des affaires qui rendaient la réunion oppor-
tune et désirable; c'était leur imporlance. On n'y prépa-
rait rien, mais on y donnait aux mesures adoptées par les
conseils une sanction qui en couvrait ou dégageait la
responsabilité, comme celle des magistrats. Y pouvaient
assister tous les citoyens immatriculés au registre d'un art,
payant les impôts, guelfes reconnus et âgés d'au moins
trente ans'. C'est ce qui fait qu'à cette assemblée on don-
nait parfois le nom de conseil public. Quand on avait sta-
tué sans discussion sur les mesures soumises à cette sanc-
tion suprême, les capitudini des arts avaient le droit de
* 0 ne* tre uffizi maggiori solainenle, secondo che si vinccrà (Auct. inc.
ap. Delizie, IX, 262). — Fauriel u a pas ignoré ce précieux document ; mais
faute de connaissances suffisantes sur la matière, il n'a pas su débrouiller
le désordre qui y règne. C'e^t 15 qu'il a pris son étrange classification des
conseils, où il ne distingue pas les conseils de gouvernement des conseils
administratifs (t. L p. 126-132). M. Hillebrand (p. 52) n'a pas de ces
choses une vue plus nette : il renvoie à Fauriel comme. autorité.
« 26 juin 1292. Prowisioni, 1. 1. n' 3, p. 80 v.
s Fralicclli, Storia délia vita di Dante, p. 117. — t Alla presenza di
tutlo il popolo, • dit sommairement le texte le plus explicite sur cet ordre
de faits (Auct. inc. ap. Delizie^ IX, 264).
(An. 1283) LES OFFICIERS SUBALTERNES. 249
proposer ce qu'ils jugeaient utile, soit comme délégués de
leur art, soit en leur nom personnel. C'était la part faite
à l'initiative privée, car, dans les autres conseils, on se
bornait à délibérer sur les propositions des magistrats.
Si quelque motion sérieuse sortait de cette initiative, elle
revenait devant les prieurs, puis subissait, devant les
conseils du capitaine et du poteslat, les épreuves ordi-
naires, dans Tordre accoutumé*. Si elle en triomphait,
si elle était partout successivement adoptée, on la ren-
voyait, de même que les mesures votées sur l'initiative
des magistrats, aux ofliciers publics qui avaient charge
d'en assurer l'exécution.
Ces officiers, c'étaient le potestat, le capitaine et même
d'autres, car, dans un rang inférieur, il y en avait de
nombreux dont il est impossible de ne pas dire un mot.
Les prieurs avaient une sorte de secrétaire ou de gref-
fier, nécessairement homme de loi, élu pour un an et
rééligible, personnage fort important. On l'appelait
notaio délie n/brmayioni, notaire des réformes, ou, pour
mieux dire, des décisions. 11 devait êlre Lombard de nais-
sance, mais point de la même ville que le potestat ou le
capitaine*. Trois camerlinghi délia caméra géraient les
1 Auct. inc. ap. Delizie, IX, 265. Voy. à TAppendice n"* 2, un exemple
curieux d'assemblée à parlement.
* Ibid. Le 6 avril 1299, on détermina avec plus de précision les devoirs
du notaire. Élu par les prieurs et le gonfalonier, il ne devait recevoir ni
argent ni présents. Il devait enregistrer tous les actes relatifs à la seigneurie
dans les trois jours, et, avant de quitter le palais, remeltre tout ce qu*il
avait écrit au nouveau gonfalonicr. Ces papiers étiient gardés dans une
armoire construite à cet effet et dont les prieurs avec le gonfalonier avaient
seuls la clef. Son divieto était d'un an. Toute contravention de sa part était
punie de 25 livres d'amende, et de la restitution du quadruple à quicon-
que lui aurait donné de Targent. Pour en faire la preuve, il suffisait d*un
témoin et du bruit public. Une copie des actes était faite sans retard, pour
250 LES OFFICIERS SUBALTERNES. (An. VIS^)
finances communales. Ils étaient assistés aussi d'un no-
taire qui tenait leui^ comptes cl, en outre, de deux doc-
teurs florentins, élus comme eux pour deux mois, et qu'on
nommait avocats de la commune. L'argent des recettes et
des dépenses passait par les mains des camerlingues. C'est
eux qui proposaient dans les conseils l'emploi qu'on en
devait faire. La fabrication des monnaies était dirigée par
deux sigriori délia zecca^ élus tous les six mois par les
capiiudini des arts, l'un dans l'art de Calimala, l'autre
dans l'art du change. Deux essayeurs de l'or et de l'ar-
gent leur étaient adjoints. Ces mêmes capiludini^ réunis
cette fois aux prieurs, élisaient six citoyens et un offlcier
pour être préposés aux approvisionnements. L'officier
restait six mois en charge et portait le titre de juge. Ses
assesseurs,* sei délia fciarfa, les six du blé, étaient rem-
placés tous les deux mois. Les ambassadeurs, toujours dé-
signés pour une mission spéciale et de courte durée,
étaient à la nomination des prieurs qui, pour les nommer,
dans les circonstances graves, s'adjoignaient les richiesti.
Aux grandes ambassades, on envoyait des chevaliers, des
docteurs, de riches et notables marchands assistés d'un
notaire, quelquefois même le potestat; aux petites, un
simple citoyen ou un notaire. lies ambassadeurs prêtaient
entre les mains du potestat serment de remplir leur office
en conscience, sous peine de mille livres d'amende. Leur
salaire dépassait rarement cinquante sous par jour*; en-
core fallait-il, pour l'avoir si considérable, conduire avec
que les intéressés en pussent prendre connaissance sans frais (Prowiiioni,
ii»X, p.6).
* Si peu considérable que paraisse ce chiffre, il faut se rappeler qu'on
allouait cinquante sous par mois pour Tentrelien d'un otage (Voy. même
chapitre, p. 203).
(An. 1283) ESPRIT DE CETTE CONSTITUTION. 251
soi qiiati*c chev.iux. Un ambassadeur n'en pouvait emme-
ner moins de deux. Les lettres dont on le chargeait étaient
écrites en latin, au nom du potestat, du capitaine et
des prieurs. Tous les six mois, on élisait un notaire
pour l'unique fonction de les rédiger. Dix-huit citoyens,
élus syndics par les capitudini des sept arts majeurs, vé-
rifiaient la gestion des principaux officiers dont expiraient
les pouvoirs : six pour les prieurs, autant pour le potes-
tat, autant pour le capitaine. Quant aux officiers moins
considérables, ils étaient soumis à ce même contrôle,
mais le juge des appels avait seul le droit de l'exercer*.
Cette constitution, œuvre du temps, comme celle de
l'ancienne Rome, faite pièce à pièce avec les modifications
de détail que suggérait l'expérience, paraît très-compli-
quée par la multiplicité des rouages et la variété des
attributions ; mais, en somme, il n'y avait que deux fonc-
tions principales, Irès-neltement distinctes : d'une part,
la discussion, la délibération, l'action, privilège des plus
notables citoyens, naturellement en fort petit nombre; de
l'autre, l'approbation ou le rejet, droit laissé aux plus
nombreux, qu'on réputait moins entendus aux affaires et
plus jaloux de leur liberté.
Plusieurs ont jugé qu'il y avait trop de conseils et qu'on
les employait à trop de choses ; mais ce système n'était
pas sans avanlages. Quand de tels corps sont indépen-
dants, quand ils ne constituent pas une charge pour le
trésor, ils contribuent puissamment à donner des lois
meilleures et à les rendre stables. Qu'on se représente,
par exemple, le conseil spécial du capitaine délibérant et
volant dans un coin de San Pier Schcraggio, tandis que
< Auct. inc. ap. Delizie, IX, 261, 265, 269.
252 ESPRIT DE CETTE CONSTITUTION. (Ah. <283)
d'autres Florentins attendent^ dans une autre partie de
l'église, pour former avec les précédents le conseil gé-
néral, et recommencer aussitôt la délibération. La majo-
rité en peut être déplacée, mais le plus souvent un débat
nouveau la confirme et l'augmente, parce que les propo-
sitions agitées ont déjà subi le triple exame;i des prieurs,
du conseil des cent et du conseil spécial. Le lendemain,
délibèrent en cinquième et sixième instance les deux con-
seils du potestat. L'examen devient de plus en plus ra>
pide; toutefois, les nobles y intervenant, des intérêts dif-
férents y obtiennent la parole, intérêts suspects, à vrai
dire, mais qui, par la force de la raison ou même par un
appel aux passions, peuvent rallier à eux la pluralité des
voix, soit dans ces deux assemblées, soit, au besoin, dans
l'assemblée à parlement.
Ainsi chaque opinion, chaque groupe, pouvait se faire
entendre, défendre sa propre cause, comme la cause pu-
blique. I^ sentiment commun un instant dévoyé ne man-
quait pas d'occasions pour rentrer dans le bon chemin.
Plusieurs délibérations successives lui permettaient, sans
fausse honte, de venir à résipiscence et préservaient la
République des mesures irréfléchies qu'inspirait un sou-
dain courroux, une passagère émotion. Et ces sûretés
contre elle-même, Florence les prenait sans s'attarder à
de funestes lenteurs : en deux jours, et tout au plus en
dix, quand rien ne pressait ou quand on ne voulait pas
se presser, les cinq conseils avaient donné leur avis. Pour
plus de rapidité encore, l'usage ou la loi laissait les ma-
gistrats libres, en bien des cas, de ne consulter que tels
ou tels de ces conseils*.
* Si Ton en jugeait par les documeuls qui nous ont été conservés, le
nombre serait très-grand des cas où Ton ne consultait que certains conseils
(Aa. 1283) ESPRIT DE CETTE CONSTITUTION. 253
On ne saurait sans injustice accuser cette constitution
d'avoir exagéré la démocratie*. La multitude n'y obtenait
aucun droit, et ceux des. nobles, quoique restreints, y
étaient consacrés. Ce fut leur faute s'ils les amoindrirent
encore. La passion de parti l'emporta chez eux sur les
intérêts de caste. Les familles « grandes et puissantes, »
comme on les appelait, s'entre-déchiraient dans Florence
et sur le territoire, entraînant à leur suite leur nombreuse
clientèle. Elles descendirent jusqu'à flatter le peuple,
jusqu'à lui parler des injures reçues et de la liberté,
jusqu'à se faire guelfes par amour du pouvoir, jusqu'à
changer de nom. Les Tornaquinci se firent appeler Popo-
leschi; les Importun! , Cambi ; les Cavalcanti, Malatesti,
Ciampoli; les Tornabuuni, Giachinotti, Cardinali, Mara-
bottini '. Mais l'aristocratie que détruisaient si imprudem-
ment les magnats, se recrutait sans cesse de familles que
mettaient hors de pair la richesse, la dignité de prieur,
conférée à plusieurs de leurs membres, le ceinturon de
chevalerie, donné facilement par les rois et les princes de
passage à Florence \ Avec la vanité dont les démocraties
sont loin d'être exemptes, ces familles recherchaient les
distinctions, pour se séparer des profondes couches popu-
laires où plongeaient leurs racines. C'était une aristocratie
cl non les autres. Mais il ne Tant pas oublier que beaucoup de délibérations
sont perdues. Il tombe d'ailleurs sous le sens que si Ton faisait intervenir
tous les conseils dans des affaires de nulle importance, à plus forte raison
en devait-il élre de même pour celles qui avaient de la gravité.
^ C'est ce qu*a fait Fauriel, disant (I, 138) qu'elle c tendit à assurer au
plus grand nombre possible de citoyens le plus grand nombre possible de
droits et de pouvoirs politiques. »
« Villani, VU, 79. Ammirato, 1282, 1. UI, 1. 1, p. 161.
' En 1282, notamment, le prince de Saleme, fils de Charles d'Anjou,
faisait chevaliers trois membres de la seule famille des Buondelmonti
(Villani, vu, 84).
254 ESPRIT DE GEHE CONSTITUTION. (An. 1285)
bourgeoise, mais mêlée de nobles, et portée par intérêt à
retenir l'État sur la pente de la démagogie.
Le danger e&t été plutôt de refuser tout droit politique
à la multitude; mais les bourgeois florentins y obviaient
par de sages tempéraments. Celait peu de s'atlacher par
des bien&uts les déshérités; on savait, de plus, en diminuer
le nombre. On laissait aux arts mineurs l'espérance de
prendre rang, un jour, parmi les arts majeurs, el Ton
n'attendait pas, pour la réaliser, d'avoir la main forcée.
Déjà dans la paix du cardinal Latino, on avait vu les syn-
dics des bouchers, des forgerons, des cordonniers, s'en-
gager comme cautions*, preuve que ces métiers, quoique
non admis aux honneurs, comptaient, à l'occasion, pour
quelque chose dans l'État. Quelquefois , on appelait aux
conseils du gouvernement les capitudini des cinq arts
intermédiaires qui suivaient immédiatement les sept arts
majeurs. On allait même, pour abréger, jusqu'à les con-
fondre sous le même nom, et à dire a les douze arts ma-
jeurs , » quoique une telle dénomination ne fût pas con-
forme encore à la légalité*. On ne voit pas que cette
* Lapus Pratesis sindicus nrli$ beccariurum,
Orlandinus marescalchus Ba-ldovini, sindicus artis fabrorom,
Cervus dcl Forese, sind. arlis calzolariorum.
(Acles de la paix du cardinal Latino, ap. Deîizie, IX, 96.)
* Dès les 6 et 22 ayril 1285, on trouve une mention des capitudini des
douze arts majeurs (Consulte, t. I, quad. H). Le 10 avril de même (ibid*,
p. 97). Im 30, il n*est plus question que des sept ails majeurs (ibid,,
p. 98). Ces fluctuations continuent jusqu'en 1297, où il y a encore une
mention du même genre : c Gonvocalis et congregatis capitudinibus
septem majorum artiuni. »(5 janvier 1297. — Provvi$ioni, t. I, n*7, p. 25
V*.) Nous avions cru d'abord que Texplication de ce fait singulier, dont
nous ne voyons mention nulle part, était dans la succession alternative de
prieurs favorables à l'extension des arts majeurs, el d'autres qui s'y mon-
traient opposés ; mais nous avons trouvé dans une même affaire, et sous
les mêmes prieurs, les capitudini des 7 arts majeurs convoqués le
9 mars 1285, et le lendemain 10, ceux des 12 arts majeurs (Conmdie,
(An. 1283) PRATIQUE DE LA CONSTITUTION. 255
nouveauté, allernativemenl abandonnée et reprise, ait
provoqué dans Florence le moindre trouble , la moindre
plainte. Ce que cinq arls obtenaient, ceux qui venaient
derrière eux pouvaient, avec le temps, Tespérer à leur
tour. Les faibles savaient attendre et les forts ne pas décou-
rager, faire les concessions désirées avant qu'on les exi-
geât, double et singulière marque d'esprit politique, dans
une cité violente et passionnée, où les uns savaient prévoir
les concessions qui leur pouvaient êlre demandées, et les
autres ne pas les demander prématurément.
Florence avait donc enfin une constitution dont elle
était satisfaite, et qu'elle tenait , non à tort, pour défini-
tive ; car, sauf les modifications qu'elle s'était réservé le
droit d'y apporter et qu'elle y apporta successivement, elle
s'y tint comme au système qui répondait le mieux à ses
besoins et à ses goûts. Peut-être convient-il d'en rassem-
bler ici les traits généraux, épars dans tout ce qui pré-
cède.
Le principal pouvoir, celui de la seigneurie ou des six
prieurs, est aussi le plus ancien. Méconnaissable sous ce
nouveau titre, et après plusieurs transformations, il n'est
autre pourtant que celui des consuls primitifs, à nombre
variable, devenus successivement les douze anziani^ les
douze, puis les quatorze buonuomini^ les trois et enfin
les six prieurs des arts. La prépondérance acquise par les
arts majeurs mettait au premier rang ces magistrats élus
parmi les popolani^ à raison d'un par sesliere^ et pour
deux mois seulement. Ils délibèrent sur les mesures à
.1, quad. Ë, p. 75 r** v*). Il faut donc croire que c'est là un temps de transi-
tion, où l'on convoquait à volonté sept ou douze arts, et où Ton donnait
par anticipation aux cinq arts intermédiaires le nom d'arts majeurs, quand
leurs consuls réciproques étaient simultanémmt convoqués.
256 PRATIQOE DE U CONSTITUTION. (An. 1283)
prendre, assistés d'un notaire ou greffier de leurs actes,
du conseil des cent, d'un nombre indéCni de sages, de
rkhiesti^ d*am/ofi, c*est-fi-dire de jurisconsultes ou de
marchands , et le plus souvent des capitudiyii ou consuls
des arts. Ainsi préparées dans des délibérations toujours
secrètes, les lois, les propositions des prieurs sont appor-
tées successivement aux deux conseils du capitaine du
peuple, exclusivement composés de popolani, et aux deux
conseils du potestat, ou , à côté des popolani, les nobles
ont accès. Le conseil spécial d'abord, le conseil général
ensuite, auquel s'est joint le conseil spécial, délibèrent
sommairement, approuvent ou rejettent, avec le concours
presque obligatoire des capitiidini, et sous la présidence
du magistrat dont ils portent le nom. En certains cas,
lorsqu'ils ne sont pas d'accord, ou lorsque les prieurs
veulent dégager leur responsabilité, ils réunissent, ils
invitent à prononcer en dernier ressort l'assemblée à
parlement, qui se compose de tous les conseils précédents,
et, en outre, de tous les habitants en possession de leurs
droits civiques. A défaut d'affaires graves, l'assemblée à
parlement est convoquée une fois tous les deux mois,
c'est-à-dire une fois durant chaque seigneurie*, pour don-
ner à la souveraineté populaire et à l'initiative privée le
moyen de s'exercer.
Cette période des délibérations terminées , et elle ne
dure ordinairement que deux jours, jamais plus de dix,
on entre dans la période d'exécution. L'exécution est
* Très-souvent, en effet, on voit le capitaine, le potestat, proposer à leurs
conseils de supprimer la réunion de l'assemblée à parlement pendant la
seigneurie en exercice. Uors ce cas, elle devait être de droit ; on ne voit
jamais, dans les documents, les magistrats ou les vaincus d'un scrutin la
réclamer. C'est, au reste, un des points les plus obscurs des institutions
florentines.
(AN. 1^285) PRATIQUE DE LA œNSTlTUTlON. 257
commise SOUS la direction, ou plutôt sous la surveillance
des prieurs, au potestat et au capitaine du peuple, magis-
trats forl anciens, qui élaient jadis la tête et qui ne sont
plus que les bras, qui avaient les anziani pour conseil-
lei's, et qui, sauf la présidence de leurs conseils respec-
tifs, sauf leur supériorité hiérarchique maintenue*, ne
sont plus que l'instrument des prieurs, au nom de qui,
dans les réunions publiques , ils portent le plus souvent
la parole. Le potestat rend la justice, et, ordinairement,
commande les armées au dehors; le capitaine est juge en
quelques cas spéciaux, tant au crinfiinel qu'au civil, et
commande les milices au dedans, soit pour assurer Texé-
cution des arrêts de justice, quand il y a résistance, soit
pour rétablir Tordre troublé. On peu plus tard, ses vieux
souvenirs d'action indépendante et même de supériorité
l'empêchant d'être un instrument docile, les prieurs de-
manderont, se feront donner un autre officier, un autre
instrument, qui dédoublera, en quelque sorte, la charge
du capitaine, sans rien changer à l'économie générale des
institutions.
Tel était ce gouvernement, où l'initiative et l'exécution
appartenaient aux magistrats, l'approbation et le contrôle
aux citoyens. En droit, ceux-ci avaient le dernier mot ;
ils étaient les maîtres. En fait, presque toujours, ils cé-
daient à l'impulsion des prieurs. Ils le pouvaient sans
danger, puisqu'ils les nommaient eux-mêmes, et pour une
durée si courte qu'elle ne permettait pas de préparer ni
seulement de rêver une usurpation . Mais moins ce pouvoir
était durable, plus il devait être fort : une sorte de dicta-
^ Dans les documents, Tordre invariable est : le potestat, le capitaine,
les prieurs.
HIST. bt PLOHBMCK. — U. 17
258 SATISFACTION DES FLORENTINS. (An. i285)
ture devenait le correctif de Tinstabilité. Sans abdiquer
jamais, le peuple à tout instant donnait, pour un temps
déterminé, pleine balia aux prieurs, ou bien, dans les
conseils, sur telle ou telle affaire, il proposait, avec ceux
qui portaient la parole en son nom, de s'en remettre à
ces seigneurs d'un jour ; et telle était souvent la fin pa-
cifique des plus orageuses discussions.
Par malheur, à côté de ce gouvernement public, dont
le défaut capital était, avec l'instabilité, l'indivision des
pouvoirs, vivait et s'agitait le gouvernement parliculier de
la parte (juelfa^ qui en faisait la faiblesse au dedans, en
même temps que la force au dehors. Ci'était uno sorte
d'État dans l'Élat, avec ses officiers, ses conseils, ses do-
maines, ses finances, monstruosité politique qui révolte
nos idées d'unité, mais dont les Florentins du moyen âge
avaient pris l'habitude et ne demandaient point la sup-
pression. Leurs écrivains en parlent à peine, et ne voient
que les institutions officielles, objet de leur unanime
admiration : ils en louent à l'envi et le système et les
efTels. Brunetto Latini le propose à l'admiration comme
le modèle des gouvernements libres*. Selon Villani, une
telle tranquillité régnait a Florence qu'on n'y fermait plus
les portes, même de nuit, et une telle prospérité, une
telle douceur, qu'on n'y percevait plus d'impôts; pour
n'en pas grever les citoyens, on se procurait l'argent né-
cessaire en vendant les vieux murs et des terrains, soit
dans la ville, soit au dehors *. Si l'on maintenait encore
« Voy. plus Iiaut, 1. I, ch. iv, t. I. p. 256.
* Era tanto il Iranquillo siato di Firenze clie di notte non si scrravano le
porte délia città, ne bavea g.ibellc in Firenze, e per Insognocb 'el comune
hebbe di moneta, pcr non farc libre, si venderono le mura vecchie e terrem
dentro c di fuori (Villani, VIII, 2).
(Am. 1283) FÊTES PUBLIQUES. 259
par prudence l'ancienne provision des quatorze, qui in-
terdisait de porter dans la ville épée ni carreau*, il ne
manquait pas dans les conseils d'esprits optimistes pour
demander la levée de celte interdiction *.
C'est qu'à un sentiment juste sur la bonne économie
des statuts se mêlait une aveugle illusion sur la durée
d'une concorde si nouvelle, Tardent désir d'oublier, de ne
voir que le présent, de s'abandonner à ce goût des fêtes et
des plaisirs si profondément ancré dans tou(e âme floren-
tine. L'active Florence ne négligeait aucune occasion
de célébrer des fêtes et de les prolonger. Sobres et parci-
monieux dans leur vie, ces marchands remplissaient
avec un somptueux éclat les devoirs de l'hospifalité. Ils
savaient que l'argent qu'on y dépense est placé à gros
intérêts. En 1282, durant le second priorat, ils rece-
vaient avec de grands honneurs le prince de Salerne,
iils de Charles d'Anjou ; bientôt après, son oncle, le comte
d'Alençon, frère du roi de France, qui conduisait vers
la Sicile de nombreux cavaliers. Humiliés récemment par
la prise de leur pavillon sous les murs de Messine', les
Florentins ne gardaient pas rancune au souverain mal-
heureux qui les avait entraînés dans sa défaite. Loin de
là, tandis qu'ils honoraient son frère, et malgré l'acci-
dentelle cherté des vivres, résultat d'inondations qui met-
1 7 octobre 1282 (Conmlle délia Rep., 1. 1, quad. D, p 4 V).
* Notamment Manetto Beninc^sa, le 15 octobre 1282, huit jours, par
conséquent| après qu'on eut pris la résolution contraire. Il voulait que
citoyens et campagnai^ds pussent, en retournant • a villa, • ou en y allant,
porter « spatam seu quadrellectura.... quod eam portent in manu altam,
tenondo eam ex latere porte et portando pomum spale aul quadrellecti ex
parte superiori et circa t.... spate différant corigias avoltas et codum
capelli. » {ïhid, p. 5.)
' Vay. plus haut, même chapitre, p. 224.
260 RÉCEPTION DE CHARLES D^ÀNJOU. (An. 1285)
taieni sous l'eau une partie de leur ville S ils lui volaient
à lui-même de nouveaux secours*; ils l'accueillaient avec
un fastueux empressement, le 14 mars 1283, alors qu'il
s'acheminait vers Bordeaux, pour y soutenir le déli qu'il
avait porté à don Pedro d'Aragon, et que devait décliner
ce monarque, habile politique plutôt que preux cheva-
lier*.
Les Florentins se rendirent en si grande foule à la
rencontre du roi de Sicile, qu'on ne pouvait avancer ni
à cheval ni à pied. « J'ai vu, j'ai entendu, j'allesle, écrit
le chroniqueur Paolino, qu'étant en dehors de la porte
San Niccolô, les chevaliers lui présentèrent le dais; mais
il ne voulut pas qu'on le plaçât sur sa tête; et comme
on criait : Vive le roi Charles ! il fit signe de la maiu
qu'on se tût, et je l'entendis prier dans sa langue qu'on
criât : Vivent les victorieux * ! » C'était rappeler aux
oublieux Florentins le souvenir de leur affront, mais ne
pas se rendre compte des conditions et des sentiments qui
le leur faisaient juger supportable : peu chevaleresques
de nature, ils souffraient médiocrement d'une humiliation
endurée si loin, et qui n'amoindrissait en rien leur
puissance ; bons calculateurs, ils prenaient aisément
leur parti des défaites et des embarras de Charles, qui,
' Le 6 et le 7 octobre 1282, les conseils votaient Tenvoi de ces cava-
liers, et preiiiiioiit sur les sommes mises eu réserve pour Tachai du grain,
à charge pour le potestat, les quatorze et les prieurs, d'aviser aux moyens
et au tetnps de la restitution (Consulte^ t. I, quad. D, p. ^4 r** v*).
* Villani, VII, 87. Ammiralo, 1282, 1. III, t. 1, p. 161.
^ Charles cheminait à petites journées, car son défi était fixé au
24 juin, jour do la Saint-Jean (Paolino, II, 39).
* E gridando viva il Re Carlo, cho egli amolto con la inano, ch' cUi
stetiero cheti. La gente incontanenie ri^letle di gridare, ed allora Pudii iu
iu sua liugua che prego che si gridasse : Viva chi vince ! (Paolino, II, 59.)
(An. 1283) FÊTES DE LA SAINT-JEAN. 26i
grâce à ces heureux malheurs, ne pourrait plus de long-
temps dominer chez eux *.
Quand ils n'eurent plus de princes à fêter, ils firent
des fêtes pour leur propre compte. On en célébrait cha-
que année pour l'anniversaire de saint Jean, patron de
la ville. En 1283, elles ne durèrent pas moins de deux
mois. Sur la rive droite de TArno, dans ce quartier de
Sanla Félicita qui avait vu succomber jadis les Patarins^
Topulentc famille dçs Rossi, avec ses voisins, forma une
compagnie dite de l'Amour ou des blanc-vêtus. Plus de
mille personnes en firent partie. Ils portaient de belles
robes d'une éclatante blancheur; ils parcouraient les
rues au son des trompettes et autres instruments. Leur
exemple fut suivi. Ce n'était partout que danses, festins,
divertissements et jeux de toute sorte, où se mêlaient
amicalement dames, princes, chevaliers, popotani et
« autres gens honorables. » On recevait, on appelait,
on retenait les étrangers; on les accompagnait à pied ou
à cheval dans la ville et dans les campagnes environ-
nantes. On parait de robes fourrées les <c hommes de
cour, » les bouffons, les jongleurs. 11 y avait alors dans
Florence plus de trois cents chevaliers di corredo^ c'est-
à-dire de bourgeois qui s'équipaient en chevaliers, se
flattant de faire oublier ainsi leur origine roturière. Dans
une cité où montait incessamment le flot de la démo-
cratie, on prisait de la chevalerie jusqu'à la plus vaine
apparence : chevaliers féodaux ou d'institution récente
coudoyaient familièrement et sans marquer leur dédain
ces chevaliers d'emprunt. Les uns et les autres ne mar-
chaient que suivis de leurs valets; ils avaient, matin et
* Ainmirato, 1285, 1. 111, t. I, p. 162.
362 UTILITÉ DE CES FÊTES. (Aw. 1285)
soir, table ouverte; ils variaient les plaisirs du rep«ns par
les facéties des bouffons, par les lours d'adresse des jon-
gleurs ^ Jamais en Toscane on n^avait eu le spectacle de
fêtes si splendides. « A en voir les magnificences, écrit
Ammirato, qui eût pu croire que les Florentins étaient
accoutumés à une vie simple et modesle? Oh eût dit que
depuis longtemps ils fréquentaient les palais des rois.
Quelques-uns craignaient déjà d y trouver un symptôme
de mollesse ; mais un argent dépensé en fêtes publiques,
non en plaisirs privés, n'était propre qu'à accroître la
gloire de Florence parmi les autres villes d'Italie, el à
détruire l'âpre renom de la parcimonie florentine*. »
Ainsi, jusqu'en ces brillants plaisirs se cachait un
calcul. Heureuse d'une trêve qu'elle prenait pour la paix,
el qui semblait ouvrir une ère nouvelle de prospérité,
Florence voulait que l'on connût, que l'on admirât au
loin sa richesse et sa puissance. C'était un moyen de
bien établir son crédit, d'inspirer le respect pour ses
marchands voyageurs, qu'elle ne pouvait défendre au
loin par la force de sis armes, mais qu'on ménageait
partout, sauf en de rares moments de colère, afin de
puiser dans leui bourse, quand on avait vidé celle des
Juifs. Avoir fondé un gouvernement stable, c'était, elle
ne s'y trompait pas, établir sa fortune sur de solides fon-
dements. Désormais la République florentine existe telle
que nous la verrons dans la suite de son existence agitée.
Les modifications qu'elle subira encore seront sociales
< Villani, VU, 88. — Simone délia Tosa, p. 212. ~ Ammirato, 1283, 1.
lU, t. I, p. 163.
* Anzi dovei si sommamenle commendare che con quella opportuna libé-
ralité mitigassero Taccrba fama délia fiorentina parsimonia. (Ammirato, loc,
cit.)
(An. 1285) NOUVEAUX PROJETS DE RÉFORMES. t205
bien plus que politiques. Elles auront pour objet do
soumellre aux classes laborieuses une classe turbulente,
d'arracher leur dard aux frelons , pour que les abeilles
ne soient plus, dans la ruche, détournées de leur inces-
sant travail.
CHAPITRE II
GUERPES POUR L*HÉGÉMONIE CONTRE AREZZO ET PISE
BATAILLE DE CAMPALDINO
— 1Ï84-I492 —
Politique commerciale de Florence. — Ses relations avec les villes voisines. —
Réforme du gouvernement k Sienne, Arczzo, Pis^toia. — Discordes à Pise après
la bataille de la Meloria (128M285). — Reconstitution de la ligue guelfe (15
octobre 1284). — I^e conile Ugolino . ses négociations avec les guelfes. — Hos-
tilités ouvertes contre ri>e (10 novembre l'284). — Ugolino, scigntur à Pis*î
(janvier 1285). — Ses propositions à Florence et délibérations des conseils.
— DilTicultés avec Lucques, et médiation d'ilonoriuit IV. — Ugolino à Flo-
rence. — Traité conclu avec lui. — Sa tyrannie. — Hostilités provoquées par
révéque d'Arezzo (1285-1287). — Prinzivalle des Fieschi, délégué impérial
(1287). — Expédition des Florentins contre Arezzo (23 mai 1288). — Cbutc
d'Ugolino (juillet 1288). — Florence assiste ^ino Visconli, son petit fils. —
Guido de Monteleltro, seigneur à Pise (1289). — Charles 11 d'Anjou à Flo-
rence (mai 1289). — Nouvelle campagne contre Arezzo (2 juin 1289). — For-
ces guelfes. — Elles campent dans la plaine de Campaldino. — Forces gibelines.
— Bataille de Campaldino (11 juin 12^9^ — Lente marche dei vainqueurs
sur Arezzo. — Leur échec devant Arezzo. — Leur retoui à Florence 23 juil-
let). — Résultats de la campagne. — Expédition au pays pisan ^16 août). —
Nouvelle lenlalive contre Arezzo ^novembre). — Tactique de Guido de Mnnte-
feltro. — DélilM'ration des conseils (loreiitins sur la guerre contre Pise. —
Prise de Porto Pisimo (septembre 1290). — Campagne de 1291. — Prise de
Pontedera par Montefellro. — Campagne de 12^)2. — Hégémonie de Flo-
rence en Toscane. — Sa prospérité.
Pour couronner Tédilice si patiemment construit de
sa fortune, Florence devait encore réduire à l'impuis-
sance, puis à la soumission les gibelins de Textérieur et
An. 1284) RAPPORTS DK FLORENCE AVEC SES VOISINS. 265
les grands guelfes de Tinlérieur, parce qu'ils y faisaient
obstacle, et transformer de plus en plus la commune en
État pour agrandir sa sphère d'action. Cette tâche, elle
la poursuivra, au travers des plus effroyables discordes,
sans se détourner du trafic et de l'industrie, sans décou-
ragement et presque sans interruption. Mais pour exer-
cer librement son industrie et son négoce, pour attirer
à bas prix les matières premières, pour écouler à un
prix élevé les marchandises manufacturées, pour multi-
plier ces affaires de bnnque qui donnaient un lucratif
emploi à tant de capitaux acquis et accumulés, Florence
devait compter avec ses voisins et même avec des puis-
sances lointaines, s'appuyer alternativement à toutes, ou
rompre avec celles qui étaient à sa portée, quand, par
rivalité ou par jalousie, elles gênaient sa libre expan-
sion. On la voyait prêler à l'empereur des sommes im-
porlanles et acquérir en garantie l'usufruit de terres con-
sidérables, qui, en l'élahlissant pour de longues années
au pays de Fucecchio et de San Miniato, lui permettaient
de pénétrer comme un coin dans le territoire de Pise et
de se tenir en armes presque aux portes de cette ennemie
séculaire*. Elle se servait tour à lour de ce monarque
besogneux contre le pape, quand le pape prétendait trop
* On a déjh vu des prêts de ce genre en 1281 (chap. précéd. p. 2! 7). —
Le 5 mai 1285, Rodolphe, nonce général et procurateur de rempire, em-
pruntait, au nom de Rodolphe, roi des Romains, à Jacopino, fils de Vermi-
glio Alfani, 3i0() fl. d'or, en engageant les terres et possessions de Tempire
dans la curie de San Miniato et Fucecchio. Il reconnaissait à Tévéque de
Sun Miniato le droit de prononcer l'excommunication, si les clauses de ce
contrat n'étaient pas ohserrées. Pour les intérêts, il abandonnait tous les
revenus de ces terres (Cartapecore Strozziane-Ugucdoni). Le 25 no-
vembre 1280, le roi des Romains concéd.'îit encore à Jacopino ce même
usufruit, faute sans doute de pouvoir payer, (ibid.) Le 28 novembre 1292,
Adolphe de iNassau, pour la même raison, confirmait ce privilège déjà ancien
de neuf ans (ibid,).
%Q CES RAPPOKTS EXPLIQUES (An. 1284;
à être souverain temporel*; du pape contre Charles d*An-
jou, quand Charles devenait trop exigeant ou trop ambi-
tieux; de Charles et de ses cavaliei's contre les magnats
et contre les villes gibelines, qu'à tout prix il fallait ré-
fréner. Le parti guelfe n'a établi sa prépondérance qu^en
prenant en main la cause des arts ; mais il l'a si bien éta-
blie, que c'est à la parle et non à la commune que le
prince de Salerne s'adresse pour contraindre Pise à sou-
tenir de ses galères, comme elle s'y était engagée, l'ex-
pédition de Sicile*. De plus en plus les guelfes se con-
fondent avec leur pairie : ils en assurent la grandeur en
même temps que la leur propre, quand l'indépendance
succombe partout ailleurs. D'une ville de cent mille
habitants à peine, ils allaient faire un État respecté de
l'Italie et de l'Europe, maître par conséquent d'y étendre
son rayon d'activité, d'y écouler ses produits.
On ne dira jamais assez que la politique florentine est
essentiellement commerciale. Si Florence est guelfe,
«
c'est parceque les guelfes ne sont pas, comme les gibelins,
dédaigneux du travail, c'est parceque les guelfes seuls
* Le 27 octobre 1282, dans les conseils, Rogcrinodes Pilli émet l'avis de
rappeler d'auprès du pape les ambassadeurs, s'ils ne peuvent obtenir de lui
ce qu'ils sont chargés de lui demander. Cet avis ne prévaut pas. Baldovino
Rainucci, Neri Bordeili, Buondeluionte des Buondelmonti conseillent de les
laisser encore l'un pendant un mois, le second jusqu'en janvier, le troi-
sième jusqu'à ce qu'ils aient obtenu une réponse quelconque. Sur l'avis de
Bandino des Falconieri, on prend ce moyen terme de laisser au potestat,
au capitaine, aux quatorze et aux prieurs le soin de décider si les ambas-
sadeurs doivent revenir ou rester [Consulte, 1. 1, quad. D, p. 7).
* Libenter vobis incumbimus a vobis babere suffragia qui nescitis a
consuetis recedere et absque soilicitiidinis interjeclione consurgitis ad illa
que dicti domini patris uostri fastigia noslrique honoris augmentum respi-
cmnt. (Lettre de Charles, prince de Salerne, à la parte guelfa, conservée
aux archives de Naples et publiée par Amari, La guerta del vespro iiciliano,
t. Il, p. 327, append. n« Ifi; 2" éd., Paris, 1843.)
(An. 1284) PAR LA POLITIQUE COMMERCIALE. 267
peuvenl être les changeurs, les banquiers du saint-siége
el faire ainsi passer par leurs mains tous les deniers de
la chrétienté. Si elle est en lutte avec les antres villes de la
Toscane, c'est qu'elles sont aussi, en quelque sorte, des
maisons de commerce, gibelines par les nécessités de la
concurrence et l'antagonisme des inlérêls. Nul ne con-
naissait, au moyen âge, les lois de l'équilé, de ce qu'on
appelle aujourd'hui le droit international. Rien ne sem-
blait plus légitime que de fermer tout passage à un voisin
ou de lui imposer des taxes prohibitives, intolérables. De
là des haines croissantes, des querelles sans (in, que peut
seule vider la raison du plus fort. Tandis que Sienne,
Vollerre et Pise sont invariablement hostiles, pourquoi
Arezzooscille-t-elle entre Florence et Sienne?C*est qu'elle
en est à égale distance. Pourquoi finit-elle par se pro-
noncer contre Florence? C'est qu'elle ne peut empêcher
Sienne de communiquer avec le sud, tandis qu'au pas-
sage elle écrase de droits les marchands florentins qui
suivent la même direction et qui ne peuvent éviter Sienne
qu'en traversant Arezzo. Les mêmes motifs qui déchaî-
nent la guerre nouent les alliances. Lucques est trop
jalouse de Pise pour n'être pas alliée des Florentins.
Gênes, n'ayant de grands intérêts que sur mer, n'a
qu'inimitié pour la ville qui lui en dispute la domination,
et qu'amitié pour un peuple perdu au loin dans les ter-
res, qui contraint Pise à diviser son attention comme ses
forces, pour se défendre sur le continent. Quand Gênes
rompra avec Florence, ce sera un signe certain que Flo-
rence commande à Pise et n'a plus qu'intérêt à la défen-
dre, à la relever. Bologne est une alliée non moins fi-
dèle? C'est que séparée des marchands de l'Arno par le
massif de l'Apennin , animée d'ambitions semblables
268 POLITIQUE COMMERCIALE. An. 1284»
mais parallèles, guelfe par haine des villes voisines et
peu commerçante, elle devait ouvrir ses portes aux mar-
chandises florentines, ne les point écraser sous le poids
(le ses taxes et de ses tarifs.
Ainsi Florence cherchait des chemins vers le nord par
Bologne et par Lucques, vers la mer par Pise, vers Rome
et le sud par TOmbrie, par Sienne ou Arezzo*. Alors
même qu'on lui opposait des refus, qu'on marchait en
armes contre elle, il lui restait toujours l'espoir d'une
révolution dans ces villes gibelines oii elle entretenait
des inlelligences avec les guelfes, où les guelfes, après
comme avant la victoire, devaient acheter son appui.
La guerre, à vrai dire, malgré toutes ses cruautés, n'in-
terrompait pas beaucou[> plus les relations privées que les
alliances n'empêchaient les querelles de péage et les
plaintes des marchands \ Il en était d'une ville à l'autre
comme jadis d'un parti à l'autre dans Florence, quand on
y buvait ensemble le soir, après s'èlre, dans un pério-
dique accès de fureur, entr'égorgés le matin. On admet-
tait au droit de cité des citoyens d'une ville ennemie*.
On trafiquait avec eux comme avec des amis*. Pour le
^ Nous sommes heureux de nous rencontrer dans ces vues avec M. P.
Yillari, un des meilleurs juges de ces questions. Voy. des articles de lui
dans la Nuova ^n/o/o^ia, juillet 1809, t. XI» p. 445-446, et dans le Poli"
tecnico /juiWei 1867, p. 6-8.
* Le 4 janvier 1 284, on délibérait sur Tenvoi d'ambassadeurs h Lucques,
pour se plaindre des péages exorbitants qui y étaient exigés des Florentins
et de leurs marchandises, contrairement aux conventions entre Lucques,
Gènes et Florence (Provvitioni, t. I, n" 1, p. 10).
' Le 25 mars 1272, Donato, Lapo et Goro, « maestri d'intaglio, • ûls de
feu Ciuccio de Cinto, Florentins, recevaient à Sienne le droit de cité (Cons.
délia Campana, XV, 56 v*).
^ Le 25 avril 1279, Kosso Bazzaccarino, de Pise, patron d*un navire
appelé San Pietro, en partance de Palerme • ad portum Termarum, •
nolise ce navire à Nasico Nassi, marchand de Florence, pour transporter à
(AN. 1284) RÉFORME DES LNSTITUTIONS A SIENNE. 269
momenl, régnait entre les communes de la Toscane un
accord depuis longtemps inconnu. Ensemble elles fai-
saient la tagiia \ tour à tour elles marchaient au secours
de rÉglise en RomagneV Florence inspirant celle sorte
de respect que la faiblesse ne refuse pas à la force, on
était, de toutes parts, plus disposé à Timiter qu'à la
combattre: ses mouvements, ses transformations politi-
ques en déterminaient d'analogues, qui donnaient aux
institutions florentines plus de stabilité.
Sienne, on Ta vu, s'était déjà donnée aux guelfes*.
En 1285, elle chassait ses principaux gibelins, et, avec
l'aide de Florence*, les battait sur son propre territoire,
où les avait ramenés la mort encourageante de Charles
d'Anjou*. Puis, à l'imitation de sa voisine, elle concen-
trait le pouvoir dans un moins grand nombre de mains.
Il n'y eut plus que « neuf gouverneurs et défenseurs de
la communauté et du peuple de Sienne, » tous pris,
Porlo Pisano et à Pise, entre les deux ponts, 2i*0 charges de froment, au
prix de 2 lareni 1/2 de bon et pur or pour chaque charge (Arch. de Pise,
Pergamene, atti pubblici, acquisto Cappelli).
* Le 3 octobre 1282, les Florentins nommaient deux syndics pour faire
avec les autres villes « lalliam militum • pour un temps qu'ils détermine-
ront, mais qui devra être moindre d'un an (Coruulte, t. 1, quad. D, p. 3-4).
* On a vu plus haut (même livre, ch. I, p. 218-219) ce que faisaient à
cet égard les Florentins en mai 1281. Le i*' octobre 1282, les Siennois
envoyaient, k la demande du pape, 50 cavaliers dans les mêmes contrées
(Consiglio délia Campana, XXYI, 14 v*).
^ Voy. chap. précédent, p. 212.
* Andréa Dei, R. I. S., t. XY, 37-39, Malavolti, part. Il, 1. lU, f» 50 V.
Divers documents nous montrent les délibérations des Florentins pour
envoyer des secours aux Siennois, 400 pedoni à Sienne et 50 cavaliers
dans le val d*Arno pour vingt jours (5, 13, 14, 21 novembre 1285, CoH"
suliCy t. I, p. 139 V*, 142 V*, 144-147). Mais que Sienne guelfe ait un
différend avec Colle, les Florentins des conseils se prononcent unanimement
contre Sienne pour Colle, contre leur ancienne ennemie pour leur plus
iidèle alliée (21 février 1285. Ibid.y t. 1, quad. E, p. 70-72).
* 0 janvier 1285.
270 RÉFORME DES INSTITUTIONS (An. 1284)
comme à Florence, parmi les gens de la classe moyenne
et parmi les marchandsV Institués pour deux mois, ils
vivaient ensemble, aux frais de la République, dans le
palais qu'on leur avait affecté. Mais entourés d'une po-
pulation foncièrement gibeline, ils en étaient réduits à
lui disputer les séditieux, et, pour couper court aux récla-
mations comme aux révoltes, à faire tomber leur tête
sur le billot V Moins menacés, les guelfes florentins
pouvaient commander l'obéissance par des moyens plus
doux.
Vers le même temps, Arezzo, ville féodale de seigneurs
puissants dans la campagne, cédait aussi à la contagion
de l'exemple et se donnait un gouvernement populaire^.
« Une longue expérience, écrit Âmmirato, lui avait
appris que la liberté est mieux défendue par le peuple
que par les nobles\ » La charge de prieur du peuple.
' De numéro dominorurn novem vel ipsius ofticii offitialis esse non possit
aliquis de aliquo casato ci vital is senensis, nec aliquis nobilis de civitate vcl
junsJiciione senensi. Doraini novem qui sunl et esse debent defensorcs
communis et populi civitatis senensis et districtus ac jurisdictionis cjus-
dom sinl, et esse debeant de merculoribus et de numéro mercatorum
civitatis praîdictac vel de média gento. (Doc. ap. Malavolti, part. Il, I. Ilf,
P 50.) — La plupart des auteurs, et Sismondi (III, 37) d'après eux, met-
tent cette révolution en Tannée 1283. Mais Malavolli montre très-bien que
le gouvernement dos quinze fonctionnait encore dans les premiers mois
de 12S5. Celui des neuf est tout au plus de la fin de cette année, et peut-
être du commencement de 1286, si Ton considère que la lutte durait encore
en novembre 1285. Yoy. la note 4, à la page précédente. Dans le docu-
ment des Comulte du 21 novembre, il est dit que la lutte entre les Sien-
nois et leurs exilés est considérée comme prochaine. Or c'est après la lutte
que le gouvernement fut réforme.
« Andréa Dci, R. 1. S., t. XV, 39.
' Essendo nella citlk d'Ârezzo creato certo popolo. (Vilbni, YIl, 114.)
^ Ëssendosi accorti per lunga isperienza cbe la libertà è meglio difcsa
dal popolo che da' nobili. (Âmmirato, 1287, 1. 111, t. I, p. 169.) Ammirato
parle de ces faits rétrospectivement, à la date de 1287 ; Villani de même
(Vn, 114).
(An. 1284) A AREZZO ET A PISTOIA. 271
créée par les guelfCvS devenus maîtres, était conférée a
un Lucquois, très-ennemi de la noblesse*, tandis qu'ils
appelaient un de ses compatriotes à la dignité de potestat',
pensant, non sans raison, que ces deux citoyens d'une ville
guelfe seraient aisément d'accord sur le gouvernement.
En effet, le potestat pliait les grands à la rigueur des
lois, et le prieur, avec le peuple en armes, s'emparant
de leurs châteaux, les rasait au niveau du soP. Sans
avoir recours aux violences, la violente Pistoia parvenait,
de son côté, à instituer huit prieurs, deux par porte ou
quartier, des gonfaloniers, des conseillers, des compa-
gnies toujours prêtes à réprimer la sédition*.
C'est à Pise seulement que l'exemple des Florentins
restait sans influence, soit qu'enivrée de sa grandeur, Pise
dédaignât de les suivre, soit qu'elle en fût détournée par
des soins plus pressants. Elle traversait la plus grave
crise de son existence. Montée sur le faîte, il ne lui
restait plus qu'à descendre. Parmi ses citoyens elle
comptait des personnages qui tenaient dans ses murs un
somptueux état de maison et même une « grande
cour*, » qui exerçaient au dehors les droits de la souve-
' Guelfo Fulconi, de Loinbrici, bourgade voisine de Camaiore, au pays
de Lucqucs. « iNobiliiati maxime infestum. » (Léon. Bruni Aretino, III, 58.)
* Bernardo Lanfredi. Voy. Del Lungo, notes à son édition de )a chronique
attribuée à Dino Compagnie I* I, p 20, note 4.
^ Is armata multitudine caslelln r|usednm Aretinorum pcr nobilitalem
prius occupata repetere : mox quia dicto non parebatur, obsidere cœpil.
Nonnulla vero ex bis pertinacius resistenlia lan<iem vi capta expognatacpic
ad solum aïquavit. (Léon. Bruni* III, 58.)
* Statuts de Pistoia, p. 49, cités par Sozomène, Pistoriensis hiitotiOj
\\. I. S., Suppl. I, 194. — M. Hillebrand (p. 57) renvoie pour ces laits aux
Annale» Pistorienses^ titre donné par Muratori aux Ittorie pistolesi, chro-
nique rédigée en italien, et inserre au t. \1 des R. I. S. Or cette chronique
ne contient rien sur ce dont il s'agit ici.
'^ E ciascuuo per se tenea gran corte, (Villani, VU, 83.)
27!2 PUISSANCE DE P18Ë. (An. 1284)
raineté, par exemple les juges d'Arborea el de Gallura
en Sardaigne. Ses trafiquants avaient d'ini portantes
factoreries, contractaient de riches alliances à Saint-Jean
d'Acre et à Constanlinople*. Elle dominait sur les gran-
des îli's de la Méditerranée, les disputait à Gênes, ou s'y
enrichissait, comme en Sicile, par d'incessants trans-
ports. Elle équipait d'un coup des flottes de soixante ou
soixante-dix galères. Habile dans la gestion de ses finan-
ces, ménagère de ses ressources, elle n'en manquait
jamais pour remédier aux maux de la guerre*. Pleine
de franchise dans ses actes, comme de confiance dans sa
force, elle accueillait dans son sein un notaire et quatre
« observateurs » de Gènes', dont la mission avouée était
de noter et de signaler à leur patrie tous les préparatifs
belliqueux*. C'est le même sentiment qui, à Florence,
mettait en branle la Martinella, un mois de suite, quand
il était possible, avant l'ouverture des hostilités.
Mais l'heure avait sonné où l'exaspération des haines,
l'approche de la crise décisive, la crainte d'y succomber,
devaient inspirer des mesures de défiance. Les Pisans
prirent l'initiative d'abandonner celte chevaleresque
coutume, quoiqu'elle fût réciproque, et de chasser les
observateurs*. Ils commirent la faute plus grave d'avoir
^ Nelia città d'Acri erano molto grandi, e grandi parentadi aveano con
grandi borghesi d'Acri. (Villani, VU, 85.)
« Voy. Sismondi. lU, 9-12.
' Marangoni (R. 1. S., Suppl, I, 558) les appelle des espions, mais vrai-
ment ce nom n'est pas mérité.
* Per ea tenipoi*a ulerque populus.... raro ac nunquam audito exemplo
scribam aller ab allero cum quatuor speculatoribus publiée missum muluo
in suam urbem recipiebat, qui certa et explorata de consiliis et conatibus
hostilibus ad suos perscnberel. (Ubertus Fuliela, Genuensium Historia, h V,
ap. Graevius, Theê. antiq. el hisL liai., t. 1, part. 1, col. 584.)
* Foliela (loc, cil,) les en aocuse, ainsi qu*un autre chroniqueur génois
(AN. 1284) BATAILLE DE LA MELORIA. 275
deux ennemis à la fois. Ils ne surent pas désintéresser
Florence de la lutte, en offrant leur port à son com-
merce, en modérant les péages pour qu'ils fussent pro-
ductifs. Ils ne comprirent pas que leur ville, s'ils la
réduisaient à n'être qu'un lieu de dépôt, d'embarque-
ment et de débarquement, ne donnerait plus d'ombrage
aux villes de l'intérieur et pourrait compter sur leur
concours, ou tout au moins sur leur neutralité. Des
esprits avisés conseillaient cette politique, qui eût pré-
servé Pise d'une forte diversion sur ses derrières en
faveur de Gènes. On ne suivit point leur sage conseil,
parce qu'il émanait des guelfes, suspects autant que des
ennemis, et trop peu nombreux pour l'imposer * ; mais
après un désastre maritime, il fallut bien compter avec
eux.
Le 6 août 1284, dans les eaux de la petite île de
Meloria, en face du littoral toscan, la flotte de Gênes
avait battu celle de Pise, grâce au stratagème, renouvelé
de Charles d'Anjou, de dissimuler des réserves derrière
des rochers. Jamais, au moyen âge, les Italiens n'ont
livré sur mer une bataille si considérable. Sur les quatre-
vingts navires que les Pisans avaient mis en ligne, sept
étaient détruits, vingt-huit capturés*. Onze mille prison-
niers, conduits à Gênes, devaient y demeurer longtemps
et, pour la plupart, y mourir. L'on disait communé-
ment que pour voir Pise, c'est à Gênes qu'il fallait aller*.
(Ann.gen. I. X, R. L S., t. VI, 580), etMarangoni, quoique Pisan, confirme
leur témoignage, par Tordre dans lequel il présente les faits (loc. cU,).
* Qui quidem erat de parte Guelfonim (il s'agit d'Ugolino), quamvis de
eis paucissimi tune temporis in civitate pisana repcrirentur (Ann. gen,, 1.
X, R.I. S.,t. VI, 588).
« ViUani (Vn, Ul) dit 40.
' Chi Tuol veder Pisa vada a Genova. — Yoy. pour la baLniUe, Uh. Folieta,
HIST. DE FLORENCE. — II. 18
274 DÉFAITE NAVALE DES PISANS. (A5. i284)
Une polilique sensée, cependant, pouvait encore sauver
les vaincus. Mais ils étaient en proie à cet esprit d'impru-
dence et d'erreur qui perd les peuples non moins que les
rois. Rebelles aux conseils de la raison, ils n'écoutaient
pas même ceux de la superstition, qui quelquefois, de leur
temps, en tenaient lieu. Au moment où, sur le vieux pont
de la ville, rarchevêque, entouré de son clergé, donnait
sa bénédiction à la flotte, ils avaient vu tomber la boule
et la croix qui surmontaient Tétendard de la commune ;
leur désastre avait eu lieu dans les eaux mêmes où leurs
galères capturaient jadis et noyaient en partie les prélats
de la sainte Ëglise^ : nonobstant, ils s'étaient raidis, ils
se raidissaient encore contre ces avertissements du ciel.
Tandis que les Génois triomphaient avec modestie, se
bornant à dire des messes pour les morts, à faire des pro-
cessions, à rendre des actions de grâces au Dieu des
armées*, les Pisans aggravaient leur malheur par la
discorde : ils accusaient la trahison, ils se reprochaient
d'avoir permis à leurs guelfes de combattre parmi eux.
Ils disaient que le comte Ugolino avait donne le signal
de la fuite pour affaiblir sa patrie et la réduire plus aisé-
ment en servitude. Ils affectaient de voir en lui le capi-
1. V (Graîvius, t. 1, p. 590-595). — Ann. yen., 1. X (R. I. S., t. VI, 587).
Marangoni, R. I. S., Suppl., I, 564-569. — Guidonu de Corvaria, R. I. S.,
t. XXIV, 692. — Anonimo Pisano, R. I. S., t. XXIV, 648. — Cronica di
Pisa, R. I. S., t. XV, 979. — Pipini Chronicon, 1. IV, c. 31 (R. I. S.,
l. IX, 751). — Paolino, R. I. S., Suppl., II, 59.
' Id quel luogo che... aveano prcvi e parle annegati i prclati délia chîesa
santa, furono annegati c presi i Pisani, a causa che nel medesimo luogo
faccssino la penitenza dove avevano fatlo il peccato (Harangoni, R. 1. S.^
Suppl., I, 568). Il s^agit dos prélats qui se rendaient au concile k Rome,
et dont une partie furent conduits à Naplcs, auprès de Frédéric H. Yoj.
plus haut, 1. 1, p. 504. Cf. Villani (VU, 91) qui dit les mêmes choses.
^ Villani, Vlî. 91.
(A>. 1284) CONSÉQUENCES DE U DÉFAITE. 275
laine de rarméc *, quoique le commandement appartînt
au polestat Morosini, homme de mer renommé. Ugolino
n'avait voulu qu'arracher au vainqueur quelques galères
cl leurs équipages* : il portait la peine d'avoir, le pre-
mier, annoncé la catastrophe'. En haine de lui et de ses
guelfes, Pise devint, à la maie heure, plus gibeline que
jamais. Elle fournit à ses ennemis de terre ferme les
armes qu'elle aurait dû leur retirer. De là vint, plus
encore que de sa défaite, son irrémédiable décadence.
« Désormais, dit Villani,-elle ne devait plus recouvrer
son ancien étal, sa seigneurie, ses possessions \ »
Àverlis par un déluge de malédictions et de menaces,
les guelfes toscans se mirent sur leurs gardes. Des réu-
nions préparatoires de leurs syndics eurent lieu à Ra-
pallo, pour resserrer les liens un peu détendus de leur
ligue'. Un congrès fut tenu dans l'antique Badia :
Brunetto Lalini et Manetlo de Benincasa y représentaient
Florence*. Le 13 octobre 1284, les principales villes de
' Ëssendone capitaDO il conte Ugolino dclle genti od armala pisana.
(Marangoni, loc, cit,) Harangoni n'a d'autre autorité, pour accuser Ugolino
de trahison, que celle de Dante, toujours douteuse quand il s'agit d*ua
guelfe. Dante, d'ailleurs, est loin d'être affirmatif :
Chc s' cl conte Ugolino aveva voce
D'aTcr tradita te dellc castelln.
{Inf. XXXUI, 85.)
< C'est ce qu'a très-bien tu un moderne historien de la ïoscano, Pignotti»
1. m, c. 6, t. III, p. 158.
3 Grassi, Descrizione di Pi$a, parte storica, pt 134. Pise, 1836^
* Villani, VII, 91.
5 Bouaïni, loc, cit. t. IV, p. 15.
s Les chroniqueurs disent k tort que la ligue fut conclue en septembre.
La date est aux Capitoli, XXX, f» 34 r». — Fauriel (Hi$l. LiU. de la Fr.,
XX, 285), dit, d'après les Notizie storiche premesM al Pataffio (Na-
ples, 1788), que Brunetto Lalini eut la présidence et la direction du
congrès. La direction morale peut-être; là présidence certainement non^
,_ • •■'
27tî UGliE CUNTKE PISE. (A>. 1284)
Toscane, sans en excepter celles qui jadis étaient gibe-
lines, adhérèrent à la ligue guelfe pour vingt-cinq
années ^ La porte resta ouverte aux hésitants et aux
retardataires, même aux prisonniers pisans, s'ils se fai-
saient citoyens génois*. Dans le délai de quinze jours les
Toscans s'engageaient à attaquer Pise par terre, tandis
que Gcnes Tallaquerait par mer, à ne lui accorder la
paix sous aucune condition, à raser ses murailles et ses
forteresses, à disperser ses habitants dans des bourgades'.
A cette funeste nouvelle, Pise courba la lêle en fré-
missant. Six jours après la conclusion du traité fatal, le
18 octobre 1284, elle appelait aux fonctions de poteslat
le comte Ugolino*. Que ce magnat fût vindicatif et ambi-
tieux, qu'il voulût être seigneur, on peut le croire ; mais
puisqu'il avait un collègue au même titre que lui, puisque surtout le po-
testât était présent. Rentré à Florence en 1266 ou 1267, il y mourut
en 1294 (Fraticelli, Stor, délia vita di Dante, p. 96), après avoir été prieur
au moins une fois, en 1287 (Priorisia fiorenlinOy ms. de la Bibl. nat.,
n* 9971).
' Âmroirato (1284, 1. HI, t. l, p. 16i) donne ce chiffre. Les Ànn. gen.
(l. X, R. 1. S., t. VI, 588) disent trente ans.
' Prato adhéra à la ligue le 14 octobre, Pistoia le 15, Sienne le 18, San-
Miniato, Poggihonzi, San-Gemignano le 20. (Capitoli, XXX, f* 88 v*. —
Documents ap. Monumenla historiœ patriœ adjussa régis Caroli Alberii,
t. 11, p. 68-76. Liber jurium Reip. Gen.) — Cf. Villani (Vil, 98) et Stefani
(III, 162) qui ajoutent Lucques, Colle, Volterrc.
' Le traité, pris dans les Capitoli, XXX, f» 84, a clé publié par Dal
Borgo, Diplomi pisaniy p. 4-12, et dan.«; Mon. hist. patriœ, t. II,
p. 60-68, 1. 1. p. 1560-1568. Cf. Villani, VII, 97.
* Die mercurii suprascripla comes Ugolinus jiiravit ofBcium potestarix
communis Pisarum, et ofGcium cœpit exercere (Guido de Corvaria, R. 1.
s., t. XXIV, 695). Cet auteur fixe très- précisément la date par les mots sui-
vants, qui se trouvent à la page 692 : « Sub nnnis aNativitate Domini 1284
et die marlis 17 octubris. » — Une autre chronique pisane n est pas d'ac-
cord avec la précédente pour la date : • Messcre Igolino, conte di Dono-
ratico, podeslà anno uno 1285, e cominciô lo suo officio lo di de la festa di
S. Luca (Fragm. hist. Pis. R. I. S., t. XXIV, 648). » Mais comme la fête de
Saint-Luc tombe bien le 18 octobre, Tun des deux auteurs se trompe d'un
an. La concordance des faits nous semble donner raison au premier.
(An. 1284) CONSEILS D'UGOLINO AUX PISANS. 277
son intérêt privé se confondait alors avec l'intérêt public.
fiCs chroniqueurs qui peignent sous les couleurs les plus
noires ce chef altier des Gherardeschi, confessent qu'il
lilait « très-sagace, » précieux mérite aux heures d'an-
goisse où la mort, où la captivité avaient privé Pise de ses
« meilleures têtes*. » Résolu à dire son sentiment, dût-il
froisser celui de la ville entière, Ugolino réunit dans la
cathédrale l'assemblée du peuple. Il y montra sans peine
qu'il fallait diviser pour vivre, s'allier aux Toscans ou se
soumettre aux Génois. Or se soumette au vainqueur de
la veille, à l'ennemi héréditaire, c'était la pire des humi-
liations. S'allier à des cités voisines, dont plusieurs
naguère encore étaient amies, c'était prendre parmi elles
la première place, ou du moins une place à part, celle
qui appartenait au port de la Toscane. Florence avait-
elle jamais prétendu à rivaliser sur mer avec Pise, à lui
disputer les îles, ou même son territoire de terre ferme?
N'avait-elle pas, au contraire, rendu aux Pisans un
signalé service, lors de leur guerre contre les Sarrasins
des Baléares*? Quant à lui, il avait refusé d'entrer dans
la ligue, qu'on lui ouvrait ainsi qu'à ses fils et à son
petit-fils, le juge de Gallura' ; mais si de pleins pouvoirs
lui élaient donnés, il conclurait avec Florence un traité,
* Uuomo sagacissimo.... dellc migliori teste (Tronci, 1286, p. 248). l\
est superflu de faire remarquer qu'il n'y a pas lieu de tenir compte de la
chronologie de Tronci.
* En 1 115. — C'était un service trop ancien pour peser beaucoup dans
la balance. Voy. plus haut, 1. 1, ch. 111, t. I, p. 124.
' In qua confederatione requisitus cornes Ugolinus noluit consentire.
Sluduit tamcn parti Thuscis placere, ut ex effectu probatur pro pactisser-
vandis. (Ptolemœi Lucensis Brèves Annales, 1285, R. 1. S., t. XI, 1295.)
Ugolino était tuteur et curateur de Nino (abréviation d'Ugolino), chef de la
famille des Yisconti et Gis de sa fille. Voy. Yillani, VU, 120, et Arch, stor.
nuova série, t. YI, part. I, p. 5.
278 POLITIQUE DE PISE. (A^. 1281)
en lui reconnaissant la possession des châteaux que déjà
elle détenait'. Les autres alliés céderaient àTimpulsion
du principal d'entre eux, ou, s'ils y résistaient, ils ne
seraient plus à redouter.
C'était le langage de la raison môme. Pour le tenir,
Ugolino refoulait au fond de son cœur les ressentiments
de sa race, et on lui en fit un crime. On ne vit pas, on
ne voulut pas voir qu'il s'agissait, non d'expulser les
gibelins, mais de tirer Pise d'un isolement funeste, en
la gouvernant au gré de la faction dominante. On eût
approuvé le comte Ugolino de donner les mains à l'é-
tranger contre sa patrie ; on le bliimait de les tendre à
des guelfes, Toscans comme lui. A ses paroles clairvoyan-
tes répondit la passion aveugle, par la voix d'un vieux
jurisconsulte, Giovanni Faseolo, qui se répandit en lieux
communs sur l'audace d'ajouter à tant de maux la guerre
civile. Forcé d'aboutir à des conclusions précises, ce
vieillard déclara que le nerf de la puissance pisane étant
au pouvoir des Génois, c'était avec les Génois qu'il fallait
négocier, pour en obtenir la délivrance des onze mille
captifs*.
Ce misérable avis devait prévaloir. Plutôt que de s'al-
lier à des guelfes, les gibelins pisans s'humilièrent de-
vant le vainqueur. Deux frcres-prêclieurs lui furent
envoyés en ambassade : ils demandaient la paix, ils
offraient une enliorc soumission à ses volontés*. Le
* Quei castelli già occupali dai Fiorenlini (Tronci, p. 240). Selon cet
auteur, Tunique but cTUgolino, en faisant cctlc proposition, était de « poter
godere del resto dello stalo, senza contradizionc alcuna (Ibid.). »Sismondi
(H, 492) s^associe à ce reproche.
■ Grassi, Descrizione (H PUa, parte storica, p. 157.
' Miserunt in Januam duos fralres praedicatores, assercntes se facturos in
totum quod communi Januae p^aceret (Ann. gen,,L X, R. I. S., t. VI, 588).
'• • fc
(An. 1284) CAMPAGNE CONTRE PFSE. 279
dégoût prit les Génois et l'indignation leurs prisonniers.
Ceux-ci obtinrent que des commissaires iraient en leur
nom déclarer à Pise qu'ils n'acceptaient pas la liberté à
un tel prix, et que si elle leur était rendue, ils seraient,
quoique gibelins, d'implacables ennemis pour les au-
teurs d'un si lâche traité. Ceux-là ne firent d'autre
réponse que d'envoyer quatre ambassadeurs en Toscane
cl d'adhérer définitivement à la ligue*. Seize ans encore
ils détinrent les captifs, afin que leurs femmes ne pou-
vant se remarier, la population de Pise ne se renouvelât
point. Quand cette cruelle guerre prit fin, les blessures,
Tàge, la maladie avaient emporté dix mille de ces infor-
tunés mais généreux citoyens*.
Le 10 novembre 1284, moins d'un mois après la re-
constitution de la ligue, Florence donna le signal des hos-
tilités. Les Florentins qui se trouvaient à Pise reçurent
l'ordre d'en sortir, et de se mettre 5 l'abri de toutes ven-
geances ou représailles possibles. Bientôt par la route de
Volterre, Nello délia Pietra', avec six cents chevaux à la
solde de Florence, s'avançait dans le val d'Eisa*. Rejoint
par divers contigentsde la taglia^ il y faisait une campa-
gne, il y prenait aux Pisans leurs forteresses, tandis que
les Lucquois dans le val de Serchio et les Génois sur le
littoral concouraient de leur mieux à la ruine de l'en-
nemi commun. Monte-Cuccari faisait sa soumission,
Porto-Pisano succombait*. L'évéque de Volterre livrait
1 Janucnscs autem Florcntinis et Lucensibus confidenles et verba Pisano-
mm falsa esse creden tes.... (Ann. gen.^ l. X, R. I. S., t. VI, 588).
* Marano^oni, H. I. S., Suppl., I, 571. — Fragm. hist, Pis,^ R. L S.,
l.'XXIV, Gol. — Grassi, p. 158. — Sismondi, Ut, 17.
^ Colui che cbbe inanellcta Pia dei Toloniei (Ammirato, 1284, 1. îlt,
t. I, p. 164).
* Slefani dit à tort dans le val d'Âruo.
« Villani, Vil, 97. — Giiido de Corraria, R. 1. S., t. XXIV, 695.
280 DICTATURE DM GOLINO. (An. 1285)
aux Florentins, pour un certain temps, vingt-sept châ-
teaux en remboursement des frais de la guerre, et il leur
accordait le droit de créer un port de mer sur le terri-
toire de son diocèse*. Comme on était déjà au 21 décem-
bre, chacun rentra chez soi ; une nouvelle campagne fut
annoncée pour le printemps.
Pise sentit qu'il fallait aviser. Jusqu'alors, Ugolino,
qui n'était que potestat, s'était renfermé, par nécessité ou
par prudence, dans ses fonctions de judicature. En jan-
vier 1285, se sentant le vent en pouppe, il renouvela ses
pratiques avec la ligue guelfe, sans dissimuler son des-
sein d'exiler la faction gibeline et de devenir seigneur*.
Les événements lui donnaient le pouvoir d'exécuter sa
menace, et il était seul capable de sauver sa patrie: par
crainte de l'exil, par désir du salut, les Pisans courbèrent
la tête sous un maître dont, d'avance, ils exécraient le
joug. Nommé pour deux ans capitaine des masnade ou
milices*, Ugolino obtint pour dix, aux premiers jours de
février, cette dictature qu'il convoitait. Il marqua aus-
sitôt ce progrès de son pouvoir en déléguant un vicaire
pour le remplacer dans ses fonctions de potestat*, en re-
nouant avec les Florentins des négociations dont l'urgence
lui ralliait un certain nombre de ses anciens ennemis'.
* Ammirato, loc. cit.^ p. 165-16G.
» Villani, VII, 97.
' M esser lo conle Ugolino predicto del soprascrilto regiemento X aniii fu
]KKlesU, ecapKano anni 2 (Fragm. hUt, Pis., R. 1. S., t. XXIV, 649).
* Poi lo dicto anno, del mcse di fcbrajo, lo conte Ugolino si fecie chia-
mare podestà e capilano in termine di dieci anni.... Infra quel tempo
M. Guiglielmo de' Lambertini da Bolognia fu suo vicario in offizio délia po
destaria uno anno (Fragm. hitt. Pis. y R. I. S., t. XXIV, 6i9).
' Cum una salus videretur si Florentini a socielale Genucnsium averle-
rentur, Ugolino comiti, quod is Florentinonira sociorumque amicus et
studio partium similis babebatur, adbxserunt.'llle ubi mentes civium ad se
(An. 1285) LES NÉGOCIATIONS AVEC FLORENCE. 281
Après avoir rétabli les communicaûons entre Pise et
les villes voisines *, puis imposé aux Pisans une taxe de
vingt mille livres, pour venir en aide à sa diplomatie,
il envoya aux Florentins des ambassadeurs, chargés,
dit-on, de flacons d'un vin blanc qu'on nommait ver-
naccia^ et qu'ils devaient offrir aux principaux per-
sonnages avec qui ils entreraient en pourparlers. Les
flancs opaques des flacons contenaient, au lieu de
liquide, des florins d'or*. Le but du dictateur, c'était de
rendre Florence infidèle à ses engagements envers la
ligue guelfe, quoique Lucques, comme Gênes, en récla-
mât presque impérieusement l'exécution*. Désintéresser
Gènes était impossible, puisque c'est pour continuer con-
tre elle une guerre patriotique qu'Ugolino recherchait
l'alliance des Florentins. Gagner Lucques semblait plus
facile: les châteaux de Ripafralta et de Viareggiolui fu-
rent offerts. Une offre semblable fut faite à Florence
pour apaiser sa jalousie ou pour ne pas l'exciter*.
Iraductas videt, diversaB factionis capita deturbat (Léon. Bruni, 1. III,
p. 57).
* Lucenses vero, Florentin! et atii de Thuscia qui Pisanos difGdayerant, se-
cure Pisas ire cœperunt et e converso (Ann. gen,^ I. X, R. I. S., t. VI, 588).
« Villani, VU, 97. — Marangoni, R. I. S., Suppl.. l, 570. — Ammi-
ralo, 1285, L III, t. I, p. 165. — M. Bonaïni {loc. dt.) veut que cette
tentative de corruption soit antérieure à la dictature cTUgolino ; mais son
seul motif est qu'il suit Villani, trop sommaire sur tous ces points pour
marquer les différences de temps. Rien n'indique des négociations avant les
pleins pouvoirs.
^ Acciô chc assentissero al dette accorde senza la richiesta de* Genoiresi
e de' Lucchesi.... Al dette accorde non furono richiesli i Genovesi, ne
Lucchesi nol sentirono (Villani, VII, î)7). Celte dernière assertion de Villani
est une erreur. Les pratiques avec Ugolino ne purent être ignorées de per-
sonne, puisqu'on les discuta dans les conseils florentins, comme on peut le
voir aux documents des Comulte.
* Consulte^ ibid., p. 85 v*. — Lo stesso anno diede a li Lucchesi del
mese di febbrajo.... (Fragm. hUL Pti., R. I. S., t. XXIV, 649.— -Pto/em.
282 DÉLIBÉRATIONS DES CONSEILS. ' (Ax. 1285)
Le 3 février 1285, la seigneurie florentine réunissait
un conseil de sages pour délibérer sur ces propositions.
Elles rencontrèrent d'abord peu de faveur. Il répugnait à
la plupart de violer la parole jurée^ de trahir d'anciens
amis. Un magnat qui devait montrer plus tard moins de
scrupules, Corso Donati, repoussait bien loin toute idée
de traiter avec Pise sans le concours ou l'assentiment de
Gênes, et comme ni l'un ni l'autre ne se pouvait espérer,
il demandait, d'accord avec Brunctlo Latini, que Florence
répondît à l'appel de Gênes et de Lucques, en envoyant
à Sarzaneses ambassadeurs^ Ces deux villes voulaient
réunir dons cette localité de Lunigiane le parlement de
la ligue guelfe, qui se réunissait d'ordinaire à Empoli, et
les statuts de la ligue obligeaient toute cité qui en faisait
partie à se rendre aux convocations d'une quelconque
d'entre elles. N'y point manquer c'était donc faire preuve
de bonne foi, et peut-être aussi, aux yeux des habiles,
éviter une résolution prématurée, donner temps aux
négociations*.
Imprudemment les Lucquois fournirent un prétexte à
Luc. Ann., 1285, R. I. S., t. XI, 1295). — Ces deux auteurs ajoulcrUaux
deux châteaux de Viareggio et de Ripafratta celui de Bientina ; mais il nous
paraît plus sûr de nous en tenir à Tassertion des documents. Marangoni
parle des châteaux que les Lucquois ohtinrent per forza, et les Florentins
per amore (R. 1. S., SiippL, I, 571). mais ceUe assertion tombe devant un
document des Consulte où Ton décide de répondre à la commune de
Lucques super acceptalione des châteaux susdits, que les Florentins l'ap-
prouvent (51 mars 1285. Consulte ^ t. I, quad. E, p. 85 v*").
' Consulte, t. I, quad. E, p. 66. — On trouvera, h l'appendice de ce vo-
lume (n* 5), un résume des conseils tenus à Florence sur celte interminable
affaire. Non seulement on en suivra ainsi toutes les phases, mais encore on
verra la marche générale des discussions politiques dans celte République.
Peu de détails sont plus propres à nous faire pénétrer profondément dms
sa vie.
» 17 février 1285. Consulte, ibid., p. 0$.
(An. 1285) DIFFICULTÉS AVEC LUCQUES. 283
ceux qui élaient d'avis d'atermoyer. Ils avaient confisqué
certaines salines*, acheté au vicaire du roi des Romains
un péage dans le val de Nicvole', et ils le percevaient sur
les Florentins comme sur les autres Toscans. Cette vexa-
tion était antérieure à la ligue', et on l'avait jusqu'alors
supportée; mais au moment où Lucques réclamait l'exé-
cution des traités, on pouvait bien lui demander la re-
mise et la suppression des péages*. S'échauffant à cette
idée, le violent Corso Donati voulait môme que, de Rome
à Pise, on signifiât à toutes les communes de n'en perce-
voir aucun sur les Florentins, faute de quoi, dans le délai
de quinze jours, ils évacueraient leur territoire, et ne-
paraîtraient même plus sur les routes qui y conduisent,
en attendant que, la guerre de Pise finie, on pût mar-
cher contre ces voisins malveillants. De telles nouveautés
avaient fait reculer les hommes sages, m(^me sous les
voûtes de Santa-Reparata, dans cette assemblée à parle-
ment où se produisaient les hardiesses irréfléchies,
chères à la multitude*; mais la seigneurie avait dû de-
mander à Lucques la réciprocité des bons offices, et
Lucques n'ayant rien voulu supprimer ni remettre, le
vœu public réclama l'ajournement de toute expédition
contre Pise.
En conséquence, les négociations continuèrent ou
reprirent avec Ugolino ; les ambassadeurs florentins, déjà
partis pour la Lunigiane, y restaient sans instructions,
sans pouvoir même assister aux assemblées des autres;
les conseils se multipliaient : on y prenait l'avis consul-
« 21 février 1285. ComttUe, ibid., p. 70-72.
> In valle Nebulle (16 mars 1285. Consulte, ibid., p. 79 V)
^ Ils avaient inoleslé notamment Uberto des Pulci. (Ibid,)
* 21 février 1285. Ibid., p. 72.
«* 26 février 1285. Ibid.
284 DIFFICULTÉS DES NÉGOaATlONS. (Ax. 1285)
tatif des marchands intéressés dans les vexations luc-
quoises^; on y proposait d'examiner les statuts de la ligue,
pour savoir jusqu'où Ton pouvait aller sans sortir de la
légalité, et de procéder à cet examen non-seulement avec
des popolani et des artisans, mais aussi avec des magnats,
a attendu, disait Âlbizzo Corbinelli, que ce qui touche
tout le monde doit être approuvé de tout le monde*. »
Mais les négociations rencontraient des obstacles, car
on surprend dans ce gouvernement populaire ces fluctua-
tions que dissimulent mieux les gouvernements absolus.
On reparlait alors de la guerre contre Pise, on en annon-
çait les préparatifs, on se déclarait prêt à donner satis-
faction aux Génois, à condition cependant que l'armée
florentine ne se confondrait point avec l'armée lucquoise,
que l'une opérerait dans le val d'Era, l'autre dans le val
de Serchio , et qu'elles auraient chacune son capitaine,
Guido de Polenta et Ormanno de Sassoferrato*. Le potestat
de Florence reçoit mission de conférer avec le potestat de
Lucques ; des arbitres sont nommés pour étudier la ques-
tion des péages et traiter efficacement, si faire se peut*.
Puis on se rapproche d'Ugolino, mais, cette fois, d'accord
avec Lucques, qu'on autorise à recevoir les châteaux de
Viareggio et de Ripafralta. On en donne avis aux autres
communes de la ligue « prudemment, avec sagesse et en
secret', » jusqu'tà ce que des ambassadeurs de Florence
cl de Lucques, joints à ceux de Sienne et de Pistoia, qu'on
* Dummodo non possint ûrmare aliquid (16 mars 1285. Consulte, ibid.,
p. 79 V).
* Cum que tangunt omnes debcnt ab omnibus approbari (9 mars 1285.
Consulte^ ibid., p. 74).
5 10 et 17 mars 1285. ContulU, ibid., p. 75 V, 80.
^ Cum effeclu, si fieri poterit \27 mars 1285. Consulte, ibid., p. 82 v*).
* Gaute, sapienter et secrète (3 avril 1285. Consulte, ibid.).
(An. 1285) FLUCTUATIONS DES CONSEILS. 285
forcera , s'il le faut, à en envoyer, soient allés à Gênes,
sonder sur ce point les intentions de ce puissant allié ^
Ces intentions furent sans doute bien nettement expri-
mées, car on voit aussitôt Lucques et Florence rompre avec
Ugolino. L'une défend à qui que ce soit de se diriger vers
Pise à pied ou à cheval; Taulre, tout en protestant contre
cette entrave mise à ses communications et à son trafic*,
décide de lever une armée, d'en nommer le capitaine, de
signifier au comte la prochaine reprise des hostilités*.
C'était donc Gênes qu'il fallait gagner à la cause des Pi-
sans : l'habile politique le comprit et n'hésita point. Il
offrait de lui céder le château de Castro en Sardaigne,
c'est-à-dire, en l'état de faiblesse où se trouvait Pise, la
Sardaigne même, cette île splendide qu'elle avait enrichie
de ses trésors, arrosée de son sang. Florence approuve
hautement, après discussion, ce que, peut-être, elle avait
conseillé*.
Tel est le courant qui emporte, dans les assemblées du
14 et du 15 mai, tous ceux qui y prennent la parole. Le
lendemain, sans qu'on puisse découvrir quel vent a soufQé
dans la nuit, les flots remontent vers leur source, il n'est
plus question que de guerre, que de nommer le capitaine
de l'armée, de fixer le contingent, de le répartir entre les
sestieriy d'assigner d'avance un terme de dix à quinze jours
aux hostilités, de déterminer les salaires., de se procurer
de l'argent en imposant ceux qui ne partent pas*. Quelque
* 3 avril 1285. Consulte, ibid.
« 9 avril 1285. Ibid., p. 87.
= 8 mai 1285. Ibid., p. 91 V.
^ Giamberto des Gavalcanti, dans un conseil, veut qu'on fasse savoir aux
Lucquois que le comte Ugolino n'a agi que sur les exhortations des Floren-
tins (U mai 1285. ConsulU, ibid., p. 92).
« 16 mai, 5 juin 1285. Consulte, ibid., p. 93, 100, 101.
/
286 MÉDIATION D'UONORIUS IV. (As. 1285)
nouvelle exigence de Gènes ou quelques lergiversalions de
Pise avaient sans doute rendu une prépondérance mo-
mentanée au parti belliqueux des magnats. Mais les mar-
chands ne peuvent renoncer à l'espoir si longtemps nourri
de la paix. Le 31 mai, Lapo Guglielmi demande dans les
conseils qu'on entende ceux de Galimala et autres habentes
facerCj qui devront mettre leur sentiment par écrit; Gual-
lerio de Ganghereto, que l'on convoque l'assemblée à par-
lement; Corso Deodali , qu'on s'en rapporte au potestat,
au capitaine du peuple, aux capitaines de guerre et à six
sages par sestiere. Arrigo del Boccaccio réclame tout sec
un ajournement, et Simone Angelotti, plus net encore,
que (c pour beaucoup de raisons et de causes on ne fasse
pas d'armée*. » L'avis des marchands l'emporte, et l'a-
journement est adopté.
Ginq jours plus tard (5 juin), des lettres d'Honorius IV
leur venaient en aide : le nouveau pape' qui n'entendait
qu'une cloche et qu'un son, la voix des changeurs, ses
banquiers, si assidus à sa cour, invitait ses fidèles flo-
rentins à lui envoyer des ambassadeurs, syndics et pro-»
curateurs, pour traiter de la paix avec Fisc, pour pro-
mettre et accepter tout ce qu'il jugerait à propos d'or-*
donnera ce sujet, et, en attendant, de suspendre toute
agression contre cetle commune et son territoire. A plu-
sieui^ reprises 41 leur faisait renouveler ces objurgations
^ Quod exercitus non fiât muUis rationibus et causis (51 mui 1285, Coti-
tulle, ibid., p. 102-105).
* Le 2 avril 1285, Jacopo Savelli, noble Roinaiii, impotent par la goulte
et qui n^avait de libres qae la langue et Tesprit pour combler de biens sa
famille, venait de succéder h Martin IV, mort d*une indigestion d'anguilles,
d'après F. Pipino (R. I. S., t. IX), et placé par Dante au purgatoire parmi les
gourmands, pour ayoir abusé de ce poisson et du vin appelé Ycrnacciu
(Purg., XXIV, 22-24).
(A>'. 1285) DÉUBÉRATIONS A CE SUJET. 287
par révêque de Ferentino , car en ce moment l'église de
Florence était vacante*, et il les citait à comparaître de-
vant lui le premier jour non férié après la Saint-Jean*.
Les débats reprennent aussitôt de plus belle : fidèle aux
traditions de sa famille, BuondelmontedesBuondelmonti
veut qu'on fasse la volonté du saint-siége; Neri des Pigli,
que des sages examinent les lettres pontificales, pour
savoir s'il y a lieu de différer l'expédition; Ugo Altoviti,
qu'on en haie les préparatifs, mais que le potestat ne porte
point les enseignes hors de la ville, et qu'on envoie des
députés à Pise, pour s'enquérir des conditions d'arrange-
ment qu'offrent celte commune et le comte Ugoli no. Les
conseils ordonnent que les lettres apostoliques seront exa-
minées par des sages en droit civil et canonique, et que
^ Pro prima, secunda et tcrlia peremptoria moDitioDe (Consulte y t I,
quad. G, p. 105 v% 104. 12 juin 1285). Âmmirato et Marangoni, au lieu
de Jacopo, évoque de Ferentino, disent Jacopo Castelbuoni, évêque de Flo-
rence. Mais on voit dans Ughelli (ïtal. sacr., UI, 166) que le siège de Flo-
rence était vacant depuis 1274, et qu'il n'y fut pourvu qu'en 1286. La con-
fusion vient de ce que Tévèque de Ferentino (1276-1297) s'appelait aussi
Jacopo (Ughelli, I, 727). Ughelli, à vrai dire, ne parle point d'une mission
de ce prélat à Florence ; mais un des documents que nous citons dit for-
mellement : « Ptr D. Jacobum episcopum Ferentinum. • (Consulte^ t. 1»
quad. G, p. 105, 8 juin 1285.) — Il n'est peut être pas sans intérêt de
rapporter ici ce que dit Ughelli de cette vacance prolongée du siège de Flo-
rence : « Post cujus (Giovanni des Mangiadori de S. Miniato al Tedesco)
excessum, Ûorcntina sedes per duodecim ipsos annos vacua mansit. Floren*
tini enim per id tempus, ghibellini scilicet etguelphi invicem rupere fœdus,
quod Gregorius X paulo ante sanctissime junxerat.... Tametsi autem capi-
tuli senatores multoties ivissent ad urnam, nullum tamcn ob diversa adver-
saque studia partium evexerunt ad sedcm ; altéra enim pars Schiattam Ubal-
dinuni selegerat, altéra Lotharium délia Tosa, sed in utrumque paria effusa
suffragia effeccrunt, ut neniini illorum fuerit dignitas adjudicata. > (Ughelli,
m, 166.)
' Âd priraam dieni non feriatam (CùnsuUe, t. I, quad. G, p. 104,
12 juin 1285). C'est dans le document du 12 juin qu'on trouve le plus de
détails sur ces lettres , mais il en est déjà fait mention dans ceux des 5 et
8 juin (Conmîle, t; I, p. 107 et quad. G; p. 105).
388 LES MARCHANDS FLOREiNTlNS (An. 1285)
si lesdits sages sont d^avis qu'on puisse légitimement et
juridiquement s'excuser de faire Tarraee, on gagnera du
temps, sans interrompre les préparcitifs*.
Gagner du temps, telle était donc la politique qui pré-
valait à Florence. Celait , en somme, montrer clairement
qu'on souhaitait d'obéir au pape et de s'accorder avec
Pise, car les ambassadeurs génois soUicilaienl une réso-
lution immédiate et conforme à leurs désirs : déjà Gènes
et Lucques avaient ouvert la campagne ; mais à eux seuls
ils s'y trouvaient impuissants, et il avait suffi d'une dé-
monstration de Sienne pour dégager Pise que leurs armes
menaçaient '. A ces sollicitations pressantes on opposait
mille moyens dilatoires : on voulait attendre la venue de
nouveaux ambassadeurs, le retour de ceux que Florence
avait envoyés à Gênes, les lettres des marchands floren-
tins qui résidaient ou étaient de passage dans cette ville;
on proposait d'envoyer de l'argent pour la solde des
hommes d'armes génois et lucquois, sans y joindre ni
cavallate ni milices, le tout prudemment, de manière à
ce que Florence restât excusée auprès de Gênes'.
C'était trop peu encore pour l'ardeur pacifique des mar-
chands. Ils veulent une solution prompte et définitive; ils
envoient aux prieurs une pétition en ce sens. Manetti Be-
nincasa,leur organe dans le conseil des sages, y conclut
» CoruuUe, t. I, 107-108, et quad. G, p. 103.
* I Lucchesi non vennero neir accordo (d'Ugolino avec les Florentins),
ma alla prima vera con li Gcnovesi assediarono Pisa , e se non fosse il soc-
corso di Siena, forse erano signori di disfar Pisa (Stcfani, m, 164). Cet au-
teur, croyable pour les faits de guerre, n*a connu ni le détail des négocia-
tions, ni le moment précis où elles aboutirent. U met au mois de
janvier 1285 Teipulsion des gibelins p9r Ugolino, quoiqu'elle soit le résul-
tat du traité conclu par lui au mois d'août suivant. — Cf. MalavoUi, part. II,
1. m, ^ 52 V.
3 Consulte, t. I, quad. G, p. 105, 104 ; quad. E, p. 104 v*.
(Api. 1285) INCLINENT A LA PAIX. 289
à ce que le capitaine avise en lout cas à ne point faire
l'armée, « laquelle ne peut être faite en aucune façon \ »
Gherardo Buondelmonli répond impatiemment aux belli-
queux : « Veut-on , s'écrie-t-il , tenir compte des lettres
du pape? En ce cas, il n'y a plus lieu d'assembler des
conseils. Ne le veut-on pas? alors, il faut lever l'armée. »
Pour faire prévaloir encore rajournement, que propose
le cordonnier Bolegnino, on sent bien qu'il faut donner
une satisfaction aux partisans de la paix : ser Rainuccio de
la Paniera et Micco del Velluto, qu'une grande richesse
acquise dans l'industrie avait fait gentillâtre, proposent
qu'on en réfère aux nobles et aux puissants de Florence,
pour fixer l'indemnité due aux marchands*.
Cet expédient pécuniaire parut un moment mettre tout
le monde d'acccrd. Les prieurs et les sages de leur confi-
dence y résistaient seuls', soit pour ménager le trésor,
soit par désir de poursuivre les négociations avec Ugolino.
Ils cèdent pourtant en partie; ils proposent ou font pro-
poser des envois particuliers de cavaliers et de pedoni^
une proclamation invitant les hommes de bonne volonté à
se faire inscrire*; encore leur nombre devra-t-il être le
plus faible possible, sans compromettre leur sûreté*. Les
conseils accèdent, fixent le contingent, les salaires, les
moyens d'y pourvoir*. Mais en même temps les prieurs
< Cum fieri non possit aliquo modo (18 juin 1285. ConsuUCy t. I,
p. 111 V).
* Quod predicta reducanlur ad roagnos et nobiles et potentes d?italis
Florentie, ita quod provideant super indempnitate mercatoruno (Consulte,
t. I, p. 112, 18 et 20 juin 1285).
^ Cela résulte de Tayis de Neri Burbassi, qui feut qu^on diTTère, • i la vo-
lonté des prieurs. » (Ibid.)
^ Quod Tolentes ire faciant se scribi. (Ibid.)
^ Cum salvamento et securitate euntium. (Ibid.)
« 20 juin, 5 juillet 1285 (Ibid., p. 112, 115).
H18T. DB PLORBHGl. — II. 19
290 ACœRDS CONCLUS (Ax. 1285)
écrivaient en secret au comte Ugolino de venir personnel-
lement à Florence, ce qui rendrait l'entente facile*.
Près d'un mois s'écoula ainsi, pendant lequel l'armée
de Lucques dévastait le val de Serchio et les galères de
Gênes attaquaient Porto-Pisano. Que Florence se fût mise
de la partie, ce n'était pas seulement le fort de la Lanterne,
c'était Porto-Pisano tout entier qui succombait*. Furieux
d'un succès partiel où ils ne voyaient qu'un échec, les Gé-
nois mirent Lucques en avant, pour renouveler auprès
des Florentins les réclamations dont ils n'avaient par eux-
mêmes rien obtenu. Le 1'''' août, Lucques demandait par
ambassadeurs, à sa puissante voisine, un secours de ca-
valiers contre Pise, et une formelle interdiction à leurs na-
tionaux d'aller ou de séjourner dans cette ville pour éviter
les scandales*. Mais le temps a fait son œuvre. Les prati-
ques avec Ugolino sont en bonne voie. Les conseils le sa-
vent, car ils ne forment plus qu'un concert unanime, d'où
la note belliqueuse a complètement disparu. Le 2 août,
les demandes de Lucques sont repoussées avec toutes les
formes de la courtoisie et de la bonne amitié. Si Fantoni
des Rossi propose un peu brutalement de renvoyer chez
eux les Lucquois, en leur disant qu'il sera répondu à leur
demande par une ambassade, Teghia Tedaldi veut qu'on
leur notifie « le plus habilement possible\ x> que Flo-
^ Scrissero al conte che sarebbe stato molto opportuno ch* egli si Iras-
ferisse personalmente a Fiorénza , perché al sicuro sarebbe seguito l*ac-
cordo (Tronci, p. 249]*
« Fragm. hUL Pis., R. I. S., t. XXIV, 649. Viflanii Vif, 97.- Ces deux
auteurs croient et le chroniqueur pisan dit expressément que Taccord des
Florentins afec Ugolino fut cause du demi-échec des Génois. — Us ne sa-
vent pas que Taccord n'était pas conclu encore, mais que Florence, qui le
nég'iciait, hésitait i s'engager.
* ConsulU,i. I, p. 119 Y*.
* Gum abilioribus Yetbis que dici potuerint {Consulte, 1. 1^ p. 130).
(Ax. 1285) AVEC UGOU.XO. 291
rcnce eslsoiunise à TËglise et au pape; que le pape lui
a défendu de procéder contre Pise et qu'elle doit lui
obéir. Forese des Âdimari ajoute que si l'on peut obtenir
du pape la levée de ses défenses, Florence est prête à
mettre au service de Lucques, non-seulement une petite,
mais même une grande quantité d'hommes d'armes\
Enfm, le 10 août, dans un conseil de sages, il est ouver^
tement donné lecture des conditions offertes par le comte
Ugolino et la commune de Pise. Des ambassadeurs sont
envoyés au pape, pour qu'il annule le traité entre les
Florentins et les Génois*. La ligue toscane adhère, dans
un nouveau parlement de ses délégués , et les conseils
du capitaine à Florence sont appelés, le 28 août, à ratifier
cette adhésion ^
Qu'avait donc promis Ugolino pour lever ainsi tous les
obstacles? Il s'engageait à chasser les gibelins de Pise, dès
qu'il y serait de retour, à gouverner avec les guelfes, à
céder aux Florentins Fucecchio, Santa-Croce, Monte
Calvoli, Santa-Maria a Monte, châteaux que déjà ils occu-
paient. A ce prix, il obtenait que l'expédition de la ligue
n'aurait pas lieu*. Si dur que pût paraître ce traité, il
Tétait moins que l'inévitable défaite d'une ville réduite à
ses propres forces, n'ayant autour d'elle que des ennemis*
Ugolino, d'ailleurs^ adoucit l'exécution. Par sonordre^
1 Consulte^ t. I, p. 120.
« Ibid.
» Ibid., p. 125.
* Si messe in pcnsici'o di spogliarli di quci castclli già occupati dui Fi(H
renliiii e concedcrglieli d accordo (Tronci, p. 249). — In delto accOrdo dcUc
a' Fiurcntini moite cnslëlla,... prometlendo di cacciar di l'isa tutti qiielii
che fussino di parle gbibellina (Marangoni, R. i. S., Suppl., 1, 570-571). —
Ë se co' guelfi fnrnc signore, ncciO cbe 1 liostc ordinala a taglia non proce-
desse sopra Pisa (Villaiii, Vil, 97). — Cf. Grassi, p. 138. — Pignotli, 1. lil^
C; My t. m, p. 150.
292 DESPOTISME D'IGOLINO. (An. 1285)
c( dix maisons de dix grands furent seules détruites, et
seulement en partie\ » 11 marquait ainsi une modéra-
tion que rhistoire a méconnue. Elle met au compte de sa
trahison ce que firent malgré lui des alliés , des parents
devenus ses adversaires, Tabandon à la ligue du château
de Pontedera, crime du juge de Gallura, qui en avait la
garde*. Cette banale accusation ne fut pas épargnée non
plus aux prieurs florentins. La destruction d'une ville en-
nemie, disaient les mécontents, n'eût-elle pas été plus
profitable que Tacquisilion de quelques châteaux? Il était
pourtant d'une sage politique chez Ugolino d'acheter le
salut de sa patrie épuisée, chez les prieurs d'aimer mieux
Pise florissante sous la protection de Florence, que trans-
formée en un désert, où il faudrait tout refaire à nou-
veau.
Le malheur du vieux comte, c'est qu'exécré comme il
l'était, il n'avait plus qu'à résigner son pouvoir ou à en
user despoliquement. Il n'hésiia point : son patriotisme
et son penchant se trouvaient d'accord avec son intérêt.
Ayant en vain réclamé l'élargissement d'un Gherardesca
prisonnier, il marcha en armes contre l'étranger récalci-
trant qui exerçait à sa place les fonctions de potestat, il lui
enjoignit de quitter la ville dans les vingt-quatre heures,
' Case dieci di dieci grandi cittadini di Pisa si disfecciono per parte, pcr
la promessione e confcderatione che fecieno con la parte guelfa di Fiorensa
(Frag, hist. Pis.y R. I. S., t. XXIV, 649). Gel auteur met cet événement à
Tannée l'286. Il est clair pourtant qu^il doit suÎTre de près le traité , dont
les documents nous donnent la date k quelques jours près. — Cf. Dal Borgo,
1. 1, part. II, p. 560. Marangoni, R. 1. S., Suppl., I, 572.
* In del cui tempo Judici di Gallura e li Vesconti a dispecto e a onta del
conte Ugolino e degli Upessinghi, fecieno renire li giielfi di Fiorensa
e intrare nel castcllo di Ponte ad Era e pigliarlo a inganno e a tradimento,
c caccionno delli homini de la terra per forsa , e tennenolo per la parte
guelfa di Fiorensa (Frag. hist Pis., loc. cit.).
(An. 1285) EMBÂRRilS DE SON GOUVERNEMENT. 295
s'empara de son palais, arbora ses enseignes aux fenêtres,
et redevint poteslat lui-même, sans cesser d'être capitaine
du peuple ^ « Où il gouvernait en personnage public,
écrit Marangoni, il commença dès lors à gouverner en son
propre nom*. »
Ce fut son tort, mais non un tort sans excuse. Tyran de
ses concitoyens, il sut rester bon serviteur de sa patrie. Il
cherchait des ennemis aux Génois jusque dans les lagunes
de TAdriatique. Le 14 décembre 1285, il renouvelait avec
Venise une ligue conclue en 1257 '. Il nouait plus étroi-
tement que jamais ses liens avec la ligue toscane. Mais
tandis que grondait sourdement la colère des gibelins, ses
adversaires, la division s'introduisait parmi les guelfes,
son point d'appuf. Le jeune juge de Gallura, Nino Visconti,
ce petit fils, ce pupille, dont il avait fait son secrétaire et
qu'il nourrissait comme un serpent dans son sein, se
lassa d'être traité en enfant, et, à la tête des guelfes dis-
sidents, réclama sa part dans l'autorité. Il fallut la lui
faire et former avec lui une sorte de duumvirat*.
* Tronci, p. 256.
* Marangoni, R. I. S., Suppl., I, 570.
' Le 15 juillet 1257 et le 1*' août 1258 cette ligue avait été conclue pour
dix ans sous les auspices d'Ugolino, comte de Donoratico , alors potestat
à Pise, et prorogé quatre fois, chaque fois pour cinq ans. Elle fut renou-
velée une cinquième fois par Bustichino Benintendi, nonce du doge Gio-
vanni Dandolo, à Pise, le 14 décembre 1280 (Archives de Venise, Âili ai-
plomalici, ['* série, 15 janvier 1286). Flaminiodal Borgo, le grand accu-
sateur dTgolino , suivi par Sismondi un peu trop aveuglément , n'en publie
pas moins une pièce qui témoigne du patriotisme d'Ugolino : • In qua con-
federationc requisitibus (rcquisilus) cornes Ugolinus noiuit conseulire. »
(Diplomi Pisani.) — Pignolti est juste, en général, pour Ugolino. Voy.
1. 111, C. VI.
^ Que l'initiative de ce déchirement vint de Nino et non d'Ugolino , c'est
ce qu'on voit dans Ptolémée de Lucques : c Inter judicem Galluriae et comi-
tcm Ugolinum discordia orilur supra dominio pisono.... Publicatum fuit
r|uod familia comitis Ugolim civitatem incipit lacerare in regimine (Ptol.
Luc. Ann., R. I. S., t. XI, 1296).
S94 LES ENNEMIS D*UGOLINO. (Aii. 1285)
Même avec un petit-fils ce partage irritait Ugolino.
S'il signala cette courte période par une œuvre utile, la
réduction en un seul code de tous les statuts pisans^, il
ne sut pas préserver sa famille de ces haines plus que
fraternelles qui ne reculent, pour se venger et pour nuire,
devant aucune imprudence. Maltraités et irrités à leur
tour, les guelfes de Nino se rapprochèrent des gibelins,
au risque d'en relever la fortune abattue. Le chef de ces
derniers était l'archevêque Ruggiero, issu des Ubaldini et
d'humeur violente, comme tous ces hobereaux du Mu-
gello. Par sa dignité non moins que par son âge, il devait
prendre la première place dans cette alliance hybride.
Pour redevenir maîtres de Pise, les gibelins n'avaient
donc plus qu'à épier l'occasion*.
Elle ne tarda pas à se présenter. Ceux d'Arezzo avaient
pour chef leur évêque , Guglielmino des Ubertini*. Ce
prélat versatile et brouillon, « plus homme d'armes, dit
Villani, que d'honnêlelé et de clergie*, » avait soutenu
' Ce code conservé dans la Uibliollièquc de TUnivcrsilé de Pise, sous ce
titre : Brève cotnmunis Pisani, a clé publié avec les autres par II. Bonaïni
(Staiuti inediti délia città di Pisa^ 3 vol. in V. — Le tome II, public pos-
térieurement aux deux autres, en 1870, à Florence.)
* Pars ghibcllina assumit audaciam , sicut rei postea probavit eventus
(Plol. Luc, Ann., R. I. S., t. XI, 1296).
' La prélcnduc autorité de Dino Compagni, qui le dit des Pazzi, a laissé
Ionglem{s les auteurs incertains; mais la question est tranchée par deux
lettres de M. Passerini et de H. Gamurrini, dans Touvrage déjà cité de
Bl. Fanfani, et par les commentaires qu y ajoute cedtTuicr, p. 101 sq. — 11
est clair au surplus que Tévéque appartenait aux deux familles des Ubertini
et des Pazzi , comme le prouve le langage de Bruni : c Cum Ubertinis et
Piictiis, ex quibus oriundus crat (111, 58). • — Le neveu de Tévèquc, qui
figure dans la bataille de Campaldino, était d'ailleurs un des Pazzi.
* Più uomo d'arme che dbonesth e di chericia (Villani, VII, 109). — Am-
niirato, très-dévot, est plus indulgent : c Uuomo slimato, dit-il, valoroso o
^raudissimo parligiauo. • (L. lll, p. 169.)
(Ak. 1285) yÉYÊQUE D'AREZZO. 295
jadis la cause guelfe S et donné en garde aux exilés
guelfes de Florence les châteaux de son évéché, moyen-
nant une pension de cinq mille florins d'or que lui garan-
tissait la riche maison des Cerchi*. Mais bientôt, aussi
mécontent de ses nouveaux amis qu'il l'avait été des an-
ciens, et toujours ardent à pêcher en eau trouble, il pre-
nait à sa solde les bannis gibelins des villes guelfes, avec
des Allemands et d'autres mercenaires. Aux derniers
jours d'octobre 1285, il poussait à se révolter contre
Sienne le château de Poggio a Santa Cecilia', et lui don-
nait pour sa défense cinq cents exilés de Florence, de
Sienne etd'Arezzo, On voyait alors Sienne réclamer, se-
lon son droit, les secours de la taglia^ et Florence, prise
au dépouiTu, envoyer quatre cents pedoniy chercher
partout des mercenaires, « surtout français*, » en trou-
ver cinquante quand elle en voulait cent*, engager à la
parle quel fa les gabelles du vin, du sel , des monnaies d*or,
en garantie d'un prôt de trois mille livres, sur les cinq
mille deux cents auxquelles se montait la solde pour deux
* Peu après 1266, parce qu'il était inéconteat de ses ouailles et de Guido
Novello, vicaire de Manfred, qui ne respectaient pas les terres de son évéché.
Il jurait de suivre les guelfes (Andrca Dei, R. I. S., t. XV, 35). Même au-
paravant il sY'tail déjà mis secrètement d'accord avec eux, car dans une
lettre de Tannée précédente , Clément IV le félicitait de sa nouvelle amitié
avec le roi de Sicile (Clem IV ep. cxxi, ap. The*, anecd,^ II, 180).
* Le fuit semble postérieur, si l'on en juge par la place qu*il occupe
dans Villani (VII, 150). Mais Yillani, quand il en parle, semble le donner
comme antérieur de quelque temps à la bataille de Campaldino.
'^ Villani, VII, 109. — Simone délia Tosa, p. 215. — Malavolti, part. II,
1. 111, P 53 i"*. — Del Lungo, noies à Dino Compagni, 1. 1, p. 21, n. 17.
^ Le 16 novembre 1285, on proposait dans les conseils d'engager au
moins 100 mercenaires français, s'il était possible (Contultey 1. 1, p. 144).
Le 13 avait été voté l'envoi de 400 pedoni, et de nombreux vicaires dans
les places fortes (Ibid., p. 142).
8 26 noYcmhre 12^5 (tbid., p. 147).
396 LES GIBELINS D*AREZZO. (An. 1286)
mois*. Après un long siège, dirigé par Guy de Montfort,
en avril 1286, la veille du dimanche des Rameaux, une
sortie malheureuse des assiégés , une porte ouverte aux
assiégeants, mettaient fin à l'énergique résistance.
Pendre ses prisonniers ou leur couper la tète était pour
Sienne une douce vengeance'; mais les gibelins d'Arezzo,
qu'elle aurait dû décourager, en prirent un nouveau res-
sort. Les dissensions seules les faisaient faibles : ils se
rapprochèrent de leurs ennemis. Tarlato Tarlati, au nom
des grands gibelins, et Rinaldo Bostoli, au nom des grands
guelfes, provoquent une sédition dans l'armée'. En juin
1287, ils s'emparent du prieur du peuple, « qui trébu-
chait dans les péchés de la popularité, par ses persécutions
contre les grands et les puissants^; » ils lui crèvent les
yeux, et ainsi déflguré le renvoient à ses concitoyens*.
C'était brûler ses vaisseaux et déchaîner la guerre.
Pour un moment, le centre de gravité se déplaçait en
Toscane. Arezzo y attirait tous les regards; veis Arezzo
convergeaient tous les efforls. Ses exilés, plébéiens parti-
sans du prieur et des nobles que chassaient d'implacables
rivaux*, étaient venus à Florence demander asile et se-
« 14 janvier 1286. ProvvUioni, n* 1, p. 59, 42 V. 3000 livres avaient
d*abord été votées le 26 novembre 1285 (Conêulte, t. I, p. 147).
« Paolino, R. I. S., Suppl.. II, 41-42. — Villani, VII, 109. — Simone
délia Tosa, p. 215. — Slefani, III. 172. — Ser Gorello, R. I. S., t. XV, 825.
' Veritî ne in nimiain plebs evaderct polenliam, simul invidia plebis
commoti, reconciliatis inter se animis, ac seditione in exercitu facta, duce
Rainaldo Bostole, ad hostes transfugerunt (Léon. Bruni, 111, 58).
* « Ilpriore incominciô a traboccare ne* peccati délia popolarità, perse-
guilando i grandi e possenti. » (Ammiralo, 1287, 1. 111, t. I, p. 169).
» ViUani, VII, 114. Léon. Bruni, UI, 58. — La tradition s'établit k la
longue qu'on Tavait jelé dans une citerne où il trouva la mort. (Cbron.
attribuée à Dino Compagnie I, 6. L'autorité de cette chronique, nulle
pour les faits, peut ôlre invoquée pour constater une tradition.)
* Erant dus factiones Aretio puisa : una ex plebeis qui Priorem arlium
(An. 1287) EMBARRAS DES GUELFES TOSCANS. 297
cours. Pour les ramener dans leur pairie, Florence épui-
sait en vain supplications et menaces. Les circonstances
du moment remplissaient d'espoir les gibelins. Battu et
fail prisonnier en Sicile, malgré Fargent et les hommes
que lui envoyait la Toscane*, Charles II d'Anjou n'échap-
pait à la mort que grâce à Constance, fille de Manfred,
qui l'expédiait, pour sauver ses jours, dans les prisons
lointaines de l'Aragon. Roberl, comte d'Artois, gouver-
neur au nom du captif dans les provinces de terre ferme,
venait à son tour d'être battu par les Aragonais. En accou-
rant de France au service de celte monarchie française,
le comte de Brainne et le fils du com le de Flandre emme-
naient avec eux Guy de Montforl et des guelfes nombreux
de la ligue, dégarnissant ainsi la Toscane de ses défen-
seurs. Ces guelfes ne croyaient pas sans raison que le sort
de leur cause allait peut-être se jouer sur les champs de
bataille du pays napolitain ; mais leur absence préparait
à leurs amis des jours difficiles. La mort d'Honorius IV
(5 avril 1287) compliquait encore ces embarras, car on
devait craindre que le nouveau pape ne fût élu sous une
influence ennemie de la maison d'Anjou \ Le parti man-
quait à la fois de chef spirituel et de chef militaire. Dé-
secuti fuerant ; allera ex nobilitate per fraudem postmodum éjecta (Léon.
Bruni, m, 58).
* Le 11 janvier 1285, les conseils florenlins délibéraient sur une de-
mande dMiomnies à pied, cum balistis et lanceriis, faite au nom de Charlet; IL
Le 15, le 14 on proposait de lui en envoyer 300 ou 400, payés pour deux
ou sii mois, avec un marchand chargé d*effectuer la paye, deux ou quatre
capitaines non juvenes^ milites, vel filii militum (Consulte, t. I, quad. E,
p. 62-65). — Le 2, le 4 avril, il s^agit encore de lui envoyer des fantassins
et 6000 florins (Ibid,, p. 8i). Le 6, pour se procurer cet argent, on
frappait un impôt, d'après Vestimo^ à raison de 20 pour 100 (Ibid,,
p. 86-87).
* La parte ghibellina prese in Tosrann molta baldanza perché non ?' era
papa in sedia (Yillani, VU, 114). Cf. Paolino, U, 41.
298 LE CUAPELAIN PERCIVALLE. (Ax. 287)
fiant des Italiens et même des étrangers déjà mis à Té-
preuve, il cherchait un capitaine c< de langue française
et n'ayant été à la solde d'aucune des villes de la ligue *.»
Il ne cessait d'envoyer de l'argent à Naples*; mais de
Naples, il ne lui venait que d'incessantes requêtes, au
lieu du prince ou du seigneur qu'il en attendait.
Plus heureux, les gibelins n'avaient que l'embarras du
choix. A côté de l'évêque d'Arezzo commandait Buonconte
de Montcfeltro, fils du vieux guerrier que les Pisans avaient
mis à leur tête'. Tous les deux reconnaissaient passagère-
ment laulorité d'un chapelain pontifical. Ce chapelain,
aventurier de noble famille, Percivalle des Fieschi de La-
vagna, au risque de contrarier la politique de Gênes, sa
patrie, était alléjadis mendier de l'empereur élu le titre de
vicaire impérial. Se croyant dès lors le dioit de comman-
der la taglia de la ligue toscane*, on l'avait vu s'installer
insolemment à Florence dans la maison des Mozzi, où des-
cendaient les légats apostoliques, puis dans Arezzo, où les
gibelins goûtaient peu son origine guelfe, et les guelfes
' De lingua francigena aut ultramontana, qui hactcnus non sinl soliti
esse aut slare ad stipendia alicujus ex civitatibus socielatis Tuscise (Provvi'
iioni, 1. 1, nM, p. 67-69). Cette demande était adressée, le A janTÎer 1287,
aux frères du roi captif. On voulait que le chef demandé vint avec 100 ca-
valiers. On en désignait quatre, en marquant des préférences pour Messer
Giovanni Novello, fils de Blesser Giovanni de Â|>pia. Si les frères du roi
refusaient de désigner personne, les ambassadeurs avaient de pleins
pouvoirs pour faire un choix eux-mêmes dans les conditions dites plus
haut (Ibid.).
* Le 15 août 1287, Charles ou ses ayant droit donnaient quittance d'une
somme de 5000 florins d'or envoyée par Florence pour la répression des
rebelles de Sicile (Capitoli, n* XXX, f 212).
* Voy. Litta, Famiglie celebri ilaliatie,
* En juin 1286, il obtenait en effet de Sienne la taglia, à condition
toutefois que Florence et les autres villes de la ligue lissent de mémo
(Cartapecore di Siena, n* l07fl).
(ib. 1288) SA CAMPAGNE DANS L£ VAL D'ARNO. 290
ses proscriptions. N'obtenant nulle part, sauf à Pise et à
San-Miniato, le serment de fidélité*, il avait piteusement
repassé les Alpes, non sans lancer la flèche du Parlhe,
sous forme d'une grosse amende, qui était pour les seuls
Florentins de soixante mille marcs d'argent. Mais bien-
tôt de retour, et celte fois avec des hommes d'armes de
Rodolphe, il s'était fait reconnaître vicaire royal par les
gibelins de toute la Toscane*.
C'est le moment où la lutte prenait un sérieux carac-
tère. Les guelfes exilés d'Arezzo s'essayaient à la vengeance
par la prise des châteaux de Rondine et de San-Savino*.
Déjà aidés de cinq cents cavaliers de la taglia^ ils avaient
la promesse de voir bientôt auprès d'eux les quinze cents
dont elle disposait, et ils s'engageaient, en retour, alors
même qu'ils rentreraient dans leur patrie, à ne rien faire
que d'accord avec leurs alliés (17 octobre 1287)*. Dès les
premiers jours de 1288, commençait, sous la direction du
belliqueux chapelain , une série de campagnes dévasta-
trices contre le territoire des villes guelfes. Partis d'A-
rezzo, son quartier général, ses gibelins s'avançaient par
le val d'Arno jusqu'aux environs de Florence, par le
viil d'Arbia jusqu'aux environs de Sienne, s'emparant de
' Le 13 oclobrc 19.86, Sienne le refusait, disant que par privilège de
Rodolphe, roi des Romains, elle n'y était pas tenue jusqu^à ce que ce
prince vînt en personne (Cariap. di Siena n' 1077). Pcrcivalle condamnait
ponr ce fait Sienne à trois mille marcs d'argent, mais Sienne en appelait à
Rodolphe, au pape, et le vicaire, effrayé du bruit, se déclarait prêt à retirer sa
sinlencc, s'il ^ovuit qu'elle fut injuste. Il était alors à Arezzo (W., n* 1078).
« Villani, VII,' 111, tli. Slefani, III, 1C9.
3 Rondino, sur une luulcur, dans le val d'Arno arétin, lu 5 milles au
nord ouest d'Arczzo, appartenait aux Ijbertini (Repetti, IV, 816). Monte
San Savino, dans le val de Chiana, au sommet d'une colline qui fait partie
du mont Palazzuolo, sur la route d'Arezzo & Sienne (Repetti, III, 519).
* Villani, VU, 114. Stefani, UI, 172. Ahiliiirato, 1288, 1. lll, 1. 1, p. 169.
300 EXPÉDITION DES FLORENTINS (Ah. 1288)
Chiusi, menaçant Monlepulciano, plus forts de jour en
jour, parce que les lièdes se portaient en foule vers ce
qu'ils croyaient être le soleil levante
Florence ne pouvait larder plus longtemps de marcher
à l'ennemi. Elle en était détournée par les gibelins hon-
teux qui, dans cette cité guelfe, dissimulaient leurs
Si^crètes espérances sous un apparent amour de la paix.
Mais devant les déprédations et la hardiesse croissante des
Arétins, les grands guelfes remportèrent. Us imposèrent
la villede huit cents cavallate*. Ils firent appel à Bologne,
à Pistoia , à Lucques, à Sienne, même à San-Miniato. Ils
n'oublièrent point Moinardo de Susinana, leur pupille,
que son père mourant avait confié à leur tutelle, contre
les Guidi, les Ubaldini et autres seigneurs de ces con-
trées. Gibelin d'origine et de mœurs, ce Mainardo était
donc guelfe par intérêt et par reconnaissance. Ses do-
maines au pays montagneux qui conduit du Gasentino en
Romagne, lui rendaient précieux l'appui des Florentins,
et les Florentins, de leur côté, tenaient à son concours,
car il était un si redouté capitaine qu'on l'appelait le
Diable ^
Le 23 mai, les bannières remises aux gonfaloniers se
déployaient pour huit jours, selon l'usage, aux portes de
la Badia a Ripoli*. Le 1**" juin, Voste se metUiit en mar-
che et le contingent de Sienne recevait l'ordre de s'y
joindre*. Depuis le retour des guelfes au pouvoir, on
* Paolino, H, 41. — Villani, VU, 114. — Ammirato, loc, ciL, p. 170.
* Ge chiffre semble exagéré, surtout si on le double, comme fait Villani.
de 880 autres cavaliers mercenaires, qui font sans doute double emploi
avec les premiers.
> Purg,, XIV, 118. Villani, VH, 148. Cf. Del Lungo, notes à la Ghron.
attribuée à Dino Compagni, 1. I, p. 23, n. 11.
* Villam, VU, 119. Ammirato, 1288, 1. 111, t. I, p. 171-174.
■ Contiglio délia Can^na^ XXXY, 81.
(An. 1288) CONTRE AREZZO. 301
n'avait pas vu encore une armée si nombreuse, si riche-
ment équipée. Le val d'Ambra et le territoire d'Arezzo
envahis, durant vingt-deux jours les alliés y abattirent
les oliviers, y arrachèrent les vignes, s'y emparèrent de
trente à quarante châteaux ^ Après une semaine de résis-
tance, et quoi qu'elle eût pour trois mois de vivres,
Tiaterina se rendait, sous prétexte, disait Lapo ou Lupo des
Uberli, chargé de défendre cette place, que les loupç
n'ont pas coutume de se tenir enfermés*. Devant les mure
d'Arezzo fut injurieusement coupé l'orme séculaire, et
célébrée dans le camp qu'avaient inondé les pluies, la fête
patronale de saint Jean-Baptiste. Nul de la place ne vint
troubler ces réjouissances insolentes, et pourtant, dès le
lendemain, les guelfes pliaient prudemment leurs tentes
encore humides, et retournaient sans autre gloire chacun
chez soi. Alors commença de se montrer l'ennemi. Les
milices siennoises avaient voulu suivre le plus court
chemin, par Monlegrossoli, au lieu de faire un détour,
comme le conseillaient les Florentins : elles tombèrent,
le 25 juin, dans une embuscade que leur tendaient, au
défilé de la Pieve al Toppo, Buonconte de Montefeltro et
Guglielmino des Pazzi. Leur chef, Ranuccio Farnese, y
trouva la mort\
Cet incident, par le bruit qu'on en lit, devint comme
le signal de cruelles représailles. Partout, en un instant,
les gibelins furent debout. A Florence, du haut des tours,
on vit bientôt la fumée des villages qu'ils livraient aux
flammes*. A Pise, le 1*' juillet, éclatait un soulèvement
1 Villani, Ainmirato, loc, cf^, disent quarante ; Stefani (m, 75) trente
seulement.
* Villani, Ammirato, loc, cit,
* Agostino Patrizi, ap. Malavolti, part. U, 1. III, f 54. Stefani, m, 175.
« Paolino, U, 41. Villani, Vit, 119-126. Stefani, UI, 178.
302 CHUTE D'UGOLINO. (Ak. 1288)
depuis longtemps préparé. Pour renverser son aïeul,
Nino de Gallura s'était fait le champion de la paix avec
Gènes. — A mort quiconque ne la veut pas ! — s'écriaient
dans les rues ses partisans ^ Ceux qui ne la voulaient pas,
c'étaient, avec Ugolino, tous les hommes de sens* ; mais
Gènes venait d'offrir aux captifs leur liberté à prix d'ar-
gent, sans cession de châteaux, ni de territoire, et la
multitude gibeline, ravie de retrouver sans trop de sacri-
fices ses plus vaillants défenseurs, imposait au comte
l'acceptation d'un traité qui lui mettait dix mille adver-
saires nouveaux sur les bras. N'osant tenir tête à l'orage
qui grondait, il plia, mais seulement en apparence : son
fils, qui résidait à Cagliari, reçut l'ordre secret de pro-
voquer une rupture en assaillant les galères génoises'.
Le but fut atteint : Gènes indignée déchira le traite ;
victimes d'une défiance trop naturelle, les prisonniers ne
purent plus ouvrir de négociations : un à un ils mouru-
rent tristement dans leurs fers *. Quant au comte Ugolino,
il n'y gagna que de redevenir seigneur pour peu de jours :
l'archevêque, qu'il avait chassé du palais communal, y
rentra pour le condamner à vingt mille livres d'amende,
et l'enfermer, parce qu'il ne la pouvait payer entière-
^ Muoja chi QOQ Tuole pacie coa i GenoTeâ (Fragtn. hitt. Pit. R. 1. S.,
. XXIV, 650).
* E foleala per confondere e disfare lo coote Ugolino, cbe non la voica
elii ne anco tutti quelli chc savi crano a Pisa, perché parca loro impossibilc
a poterla fare (/6Ȉ., p. 651).
» Ann. gen., 1. X, R. I. S., t. VI, 594.
^ Lotto, fils d'Ugolino, pour raToir sa liberté, quand, seize ans après la
Meloria, Pise conclut la paix aTcc Gènes, dut prendre rengagement d'y
acheter, dans le délai de dix ans, des maisons et des terres. Florence se
porta caution pour lui jusqu'à concurrence de quinze mille florins, et, à
cet effet, envoya un syndic à Gênes (17 juillet 13U2. ProwUioni, t. li
n* 3, p« 84).
(AN. 1288) FERMETÉ DES FLORENTINS. 303
ment, dans cette tour célèbre de la faim dont la clé fut
jetée dans l'Arno. C'est au fond de cette tour qu'en traits
ineffaçables Dante Ta peint mourant un peu plus tard,
en proie aux plus atroces souffrances, avec ses petits-fils
innocents ^
Maîtres ainsi du côté de Pise comme du côté d'Àrezzo,
les gibelins s'enhardissaient encore au bruit des victoires
que remportaient Don Jayme d'Aragon el les Siciliens
contre les fils de Charles d'Anjou*. C'est à ces heures
critiques que Florence étonnait l'Italie par sa ferme atti-
tude. On la voyait, fidèle à ses engagements envers
d'anciens ennemis', soutenir avec constance ses amis
anciens el nouveaux. Elle expédiait aux Lucquois et à
Nino Visconti redevenu guelfe depuis que les gibelins
dominaient a Pise, cent cavaliers et trois cents perfo/u*.
> Inferno, XXXIII. — Nous passons ici sur les détails de cette lutte mé-
morable. Us ne sont pas de notre sujet et ils manquent de certilude. On
doit souliaitcr que ce rdcil soit repris avec toute r attention qu^y peut
apporter la critique moderne. Les conlradiclions y abondent d*un auteur à
l 'autre, el quelquefois dans le même auteur. M. Zobi, dans son ouvrage déjà
cité ^Toy. plus haut même volume, p. 177, n. 5), en a relevé un grand
nombre, mais avec le zèle d'un panégyriste, plutôt qu'avec la clairvoyance
el rimparlialilé d'un historien. On peut consulter sur ces faits, outre les au-
torités déjà indiquées, Benvcnuto Rambaldi d'Imola, Comm. Div, Com, ap.
Anliq, liai, 1, 11 40,Marangoni, R. I. S., Suppl., 1, 557, Tronci, p. 261-262,
Dal Borgo, DtM., II, 401. M. Zobi cite en outre Fra Jacopo délia Lana
et le Pisan Da Buti, qui expliquait Dante à Pise dans la seconde moitié du
XIV* siècle (ch. I, p. 16). Panni les modernes, Grassi, p. 145-151, In-
ghirami, VI, 551, Arrivabenc, Secolo di Dante, 1. III, part. I, p. 410, Giu-
dici, Storia dei municipi italiani, I, 881, Ferrari, III, 18^ Léo, 1. VII,
c. I, t. Il, p. 49, Sismondi, III, 20 sq.
• Villani. VU, 120.
^ Le 0 juillet 1288, elle relâchait un familier des Ubaldini, aux termes
du traité conclu avec ces seigneurs (Prowisioni, t. I, n* 1, p. 79).
^12 juillet 1288. Prorvisioni, t. I, n* 1, p. 81 v*. Il n'y a pas moins de
trois Greti dans le seul vald'Ârno inférieur : la paroisse, donnée en 12554
par Frédéric II, aux comtes Guidi, S. Ansano et S. Donato in Greti, cc
dernier donné en 1249 par le même à Guido NovcUo (Repetti, II, 507).
304 GUERRE D^ESCARMOUGUËS (An. 1288)
Elle défendait à ses marchands et autres sujets d'aller à
Pise ou d'y rester plus longtemps *. Elle levait deux mille
chevaux de ses cavallate, et se procurait quarante mille
florins d'or*. Elle votait des récompenses à quiconque se
distinguait dans les escarmouches de cette guerre \ Elle
chassait, ainsi que Sienne, ses principaux gibelins, sans
craindre de grossir au dehors les rangs de ses adversai-
saires*. En août, elle envoyait douze cavaliers de corredo
et deux cents autres soldés à l'altaque d'Âsciano, place
bientôt emportée par les Lucquois, par Nino Visconti et
les exilés de Pise*. En septembre, elle battait dans la ma-
remme de cette ville des renforis venus de Rome aux Pi-
sans, et célébrait par de grandes fêtes la prise des en-
seignes*. Il ne s'agissait là que d'un facile triomphe
sur deux cents hommes à peine ; quand un grand nombre
se trouvait en face d'eux, les Florentins n'avaient garde
d'engager le combat. C'était un spectacle peu héroïque
de voir, le 28 septembre, mille de leurs cavaliers et
quatre mille de leurs pedoni rangés en bataille, mais im-
mobiles, près de Laterina, sur la rive gauche de l'Ârno',
« 20 juillet 1288. /6iW., p. 87.
« 28 juillet, 26 août 1288. Ibid,, p. 91 V, 95 V.
' 500 il. d'or à Bemardo de Rieti, connétable de la commune, qui doit
être fait chcTalier pour la victoire remportée dans le contado de Pise
(28 septembre 1288. Ibid,, p. 101). — 40 fl. d'or par an sont alloués à
quiconque a une cavallaia. Récompense pour tout citoyen ou cotUtuiino
qui, ayant cavallata ou non, se sera IrouYé avec un cheval de guerre k la
cavalcata contre Montevarchi et Laterina. 10 sous par jour à quiconque
est venu à Tarmée avec un cheval; 15 sous si avec deux, etc., à condition
que le service militaire ait duré plus de deux semaines (29 septembre 1288.
— Ibid., p. 109 V).
^ Malavolti, part. H, 1. m, f* 54 V. Stefani, HI, 178.
» Villani, VU, 121.
* C'est à cette occasion que fut fait chevalier Bemardo de Rieti. — Voy.
même page, n. 3. Cf. Villani, VU, 122, et Ammirato, 1. HI, 1. 1, p. 173.
An. 1289) ENTRE AREZZO ET FLORENCE. 305
quoique quelques gouttes d'eau qui y coulaient encore,
malgré la sécheresse, n'empêchassent de le traverser ni à
cheval, ni même à pied. Sur la rive droite se déployaient
mille cavaliers et huit miWe pedoni d'Ârezzo, qui of-
fraient la bataille : elle ne fut point acceptée \ et les Aré-
tins, plutôt que d'y contraindre l'armée florentine, se con-
tentèrent d'occuper le val de Sieve, laissant attaquer et
détruire à loisir les châteaux desUbertini*. Le 7 octobre
suivant, les syndics de Sienne, Pistoia, Prato, Poggibonzi,
Volterre, San-Gemignano, San-Miniato et Florence, réu-
nis dans cette dernière ville, en l'église de San-Gio-
vanni , ouvraient la ligue toscane aux guelfes exilés d'A-
rezzo, à condition de ne pas faire la paix avec leurs com-
patriotes gibelins sans la permission desdites communes,
et d'entretenir cent cavaliers dans leur patrie, quand
ils y seraient les maîtres*. Se nuire réciproquement,
mais éviter les coups, telle était donc l'ordinaire tactique
de ces peuples, sauf en quelques moments décisifs.
Un de ces moments approchait, et Florence le sentait
bien. Jusqu'à sept milles de ses murailles, jusqu'à San-
Donato in Collina s'avançaient, en mars 1289, les gi-
belins d'Arezzo et de Romagne*. Contre eux le potestat,
le capitaine, les prieurs recevaient fra/ta, c'est-à-dire de
pleins pouvoirs, jusqu'au 15 juin'. L'archevêque de
Pise, impuissant et exécré comme ne l'avait jamais été
1 E cosl siette ciascuna parte alla gara (Villani, VU, iS3).
« Stefani, III, 176. — Villani, VU, 123.
* Cartapecore di Siena^ n* 1093.
^ Villani, VII, 126. Stefani, III, 178. Cest à cette occasion que Florence
et Sienne expulsaient leurs caparali gibelins. Voy. page précédente.
* 16 avril 1289. Frowisioni^ t. I, n* 3, p. 1. — Le 12 juillet suivant
on donnait aux prieurs le droit de frapper un impôt spécial pour les besoins
de cette guerre (Ibid., p. 13 t*).
BIST. DB FLORBNCB. — II. 20
306 GUIDO DE MONTEFELTRO A PISE. (An. 1289
Ugolino, cité à comparaître devant le pape Nicolas IV»
et, sur son refus, déclaré rebelle à la sainte Église,
venait d'appeler comme capitaine le vieux comte de
Montefeltro, chef des gibelins dans Tltalie centrale, tyran
d*Urbino, vainqueur des Français à Forli, habile et vail-
lant guerrier, qui triomphait, disait-on, d'armées en-
tières avec une poignée d'hommes*. Pour l'attirer, pour
le retenir dans une ville sans armes, sans soldats, sans
argent, il avait fallu mettre à son service trois cents
hommes de cavalerie, lui promettre un salaire annuel
de dix mille florins d'or, lui assurer trois ans de sei-
gneurie. Frappé, comme l'étaient les Pisans, des foudres
pontificales, pour avoir quitté Asti de Piémont où l'avait
confiné la haine du saint-siége', il était d'autant plus
redoutable qu'il ne voyait plus rien à ménager. Contre
un tel chef, Florence comptait peu sur son potestat, sur
son capitaine du peuple ; elle cherchait des talents mili-
taires et des forces nouvelles : le hasard se chargea de
les lui procurer.
Au mois de novembre précédent (1288), Charles II
d^ Anjou était sorti de la prison où il languissait en Cata-
logne. Edouard d'Angleterre, Nicolas IV avaient ob tenu
pour lui, de Don Jayme d'Aragon, la paix et la liberlé.
Laissant deux de ses fils en otage, il s'acheminait vers
1 Montefeltro est la partie de la province d'Urbino la plus rapprochée de
montagnes. Urbino est appelée capitale du Montefeltro (Voy. Fraticclli,
Stofia délia vita di Dante, p. 193). — A partir de ce moment Tarche-
▼éque Ruggieri ne compte plus dans Thistoire. Dante renvoie rejoindre
dans le cercle infernal aux glaces éternelles sa lamentable victime et met
son crâne sous la dent implacable de celui qu'il avait fait mourir de faim
sans pitié (M/*., XXIU, 55).
« Voy. Paolino, II, 43. -^ Giudici, J, 88i. — Léo, 1. VU, c. I, t. D^
)). 50. — Ferrari, UI, 30. — Sismondi, III, 39.
(An 1289) CHARLES II DANJOU A FLORENCE. 307
son royaume à petites journées. Les villes toscanes s'é-
taient mises en frais pour le bien recevoir. Sienne lui
volait un présent de deux mille livres \ Le 5 mai 1289»
Florence autorisait son camerlingue, Don Angelo, moine
de Tordre de Giteaux et du couvent de Settimo, à dé-
penser douze cents florins en son honneur*. Depuis trois
jours déjà il se trouvait dans cette ville. On l'y avait reçu
en roi, en allié des guelfes, avec toutes les fêtes où bril-
laient tant de fils de marchands devenus chevaliers*. On
voulait de lui un capitaine rompu au métier des armes,
et qui, portant la bannière royale au milieu des milices
florentines, ne permît pas à son maître de rester indif-
férent à leurs revers*. Charles d'Anjou leur laissa un
de ses barons, fort jeune encore, mais « grand, preux et
sage gentilhomme*, » qu'on nommait Aymeric de Nar-
bonne, et qu'il fit chevalier à cette occasion*. Peut-être
cette sagesse dont parle Yillani était-elle plutôt le fait
d'un vieux guerrier, Guillaume Bérard, jadis précepteur
d'Aymeric, et qui resta auprès de lui avec cent cavaliers
bien équipés, bien payés\ L'Angevin, revenant d'Es-
* Consiglio délia Campana, XXXYII, 97.
« Provvisioni, i, I, n* 1, p. 111.
5 Yillani, VU, 129. — Malavolli, part. II, 1. III, ^ 54 ?•.
^ In quella hoste c cavalcata si diedc di prima Pinsegna regale de Parme
del re Carlo, e ebbela inesser Berto Frescobaldi, che mai non si era più data
ne usala, e poi sempre Tusarono in delta hoste loro (Yillani, YU, 123).
B Grande gentiluomo e prô e saggio in arme e in guerra (Villani,
VU. 129).
« Simone dcUa Tosa, p. 217. Stefani, III, 180.
^ Ce qui permet de croire qu'Âymeric était encore fort inexpérimenté,
c'est que Simone délia Tosa ne lui accorde pas les mènie<« éloges que Yillani.
La chronique attribuée à Dino Compagni dit inème qu'il était • non molto
sperto in fatto d'armi (I, 7). » Si cette chronique est sans autorité pour
les faits, ce jugement prouve uu moins Topinion que les Florentins, avec
le temps, s'étaient formée d*Âymeric;
508 CHARLES ATTAQUÉ PAR LES ARÉTINS. (An. 1289)
pagne» s'était ravitaillé d'hommes et même d'argent à la
cour de Philippe le Bel.
Après trois jours passés en fête à Florence, il pour-
suivit sa route. Nicolas IV l'attendait à Rieti, pour le
couronner roi de Sicile et de Fouille*, comme pour le
délier de son serment de ne pas attaquer le roi d'Aragon.
La Sicile n'en restait pas moins séparée de Naples, et le
droit de lui faire la guerre ne donnait pas les moyens de
la soumettre. Depuis les sinistres Vêpres, l'astre si récent
encore de la maison d'Anjou était déjà sur son déclin.
Sans respect pour un roi sans puissance, les Arélins se
disposaient à l'attaquer au passage, à disperser sa faible
escorte, à s'emparer de sa personne. Mais Florence en eut
vent. Elle envoya aussitôt huit cents cavaliers, ce la fleur
de ses bonnes gens, » et un certain nombre de pedoni
qui le conduisirent*, les gibelins en embuscade ayant
rebroussé chemin à leur approche, jusqu'aux confins des
territoires de Sienne et d'Orvieto *•
La surprise fut grande, à Florence, de cette attaque
imprévue. On s'y croyait en garde contre les Arétins par
la riche pension promise et déjà peut-être payée à leur
évêque*. Mais Guglielmino des Pazzî, son neveu, avait
* Le couronnemenl eut Heu à Riéti (et non à Rome, comme le dit
Villani), le 29 mai. Voy. Mui^tori, Ann. d'Ital., année 1289.
* Ce certain nombre est fort incertain. — Il est, selon Villani (VU, 129).
de 5000 ; selon Slefani (111, 180) de 400. — De pari et d'autre il peut y
avoir un zéro ajouté ou supprimé. En tout cas, le moindre nombre est le
plus probable. 11 ne s*agit que d'une escorte.
' Villani, Stefani, loc. cit. — Stefani dit posilivemenl et Villani laisse
entendre par Tordre dans lequel il expose les faits , que c*est apn'S celte
conduite, par reconnaissance, que Charles laissa aux Florentins Aymeric avec
la bannière royale, le i i mai. 11 n'est guère croyable qu'on eût attendu pour
lui faire cette demande qu'il fût déjà parti , car on ne pouvait savoir alors
qu*il y aurait sitôt lieu de le rejoindre.
* Voy. même chapitre, p. 295.
(An. 1289) PRÉPARATIFS DE GUERRE A FLORENCE. 309
ramené aux desseins belliqueux celle âme versatile, en
lui faisant peur des poignards qu'aiguisaient contre lui
les vindicatifs gibelins \ Les Florentins, dans leur ani-
mation extrême, ne parlaient plus, ne délibéraient plus
que sur les moyens de réduire une bonne fois ces intrai-
tables ennemis. Comme jadis pour Mon taperti, ils firent
des préparatifs considérables. Depuis quelque temps déjà,
ils avaient réuni des vivres à Montecchi% pour la somme,
considérable alors, de deux mille livres, et déclaré la
vacance des tribunaux du potestat et du capitaine, afln
de garantir contre toute action civile et criminelle, du-
rant leur absence, ceux qui supportaient les dépenses
et les fatigues delà guerre*. Pour qu'ils fussent en plus
graiTd nombre, on appelait à garder la ville des hommes
d'autres communes, qui s'y relayaient tous les deux ou
trois jours*. Ceux des campagnards qui, après avoir tou-
ché leur solde, envoyaient un parent à leur place, étaient
pour cette fraude frappés d'amende par le potestat Rosso
desGabbrielli*. Aux six cents chevaux des cavallaJLe^ aux
^ 11 quale tratUto M. Guiglielmo Pazzo, suo nipole, isturl)6, perché M ves-
covo non fosse morte da* caporali ghibelUni (Villani, VII, 150). — La pré-
tendue Chronique de D. Compagni rapporte les choses tout autrement.
* Jl y a au moins six localités de ce nom, une au val d'Arno pisan, une
au val d'Ëra, une au val d*Ârbia. une au val de Sieve, deux au val de
Chiana, une au val d*Arno florentin. Ici probablement il s agit de Mon-
tecchi du val de Sieve qui avait été désignée pour servir de magasin mili-
taire, car celte terre était à trois milles au nord de la Sieve, au pied de l'A-
pennin (Voy. Bepetti, lll, 364-568).
5 19 avril 1289. Prowisioni, t. I, n* 2, p. 3.
^ Le 20 février 1290 , en faveur de • rOniversité • de Gangalandi, on
volait 180 livres de petits florins pour 200 soldats qui gardèrent Florence
deux jours quand Tarmée arétine s'avança dans le val d'Arno, 100 hommes
venus en ville quand s'y trouvait le roi Charles et qui raccompagnèrent
usqu'au territoire de Sienne , enfin 100 autres, appelés à garder Florence
pendant trois jours, quand la victorieuse armée se mit en marche contre
les Arétins (Prowisioni, t. 1, n* 2, p. 55j.
. " Plusieurs pièces parlent de ces condamnatioas prononcées par Rosso au
3!0 DÉPART DES FLORENTINS. (An. 1289)
quatre cenis cavaliers mercenaires, aux cent qui for-
maient la suite d'Aymeric* les villes de la ligue adjoigni-
rent les leurs, Lucques cent cinquante, Sienne cent vingt,
Bologne cent, Pistoîa soixante, Vollerre quarante, San-
Gemignano, Colle, San-Miniato un nombre sensiblement
moindre, puisqu'il reste indéterminé. Divers seigneurs,
aussi, prenaient part à l'expédition, entre autres Mainardo
de Susinana avec ses Romagnols, L'armée comptait en-
viron dix-sept cents cavaliers*, et dix mille fantassins'.
Dès le 13 mai, Gherardo Ventroja des Tomaquinci
avait reçu l'ordre de plan 1er l'étendard de la commune h
la Pieviî ou abbaye deRipoli, par où l'on entrait dans le
val d'Arno. Le 2 juin, les cloches sonnant à toutes volées,
l'armée déploya ses bannières et se mit en mafche.
Aymeric de Narbonne la conduisait. A ses côtés étaient
son vieux conseiller, Guillaume Bérard, le poleslat
Ugolinodes Rossi, de Parme, Vieri des Cerchi, ce riche
marchand qui avait de l'or non-seulement pour recon-
struire ses maisons, au lendemain d'un incendie, plus
splcndidcs qu'elles n'étaient auparavant*, mais encore
pour subvenir en toule occasion aux besoins publics;
Corso Donali, enfin, ce noble orgueilleux qui avait le
verbe si haut dans les conseils, et qui pour lors polestat
de Pistoîa, en commandait le contingent. Corso Donati
camp devant Arczzo. Diverses furent remises après la victoire (Prowisioni,
\0 et 27 juillet 1290, t. 1, n» 2, p. 111, 130).
« Villani, VII, 150.
' Ce chiffre pa^ait certain. Il est donné par Villani (VU, 130) et par An-
ilrea Dei (R 1. S., t. XV, A\). Stefani (lU, 181) no s^éloigne guère d*eux
il dit 9500.
' Villani dit 1600, mais il oublie les 100 d^Aymeric. Andréa D6i,2000;
Stefani, 2500. Villani, décomposant seul ce total, semble le plus digne de
confiance.
^ Villani, VII, 117.
An. 1289) MAR:HE DANS LE CASENTINO. 311
était l'idole de la foule et de Tarmée. Il jouissait de cette
popularité malsaine qui est, auprès des multitudes, le
privilège des violents. Il Tavait méritée, deux ans plus
tôt, en entreprenant d'arracher au potestat un des siens,
condamné à avoir la tête coupée*. Son échec ne Tavait ni
humilié ni même amoindri : on savait ce que de pareils
hommes valent dans les combats.
L'armée remonta le cours de l'Arno par la roule qui
conduit à Pontassieve et qui s'y bifurque, pour mener
au sud par le val d'Arno vers Arezzo, au nord-est par
Stia dans le Casentino. Marcher sur Arezzo, c'était cou-
vrir contre les incursions des Arétins la plus riche partie
du territoire et s'assurer un facile ravitaillement. S'en-
foncer dans le Casentino ne pouvait profiter qu'à des inté-
rêts prives, qu'à de mesquines vengeances. C'est pourtant
l'itinéraire qu'avaient fait prévaloir, dans les conseils,
des châtelains jaloux de couvrir leurs châteaux et de dé-
vaster les terres de Guido Novello , le vieil ennemi des
guelfes, alors potestat d'Arezzo. Le chemin, rocailleux,
escarpé , grimpait à l'ouverture de la boucle que décrit
l'Arno, quand, après avoir descendu du nord au sud vers
Arezzo , il remonte du sud au nord vers Florence. On
gravissait les plateaux découverts du Prato Magno , qui
limitent à l'ouest le bassin de l'Arno supérieur, c'est-à-
dire le froid Casentino*, limité lui-même à l'est par l'A-
pennin plus haut et plus boisé. Dans ce fertile et char-
mant massif du Pralo Magno s'élève sur une hauteur
* Villani, vu, 113, ann. 1287.
* Le Casentino s*étend sur une longueur de 24 milles ti une largeur de
21. Les montagnes y sont couvertes de hêtres au sommet, de châtaigniers
plus bas. C'est dans ces solitudes qu'étaient venus chercher tour à tour une
retraite saint Romuald à Camaldoli, saint Jean Gualbert à Yallombreuse,
saint François d'Assise à TAlvernia (Yoy. Elepetti].
312 GUIDO NOVELLO A POPPI. (An. Iî289)
isolée, comme en une île aérienne, la petite ville de Poppi,
point stratégique d'où Ton peut se porter à Test sur Bib-
biena, qui commande la route d'Arezzo à Stia, et même,
avec un peu plus d'effort, au sud sur Laterina, par où
Ton va d'Arezzo à Florence. C'est là, aux pieds de Poppi,
sur la rive gauche de l'Arno, dans la plaine de Campai*
dino ou de Certomondo*, que l'armée florentine, s'ados-
sant à la montagne, dressa ses tentes pour rayonner tout
à Tenlour et attendre les événements.
Moins incapable, Guido Novello aurait pu défendre cette
position importante et infliger aux guelfes en marche un
grand désastre. Ni le temps ni les forces ne lui avaient
manqué. A Poppi, il était chez lui*. Il commandait une
armée où les Arélins étaient comme noyés dans le flot
chaque jour croissant des gibelins de Toscane, des exilés
de tant de villes, des habitants de la Marche , de la Ro-
magne, du duché de Spolète. Pour conseillers, il avait
de subtils florentins, lesUberti, les Lan)berti,les Abati.
C'était l'armée de la faction bien plus que celle d'Arezzo*.
Inférieure par le nombre, car elle ne comptait pas huit
cents cavaliers et huit mille pedoni\ elle l'emportait de
beaucoup par l'affluence des nobles, qui avaient seuls, on
* Le nom ordinaire c*esl Campaldino. Cerlomondo parait être une petite
localité de cette plaine. Pourtant on lit dans Stefani (111, 181) : « Appiè di
Poppi, doTe era un piano che si chiamava Certomondo. • On peut voir sur
Campaldino et Certomondo les notes géographiques qui se trouvent à Tap-
pendice (t. I, 517 et t. 11, 289) de louvrage intitulé la Batlagliadi Cam-
paldino, par le P. Antonio Bartolini. Flor. 1876. Cet écrit n*a du reste au-
cune portée historique. H n*y faut voir qu'un racconto où Tauteur, de son
aveu, s'est donné toute liberté avec les faits et la chronologie.
«Villani, VU, 139.
' Léon. Bruni fait remarquer que Tinscription qui se trouve au palais
public porte que les gibelins (et non pas les Ârélins) ont été défaits à Cer-
tomondo ( Vita di Dante, en tête de l'édition de la Divine Comédie, Florence,
1771, p. 4).
* Andréa Dei (R. L S., t. XV, 47) dit 600 cavaliers et 5000 fantassins.—
(ÀM. 1289) POSlTlOiNS DES GUELFES. 513
le sait, la pratique des armes et le goût des combats.
Pleins de mépris pour les Florentins, pour ces « hommes
de rien qui peignaient comme des femmes leurs longues
chevelures*, » ces nobles n'avaient pas cru nécessaire de
les gagner de vitesse : ils comptaient sur la valeur et les
talents de fiuoncontede Montefeltro pour réparer les fau-
tes de Guido Novello. Le moment venu de se mettre en
marche, ils trouvèrent piquant de placer à leur tête ce
belliqueux mais versatile évoque qui, un moment, avait
négocié avec Tennemi*.
L'armée guelfe les attendait de pied ferme. Satisfaite
de ses positions défensives, elle était résolue à s'y tenir.
Le samedi 11 juin* elle fut répartie, selon l'usage, en
({uaire scliiere ou « batailles, » comme disaient nos aieux.
En première ligne étaient les fedilori ou tirailleurs,
chargés d'engager le combat. Sur leurs flancs, d'un côté
les pavesari^ armés de pavois et de piques, de l'autre les
balestrieri^ avec leurs arbalètes qui lançaient des carreaux
ou flèches à quatre pans. Ces deux ailes formaient avec
le centre une demi-lune à la manière antique, où se trou-
vaient alternés cavaliers et pedoni. Les feditori^ au nom-
bre de cent cinquante, avaient pour chef Vieri des Cer-
chi. Ëlu par son quartier capitaine de guerre et chargé,
à ce titre , de désigner ceux de ses voisins qui feraient
partie de ce corps, ce brave marchand, quoique malade
Villani (Vil, 130) 800 cavaliers et 8000 fantassins. — Stefani (lU, 181)
1700 cavaliers, 9900 fantassins.
^ Che si lisciaTano come donne e peltinavansi le zazzere, e aveanli molto
a schifo e per niante (Villani, VU, 130).
* Avacciarono la baltaglia e menarvi il dette Tescovo (Villani, VII, 130).
— M. Alto Vannucci (p. 164) dit qu'il était le capitaine général de rarmée.
De mètre M. Fanfani (p. 99).
3 Cette date, donnée par Villani, est exacte. Les pàques tombèrent
en 1289 le 10 avril. Yoy. VArl de vérifier U$ dates.
314 ORDRE DE BATAILLE. (An. 1289>
de la jambe, s'élail inscrit le piemier» avec ses fils et ses
neveux. Son exemple avait entraîné beaucoup de nobles,
de riches trafiquants el jusqu'à des lettrés. De ce nombre
était Durante ou Dante Aligbieri, âgé de vingt-quatre ans,
inscrit au registre des apolliicaires. Il faisait, ce jour-là,
ses premières armes, et il avoue avec franchise ce senti-
ment de crainte dont les plus courageux, en pareil cas, ne
sont pas exempts\ A côté de lui ses deux amis les plus
chers, Gavalcante des Cavalcanli, le poëte philosophe, et
Bernardino de Polenta, le frère de cette touchante Fran-
cesca de Rimini, que devait immortaliser bientôt la Di-
vine Comédie^. En seconde ligne, prêt à secourir la pre-
mière, se tenait le gros des milices el de Tarmoe. En
troisième, un corps de pedoni^ chargé de garder les ba-
gages, et, au besoin, de soutenir ceux qui plieraient. En
quatrième, enfin, la réserve, reléguée à l'écart et compo-
sée de deux cents cavaliers, avec les milices de Lucques
et dePistoia, sous les ordres de Corso Donati. Corso ne
devait donner qu'à la dernière extrémité. Vu son caractère
bouillant, on lui avait fait défense, sous peine de la tête,
de se mettre en mouvement sans l'ordre du capitaine.
Avec ces restrictions, un pareil choix étitit une faute, mais
faute heureuse entre toutes, et qui fut, au moins en
partie, cause du succès'.
' La battaglia di Campaldino.... dove mi trovai non fanciuUo neW arrai,
e dove ebbi temenza grande, e nella fine grandissima allegrczza per li vari
casi di quella battaglia (Extrait d'une lettre de Dante, rapportée par Léon.
Bruni, Vita di Dante, loc. cit., p. 7). Cela est plus noble el surtout plus
sérieux que le relicta non bene paimula d'Horace.
* Guido de Polenta, père de Bernardino et de Francesca, devait, Tannée
suivante , après la mort de sa fille , venir à Florence en qualité de potestat
(Voy. la liste des Officiales forenses, et Carlo Troya, Del veliro aUcgonco
di Dante, p. 52. Flor., 1826).
» Yillani, VU, 150. - Aramirato, I. 111, t. I, p. 177-181. — Quelques
(An. 1289) DATAÏLLE DE CAMPALDINO. 315
Pour les gibelins, l'ordre de bataille était le même,
avec un nombre double de fedilotHj précaution nécessaire
à qui prenait rofTensive. Parmi eux, on distinguait douze
chevaliers renommés pour leur vaillance, et qu'on appe-
lait, lointain souvenir de Charlemagne, les douze pala-
dins. Pleins de confiance, ils ouvrirent l'attaque au cri de
San Donato cavalière. On leur répondit fièrement Nar-
bona cavalierej mais on ne put soutenir leur furieuse at-
taque. Ceux des fedilori florentins qu'ils n'avaient pas dé-
montés serraient leurs rangs, pour donner aux deux ailes
le temps d'opérer un mouvement concentrique et d'enve-
lopper les assaillants. Refoulés par les longues lances des
gibelins et par le choc de leurs chevaux bardés de fer, ils
portèrent le désordre dans la seconde ligne et l'entraî-
nèrent dans leur mouvement de recul jusque sur la troi-
sième. Cette masse d'hommes agglomérés ne pouvait être
facilement entamée; mais moins facilement encore elle
pouvait se mouvoir. Coupées du centre, les ailes, de leur
côté, se voyaient réduites à l'impuissance. Déjà les cava-
liers arélins se croyaient sûrs de la victoire : ils poussaient
en avant, sans se garder en arrière, sans penser qu'en
cas de péril les pedonij de leur pas le plus rapide, ne
rattraperaient jamais l'avance qu'avaient prise les che-
vaux.
Un moyen restait donc aux guelfes d'éviter la défaite;
c'était de lancer leurs réserves. Mais Aymeric n'y pensait,
point. Il avait la tête perdue. Inconsidéré comme on l'est
auteurs prétendcnl que celte affaire fut In première bataille rangée en Ita-
lie, lis invoquent Tautorité de Villani , mais ils exagèrent ses paroles. Le
chroniqueur se borne à dire : • Più ordinatamente che mai. » On peut ad-
mettre qu'il y eut plus de méthode à Campaldino qu'à Montaperti, en 1289
qu'en i260; mais nous avons ?u que Montaperti fut loin d'cU>e un pèie-
mclc barbare et confus.
316 BATAILLE DE CAMPALDINO. (An. 1289)
à son âge, privé des lumières de son mentor, qui venait
de succomber glorieusement^, il ne donnait aucun ordre,
r/impétueux Corso Donati tournait vers lui d'anxieux re-
gards cl rongeait son frein. Enûn, à bout de patience, il
courut, entraînant les siens, au plus fort de la mêlée. —
Si nous sommes vaincus, dit-il, je mourrai sur le champ
de bataille; si nous sommes vainqueurs, eh bien! vienne
qui voudra nous condamnera Pistoia*. — De flanc, il atla-
qua les gibelins sous une nuée de flèches. Les flèches man-
quant bientôt contre lui, l'évéque d'Arezzo donne ordre
à Guido Novello de porter en avant les cent cinquante
cavaliers de réserve qu'il commandait. Le vieux comte,
a qui avait toujours eu, dit Âmmirato, moins de souci de
son honneur que de sa vie', » imagina mille prétextes
pour traîner en longueur. Il en trouvait un trop plau-
sible dans le vent de tempête qui, soulevant l'épaisse
poussière du combat, aveuglait hommes et chevaux. Du
Prato Magno a T Apennin s'élevaient dans le ciel de gros
et noirs nuages qui ne tardèrent pas à inonder le sol
d'une pluie diluvienne*. « Ne voulant pas mourir, » écrit
* Là est, nous le pensons, la principale cause du danger que courut Tar-
mée guelfe. Nous sommes surpris que les auteurs aient tenu de ce £aiit si
peu de compte. — On voit encore aujourd'hui dans le cloître de TAn*
nunxiata, à Florence, la sépulture en marbre du Guillaume Bérard. U y est
représenté Tépée en main, sur un cheval au galop. Au-dessous, on lit celte
inscription : • An. Domini 1289. Hic jacet Dominus Guillelmus balius olim
Domini Amerighi de Nerbona. • (Voy. les notes de M. Del Lungo à son édi-
tion de D. Gompagni, l. I, p. 30, n. 19.)
> Villani. VU, 130.
' Ammirato, 1, UI, t. 111, p. 179.
* Indi la valle, corne il di Tu spcolo,
Da Pratomagno al gran giogo copersc
Di nebbia, e il ciel di sopra fece intento
si ch 'el pregoo aère in acqua ai converse.
La pioggia cadde, ed a' fosstti venne
(An. 1289) DÉFAITE DES G1BEL1KS. 317
Slefani*, Guido Novello s*enfuit avec ses cavaliers vers
ses châteaux, désertant sa cause et son devoir, comme il
avait fait deux fois, à Florence et à Colle, indigne favori
d'une faction aristocratique indulgente à sa lâcheté par
égard pour sa naissance, mais inexcusable d'avoir remis,
une troisième fois, son salut en de telles mains.
Ainsi abandonnés, il ne restait aux braves qu'à vendre
chèrement leur vie. Guidcrello d'Orvieto, qui portait la
bannière impériale, Buonconle de Montefeltro, Gugliel-
mino des Pazzi et son oncle, Tévêque d'Arezzo, recevaient
sur le champ de bataille cette mort honorable qu'on y
Irouve toujours, quand on l'y cherche résolument*. Aux
fuyards on donna la chasse : impitoyablement occis par
les mercenaires, ils ne trouvaient grâce qu'auprès des
Florentins. Ceux-ci laissaient même échapper leurs pri-
sonniers, à litre gratuit ou à prix d'argent : sur seize
cents qu'ils avaient faits, ils n'en ramenèrent que sept
cent cinquante'. Près de deux mille cadavres gisaient,
dit-on, sur le sol inondé*.
Ce qu'avait été pour les Pisans le désastre de la Melo-
Di let ci6 che la terra non sofferse.
[Purg. V, 115 $q.)
La Chronique attribuée i Dîno Compagni dit formellement : « L'aria era co-
pcrta di nugoli. » (I, 10). Il est possible que le faussaire n'ait, comme nous,
d'autre autorité que celle de Dante pour affirmer ce fait dont ne parle point
Yillani ; mais Dante suffit, puisqu'il était présent à la bataille.
* 11 conte Guido NotoUo non yî voile morire , peroccbè si fuggl (Stefani,
m, 181).
* Cecidit etiam episcopus, qui captus ut per coronam clericatus cognitus
est, qui esset denuntians, a captore csesus est gladio (Fr, Pipini Chron,,
1. IV, c. xxxiv, R. I. S., t. IX, 753). — La mort de Buonconte fournit à
Dante le sujet d'un de ses plus beaux épisodes (Fwrg,y Y). On pevtToir dans
Yilluni (YII, 130) le nom de plusieurs autres morts notables.
5 ViH.ini, VU, 130. — Paolino, II, 44.
^ Simone délia Tosa (p. 218) parle eo bloc de 3000 morts ou prisonniers
du côté des Arétins.
518 lIARCflE DES VAINQUEURS (An. i289)
ria, celui deCertomondo l'était pour les Arétins, ou plutôt
pour la cause gibeline, qui n'en avait jamais éprouvé de
plus grand*, « La nouvelle en vint à Florence, écrit Yil-
lani, à l'heure même où se décidait la victoire. Les prieurs,
après leur repas, faisaient la sieste, pour se reposer de
leurs fatigues et de leur veille de la nuit précédente.
Tout à coup on frappe à l'huis de leur chambre : — Levez-
vous, les Arétins sont battus. — Ils se levèrent, ils ou-
vrirent, mais ils ne trouvèrent, ni ne virent personne;
leurs familiers au dehors n'avaient rien vu, rien entendu.
On repu ta le fait pour un grand et notable miracle, car
personne n'était venu de l'armée. C'est la vérité; moi qui
écris j'ai entendu , j'ai vu ces choses. Les Florentins
émerveillés se demandaient d'où elles pouvaient venir;
ils en étaient tout en émoi. Quand la nouvelle arriva du
camp, on en fit grande fête et allégresse. On en avait bien
sujet, car on voyait abattu l'orgueil et la superbe, non-
seulement des Arétins, mais de tout le parti gibelin et de
l'empire*. »
On pouvait l'abaltre plus encore, en profitant mieux
de la victoire. Si , après avoir fait sonner les trompes,
pour arrêter la chasse aux fugitifs, on eût résolument
marché sur Arezzo', la stupeur du premier moment eût
^ £ credesi che i ghibellini inûno allora mai ad una volta non perdero
tanta buona gente (Paolino» H, 44). — On ne comprend guère comment
LcD ne parle de celte importanle bataille que dans une note, lui qui Irnnscrit
quelquefois les plus oiseux détails d'après Villani (Vov. 1. Vil, c, i, t. II,
p. 50).
* Vdlani, VU, 150. Et TOil.'i comment s accréditent certains miracles.
Ici, le miracle, c'est la voix d'un être invisible. Or Villani ne Ta point en-
tendue, n'étant pas prieur. Il ne sait que ce qu'on lui a dit, et pourtant il
écrit qu'il a vu.
M. Del Lungo dans ses notes à la Chronique dite de Dino Compagni
(I; Ij p. 33) n. 40) pi^teod que l'armée était restée dans le contado
(An. 1280) SUR AREZZO. 319
rendu vaine toute résistance. Les prieurs en exercice le
désiraient vivement : leurs pouvoirs expirant le 15 juin,
quatre jours après la bataille, ils auraient voulu que la
prise de la ville ennemie achevât d'honorer leur magis-
trature; mais ils ne purent l'obtenir. Les vainqueurs
avaient besoin de repos. L'orage de la soirée avait rempli
le lit à sec des torrents, dont le cours furieux vers le
c< fleuve royal » eût arrêté à tout pas une armée*. Quand
les vainqueurs purent se mettre en marche, ils ne
s'avancèrent vers Arezzo qu'après avoir pris Bibbiena,
et consacré plus de temps à la piller qu'à la prendre.
Huit jours de répit suffirent aux vaincus dispersés pour
se rallier dans leur place d'armes menacée, y barricader
avec des poulres une large brèche, béante aux murailles,
y recevoir, y appeler les contadini qui fuyaient devant
l'ennemi.
Celait l'indice d'une résistance sérieuse. Pour en triom-
pher, il fallait de nouveaux elTorts. Le 20 juin, Florence
donnait balia au potestat, au capitaine, aux prieurs, de
poursuivre l'expédition, de recueillir de l'argent par tous
les moyens, et de ne ramener ou licencier l'armée qu'au
bout d'un mois'. Le lendemain 21, par une innovation
d* Arezzo et presque sous les murs de cette ville. Il ne parle ainsi que pour
expliquer son auteur qui met une attaque contre Arezzo avant Tattaque de
Bibbiena ; mais il ne remarque pas que si Tarmée guelfe eût été près
d*Arezzo, la bataille de Campaldino ne pouvait avoir lieu^ Les gibelins ne se
seraient pas exposés à être pris h revers par un second corps d'armée. Quant
k Tordre des faits tel que le donne le prétendu D. Compagni , il est con-
traire non-seulement aux assertions de Villani (VII, 131 )i mais encore au
plus simple bon sens.
' Nous ne trouvons dans aucun auteur Texplication du retard par la crue
dos eaux ; mais elle nous paraît fort probable , puisque Forage est attesté
par Dante, témoin oculaire.
* Prowitioni, 1. 1, n* 2, p. 9. — Lai ecture des documents prouve qii'oii
320 PRIEURS FLORENTINS A L^ARMÉE. (Aie. 1989)
remarquable, les prieurs décidèrent que deux d^entre eux
iraient au camp avec la même autorité que s'ils y étaient
tous, pour surveiller, soutenir les combattants et leur
donner du cœur*. Les nobles virent de mauvais œil cette
délégation démocratique de deux magistrats marchands.
Céder la direction suprême de l'armée ou se soumettre à
une inquisition jalouse leur était également odieux. Ils
auraient dû, puisqu'ils prétendaient toujours dominer aux
camps, justifier leurs prétentions par l'esprit d'initiative;
ils ne surent que se traîner dans l'ornière creusée, dévaster
le contado^ courir \epalio sous les murs d'Arezzo, jeter à
l'intérieur trente ânes mitres*. C'est à peine s'ils consen-
tirent, sur l'énergique injonction des deux prieurs, à met-
tre le feu aux pouircs qui formaient mal la brèche. Ils
les laissèrent remplacer par d'autres et victorieusement
défendre contre leurs molles attaques. Prompts à sonner
la retraite et négligents à se garder, leur inaction, leur
incurie provoquèrent les assiégés à intervertir les rôles,
et, par de vigoureuses sorties, à incendier les tours, les
machines des assiégeants.
Ce fut le coup de grâce. Démoralisés, c< abominant cer-
tains conseillers du capitaine, » qu'ils accusaient d'avoir
reçu l'or des Arétins, les popolani des milices lâchèrent
ne donnait jamais la balia ou pleins pouvoirs que pour peu de temps , mais
que pour toute la durée de la guerre c*était une pure formalité d'en obte-
nir la prorogation. Ces prorogations, en général, avaient pour limite le 15
du mois où de nouveaux prieurs entraient en charge , sans doute pour ne
pas engager leur liberté d'action.
* Quelle che altre volte non avevano costumato.... due ne andassero alP
esercito, perché con Fautorità che fu la siessa che se vi fossero tutti, e con
la maestà del magistrato, desser animo a colore che combattevano, e aggiun-
gessero con ogni industria, caldo e favore air opéra (Ammirato, 1. IIl, 1. 1,
p. 180).
< Stefani, IH, 181. — VUlani, VU, 131.
(A.^. 1289) LE TRIOMPHE A FLORENCE. 521
pied, renoncèrent à la lutte, entraînèrent toute l'armée
sur la route de Florence Mis mi rent dix jours, du 1 2 juillet
au 22, à la parcourir, à ravager le pays sur leur passage,
à établir des garnisons dans les châteaux. Un mois entier
avait donc été perdu en vaines démonstrations*.
Le 23 juillet, ces pitoyables gens de guerre rentraient
dans leur patrie, n'y rapportant que des lauriers déjà
tlétris. On leur accorda néanmoins les honneurs du triom-
phe. Le capitaine Aymeric de Narbonne, le potestat Ugo-
lino des Rossi furent reçus sous un dais en drap d'or qu'au
bout de leurs piques portaient des cavaliers. Au devant
d'eux allèrent le clergé avec la population en habits de
fête, les arts au complet sous leurs gonfalons déployés, la
noblesse équipée comme pour ses brillants tournois'.
L'écu et le heaume de Tévéque d'Àrezzo, trophée prin-
cipal de Certomondo, furent suspendus sous la coupole
de San -Giovanni, et, devant ces dépouilles d'un prélat
guerrier, Tévêque de Florence rendit au Dieu des armées
de solennelles actions de grâces *.
A tout prendre, ce n'était pas sans raison. La victoire
restait incomplète, mais les Florentins avaient l'habitude
1 Onde furono abbominati, che 1 fecero per moneta, per la quel cosa il
popolo e combattilori s'ammoUarono (Villani, VU, 131). — Dicesi cbe se
vi fossero voluti stare e fare quello doTeano, erano signori d'Arezzo ;
ma si parlirono e furne abomiiiali certi coDsiglieri del capitano (Stefani,
111,181).
« Villani, VII, 131. — Stefani, III, 181. - Paolino, II, 44. — Ammi-
rato, 1. m, t. I, p. 18U. — Huratori, Ann. (TltaL, 1289.
5 Villani, VII, 131. — Ammirato, loc, cit,
♦ Villani, VII, 131. — Pelli, Memorie per sei-vire alla ttoria di Dante,
p. 91 , note 50, éd. de Florence, 1823 (la première fut publiée à Venise, en
1759). — L'écu et le heaume furent enlevés par Gosimo lU pour ôtcr à ses
sujets le souvenir de cet abus des armes par un ecclésiastique (Guazzesi,
Dissert. delV antico dominio del vescovo d^Areizo in Cortona^ p. 167,
Pise, 1760. — Bonaïni, loc. cit., IV, 31. -- Pignotti, I. UI, c. m, t. III).
BIST. DB PLOREfiCB. — U. SI
322 HOSTILITÉS DES GUELFES (An. 1280)
de ces sièges levés faute d'arl ou de moyens pour les
poursuivre. Elle coûtait cher, mais ils étaient riches : ils
pouvaient aisément s'imposer de 6 livres 5 sous pour 100,
et solder ainsi des dépenses qui se montaient tout au moins
à trente-six mille florins d'or*. En somme le placement
était bon : cette courte campagne avait pour longtemps
abattu les gibelins, pour toujours assuré Thégémonie de
Florence sur la Toscane. L'alliance des guelfes en fut ci-
mentée, leur territoire comme leur audace s'en accrut*.
Tandis que ceux de Sienne et de Montepulciano chas-
saient de Chiusi Lapo des Uberti, fils du grand Farinata
(16 août)', Lucques, avec quatre cents cavaliers et deux
mille pedoiii florentins, enlevait à Pise le château de
Caprona, point stratégique au confluent du torrent Zam-
bra et de TArno. Parmi les cavaliers florentins était
Dante. Il vit les défenseurs pisans de cette place endurer
le supplice de Tantale, manquer d'eau au bord d'un
fleuve, où on ne leur permettait pas d'en faire leur pro-
vision. Il les vit se soumettre pour ne pas mourir de soif,
et défiler tremblants au milieu de l'armée guelfe, d'où
s'élevait, quoiqu'on leur eût promis la vie sauve, ce cri
menaçant : Irnpicca, impiccal il faut les pendre*.
Déjà recommençait cette guerre d'escarmouches qui ne
* Villani, VU, 131. — Celle somme ne suffisant pas, le 22 février 1290,
on empruntait à la parte guelfa 20 mille florins d'or pour payer les dettes
contractées en vue de cette expédition {Provvisioniy t. I, n' 2, p. 66).
* C'est le témoignage même de rhistorien siennois Malavolti (Part. II,
1. m, f 55),
» Villani, VII, 135. — Amrairato, Malavolti, hc. cit.
^ Inf.y XXI, 94. — Benvenuto dalmola, Comm, cul. Div. Com., ap. Mu-
ratori, Antiq. ital., I, 1086. — M. Fraticelli, dans son excellente édition
de la Divine Comédie , rapporte à tort ce fait au mois d'août 1290;
Voy. Villani (VU, 136) et Stefani (III, 185).
(An. 12S9) CONTKE l'ISE ET AIŒ7.Z0. 323
coulait pas cher, mais qui ne menait pas loin. Faute de
pouvoir pousser plus avant contre Pise, on marchait de
nouveau contre Arozzo. Florence était comme un homme
qui tiendrait tête à deux adversaires, se retournant tour à
tour contre celui qui le serrerait de plus près. Des intel-
ligences entretenues avec les guelfes arëtins donnaient
l'espoir que devant une démonstration armée s'ouvriraient
les portes de leur ville. En conséquence, le 8 novembre,
après l'heure des vêpres, les cloches florentines furent
mises en branle; on alluma la chandelle d'usage, qui
limitait aux gens des cavallate le temps à eux laissé pour
s'armer. Quand elle fut éteinte, ils partirent au galop pour
Civitella. En chevauchant toute la nuit, ils y furent rendus
sur le matin. Là, ils attendaient le signal, prêts à fondre
sur leur proie ; un incident imprévu déjoua la conjuration.
Un des conjurés, s'étant laissé choir d'une galerie, et se
voyant en danger de mort, révéla tout à un moine, qui
rapporta sa confession à Messer Tarlato, principal déposi-
taire de l'aulorilé. Justice fut faite de tous les traîtres, et,
le 1 9 novembre, les cavaliers florentins, trop peu nombreux
pour une campagne ouverte, rentraient la tête basse à
Florence*.
Ce coup manqué, l'on pouvait bien prendre à Guido
Novcllo ses châteaux du Gasentino', mais il fallait faire
face à Pise et à Guido de Montefeltro. Adversaire bien
an I rement redoutable, le vieux guerrier avait pris au
sérieux sa tâche de relever la ville qui s'était livrée à
lui. 11 y montrait la volonté d'un dictateur et les talents
• Villani, VII, i57. — Stefani, III, 184. — Ammirato, hc, cit. — 11 e:;l
incroyable à quel point Léo (1. Vil, c. i) brouille les leraps et les choses.
^ Villani, Vil, 139.
524 GUIDO DE MONTEFELTRO. (An. 1289)
(l'un capitaine. Il voulait des recettes et point de dépen-
ses. II proscrivait les bouches inutiles et faisait tuer les
chiens. Par son ordre, l'enlrée et la sortie des marchan-
dises aux douanes était lue chaque semaine au coin des
rues. Rigoureux sur la discipline, il coupait la tête aux
insubordonnés comme aux traîlres*, et jusqu'à son ne-
veu, qui avait remporté une victoire malgré sa défense*.
Trop faible encore pour les grandes expéditions, il en
faisait de pelites, toujours prêt, dès que l'ennemi tour-
nait le dos. La variété de ses ruses, la rapidité de ses
mouvements déconcertaient les Florentins. Quand il sor^
tait dans la campagne, « Voilà le renard, » disaient-ils; et
ils prenaient la fuile. Quand on s'avançait contre lui en
force, il disparaissait comme par enchantement derrière
les murailles de Pise*. A ce jeu, il reprenait un à un
tous les châteaux perdus depuis la Meloria*.
Impuissants à le tuer ou à le museler, les Florentins
s'épuisaient en efforts contre lui. Les délibérations de
leurs conseils en ce temps-là sont curieuses à suivre : on
y voit une préoccupation constante dont ils se détournent
à peine pour prendre, dans l'occasion, quelques mesures
contre les Arétins.
< À Calcinaia, qu'occupaient des exilés pisans, il s'introduit par escalade
dans la forteresse, et trouve sur le cadavre du chef, Gualtieri des Upezzin-
ghi, une lettre non ouverte qui l'avertissait de ce hardi coup de main. Pour
savoir qui était le traître , il amena les anziani de Pise, sous un prétexte
quelconque, à écrire quelques lignes en sa présence. Le coupable reconnu
fut décapité. De même un Pisan qui avertissait les Florentins des sorties pro-
jetées , en plaçant à sa fenêtre un drap blanc le jour , une lumière la nuit
(Grassi, Parte êlorica, p. 153. — Pignotti, l. 111, c. vu. L III, p. 182. —
Inghirami, VI, 577-579).
« Ferrari, JII, 21.
» Villani, Vn,140.
^ Voy. le détail de ses succès dans Paolino (II, 42-43) et Tronci (1289,
p. 264).
à
(An. 1290) DÉLIBÉRATIONS DES CONSEILS. 325
Le 26 janvier 1290, on assignait aux divers châteaux de
la République une garnison qui variait de cent à deux cents
pedoni^ selon qu'ils étaient plus ou moins importants,
plus ou moins menacés*. Le 10 février, on invitait les
Upezzinghi et ceux qui occupaient Pontedera à ne plus
laisser passer de vivres aux Pisans*. On délibérait sur les
pratiques dénoncées parle juge de Gallura entre eux et
les Lucquois; mais tout en s'abouchant avec lui', on
lui laissait le soin de décider s'il convenait à son hon-
neur de continuer la guerre ou de conclure la paix*.
Le 22, on donnait balia aux prieurs de trouver de l'ar-
gent par voie d'emprunt ou d'impôt'. Le 25 et le 26, sur
l'avis envoyé par le vice-vicaire du val d'Era que les Pi-
sans venaient d'occuper le château de Lajalico' et se
' Lutorina \00 pedoni, avec un châtelain payé 15 livides par mois. Mon-
lecchio 10 pedoni ^ 2 florins, le châlelain à iU livres. Monteluce de la Be-
rardenga 4 pedoni à 5 livres et le châtelain à 7. Caposelvoli de même, à
moins que les habitants ne veuillent faire eux-mêmes bonne garde et élever
une tour, auquel cas Florence affecterait à la construction la somme qu'eus-
sent coûtée les salaires. Pietrasanta, 1 châtelain et 2 pedoni; Monletignosi,
1 châtelain à 6 livres par mois, sins pedoni (Consulte, t. II, p. 8). Les ii
et 14 mars, on donnait balia aux prieurs présents et futurs d'envoyer dans
les châteaux du district « balistas, sagittamenta , pavenses, hclinos, co-
razas i, le conseil des 100 par 65 voix contre 10, et le conseil spécial du
capitaine par 51 contre 5 (Ibid., p. 20).
*/6û/.,p. 12.
^ Uabeant consilium judicis et aliorum de Luca de quibus videbitur ipsi
judici (Conseil de sages, assemblés à San Giovanni. Consulte, t. II, p. 12).
^ Ibid. — Dans cette discussion, comme en toutes, il y a des partisans
de Tajournement, tout au moins du renvoi au lendemain « ita quodsalubre
consilium in hiis melius capi possit ».
'^ Pacino Peruzzi veut que îcmprunt soit volontaire ; mais Brunetto La-
tini racceple même forcé, parce que, à tout prix, il faut de l'argent, et son
avis prévaut par 55 voix contre 17 (Conseil des cent. Ibid., p. 15).
^ Castrum Ajatici ou Lajatici , diocèse de Voiterre , arrondissement de
Pise , sur une hauteur entre les torrents Sterza et Ragone , à la gauche de
TEra. Il existait dès 891 et appartenait aux Pannochieschi d'Elci. En 1285,
l*évcque de Voiterre , Kanieri , le livre aux Florentins. Le 12 juillet 1295 ,
ceux-ci le rendent à Pise (Kepetti, II, 628).
3'i6 DÉLIBI'RATIONS DES CONSEILS (Ah. 1290)
préparaient à en enlever d'autres, on décidait, aux trois
quarts des voix, que les chaloaux du val d^Era seraient
gardés aux frais du vicarial, mais qu'on y enverrait, au
moment jugé opportun par les prieurs, quinze cents pe-
(loni et un bon capitaine, le comte Manenle de Sarteano,
avec ses quarante-neuf cavaliers, ou Stefanode Bibbiena
avec ses vingt-neuf. Le 4 et le 5 mars on accueille
avec empressement la nonvollc que les guelfes et les gi-
belins d'Arezzo sont en pourparlers sous les auspices du
pape. On approuve qu'ils fassent la paix, pourvu qu'elle
soit honorable au paru guelfe, qu'elle ne viole pas les
pactes conclus avec Florence, et qu'elle agrée aux autres
communes de la Ligue*. Le 9, dos ambassadeur de
Lucques et du juge de Gallura viennent exposer que trois
cents cavaliers soldés se sont réunis près de Pérouse,
d'Orvieto, de Yiterbe, et s'acheminent vers Pise par la
Maremme, sûrs de trouver bon accueil à Volterre, qui
fait mine de se donner à Pise, sa redoutée voisine*. Ils
demandent que Florence s'oppose à leur passage, et pro-
mettent d'envoyer de leur côlé des hommes d'armes*. Du
* Enrôlé le 22 février 1291 pour 2 mois, il recevait 25 florins d'or par
mois pour lui. C'était une double paye, où se trouvait comprise celle de son
]»orte bannière et de son trompette. Ses cavaliers avaient 10 florins cbacun
(Provviêioni, t. I, n* 2, p. 191). Stefano de Bibbiena on avait 29. Le
0 juillet 1290 on réglait leur paye pour 2 mois : 567 florins d'or, à raison
de 9 florins pour cbacun tt de 22 1/2 pour lui, sa bannière, son trompette
(Provvisioni, t. I, n' 2, p. 72 v**). — Conseil de sages , tenu le 25 à San
Pier Scberaggio, le 26 dans la maison de Gberardini des Cercbi. — C'est
rojânion moyenne d'Ugo AUuvili qui prévaut. Les extrêmes étaient celles
de Baldovino de Gberardini qui voulait qu'on ne fit rien pour la garde du
val d'Era , et d'Adimaro des Albizzi , qui proposait d'envoyer en outre des
renforts dans le val d'Eisa (Consulte, ibid., p. 10).
* 4 mars, conseil des capitudini des douze arts majeurs et autres sages
h la Badia. — 5 mars, conseil de sages (Ibid., p. 17 >•, 18).
' Sur le fait de Volteire, 0 mars 1200 (Consulte, H, 18),
* Ibid., p. 18 v^
{An. 1290) \U SUJET DE LA GUERRE. 327
H au 14, on délibère chaque jour sur la création d'une
armée : le conseil des cent la vote par cinquanle-lrois
voix contre vingt-trois ; le conseil spécial du capitaine,
par quarante-quatre contre douze, et les conseils du po*
lestât confirment cette double décision*.
Aussitôt le juge de Gallura se transportait de sa per-
sonne à Florence*, pour être plus certain que cavaliers
et milices viendraient dans levai d'Era défendre ses pro-
pres châteaux. L'intérêt privé se mêlait Irop visiblement,
dans son esprit, à Tintérêt général. C'est pourquoi les mar-
chands florentins marquaient leur intenlion d'envoyer la
nouvelle armée « où elle pourrait faire le plus de mal aux
ennemis. » Ils écrivaient à Aymeric de se mettre à la dis-
position des guelfes d*Arezzo, et de surprendre, s'il était
possible, le camp ennemi*. Ils invitaient le juge à leur
remettre une liste exacte* des terres qu'il voulait confier
à la garde de la Ligue, et le compte des dépenses qui en
résulteraient. Ils consentaient bien à placer sous sa protec-
tion intéressée le château dePonledera, mais non avant d'y
avoir pris leurs sûretés en y consiruisant une forteresse.
Celte motion de Corso Donali emportait l'assentiment
général, malgré l'opposition de son frère Simone, mal-
gré le boucher DinoPecora, qui demandait qu'on mît à la
raison, avant toute autre chose, les gibelins d'Arezzo.
D'autres réserves furent fiiites : Albizo Corbinelli deman-
dait que Lucques s'enj^ageâl à une part proportionnelle
dans les dépenses, et Lapo Salterelli, que rien ne fût défi-
* Consulte, II, p. 20.
« 15 mars i290. Ibid. p. 26.
20 mars 1290. Conseil des cent, pnr 65 voix conire 7. Avis conforme
(le Biiuiello Lalini (Ibid., p. 27).
♦ Sjcul uu'lius cl curialius fieri poleril (18 mars i?90, ibid., p. 26).
528 PRÉPARATIFS MILITAIRES. (A«. 1290)
nilif avant le parlement des ambassadeurs de la Ligue à
Empoli\ Mais, à la date du 20 mars, le capitaine du
peuple ayant proposé d'affecter trois mille livres à la con-
struction de la forteresse projetée et de détourner le cours
de TEra, pour en faire un fossé au château, soixante-
huit voix contre quatre, au conseil des cent, approu-
vaient ces mesures, que sanctionnaient, deux jours plus
tard, les autres conseils*. En même temps, on accordait
au juge de Gallura, pour six mois à partir du 1"" mai sui-
vant, trois cents cavaliers des communes de la Ligue et
soixante- trois pedoni de Florence*.
Prodigue du sang d'autrui, Florence était vraiment
trop économe du sien; les alliés guelfes regimbèrenl.
Guido de Monlelellro les effrayait. Volterre n'envoya pas
ses délégués au parlement d'Empoli. Pistoia refusa tout
secours au petit-fils d'Ugolino. La seigneurie florentine
dut sommer par écrit ces deux villes de se soumettre aux
décisions du parlement *. Avec une liberté douteuse, on
y avait acquiesaî i\ toul ce que voulait Florence. Le 6
avril, Rosso des Gabbrielli, d'Agobbio, poleslat, Folco
desBuzzaccherini, de Padoue, capitaine du peuple, les
prieurs et les sages, recevaient donc balia pour tous les
préparatifs militaires, sauf l'imposition des chevaux*;
' 15 mars, conseil de sages à la Badia. — 16 mars, conseil des capi-
titdini dans la maison des prieurs. — Conseil spécial du capitaine dans la
maison des prieurs. — 18 mars, conseil de s>ges à la Badia {Consuliet H,
p. 2ti r* V).
• Ibid., p. 27.
' Le conseil des cent votait les 300 cavaliers par 55 voix contre 23, et
les 63 pedoni par 50 contre 26. Les autres conseils approuvent, le 22, ceux
du potestat presque à Tunanimité (îbid., p. 27, 28). — Cf. Proimsiom,
t. I, n* 2, p. 76 V*, 77, où 1 on voit la nomination de syndics pour s'en-
tendre à ce sujet avec Lucques.
* 24 mars 1290. Ibid., p. 28 V.
» Provvisioni, 1. 1, n» 2, p. 69 v% et W 3, p. 30.
(An. 1290) LENTEURS DES GUELFES. 529
mais Sienne ne suivait cet exemple que pour envoyer
son contingent contre Arezzo (27 mai) *. Le 5 juillet, Tex-
pédition florentine n'était point partie encore, et Ton dé-
libérait toujours. Un marchand de Calimala, Dino Com-
pagnie proposait au conseil des cent de faire, selon la
demande des Lucquois, une armée contre Pise, et le capi-
taine du peuple, conformément à l'avis des sages*, fai-
sait décider par le conseil général du potestat que le jour
en serait fixé sans consulter l'assemblée à parlement'. Il
indiquait le 3 septembre; on préféra, sur ce point, lais-
ser la décision aux Lucquois*. Un mois plus tard (16
août), on arrêtait d'envoyer quatre cents cavaliers et mille
pedoni à la commune de Lucques et au juge de Gallura
pour une expédition contre Porto-Pisano*. Le potestat,
le capitaine, les prieurs et divers sages, réunis dans l'é-
glise de San Procolo (22 août), convenaient d'emprunter à
cet effet dix mille florins d'or à la parte guelfa^ rembour-
sables dans les six mois, avec intérêt de 30 pour iOO*.
Après tant de lenteurs calculées, Florence se hâtait l\
la fin. C'est que las de l'attendre, ses alliés étaient entrés
en campagne : il fallait les rejoindre au plus tôt ou leur
laisser tous les fruits de la victoire. Dès le 17 juin, Gênes
avait envoyé sur les côtes de Toscane quatre galions et
^ Consiglio délia Campana, XXXIX, 64.
* Secundum provisionem sapienluin.
^ Placuil 85 quod dics non dicatur sine parlamenio faciendo. Nolcntes
fuerunt liC, et sic obtinuit quod dies dicalur sine parlamento faciendo.
* Le capitaine avait appelé du dehors les absents qu'il savait favorables Si
sa |)roposilion, ou ils étaient venus spontanément, car, dans ce second vole,
ses tenants sont au nombre de 88, au lieu de 85 (5 et 10 juillet 1290.
Consulte, doc. A, Ul, Reg. III, p. 13, ap. Arch. iior.y 3* série, t. XVI,
4'disp., p. 11, 1872).
» Consulte, 1. 1, n» 2, p. 135.
6 /tM/.,p. 136.
330 DESTRUCTION DE PORTO PISANO. (An. 1200)
dix-huit galères dont réquipage était soldé pour six mois.
Le 23 août, vingt autres avaient renforcé Tescadre, sans
compter les petils navires, porteurs des engins néces-
saires pour prendre et défendre les tours de Porto-Pi-
sano*. En septembre, avec le concours de Lucques et de
Florence, les Génois livraient aux flammes la principale
de ces tours : elle s'écroulait sur ses défenseurs, dont
quatre seulement échappaient à Tincendie, à Teffondre-
menl ou à l'ennemi. Des navires chargés de pierres
étaient coulés à l'entrée du port, afin qu'il ne pût plus
être d'aucun usage; ses chaînes brisées devinrent des
trophées de victoire. Cela fait, il ne fut point question
de poursuivre contre Pise même cet avantage. Elle sem-
blait trop redoutable et la saison avançait. Chacun re-
tournant chez soi, les Florentins reprirent triomphale-
ment la route du val d'Era*.
Ce peuple de marchands aurait bien voulu mettre fin
à de si longues hostilités. Dans ses conseils, il émettait
l'avis de restituer les captifs, d'ouvrir les routes, et d'en
assurerlasécurité, tout en gardant les châteaux conquis \
* El aliis ncrcssariis pro tiirribus dicli portas cnpicndis et iliriieiidis
(Ann. gen., 1. X, R. I, S., l. VI, 598).
« Paolino, II, Ah. — Villaiii, Vil, 140. — Slofani, lU, ii7. — Aim.
gen., loc. cil. — Tronci, 1290, p. 267.
^ Placuit quasi omnibus quod guorra non fiai. Item quod slrata cl sirate
aperjjntur el sccurenlur. Item quod de casiris restiluendis nicliil fiat. Ifoin
quod carcerali resliluantur el relaxentur, si Arelini relaxabunl captives se-
nensesquos habenl (22 novembre 1290. Consulte ^ II, 87. — Il y a une
autre délibération sur le même sujet à la date du i" décembre, p. 90.
Arch. stor., loc. cit., p. 15, 14.) — Les prisonniers élnient une grande
préoccupation du temps. Les prisons n'y suffisant pas, le 20 février 1289,
on louait plusieurs boutiques pour les garder dans la via Bcllnuda , près de
S. Pier Scheraggio (Consulte, II, 55, 54, 74). — Le 11 février 1290, on
payait 5 livres de petits florins pour la location d'une bouli(|ue où avaient
été enfermés des prisonniers arélins du 1" août 1289 au 24 janvier 1200
ilbid., p. 59).
(An. 1290; RÉSISTANCE DES PISANS. 53!
Mais la force des choses, la pression des alliés, le contrai*
gnaient, Thiver durant encore, à reprendre de plus belle
les préparatifs belliqueux. Enrôler des mercenaires*, vo-
ler des sommes suffisantes pour leur solde, comme pour
celle des cinq cents cavaliers que Florence devait fournir
à la Ligue, nommer de nouveau Aymeric de Narbonnc
capitaine de la taglia^^ affecter quatre cents livres à la
confection de nouvelles bannières pour l'armée qui de-
vait marcher contre les Pisans*, tels furent, de décembre
il avril, les principaux soins des conseils pour préparer
la guerre. Guerre obscure, dont les détails sont ignorés
ou toujours les mêmes, mais où Pise s'affaiblissait de
jour en jour, car elle ne pouvait renouveler ses forces
perdues, tandis que Florence trouvait dans la Toscane,
dans la Romagne guelfes, et jusqu'au pays napolitain,
d'inépuisables ressources.
Seule, l'ardente habileté du vieux Monlefeltro balan-
çait encore les rigueurs de la fortune, et, par des succès
inattendus, faisait illusion sur l'inévitable résultat. Les
Florentins se croyaient maîtres assurés de Pontedera,
le plus fort château de plaine qu'il y eût en Italie*. Ils
avaient consacré trois mille livres à le fortifier encore, à
y construire des habitations, des écuries, des moulins,
afin que la garnison y trouvant ses commodités, fût moins
prompte, le cas é.diéant, à en déserter la défense*. Elle
' 51 décembre 1290. Provrisioni, t. I, n* '2, p. 157.
* Ibid. — Le 9 février suivant, les conseils approuvaient le payement de
2000 lloriiis il'or à Aynieiic, pour la soklv' do janvier et de février (Ibid.,
p. 182 vi.
^ 11 avril 1291. Provvisioni, I. 1, n' 5, p. 10 v*.
* Che en il pin forte castrllo d'Italia che fosse in pieno (Villani, VII, 47).
' Nec non ad niansionem et morain et pro inansione mora militum et
pediluin in dic!o Castro commode facienda (19 juillet 1291. Provvisioni,
w" 5, p. 45 \";.
553 SUCCÈS DES PISÂMS. (An. 1291)
devait se composer de cent cinquante pedani. Deux châ-
telains avaient mission de les enrôler, de les bien fournir
de vivres et d'approvisionnements. De fait, ils n'en en-
tretenaient que cinquante, et s'appropriaient la solde des
cent autres.
A la prévarication ils ajoutaient la négligence. Cette
poignée d'hommes aurait dû, pour compenser son petit
nombre, être toujours sur le qui vive; plusieurs d'entre
eux recevaient l'autorisation d'aller à Florence célébrer
la fête de Noël ^ Montefeltro en eut vent : prompt comme
réclair, il s'élance de Pise avec des cavaliers, met pied à
terre à la faveur d'une nuit noire, traverse dans des bar-
ques les larges fossés, escalade au moyen de cordes les
hautes murailles, éveille eu sursaut, tue ou soumet les
rares défenseurs, et remet au pouvoir de Pise cette place
imprenable, ce précieux avant- poste des Florentins*.
Florence n'était pas, pour loi^, en veine de succès.
« Dans le même temps, écrit Yiilani, les Pisans firent
révolter contre San Miniato le château de Yignale en
Camporena'; trois sesli de Florence, peuple et cavaliers,
y allèrent donc a o$tey renvei^sant beaucoup d'édifices.
Âla fm, les défenseurs ne pouvant plus résister, et ne
recevant point de secours, profitèrent d'une nuit noire
pour sortir du château sains et saufs à travers le camp
^ YiJlani (VU, 147) dit la nuit du dimanche des Rameaux, pour faire
leurs pâques; mais Muratori relève Terreur (R. I. S., t. XIII, 339). Stefani
(lU, 189) dit de son côté : le 24 décembre 1291.
« Villani, Vn, 147. — Stefani, lll, 189.
Il y a beaucoup de Vignalc en Italie , notamment deui voisins Tun de
Tautre, dans le val de Sercbio et dans le val d*Arno inférieur. Yignale de
Camporena ( Campm arenœ, Yiilani dit à tort Camponera) est sans dont
ce dernier, puisque Camporena est dans le val dTra (Yoy. Repetti, I, 433,
Y, 770).
(Aif. 1291) FLORENCE SOUHAITE LA PAIX. 335
des Florentins, pour qui ce fut une grande honte. En
conséquence on ordonna dans Florence une o$te générale
sur Pise; on donna les enseignes, et messer Corso Donati
eut renseigne royale ; mais pour quelque raison que ce
fût, le projet n'eut pas de suites, de quoi les Florentins
furent très-courroucés, disant que certains grands avaient
reçu de Tor des Pisans*. Pour laquelle chose, et par les
soins de messer Vieri des Cerchi, alors capitaine de la
parte guelfa^ on refît ladile oste et l'on alla jusqu'à Cas-
tello del Bosco*. Mais là, quand ils eurent dressé leurs
lentes, il tomba tant de pluie durant huit jours pleins,
qu'ils durent rebrousser chemin. A peine leur chef les
put-il reconduire en bon ordre'. »
Sans fondement, on peut le croire, ces accusations de
vénalité trouvaient néanmoins créance : les nobles et les
plus intelligents popolani suivaient en ce moment l'im-
populaire politique de la paix. Sur la proposition du mar-
chand Dino Compagni, les conseils, le 22 novembre et le
1" décembre précédent, s'étaient ouvertement prononcés
en ce sens*. Ils comprenaient que par les armes seulement
Montefeltro pouvait rendre à Pise le terrain perdu. Qu'on
le réduisît à l'inaction, et Florence n'aurait plus à dé-
fendre ce qui lui restait de ses conquêtes sur le territoire
pisan. Tel est le motif qui avait conduit aux pieds de
< Selon Stefani, ils étaient hostiles à Texpédition que voulait le peuple :
« Ma tanto fu lo sforzo de* grandi (e chi disse che toccarono da canto), che
si lornaroQO addietro e nulla fecero da fare menzione. » (III, 190.)
* Dans le vnl d'Arno inférieur, à gauche de TArno, au milieu d'une plaine
marécageuse. Non loin de là est la belle villa de Varramista , propriété de
H. Gino Capponi (Rcpetti, I, 355).
> Villani, VU, 147.
* Dinus Compagni consuluit quod procédant ad pacem eorum, etc. —
Voy. p. 525 V*, note 5, le texte des résolutions prises sur sa pro-
position.
354 a!iirAGNE CONTUK PISE (An 1292)
Nicolas IV des ambassadeurs florentins : ils le suppliaient
de mellre lin aux hostilités*. La mort imprévue de ce
pontife (1292) coupa court à ces négociations et à ces
espérances. Il ne restait plus qu'à venger Téchec de Pon
ledera, la honte de Vignalc. La vengeance de Thonneur
n'était qu'un pis-aller.
Au mois de juillet, sous la conduite du Romain Gentile
des Orsini, potestat', entra en campagne a une des plus
riches et grandes armées que Florence eût faites jusqu'a-
lors. » Elle comptait, avec le contingent des alliés, deux
millecinqcents cavaliers et huit m'iWe pedoni . Nonobstant,
après vingt-lrois jours de dévastations et de bravades, dans
cette charmante campagne, toute de maisons de plaisance
et de jardins, qui s'étendait du fossé Kinonichi jusque sous
les murs de Pise, on la voyait rentrer à Florence, sans
avoir même rencontré l'ennemi. Le fougueux Montefeltro
s'était habilement dérobé à la poursuite. N'ayant que
huit cents cavaliers, se défiant c< de la lâcheté qu'il sentait
chez les Pisans, » il n'avait pas voulu ris<juer, sur le
hasard d'une rencontre inégale, le salut de l'infortunée
ville qui n'espérait qu'en lui'. Déjà il avait ce dégoût des
iiommes et des choses, fruit amer de l'expérience, qui
lui flt terminer ses jours sous la bure et dans la retraite
des mineurs de Saint-François.
Ainsi le but fuyait devant les Florentins, et Pise rcsiail
insaisissable ; mais ces hostilités sans gloire n'étaient pas
^ Les il et 12 avril 1292, tous les conseils délibèrent d'envoyer des am-
bassadeurs h Rome , pour négocier la paix avec les Pisans. Mais en ménie
temps, ils prenaient les mesures nécessaires pour mettre rarmée sur pied :
«i vis pacem^ para hélium (Provvisioniy I, n' 5, p. 57). .
* Villani (Vil, 153) dit en juin ; mais Gontile n*entrc en chai'ge que Id
1*' juillet. Voy. la liste des Officiales forenaes.
Villani, VII, 159.
(An. 1292) SOUS LA DIRECTION DE FLORENCE. 335
sans avantages : elles enlretenaîcnt à Florence, sinon Tes-
pril belliqueux qu'avaient banni le trafic et l'industrie, du
moins ce qui restait des habitudes militaires; elles lui
assuraient la prépondérance, pour la politique sur les
gibelins, pour le commerce sur tous les autres marchands
de Toscane. D'aigres rancunes contre ceux qui lui résis-
taient encore*, un vif désir de tout soumettre à la ronde,
la tenaient en éveil ; ses forces toujours debout, presque
toujours en campagne, lui assuraient une hégémonie
qu'on subissait sans la reconnaître, quelquefois même en
la reconnaissant. C'est Florence qui, presque en toutes
choses, prend l'iniliative'; c'est à elle que les communes
demandent leurs potestats'. La papauté avait renoncé à
son rôle d'arbitre. Après avoir renversé l'empire et con-
stitué un royaume, elle se repentait presque de son
œuvre, elle flottait de l'un à l'autre, n'ayant de puissance
que ce qu'elle leur en empruntait, d'asile sûr qu'Assise et
Viterbc. Sans autorité comme sans action*, elle laissait
partout une place vide : Florence la prit en Toscane
comme les tyranneaux en Lombardie, mais mieux pré-
parée qu'eux à la bien remplir.
Guelfe dans l'ûme, elle sait s'affranchir du joug spirituel
de l'Eglise'. Protectrice des cités voisines, elle y appe-
* Le 29 octobre 1292, en accordant aux bannis, pour ofTenses à un par-
ticulier ou à la commune, le droit de se racheter à prix d'argent, les con-
seils exceptaient ceux qui auraient pris les armes contre Florence ou sim-
plement demeuri soit à Arezzo, soit à Fisc (Provvisioni, ï, n" 3, p. 116).
* Voy. passirn les registres du Consglio délia Campana.
' Ainsi Montevarchi, le 5 juillet 129) {Provvisioni, I, n" 2, p. 109). On
a vu Corso Donati potestatde Pistoia. On pourrait multiplier les exdtnpies.
* Voy. Zellcr, Hist. d'Italie, p. 221-222.
*» Voy. à l'Append. n° 4 les résumés de quelques conseils relativement à
des débats sur les clercs, d'après les Consulte , \, 125-139, du 28 aoiît 1285
au 5 novembre de la même année.
536 PROSPÉRITÉ ET SUPÉRIORITÉ (An. 1292)
santit une main de fer, elle leur impose des charges sans
leur donner de droits, et, à ce prix, elle leur assure une
sécurité inconnue, inespérée. Si elle gouverne étroitement
dans l'intérêt d'un parti, c'est que nul ne conçoit encore
qu'on puisse gouverner dans l'intérêt de tous ; c'est qu'on
ne connaît pas d'autre moyen de vaincre, de décourager
la résistance*. En somme, et malgré bien des injustices,
elle a de la justice un sentiment plus net qu'aucune autre
puissance de ce temps, et elle le doit aux habitudes
d'équité calculée qu'elle a prises dans le trafic \ Elle
ressentait de ses progrès constants une joie et une con-
fiance qui éclatent dans tous ses actes, et dont témoignent
ses historiens. Malgré tant de guerres au dehors, Villani,
témoin oculaire, nous la montre, après son triomphe de
Gampaldino, « en bon et heureux élat, croissant en popu-
lation et en richesse, tout homme gagnant par le trafic,
les arts et les métiers, la ville montant chaque jour par
la paix intérieure, l'allégresse publique multipliant les
fêles et les jeux, les jeunes gens parcourant la ville vêtus
d'habits neufs de drap et de soie, les femmes avec des
guirlandes de fleurs sur la tête, partout des danses, des
festins, des divertissements*. » Mais sous ces fleurs cou-
^ M. P. Villari est si frappé de ce défaut qu*il va jusqu'à dire que mieux
falait èlre conquis par un prince, parce que les princes traitaient également
tous les sujets. Nous ne pouvons le suivre jusque-U. On sait ce que vaut
Tégalité dans la servitude (Yoy. // Politecnico, mars 1866, p. 16).
* On peut voir au chapitre suivant diverses lois rendues pour donner la
liberté aux serfs et ramener les délinquants devant leurs juges naturels
(p. 537).
* Villani, VU, 131. — Qu*il fût témoin oculaire pour ce temps-là, c'est ce
qu'a très bien montré M. Fanfani. Si, en 1300, il était en Orient, dans un comp-
toir des Peruzzi, puis à Rome pour le jubilé, à supposer qu'il n'eût pas plus
de trente ans, il serait né en 1270 (Yoy. Dino Compagni vendicato dalla
calunnia di scriilorey etc., p. 46). Mous avons d'ailleurs cité plus
(«. 1292) DE FL0R1!;NC£ SUR L£S AUTRES VILLES. 557
valent les vieilles haines ravivées et grosses d'une pro-
chaine, d'une capitale révolution. Florence en sentait
sans trembler les approches, semblable à ces plantes
vivaces qu'une atmosphère agiléc n'empêche pas de gran-
dir et de prospérer.
haut (p. 518) un passage où Villani dil , en parlant de la nouvelle apportée
à Florence du triomphe de Campaldino : c lo scriUore l'udi e viddi questo
cose. * (VII, 150.)
HIST. 1)B FLORENCE. — II. "
CHAPITRE III
LES ORDONNANCES DE JUSTICE
— 1292-1294 —
Puissance persistinte des grands. — Leur alliance avec les popolcmi grasn» —
Constitution des consorierie. ^~ Troubles qui en résultaient. — Efforts in-
fructueux pour y remédier. — Solidarité entre parents. ~- Abolition de la ser-
vitude. — Divisions dans les arts. — Perturbations du trafic. — Divisions
entre les grands guelfes. — Giano délia Bella. — Réforme rotée par les con-
seils [18 janrier 1203). — Seigneurie réformatrice du 15 février 1293. — Le
gonfalonier de justice. — Adjonction de cinq arts aux sept arts majeurs. —
Rédaction des ordonnances de justice. — Adoption définitive des ordinamenta
justUùe [12 août 1294). — Économie de ces ordonnances. — Partie politique :
élection des prieurs. — Leurs prérogatives et attributions. — Élection du gon-
falonier. — Force armée à ses ordres. — Nouvelle organisation des arts. ~-
Lcurs syndics. — Partie sociale : mesures contre les grands. — Cautions exi-
gées des familles nobles. — Pénalités édictées contre elles. — Dénonciations
et preuves à l'appui. — Expéditions du gonfalonier. — Droit permanent de
réviser les ordonnances. — Paix et alliance avec les villes toscanes [12 juillet
1294).
Malgré la condition inférieure où les précédentes ré*
formes l'avaient réduite, la noblesse florentine n'avait
jamais perdu l'espoir d'en sortir et de se relever. On
voyait encore debout à Florence des débris de l'ère féo*
dale, des grands qui se rappelaient les temps antérieurs
à 1250, âge d'or où leur caste n'avait ni égaux ni rivaux.
Embellis par l'éloignement et l'exagération, les récits de
ces vieillards versaient dans les jeunes âmes le regret du
passé, le désir d'y conformer le présent. L'aristocratie
(ÂM. 129^) PUISSANCE PERSISTANTE DES GRANDS. ^9
était assez forte encore pour s'opposer aux progrès de Te-
galité civile*, pour disputer aux popolani le pouvoir*.
Elle trouvait un point d*appai dans diverses commuoes
où les nobles dominaient encore, quoique fort menacés'.
Ses exploits, ses succès à la guerre, où elle éclipsait les
marchands , augmentaient son crédit, sa hardiesse, ^a
contiance. La victoire de Certomondo lui avait valu un
regain de popularité. Toujours maîtresse dans les con-
seils de la parle guelfa^ elle en tirait une puissance ef-
fective qui tenait en échec la seigneurie. La parte ^ ayant
l'administra tion de toutes les propriétés, de tous les tré-
sors confisqués aux gibelins, les avait « capitalisés, » et
se trouvait en possession de richesses considérables, dis-
ponibles, employées avec un rare discernement. C'est à
la parte^ on Ta vu, que s'adressaient les prieurs pour se
procurer l'argent nécessaire à d'incessantes expéditions.
Dans ses conseils on avait bien essayé d'introduire des
popolani; mais les magnats défendaient énergiquement
leur citadelle. Leurs personnes, comme leur esprit, con-
tinuaient d'y prévaloir*.
* Nobilitas qtue ad eam princeps in cWitate fuerat non satis equam 80-
ciebteni cum populo exercebal (Léon. Bruni, 1. IV, p. 67).
* L'ambizione degli ufizi e del regimento in Firenze era ed ora è intanto
cresciuU che ogni uomo volea e procura va il reggimento. — E quasi più
era queslo vizio esdegno ne' grandi che negli altri (Stefani, HI, 196).
' Repetti, art. Montopoli. — Capponi, I, 81.
* Même en 1535, c'est-à-dire après le triomphe définitif du parti popo^
lano, dans le statut de la parte qui fut alors rédigé et qui est le plus ancien
non certes de ceux qui ont existe, mais de ceux qu'on a conservés, on pro«
voque, on encourage par des récompenses en argent la nomination de nou-^
veaux chevaliers , jusqu'à concurrence de 6 par an. On donnait à chacun
d'eux la somme de 50 florins d'or. « Conciosiacosachè a cosi magnifica città
si confaccia risplenderc per quantité di cavalieri. » (SUUuto délia parle
guelfa, cap. xxxix, ap. Arch. stor., nuova série, t. Y, disp. i, ann. 1857*
— Cr. P. ViUan, Nuova Antologia, t. XI, p. 447-449, juillet 1869.)
340 LA FAMILLE CHEZ LES GRANDS. (An. 1392)
Si c'est un principe de Fart raililaire qu'on vient à bout
de toute citadelle en la coupant de ses communications.
Ton était loin d'avoir réduit la parte guelfa à cette extré-
mité : elle conservait des intelligences jusque dans le camp
ennemi. Les popola/ni grassi se rapprochaient des grands.
Par désir de décrasser leur roture, d'anoblir leur opulence,
ils contractaient dans la caste réprouvée des mariages
nombreux ; ils désertaient les intérêts de la leur. c< A peine
sorlis du peuple, ils réagissaient avec fureur contre lui,
mélange surprenant de traditions féodales et d'instincts
mercantiles*. » Le menu peuple, trop humble encore et
trop éloigné des magnats pour en pouvoir être jaloux, se
montrait docile à leurs perûdes excitations contre le gros
des popolani toujours défiant et hoslîle. Passionné pour
les fêtes, il admirait les nobles qui en étaient l'ornement,
et il tendait une main avide à l'or que répandait leur
prodigalité.
Il suffirait de ces causes pour expliquer la puissance
persistante de l'aristocratie florentine; mais elles sont
communes à tous les pays où les classes sociales se trou-
vent en conflit. On en doit ajouter une plus particulière a
Florence, si l'on veut bien comprendre à quel point était
difficile le triomphe des marchands.
Comme ces animaux qui, battus en plaine par le vent
de la tempête, se serrent les uns aux autres pour n'en pas
être emportés, les grands, dès les premiers jours de la
persécution, avaient resserré les liens de la famille, et
* M. Edgar Quinet, (le qui est cette expression, ajoute : c d'enthousiasme
pour la science. » Mais ce dernier mot ne peut se rapporter qu'à des temps
posténeurs. Voy. Révolutions dltalie, I, 200-202, ce bel ouvrage où Tau-
teur, malgré une méthode défectueuse et trop dépourvue de critique exacte,
porte des jugements dignes de remarque sur des faits qu'il comprend bien,
alors même qu'il ne les connaît qu'à moitié.
(An. 1292) LES CONSORTERIE. 341
fait d'elle une vaste association qui centuplait ses forces.
L'on y agissait en commun. Le conseil des parents réu-
nis délibérait sur toutes les questions de quelque gravité;
il nommait, pour les résoudre, des arbitres dont les déci-
sions avaient toute la valeur des jugements légaux. L'or-
ganisation des arts avait servi de modèle. Sous le nom de
comorleSy étaient compris dans la famille « tous ceux
qui provenaient en ligne masculine de la môme souche
jusqu'à l'inGni*. » Œuvre de la coutume et non de la loi,
celte consorteria n'en avait poussé dans le sol que de plus
profondes racines. Les nobles y puisaient une vigueur nou-
velle, pour compenser la perle de leurs droits féodaux*.
C'est en vain qu'au-dessous d'eux on avait tenté de suivre
leur exemple*. Seuls ils savaient habiter porte à porle,
palais contre palais, grouper autour d'eux leurs comorti
et clienls, leurs famigli ou serviteurs, appeler à la res-
cousse, au moment du danger, la population campagnarde
qui vivait au dehors dans leur dépendance, sur leurs pro-
priétés*.
L'État, ce semble, aurait dû s'y opposer; mais il ne le
* Qui consortes sint de eadcin stirpc per linenm masculinam usquc ad
infiniliim. — Cette phrase, dit M. P. Villari, est souvent répétée et montre
comment se formaient les consorieiie ( Voy. // PoHtecnico, juillet-
août 1868, p. 208-219). —Nous avons dit plus haut (1. 1, c. iv, 1. 1, p. 190)
le sens de ce mot. Il apparaîtra plus clair encore par ce que nous disons
ici.
* Voy. M. P. Villari, Nuova Antologia, t. XI, p. 449, juillet 1869. —
Sur ce point important, nous prenons le plus souvent pour guide ce profes-
seur, ce publicistc distingué, qui en a excellemment disserté dans les deux
recueils sus-indiqucs.
' 11 en est question dans les Ordinamenia juêUtiœ, Rub. il du texte de
Fincschi et de M. Giudici, Rub. 16 du texte de M. Bonaïui. — Nous explique-
rons plus bas, dans ce même chapitre, ce que sont ces Ordinamenia et ces
trois rédactions.
^ Voy. sur ces faits 31. P. Villari, Nuova Aniolqgia^ loc. cit., p. 447.
312 TROUBLES GAISÉS (An. 1292)
pouvait. La direction changeant de main tous les deux
mois, les gibelins succédaient aux guelfes, et les nobles
aux popolani. Ce qu'on filait en octobre, dit Dante, était
défait en novembre ^ À la stabilité politique suppléait de
son mieux Tesprit de gouvernement : il favorisait la for-
mation et les progrès des forces particulières qui se
tenaient debout sans être soutenues, qui maintenaient un
équilibre toujours menacé, qui servaient de frein aux
tyrannies de hasard, et de contre-poids au pouvoir central.
C'est ainsi que le pouvoir central, faute de notions justes
sur l'État, ne le distinguait pas de la société ; c'est ainsi
qu'il devait souhaiter le développement de puissances qui
gênaient son action, et se mêler d'affaires privées où, en
des conditions moins singulières, il n'aurait pas dû mettre
la main. Nul n'avait le droit, sans son autorisation, de
passer d'une rue ou d'un quartier dans un autre, car tout
changement de ce genre pouvait pousser un citoyen à
changer de parti ou d'alliances, et devenait par là ques-
tion politique; mais les magistrats pratiquaient eux-
mêmes ce qu'ils défendaient à autrui : sans cesse ils re-
maniaient les sestieri^ soit pour fortifier leurs amis où ils
les trouvaient faibles, soit dans des vues moins intéres-
sées et moins étroites, pour maintenir cette juste balance
des quartiers et des familles qui donnait seule quelque
stabilité à l'État*.
Aucun d'eux, pas même les plus clairvoyants, ne pres-
sentait les conséquences. Elles étaient graves pourtant,
Verso di te, che fai tanto sottili
ProTTedimenti, ch' a meizo novembre
Non giunge quel che tu d'ottobre fili.
{Purg, VI, 142.)
• Yoy. M. P. Yillan, // Politecnico, jumeUoût 1868, p. 222.
k
(An. 1^292) PAR LES CONSORTERIE. 543
et à peu près inévitables. Gomme on ne constitue pas de
forces sans qu'elles usurpent des attributions politiques,
l'esprit de caste reconquérait en partie ce que les précé-
dentes réformes lui avaient enlevé. Comme Téquilibre où
on les maintient dégénère aisément en antagonisme, les
œnsorterie se jalousaient réciproquement. De là des
troubles que Villani, observateur exact des faits, mais in-
vestigateur superficiel des causes, attribuait « à l'excès de
prospérité et de tranquillité qui engendre naturellement
les nouveautés avec l'orgueil*. » — « Les outrage*!, pour-
suit cet auteur, les blessures, les homicides, se multi-
pliaient. Les nobles surtout, qu'on appelait grands et puis
sanls, se déchaînaient contre les popolani impuissants,
dans la ville et sur le territoire, contre les personnes par
la violence armée, contre les biens en les occupant*, y*
Qu'un souffle passager de la faveur publique les portât
encore au pouvoir, ou qu'ils y fussent représentés, ce qui
était l'ordinaire, par les popolani grossi de leur bord, ils
en usaient pour violer les lois existantes, pour en substi-
tuer de plus favorables à leurs prétentions, pour opprimer
leurs ennemis et assurer l'impunité à leurs amis, pour se
saisir des biens de la commune, sous prétexte de récom-
penser ceux qui l'avaient vaillamment sei*vie. Dans le
contarfo, ils obligeaient les contadini libres de toute ser-
vitude, à signer de faux contrats qui les assimilaient aux
fidèles, aux serfs, aux autres hommes privés de leur
liberté. Toute résistance eût été inutile devant des cava^
tiers et des parfont qui s'avançaient la menace à la bouche,
la dague et la torche dans les mains'.
« Villani, VIU, i.
« Ihid. Cf. Léon. Bruni, IV, 67.
' On peut ¥oir dans les DeliziCy à la fin du t. YIII , p. 282 , une pétition
344 EFFORTS INFRUCTUEUX (An. 1292)
Accoutumée à ces désordres, Florence n'y voyait rien
de bien nouveau. Ce qui Tétait pourtant, c'est que soute*
nus par leur consorteria , les nobles ne se contentaient
plus de se faire justice à eux-mêmes; ils refusaient en
outre de se soumettre aux juges. Après avoir délibéré en
commun sur telle ou telle vengeance, ils leur arrachaient
ou ils dérobaient à leurs poursuites celui d'entre eux ou
de leurs familiers qu'ils avaient chargé de l'exécution.
Quelquefois même ils le rachetaient à prix d'argent. Y
échouaient-ils? Le coupable était-il traîné devant la jus-
tice? Personne ne voulait témoigner contre lui. Ainsi l'on
trouvait, le malin, des cadavres déjà froids sur les dalles
des rues ; on apprenait qu'un citoyen avait disparu, et son
cadavre même était perdu à jamais. Les meurtriers res-
taient inconnus; les maisons de la consorteria suspecte
ne livraient point leur secret. Pas plus que les parents de
la victime, le potestat n'y pouvait pénétrer. Des preuves
ou des présomptions assez fortes permettaient-elles de
condamner un grand à l'amende? il se trouvait ne pos-
séder rien en propre. Le juge et avec lui l'État demeu-
raient désarmés*.
La plupart des seigneuries luttaient obstinément pour
remédier à ces désordres, où pouvait sombrer la Répu-
blique. liC 7 juin 1285, « considérant les énormes crimes
qui se commettent et l'impunité dont s'enorgueillissent
beaucoup de coupables, par l'impuissance des victimes, »
les conseils, à la demande des prieurs, donnaient balia
de quelques hommes de Castclnuovo qui , étant libres de toute servitude ,
furent contrainis par les Pazzi et d'autres « armata manu cum militibus et
pedilibus », les armes et les torches aux mains y à signer un contrat , fei-
gnant d'avoir un procès qu'ils n'avaient pas : « et scribi faciendo litcm
contra eos esse super revocationem sei^ilorum. »
* Voy. M. P. Villari, Nuova Aniologia, loc* cit., p. 452.
(An. 4292) POUR REMÉDIER A CES MAUX. 545
jusqu'au 1'' septembre suivant à messer Baldovino des
Ugoni, capitaine du peuple, «d'enquérir, juger, condam-
ner pour tout crime , méfait ou excès, et appliquer la
peine selon les statuts ou à son gré, quand le cas n'est
pas prévu*. » Mais ces pleins pouvoirs, d'ailleurs limités
quant à leur objet et à leur durée, étaient devenus la
monnaie courante de la politique, et avaient cessé d'être
un épouvantail. On les donnait aussi pour punir les mar-
chands qui, en temps de disetle, accaparaient la viande et
le vin', pour les contraindre à fournir du sel de bonne
qualité, pour en interdire la vente à tout citoyen qui n'en
aurait pas reçu le privilège'. Le 2 octobre 1286, les con-
seils autorisaient le potestat, le capitaine et leurs juges,
jusqu'au 1" janvier suivant, à contraindre « réellement
et personnellement* » tout magnat qui molesterait un
popolanOj en l'empêchant d'habiter ses maisons ou de
cultiver ses terres, à les acheter à un prix équitable ou
même excessif, selon la décision des prieurs. La voix pu-
blique, un seul témoin, la simple dénonciation de l'of-
fensé suffisait à établir l'offense, pourvu qu'il l'affirmât
sous la foi du serment.
Le même jour, les mêmes conseils, « voulant refréner
l'effrénée et audacieuse présomption des magnats et puis-
sants de la ville et du contadOj » décrétaient que tous les
mâles âgés de plus de quinze ans, dans les familles qui
seraient désignées, s'obligeraient sous caution de deux
* Provvisionif n" I, p. 17 v*.
- 18 juillet 1285. Prowisioni, n' I, p. 17 V.
^ 5 novembre 1285. Proruixiowt, n* I, p. 21.
* Rcaiiter et personaliter (Doc. du 12 octobre 1286, Consulte, PP., I,
32, Frammcnli di provvisioni e ri forme). — Dans ce document se trouve
résumé celui du 2 octobre dont nous parlons ici.
346 EFFORTS INFRUCTUEUX (An. 1292)
mille livres, pour eux-mêmes, leurs fils et leurs frères, à
ne contrevenir en aucune façon aux règlements et lois de
la commune. Diverses peines étaient portées contre qui-
conque n'y obéirait pas, ou, par fraude, les éluderait*.
Dix jours plus lard, le 12 octobre, on étendait ces mesures
des délits contre la commune aux délits contre les particu-
liers, notamment pour protéger les propriétés indûment
occupées par des hommes puissants, et lout ensemble
celles dont ils empêcheraient la vente. On déclarait abro-
gés les statuts contraires à ces dispositions. Le conseil
spécial du capitaine, réuni dans San Pier Scheraggio aux
capitudmi des douze arts principaux, approuvait par assis
et levé ces propositions, à l'unanimité des quarante-sept
conseillers présents. I^e conseil général sanctionnait aus-
sitôt', et les mesures votées étaient dès lors exécutoires,
sans qu'il les fallût soumettre aux conseils du potestat,
dont faisaient partie ces grands qu'on voulait réprimer.
Vive et durable fut Témotion parmi eux. Elle grandit
de jour en jour, se répandit en rumeurs sur la voie pu-
blique, éclata, le 30 octobre, en excès contre le potestat,
le capitaine et leurs familiers*. Sans perdre un instant,
ces deux magistrats, avec une résolution rare, attaquèrent
le taureau par les cornes. Le même jour, ils convoquent
les deux conseils du potestat, où les grands avaient droit
de siéger et de se faire entendre*. Là, en présence du po-
* Prowisioni, n" I, p. 27-52. Consulte, loc. cit.
* ConsuliCy loc. cit. — Rien n'est plus rare, dans les conseils florentins,
que Tunanimité des suffrages. Les personnes qui connaissent le mieux cette
histoire croient même volontiers qu'il n'y en a pas d'exemples. Nous en
avons relevé quelques-uns. Ainsi, le 15 décembre 1290 « placuit om*
nibus in dicto presenti consilio existentibus. » (Prawisioni, n* Vll,
p. 17 V.)
' Excessuum etrumorum [Consulte, PP., I, 34 ▼•).
* On cherche les motifs de cette interversion de l*ordre accoutumé. Il est
I
(Âif. 1292) POUR RIDMÉDlËR A CES MAUX. 347
testât, Bertoido de Stefani, Roraain, qui présidait selon
Tusage, le capitaine du peuple, Monaldo des Monaldeschi,
d'Orvieto, expose qu'on ne peut faire pleine inquisition,
procès et punition de ces excès et rumeurs, si l'on ne
change quelques-uns des slaluls du potestat et du capi-
taine, ceux-là surtout qui enchaînent trop leur liberté, et
il demande qu'il y soit procédé sur-le-champ, sans même
donner l'ordinaire lecture de ces statuts. Intimidés ou
absents, les grands n'y mirent aucun obstacle, et la pro-
position fut approuvée par assis et levé. Les deux magis-
trats se rendirent incontinent dans les conseils du capi-
taine, dont l'approbation nullement douteuse n'était que
pure formalité. le potestat y prit la parole, pour mieux
marquer sans doute ce dont témoignait déjà sa présence,
qu'il était avec son collègue en parfaite communauté de
sentiments. Il fit les mêmes demandes que le capitaine
avait faites dans les précédents conseils; il réclama toute
licence de punir sans exception de droit ni de statut, et
sans qu'ils pussent, ni lui ni le capitaine, être soumis, leur
charge expirée, au redouté contrôle du sindacato^ pour
leurs actes contre les grands. Portée enfin devant le par-
lement général du peuple, réuni à Santa Reparata , la
proposition y fut agréée, et les statuts promptement ré-
formés purent être appliqués sans retard *.
Ce n'était qu'un essai, limité au P' janvier 1287;
mais on pouvait renouveler les mesures édictées, si elles
avaient réussi. On ne les renouvela point, ou, du moins,
probable qu'on voulut bruscpier les choses, en aTertissant seulement les
popoîani qui faisaient partie des conseils du potestat de se rendre à la réu-
nion, ce qui assurerait aux mesures projetées une majorité. Nous ne nous
souvenons pas d'avoir yu un autre exemple de ce renversement.
* Consulte, PP., I, 34 v', 35. Frammenti di prowiiiani e ri forme.
348 SOLIDARITÉ ENTRE PARENTS. (Ah. 1292)
on les modifla, le 18 janvier, comme trop dures en cer-
taines parties et d'une impossible application. Il fui sti-
pule ainsi que le père donnant sa garantie pour le fils, ou
le fils pour le père, ou un frère pour l'autre, cette garantie
ne serait exigée double eh aucun cas*.
Ce qui domine dans ces premiers tâtonnements d'une
législation draconienne, c'est le dessein d'introduire dans
le châtiment la solidarité qu'on trouvait dans la faute.
Rien n'élait plus naturel et même plus légitime. A Flo-
rence, la responsabilité collective était partout, dans le
patrimoine domestique, en grande partie indivis puisque
les mâles possédaient presque tout', comme dans le com-
merce, où le père, les fils, les frères étaient responsables
solidairement. Ainsi ancrée dans la société civile, la soli-
darité devait pénétrer dans la société politique. Comment
n'eût-on pas étendu la condamnation du coupable à ses
complices, &ux protecteurs qui le dérobaient ou l'arra-
chaient au juge? C'était le fond même des législations
germaniques. En Italie, où elles étaient connues, personne
ne pouvait donc trouver surprenant qu'on les imitât.
L'amende était-elle la seule peine encourue? La propriété
restant indivise, c'est la famille qui devait payer. Même
très-riche, le condamné pouvait n'avoir pas de biens
' Provvisioni, n** I, p. 4i. Cette modiGcat ion ne dut pas avoir pour cause
un changement dans les principales magistratures, c;ir si un nouveau po-
testât était entré en charge le 1*' janvier, le capitaine conservait la sienne
ju8qu*au i*' mai. — Il y avait des accommodements, soit quand les nobles
étaient démontres pauvres, soit à la demande d'une ville alliée. Le 12
avril 1287, on réduisait à 50 livres par personne la caution des Rinaldini
c cives et comilatini » de Sienne qui réclamait pour eux en cette qualité
cl à cause de leur pauvreté constatée (Frammenti di provvisioni e riforme),
* Les auteurs de nouvelles, chez qui Ton rencontre de précieuses traces
des mœurs , parlent de frères qui dépensent mal leur avoir , deviennent
pauvres et redeviennent riches ensemble.
(An. 1292) LÀ SËKVITUÛË AfiOUB. 349
propres. La somme à verser ne dépassait jamais deux
mille livres; ce n'était donc pas une charge que des fa-
milles opulentes pussent trouver excessive et repousser
à tout prix*.
Si elles la repoussaient, c'est qu'elles trouvaient dans
leurs serfs et tenanciers des campagnes comme une ar-
mée toujours prête à les soutenir aveuglément. Pour leur
ôter ce pointd'appui et tout ensemble pour attacher les con-
tddini à la cause commune^onfacilitaità ceux-ci la liberté.
Depuis longtemps déjà elle était acquise, en vertu d'un
vieux statut, à tout esclave qui venait sur le territoire flo-
rentin habiter, en qualité d'homme libre, une maison
libre, et rien n'avait contribué davantage à la destruction
des liens personnels*. Le 6 août 1289, la servitude fut
abolie. Pour la première fois peut-être dans la péninsule
étaient énoncées et appliquées les nouvelles maximes de
droit public qui commençaient à se faire jour', et qui
eurent jusqu'en France un écho dont retentissent les or-
* Voy. M. P. Villari, Nuova Antologia, loc. cit., p. 451.
« Statuta, U, 74. Villari, // Politecnico, juillet-août 1868, p. 220.
^ Guin libertas, quia cujusque voluntas nou ex alicno sed ex proprio de-
pcndct arbitrio , jure naturali muitipliciter decoretui* , qua ctiam civitates
et populi ab oppressiouibus defendunlur, et ipsorum jura tuentur et augen-
tur in inclius , volcnles ipsain et ejus specics uon solum manulcucre , sed
ctiam augmentarc per Dominos prières artium, etc.... provisum.... extitit
salubriter et firmatum quod nuUus undecumque sit et cujuscumque condi-
tionis.... existât, possit.... Tel per alium tacite vel expresse emere, Tel... .
adquircre in perpetuum , vel ad lempus aiiquos fidèles , colonos perpétues ,
vel conditionalcs , adscriptitios , vel ceositos , vel aiiquos alios cujuscumque
coiiditionis existant, vel aliqua alia jura scilicet angbiaria, vel pro angharia,
vel quevis alia contra liberlatem et conditioncm jpersone alicujus in civitate
vel comitatu vel dislrictuFlorentie..., etc. {Prowmoni, n* II, p. 24 v*.) —
M. Villari a émis des doutes sur Fauthenticité de ce texte, parce qu*il ne Ta
connu que d'après VOsservatore fiorentino, qui le rapporte (T. IV, p. 179,
5* cd). Ne fùt-il pas dans un document positif, on pourrait encore y ajouter
foi, tant il est conforme aux ordonnances de nos rois i*endues quelques an-
nées plus tard.
350 MESURES PRÉKENTiVES. (Ah. 1^99)
donnances de Philippe le Bel, de Louis le Hutin, de Phi-
lippe le Long^
L'expérience montra bientôt que les nobles trouvaient
encore des échappatoires. Divers privilèges obtenus en
divers temps des papes, des empereurs, du roi Charles on
de leurs vicaires, permettaient de recourir à d'autres ma-
gistrats que le potestat, le capitaine et les prieurs, pour
faire valoir les droits féodaux. Des peines sévères furent
édictées contre quiconque recourrait à ces tribunaux ou
à ces juges, contre les notaires qui transcriraient les
actes, contre les jurisprudents qui les soutiendraient. Les
parents du condamné de ce chef étaient rendus rigoureu-
sement responsables*. Enfin, pour mieux assurer la paix
publique contre les réclamations armées, défense était
faite à tous de porter des armes dans la ville, et c'est à
peine si, par occasion, l'on exceptait les ambassadeurs
étrangers'.
* Ordonnances do 1511, 1515, 1318. — Voy. Ordonnances des rois de
France, t. 1, p. 583, 653, et notre ouvrage, La déynocratie en France au
moyen âge, I, G5, 06.
* Aliquas lilteras impetrare vel impetrari facere, aut privilegium Tel res-
criptuni, per quas Tel quod aliquis, vel aliqui de civitate vel districtu Flo-
renlie citentur vel Irahantur ad causam , quistionem , vel liligium aut exa-
men alicujus judicis, nisi coram D. Potestate, capitaneo et aliis officialibus
comunis Florentie et qui contrafaceret.... teneantur potestas et capitaneus
qui de prediclis requisitus esset , coudemnare patrem , vel filium , vel fra-
trem carnalem, vel cuginum ex parte palris, vel palniuin et nepotesejus in
dicta pena, et dictarn coiideninationem exigere cum efTectu, et etiam in roa-
jori pena ad arbitriuni eoruin cujuscuinque eorum , si eis vel alteri eorum
fidetur expedire. Et nihilominus compellat cos et qucmlibet eoruin dnre et
facere tali contra quem dicerentur taies littere vel prifilegium vel rescrip-
lum impelrata, omnes expensas quas faceret vel fecisset occasione prcdicta,
credendo de prediclis expeTisis juramento liujusinodi contra queni diceren-
tur predicla vel aliquod ipsorum impetrata (Provvisioni, L, p. 175. Texte
publié par M. Villari, dans UPolilecnico, novembre 1867, p. 610).
^ Ces ambassadeurs obtenaient quelquefois le privilège de conserver leurs
armes , mais pour un temps limité. Le 10 juillet 1290 , on le leur accor-
dait jusqu*au mois de janvier suivant (Provvmoniy n* H, p. 111 v*).
(Ah. 1392) DIVISIONS DANS LES ARTS. 551
Au reste, à la condition de se soumettre aux statuts an-
ciens et nouveaux, les grands cessaient d'être considérés
comme ennemis. On multipliait les eflbrts pour rétablir
la concorde entre ceux qui avaient des querelles privées.
On récompensait les personnes qui s'y étaient entremises.
On célébrait l'heureux événementpar des réjouissances que
payait le trésor public. C'est ainsi que, le 11 avril 1290,
tous les conseils votaient deux mille livres pour fêter l'ac-
cord rétabli entre les Lamberti et les Tosinghi ou Délia
Tosa, que divisait un misérable débat sur la possession
de certaines terres *.
Mais combien d'autres familles n'aurait-il pas fallu
réconcilier encore, pour que Florence jouît de la paix!
I^ur exemple était contagieux. Les arts, soutien naturel
et nécessaire de la seigneurie, se laissaient gagner à l'in-
subordination et se déchiraient entre eux. Les marchands,
les artisans, ne se conformaient plus aux règles de leurs
corporations. Y élaient-ils appelés à la dignité de consuls,
ils en profilaient pour fixer le prix comme la forme des
marchandises, pour remplacer la concurrence par le mo-
* Libr. duorum milium f. p. de ipsiiis communis inter nobiles viros illos
Bcilicet de La Tosa et illos de Lambertis , et etiam in lis que yidebuntur
expedire et utilia fore ad ipsam pacem faciendam (Provvisioni, n* II,
p. 84 V*). — Le 14 avril, les prieurs réunis a^ec le capitaine dans le
chœur de San Pier Sclieraggio, taisaient la répartition de ces 2000 livres :
1* 1400 à M. Scolaio des Pulci, pour être consacrées à deui dots. — 2* 570
à M. Fornaio des Pulci pour être données aui Lamberti. — 3* les 30 livres
restant à répartir entre Otta vante Rigaletti, Andréa de Cerreto, Chiaro des
Goltoli , Niccolo Âcciajuoli , jurisconsultes qui s*étaient donné beaucoup de
mal pour conduire à bonne fin ladite paix (Provvmonij n* II, p. 87). — Le
4 août suivant, à la demande de M. Geffo des Lamberti et de M. Enrico délia
Tosa, comparaissant au nom de leurs familles , les conseils du capitaine et
les capiludini des douze arts principaux, réunis dans San Pier Scheraggio,
ratifiaient le lodo des prieurs qui mettait fin à ces discordes privées (Prov*
vUioni, n* n, p. 131).
352 DIVISIONS DANS LKS ARTS. (An. 1292)
nopole. Le 50 juin 1290, une provision des prieurs réta-
blissait la liberté du trafic en prohibant toute « douane
ou composition ^, » el décidait que « quelques explorateurs
secrets seraient élus*, pour s'assurer s'il n'était point
commis d'infraction à ces nouveaux règlements'. » Cette
provision devait être lue une fois par mois dans les con-
seils du capitaine et aussi dans les rucs^. En vain avait-on
cru qu'il sufOrail d'une menace : le 27 juillet, les conseils,
frappés du persistant état des choses, invitaient la seigneu-
rie à nommer les explorateurs*. Le 21 octobre 1292, c'é-
taient les consuls des arts eux-mêmes qui réclamaient des
pouvoirs publics l'autorité de punir d'amende, d'effacer
de leurs registres matricules les artisans qui commettaient
vols ou falsifications, leurs complices et les receleurs*.
Le pis, c'était le désaccord entre les arts. Attaqués en
haut par la noblesse, les arts majeurs étaient jalousés
en bas el mal secondés par les arts mineurs. Entre ces
aînés et ces cadets d'une même famille, il n'y avait pas
seulement inégalité de richesse : leurs vues, leurs intérêts
étaient différents, sinon opposés. Les uns auraient sacrifié
leur dernier florin pour prendre Livourne ou Porto-Pi-
sano. Ils faisaient la guerre au luxe, afin d'avoir plus
d'argent pour les entreprises militaires. Ils tenaient par-
dessus tout à l'alliance des Lucquois. Us ne voulaient
pas que Gênes, Venise et les Lombards prissent trop d'a-
vantages. Les autres, indifférents aux entreprises, aux
* Ne dogana vel corapositio fiât.
* Exploratores secrcti aliquot.
^ Provvisionif n" IV, p. 29.
♦ 3 juillet 1290. Prowisioni, n* lY, p. 29.
s Ordinamcnta firinata contra artes et artifices facieutes vel servantes in-
licita ordinamenta, couipositiones et posturas (Provvisioniy n*II, p. 130 v*).
• Provviiioni^ n* III, p. 112 v*.
(An. 1292) SENTIMENTS DU MENU PEUPLE. 353
négociations lointaines du trafic et de la politique, sou-
haitaient le luxe pour en vivre et les fêtes pour s'en di-
vertir. Ces palais, ces villas, ces églises monumentales
qu'une riche aristocratie faisait construire et orner somp-
tueusement, c'est eux qui les construisaient et les or-
naient. La guerre suspendant fêles et travaux, ils avaient
en haine la guerre. Ils maugréaient contre ces mar-
chands qui, roulant sur l'or, vivaient avec une parcimo-
nie sordide, contre ces popolani grassi qu'ils avaient
poussés au pouvoir et qui les en excluaient en même
temps que les nobles. Us trouvaient un puissant appui
auprès des femmes, indifférentes comme eux à la gloire
de Florence, comme eux ennemies des combats, « que
détestent les mères, » amies du luxe qui les passionne à
tout âge, constamment prêtes, par tous les artifices, à
éluder les lois tyranniques qui prétendaient régler et ré-
duire outre mesure leurs ajustements*.
Un jour ou l'autre, les grands devaient tirer profit de
ces rancunes, de ces jalousies, de ces haines ; mais l'heure
n'en était pas venue encore. Tout favorisait alors l'irrésis-
tible progrès de l'esprit démocratique. Les associations
étaient libres et fortes. En s'enrichissant, le plus humble
Florentin pouvait passer d'un art mineur à un art ma-
jeur, et s'ouvrir accès à la vie publique, aux plus hautes
fonctions. Ainsi les déshérités du sort s'en tenaient à
une lulte sourde contre ces riches marchands qui les dé-
daignaient sans leur ôler tout espoir. Ainsi aux jours de
trêve, ils se rapprochaient des nobles, comme Tenfant de
tout ce qui brille ; mais aux jours de combat, ils se re-
* Voy. Sacchelti, Nouvelle 15, et plus bas un chapitre spécial sur b vie
à Florence (t. UI, liv. VU, ch. m).
niST. DB FLORENCE. — II. 23
354 EMBARRAS DES MARCHANDS FLORENTINS. (An. 12dS)
trouvaient aux côtés des popolani^ donl le triomphe^ ils
le sentaient bien, devait préparer ie leur.
Quoi qu'il en soit, les arts majeurs étaient mécontents.
Ils voyaient les magistrats user du plus révoltant ar-
bitraire^; ils s'irritaient de tant d'excès impunément
commis au-dessous comme au-dessus d'eux, et dont, le
plus souvent, ils étaient victimes. Leonardo Bruni les
montre, quoique marchands, a plus sensibles à la puis-
sance des familles, aux meurtres et aux blessures qu'à la
perte de leur patrimoine*. » Mais les embarras de leur
trafic accrurent encore ce malaise, précurseur ordinaire
des grandes crises.
A l'orient, la perte de Ptolémaïs' leur avait causé des
dommages considérables*. A l'occident, leurs regards
émus se tournaient vers la France. Depuis longtemps, les
Français y abandonnaient le haut négoce aux Lombards,
comme on appelait les marchands natifs d'Italie. De Mont-
pellier, fief du roi de Majorque, centre primitif de leurs
opérations, Philippe le Hardi avait appelé les Florentins
à Nimes, sur les domaines de sa couronne^, puis dans les
* Le 22 elle 23 février 1291, il fallait décider que nul ne pourrait être
contraint par aucun rettore à payer plus de la somme à laquelle il était taxé,
la commune se réservant de fixer elle-même celles qu'auraient à ferser
les personnes qui se montreraient récalcitrantes à acquitter leurs impôts
{Provvisioni^ n* il, p. 190 v*).
* Veriti potentiam familiarum et csdes ac Tulnera plus quam jactiunm
patrimonii formidantes (Léon. Bruni, IV, 67).
> Saint Jean d'Acre, au moyen âge Acre, en lalin Accon, Acconis.
* Villani, VII, 146. Pipini Chron., l. IV, c. xxxtii (R. I. S., t. XI,
733). — Cet événement fut le dernier soupir du génie des Croisades*
f Les choses, s*il plait à Dieu , écrit un chroniqueur musulman , resteront
ainsi jusqu'au dernier jugement. » (Yoy. Michaud, Hist. des Croisades^
t. m, p. 321-336, 7* éd.)
» Voy. un record de cour de 1288. Trésor des Chartes^ Reg. XXIV,
P 33. — En vertu de cette transaction, toutes les marchandises venant
d'Italie devaient aborder au port d'Aigues-Mortes , fondé par saint Louis et
(An. 1292) LEUR SITUATION EN PRANCE. 355
autres parties de son royaume ; une grande route permet-
tait au roulage de faire en trente-cinq jours, par la Sa-
voie et la Bourgogne, le trajet de Gênes à Paris ^ Ces
marchands ne se contentaient pas de fréquenter les foi-
res, en Champagne et ailleurs ; ils avaient partout établi
des comptoirs que protégeait la royauté. Philippe le Bel
veillait à ce que les conventions conclues entre les Ita-
liens et son père fussent ponctuellement exécutées*.
L'âpreté de deux Florentins le poussa à une véritable
persécution. Celaient deux frères, Biccio et Musciatta
Franzesi. Lui ayant, à plusieurs reprises, fait de for-
tes avances, ils avaient reçu, en remboursement, les
tailles et autres impôts de plusieurs provinces. Autorisés
même à en exercer directement la perception, ils se trou-
vaient tout ensemble administrateurs des fmances, ban-
quiers et fermiers généraux du roi : redoutable pouvoir
dans une société dont les ressources étaient si faibles et
le désordre si grand. Sous Taiguillon de Tinlérêl per-
sonnel, ils firent un rigoureux usage de leur privilège :
ils écrasèrent d'exactions les Français, et plus encore les
Italiens, qui naturellement criaient moins haut. Même
pour en éviter la concurrence, ils persuadèrent au roi de
les arrêter tous, honnêtes ou déshonnêtes, comme accusés
de prêter à usure, au mépris des ordonnances de saint
Louis.
Contre les Lombards comme contre les Juifs il y
avait par malheur des précédents* En 1277 on arrêtait
amélioré par son successeur. Le roi tirait de grands revenus de ce mono-
pole (Ordonn. des rois de France, IV, 668. Dom Vaissète, HisL de Lan-
guedoc, IV, 26, ap. Boutaric, La France sous Philippe le Bel, 1. II, c. m,
p. 356).
* Les 0/tm, t. III, p. 661, ap. Boutaric, lac, cU,
* 1288. Ordonn. des rois de France, IUL, 4S0. Boutaric, loc. cUé
556 PERSÉGDTIONS EN FRANCE (An. lâ9S)
des Siennois^ En 1282, des Florentins refusant de payer
certaines redevances', le polestat de leur patrie, les
quatorze, les capitudini et un très-grand nombre de
sages s'ingéniaient, par crainte de mesures sévères, à
calmer Philippe le Hardi'. Le sentiment public était
hostile à ces marchands d'outre monts. Dans la nuit du
1^' janvier 1291, sur tous les points du royaume à la
fois, ils furent appréhendés au corps et jetés dans des
cachots. Us connaissaient le moyen d'en sortir, et ils se
rachetèrent à prix d'or. Le plus grand nombre quitta la
France sans retard ; quelques-uns y restèrent, retenus par
de graves intérêts \ a Nous avons été et nous sommes
fort tourmentés, écrivaient Messer Consiglio des Cerchi
et compagnie {e compagni)^ à leurs correspondants en An-
gleterre, quand nous pensons aux embarras, aux dom-
mages qui peuvent résulter de cet événement pour nos
marchandises, nos capitaux, notre avoir dans les Flandres
et la Champagne. De la Cour nous espérons, avec l'aide
de Dieu, qu'elle ne nous fera aucun mal, parce que nous
< Le 20 mai 1277 , Sienne envoyait à ce sujet des ambassadeurs à Phi*
lippe le Hardi (Coniiglio délia Campana, XXI, 85).
* De predicla talia.
' Sur Favis de Bonaccurso Lisei, on décide que quelques »apientei jurU
écriront de suite au roi que la commune , conformément i ses statuts , lui
fera la justice qu'elle pourra, et qu*on verra s'il y a lieu d'envoyer des am-
bassadeurs. Lape Aimeri aurait voulu qu'on protestât contre ceux ad giio-
rum instatUiam predida facta fuerunt, et qu'on envoyât sur le champ un
ambassadeur dire au roi que la commune était prête à contraindre selon la
justice ceux qui étaient obligés â payer depredicta talia. Bindo des Cani-
giani voulait qu'on écrivit au roi de contraindre ceux qu'il avait dans son
royaume, et que la conunune en ferait autant de ceux qui étaient en son
pouvoir. Ser Carradore , notaire , demandait que les sages élus se fissent
dans les quinze jours montrer, par les intéressés, leurs titres et droits. Un
certain MafTeo proposait de remettre la solution aux consuls des quatre
arts principaux (Consulte, t. I. quad. G, p. 55 v*, 5G).
^ Yoy. U. Martin, Hiêt. de France, lY, 395-596.
(An. 1293) CONTRE LES MARGDÂNDS ITALIENS. 357
n'avons aucun tort envers le roi. Nous croyons que main-
tenant nos associés et nos marchandises ont été remis en
liberté, de manière que nos affaires puissent continuer
comme par le passé \ »
Ainsi Ton ne savait au juste, le 25 juin, date de cette
lettre, ce qui était advenu des marchands incarcérés, des
marchandises confisquées le l""' mai. Quelle perturbation
dans les affaires du négoce, dans la fortune des trafi-
quants*! Si ce ne fut qu'une bourrasque passagère, si
les Lombards, intéressés à fournir d'or la couronne,
recommencèrent bientôt à en acheter fort cher le privi-
lège, à solliciter et à payer les précieuses lettres de
naturalité qui les assimilaient aux régnicoles et les
exemptaient des taxes dont on accablait les étrangers',
* Della quale cosa ne siamo stati e siamo molto crucciosi » pensando lo
sconcio e la briga e'I damaggio che inter? enire ne puote» si della nostra
mercatanzia e si deUa rooneta e aTere dovemo in Fiandra e in Campagna.
Che quanto del fatto della corte, noi a?emo speranza di non afere danno, a
Taiuto di Dio, perché non afemo misfatto contra di lui. Or credem noi che
ora i nostri cempagni e la nostra mercatanzia siano tutti diliveri , in tal
modo che i nostri fatti si possano fare corne di prima e corne doteroo. E oosi
piaccia a Dio che sia (Florence, 25 juin 1291, ap. Giudici, Storia dei mth
nicipi italianij t. H, Append., p. 237).
' 1 mercatanli di Firenze ricevettono gran danno e ruina del loro avère
(Villani, VU, 146).
' Non sustinebimus quod ipsi tanquam Lombard! tractontur ; imo preci-
pimus ex nunc sicut burgenses nostros reputari, traclari, etcenseri (Lettres
accordées h Antonio Scarampi et Antonio de Quarto, le 5 septembre 1291.
Voy. BibL de Ctcok des Chartes, 4* série, t. IX, p. 265). — On a de fort
rares exemples de concessions de oe genre. Voy. Trésor des Chartes,
Reg. XLVI, n* 219, ann. 1512. — Ce retour de faTeur 8*accentue : en 1294,
les agents royaux protégeaient les Lombards contre les seigneurs leurs dé-
biteurs (llesnard, Histoire de Nitmes, t. I, preuves, p. 117). En 1295,
Philippe le Bel les afîranchit de toutes tailles , collectes , emprunts , droits
d'ostet de chevauchée, et de tout autre impôt, à condition de payer un de-
nier, obole et pite par livre de toutes marchandises. 11 les autorise à de-
meurer dans toutes les Tilles du royaume après y avoir ac(|uis le droit de
bourgeoisie (Ordonn, des rois de Fr., l, 526, ann. 1295. — Bouturic, loc.
ct<., p. 356-557).
M
358 LES cm ARTS INTERMÉDIAIRES (An. ii93)
rébranlement fut de durée à Florence. Toute foi dans
l'avenir y avait disparu. Le malaise universel inspirait la
haine : on devait bientôt voir avec joie la France acca-
blée de malheurs*. Une irritation mal contenue accrut
encore Tinquiet désir de réformes intérieures, de répres-
sion efficace contre ces grands que le peuple florentin^
dit le vieux Paolino, avait en horreur*.
Il n'était, pour atteindre le but, nul besoin de violence
ni de révolution. L'usage voulait que, chaque mois, un
ou plusieurs statuts de la commune fussent lus dans les
conseils, pour y être corrigés, suspendus ou abrogés'.
Quand les corrections devaient être considérables, les
sages chargés de les accomplir étaient tenus, comme les
prieurs, de vivre ensemble jusqu'à la fin de leur travail*.
Le tout était de s'entendre sur ce qu'il convenait de leur
demander.
Or parmi les réformes dont les Florentins s'entrete-
naient à la veillée ou sur la place publique, il y en avait
une fort importante et qui semblait préparée : c'était de
donner plus de force aux métiers et à la classe moyenne
contre les popolani grassi et les magistrats. Pour y par-
venir, il suffisait d'adjoindre aux sept arts principaux.
* Onde molto fu ripreso e in grande abbominazione Tenne , e d^allora
innanzi, loreame di Francia sempre and6 abbassando (Villani, VII, 146).
* Il popolo di Firenze, per orrore ch* egli aToano de* grandi, fecero cerli
ordinameoti (Paolino, II, 47).
» Voy. par exemple Prowisioni, n* II, p. 69, 19 juin 1290 ; p. 182 y,
9 février 1291 ; n* III, p. 10, 11 avril 1291. — Dans un grand nombre de
prowisionij on accorde un salaire à des scribes chargés de transcrire
les statuts nouTeaux ou roodiûés.
^ Le 19 juin 1290 , 14 arbitres assistes d*un notaire étaient ainsi ren-
fermés, et l'on assignait 4 livres par jour t pro eorum expensis quas ibidem
in eorum et familie sue cibo et potu fecerunt et facient ». (Prowisioni,
n«n, p.69.)
(An. 1292) APPELÉS A LA VIE POLITIQUE. 559
dans la vie publique, les cinq qui les suivaient de plus
près. Déjà, en plus d'une occasion, Ton convoquait, pour
éclairer les prieurs de leurs lumières, les capitudini des
douze premiers arts, appelés ensemble pour plus de
commodité dans le langage, les douze arts majeurs*.
C'était un premier pas des cinq arts intermédiaires; le
second ne pouvait se faire attendre. Puisque leurs chefs
étaient jugés dignes d'intervenir souvent aux affaires pu-
bliques, pourquoi les marchands, les artisans qu'ils
représentaient n'auraienl-ils pas les mêmes droits que
ceux des sept arls légalement majeurs? C'était le moyen
de désarmer leur mécontentement et de les séparer des
magnais, qui l'exploitaient avec tant d'adresse. On ne
voyait que trop, dans diverses villes d'Italie, et l'on com-
mençait déjà de voir à Florence les déplorables effets de
cet accord monstrueux.
De môme qu'un léger souffle détache de l'arbre le fruit
mûr qui résistait vert à la rage des vents, de même le
moindre incident fait passer de l'esprit dans la vie et
transforme en acte l'idée parvenue à maturité. Une faute
des grands guelfes enhardit ceux qui rêvaient de réfor-
mes ; confiantes dans l'appui des popolani grossi^ les
familles nobles se crurent invincibles et se divisèrent".
* Il nous parait impossible de dire s'il y aTait à cet égard des règles, ou
si Ton s'en rapportait b la volonté des magistrats. Le plus probable est que
ce fut une application variable de ce principe des institutions florentines
en vertu duquel on appelait auprès des prieurs, pour toute affaire, un nom-
bre plus ou moins grand de sages. On dut faire de même pour les capitu-
dini ; seulement on n*alla jamais , dans ces dernières années du treizième
siècle, au delà du douzième art. 11 est facile, dans tous les cas, de compren-
dre que c'était un pas de plus vers la démocratie , et qui en présageait
d'autres.
* Nec sane plenam ad servitulero plebis quicquam aliud obstare videbatur,
quam quod nobilitas ipsa , inter sese , varie divisa , semulntione et invidia
concertabat (Léon. Bruni, IV, 67).
560 CORSO DOiNATI ET YIERI DES GERCHI. (An. 1292)
Âdimari contre Tosinghi, Rossi contre Tornaquinci,
fiardi et Mozzi, Bisdomini et Falconieri, Bostichi et
Foraboschi formaient autant de groupes ennemis. Les
FrescobaIJi se déchiraient entre eux, et les Donati sui-
vaient leur exemple. Les fiuondelmonti se partageaient
en deux camps, pour faire face les uns aux Cavalcanti,
les autres aux Giandonati. Bien des maisons encore, dit
Yillaniy montraient le même aveuglement ^ Ces luttes
fraternelles dénouaient le faisceau laborieusement lié,
détournaient les regards des intérêts communs, et, par
surcroît d'aberration, n'empêchaient pas les violences
contre les humbles, quand il devenait plus facile de les
réprimer.
Aux mécontents enhardis il fallait un chef. Deux ci-
toyens, alors, étaient surtout en vue : Corso Donati et Vieri
des Cerchi. Mais l'un, le bouillant vainqueur de Certo-
monde, était le plus hautain personnage de ces hautaines
familles qu'il s'agissait de terrasser ; l'autre, froid et cou-
rageux organisateur des feditori à la même bataille,
riche marchand et popolano^ était modéré de caractère,
dépourvu de ce talent ou de cette initiative qui porte un
homme à la tête d'un peuple soulevé. Giano délia Bella
parut mieux propre à ce rôle. 11 descendait d'une race
authentiquement ancienne, jadis anoblie, avec les Pulci,
les Nerli, les Gangalandi, les Giandonati, par Hugues,
« le grand baron ', » vicaire d'Otton IIP. Le temps n'avait
* Ë tra più altri nobili assai e più altri casati (Villani, VU[, i).
« Paradwo, XVI, 128.
' Les familles que Ilugucs avait anoblies portaient ses armes dans les leurs.
Il avait reçu, en 1006, les honneurs de la sépulture dans la vieille Badia,
et tous les ans des honneurs funèbres lui étaient rendus le jour de la fêle
de saint Thomas (Voy. Paradiso^ XVI, 127, 128, et les notes des éditeurs
Fraticelli, Costa et Blanchi, etc.).
(An. 1292) GIAKO DELLA BELU. 361
point ôté leur noloriété aux Délia Bella, comme à tant
d'autres : souvent ils Ggurent aux actes publics, et en
1197 un d'eux était consuP. Ils semblent néanmoins
avoir été de ces nobles primitivement gibelins qui préfé-
rèrent la richesse dans Je travail à l'indigence dans
Foisivelé : Giano délia Beila est appelé par Yillani, son
contemporain, « ancien et capable homme noble popo-
lano^ riche et puissant, du peuple de San Martino'. »
Les auteurs disent de lui qu'il était a loyal, franc, de
bon conseil, en ce lemps-là le plus grand citoyen de
Florence pour le sens et la vertu', ami du bien public,
mettant du sien pour la commune sans en retirer rien*,
mais présomptueux et vindicatif', trop amoureux du
bruit \ » Ses actes nous le montrent homme d'action
sans les qualités de l'homme d'action, imprudent et
irréfléchi, prompt à prendre feu au contact de qui
l'excitait, naïf autant qu'honnête, législateur nul et po-
litique médiocre, très-propre, en un mol, par ses dé-
fauts comme par ses qualités, à devenir l'idole de ces
*' Voy. le doc. dans Cantini, H, 5-25. Parmi les signataires so troufe au
deuxième rang Giani Bella (Capitoli, XXIX, 49).
* Uno antico e valente uomo nobilc popoiano ricco e possente.... del po-
polo di San Martino (Villani, VIII, 1). — M. Ueumont n*est donc pas com-
plet quand il Tappelle « antico e ricco popoiano • (Tav, chron,^
ann. 1293), et Pignotti encore moins, quand il dit, d'après Ammirato : t Di
condizione popolare. » (L. lU, c. tu, t. HI, p. 184.)
^ Uomo di buono consiglio c lealc al suo comune e franco , e in questo
tempo era lo maggior cittadino di Firenze, si per senno e per virtù....
(Stefani, UI, 204.)
^ Egli cra il ^lii leale uomo e dirilto popoiano di Firenze , aroalore del
beno comune, e quelli che mellea in comune c non ne traeva (Villani, VIII,
8).
' Era presontuoso e volea le sue vcndette fare (Yillani, VUI, 8).
^ Veramente questi fu il maggiore popoiano che mai fosse in Firenze
stato infino a lui, e maggiore sarebbe advenuto, se quello che fece e Tolea
fare avesse fatto per senno e non con romore (Paolino, II, 49).
4
362 GlANO DELLA BELLA (An. 1292)
classes populaires qui aiment partout à trouver leur
chef hors de leurs rangs*. Contre quelques nobles il
nourrissait des ressentiments personnels, et il les éten-
dait à leur casfe entière. On rapportait qu'il avait été
a vilainement insullé, dans San Pier Scheraggio, par
Berto Frescobaldi , grand et chevalier, qui lui avait
mis la main sur le nez, disant qu'il le lui cx)uperait* ».
Polestat à Pisloia, il n'y avait pu remplir sa charge jus-
qu'au bout: il en était revenu excommunié par l'évê-
que de cette ville, pour avoir procédé criminellement
contre un grand nombre d'ecclésiastiques'. On le savait
donc décidé à poursuivre le crime ou le mal, de quel-
que litre, de quelque robe qu'il se couvrît.
En effet, d'humeur frondeuse et mécontent par situa-
tion, Giano critiquait à tout propos les institutions de sa
patrie, se courrouçait à la pensée des maux dont elle souf-
frait, se plaignait de l'audace des nobles et de la lâcheté
du peuple. Ne voyait-on pas que tolérer les injures pri-
vées, c'était marcher rapidement vers la servitude publi-
que? Si le juge tremblait sur son siège ou s'y voyait
comme au désert, accuses et témoins refusant de com-
paraître devant lui, quelle garantie resfait-il aux oppri-
més? Étant les plus fnibles, ils ne pouvaient même se
faire justice de leurs mains. A cette extrémité les rédui-
sait la connivence des popolani grossi avec les grands.
« Machiavel (ht. /ior.. H, 21 B) esl très-favorable à Giano. — M. Ciu-
dici (Stor. dei mun. ital., \, 886) exagère Tcloge et fait trop de lui un pa-
ladin populaire. Sisinondi (III, 42) Faccuse d^ambition, nous ne voyons pas
sur quel fondement.
« Ammirato, 1. IV, t. I, p. 187. — Villani. VUI, 8.
» Provmsione du 5 octobre 1 294, où Ton décide d'obliger Pisfoia à lever
Texcommunication. Les ecclésiastiques frappés par Giano sont nominésdans
ce document (N* lY, p. 76).
(An. 1292) PROMOTEUR DE LA RÉFORME. 365
Supporterail-on toujours la cupidité, la concussion, H
dilapidation chez les recteurs? L'heure était venue d'en-
diguer le torrent, si l'on ne voulait qu'il inondât ia ville,
de réformer les statuts, comme le permettait l'antique
coutume, de remettre en vigueur les plus durs et d'en
édicter de plus durs encore, qui inspirassent aux injus-
tes et aux violents une salutaire terreur*.
Les esprits ainsi préparés, on n'attendit point une nou-
velle seigneurie. Il aurait fallu différer jusqu'au 15 fé-
vrier 1293. Dès le 10 janvier de cette année, le potestat
Tebaldo Brugiati, de Brescia, et le capitaine du peuple,
Gurrado de Sorecina, Milanais', cédaient, avec les prieurs
* E facendo in Firenze ordine e arbilrio a correggere H staluli e le nos-
tre leggi, siccome per li nostri ordini consueto era di Tare per antico (Yil-
laniy YIII, i ). De ces propos, les historiens de la renaissance ont fait une
harangue à la mode antique , qu'ont reproduite ou résumée les historiens
modernes. On y voit dans Léon. Bruni (lY, 67) des phrases textuellement
empruntées aux Latins. AmmiratoTa refaite (L. IV, 1. 1, p. i88), Sismondi
(111, 47), Giudici (I, 887) de même, et ils semblent croire qu^l y eut ainsi
un discours unique, solennel, qui décida les événements. UOsservatore fuh
rentino a même prétendu qu'il fut prononcé au Scheraggio, aux bords de
résout de ce nom, derrière Féglise où se réunissaient les conseils. 11 ajoute
que c'est Ih qu'on fit les nouveaux règlements contre les grands. Â vrni dire,
dès la pnge suivante, c'est dans l'église qu'aurait parlé Giano, ce qui serait
du moins plus vraisemblable et plus conforme aux usages (V, 205,
206, 3* é<l.). Le fait n'étant rien moins qu*avéré, chacun le place au moment
qu'il veut, Bruni avant, et Sismondi après l'élection de Giano comme prieur.
Sismondi dit même que « élant l'un des prieurs des arts, il saisit l'occasion
d'une assemblée du peuple ou parlement pour haranguer ses concitoyens
sur la place publique » . Or nous avons vu que le parlement se tenait â Tin-
térieur de Santa Reparata. De plus, Giano prieur eût fait ses propositions h
ses collègues, non au peuple. Enfin les dates et les documents, comme on va
le voir, prouvent qu*il n'était pas prieur quand la réforme fut décidée.
* Ce potestat est appelé Taddeo par la plupart dos auteurs ; mais la liste
des Officiales foreuses et Paolino (nnn. 1293) disent Tebaldo. Cet oflicier,
entré en charge le !•' janvier 1292, y resta jusqu'au 1*' juillet 1293. Quant
au capitaine, il exerça la sienne un an, de novembre 1292 à novembre 1293,
ayant été, en mai 1293, maintenu pour six mois. M. P. Yillari (N. AntoL^
juillet 1869, p. 453) dit qu'à la date du 10 janvier, la loi était déjà prête.
564 DÉUBÊRATIO.NS DES CONSEILS (An. 1292)
du 15 décembre, aux instigalions de Giano et à la près*
$ion publique, en proposant au conseil des cent de de-
mander balia aux autres conseils d'arrêter les bases d'une
réforme qu'auraient d'abord approuvée la seigneurie et
ses sages. Deux membres voulaient qu'on y lût, qu'on y
disculât ces bases, ce qui eût éternise le débat et com-
promis le succès : soixante-douze voix contre deux ac-
cordèrent incontinent la balia demandée. Dans le conseil
spécial du capitaine, le scrutin^ succédant au vole par
assis et levé, dont il paraissait alors une confirmation
nécessaire, donnait soixanle-lrois voix pour et vingt
contre. Le conseil général ayant approuvé à son tour, la
réforme triomphait, car, dans les deux conseils du potes-
tat les nobles n'étaient pas en nombre suffisant pour in-
firmer ces trois délibérations ^ Après avoir entendu en-
core quelques sages et les capiludini des vingt-et-un arts,
— on consultait donc, pour cette affaire si grave, les chefs
des plus humbles métiers, — les résolutions prises furent
Cesi une erreur contraire à toutes les vraisemblances et que rien ne jus-
tifie dans le document. (Proposuit D. Capitaneus si videlur consilio utile
fore.... teneri concilia opporluna super bailia, licentia et auclorilate danda
et concedenda D. Potcstati , capitaneo et prioribus presentibus et sapien-
tibus quos habere yoluerint, providendi super artibus et artificibus uniendis
et super provisionibus et ordinamentis faciendis.... — iO janvier 1295.
Arch, slor.j nuova scrie, t. I, p. 78, doc. B).
* Yoy. le sommaire de la dJÏibcration publié par Bl. Bonuïni, dansTArc/i.
s(or., nuova série, t. I, part. I, p. 78, doc. B. — On ne saurait admettre
de nombreuses abstentions, forme de protestation moderne. Un autre vote
ayant eu lieu pour la provision ou salaire des prieurs, on retrouve les mémos
chiffres. Il y avait donc 26 absents. -^ Ces sommaires sont probants pour
les dates comme pour tout le reste. Or Giano ne figure pas sur la liste des
prieurs de décembre 1292, tandis qu'on lit son nom sur celle des prieurs
de février 1293 (Voy. Stefani, III, 195, 201). Ainsi, le principe de la ré-
forme fut adopte avant (^u*il eût qualité pour la demander ofÎBcieUement.
Les prieurs durent donc céder, de très-bon gré d'ailleurs, à la pression du
dehors.
(An. 1292) SUR LES RÉFORMES PROJETÉES. 365
promulguées. Huit jours avaient suffi pour les prendre :
on était au 18 janvier*.
Voici la teneur de ces résolutions :
1° Le nombre des arts majeurs serait accru, l'esprit
en serait renouvelé par l'adjonction des cinq arts qui
les suivaient dans l'ordre hiérarchique, sans avoir comme
eux de coupables connivences avec les grands.
2"* Aux six prieurs on en ajouterait un septième qui,
sous le nom de gonfalonier de jusiice, exécuterait les dé-
cisions de la seigneurie, avec l'assistance de mille servi-
teurs armés. On voulait aiïranchir les prieurs, magis-
trats démocratiques, du potentat et du capitaine, qui
n'étaient pas dans leur dépendance, et que les statuts
obligeaient à prendre parmi les nobles étrangers*.
* Arch. stor,, loc. cit., p. 84-89. Parmi ceux qui prennent la parole, on
relève les noms de Dino Compagni, Rogerio Albizzi, Pacino Penizzi.
* Tous les auteurs, sans en excepter M. Villari, un des plus noufeaux et
de beaucoup le plus clairvoyant, ont commis In faute de voir un chef de gou-
vernement dans le gonfalonier dès son institution. Un Florentin du dix-sep-
tième siècle, dont nous avons un manuscrit, avait mieux compris les choses;
il dit ce qui suit du gonfalonier : i Da principio non poteva essere nobile,
e era uficio di poca ripulazione. • (Ribl. nat., ms. 743, p. 55.) — Ce lan-
gage est conforme aux bases mêmes de la réforme telles que M. Ronaïni les
a publiées : il y est dit que le gonfalonier sera c de majoribus popularibus
artlBcibus civitatis Florentie.... et qui non sit de magnalibus civitatis pre-
dicle. > (Abbozzo, Rub. 4, ap. Arch. stor.y nuova série, t. I, part. I,
p. 46 sq.) C*est seulement en 1306 que cette charge devint importante au
point de changer de caractère, et qu'au lieu d*étre un simple exécuteur de
justice, le gonfalonier fut le procurateur de la république, sans être
encore, tant s'en faut, le chef du gouvernement. Alors les nobles com-
mencèrent à obtenir et surtout à désirer cette charge, qui ne fut plus
accordée qu'à ceux des citoyens qui comptaient parmi les plus consi-
dérables. (Bibl. nat., ibid,) — M. P. Yillari tombe donc dans Ter-
reur commune quand il écrit : t La creazione di questo magistrato viene
chiaramente a provare che si sentiva il bisogno di dare unità e capo al
govemo, ma la gelosia repubblicana non permise d'andar oltre una sem-
plice apparenza. • (iV. AntoL, juillet 1869, p. 400.) Le gonfalonier n'est
pas le chef, même en apparence; sur les listes de prieurs il est toujours le
366 ÉLECTION DES PRIEURS. ' (An. 1293)
3* Balia serait donnée à trois jurisprudents de réviser
à loisir les statuts, et d'y accomplir les transformations,
d'y introduire les mesures propres à imposer le respect
des lois, à rendre les grands inoiTensiFs. Un projet som-
maire serait remis à ces trois doctes, conforme aux prin-
cipes et aux usages du droit^
Les Florentins procédèrent ensuite, avec un soin tout
parliculier, à l'élection des nouveaux prieurs. C'était la
coutume que, la veille ou l'avant-veille, on décidât sous
quelles formes elle aurait lieu, et chaque fois ces formes
subissaient de sensibles modifications, f^e 14 février,
après une discussion où se rencontrent les noms connus
de Peruzzi, d'Albizzi, de Gualterotti, du boucher Dino
Pecora et du juge Lapo Salterelli, on décidait presque à
l'unanimité, sur la proposition de Rosso Strozzi, que le
capitaine et les prieurs, à l'exclusion du poteslal, éli-
raient trois ou quatre personnes par sesto, et que celui
qui obtiendrait le plus de voix serait prieur pour son
$esto^ les capitudini et les sages de chacun des six quar-
tiers s'abstenant, s'éloignant même, lant qu'on ferait
l'élection de leur quartier".
A peine entrés en charge, les nouveaux prieurs, dont
était Giano délia Bella, élurent gonfalonier de justice
Baldo Ruffoli, du sesto de Porta di Duomo, qui arbora,
dernier, c'est-à-dire le neuvième. Il n'a après lui que le notaire. — Ste*
fani donnait déjà Texemple de confondre les temps : « Ed era onorato più
innanzi ad ogni cosa cbe gli altri priori. > (lU, 106.) Quant à Ammirato,
il commence beaucoup trop lot à désigner les temps par les noms des
gonfaloniers.
* Ce projet est celui qu'a publié M. Bonaïni dans VArch. stor., nuova
série, t. I, part. I, p. 37 sq.
* Salvo quod capitudines et sapientes illius seitusinquo fiet scruptinium
non sint présentes (14 février 1293. Doc. de YArch. stor,, nuova série,
1. 1, part. I, p. 84)*
(Âii. 1293) ACCROISSEMENT DES ARTS MAJEURS. 367
le même jour (15 février)*, aux fenêtres de sa propre
maison ' un gonPalon blanc à croix rouge, signe de ral-
liement pour les mille pedoni artisans qu'on voulait
placer sous ses ordres'. Non moins facilement se fit Tad-
jonction des cinq arts intermédiaires aux sept arts ma-
jeurs : le sentiment public, on l'a vu, y était préparé. Ce
furent ceux des bouchers {beccari)y des cordonniers
(calzolai)^ des forgerons {fabbri)^ des charpentiers et
maçons {maestri di pietra et legname)^ enfin des fri-
piers {rigattieri)^ gens nombreux, de condition infé-
rieure et de manières rudes, très-propres à fortifier, à
raviver l'élément populaire parmi ces riches marchands
qui jouaient à l'aristocratie sans renoncer à leur trafic.
Les nouveaux arls majeurs eurent désormais, comme les
anciens, des armes, des pavois, tous les insignes néces-
saires pour marquer la place qu'ils commençaient à
occuper dans TÉtat*. Les pouvoirs publics reposaient
* Villani (VUI, i) ne dit pas à quel moiueat fut élu le premier gonfalo-
nier ; mais Ammirato est très-précis : i II quale entrando primo di quella
dignità nel duoyo magislrato a 15 di febbraio doveva finirlo alla meta
d'aprile. » (L. III. t. I, p. 189.)
* Bibl. nat., ms. ital., loc. cit. Admis bientôt à loger avec les prieurs,
sa réputation s'en trouva augmentée.
^ Quoddam magnum vexillum de bono et solito zendado albo cum una
cruce magna rubea in medio per totum vexillum extenta.... m. pedites ex
populanbus seu artiGcibus civilatis Florentie (Ordinamenta justitiœ ,
Rub. 4. — Bonaïni, Arch. stor,, loc. cil., p. 47-48. — Cf. Stefani, III,
196).
* Que celte adjonction ait eu lieu dès lors, cVst ce que prouve la pro-
mulgation des Ordinamenta justitiŒf qui eut lieu en présence des capitu-
dini des douze arls majeurs. Villani, par une erreur assez inexplicable,
rapporte même ce fait à Tannée précédente : < Le selte arli maggiori s*al-
legarono con le cinque arti conseguenti, e imposono tra loro arme e pavesi
e certe insegne, e fu quasi cominciamento di popolo, onde poi si prese la
forma del popolo , cbe si cominciè nelli anni di Cristo 1292. • (VII, 131.)
U est probable que Yiiiani voit raccomplissement du fait dans quelques*
368 MESURES CONTRE LES GRANDS. (An. 1295)
donc sur une base plus solide, parce qu'elle était plus
large ; ils devenaieut un instrument plus sûr.
Restaient les mesures à prendre contre les grands.
Le soin de réformer les statuts à leur égard avait été
commis par les prieurs de décembre à Dino Rislori,
Ubertino délia Strozza et Baldo d'Aguglione, juriscon-
sultes renommés, guelfes résolus et partisans du peuple,
quoique membres de cet art des juges et des notaires
qui se rapprochait insensiblement de Taristocralie de
naissance, parce qu'il formait l'aristocratie de savoir*.
On leur laissa tout loisir d'étudier les projets soumis à
leurs délibérations, d'en préparer et d'en arrêter les ter-
mes défînitifs. Â mesure qu'un statut était rédigé, ils
le soumettaient aux magistrats, qui en donnaient lec-
ture aux conseils, et, s'ils étaient approuvés, en procu-
raient aussitôt l'exécution". Le 12 août 1294, tous les
unes des tentaliTcs antérieures, dont nous avons parlé, de joindre à Tocca-
sion les cinq arts moyens aux sept majeurs , en altendant qu'on pût iutro-
duire cette adjonction dans les statuts. Mais, en ce cas, ce n'est pas à 1292,
c'est k 1^85 tout au moins qu'il faudrait remonter.
* Un peu plus tard c i grandi s'accosta rono col consiglio del coUegio de*
giudici e notari. » (Villa ni. YIII, 8.)
* Ordinamenti di giustiziay Rub. 80, ap. Giudici, t. Il, App., p. 585.
Ces trois commissaires ont un mauvais renom dans Tbistoire, surtout auprès
de Dante et des gibelins, moins pour leurs méfaits que pour les maux sub-
séquents dont on les rendit responsables, parce qu'on en voulut voir la cause
dans les statuts qu'ils avaient rédigés. Ubaldo ou Baldo d'Aguglione surtout
a été cloué au pilori par Dante et son conunentateur , qui l'appellent l'un
c le villain d'Aguglione >, parce qu'il était né dans le casiello de ce nom
au val de Pesa (Parad,, XVI, 56), Tautre « un grand chien > (qui fuit m i-
gnus canis. — Benvenuto da Imola, Comment, à ce vers, ap. Murât., Ant,
ital., I). — On lui attribue, entre autres méfaits , d'avoir , en 1299 , aidé
^iccola Acciajuoli à déchirer une feuille d'un livre public où ce dernier se
trouvait compromis (Voy. note de Costa et Bianchi au Purgat., XII, 104).
— On trouve bien, en août 1293, que lecture était faite aux conseils de sta-
tuts déjà rédigés (lecto ordinamento justitie de hoc loquenle. — Arch. stor.,
doc. Bonaini, loc, cti., p. 86, 87) ; c'est sans doute que les rédacteurs les
(An. 1294) LES ORDONNANCES DE JUSTICE. 569
staluls ou ordinamenla juslUix ayant été successive-
ment adoptés par les conseils, le potcstat Maffeo des
Maggi, de Brescia, soumit dans leur ensemble les nou-
veaux règlements à l'approbation de son conseil gé-
néral. Le notaire Bene de Vaglia se leva pour recom-
mander l'adoption ; Neri Atiglianti après lui pour con-
seiller le rejet, puis le juge Boninsegna de Bccchinugi
et le boucher Dino Pecora pour appuyer la motion du
notaire. Sans plus de paroles, on vola par assis et levé.
Dans cette assemblée où les nobles avaient accès, les
ordinamenla furent adoptés presque à l'unanimité*. Le
peuple florentin connut alors dans leur ensemble ces
lois draconiennes, objet pour les uns de confiance et
d'espoir, pour les autres de colère et d'effroi".
Elles formaient une ordonnance en quatre-vingts
paragraphes ou rubriques, dans le style diffus de la judi-
cature et le désordre propre, durant les siècles du moyen
âge, aux documents législatifs de tout pays. Comme
leur titre l'indique, leur principal objet était la justice;
mais elles touchaient aussi à la politique, notamment
pour l'élection des magistrats. Rédigées d'abord en
latin, selon l'usage, elles furent bientôt traduites en
•
livraient au fur et à mesure de leur travail. On les approuvait aussitôt (Voy.
Provvisioni, iO avrU 1293, 12 janvier 1294, n* lU, p. 131, 154 V). — Au
reste, on employait le mot ordinamenli dès lors, à propos de toute mesure
à prendre. Le 22 octobre 1293, les prieurs étaient autorisés à faire des or^
dinamenti pour forcer personnellement les condamnés ï payer les amendes
(Provvisioni, n" Ul, p. 143). Le préambule des ordinamenla porte la date
du 18 janvier 1292, c'est-à-dire 1293 (Voy. Giudici, Append.. t. Il, p. 308).
* Placuit quasi omnibus secundum propositionem (Lib. di Cons,, Arch,
stor.y nuova série, t. I, part. I, p. 82).
* On a peine à comprendre que Muratori ait passé sous siJence un fait si
considérable ; mais c'est ainsi que, de son temps, on comprenait Thistoirc .
Les institutions paraissaient prêter h une dissertation critique, non pouvoir
entrer dans un récit bis torique.
BIST. DE PLORBiNCB. — II. 24
370 LES ORDONNANCES DE JUSTICE. (âm. 1294
langue vulgaire, pour que lous les pussent comprendre
ceux qui étaient tenus de les observer, comme ceux qu
avaient à les appliquer V Dans cette République si mo<
' Sur les différents textes des Ordinamenta juttitiœ, nous ne pouvon
mieux faire que de rapporter ce qu'en dit M. P. Villari : c Les ancienne
rédactions des Ordinamenti sont si diverses qu'il y en a qui n*ont qu*
22 rubriques, d'autres plus de 100. Il y a 6 rédactions, 4 imprimées, 2 iné
dites. Celle qui est du dix-huitième siècle peut dès Tabord être rejetée. C'es
une compilation générale des statuts florentins faite en 1415 par Barto-
lommeo Volpi et Paolo de Castro (StattUa populi et communis FlorenUœ
collecta ann. 1415. Friburgi, 1778-1781). On y a réuni, sans ordre histo
rique, des lois de temps très-divers. Les Ordinamenti y sont altérés pa
toutes les modifications postérieures , pêle-mêle et sans date. De même ui
ms. inédit de VArchivio di $UUo , déjà condamné par M. Bonaïni pour ui
semblable motif. Des quatre autres, celle de M. Bonaïni n'a que 22 rubri
ques et est incomplète. Mais il est aisé de voir que dans les autres, à par
tir de la 29* rubrique, il y a des additions, des lois postérieures qui sou-
vent portent leur date et sont unies aux Ordinamenti, parce qu'elles le
modifient, les développent ou traitent de matières y relatives. Donc le
28 premières sont seules de 1293. Malheureusement, il y a des divergen-
ces entre ces 28 rubriques et les 22 de M. Bonaïni, qui sont manife»
tement les plus anciennes. Mais M. Hegel a prouvé (Die Ordnungen de*
Gerechtigkeitj etc., Erlangen, 1867, discours d'ouverture où il examine l
publication de M. Bonaïni) que ce n'est là qu'une première ébauche
comme l'appelle M. Bonaïni lui-même, non encore discutée et approuvée
Ce ms. porte la date de 1292, de même januarii, c'est-à-dire 1293
mais pas de formules officielles, beaucoup de ratures, de blancs, uni
contradiction au sujet des témoins contre les grands {per testes probante^
de publica fama) ; car on sait par Villani (au nom de Villani, M. P. ViL
lari ajoute ici celui de Dino Compagni) qu'il suffisait de deux. Or c'est li
un fait grave sur lequel il ne peut se tromper. En juillet de Tannée sui-
vante, nous voyons en effet une révolution, et tout l'avantage que lei
nobles en retirent , c'est qu'au lieu de 2 témoins , il en faudra 5 (Vil
lani, YIU, 12). Le mérite de cette ébauche est d'être un peu antérieur
à la promulgation , tandis que les autres rédactions sont postérieures. Ls
comparaison du texte latin publié par le P. Fineschi en 1790 (Memorii
storiche di S. Maria Novella, p. 186, 255) et du texte italien publié pai
M. Giudici en 1855 (Storia deiMunidpi italianiy t. II, App.) y montre tous
les caractères d'une loi légalement sanctionnée , et l'examen des mss. qui
sont anciens et authentiques le démontre. Tous les deux portent la date,
conunencent par les formules. En se tenant aux 28 premières rubriques, on
remarque peu d'additions , aucune au delà de 1295 , et en comparant avec
les 22 de l'ébauche de M. Bonaïni, on ne voit que des différences de forme.
(Ah. 1294) ÉLECTION DE LÀ SEIGNEURIE. 571
bile, elles étaient destinées à durer autant que la Répu-
blique même. Dante vécut assez pour les voir en vigueur
pendant près de trente années, pour remarquer^ si son
humeur sombre le lui permit, que Florence savait, au
besoin, ne pas détruire en novembre ce qu'elle avait filé
en octobre. Aussi a-t-on pu dire que les ordonnances de
justice furent pour les Florentins ce qu'est la Grande
Charte pour les Anglais ^
La partie politique de la réforme portait principale-
ment, nous l'avons dit, sur l'élection des magistrats po-
pulaires, c'est à dire des prieurs et du gonfalonier, et
aussi sur les formalités apportées à l'exercice de leur
charge. Il faut suivre dans ses détails cette organisation
compliquée, telle que la firent les ordinamenta^ et les
modifications que l'expérience y devait bientôt apporter.
Peu de jours avant la date fixée pour l'installation d'une
nouvelle seigneurie, le capitaine du peuple, d'accord avec
les prieurs sortants, désignait le lieu où se réuniraient
les capitudini des douze arts majeurs avec des sapientes
juris et des buomwmini des métiers, au nombre que fixe-
raient les dits prieurs. Là, en leur présence, le capitaine
demandait aux personnes convoquées sous quelle forme
elles voulaient procéder à l'élection*. Ces formes souvent
Donc , quand les trois rédactions sont d'accord , nous pouvons être certains
d*ayoir le texte d) 1393. Quand elles sont en désaccord, il faut s'aider des
chroniqueurs. » (Suit une bibliographie précise de toute ces rédactions. —
P. Villari, La Repubblica fiorentina al tempo di Dante, Nuova Antologia,
juillet 1869, t. XI, p. 455-458). Il est à peine utile d'ajouter que ce qu'on
trouve des OrdinamerUa au t. IX des Delizie degli eruditi Toicani est très-
incomplet et ne doit pas être confondu avec le travail d'auteur inconnu où
SjB trouvent résumées les institutions de 1280 à 1292 (p. 256 sq).
* M. Bonaîni (Arch, stor,, nuova série, t. I, part. I, p. 4).
* Si singulier que soit ce manque de fixité dans une constitution qui fixe
tant de menus détails, il est hors de doute. Le rédacteur des Ordinamenti
57S MODES DE L'ÉLECTION. (âh. 1204)
modifiées montrent par quelles ^fluctuations passait l'es*
prit démocratique en ses progrès. Ainsi, le 13 avril 1293,
il est décidé que chacun des six quartiers désignera six
personnes choisies dans son sein, sur le nom desquelles
voleront immédiatement les prieurs sortants, chargés de
l'élection '. Le 13 juin, ce ne sont plus les quartiers, ce
sont les sages de chaque art, qui, sous la présidence de
leurs consuls, désigneront un éligible par quartier*. Le
14 août, la lecture étant donnée de la rubrique des ordù
namentaj déjà rédigée', on en revient aux six élus des
quartiers, dont un au moins, innovation digne de remar-
que, sera pris dans les arts mineurs*. Le 14 octobre, re-
tour aux errements du 13 juin, sauf que l'éligible de
chaque art devra être choisi dans l'art même, afin que
chaque corporation en ait un dans chaque quartier'. Le
s*y reprend à deux fois : « Et in presentia ipsorum doininorum Priorum,
predictus Doniinus defcnsor et capitancus , coram ipsis capitudinibus et Si-
picntibus proponat et consilium pelât quo modo et qua forma electio fulu-
rorum Priorum arlium.... Sicquo quolibet anno, singulis duobus mensibus,
predicto tempore, super electionc priorum facienda, proponendo scmper quo
modo et forma in ipsa electione procedcndum sit.... » (Ord,jusi,, Rub. 5.
Bonaïni; Cf. Giudici, p. 514, 515). — En général , quand les deux textes
sont conformes , nous préférerons citer Toriginal latin , plutôt que la tra-
duction italienne , même odiciellc. Quand nous descendons aux rubriques
absentes dans le texte de Bonaïni , c'est qu'elles ne sont pas postérieures
à 1295.
' Quod sex per sextum eligantur per illos de suo sextu ; et postea Gat
scruptinium» ut dictum est (Lib, di Coîîs,, Arch, stor,, nuova série, t. I,
part. I, p. 85).
* Pacinus Poruczi consulit quod sapientes se convciiiant cum consulibus
sue artis et eligant unum per sextum. Postea fiat scruplinium more solito
(Ibid., p. 8G, 87).
3 Lccto ordinamento justilie de hoc loquenle. (Ibid,)
* Et sit ad minus unus ex minoribus artibus. (Ibid.)
' Quod quelibet capitudo cum sapientes sue artis eligant unum per
sextum.... quod quelibet capitudo det in scriptis solummodo de illis dearte
sua, et postea fiât scruptinium more solito (Ibid., p. 88). Cette délibéra*
(An. 1294) SERMENT DES ÉLECTEURS. 373
14 décembre, aux prieurs conjointement avec le gonfa-
lonier est rendu le droit de choisir les éligibles au
nombre de deux ou quatre par quartier, puis l'élection
définitive est faite par eux, par les capitudini, par les
sages dont se compose avec eux le collège électoral, tou-
jours à raison d'un prieur par quartier*.
Une seule chose ne variait pas parmi lant de varia-
lions : le serment que prêtaient sages, capiludini et
prieurs sortants de faire bonne élection sans céder aux
prières, c'est-à-dire de choisir parmi les plus loyales et
meilleures gens qui exercent un art ou figurent du moins
sur ses registres matricules et ne sont pas chevaliers ou
magnats*. « Pour qu'une convenable égalité soit ob-
tion a été en outre publiée dans une collection de documents relatifs à Dino
Compagni (Voy. Arch, s/o»*., 3* série, t. XVI, 1872, p. 14, 15).
' Quod prières et vcxillifer présentes eligant duo vel quatuor per sextum,
quibus per omncs indicto consilio cxistentes dentur voces, et illi sex, sci-
licet unus per sextum, qui plures voccs babuerint, sint prières per duo-
bus mensibus yenturis (ïbid., p. 89). — M. 6. Gapponi (I, 84) et M. Del
Lungo (notes à la Cbron. dite de D. Compagni, 1. 1, p. 37, n. 18) com-
mencent dès lors à appeler arruoti (participe à^airogere) ceux qui sont
adjoints aux prieurs en exercice pour nommer les nouveaux prieurs, et
qu'on nommait auparavant savi ou richiesti, Peut-êtic est-ce devancer un
peu le temps où ce nouveau mot fut en honneur.
' De prudentioribus, melioribus et legalioribus artiûcibus civitalis Flo-
rentie, dummodo non sint milites (Rub. 3, texte de Bonaïni). — Gbe nulle
de' priori potesse essere di casa de' nobili delti grandi, che prima ve n'avea
sovente chiamali : ci6 erano certi de' grandi i quali erano mercatanti e
buoni uomini (Villani, VUI, 1). — D'après l'ébauche des Ordinamenta
publiée par M. Bonaïni, il aurait fallu exercer effectivement un art (conti-
nue artem exercenlibus) ; mais le texte de Fineschi est contraire, ainsi
que celui de M. Giudici (Li quali facciano continuamente arte, owero siano
scritli in libre owero malricola d'alcuna arte). Cela prouve que le projet
primitif ne fut pas adopté ou qu'on renonça très-promptement à en assu-
rer l'exécution. Giano délia Bella est nommé prieur, quoique n'exerçant
aucun art. Comme il avait en France quelques intérêts conunerciaux, peut-
être aurait-il pu, à la rigueur, être censé remplir les conditions de la loi ;
mais il n'en est pas ainsi de Dante, dont on sait que, s'il était inscrit aux
374 SERMENT DES PRIEURS. (Ah. 1294)
servée % ]» ne peuvent être élues les personnes appelées
à prendre part au vote, ni aucune de leur famille {ccisa)
ou de leurs alliés {casato)j non plus qu'aucun des prieurs
des années précédentes. Les votants devaient déclarer
pour quel art ils élisaient tel ou tel prieur, car il n'y
en pouvait avoir deux pour le même art. C'est pour-
quoi, avant de commencer, on tirait au sort l'ordre des
sestieri sur lesquels porteraient tour à tour la désigna-
tion des éligibles et l'élection ou le tirage au sort qui déjà
tendait à la remplacer*. Aucun élu ne pouvait décliner
l'honneur que le choix ou le hasard lui imposait : con-
trainte nécessaire pour ne pas recommencer incessam-
ment le double scrutin que compliquaient tant de condi-
tions et d'exclusions.
L'élection des prieurs avait lieu la veille ou l'avant-
veille du jour où ils devaient entrer en charge, et ils y
entraient le 15 des mois de février, avril, juin, août, oc-
tobre, décembre. Dans la matinée même, ils se rendaient
au conseil du capitaine ou dans l'assemblée à parlement,
afin d'y prêter, entre les mains de ce magistrat, le ser-
ment obligatoire. Ils désignaient eux-mêmes la maison où
registres des médecins et apothicaires, il n*ezerça jamais leur profession
(Voy. M. P. Villari, Nuova ArUologiay p. 458). — Cantini (IV, 4) publie
aussi un texte conforme à celui de M. Bonaïni (admittatur pro artifice qui
continue artem exerceat) ; mais la date de ce document est le 18 janvier
1203; il ne s'agit donc que des ébauches ou projets bientôt modifiés par
la rédaction définitive.
* Et ut in electionibus fulurorum priorum débita convenientia et con-
decens equalitas observetur (Ord.jtui.y Rub. 3 ; Bonaïni, p. 45 ; Cf. Giu-
dici, p. 316.)
* Primo in qualibet electionc ipsorum futurorum priorum , antequam
super ea aliquid proponatur vel fiât , Forle dirempto et terminato in quo
sextu primo et in quo sextu secundo, et sic de ceteris sextibus (Ord, ju$t,,
Kub. 3 ; Bonaïni, p. 44 ; Cf. Giudici, p. 315). L'élection au sort, a traita,
ne devint de règle qu'en 1328 (Voy. Cantini, IV, 1).
(An. 1294) OBUGATIONS DES PRIEURS. 375
ils devaient vivre, manger, et, comme disent les Italiens,
dormir ensemble*. Ils n'en pouvaient sortir que pour les
affaires publiques; quant à leurs affaires privées, ils
devaient obtenir, pour y vaquer, la licence de leur chef
qui était, non le gonfalonier, comme on l'a cru long-
temps, mais un d'eux, élu par eux sous le nom de
propostOj seulement pour deux jours*. Celle licence ne
leur était accordée que rarement et de nuit. Se ren-
daient-ils dans leurs propriétés du contado^ on leur con-
fiait une des clefs de la ville. Ils n'assistaient ni au
baptême de leurs enfants, ni aux funérailles de leurs'
amis ou de leurs proches : celles de leurs collègues
étaient seules exceptées. A personne il n'était permis de
leur parler, sauf en audience publique, le lundi, le mer-
credi, le vendredi, toujours en présence de quatre d'en-
tre eux et d'un de leurs notaires ou greffiers.
Leur office était presque gratuit, car ils ne recevaient
que dix sous par jour. Leur table et leur entrelien coû-
taient, à vrai dire, journellement dix florins d'or; mais
pour cette somme ils devaient nourrir eux, leurs notaires,
les neuf donzelli et les cinq religieux attachés à leur ser-
vice, ainsi que leurs divers domestiques, le spenditorey
qui présidait à la dépense et à l'achat des comestibles, un
cuisinier-maitre , deux aides , deux massiers , deux trom-
pettes, deux fifres, quatre sonneurs et le clerc qui servait
leur messe, à laquelle ils assistaient seuls. Encore ju-
raient-ils de ne pas faire un autre emploi de ces dix flo-
* In una domu ubi voluerint (Ord, jtut,^ Rub. 3; Bonaïni, p. 46 ; Cf.
Giudici, p. 317).
* Cantini, IV, 24. — La seule prérogative du proposto , dit cet auteur ,
était d'avoir le pas sur ses collègues , après le gonfalonier et le potestat.
Pour ce qui est du gonfalonier, il se trompe, parce qu*il confond les temps.
376 PRIVILÈGES ET OFFICE DES PRIEURS. (Ax. 1294)
rins, et, s'ils avaient du surplus, de le restituer à la
caméra ou trésor public. On porta bientôt à trois le
nombre des lîfres, à sept celui des trompettes, pour
donner plus de corps à leur musique criarde qui se fai-
sait entendre pendant le dîner et le souper. On donnait
à ces musiciens quatre florins d'or par mois, plus deux
habits neufs par an, du prix de vingt livres, l'un à la
Saint-Jean, l'autre à la NoëP. Quarante berrovieri et
douze messagers ou banditori complétaient la famiglia
des prieurs*.
Tant que durait leur charge et même une année pleine
après qu'ils en étaient sortis, nul ne pouvait inquiéter ces
magistrats dans leurs biens ou leurs personnes, pour
cause de dettes ou de trafic, ni même leur intenter procès
de ce chef et les condamner. Rentrés dans la vie privée,
la seule distinction qui perpétuât le souvenir de leur
dignité, c'était le privilège de porter jusqu'à leur mort
toute sorte d'armes sur le territoire florentin*. Gomme on
nommait trente-six prieurs par an , comme ils ne pou-
vaient être de sitôt réélus, il dut y avoir, à la longue,
beaucoup d'hommes armés dans cette ville où il était
interdit de porter des armes. Maigre récompense, au
demeurant, d'un labeur assidu. Durant deux mois, la
seigneurie devait vaquer aux fonctions les plus diverses :
préparer les lois, convoquer les conseils, procurer l'exé-
cution de la justice, destituer au besoin les juges du po-
teslat et du capitaine, assurer la tranquillité publique, la
* Canlini, IV, 22, 23.
* Les berrovieri étaient d'abord au nombre de 32. Le 29 mars 1294 on
en porta le nombre à 40, recevant 5 livres de petits florins par mois (Con-
sulte, I, p. 2 v*).
* Canlini, IV, 22-23.
(AN. 1294) ÉLECTION DU GONFALONIER DE JUSTICE. 377
libei (é^ la sûreté des rues, afin que les marchands y pus-
sent faire étalage de leurs marchandises, veiller à l'ap-
provisionnement des forteresses, les démolir ou les répa-
rer, en édifier de nouvelles, sans même attendre, dans
les cas d'urgence, l'approbation d'aucun conseil, y faire
la rassegna^ c'est-à-dire vérifier l'état des lieux et en
recevoir la remise, quand expiraient les pouvoirs d'un
châtelain, nommer son remplaçant, fixer le chiffre de
ses gages, créer des capitaines de guerre à pied et à
cheval*.
Quoique faisant partie du collège des prieurs*, le gon-
falonier de justice n'était élu qu'après eux et selon un
mode particulier, ce qui est une marque de son infériorité
primitive. Le jour même où l'on procédait à l'élection
de la nouvelle seigneurie, les prieurs sortants désignaient
deux hommes capables {valenti uomini) de chaque ses-
tiere, et le capitaine du peuple les convoquait aussitôt
avec les capitudini des arts. Après avoir prêté serment,
les membres de ce corps électoral liraient au sort le ses-
tiere où serait pris le gonfalonier, puis, dans ce sestierCy
six des principaux popolani^j gens des métiers et bons
guelfes, amis de la paix et du repos de l'État \ ni parents
ni alliés d'aucun des prieurs nommés ou en exercice. On
volait alors au scrutin secret sur le nom de ces six
« Canlini, IV, 16-20.
* Et habeat dictus vexillifer ofûtium et yocem inter priorcs , sicut unus
ex prioribus (Ord.just., Rub. 4 ; Bonaïni, p. 47 ; Cf. Giudici, p. 318).
^ Quo sextu nominato eligant sex probos viros populares artifices de sextu
predicto.... Et sit lalis vexillifer de majoribus popularibus artificibus civi-
talis Florentie, et qui pacificum et tranquillura stalum diligat puro corde,
et qui non sit de magnatibus civitatis predicte (Ord, ju$t,^ Rub. 4 ; Ro<-
naini, p. 47 ; Cf. Giudici, p. 518).
^ Yoy. la note précédente
378 OFFICE DU GONFÂLONIEa. (âh. iS94)
popolanij les sages et les capitudini du quartier sur
lequel portait Télection s'abslenant, comme on Ta vu,
(l'y prendre part. La première fois, le tirage au sort
des sestieri avait porté sur tous les six ; la deuxième il
ne porta plus que sur cinq, et la cinquième que sur
deux, en sorte que, la sixième, celui qui devait fournir
le gonfalonier, se trouvait, sans tirage, indiqué naturel-
lement. Toute candidature posée à l'avance, toute réu-
nion préparatoire était interdite sous peine de cent livres
d'amende ^ Pendant une année, le gonfalonier n'était
point rcéligible, non plus que le notaire. C'est ce qu'on
appelait le divieto*. 11 était de deux ans pour les prieurs,
preuve nouvelle que les prieurs, dans le principe,
avaient le pas sur le gonfalonier. Mais celui-ci ayant
bientôt pris plus d'importance, grâce surtout à la force
armée qu'il commandait, on le voit déjà, en 1295, avant
le mois de juillet, assimilé aux prieurs pour le divieto
comme pour tout le reste \ Il vivait et délibérait avec
' Porgere prieghi , convenirsi in alcuno luogo a procurare d'eleggere
{Ordin. di giuit,, Rub. 5 ; Giudici, p. 520-321). — Cette rubrique manque
dans le texte de Bonaïni.
* Ce mot signiGe défense, du latin veiare ; italien, tnetarCy mâme sens •
' La question est obscure. Le premier texte de Bonaïni dit un an pour
le gonfalonier ; Fineschi et Giudici deux. Il nous parait certain que le chiffre
d'un an est exact, mais pour un temps très-court. Dans la loi du dix
ami 1293 publiée par Bonaïni (Doc. A, Arch, stor,, loc. cit., p. 75) on
lit que les prieurs et le gonfalonier auront les mêmes privilèges : c Salvo
et excepta quod que in ordinnmento justitie loquente de electione vexilli-
feri continentur circa devetum et tempus deveti ipsius vexilliferi..,, • Ces
paroles se trouvent dans la 31* rubrique de Fineschi et de Giudici, qui
est au nombre des additions postérieures à juillet 1295. Comme elles
s^y trouvent en contradiction avec leur assertion précédente, il est proba-
ble qu'après Tassimilation, Ton oubha d'effacer cette phrase désormais
sans objet, chose peu étonnante dans ces Ordinamenta faits de pièces et de
morceaux. Tout porte à croire que Tassimilation eut4ieu avant juillet 1295.
1 ne fallait pas plus de temps pour constater que le chef de la force anoéç
(An 1294) ARMIiS DU GONFÂLONIËR. 379
eux\ Pourtant le législateur n'avait pas permis que
sa voix, en cas de partage, fit pencher la balance, car
trop souvent il eût été l'arbitre unique des délibérations.
Dans ce collège de sept personnes la majorité légale était
de cinq voix*.
Un peu plus tard il fut enjoint au gonfalonier de se
donner, d'accord avec les prieurs, six conseillers popo/am
et artisans par sestiere^ élus comme lui pour deux mois'.
Mais ce conseil de trente-six membres lui fut une gène
plutôt qu'une force. Sa force était dans la petite armée
dont il avait le commandement.
Le jour même où il entrait en charge, en l'église de
San Pier Scheraggio, alors qu'il y venait prêter serment
avec les prieurs, le capitaine du peuple lui remettait le
gonfalon de justice à longue croix rouge sur champ
blanc. Cette bannière était ensuite déposée dans la maison
des prieurs avec des armures qui en portaient les insignes,
savoir cent heaumes, cent boucliers, cent lances, vingt
cinq arbalètes, réserve des cas urgents, pour les hommes
du gonfalon qui ne pourraient, faute de temps ou de
libre circulation dans les rues, rentrer chez eux et y
ne pouvait occuper un rang subalterne dans le collège dont il était membre.
Voy. sur ce point M. P. Villari, hc, cit,^ p. 459. — Nous ne voyons pas
que gonfalonier ni prieurs éludassent le divieto ; mais pour d^autres ma-
gistratures on Téludait quelquefois. Ainsi , en 1295 , Guglielmo des Maggi ,
de Brescia, était capitaine du peuple. Comme il ne pouvait être immédia-
tement réélu en cette qualité, on le fait potestat et, au bout des six mois
de cette charge, on le renommait capitaine. 11 mourait dans Texercice de
ses fonctions, et on le remplaçait par un de ses parents, Matteo des Maggi,
qui avait déjà été capitaine en 1281 (Paolino, II, 49, 50).
* Et cum eis moretur et comedat et dorraiat prout et sicut prières mo-.
rantar etfaciunt (Ord. just., Rub. 4 ; Bonaïni, p. 47 ; Cf. Giudici, p. 318).
' £t valeat et teneat id quod fiât per quinque ex eis , computata persona
vexilliferi inter prières predictos. (Ibid,)
5 Ord. jusL, Rub. 35 ; Giudici, p. 358.
380 , HILEOE DU GONFALONIER. (Ah. 1S94)
prendre ces mêmes armes dont ils étaient tenus de se four-
nir à leurs frais. Chaque année, en février, le capitaine
du peuple, les prieurs et le gonfalonier faisaient la ckia-
mata* : ils appelaient mille pedoni des métiers, tous
amis de la concorde et de la paix*, qui juraient de se
rendre auprès de leur chef au moindre tumulte, sponta-
nément et toutes les fois qu'ils en seraient requis par
messager, par édit ou au son de la cloche.
SufQsante dans les temps ordinaires, cette garde civi-
que pouvait ne plus Télrc aux heures d'agitation et de
trouble. C'est pourquoi le 10 avril 1295, cinq jours avant
de cesser d'être prieur, Giano délia Bella faisait lire, dis-
cuter, approuver dans tous les conseils un nouveau
statut qui l'augmentait de mille autres pedoni, de cent
cinquante maçons et charpentiers, de cinquante pionniers
« forts et gaillards, » armés de bons pics ^ Les deux mille
pedoni formèrent dès lors vingt compagnies, chacune de
cent hommes, ayant deux bannières, l'une blanche à croix
rouge, comme celle du gonfalonier, mais de moindres
' Appel, de chiamare, ajipeler.
■ Ord.juil., Rub. 4, De eledione etoftitio vexillifen jiulitie, et mille
pedUum.
' 150 inagJslri de l:ipide et lignamine , 50 piconarii fortes el rotnisli
cum bonis piconibus, — Quant aui 1000 DOUTeauxpMfoni.Oltrarnoet S.Pier
Scheraggio en fournirenl cbacun 400 , les autres xeEti chacun 300 (Docii-
lueDtapubliésparM, Bonaioi, i la suite des Ordinamenta de 1393, doc. A).
H. Giudici donne la date, et Fioeschi le fait, sans la date. Seulement cca deux
demien, au lieu de 1000 hommes di*enl 12200. C'eût été presque toute la
Tille et le conlado. Si le fait était eiact, les chroniqueurs en auraient parlé ;
or Villani (Vlll, 1) parle de iOOO, puis 2000, puis 400Û. Les teiles de Giu-
dici et Fineschi prouvent que cetle Torce année alla toujours en augnieu-
tant, mais ou y voit aussi une preuve de la nécessité, si l'on ne veut pas taire
d'anai^ronisme, de les conrronter constamment avec le texte primitif de
U. Bonaïni (Vo;. i ce sujet M. P. Villari, iV. Ant, XI, p. 465, juil-
let 1869).
-
(AN. 1294) MILICE DU GONFALONIER. 581
dimensions \ pour marquer leur commune dépendance
de ce magistrat, l'autre, portant des emblèmes particu liers,
pour les désigner entre elles*. Les trois ou quatre com-
pagnies de chaque sestiere formaient un groupe qui avait
en outre un gonfalon commun , aux emblèmes du sestiere*.
Quand ces différents groupes devaient se réunir, legonfa-
lonier se rendait au lieu de leur réunion, et assisté de
trois notaires du capitaine, il condamnait tout absent à
une amende que ces notaires enregistraient*.
Qu'espéraient les Florentins de ce nouveau déploiement
de forces urbaines? Ce n'était pas d'assurer le triomphe
< Ord. digiuêi., Rub. 32 ; Giudici, p. 355, 356. Ce n*est qu'un peu plus
tard qu'on réduisit à 50 l'unité tactique (Villani, VIII, i). C'est ce que Fau-
riel (I, 134) et H. flillebrand (p. 67) appellent les cinquantaines, unité
qu'on trouve aussi adoptée par Etienne Marcel pour l'organisation des forces
municipales de Paris en 1357 (Voy. notre Etienne Marcel, prévôt des mar-
chands , p. 150, 2* édit. in 4*, Paris 1874 , dans la grande collection de
V Histoire de Paris, publiée par la préfecture de la Seine). Fauriel a le tort
de rapporter les cinquantaines à l'année 1282 , et M. Hillebrand celui de
croire que toute la bourgeoisie fut armée. En 1306 seulement , on porta
les compagnies à 200 hommes, ce qui fit les 4000 hommes dont parle Vîl-
lani (Vni, 1). Voy. Giudici, I, 889.
* Les quatre compagnies d'OUrarno avaient pour enseignes spéciales :
la 1'* une échelle blanche sur champ rouge ; la 2* un carré blanc semé de
coquilles rouges sur champ azur ; la 3* un fouet noir sur champ blanc ;
la 4* un dragon vert sur champ rouge. San Pier Scheraggio : 1* une roue
de char couleur d'or sur champ azur ; 2** un taureau noir sur champ d'or ;
3* un lion noir rampant sur champ blanc ; 4* des bandes noires et blanches
alternées. Borgo Sant' Âpostolo : 1* une vipère verte sur champ d'or ; 2** une
aigle noire sur champ blanc ; 3* un cheval en liberté couvert de blanc,
avec croix rouge sur champ vert. San Pancrazio : 1* un lion rouge rampant
sur champ vert; 2* un lion rouge rampant sur champ blanc; 3* un lion
blanc rampant sur champ azur. Porta di Duomo : 1* un lion d'or sur champ
azur ; 2* un dragon vert sur champ d'or ; 3* un lion azur rampant sur champ
blanc. Porta San Piero : 1* des roues blanches et noires ; 2* des clefs rouges
croisées sur champ d'or; 3* champ mi-parti rouge et gris. (Osserv. fior.,
VI, 142, 3- éd.)
' Ord, di giust., Rub. 38 ; Giudici, p. 359.
Ibid,, Rub. 32, p. 356.
382 HIËRARCHIE DES ARTS. (An. ISM)
du droit, de la justice égale pour tous : la justice, en ces
temps-là, se faisait représailles. C'était de procurer une
revanche aux opprimés. On vit donc, chose rare dans
l'histoire^ prendre contre les grands les mesures qu'on
prend d'ordinaire contre les petits. Cette partie sociale des
ordinamerUa en est sans contredit la plus importante;
mais pour qu'elle fût efGcace, il fallait qu'au préalable
la seigneurie et la force publique à ses ordres fussent
constituées vigoureusement.
Le premier point à régler, c'était de fixer, du haut en
bas de l'échelle, la hiérarchie des arts. Il ne suffisait pas
d'avoir donné satisfaction aux arts intermédiaires; on
devait encore faire quelque chose pour les plus infîmes,
si l'on ne voulait, dans la lutte contre les grands, les avoir
contre soi. Tandis qu'on assignait le premier rang à l'art
des juges et des notaires, honoré par un peuple de mar-
chands pour son savoir, pour les services qu'il rendait en
administrant la justice et en assistant les magistrats dans
les affaires du gouvernement, peut-être aussi parce qu'il
ne pouvait s'enrichir, les aris mineurs reçurent pour la
première fois un rang déterminé. Celait leur faire offi-
ciellement une place dans la société, en attendant qu'on
leur donnât ou qu'ils prissent un rôle dans TÉtat. Depuis
cinq ans déjà, chacun de ces arts, au nombre de neuf,
avait obtenu le droit d'arborer un gonfalon autour duquel
ses membres se pussent rassèmbler^ Nouveau progrès,
le classement hiérarchique fut fait comme suit : l"* les
cabaretiers {vinattiei'i) ; 2** les aubergistes principaux
(atbergatori maggiori) ; 3° les marchands de sel, d'huile,
* Que yexilla habcnt et hiibcre soient a communi Florenlie a quinque
unnis citra (Ord.jtuL, Rub. i ; Bonaïni, p. 59; Cf. Giudici, p. 508).
(JlN. 1294) CLASSIFICATION DES ARTS MINEURS. 583
de fromage {coloro che vendono olio e sale e cascio) ; 4** les
tanneurs {arte de' galigai grossi^ ou conciatori)] 5** les
armuriers {corazzai et spadai) ; 6** les serruriers et for-
gerons nouveaux {chiavajuoli et ferrajuoli mKm)\
T les charretiers (carreggiai) ; 8** les tabletiers et faiseurs
de boucliers {scudai}; 9** les menuisiers ou charpentiers
(legnajuoli grossi)*; 10*" les boulangers {fomai).
Il n'est pas facile d'expliquer cette hiérarchie des arts.
On voit bien qu'à la réserve des juges et notaires, objet
d'une exception honorable, ils étaient classés moins d'après
leur utilité journalière que d'après leurs richesses, l'éten-
due de leurs affaires et de leurs relations. On comprend
mémo à la rigueur que dans un pays où les riches seuls
mangeaient de la viande, les bouchers, fournisseurs des
riches, soient au premier rang des arts intermédiaires :
avec leur coutelas en main et l'habitude de verser le sang,
ils avaient la force et les entiment de la force; leur impor-
tance sociale est un fait commun au moyen âge : personne
n'ignore le rôle qu'ils jouèrent en France sous le règne
de Charles YI. Mais pourquoi les boulangers sont-ils au
dernier rang des arts mineurs'? pourquoi des débitants.
^ De caliga (d*où Galigula) chaussure. U y avait une ancienne famille Ga-
ligai ou Galisgai ; mais plusieurs autres depuis prirent ce nom de leur art,
étant très-roturières et sans aucun lien avec la précédente. — Nous devoMS
ce renseignement à l'inépuisable obligeance deM. L. Passerini» dictionnaire
vivant pour tout ce qui touche à Thistoire de Florence.
' 11 faut remarquer ici les legnajuoli distingués des maeêtri di pietra e
legname, architectes, maçons et menuisiers.
' Nous voyons pourtant, le 50 janvier 1282, Bernardo Rossi, fomarius,
prendre la parole dans les conseils du capitaine (Consulte, t. I, quad. C,
p. 48). Ce fait ne peut s'expliquer que d'une manière : c'est qu'il y avait
des personnages riches qui possédaient un fonds de boulangerie, sans exer-
cer eux-mêmes, à peu près conune aujourd'hui des duchesses sont quelque-
fois titulaires de bureaux de tabac. À plus forte raison , probablement , en
était-il ainsi pour la boucherie. Resterait à savoir si les valets^ les manœa-
S8i LES SYNblCS DES ARTS. (Ai. IMi)
tels que le marchand de vin, l'aubei^iste, l'épicier,
prennent-ils le pas sur des fnbricants tels que le lablelicr,
le cliarpcntier, le menuisier? pourquoi réunissait-on
plusieurs industries pour former un art? Il semble malaisé
de croire qu'il y eût plus de banquiers ou de marchands
de drap que de serruriers, de charpentiers ou de bou-
langers. Les Florentins agissaient sans doute en vertu
d'idées préconçues, qui ne sont pas toujours les nôtres,
et qui, pourtant, s'en rapprochent quelquefois. N'y a-t-il
pas dans nos sociétés modernes des métiers essentiel-
lement utiles auxquels on refuse la considération etqu'on
relègue au dernier rang?
Quoi qu'il en soit,celte classification formait la première
rubrique des ordonnances de justice' . On ne pouvait mieux
marquer de quel prix paraissait alors une forte, stable et
complète organisation des arts. Mais ce qui montre bien
le but poursuivi, c'est ce qui suit dans la même rubrique.
Tous les ans, au mois de janvier, chacun de ces arts devait
se donner un syndic, et ces syndics venaient jurer devant
le capitaine du peuple, en présence de ses deux conseils
et des capitudini des douze arts majeurs, de faire observer
aux gens de leur corporation bonne, pure, ûdèle compa-
gnie et concorde, de les maintenir dans l'obéissance aux
magistrats et de prêter à ceux-ci main-forte s'il en était
Très, en ce cas, suivaient la condilioo de leur patron. Cela ne lemble guère
probable. — Dans Florence moderue, la boulangerie, par une Iraditioo per-
sisbntc, est encore en buUe i une sorte de défaTCur.
' Aprte quelques anuées, les slatuU des arts êtaieal soumis encore Jl une
complète rÛTtsion. Le 4 avril 1300, à une commistion de sept membres,
déjï nommée , on en adjoignait sept autres. La présidence en était donnée
il Neri [terri , car le règlement des dépenses est fait ■ en (àieur do Neri
Bcrri et de ses Ireîic compagnons. >• Ces quatorze commissaires furent en-
fermés quelques jouis au couvent des Servi. Pour leur nourriture et leun
écritures on leur allouait trente-deux livres {Promàoni, X, 211!, SSS f).
(Jl!f. 1294) LEURS ATTRIBUTIONS. 385
besoin. Toutes les compagnie?, ligues, promesses, con-
ventions, obligations, serments, tous accords enlve popo-
lani non prévus par la loi, contraires ou étrangers aux
constitutions de l'art, étaient annulés et prohibés sévère-
ment. L'art où ils seraient constatés payerait mille livres
d'amende et ses consuls cinq cents, ainsi que le notaire
qui aurait rédigé l'acte. Quiconque l'aurait conclu ou pro-
voqué encourait la peine capitale*. Pouvait-on mieux
montrer que, sans donner de droits aux arts mineurs, on
entendait leur imposer des devoirs, et faire d'eux comme
une milice de réserve aux ordres de la seigneurie?
Ces syndics, dont Tinslilution s'étendit aussitôt à toutes
les paroisses, à tous les « peuples du territoire », devaient
être élus dans la ville quinze jours, dans le contado un
mois au plus après la promulgation des ordonnances*. Ils
devaient assister ou suppléer les consuls de l'art dans
leurs rapports avec la justice, exiger le payement des
amendes prononcées, prêter main forte à tout offensé sur
sa réquisition ou sur celle de toute autre personne, en
requérir jusqu'à huit, dans leur propre syndicat, pour
les accompagner, ainsi que l'offensé, auprès du poteslat
ou du capitaine, sous peine, en cas de refus, de vingt-cinq
* Ord.jusL, Rub. 1 ; Bonaïni, p. 58, 42 ; Fineschi; Giudici. De iode-
laie , unione , promissione et juramentis ariium in infroicripto ordina-
mento expressis. — Rub. 2. Quod promissioneSf conventiones, posture et
monopotia^ obligationes et juramenla per artes non fiant vel observentur.
* Ârtiûccs ipsarum artiuin.... debeanl sindicos ydoneos et suflQcientes,
iaslructos ad onir.ia et singula infrascripta constiluere legipiime,... quod
facere teneantur de presenti raense januario in quo sumus.... et promictant
facere et curare quod artes....racient et observuhunl aliis artibus predictis....
bonam, puram et ûdelein sotietatem et compnsniam..., obedient Dominis
Potcsiati, Capitaneo. Prioribus et VcxilUrero ju?tilie [Ord. jmt., Rub. \ ; Ro-
iiaïni, p. 59; Giudici, p. 509. Cf. Ordin, di giust., Rub. 59; Giiiditi.
p. 57i).
ii:sT. nr. florf.xcf. — ii. 2."*
580 RIGUEURS ÉDICTÉES (An. 1294)
livres d'amende en ville et de cent sous à la campagne*.
Or tout popolano de dix-huit à soliante-dix ans était in^
scrit sur les registres des syndicats, et les engagements
des syndics restaient consignés sur des livres que gardaient
par devers eux les prieurs et le gonfalonier*.
Les capitudini ou consuls des arts étaient tenus, de
leur côte, d'appuyer personnellement les plaintes des
artisans de leurs corporations, quand un grand ou un
puissant les avait molestés ; d'aller, soutenus au besoin
par leurs collègues des autres arts, « autant de fois qu'il
serait nécessaire, » devant la seigneurie, le capitaine ou
lepolestat'.
Ainsi en mesure d'accuser et de poursuivre les grands,
il ne restait plus à la bourgeoisie florentine que de con-
firmer et de coordonner un grand nombre de rigueurs
précédemment édictées contre eux. Ces rigueurs remon-
taient loin : dès l'année 1285 ou 1286, Pisloia, qui
prenait exemple de Florence, avait déclaré les nobles
inhabiles au gouvernement, et inscrit sur le registre des
nobles quiconque troublait l'ordre public*. Florence
même les avait exclus du conseil des cent, des deux
conseils du capitaine, des milices populaires ; elle leur
avait interdit, avant de l'interdire aux autres citoyens, le
port d'armes, même défensives, à moins d'une caution
1 Ord, digimt.y Rub. 59; Giudici, p. 374.
* Ibid,, Rub. 57, 58, 59 ; Giudici, p. 371-374.
' Teneantur et debeant ad requisitionem et yoluntatcm talis grayati vel
injuriati, seu alterius pro eo predicta pctentis et requirentis, et etiam, si
expedierit, rectorcs et consules omnium ipsarum arlium, accedere quando
et quoliens opus fuerit.... [Ord, just., Rub. 1 ; Bonaïni, p. 40; Giudici,
p. 310.)
* Fioravanti, Mem, sior. délia ciltà di Pisloia, c. xvi, p. 239. -— Sis-
mondi, III, 65.
(An. 12y4) CONTRE LES GRANDS. 387
de cinq cents livres*. Il n'y cul donc qu'à rendre ces
défenses plus formelles', qu'à aggraver contre les grands
les peines de droit commun*. C'était peu de les avoir
contrainte à se faire inscrire au registre matricule d'un
des arts : il ne leur fut pas permis d'y devenir consuls,
capitudini ou recteurs. Toute élection portant sur un
grand était annulée, et l'art qui l'avait faite privé , pour
deux années, de chefs élus*. Il n'y avait guère de fonctions
publiques dont ils ne fussent exclus, et on les excluait
implicitement des autres, en stipulant qu'il y fallait être
honnête homme % car qu'ils pussent mériter ce nom, c'est
ce qu'on n'admettait point. Le registre de leur classe étail
toujours ouvert . Les popolani mêmes y étaient inscrits
pour vol, homicide, inceste, pour suspicion de les aider
dans leurs méfaits, ou simplement d'adhérerà leur cause*.
Contre les nobles exilés ou fugitifs, on avait d'autres
armes. A les ruiner, à les tuer, nul n'encourait aucune
peine : ils étaient hors la loi\ Juste châtiment de la
> Un d )C. du 5 août 1294 prouve que ceUe mesure était antérieure (Con-
sulte, t. I, p. 13 ; Provvisioni, n" IV, p. 55).
* La Rub. 14 de Bonaïni (p. 62) et 15 de Gludici (p. 556) excluent de
nouveau les grands du conseil du capitaine.
^ Radoppiando le pêne comuni diversamente (Villani, VllI, 1). — Item
pro iTiuUis fraudis evitandis que per quamplures magnâtes et nobiles civi-
tatis et comilatus Florentic conmictunlur cotiJie circa satisdationes et so-
damenla que per ces (iunt per formam capituli consliluti corn. Fior. positi
sub rub. De securilatibus prestandis a magnatibus civ. flor. (Ord, ju»l.,
Rub. 18 ; Bonaïni, p. 65, 66; Giudici, Rub. 17, p. 558.)
^ Ord. di gitut.f Rub. 54 ; Giudici, p. 558.
* Probus honio, valente uomo.
^ Stat. Flor, y I, 429, ap. Cibrario, DelV economia polHica^ etc., p. 47
Cf. Giudici, I, 888.
' Alcuno isbandito.... chc quelle cotale cbe offendesse.... possa esserc
impedito, inquietato, overo gravuto in persona overo cose [Ord. di giust, ,
Rub. 52 ; Giudici, p. 367). — En 1408, il parut nécessaire de dire ce qu*on
entendait par magnats : a Qui intelligantur magnâtes :.... in quorum do
Ob8 bOLlDARiTÉ ÉTABLIE (A.x. lâ<J4)
guerre, de la dévastation qu'ils portaient dans le contado.
Dans la ville, la peine la plus commune étant toujours
l'amende, il importait d'empêcher qu'elle ne devînt illu-
soire. On y réussit en resserrant les liens de la solidarité
entre grands. On savait de longue date à quoi s'en tenir
sur rexcellence du syslème*. Un vieux statut portait ce
litre : De securilatibus prxstandis a magnalibus civilatis
Florentix. Les familles des grands y étaient désignées.
Le maximum de la caution y était porté à deux mille
livres, sauf les cas de confiscation. La fournir solidaire-
ment, c'était ce qu'on appelait sodare^ un des mots qui
reviennent le plus souvent dans la vieille langue floren-
tine. Y contraindre les familles nobles, déjouer toutes les
échappatoires était peut-êlre le nœud de la question, le
point capital de la réforme*. Tout condamné, en effet,
se déclarait insolvable', et il cessait de l'être, si l'amende
était à la charge de toute sa famille. Aussi ne fit-on point
d'exception, même pour les magistrats qui figuraient au
registre d'un des arts, car on savait qu'en général ils
n'exerçaient aucun métier. Pour être affranchi desodarCy
mibus ?cl casato sunt vel fuerunt a viginli annis citra, ye\ crunt in postenim,
milites (Yoy. Del Luiigo, notes k la Ghron. de Dino Compagni, 1. I, p. 36,
n. 15).
' Dans un document du 28 août 1286, nous trouvons cette déclaration de
rexpcrience que les cautions imposées aux grands sont reconnues très-utiles
à réprimer la malice des méchants (Frammenti di prowisioni e riforme,
p. 9. 10).
* Che cotale il quale pecc6 e non sod6 , overo meno idoncamente sod5 ,
hae uno figliuolo o piii.... e per la detta cagione i più prossimani i quali fos-
sono tenuli per vertude del detlo ordinamento sieno richiesli , fuggono la
pena la quale si contiene nel detto ordinamento (Ordin. di gitut., Rub. 82»
np. Giudici, p. 392 ; 65, ap. Fineschi).
' Quod si.... essont insuflicientcs et impotentes propter paupertatem ad
sscurandum et sa isdandum.... ipsi domini priores , non obstantibus ante-
diclis, possint.... delibei'are qumtitatem.... sodare et salisdare tenean-
tur.... (Rub. 18, Bonaini, p. 67 ; Cf. Giudici, Rub. 17, p. 540.)
(Vv. 1291) DANS LES FAMILLES DES GRANDS 589
il fallait être reconnu popolano^ et pour être reconnu
popolanOy il fallait appartenir à une famille qui en fût
affranchie elle-même, au moins depuis cinq ans. Tout au-
tre issu de magnat devait, comme les magnats eux-mêmes,
fournir sa caution en février au plus tard, sons peine d'être
banni, s'il refusait ou hésitait \ En ce cas, les parents les
plus proches, dans la ligne masculine, lui étaient substi-
tués. S'agissait-il d'un crime capital? Si le coupable se
dérobait au châtiment par la fuite, la famille perdait ses
deux mille livres de caution et payait encore mille livres
de supplément. Toutefois, lorsque entre gens de môme
famille il y avait des inimitiés de sang, l'obligation de
sodare Tun pour l'autre cessait aussitôt', preuve mani-
feste que la loi poursuivait seulement la solidarité des
haines et des passions'. Faire plus eût été contraire à la
civilisation de ce temps et aux principes du droit qu'on
enseignait*.
Ce qui donnait à cette législation raisonnable un réel
caractère de férocité, c'est un grand étalage de pénalités
effrayantes pour réprimer les violences si fréquentes des
grands contre les popolani. A tout grand qui tue ou fait
tuer, qui blesse ou fait blesser un popolano de manière
que morl s'en suive, on coupera la tôle, ainsi qu'à la
* La Rub. 18, ap. Bonaïni, p. C7 et les Rub. 17, 18, 19, ap. Giudici,
p. 358-543, disent comment devront être fixées et même quoi sera le mon-
tant de CCS cautions.
* Se apparissc inimislîi di morte overo di fedita intra le dette parti per !•'
quali Tuno per raltro è tenuto di sodare e pagare la condannagione.... non
siano costretti (Ord. di giust.^ Rub. 19, Giudici, p. 343).
' C*est ainsi qifil faut entendre le mot de Villani : c L*un consorte eia
tenuto perTallro. » (VIII, 1.) — Mucliiavcl se trompe donc ou, si Ton vont,
il manque d'exactitude ou de clarlé quand il dit : a Obbligaromi i consorli
del reo alla medesima pena che qucllo. • (hi. fior., U, 21 B )
* Voy. V. P. Villari, N. Aniol, t. XI, p. 461, 462, juillet 1869.
399 l'ÉNALlTËS POUR LES OFFENSES (Ah. 1294)
personne qui lui a servi ou qu'il fait passer pour lui
avoir servi d'instrument. Le meurtre par procuration
étant le cas le plus ordinaire, les ordonnances de justice
parlent toujours de « deux capitaines du méfait, » les
autres élant considérés comme complices. Les biens des
« deux capitaines x> sont détruits ou confisqués. S'ils ont
pris la fuite, on les condamne de manière à n'avoir qu'à
exécuter la sentence, le jour où ils tomberaient aux mains
de la justice. Deux mille livres d'amende punissent ceux
qui ont aidé à la perpélra(ion du crime ^, mille ceux qui
n'y ont trempé qu'indirectement*. Ces sommes sont
prises sur leurs biens et sur les cautions fournies par les
magnats*. Ignore-t-on quel est le principal coupable? la
loi exige qu'on en désigne un, qu'on c< fasse un capitaine, »
et ce soin est commis aux parents de la victime, à leur
défaut au capitaine du peuple ou au po(es(at\
Pour une simple blessure, le coupable n'était puni
que de deux mille livres d'amende ; mais faute de les
payer dans les dix jours, on lui coupait la main droite ou
le pied, à son choix. Sa fuite est prévue : en pareil cas
* TuUi gli altri grandi li quali fossono al detto micidio ed avessono per-
cosso cotale popohno , siano condannati in lire do* milia per datcheduno
(Ord. di gituL, Rub. 6 ; Giudici, p. 322). — La Rub. 5 de Bonaïni, qui
correspond à celle-ci, est moins développée, et ne contient ni ce détail, ni
plusieurs autres.
* Gli altri grandi li quali in altro modo fossono colpevoli del detto mi-
cidio. (Ibid.)
' Bona devastenlur et destruantur , et eis detastatis perveniant in corn-
muni Florentie. Et nihilominus fideijussores talis magnalis et malefactoris
compellantur soWere illam quantitatem pecunic pro qua fidcijufsissent (Ord*
just., Rub. 5, Bonaïni, p. 49, 50; Cf. Giudici, Rub. 6, p. 522).
* E per lo detto micidio possa cssere fatto uno capitano solamente di
quelli che facessono e uno di quelli cbe facessono fare. E sia fatto dal con*
giunto di colui de Tucciso, e se quelli congiunti non facessero, allora la po-
destà ovrero il capitano {Ord. di giust, Rub. 6 ; Giudici, p. 522-325).
(ÂM. 1294) DES GRANDS ENVERS LES POPOUNL 591
tous ses biens sont détruits V Si le sang a coulé sans atta-
quer le visage, sans causer de faiblesse à aucun membre*,
Tamende n'est que de mille livres, mais elle est de cette
somme pour chaque blessure ou chaque coup. Si le sang
n'a pas jailli, cinq cents livres; si la main qui a frappé
n'était pas armée, trois cents. Simultanément condamnés,
l'auteur et l'instigateur de l'agression sont en même
temps exclus pour cinq ans de tout ofGce, bénéfice, hon-
neur dans la commune'. Si un grand occupe injustement
les biens d'un popolanOy s'il l'empêche de percevoir ses
revenus, s'il moleste ses locataires, le délit, établi par deux
témoins, qui peuvent être le popolano lui-même et son
subordonné*, est puni de cinq cents livres chaque fois*.
Si ladite ofTense atteint le gonfalonier, un des prieurs,
leur notaire, ou les pères, fils, petits-fils, frères, aïeuls,
oncles, cousins, ou autres parents de ce magistrat du côté
paternel, la peine est portée au double \ Pour toute insulte
envers un officier public, l'exil, dont cet officier même fixe
la durée''. Aucune de ces sentences n'est susceptible d' ap-
pel*. C'est que les ordonnances de justice étaient tenues
pour supérieures à toute loi, .à tout statut. Aussi ne les
> Amputetur ei manus dextra lia quod separetur a brachio (Ord, jtut.^
Rub. 5, Bonaïni, p. 50; Giudici, Rub. 6, p. 323). — Le choix entre li
main ou le pied se trouTe dans un Prowisione, 3 août 1294, n* IV^p. 57»
* Nec eliam vulnus fuerit illatum in vultu, nec niembri debilitatio inde
fuerit subsecuta (Ord.jtul, ibid., Bonaïni, p. 51 ; Giudici, p. 324).
' Ihid.f Bonaïni, p. 52.
^ Et credatur et stetur in quolibet predicCorum casuum sacrameuto in-
juriati et sui laboratoris (Ord.just,^ Rub. 6» Bonaïni, p. 55 ; Cf. Giudici,
Rub. 9, p. 350).
» Ibid.
« Ibid., Rub. 15, Bonaïni, p. 62 ; Giudid, Rub. 20, p. 343.
^ Ibid., Giudici, Rub. 14, p. 336.
* Ne alicujus exceptionis sive protelationis obstaculum taleat interponi
(Rub. 21, Bonaïni, p. 69 ; Giudici, Rub. 26, p. 350).
592 PROCÉDUHE UhNTllE LES GKÂNUS. (A5. 1294)
pouvait-on proroger, suspendre, allérer sans de graves
châtiments'.
Contre les grands seuls, et seulement dans leurs rap-
ports avec les po/)o/am, était édictée cetle farouche légis-
lation. Qu'aucun popotano ne fût mêlé dans l'affaire,
qu'il s'agît, par exemple, d'une querelle entre un maître
noble et son serviteur, entre deux nobles, parents ou non,
la loi exceptionnelle des ordonnances cessait d'être appli-
quée; on en revenait à la loi commune, aux anciens
statuts*. Ces statuts étaient rigogreux pour tout le monde,
et les ordonnances l'étaient deux lois plus pour les grands,
puisqu'on y avait, en général, doublé les peines; toutefois,
s'ils se fussent, comme précédemment, flattés d'y échap-
per, à leurs murmures eût bientôt succédé la résigna-
tion ; mais ce qui les exaspérait, c'est qu'on prétendît
empêcher que la loi ne fût, comme auparavant, lettre
morte. Par là surtout les mesures prises contre cette
haulaine et tumultueuse aristocratie prenaient un ca-
ractère original et nouveau.
Tout crime ou délit doit être dénoncé, et c'est à peine
si le dénonciateur a des preuves à fournir; le jugement
est sommaire, sans aucune des formalités, des lenteurs
protectrices dont la justice moderne aime à s'entourer.
L'offensé a trois jours pour déclarer l'offense, s'il Ta souf-
ferte en ville; dix, si c'est au dehors. Ses proches, ses
serviteurs, à défaut de lui, ont la même obligation, sous
peine d'amende". Tout popotano qui nie faussement avoir
* Provisum.... quod omnia et singula predicla ordinamenta et provisiones
debeant observari et prevaleant omnibus aliis stalutis (Rub. 22, Bonaïni,
p. 70).
* Rimangauo a la ragione comune ed agli statut! de! comunc (Ordin, ai
giuii., Rub. 7, Giudici, p. 329).
' Ord, iust,, Rub. 8, Bonaïni, p. 56; Giudici, Rub. 12, p. 354.
(An. i!294) DÉNOiNCIÂTlONS ET TËNALITÊS. 593
été témoin du fait incriminé, est puni de deux cents livres,
et même de l'exil, s'il ne comparait points II fallait com-
battre l'habitude de se taire, naturel effet de la terreur
chez les faibles. Comme preuve on admet le serment de
l'offensé, ou, s'il est mort, de son plus proche parent,
et même l'afGrmation de deux témoins qui attestent, non
le fait, qu'ils n'ont pas vu de leurs yeux, mais le bruit
public, guide peu sûr en ces temps de pnssion*. Le capi-
taine et le polestat étaient autorisés, en outre, à entretenir
des espions ou dénonciateurs secrets. A la porte de ces
deux officiers, en un lieu public et ouvert, on établit
même deux boîtes ou tambiiri où le premier venu pouvait
déposer toute dénonciation relative aux pratiques des con-
damnés pour faire VaccattOj c'est-à-dire pour recevoir
d'autrui le montant des amendes à payer'. Déjà cet expé-
dient qui divisait la somme par fractions presque infîni-
tésimnles et rendait la peine illusoire, était puni de cinq
cents livres pour le condamné qui recherchait Vaccatto,
de cent pour les amis qui lui donnaient l'argent ou le
recueillaient pour lui*. Les tamburi facilitèrent la con-
naissance de ce délit; mais la loi ne put empêcher qu'on
n'y glissât d'autres dénonciations plus graves. Insensible-
ment les magistrats prirent l'habitude d'en tenir compte.
< Ord. di giust.j Rub. 49, Gîudici, p. 565.
* Suffîciat probatio per publicam fainam (Ord. just., Rub. 9, Bonaini,
p. 57 ; Giudici, Rub. 16, p. 337). — Cf. Villani : f E si polessono provare
i malefici perdue testimoni di publica boce c fama. • (VIU, 1.)
' Petere vel peti facere ab aliquo cive vel camitatino Florentie aliquam
pecuniam vel aliquod accattum pro ipsa condempnatione.... Et fiant duo
tambura.... in quibus sit licitum cuilibet micterc cedulam continentem illos
taies qui fecerunt contra predicta.... Et si alie cedule de aliis factis in die-
tis tamburis raicterentur, pro nichilo babeantur (Or(/. digiust., p. 57, 58 ;
Giudici, p. 357, 338).
-* Jbid.
394 EXÉCUTION DES SË^T£^CES RENDUES (An. 1294)
et ainsi encouragée, se propagea dans les mœurs la hideuse
délation.
A peine la faute était-elle connue, qu'elle recevait son
châtiment. Le potestat devait rendre sa sentence dans les
cinq jours, sinon il perdait cinq cents livres de son salaire,
ou, suivant le cas , était privé de ses fonctions ^ En son
lieu et place le capitaine du peuple devait alors instruire,
juger et condamner. Si lui-même n'avait pas accompli son
devoir, le potestat se trouvait chargé de l'afTaire, car ils
devaient en toute occasion se contrôler Tun l'autre, et par
rivalité naturelle c'est en conscience, d'ordinaire, qu'ils
le faisaient*. S'agissait-il d'un crime ou délit commis hors
de la ville, sur le territoire, le potestat de la localité était
par eux mis en demeure de poursuivre nuit et jour'.
Venait enfin l'heure de l'exécution. Saisi par une
dénonciation secrète dans les tamburi ou par une démar-
che publique des syndics de quartier, lui amenant soit
ToiTensé, soit un de ses proches, qu'ils protégeaient contre
ses propres défaillances, non moins que contre ses enne-
mis, le gonfalonier suspendait à une fenêtre du palais le
gonFalon de justice, et faisait sonner par trois fois la
campana a martello^ ou tocsin \ Aux premiers coups,
1
Et in predictis omnibus et singulis dominus potestas habeat libenim
arbitrium inquirendi , et teneatur ipsa malleficia infesligare et condemp-
nare infra quintum diem post commissum malleficium et pofitqnam denun-
tiatum ei fuerit vel ad ejus nolitiam penrenerit. Quod si non faceret, cadat
et priyatus sit a regimine sue potestarie. Âlia Teromaleficia.... infira octo
dies.... Quod si non faceret, perdat de suo salarie libras 500 (Ord. juit.,
Rub. 5, Bonaïni, p. 52 ; Giudici, Rub. 6, p. 525-526.)
» Ibid.
> 5 août 1294. Prowisioni, approbation de divers Ordinamenia, n* IV,
p. 57.
* Ex quo malleficio mors sequatur, vel faciei Tituperatio ex enormi tuI^
nere, seu membri abscissio, ita quod ipsum membrum a rcliquo corpore 9^
paretur.... D. Potestas teneatur.... de conscientia Vexilliferi justitie, ùicere
(Ah. 1294) PAR LE GONFALONIER DE JUSTICE. 395
tandis qu'il délibérait avec ses conseillers et d'autres
sages sur le nombre d'hommes qu'il emmènerait, sur les
postes qu'il occuperait, sur les cas, les lieux, l'ordre de
la retraite \ tous ses pedoni se hâtaient de s'armer, de
manger et de boire*. Quand sonnait pour la seconde fois
la cloche, ils devaient, sous peine de vingt sous d'amende,
être réunis auprès de leurs porte-bannières respectifs. A
la troisième, ils étaient tenus de se trouver à la maison
des prieurs, et leurs banderai^ qui les y avaient conduits,
de remettre au capitaine la liste des absents, faute de
quoi, ils payaient cent sous d'amende'. Le gonfalonier
déclarait alors quel nombre d'hommes il entendait em-
mener dans son expédition. Le minimum en était, d'après
les ordonnances, de vingt berrovieri des prieurs avec
heaumes, boucliers et autres grosses armes, vingt des
meilleurs arbalétriers, vingt des meilleurs pedoni armés
de lances. Tout était prévu : la longueur des lances, qui
était de dix pieds au moins; le nombre d'hommes de
chaque corps que devait fournir chaque sestiere^ savoir :
Oltrarno et San Pier Scheraggio quatre, les autres trois;
enfin l'ordre de marche des quartiers \ Aucun grand,
dès que sonnait la cloche, ne devait, sous peine de cinq
cents livres, se trouver à la maison du coupable, ni sur
pulsare ad martellum campanam suam,... et m. pedites electi armati cou-
currant et ire sine mora festinent ad domum dicti Yezilliferi. Et inconti-
nenti ipse vexilUfer justitiœ, una cum predictis pedilibus armatus et cum
yexillo justitie, ad domum D. Potestatis vadat (Ord.jusL, Bonaïoi, Rub. 5,
p. &3, 54).
* Ord. digitut, Rub. 64, Giudicî, p. 378.
« Ibid., Rub. 69, 70, p. 381.
' Ibid., Rub. 69, p. 381.
^ Cet ordre était le suifant : Oltrarno, San Pier Scheraggio, Borgo, Porla
San Brancazio, Porta del Duomo, Porta San Piero.
39u EXPÉDITIONS DU GONFÂLONIER (âh. 1294
les lieux où clail le gonfulonier; sous peine de mille,
se réunir à ceux de sa casle, en un endroit public ou
même privé*. Le gonfalonier déterminait avec le « juge
des méfaits d ce qu'on devait détruire des biens du con-
damné*, afin de ne pas retenir ses hommes loin de leurs
affaires plus longtemps qu'il ne convenait'. C'est seule-
ment dans les cas sans gravité qu'on laissait au coupable
iix jours pour payer intégralement l'amende, avant de
procurer la destruction de ses biens*.
L'expédilion se mettait alors en marche. Chaque ban-
deraio était précédé de quatre hommes de chaque arme.
Avant ou après la bannière des arbalétriers, au gré du
gonfalonier de justice, venait son redoutable gonfalon*.
Sur le lieu de l'exécution, les groupes se reformaient, les
hommes de chaque arme se réunissaient sous leurs ban-
nières respectives*. Aucun d'eux n'y devait manger ou
boire, par crainte de désordre, de tumulte et de querelles^
Personne ne pouvait se mêler à eux. Quiconque contre-
venait à cette défense, était saisi par les bcrrovieri et
conduit aussitôt au palais du potestat^ Ce magistrat,
* Ord. di giust., Rub. 47, Giudici, p. 365, 364.
* Nuus avons dcjh dit que rarement les destructions étaient complètes.
On voil dans les chroniqueurs que les coupables obtinrent quelquefois des in-
demnités, parce que la démolition avait été poussée trop loin (Voy.
M. P. ViUari. N. AnioL, loc. cit., p. 463).
^ Si che per quella cagione dimoranza più lunga che si convenga non fac-
ciano i podoni de la giustizia (Ord. di giust,, Rub. 74, Giudici, p. 382).
^ Nisi infra decem dies predictos dicta condempnatio fuerit commun i
Flor. mtegraliter eisoluta (Ord, just., Rub. 5, Bonaïoi, p. 54; Giudici,
p. 328).
» Ibid., Rub. 65, 66, Giudici, p. 379.
« /frid., Rub. 67, Giudici, p. 5>^0.
^ Acciô che quelli pedoni senza zuffa e romore vadano e torniao e sleano
(Ibid., Rub. 70, p. 381).
» Ibid., Rub. 72, Giudici. p. 382.
(ÂH. 1*294) CONTRE LES GRANDS CONDAMNÉS. 397
quoique ne prenant point part, personnellement, à l'ex*
pédition, n'y restait pas étranger. Il y était représenté par
six de ses juges, six notaires, douze berrovieri^ c'est-à-dire
un juge, un notaire et un berroviere par sestOj pour
prendre note de ceux qui ne se présentaient pas ou qui
se comportaient mal, empêcher les départs isolés avant
l'ordre, contraindre les délinquants à l'obéissance, ou
les remettre à l'autorité judiciaire*. Le gonfalonier n'en
conservait pas moins, durant l'expédition et sur tous
ceux qui en faisaient partie, une autorité presque dictato-
riale*. Sur son refus de partir, il était suppléé par le
potestat ou par le capitaine. Si la crainte, la corruption
ou quelque autre motif les détournait tous les trois de
leur odice, aussitôt toutes les boutiques devaient se fermer,
tout travail être suspendu, tout artisan, sous peine de
vingt-cinq livres, prendre les armes, tous les juges civils
s'abstenir de paraître à leur tribunal, jusqu'à ce que la
loi eût reçu pleine satisfaction'. Bientôt même, quand on
vit s'organiser contre les mesures nouvelles la résistance
des grands, on en vint à ordonner cette suspension de
toutes les fonctions sociales, dès que les sinistres sons de
la cloche appelaient aux armes les hommes du gonfa-
lonier*.
1 Ordin, di giutt,, Rub. 75, Giudici, p. 383.
* Possa fare comandamenti e pêne e bandi imporre si a banderai corne
iigli altri pedoni (Ibid., Rub. 77, p. 384).
s Et si dicla maleficia punita non fuerint par D. Potestatem, apotece om-
nes artiGcum stare et teneri debeant clause. Et quod intérim nullura labo-
reriumûat, sed ipsi artifices armati et muniti stent et permaneant, donec
predicta omnia efTeclui demandentur sub pena 1. 25 (Ord.just,, Rub. 5,
Bonaïni, p. 52» Rub. 6, Giudici, p. 326). I giudici aile civili non seggano
a rendere r.igione (Rub. 75» Giudici, p. 383).
* Ord, di giust.y Rub. 40, Giudici. p. 362, et les statuts de Pise, § 18,
{.ubliés par M. Bonaïni (Statuti inedlti delà cilià di Pim, t. U, Fie:-., 1 STU,
598 STABIUTÉ ASSURÉE (kn, 1994)
Telles sont ces terribles ordonnances de justice doni
parlent tous les chroniqueurs et qu'ils nous font si mal
connatire. L'humanité en parait absente, mais elle l'était
tout autant des statuts calqués sur ceux de Florence ou
s'inspirant du même esprit*. La crainte élait le ressorl
des gouvernemcnfs italiens. Quiconque y voulut renoncer
se perdit, tomba dans la servitude des républiques prin-
cières ou des principautés absolues. Venise ne resta si
longtemps prospère que parce qu'elle reconnut dans la
terreur la source de sa force et qu'elle n'eut garde d'y
renoncer*. Maîtresse pour la première fois, quels moyens
de gouvernement la bourgeoisie florentine pouvait-elle
employer et même connaître , sinon ceux dont elle avail
souffert si longtemps? De même que le popolo vecchiOj
composé de grands et depopolani grassiy avait, en 1282,
fait contre les gibelins une loi de suspects, de même,
en 1293, le popolo nuovo en faisait une contre le popolo
vecchio^ ou, pour mieux dire, contre les grands, qui en
étaient l'àme et le nerf. Nulle effusion de sang à ces deux
in V. Le l. III a été publié anlérieu rement au t. H). — Nous avons cru
pouvoir joindre aux premiers Ordinamenta, tels qu'ils résultent de la con-
cordance entre les divers textes diverses rubriques additionnelles sur Tordre
que devait suivre le gonfalonier dans ses expéditions. Elles furent débattues
à partir du 31 mars 1295, et adoptées le 7 avril suivant (Yoy. Provvisioni,
n- V, p. 73 V*).
* On peut voir ceux de Pise, dont il est question dans la note précé-
dente, sans compter ceux de Lucques dont nous avons déjà parlé. Le légis-
lateur pisan est même plus féroce : Se lo Ggliuolo u vero 11 figlinoli del
delinquente avère non polrô, puniroe lo padre del delinqucnte, cosi in per-
sona corne in avère , ad mio arbitrio... Li loro béni siano distructi sicchè
poi non si rifacciano , né rifare li permettero , nô abitare u lavorare u ven-
dere u alienarc (S 12). Che nullo nobile possa rendare testimonianza
(S 162).
s M. Edg. Quinet a très-bien mis cette vérité en lumière (Révolutions
d'Italie, II, 3-UV
(Ail. 1294) AUX ORDONNANCES DE JUSTICE. 599
dales : c'est rhonneur commun des deux partis. Le pri-
vilège de la bourgeoisie fut d'assurer la durée à sa vic-
toire. Convaincue qu'en négligeant a les solennelles sub-
tilités du droit, » elle restait a dans la justice et la vérité^, »
elle eut le mérite rare de bien savoir ce qu'elle voulait et
de le vouloir fortement. Tous les actes des conseils en ce
temps-là montrent dans leurs idées une suite et une
rancune dont rien ne les put détourner*. Les ordonnances,
les provisions nouvelles furent placées sur des tables, dans
le palais des prieurs, non loin du lieu où ils siégeaient'.
Ainsi personne n'avait Je droit d'exciper de son ignorance ;
nul n'était censé ignorer la loi. Les noms et prénoms des
bannis, leurs crimes et condamnations furent inscrits sur
un registre relié, séparé de tout autre, attaché avec des
chaînes de fer et qui contenait toutes les sentences rendues
^ Cum ad honorem el exalta iionem Floreniini populi et ad conseryationem
fclicis status ejusdem populi et commuais florentini pertinero et spectare
noscntur quod quesliones mote seu movende contra magnâtes et potentes
cifitalis et cômitatus Florentie summarie el sine slrepitu et ûgura juditii, et
potius sequendo veritattin et equitatem quam sequendo fonnam et solemp-
nitatem slricti juris et cavillationum et exceptionum cl defensionum que in
queslionibus opponi et uti soient.... (21 juin 1294. Provvisionu n* IV»
p. 20).
' Voj. diverses provisions : défense de recevoir en témoignage les parents
d'un magnat (26 juin 1294, Provvitionij n* IV, p. 22). Les magnats
condamnés depuis le 18 janvier 1292, seront exclus de la chance d'être
parmi les prisonniers offerts à saint Jean ou à la Madone , c'est-à-dire ren-
dus k la liberté (21 juillet 1294, n*IV, p. 45). Si la condamnation dépasse la
somme donnée en garantie , le surplus devra être exigé des plus proches
parents. Un magnat dont la caution est moindre de 500 1. ne pourra por-
ter d'armes défensives (5 août 1294, n* IV, p. 55). Le même jour, on ap-
prouvait les Ordinamenta contre les condamnés et bannis , la récompense
de 1000 florins à quiconque en remettait un aux mains de la justice.
([bid.)
> Vof. ProwUiom, X, 6. Cette provision est datée du 6 avril 1290,
mais elle constate un usage antérieur.
400 RÉVISION DES ORDONNANCES. (An. 1294)
depuis l'anncc 1280, du temps que Pielro des Stefanes-
chi, de Rome, était poleslat*.
D'ailleurs, loin d'être immuables, les ordonnances de
justice étaient, comme les autres statuts, la mobilité même.
La porte restait ouverte aux révisions plus ou moins par-
tielles que le capitaine du peuple estimait nécessaires et
qu'il soumettait ou faisait soumettre par son juge au
conseil des cent, puis à ses deux propres conseils.
Le 9 décembre 1294, on révisait les statuts du potestat
et du capitaine, pour les mettre en harmonie avec la
législation nouvelle, car ils étaient jugés ce en grand nom-
bre superflus et obscurs, contraires ou semblables, d'où
résultaient beaucoup de lenteurs dommageables à la com-
mune et aux particuliers, surtout aux pauvres et aux
impuissants, beaucoup de plaintes dont la clameur s'aug-
mentait chaque jour*. » On se proposait donc « de les
réduire à un moindre volume, de les rendre clairs et in-
telligibles, de les classer surtout par ordre de raatières^ »
On y réussit peu, nous le voyons par le désordre où sont
^ 3 août 1394. Provvisioni, n" IV, p. 57. La date de ce |)oteslat n*cst
pas donnée par le document ; mais on la trouve dans la liste des Officiales
forenses,
* Cum multa capitula reperiantur et sint in capitulis dominorum potes-
tatis et capitanei et defcnsoris , quorum aliqua imo multa supcrflua s>unt ,
quedam obscura, quedam contraria, quedam similia, propter que varietates
et ambiguitates emei^gunt quotidîe in questionibus et offitiis, ex quibus pro-
veniunt comuni et spelialibus personis et maxime pauperibus et impoten-
tibus perîcula et dampna, et eliam questiones de facili decidi non possunt,
immo ex una questione plures resurgurit et questiones terminari non pos-
sunt, imo in infmitum extenduntur (ProvvUioni^ n*IV, p. 150). — Ce texte
a été public parmi les documents relatifs à Dino Gompagni dans VArch.
8lor„ 5* série, 1872, t. XVI, 4* disp., p. 19-20.
> l't dicta htatuta ad consonnntiam redigantur, et muUitudo eorum super-
(lua toUatur, et in minori volumine et clara et aperta sint, et similia et de
cadem re et muleria loquentia eodem loco et in eodem confinio ponantur
secundum debitmu ordinem, ut facilius patere possint ea investigare volen-
ihiis, quod hucusque faclum non extitit. (Ibid.)
(Ak. 1294) EFFORTS POUR ASSURER LA PAIX. 401
encore les textes après ces remaniements. Les contempo-
rains eux-mômes n'en devaient pas êlre satisfaits, car ils
s'y reprirent à plusieurs fois*.
D'une condition encore dépendait l'exécution et l'avenir
des ordonnances : il fallait assurer la paix au dehors*. La
guerre, en effet, n'eût pas seulement détourné l'attention
des réformes intérieures; elle eût permis aux nobles de
se croire, de se rendre indispensables et de mettre à prix
leur concours. Des concessions arrachées ils auraient
profilé hardiment pour redevenir maîtres de Florence
et pour tendre la main aux ennemis. Cette nécessité de la
paix était vivement sentie; elle donnait lieu à d'assidues
négociations, qui s'étendaient au loin jusqu'à Venise, où
les marchands florentins souhaitaient de ne rencontrer ni
hostilités ni embarras'. Elles étaient surtout actives avec
les diverses communautés de Toscane. Le 29 juin 1293,
les prieurs, réunis « dans la maison des Cerchi avec beau-
coup de grands et de popolani^ » examinaient un traité
entre la ligue toscane, la commune de Pise et les exilés,
dont Lucques leur soumettait les basesV Le 12 juillet sui-
* Notamment dès le 30 mars 1295. Provvisioni, n* V, p. 73, 79 V. Ces
délibérations prennent du 31 mars au 7 avril.
* Per fortificare lo stato del popolo e indebolire il podere de' grandi, i
quali moite vol te accrescono e vivono délie guerre,... assentirono alla pace
(Vaiani, Vin, 2).
s Lettres de la commune de Florence au doge et à la commune de Ye^
nise, 8 janvier 1293 (Archivio di Yenezia, AUi diplomatici, 1' série).
En 1295 , on trouve dans ces mêmes archives un registre de lettres et am-
bassades de Florence à Yenise et réciproquement, Galli de Spolète étant po-
testât à Yenise (Ibid., n* 34 À). De 1287 à 1292, on ne rencontre que neuf
documents où Florence soit intéressée. Ils ont trait à des affaires privées
de marchands.
^ Intcr quos fuerunt milites et populares in magna quantitate in domo
Circlorum.... Super tractatu pacis facto per Franciscum de ordine S. Âugus-
tini priorem provincialem et per docem sapientcs comunis Luce ad hoc per
HIST. DB FLOREHCB. — n. 26
402 LES VILLES TOSCANES (An. 1:294)
vant, cette paix était conclue^ Pise promettait de détruire
le château de Pontedera, d'accorder franchise des gabelles
à tous les membres de la ligue, de restituer leurs biens à
Nino Visconti et aux autres exilés, de choisir, durant
quelques années, son potestat dans les villes du territoire
de Florence, ou tout au moins des autres villes de la con-
fédération*. C'était implicitement congédier Guido de
Montefeltro. Blessé dans son orgueil, mais impuissant à
se venger, quoiqu'il prétendît le pouvoir faire, le vieux
renard se bornait à réclamer ses gages, et les gibelins
pisans, la mort dans le cœur, l'accompagnaient à plu-
sieurs milles, avec les plus vifs témoignages de tendresse
et d'estime'. De son côté, le trop célèbre juge de Gallura
se retirait dans ses domaines de Sardaigne, s'y faisait
recevoir citoyen de Gênes, et, avec les Génois, continuait
de nuire à sa patrie, qui continuait de l'exécrer*. Même
rouverte aux guelfes, Pise vomissait de son sein le chef
des guelfes; elle oubliait qu'il avait combattu le comte
Ugolino, pour se souvenir seulement qu'il était son petit-
Cls.
Quand Pise se soumettait, quand Sienne restait une
fidèle alliée, qui donc en Toscane aurait pu résister à
comune Luce deputatos (Doc. publié par M. Paoli, ap. Àrch, itor., 3* série,
1874, t. XIX, 1* dispensa, p. 51). Ainsi, même en ce moment de crise, il
n'eut pas semblé possible d'exclure les nobles des délibérations relatifes aux
questions extérieures et militaires.
« Capt7o/i, XXX, n» 41,(^35 r\
* Le 5 juillet, Guido de Montefeltro, potestat de Pise, avait reçu balia de
conclure ce traité. Le 8 juillet , des syndics étaient nonmiés des deux parts
et se rendaient en congrès à Fucecchio (Ibid,^ n* 41, f** 38 r, 39 v*,
et n* 44, f- 113, 115» 118; ViUani, VIU, 2; Tronci, p. 276 ; Nuratori,
Ann.dltaL, \i9Z).
» Ibid,
* Arch, stor., auoYa série, part I, p. 3^.
(Ah. 1294) EN PAIX AVEC FLORENCE. 405
Florence? Arezzo elle-même cède au destin, elle offre son
amitié, elle ouvre la route d'Orvieto, de Pérouse et de
Rome. La forte Poggibonzi s'engage à payer un tribut*.
Si les comtes Guidi, les Ubaldini et d'autres seigneurs
féodaux tiennent encore dans le Mugello, il suffît d'une
expédition conduite par Garruècio del Verre, « habile et
loyal popolano d'Ollrarno, » pour reprendre les biens
qu'ils avaient jadis enlevés à Florence, ou sur lesquels
Florence prétendait un droit de suzeraineté. On en for-
mait aussitôt une masse, sous Tadministration d'un capi-
taine spécial, pris dans les rangs des popo/ani*. Aucune
indépendance n'était plus tolérée chez les voisins. Sans être
rebelle, Prato se croyait libre encore de faire respecler
son droit d'asile : elle refusait de rendre un meurtrier.
Elle le rendra pourtant dans les trois jours, ou elle
payera dix mille livres d'amende, telle est l'altemalive
qui lui est laissée. Comme elle tente encore de s'y déro-
ber, le troisième jour les enseignes florentines se déploient
au dehors, les milices reçoivent l'ordre de marcher a
osle. Cette fois, l'avis est entendu : Prato effrayée envoie
les dix mille livres et tout ensemble le coupable, dont la
tête tombe sous la hache du bourreau'. Bientôt on devait
voir Pistoia, voulant à son tour réformer ses statuts, les
soumettre à l'examen, à l'approbation de la commune de
Florence*. La sécurité est complète désormais, si complète
qu'on ne prend plus de mercenaires qu'au rabais : au lieu
de florins d'or on ne paye plus leur solde qu'avec le même
* 13 et 16 décembre 1293. Capitoli, XXX, m 41, (^ 60, 61.
« ViUani, Vm, 2.
' 1293. Yillani, VUI, 2 ; Stefani, UI, 199.
^ Voy. au livre suirant, ch. i.
404 JUGEMENT DES CHRONIQUEURS (Âji. 1294)
nombre de petits florins ^ Libre à eux, s'ils se trouvent
lésés, de quitter le service; mais ils y restent tout en
grondant. Florence, à tout prendre, était une bonne maison
de banque : on y payait régulièrement aux échéances, et
tout portait à croire que des hommes de guerre allaient
y gagner leur argent dans les douceurs de la paix.
Alors, en effet, les inévitables conséquences des réfor-
mes accomplies n'apparaissent pas encore à tous les
yeux. Les plus clairvoyants pressentaient peut-être de
prochains orages, de sérieux dangers ; mais les autres se
laissaient bercer mollement par le décevant espoir d'un
avenir plus heureux. Môme quand l'orage a éclaté, quand
le danger est devenu catastrophe, les appréciations des
contemporains diffèrent quelquefois. Si Paolirio voit dans
le règne commençant de la bourgeoisie celui du menu
])euple, la démagogie pure*, Yillani n'est pas moins frappé
du bien que du mal '. Le bien semble même l'éblouir : ici
comme précédemment, il se complaît au brillant tableau
des splendeurs florentines et d'une prospérité sans égale \
> 25 octobre 1294. ProwUioni, n* IV, p. 89. — Paolino explique comme
suit la différence du florin d'or au petit florin : c En 1271 , le florin d*or
valait 50 sous, et il semblait devoir monter. Les cinq arts de marchandise
donnèrent au florin le cours de 29 sous ; c'est ce qu'on appela le petit flo-
rin. » (II, 53.) Cette différence donna lieu h des spéculations, en consé-
quence de quoi il fut stipulé par lesdits cinq arts que tout traflc devait être
tiii en petits florins : « Ed incominciaro a mercatare a fiorini, ed ordinaro
di nonfare mercalo se non a quella moneta, e cosi da allora innanzi mcrca-
taro a fiorini, e cosl cbbe corso. > (Ibid.)
* £ reggeasi per lo minute popolo e molto fiero era allora, specialmente
contre a' grandi (Paolino, II, 47).
' Elhebbepoi moite e diverse sequcle in maie c in bene (Villani, VIII, 1).
* ViUani, VIII, 2. — Machiavel confond un peu les temps, quand il mon-
tre (ht fior,, 1. M, p. 22 B) Florence en plus grand et plus heureux éUit
alors que jamais, pleine d'hommes, de richesses, de gloire, toute la Toscane
obéissante et alliée d'une ville capable de tenir tète à toutes les autres vil-
les, à tous les princes en Italie.
(Ah. 1294) SUR CETTE PÉRIODE. 405
Pour lui, des cvénemenls logiques ne sont que des acci-
denls imprévus. Il ne sent pas, même après Tavoirvu,
que d'orgueilleux magnats, si longtemps maîtres, ne pou-
vaient obéir et s'humilier avant d'avoir brisé leurs forces
dans de vains essais de résistance ; qu'un grand nombre de
popolani puissants devaient eux-mêmes se prêter de mau-
vaise grâce aux ordonnances de justice, car a il leur plai-
sait mieux, dit un récent historien, de figurer dans les
conseils en qualité de nobles qu'en qualité de mar-
chands'; » que des magistrats accoutumés à laisser dor-
mir la loi, ne se décideraient pas volontiei^s à l'éveiller,
tant qu'ils y courraient risque de la vie ; que les opprimés,
enfin, manqueraient plus d'une fois de la patience néces-
saire pour rentrer par les voies légales, toujours si lentes,
dans les biens que la violence leur avait enlevés*. C'est
ainsi pourtant que le maintien ou le renversement, l'ag-
gravation ou l'atténuation des ordonnances récemment
rendues devint, durant quelques années, le point sur
lequel, de part et d'autre, se portèrent tous les efforts.
« G. Capponi, 1, 87.
* A lui (au peuple) si richiainaro molli popolari di certi grandi di certe
case e possessioni che erano loro state per H grandi tolte e per la forza di quel
popolo H riebbero (Paolino, U, 47). ViUani(Vin, 2) mentionne aussi le fait,
mais il ne parle pas de violences populaires.
CHAPITRE IV
ÉTABLISSEMENT DEFINITIF DES ORDONNANCES DE JUSTICE
— 1294-1300 —
Los grands soulevés contre Giano dclla Bella. — Complicité du popolo grosso^
du pape, des juges, des bouchers. — Dino Pecora et Corso Donati. — Procès
et absolution de Corso Donati [20 janvier 12d5). — Soulèvement populaire
contre le potestat. — Conjuration contre Giano. — Bulle de Boniface VIII
(23 janvier 1205). — Procès de Giano (17 février). — Son départ (5 mars).
— Sa condamnation. — AfTermissemcnt de la révolution des ordonnances. —
Elle se propage dans les autres villes de Toscane. — Jehan de Cliâlon éloigné
de la province par la médiation du pape. — Aggravation des ordonnances (13
mai 1295). — Réclamation des grands et tentative d'émeute [6 juillet). —
Triomphe padlique des marchands. — Mesures d'apaisement prises par les
vainqueurs (1295-1300). — Soumission d'une partie des grands. — Derniers
efforts des autres : le potestat Monfiorito (janvier-mai 1299). — Poursuites
contre les prieurs du 15 août (19 octobre). — Autorité croissante de Florence
sur la ligue toscane. — Ses relations avec Charles II d'Anjou. — Avec Bolo-
gne (1296-1298). — Avec Boniface VIII (1297). ^ Croisade contre les Colonna.
— Ambassade des Florentins nu jubilé (1300). — Travaux publics à Florence
pendant cette période (1293-1300). — Les édifices religieux : San Giovanni,
Santa Reparati, Santa-Croce, Santo-Spirito, Santa Maria Novella. — Travaux
d'édilité. — Les prisons. — Le palais de la seigneurie. — La troisième en-
ceinte de murs. — Travaux sur le territoire et au delà : routes, ponts, châteaux
— Jugement contradictoire de Dante et de Machiavel sur cette période.
Étourdis du coup qui les frappait, les nobles florentins
avaient besoin de temps pour se reconnaître. Jusqu'où
irait Taudace de leurs ennemis? Se maintiendrait-elle
seulement dans les limites de cette nouvelle et odieuse
légalité? C'est ce que personne ne pouvait savoir encore.
Il fallait donc s'entendre, étouffer tout dissentiment prive,
(An. 1294) COLÈRE ET PLAINTES DES GRANDS. 407
mettre ses forces au service du ressentiment commun.
Antérieurement au 15 avril 1293, un an encore avant que
les ordonnances de justice fussent rédigées en entier et
promulguées, le premier gonfalonier de justice avait
accompli contre les grands la première expédition \ Un
membre de la famille des Galli ' s'étant rendu coupable,
en France, d'homicide contre un popolano florentin, les
maisons que ses parents possédaient au sestiere de Porta
Santa Maria, avaient été détruites, après quoi Baido des
Ruffoli, le gonfalonier, était rentré chez lui, ordonnant
à tous de poser les armes*.
D'autres expéditions durent suivre, peu éclatantes sans
doute, puisqu'il n'en est pas fait mention dans les auteurs,
mais assez nombreuses et assez î*évères, car le menu
peuple, qui avait toujours pour les grands de secrètes
faiblesses, accusait de barbarie les gonfaloniers successifs.
Les marchands, au contraire, leur faisaient un crime de
ne détruire qu'à moitié les maisons, selon l'ancien usage,
et de laisser ainsi le moyen de les reconstruire. Hautement
ils insultaient à leur lâcheté.
C'est ce partage des esprits qui enhardit les oppresseurs
de la veille, opprimés du lendemain. Leurs sourds mur-
mures se Iran formèrent en étourdissanles clameurs. Loin
d'attribuer leur mauvaise fortune à la force inéluctable
des choses, ils l'incarnaient dans quelques personnes qu'ils
accusaient de leur ruine et poursuivaient de leur haine.
< Les chroniqueurs ne donnent pas la date, mais le nom du gonÊilonicr,
qui se trouve dans la liste des prieurs en exercice du 15 février
au 15 avril 1295, la donne h quelques jours près.
* Machiavel dit ^ tort Galletti et le faux D. Compagni Galigaï. Yillani (Ylll,
1), Slcfani, III, 198, Simone délia Tosa (an. 1293) sont d'accord sur le nom
de Galli.
' Les mêmes.
408 INFLUENCE DE GIANO DELLA BELLA. (An. 1294)
les trois jurisconsultes rédacteurs des ordonnances, et
surtout Giano della Bella. Giano n'était plus prieur et ne
l'avait été que deux mois ; mais l'intempérance ordinaire
de son langage lui faisait attribuer l'initiative et l'impul-
sion. Soutenu par la petite bourgeoisie, chef de la plèbe
des arts mineurs^, qu'il détachait de plus en plus des
grands, c'était lui, disait-on, qui venait de porter le trouble
dans les intérêts et la propriété, en déterminant la com-
mune à réclamer toutes los terres qu'elle jugerait injus-
tement acquises, si ancienne qu'en fût l'acquisition. C'était
lui qui dépouillait la parle guelfa^ pour mieux écraser
les grands qui y dominaient. Plus ardent à tout ramener
vers la légalité qu'habile à choisir le moment opportun,
il ne pouvait endurer le scandale de tant de biens conGs-
qués aux gibelins par la /;ar/e, à qui un tiers seulement
eu avait été reconnu. Il proposait de la contraindre à
rendre gorge, d'appliquer au service de la commune toutes
les propriélés aliénables de cet état implanté au cœur de
l'État*. Certes, on ne pouvait raisonnablement l'accuser
de n'être pas guelfe : il l'était comme toute sa famille*;
il le prouvait par mainte mesure que prenaient des prieurs
dociles à ses conseils \ Il faisait notamment rapporter le
1 Villani (VllI, 8) dit expressément qu'il était le caporale delpopolo mi-
nuto,
* Voile torre a' capitani di parle guelfa il suggello e '1 mobile della parte,
ch'cra in gran quantitade, e recarlo in comune (Villani, VIII, 8). — Cf.
Stefani, III, 204. L'histoire ne dit pas si Giano réussit dans ce dessein.
^ Non perché non fosse guelfo e di nazione guelfa, ma per abbassarc la
potenza de' grandi (Villani, Vlll, 8).
^ Ainsi une loi formelle expulsait de la ^illc les aveugles, parce qu'ils
n'y vivaient d*ordinaire que de mendicité; par exception se voyaient rap-
pelés des malheureux à qui les gibelins , en haine du parti guelfe , avaient
crevé les yeux (9-11 décembre 1294). — On rouvre ainsi les portes à Naio
di Artiglio, a Cnpo di Gherardo et à sa femme, ces deux derniers gardes du
(Ah. 1294) IL DÉFEND LA LÉGALITÉ NOUVELLE. 409
chapitre des statuts qui exigeait que le potestat fût che-
valier ^ Il soutenait les arts mineurs dans leur prétention
naissante d'obtenir comme les arts moyens d'être comptés
pour quelque chose dans la vie publique*. Mais il était à
l'apogée de sa puissance : il contraignait Pistoia, sous
peine de cinq cents marcs d'argent et de représailles
jusqu'à concurrence de cette somme, à l'absoudre de sa
condamnation, de son excommunication, et à le déclarer
indemne des conséquences*. C'est à son instigation que
les prieurs donnaient balia à quatorze arbitres, dont il
était, de réformer les statuts du potestat et du capitaine,
pour les mettre en parfaite harmonie avec les ordonnances
de justice*. C'en fut assez pour qu'on le craignît, pour
qu'on l'accusât de favoriser les gibelins et de préparer
leur retour au pouvoir, accusation toujours meurtrière,
même quand les faits en démontraient l'inanité. Les
châlcau de Molezzano et victimes du comte Simone Guidi (Prowiiioni ,
n« IV, p. 103 V, i04).
< Septembre 1294. (ConsulUy t. I, p. 17).
* Les auteurs jugent fort diversement la conduite de Giano. Sismondi
(IIL 45) rappelle dédaigneusement un « gentilhomme démagogue • ; M. Gino
Capponi (I, 88) le montre sévère envers le popolo minuto pour le contenir.
Muchiavel dit que les popolani ricchi attaquaient en lui c Texcès de son au-
torité » : Perché pareva loro che la sua aulorità fusse troppa. (ht, fwr,^
II. 21 B.)
^ 5 octobre 1294. Provvisioni, n' Vf, p. 76. Voy. sur cette condamnation,
le chnpitrc précédent, p. 562.
* 9 décembre 1294. Les arbitres étaient les suivants :
OItrarno : Norfo Guidi, Gherartiino des Yelluli, Piero Goni|iagni.
S. P. Sclicraggio : Alberlo de! Giudicc, Lape Talenti, Tancredo Bencivenni.
Borgo : Palmcrio Altoviti, juge ; Dino Gompagni.
Porta S. Pancrazio : Albizzo Orlandini, Ncri Berra.
Porta di Duomo : Piero Borghi, Arrigo Arrighi.
Porta S. Piero : Baldo d'Aguglione, juge; Giano délia Bella.
(Prowisioni, n" IV, p. 129-1 30.) — Doc. publié dans VArch. stor.y 5* sé-
rie, 1872, t. XVI, 4' disp., p. 17, doc. B.
410 VENGEANCE PROJETÉE DES GRANDS. (Ah. 1994)
grands guelfes n'avaient pas le choix des armes. L*insti-
tution de la parle étant leur dernière citadelle, s'y voir
assiégés c'était la ruine totale après l'incapacité civique :
plutôt que de s'y soumettre, ils résolurent de tout ris*
quer.
ils pouvaient encore être redoutables : le danger avait
mis fin à leurs discordes ; la défiance de la populace avait
rapproché d'eux la riche bourgeoisie ; dans la populace
même on pouvait espérer d'introduire la division, cap
si un grand nombre s'attachaient aux pas de Giano,
d'autres pouvaient rester ou redevenir fidèles aux nobles
dont les prodigalités étaient pour eux comme la manne
tombant du ciel, et qui alimentaient les petites industries
comme les grandes, le plus restreint comme le plus vaste
trafic. Au dehors, la cause menacée trouvait dans Boni-
face VIII, le nouveau pape, un précieux appui ^ Ce pon-
tife, ambitieux mais sans pouvoir, était en quête d'allics
et voulait dominer à Florence. Quoique gibelin d'origine",
il était guelfe passionné, comme Innocent IV et tant d'aulros
papes qui rachetaient ainsi leur péché d'origine. On
rapporte que, donnant un jour les cendres à Porchello
Spinola, archevêque de Gênes, il les lui jetait violemment
aux yeux avec ces paroles : « Gibelin, rappelle-toi que
tu es cendre, et qu'avec les gibelins, tes pareils, tu
retourneras en cendres*. » Un moment, les ennemis de
Giano, jadis si prompts à enfourcher leurs étriers et à
* Boniface VHl avait été élu en décembre 1294.
* Assai gentile huomo di sua torra, figliuolo di M. Lifredi Guatani e di
sua nnlione ghibellino (Villani, VUI, 0).
* Prœfaiio Muratorii in chron. Jacohi de Voragme(l{. 1. S.,- 1. IX, 5). —
Dal Borgo, Diu, II, p. 95. ~ Sismondi, III, 88. — En même temps, comme
on sait , il prétendait être empereur et césar : c Ego sum caesar , ego suin
imperator. • (Pipini Chron., IV, 47, R, l. S., t. IX, 745.)
(ÂK. 1295) JEHAN DE GllÀLON. 411
courir au combat, crurent trouver la force militaire, qui
leur faisait défaut, dans un gentilhomme attaché à la
maison de Bourgogne. Cet étranger se nommait Jehan
deChâlon*. Les gibelins de Toscane l'avaient appelé*,
et le roi des Romains, Albert, duc d'Autriche, venait
de lui conférer le titre de vicaire dans cetle province.
Il y arrivait avec cinq cents cavaliers tant bourguignons
qu'allemands'. N'ayant pu, sans doute, rien obtenir de
Charles II d'Anjou, qui, en 1294, passait pourtant par
Florence*, les grands guelfes, de concert avec le pape,
demandèrent à ce champion des gibelins d'abandonner
ceux qui le payaient et de soutenir ceux qu'il devait
attaquer. La proposition n'avait en soi rien d'étrange :
c'était une question d'argent. Mais il eût fallu verser aux
mains de l'aventurier plus d'or que ne faisaient les
bannis. Faute de s'y pouvoir résoudre, les tentateurs
manquèrent l'occasion propice. On reconnaît bien là
l'influence prépondérante sur les nobles appauvris des
riches marchands qui s'étaient faufilés parmi eux.
Le danger qu'il venait de courir aurait dû être pour
Giano délia Bella un avertissement. Il n'en tint pas compte.
Il se croyait invulnérable. Au lieu de se borner pour le
' Ce Jehan de Ghâlon (sur Saône) et non deChâlons (sur Marne), comme
le prétend le faux Dino Compagni, était le quatrième du nom, prince
d'Orange et seigneur d'autres lieux. Voy. Anselme, Hist. généaL, etc.»
t. VIII, p. 409. ' Villani (YIII, iO) Tappelle « vaillant et courtois •. Son
nom dcYient « Jean de Cabillon • dans un document (Provvisioni, n* Y,
p. 152 V, 23 septembre 1295).
* À sommossa délia parte ghibellina di Toscana (Villani, YUI, 10).
5 ïbid,
* Le 29 mars 1294, les conseils florentins ordonnaient d'acheter six
draps d'or pour leur faire honneur {Consulte, t. I, p. 2 y*, 3). Ces voyages
obscurs de Charles en Toscane paraissent avoir été fréquents. Le 25 mars
> 1293, il était attendu h Sienne, et Ton y décidait de lui accorder l'argent
qu'il demandait (Consiglio délia Cancana, XLY, 65).
I
412 CONJUIIATION COr^TRË GlANO. (An. 1295)
moment aux réformes accomplies, il ne rêvait que d'en
procurer sans retard de nouvelles. Plus que jamais il se
complaisait au rôle séduisant de redresseur des torts. Il
ne craignit pas de s*atlaquer à l'art redouté des juges,
coupable de traîner les procès en longueur et accusé de ne
les terminer qu'à prix d'argent*. Il lui reprochait, en
outre, de dicter ses volontés aux magistrats, en les mena-
çant d'une sévérité extrême dans l'enquête ou syndicat
dont leurs actes étaient l'objet à l'expiration de leur
charge. Ainsi se dressa contre le réformateur cet ordre
puissant et hautain de la judicature, inestimable recrue
pour une faction composite qui rejoignait avec tant de
peine ses hybrides tronçons*.
Ce fut encore un coup de la fortune que d'y rallier
Dino Pecora, le grand boucher, comme on l'appelait, et
grâce à lui, la corporation d'hommes brutaux, sangui-
naires dont il était le chef. Popolaiio considérable, il
n'exerçait l'art que par des subordonnés; mais il avait au
marché plusieurs étaux, sans compter un cabaret, dont
la propriété lui était commune avec ses deux frères'.
* Varielales et ambiguitates einergunt quotidie in questionibus et offitiis,
ex quibus proveniunt communi et spetialibus personis et maxime paupe-
ribus et iropotentibus pericula et dampna, et etiam quzestiones facile decidi
non possunt, imo ex una quaeslione plures resurgunt et quaesliones termi-
nari non possunt, imo in infinitum extenduntur (9 décembre 1294. Provvi-
sioni, n"" lY, p. 129-130). — I quali per baver bavuto alcun freno aile lor
ruberie, si teneano fortemente gravati da lui (Ammiralo, 1295, 1. lY, t. I,
p. 193).
« Yillani, Vin, 8.
' Les Pecori étaient originaires du territoire de Pistoia. Leur nom ne pa-
raît pas un sobriquet, comme on Ta cru. G'e&t par hasard ou peut être
parce qu'il portait ce nom , que Dino ou Ildebrandino Pecora se fit inscrire
à rart des bouchers. 11 mourut en 1301. Son fils était inscrit aux registres
de Part des apothicaires. Sa descendance directe s'éteignit dons une des
pestes du quatorzième siècle (L. Passerini, Memorie genealogico-storiche
(An. 1295) LE BOUCHER DINO PECORA. 413
D'élocution facile et orateur ordinaire des conseils*,
prompt à se mettre en avant et auteur en partie des re-
formes de 1282, il avait été trois fois prieur; il devait
l'être une fois encore, et, dans l'intervalle, consul de son
art*. Chéri de la multitude, qu'entraînent toujours les
hommes d'action doués de faconde, on l'avait vu jusqu'a-
lors ennemi acharné des nobles; mais comme il ne pou-
vait voir sans ombrage la popularité de Giano, on le poussa
sans trop de peine à s'unir aux ennemis de son rival.
Dans le même temps, pour les rendre irréconciliables, on
excitait Giano par dessous main à s'élever conlre les
violences des bouchers et à en demander la répression.
Ainsi les deux chefs du menu peuple suivaient une
voie opposée; entre eux il fallait choisir. Un incident
imprévu, comme il en survient toujours pour dénouer les
crises, fit pencher la balance et acheva ce qu'avait com-
mencé la perfidie. Non moins populaire que Giano della
Bella et Dino Pecora était Corso Donati. Beau parleur,
d'esprit pratique et de résolution hardie, il faisait,
depuis 1285, figure dans les conseils'. La victoire de
Certomondo, dont Florence lui était redevable, l'avait
mis encore plus en vue, et soa grand nom, qui remontait
aux querelles légendaires de 1215, sa magnifique pres-
della famiglia Pecoridi FirenzBy p. 8. 9, Flor. 1868 in-8-). — Cf. Caria-
pécore Strozziane-Ugucdoni, 18 octobre 1502.
' Voy. les résumés des délibérations publiés par M. Bonaïni dans VArch,
sior,, nuova série, t. I, part. I. — Le nom de Dino Pecora y revient sou-
vent.
* n fut prieur en 1284, 1289, 1294, 1298, et consul des bouchers en
1296 (Passerini, loc. cit., et Tavola / à la suite de son excellent ouvrage).
' Voy. les recueils des Consulte, où se rencontre souvent son nom parmi
ceux qui donnent leur avis. — Fu il più savio, il più valente cavalière e *1
più belle parlatore e meglio pratico , e di maggiore nominanza , di grande
ardire e impresa che al suo tempo fosse in Italia (Villani, VIH, 96).
414 CORSO DONATl (An. 1295)
tance, la grâce toute mondaine de ses manières^ étaient
cause qu'on le suivait avec admiration dans les rues,
qu'on l'y saluait, sur son passage, au cri de vira il
baronel On lui pardonnait tout, son féroce orgueil de
magnat, Tempoisonnement présumé de sa femme, qui
était des Cerchi*, la violence faite à sa sœur Piccarda,
pour la contraindre à épouser un Délia Tosa*. On avait
presque applaudi en le voyant la relancer jusque dans le
couvent de Santa Chiara où elle avait pris le voile, esca-
lader avec douze sicaires les murs du saint asile, enlever
sa proie de vive force et la traîner à l'autel pour cette
union odieuse, cause de sa mort prématurée et de sa poé-
tique immortalité*. En toutes choses les Florentins
aimaient l'énergie, même sous ces formes mauvaises dont
était coutumière la famille des Donati^.
1 Fu bello délia pcrsotm o di grazioso aspctto, ma iiiolto fu mondano (Vil-
lani, Vm, 96).
' L'bi tliori sociam quam ex prosapia Circlorum duxerat segriludino con-
sumptam amisit, sed fama rctulit illam, marito potum ministrante, veneno
inixtum, extinctam pcriisse (Fcrreti Vicentini Historia, I. U, R. I. S.,
t. IX, 974).
> Dante parle de Piccarda comme d'une amie, presque d*une parente. On
sait en effet que sa femme Gemma était desDonati. (Voy. Léon. Bruni, F/7a
di DanlCy p. 5, et uu travail de M. Passerini dans l'ouvrage intitulé Dante
e il Buo secolOj publié en 1865, à Florence, à Toccasion du centenaire de
Dante.)
* Voy. Purg,f XXIV, 13, Parad.^ III, 106, les notes des diverses éditions
de la Divine Comédie, et la Vila di Beata Piccarda Donati dans les Vite de'
ianti fiorentinit par Brocchi.
> En 1295, Messer Simone, fils de Vinciguerra des Donati, ayant tué
Puccio, du peuple de San Michèle Visdomini, était condamné par le poteslat
à 2000 livres d'amende et voyait ses biens dévastés ou détruits. Ses garants,
tous des Donati, payèrent pour lui, mais réclamèrent recours sur lesdits
biens. Sur la proposition de Dino Pccora, les conseils du potestal déli-
bèrent , le 11 février , d accorder eu recours jusqu^à concurrence de cette
somme, en nommant six personnes compétentes pour estimer ce que valent
encore les propriétés dévastées (Prowiiioni, n* IV, p. 159 v*, 160). — On
(ÂM. 1295) POURSUIVI EN JUSTICE. 415
C'est rimpétueux Corso qui provoqua l'incident, occa-
sion de la crise. Il était pour lors en querelle avec un
popolano de ses parents, nommé Simone Galastrone*.
Quelques-uns de ses serviteurs rencontrent dans la rue
ce Galastrone, qui marchait entouré des siens ; une rixe
s'engtige; un de ceux-ci tombe mort, plusieurs blessés.
Le hasard avait peut-ôtre tout fait; mais Corso passa pour
avoir ordonné l'agression*. Préméditée ou non, c'est de
son côté qu'elle était venue ; c'est de l'autre qu'étaient les
victimes. Lui seul et ses agents devaient donc être pour-
suivis. Ainsi l'exigeaient les Ordhiameïila. Ainsi le voulait
le peuple même, indulgent aux violences envers une fille
noble et un couvent, mais infiniment plus sourcilleux,
quand un grand, quel qu'il fût, causait la mort d'un
homme de moindre condition. Nul ne doutait que le potes-
tat, GiannideLucino, ne prononçât une sentence rigou-
reuse*. Déjà (20 janvier) le gonfalonier arborait à sa fenêtre
le gonfalon de justice, signe précurseur de l'exécution*.
Quand retentit dans les airs la cloche communale, tout
le monde crut qu'elle annonçait la condamnation du
meurtrier \ Loin de là, le condamné, c'était la victime,
surprend ici les premiers effets de l'alliance entre les nobles et Diuo Pe-
cora.
« Villani, VIII, 8.
* Per cagione che doveva aver morto uno popolanu (Villani, VIU, 8). —
Ammirato affirme la culpabilité de Corso (1295, 1. IV, 1. 1, p. 192). — Ma-
chiavel (ht. fior., II, 21 B) doute comme Villani.
' Villani, VIU, 8. — Ce magistrat était de Côme, comme on le ?oit dans
la liste des OffidaUê foreuses ^ laquelle est d'accord sur son nom avec Vil-
lani et Simone délia Tosa.
* E già traite era il gonfiailone délia giustizia per fare la esecuzione (Vil-
lani, VIU, 8). — Cf. Stefani, lU, 204.
' Quando son6 a prosciolvigione, il popolo credetie sonasse a condanna-
gione (Stefani» UI, 204).
416 EFFORTS INFRUCTUEUX DE GIÂNO (An. 1295)
c'était Galastrone, rendu responsable de l'agression*.
Corso Donali plein de confiance avait affronté son juge,
gagné sans doute, quoiqu'on ne sache à quel prix*. La
multitude aussitôt se répandit dans les rues, criant : Mort
au potestat! Aux armes! Vive le peuple! Elle courut à la
demeure de Giano, pour le mettre à sa tête et marcher
avec lui contre le juge prévaricateur. Mais Giano refusa
de sortir de chez lui. Défenseur de la légalité contre qui-
conque la violait, il ne voulut pas la violer lui-même en
conduisant une manifestation tumultueuse'. Taldo, son
frère, en prit la direction à sa place, avec ou sans son
aveu, mais pour mettre les turbulents à la disposition
des prieurs et du gonfalonier Pacino Angiolieri, qui sau-
raient bien, disait-il, faire leur devoir*. Renonçant bien-
tôt à les conduire, il les suivit dans leur course désor-
donnée vers la maison du potestat. C'est seulement quand
Giano sut la vie de cet étranger menacée, qu'il accourut
à son tour. Parcourant à cheval les rangs de la foule ameu-
tée, et salué encore de ses acclamations, il la surprit e(
l'irrita par ses sages exhortations au respect des lois et a
une immédiate retraite. Il dut se retirer lui-même, pour
n'être pas jeté à bas de sa monture et percé de coups de
lance. Devant un acte d'indépendante droiture s'éva-
nouissait sa popularité.
^ Condannato M. Simone Galastrone deUe f édite (Villani, VIU, 8).
' Onde M. Ck)rso Donati era andato dinanzi con sicurtà del dette podestà
a preghi d*aLtri amici e signori (Villani, VUI, 8).
* Villani, VUI, 8. — Ammirato, 1295, l. lY, 1. 1, p. 192.
* Villani rapporte cette substitution comme un bruit (si dice) ; mais Ste-
fani et Ânimirato la tiennent pour un fait avéré. La conduite de Giano n'est
pas bien connue en ce moment décisif. Paolino, qui lui est très-hostile, va
jusqu'à prétendre qu'il était présent à la condamnation, qu'il s'emporta
contre le potestat et souleva aussitôt la foule contre lui (U, 49). Ce témoi-
(ÂM. 1295) POUR APAISER L'ÉMEUTE. 417
Désormais les furieux avaient libre carrière. L^arc
tendu, la dague au poing, ils attaquèrent le palais. Le
feu mis aux portes leur donna accès dans l'intérieur.
L'incendie dévora les chambres de la commune, les
chapelles el jusqu'aux dépendances S Ce qui subsista de-
vint la proie des pillards. Tandis qu'ils volaient jusqu'aux
chevaux, les hommes qu'animait la passion politique
s'emparèrent de la famiglia du potestat, cherchant par-
tout le potestat lui-même. Il s'était enfui par les toits,
ainsi que Corso Donati, et réfugié tout près dans la maison
des Cerchi. Sa femme, qu'au mépris de la loi il avait
amenée avec lui de Lombardie, recevait en même temps
un asile inviolable à San Pier Maggiore, où des nonnes
avaient alors un couvent^ Déçue dans son désir de justice
sommaire, la multitude assouvit sa rage sur les registres
contenant les procès instruits par Gianni de Lucino, le
potestat fugitif, et par son prédécesseur Pino Vernacci*.
Agréable aux malfaiteurs, cette lacération attrista, in-
quiéta les honnêtes gens. Ils y virent <x le mauvais usage
gnage isolé ne semble pas être de nature à prévaloir contre celui de Vil-
laniy confirmé par les chroniqueurs et historiens subséquents.
' Le 13 mai 1295, le conseil des cent dispensait les gardes du mobilier
de la commune de représenter au syndicat, en quittant leur charge, les ob-
jets brûlés dans les stalles du paluis communal, dans la petite maison voi-
sine du lieu où Ton tenait le lion, dans c les chapelles » dudit palais, dans
la maison du syndic de la commune, dans ceUe du juge des gabelles, durant
les troubles de janvier (Prowisioni, n* Y, p. 99).
* Paolino (U, 49) attribue au potestat la fuite par les toits Ters la maison
des Cerchi; Villani (VUI, 8) à Corso Donati, mais il ne dit pas où ce noble
insolent trouva un refuge , et il prétend que la foule s'empara du potestat
conmie de sa famiglia. Cela parait peu Traisemblable ; ce magistrat y eût
perdu la vie ou subi des violences dont il serait resté quelque souvenir.
^ Ë tutle Taccuse e processi nuovi fatti per lui e delli Tecchi fatti per
M. Pino Vernacci altresi furono stracciati e rubati e portatt via (Paolino, U,
49).
HIST. DE PLORINGE. — 11. 37
418 ACCUSATIONS COiNTRE GlANO. (An. 1295)
que le menu peuple fait de sa puissance^ d, ils sentirent
que les juges et les grands exploiteraient ces désordres
pour perdre Giano. Voulant le sauver» les prieui-s déci-
dèrent, d'accord avec les conseils, que le potestat recou-
vrerait les choses volées, que son salaire lui serait payé,
qu'il abandonnerait immédiatement sa charge et qu'il
y serait remplacé par le capitaine du peuple, Guglielmo
des Maggi, de Brescia, ce qui fut fait le 28 janvier*.
Mais cette demi-satisfaction ne pouvait sauver rien. Les
ennemis de Giano étaient trop avisés pour ne pas profiter
de leurs avantages. Ils aigrirent le ressentiment du popolo
minulo^ furieux que son chef, au lieu de guider ses vio-
lences , eût osé lui en faire honte. Auprès de la classe
moyenne, magnats, juges, popolani grassi^ bouchers,
firent de Giano le bouc émissaire. C'est lui qui avait tout
ordonné, tout fait. Ce fut un concert calculé d'accusa-
tions, de calomnies, de plaintes, où le pape lui-même ne
dédaigna point de faire sa partie. Dès le 25 janvier, on
avait obtenu de lui une bulle qui autorisait et provoquait
même les entreprises contre ce guelfe si tiède qui com-
battait les grands de h parte guelfa^ colonnes de l'Église,
contre ce chrétien si peu fervent qui avait bravé les foudres
de Févêque de Pistoia , et forcé ce prélat à ne les plus
brandir contre lui. La bulle faisait défense à la commune
de l'élire à aucun ofQce ou gouvernement, et même de le
tolérer dans la ville, le contado^ le territoire et le dis-
' La qiial cosi dispiacque a molti (Paolino, U, 49). — Veggendo che il
popol minuto malamente usava la sua autorità (Ammirato, 1. IV, t. I,
p. 193).
* 11 fut remplacé, le 6 mars suivant, dans les fonctions de potestat inté-
rimaire par un de ses parents. 11 exerçait encore sa charge de capitaine du
peuple, quand il mourut le 15 avril 1295 (Voj. la liste des Officiales f(H
remes).
(An. 1295) PROCÈS DE GIANO. 419
irict. Elle fulminait rexcommunication contre quiconque
lui donnerait asile, lui prêterait aide ou conseil, ainsi
qu'à son frère Taldo et à son neveu Ranieri, fils de Cam-
parini délia Bella\
C'était beaucoup d'avoir tourné contre l'ennemi com-
mun le saint-siége; mais encore fallait-il en exécuter les
commandements, et ce n'était pas chose facile dans une
ville accoutumée à les braver, soulevée par de récents
désordres, divisée par les plus ardentes passions. II y
fallut d'activés et secrètes pratiques dont Corso Donati fut
l'inspirateur. Tous les efforts tendirent à s'assurer une
bonne seigneurie*. On n'attendit point, pour procéder à
l'élection, le 13 ou le 14 février, comme à l'ordinaire;
on y procéda plusieurs jours auparavant, afin de battre
le fer tandis qu il était chaud^. Le 15, à peine les nouveaux
prieurs avaient-ils prêté serment, qu'on s'empressa d'ac-
cuser auprès d'eux Ginno délia Sella d'avoir troublé le
pacifique état de la ville, assailli en armes et chassé de son
palais le potestat. Le 17, le capitaine du peuple instruisit
le procès, au lieu et place du potestat renvoyé, dont il
faisait provisoirement les fonctions : nature malléable,
il s'entendait avec les prieurs en exercice comme avec
les précédents, qui étaient de sentiments tout opposés.
Mais ce procès inique souleva la conscience populaire,
plus droite sinon plus éclairée. La fausseté des griefs
allégués ramena le menu peuple vers son ancienne idole.
11 courut à la maison de Giano, se déclara prêt à le
» Roma, iO kal. febr., anno 1 ('23 janvier 1295). — Copie de cette bulle
dans les Capitoli, XXX, n» 41, f^ 77 f.
• Corso con gli allri tennero segreti modi délia elezione de* priori d'a-
verla a loro modo (Stefani, 111, 204).
^ E trassesi fuori anzi al tempo usato (Viliani, YIU, 8).
430 DÉPART ET CONDAMNATION DE GIANO. (An. 1295)
défendre par les armes, à mettre en pièces quiconque se
déclarerait son ennemi. Giano hésitait, comme naguère,
à prendre en main l'étendard de la révolte. Son frère,
plus résolu, Gnit par le déployer. Le 5 mars, il se mit à
la léte des hommes de bonne volonté et les conduisit vers
la maison des prieurs, où s'étaient réunis leurs adver-
saires. Déjà il était h la hauteur d'Or san Michèle, et une
nouvelle bataille des rues semblait imminente. Giano
n'en voulut courir les hasards ni pour ses concitoyens
ni pour lui\ Il quitta sans plus de retard Florence,
comptant bien que le peuple ne tarderait pas à le rap-
peler*. Il emmenait avec lui son frère Taldo, son neveu
Ranieri, sa fille Gâter ina , mariée à Galastrino des Gas-
tellani de Pisloia'.
Était-ce de sa part un scrupule patriotique, pour
n^étre pas cause de la guerre civile, ou une inspiration
de la prudence pour sauver sa tête? Le moment de son
départ, les sentiments qu'on lui connaît permettent de
croire qu'il pensa à lui moins qu'aux autres ; mais s'il
se flattait vraiment d'un prochain retour, il n'en pouvait
diminuer plus impolitiquement les chances. Partir, en
effet, et se dérober au jugement, c'était presque se recon-
naître coupable, c'était tout au moins prêter le flanc aux
accusations les plus diverses, et laisser le champ libre à
< Non si voile mettere alla ventura délia battaglia cittadincsca per non
ll^qiastare la terra, c per tema di sua persona non voile ire dinanzi (Villani,
Vm, 8). — Cf. Machiavel, ht. fior., II, 22 A.
* Sperando che il popolo il rimellcrebbe ancora in islalo (Yillani , VIU, 8).
— Diliber6 di non comparire e d'aspettare die il popolo rimediasse a ciô,
e se pure avesse baiido, d'essere ribandito (Slefani, 111, 204). C'est sans
doute par erreur typographique que M. G. Capponi (I, 90) dit le 3 mars.
Tous les auteurs disent le 5.
' Ammirato, hc. cil, * Léon Bruni, IV, 72.
(ÂH. 1295) GIANO EN FRANGE. 421
d'implacables ennemis. Ces ennemis aussitôt, en eflet, le
tirent condamner par contumace à l'exil. Sa maison, selon
l'usage, fut pillée et à moitié détruite*. De fortes amendes
furent infligées à ses amis. Leurs timides tentatives pour
obtenir le rappel de l'exilé devaient échouer devant le
souverain pontife et son inflexible opposition'.
Victime des lois qu'il avait fait porter lui-même et qui
défendaient à toute ville toscane de donner asile aux
bannis florentins, Giano délia Bella en aurait pu trouver
un dans les autres provinces d'Italie, chez les gibelins.
Il préféra la France, où la maison de banque qu'il avait
fondée avec les Pazzi entretenait des comptoirs*. Sa pré-
voyance laborieuse assura donc le pain de ses derniers
jours, que tant d'autres exilés mendiaient dans les cours
étrangères. A l'étranger, il vécut et mourut chez lui,
sensible consolation d'un malheur alors si commun. Mais
à Florence, fort longtemps sa mémoire fut proscrite,
presque à l'égal de sa personne. Nul n'osait en prendre
la défense. Villani, le premier, put porter, cinquante ans
plus tard, un jugement moins injuste, quoique sévère
encore. Sans nier les fautes de Giano, il le déclara
« condamné à tort par les non-justes*. — Grand exem-
« Villani, VUI, 8. — Paolino, U, 49. — Stefani, lU, 204. — M. Hille-
brand (p. 78) dit que La maison de Giano fut détruite par ses anciens parti-
sans. Mais ses anciens partisans étaient revenus à lui, et la destruction dont
il s'agit était une partie de la condamnation , en vertu des Ordinameîita,
L*erreur provient d'une phrase mal comprise dans le faux Dino Compagni.
* Gum de illo revocando agitaretur, adversarii ad Bonifacium pont, con-
fugerunt. lUe per lilteras magistratui populoque prsecepit ne Janum Label-
lam neve Taldum fratrem aut Rainerium nepotem ab exilio revocarent neve
ad dignitatem aliquam vel bonorem admitterent.... quoniam ille sator dis-
cordiarum inler cives fuisset (Léon. Bruni, IV, 72).
5 P. Villari, iV. AnL, loc. cit., p. 472.
* E forse per li detti peccati fu per le sue leggi medesime ch* avea fatte,
A-n LA RÉFORME DES ORDONNANCES (An. 1295)
pie, ajoute-t-il, qui avertit les hommes à venir de ne
point vouloir être seigneurs dans leurs villes, mais de
s'en tenir aux droits communs du citoyen, car Florence
sait par d'anciennes et de nouvelles expériences que
quiconque s'est fait chef de peuple ou d'université a
été abattu ; c'est la seule récompense que donne jamais
l'ingratitude populaire V » — Que Giano ait voulu être
seigneur, c'est ce que rien ne prouve. Qu'il ait été un
clief dé peuple, c'est ce qu'on ne saurait nier; mais
tout porie à croire qu'en se laissant pousser en avant
par le souffle populaire, il ne cherchait que les satis-
factions vaines d'une enfantine vanité.
Par sa faute avait échoué une tentative prématurée
pour donner à la grande innovation des ordonnances un
développement qui l'eût alors compromise. Mais son
imprudence n'avait été qu'un prétexte pour ses ennemis.
S'ils s'acharnèrent à sa chute, ce fut bien moins pour ce
qu'il avait voulu faire en dernier lieu que pour ce qu'il
avait fait ou provoqué auparavant. Il paya la rançon
d'une réforme capitale qui lui survécut, à laquelle ses
vainqueurs durent se résigner. Du fond de son exil, il eut
même la salisfaction de voir les autres villes toscanes
suivre, selon leur coutume, l'exemple de Florence.
A Sienne, en effet, les neuf adoptaient contre les ma-
gnats des règlements analogues, levaient dans chaque
terzo ou quartier une force armée de quatre cents
hommes, tendaient de grosses chaînes dans les rues,
a lorto e sanza colpa per li non giusti giudicato (Villani, VlIT, 8). — Cf.
Léon. Bruni : « Iti civis bene merilus a populo ipso cujus auctoritatem
contta potentiores asserucrat , ingrate desertus in exilio diem obiit (1. IV ,
p. 72),
' ViUani, Vlfl, 8.
An. 1295) DANS LES VILLES TOSCANES. 425
pour que les anciens dominateurs ne les pussent plus
parcourir à cheval, tout en maintenant, à vrai dire, «e
pouvoir oligarchique du popolo grosso qui, selon un de
leurs historiens, fit longtemps la prospérité de leur pa-
trie*.
Pise, dans sa détresse, allant d'un extrême à l'autre,
faisait plus encore. Au Heu d'accomphr elle-même les ré-
formes qui devaient la faire entrer dans la société guelfe,
elle en commit le soin à Boniface VIII, qu'elle élut po-
testat et gouverneur, avec un salaire de quatre mille
livres. Boniface fit exercer ces pouvoirs nouveaux par un
vicaire, le comte Elio de Colle, qu'accompagnait le prévôt
de Vence, chargé de lever l'interdit et de toucher l'amende
de cinq cents pièces de monnaie, à laquelle les Pisans
s'étaient vus condamnés'. Assez habilement, ce peuple
gibelin faisait la part du feu ; il consentait à devenir
guelfe, certain que la papauté ne le courberait pas sous
le joug d'une démocratie qu'il redoutait.
De telles appréhensions n'avaient guère alors leur rai-
son d'être. Nulle part on ne voyait l'avènement du peuple.
Sans parler de Venise, qui, sous son doge Piero Gradeni-
go, affermissait pour des siècles le régime aristocratique*,
à Florence même, comme en témoigne son plus lucide et
plus sûr chroniqueur, « les artisans et le menu peuple.
* Sotto nome di govcmo popolare tendcva più alla potcnza di pochi che
a partecipazione univcrsalc, la quai cosa, benchè fosse molesta a molti, fu
nondimeno di non piccola utilità a qucllo stnto (Malavolti, part. îl, 1. 111,
f" 5fi r).
« Ann, eccL, 1290. t. XXIV, p. 199. — Muralori, Ann, iTItaL, 1296.
— Tostl, Storia di Bonifazio VIII, 1. III, 1. 1, p. 265.
' Voy. Romanin, Storia di Venezia, 1855.1861. 10 vol. — Zanotto.
Storia délia repubblica Veneziana^ 1864, 2 vol. — Daru, Histoire de Ve-
niée. Paris, 1819-1822. — Sismondi, III, 229 sq.
494 MÉDIATION DE BONIFACE YIII. (An. 1295)
après la chute de Giano, firent peu de chose dans la com-
mune. I^e gouvernement resta aux mains des popolani
grossi et des puissanlsV » Tandis que Brunetto Latini
mourait honoré de tous* , et que le boucher Dino Pecora
triomphait bruyamment d'une victoire dont il s'attribuait
tout l'honneur, les popolani grossi et la seigneurie, leur
instrument, ne tendaient qu'à éloigner de la Toscane ce
qui aurait pu les troubler dans la possession du pouvoir.
Jehan de Châlon s'y trouvait encore, quoique les guelfes et
les Florentins lui déniassent le titre de vicaire du roi des
Romains dans celte province*. N'ayant pu obtenir d'eux le
prix qu'il mettait à ses services, il s'était tardivement sou-
venu que les gibelins les premiers l'avaient appelé. Il avait
groupé autour de lui Ârétins, Romagnols, exilés de Flo-
rence, et rendu actives de molles hostilités. Boniface VIII
ne refusait point sa médiation aux guelfes, pour en finir
avec lui, mais une fois engagé dans l'affaire, son tempé-
rament despotique y prétendit tout régler. Il fixa à quatre-
vingt mille florins d'or l'indemnité que les « bons Tos-
cans > de la Ligue devraient payer au Bourguignon* ; il
voulait que tout cet argent passât par ses mains. « 11
réprimandait vertement les sages et la commune de Flo-
* Dair ora innanzi, gli artefici e' popolani minuti poco podere ebbono in
comune, ma rimnse al governo de' popolani grassi et potenli di Fircnze
(Villani, VIII, 8). — M. Gino Capponi n*esl donc pas d*une parfaite exacti-
tude , quand il dit à cet endroit : c Qui ogni cosa era per il popolo. i (1,
91.)
» Villani, VIIMO.
* Qui se asserit viwrium régis Romanorurn in Tuscia (ProvvUioni, n* V,
p. 117). — Cette phrase se retrouve dans tous les documents où il est ques-
tion de lui.
* Plol. Luc. Annal., R. I. S., t. XI, 1301. — Selon cet auteur, la co-
tisation de Lucques était de 18,000 florins.
(An. 1295) DÉPART DE JEHAN DE CHALON. 425
rencc',» de ne lui point consigner les vingt-cinq mille
florins de leur cotisation*. Les marchands florentins
durent s'exécuter. « En considération de Thonneur et du
respect dus à l'Église de Rome, » ils donnèrent balia à
leurs magistrats de remettre au pape, non-seulement la
part afférente à leur ville, mais encore celle de plusieurs
autres, jusqu'à concurrence de soixante mille livres. Les
maisons des Cerchi, desFrescobaldi, des Mozzi, des Spini,
en comptèrent chacune douze mille; celle des Scali six
mille\ Si Jehan de Châlon reçut tout cet argent, c'est ce
qu'on ne saurait dire; mais on se prend à en douter,
quand on voit Boniface YIII le payer d'autre monnaie, lui
accorder pour son frère l'évêché de Liège \ L'aventurier
ne dut pas se montrer difficile. « Suspect aux gibelins,
comme étant de langue française, » il retourna sans re-
tard en Bourgogne avec ses gens*.
Sans attendre son départ, les grands étaient entrés en
campagne contre les ordonnances*. Elles subsistaient
malgré l'expulsion de Giano, et même, sur divers points,
* Non modicum reprehendit sapientes et comune Florcnlie (6 oc-
tobre 1295. Provvmoni, n* V, p. iiS).
* Villani (VIII, 10) dit seulement 5500 florins. Mais outre que ce chiffre
est en contradiction palpable ayec ceux de Ptolémée, Florence n*ayant pu
contribuer pour moins que Lucqucs» celui de 25,000 florins se trouTO dans
un document positif du 25 septembre 1295, Prowisioni, n* V, p. 154 ▼•.
Le 7 juillet précédent , Florence avait contracté un emprunt pour ce paye-
ment (Ibid., p. 117).
5 20 septembre, 6, 10, 25 octobre 1295. Prowisioni, n- V, p. 152,
145, 148, 156 v*.
* Ptol. Luc, loc. cit. — Muratori, Ann, d'ItaL, 1296.
5 Villani, Vllï, 10.
^ Il est impossible de ne pas remarquer la coïncidence. C'est le 6 juil-
let 1 295 que 80 fait cette campagne. Le 7 , les prieurs contractent un em-
prunt |)our payer ce qu'on a c promis i de donner à Jehan de Châlon (Prùv-
visioni, n* V, p. 117). Donc tout était réglé b cette date, il n'y avait plus
qu'à arrêter le mode do payement.
426 AGGRAVATION DES ORDONNANCES. (An. 4295)
on les avait aggravées. C'était le nœud de cette situation
étrange, que \cspopolani grmn tendaient une main aux
nobles pour les affaires du gouvernement, et l'autre au
popolo magrOj pour soutenir les lois nouvelles, leur
commun palladium. C'est ainsi que, le 15 mai précé-
dent, on avait vu les conseils du capitaine, où lesj^opo-
laniy gras et maigres, avaient seuls accès, décider :
1** qu'aucun magnat ne pourrait exiger des popolani
qu'ils subissent les peines auxquelles ils auraient été
condamnés, notamment sous le potestat Pino Yernacci,
très-suspect d'injustice; 2"* qu'il ne serait plus permis
aux magnats accusés d'offense par un popotano pauvre,
d'en exiger judiciairement des sûretés, quand l'olTense
ne paraîtrait pas évidente \ Mais ce que les magnats
tenaient surtout à faire abroger, ce qui rapprochait entre
eux jusqu'aux Âdimari et aux Tosinghi, jusqu'aux Mozzi
et aux Bardi*, c'était la solidarité de tous les membres
de la fi)mille dans la faute ou le crime d'un seul, et la
preuve du bruit public par deux témoins seulement.
L'une de ces rigueurs ctnil pour les ordonnances la
condition même de leur efficacité; l'autre ôtait toute
garantie h h justice ; elle était l'injustice même. Mais
fussent-elles extrêmes dans leur lettre ou leur esprit, on
ne détruit pas à volonté les institutions ou les lois qu'a
dictées une pressante nécessité.
On pouvait du moins le tenter. I^e 6 juillet 1295,
assurés de la complicité des prieurs, les magnats descen-
dirent dans les rues, et vinrent au palais communal
réclamer la réforme des ordonnances, ou, au pis aller.
* Provvmoniy n* V, p. 98 v% 99.
• Villani,Vin, 12.
(An. 1*295) SOULÈVEMENT DES GRANDS. 427
de ces deux rubriques. La ville fui aussitôt en rumeur et
en armes*. Ils l'avaient prévu ; ils n'en furent point dé-
concertés. On les vit sur leurs chevaux caparaçonnés,
que suivait à pied la multitude de leurs vassaux campa-
gnards et celle des masnadieri ou gens sans aveu, se
répartir en trois Iroupes et occuper trois poinls impor-
tants. La première prit position sur la place de San-Gio-
vanni. Elle avait pour chef Forese des Âdimari, qui tenait
en main l'enseigne royale. La seconde, sous les ordres
de Yanni desMozzi, s'établit sur la piazza al Ponte, aux
abords du Ponte vecchio^ par où pouvait déboucher le
populeux faubourg d'Ollrarno. La troisième, ayant à sa
tête Geri Spina, se rendit au point central du MerccAo
nuovo. Elle avait pour mission de balayer les rues en tout
sens, d'y empêcher tout hostile rassemblement*.
A tout prix il fallait déjouer cette tactique, et si Ton
ne pouvait circuler soi-même, interdire du moins la cir-
culation aux magnats. Les popotani tendirent partout
des chaînes, obstacle insurmontable à la cavalerie et, par
suite, aux contadini, qui n'osaient s'avancer qu'à l'ombre
de leurs maîtres. En même temps se réunissaient les mi-
lices urbaines: elles étaient bientôt en nombre sous les fe-
nêtres du palais communal, qu'habitait le potestat, et sous
celles de la maison des Cerchi où résidait pour lors la
seigneurie*. Leurs chefs les y avaient conduites, moins
pour les mettre aux ordres de magistrats suspects que
» Villani, VIII, 12.
* Per volere correre la terra (Villani, Vlll, 12). — Ces mots, dans les
chroniqueurs, paraissent ne se*rapporter qu'à la troisième trou|)e.
' Nous avons souvent parlé de ces maisons. Elles étaient derrière San
Procolo, non loin de la vieille Badia. Une rue qui porte encore le nom des
Cerchi et débouche sur la place de la Seigneurie , indique à peu près où
elles se trouvaient. Voy. le plan de Florence joint à cet ouvrage.
428 MODÉRATION DES PRIEURS. (Ak. 1295)
pour les séparer de la noblesse et leur imposer les vo-
lonlés populaires. N'y pouvant parvenir, ils doublèrent
sans hésiter le nombre des prieurs. Pour en rompre la
majorité ennemie, ils leur adjoignirent six popolarii con-
sidérables et sages, un par sestiere^. C'était, sans engager
la bataille, mettre les nobles hors de combat '. Déjà ils
ne pouvaient plus communiquer avec le potestat, avec la
seigneurie, et, pour surcroît de disgrâce, ils allaient en
voir les décisions se tourner contre eux.
Vainqueurs à si peu de frais, les popolani furent clé-
ments : ils ne les chassèrent point de Florence. Villani
prétend qu'ils l'auraient pu * ; mais le doute est permis :
la clémence ne fut sans doute que prudente circonspec-
tion. D'accord pour défendre les ordonnances, cet abus
de la victoire les eût divisés. De nouveau la haute bour-
geoisie eût fait cause commune avec les magnais. C'est à
elle qu'ils durent quelque adoucissement t^ leur sort : les
prieurs supplémentaires disparurent sans bruit; quelque
atténuation fut apportée à la rigueur des ordonnances. Il
fut décidé qu'on exigerait trois témoins, au lieu de deux,
pour attester le bruit public; qu'on ne punirait plus
personnellement qu'un « capitaine » ou chef d'homicide,
et que les autres grands qui auraient participé au meurtre
d'un popolano ne seraient plus condamnés qu'à deux
mille livres d'amende\ On édicta des peines contre qui-
* Dierono compagnia a* priori, perché v'erano in sospetto, uno per seslo
(Villani, Vin. 12).
* Non ebbono nulla forza ne podere contro loro (Villani, VIH, 12).
^ Il popolo arebbe piutosto potulo vincere e soprastare a' grandi e cac-
ciarli (Villani, VIII, 12). — Machiavel dit (hL fior., II, 22 A, B) que beau-
coup auraient voulu en venir aux inains tout de suite , et rien n*cst plus
probable ; mais Villani ne fait mention, à cet égard, d'aucun dissentiment.
^ Quod unus solummodo qui fiot capitaneus homicidii pénis supra dictis
(ÀH. 1295) COLÈRE DU PEUPLE. 429
conque porterait contre eux de fausses accusations ou de
faux témoignages ; on leur reconnut le droit de punir
librement chez eux leurs écuyers et serviteurs*.
Ils crurent qu^ils allaient respirer ; mais les prieurs
avaient cédé plus que ne permettait le sentiment public*.
A l'expiration de leur charge, ils furent poursuivis dans
les rues, accablés de coups de pierres. A défaut de
pierres, on leur lançait à la tête les instruments des
métiers \ « Les choses, dit Villani, ne tardèrent pas à
revenir dans leur ancien état^. » Sans violence apparente,
on ôta aux grands leurs plus redoutables armes, leurs
grosses arbalètes : ils n'osèrent refuser de les vendre à
la commune \ Dans les conseils des derniers mois
de 1295 et dans ceux des années subséquentes on relève
nombre de mesures propres à (c fortifier » les ordonnances
de justice*. A la date du 24 août 1295, le potestat Maffeo
des Maggi, de Brescia, recevait balia jusqu'au 1*' no-
vembre suivant, de retenir, pour le bien de la commune,
toutes personnes dans les cours de son palais, tout le
puniatur. Reliqui vero magnâtes qui dicto bomicidio inUrfuerint et percu»-
scrint hujusinodi populareui in libris duabus millibus fp. condempnentur.
Et pro dicto bomicidio fieri possit et debeat unus capitaneus tantura qui
|)ena capilis et in destructione et deTastatione suorum bonorum puniatur, etc.
(6 juillet 1295. Provvisioni, n» V, p. 113 f ).
> Ibid. Le lendemain, 7 juillet, on ordonnait aux Mannelli et aux Velluti
de Caire la paix entre eux , s'ils ne Toulaient y être contraints par la force
(/6id.,p. 417 V).
> E ci6 feciono i priori contre al Tolere de* popolani (Villani, YIU, 19).
— Léo (1. VU, c. n, 1. 11, p. 54) dit : à Tinsu du peuple, — ce qui est un
non sens.
3 Poco appresso si hyocô et tornô nel primo stato (Villani, VIII, IS).
* Furono picchiate le pancbe dietro con le caviglic e gettati molti sassi,
percb' erano stati consentienti a faYoreggiarc i grandi (Villani, VUl, 12).
» Villani, VIU, 12.
^ Fortificando li ordini délia giustixia (Villani, VUI, 12).
430 NOUVELLES RIGUEURS (âh. 1S95)
temps qu'il jugerait à propos; d'interroger « avec ou
sans tourments », et de punir « à son gré » les coupa-
bles de blessures ou d'injures contre les magistrats, les
promoteui^, auteurs et fauteurs de tumultes, d'attroupe-
ments dans la ville et les faubourgs, tous ceux enfin qui,
dans les rues, crieraient aux armes ou serra^ c'est-à-dire
arrête ^ Le 9 novembre, on portait de mille à deux mille
livres la peine pour les blessures faites au visage à main
armée, si l'arme avait frappé à moins de cent brasses de
la maison du blessé, distance mesurée à la canna^ ou
aune de calimala*.
De nouveaux troubles justifiaient ces nouvelles ri-
gueurs'. Les grands ne parvenaient pas, peut être même
ne cherchaient-ils pas à chasser ce naturel qui revient
au galop. Les partisans de Giano délia Bella réclamaient
bruyamment son rappel. Pour couper court à ces de-
mandes, comme ce pour obvier aux scandales, bruits,
rixes, séditions qui avaient affligé récemment Florence, »
on interdit, le 13 décembre 1295, le rappel de quiconque
aurait été condamné depuis le 1**^ janvier précédent, pour
clameurs ou injures contre la seigneurie, le potestat et
le capitaine, pour rumeurs, tumultes, séditions, comme
pour avoir mis le feu au palais de la commune ou aux
portes dudit palais^.
^ Prowisioni^ n" V, p. 125 v*. Même balia était donnée le 17 jao-
TÎer 1296 h Giliolo des Maccheruffi de Padouc, le nouveau potestat (Ibid.,
p. 13 V). De mênne le 17 janvier 1297 (Ibid,, n» Vlï, p. 37 v% 38). Acette
dernière date, on limite à cinq jours le temps durant lequel le potestat était
autorisé à garder les gens dans les cours de son palais ou dans la tour de
Volognano.
* Ibid., p. 171.
^ Un document du 29 janvier 1297 prouve qu'il y avait eu des troubles,
notamment le 16 décembre 1296.
* Provvisioni, n* V, p. 187.
(An. 1295) CONTRE LES GRANDS. 451
Ces derniers mots, comme ces proscriplions persis-
lantes, monlrent assez que Tesprit de parti, qui avait
chassé rinfortuné Giano, subsistait dans toute sa force.
D'autant plus remarquable est donc la persistance des
conseils à confirmer, à développer l'œuvre de l'impru-
dent mais généreux proscrit. Sages intermédiaires entre
les factions, ils veillaient à la paix publique ; ils prohi-
baient, pour la protéger, tout ce qu'à tour de rôle elles
imaginaient pour la troubler. Sur les boucliers, les écus,
les bannières, les soubrevestes de guerre, les housses
des chevaux se voyaient, en signe de ralliement, les armes
peintes ou brodées de la famille dont on suivait la direc-
tion. Entre membres ou clients de familles, de partis
adverses, c'étaient, dans les rues, autant de provocations
à la lutte. Désormais, sous peine de deux cents livres
pour un magnat, et de cent pour un popolanOy personne
ne put plus porter que les armes de son art ou les siennes
propres, avec celles du roi Charles ou de ses descendants.
Quiconque en peindrait, coudrait, sculpterait ou vendrait
d'autres, serait sévèrement châtié, s'il n'était point de
bonne foi ^ Un magnat avait-il des a guerres ou inimitiés
patentes* », on lui défendait, sous peine de mille livres,
d'aller, sans permission expresse de la seigneurie, à
aucune réunion de nobles, pour obsèques, mariages,
fiançailles, prises d'habit, célébration de première messe
ou « mystère de quelque défunt'. »
* 17 janvier, l*'fémer 1296 (Provvitioni, n- V, p. 13 v% 18).
* Guerram seu inimicitiam patentera (17 janTÎer 1297. Prowisiani, n" YO,
p. 38). — Ce document a été publié en partie par Gaye, 1, 433.
^ in civitate, burgis vel suburgis seu in comitatu Florentie ire ad aliquam
invilatam, que ficret de ipsis magnatibus vel magnate pro aliquo defuncto,
vel ad exequias alicujus defuncti, vel pro mogliazio seu sponsalibus, vel pro
432 ADOUCISSEMENTS AUX ORDONNANCES. (An. 1295)
Et ce n'étaienl point là des prescriptions vaines, comme
celles (le tant de lois au moyen âge. Tour à tour les plus
grands noms passaient sous les fourches caudines de
l'odieuse loi. Simone Pazzo des Pazzi, condamné à deux
ceiUs livres pour blessures faites à Âgnolo des Pazzi, qui
était de sa caste comme de sa famille, et à trois mille
pour d'autres blessures, peut-être moins graves, à Baldo
de Mandria, />o/?o/ano, voyait ses quatre répondants em-
prisonnes pour payer jusqu'à concurrence de mille livres,
et obtenant un recours sur ses biens \ Quelques années
plus tard, un grand, qui a laissé une chronique particu-
lière assez curieuse, écrivait simplement, sans récrimi-
nations : a II advint que moi et Maffeo, qui étions des
grands, nous ne pouvions intenter une action contre Gone
et Redi de Ghigi de Ghofo, qui étaient du peuple \ »
Diverses mesures correctives, prises à diverses dates,
prouvent même qu'on avouait quelque excès dans la
répression, et qu'on tentait d'y remédier. Tant de per-
sonnes avaient été condamnées, pour méfaits, à des
amendes de cinquante livres et au dessous, puis incar-
cérées pour refus de payement, qu'il fallait, le
2 juin 1298, les remettre toutes en liberté, et faire dé-
fense au potestat, au capitaine, à leurs juges, d'inscrire,
pour de si faibles condamnations, les condamnés au
aliqiio presbylero, monacho vel monacha, seu pro misterio alicujus mortui,
nisi de licentia et parabola dominonim priorum arlium. (!bid.)
* Dans le nombre de ces répondants était un des Lamberli et un des
Adiuiari (4 février 1297. Provvisioni, n? VU, p. 53 v').
* E avvenne per cagione cbe io e Maffeo eravaino de' grandi, e non po-
levaino torre azione contra Gone e Redi di Ghigo di Ghofo, che erano di po-
polo (Cronichetta di Neri degli Strinali, 1300, p. 124, opuscule parfaite-
ment authentique publié à la suite de la fausse chronique de Semifonte,
attribuée à Pace de Certaldo).
(Àif. 1299) STABILITÉ DES ORDONNANCES. 433
livre des bannis \ Le 13 mai 1299, étaient déclarées
nulles toutes protestations et inquisitions faites devant
les magistrats, si, dans les trois jours, elles n'avaient été
enregistrées et communiquées aux inculpés*. Le 18 jan-
vier 1500, tout citoyen était autorisé à accuser le potestat,
le capitaine, le juge des appels et leurs famigli^ pour
toute infraction 5 ce nouveau statut, et même pour toute
autre accusation dont ils fussent Tobjet'.
Mais qu'on serait loin de la vérité, si Ton voyait dans
ces médiocres adoucissements à une législation terrible
la moindre tendance à y renoncer 1 En corriger les excès
inutiles, c'était au contraire la confirmer dans ses points
essentiels. Personne ne s'y trompait. Les petites localités
qui ne s'étaient pas encore assuré le bénéfice des ordon-
nances, le réclamaient et l'obtenaient des Florentins. A la
demande des habitants de Caslelnuovo, dans le val
d'Arno, Florence interdisait à tout magnat d'acheter des
maisons, des tours, des terres ou toute autre propriété
sur le territoire dudit château, par crainte qu'ils n'y
voulussent ainsi établir leur seigneurie. Elle ordonnait,
en outre, que si quelque grand y possédait déjà quelque
tour, cette tour ne pût, sous peine de mille livres d'a-
mende, être haute de plus de cinq brasses*. Plusieurs
années plus tard, en 1306, le 15 mars, on devait donner
aux ordonnances une consécration solennelle dans cette
vieille église de San Pier Scheraggio qui, dès 1294, en
avait vu la promulgation*.
* Prowisioni, n* IX, p. 40.
« /M., n»X, P.-48.
' Quelibet persona licite et impune possit sibrque liceat facerc protesta-
tioneset inquisitiones super quocumque negolio (Ibid., n* X, p. 191 )•
^ 28 septembre 1500. Prowisioni, n* X, p. 277.
* Ordin. di giust., Bub. 80; Giudici, p. 585.
HI8T. DE rL0.1EKCE. — 11. 28
43i INTRIGUES DES GRANDS. (an. 1299)
La noblesse florentine sentit à peine ce dernier coup :
depuis longtemps elle avail laissé toute espérance. Beau-
coup de familles sans pouvoir ni grandes propriétés,
€ se mettaient du peuple ^ » La politique modération
des hommes qui avaient conduit avec tant de suite et de
fermeté cette paciOque campagne, sut leur adoucir l'a-
mertume du breuvage, s'ils la sentaient encore en vidant
le calice. C'est avec raison que Villani nomme, pour leur
rendre hommage, ces marchands dont le nom est devenu
célèbre, les Mancini, les Magalotti, les Alloviti, les
Peruzzi, les Acciajuoli, les Cerretani*. Grâce à eux, les
magnats purent se résigner à leur sort. A peine quel-
ques-uns, s'obstinant dans leur résistance farouche, cher-
chèrent-ils encore les moyens d'abattre le peuple et de
le soumettre '. Leurs intrigues et leurs violences y
échouèrent pareillement; mais elles devaient sufflre à
entretenir un certain malaise \ alors même qu'elles
curent cessé d'èlre un péril pour « le nouvel état du
peuple à Florence* »•
Une fois encore elles aboutirent à quelque éclat. Les
nobles récalcitrants avaient réussi, le i" janvier 1299, à
faire nommer potestat, et par conséquent juge chargé de
prononcer contre eux d'après les ordonnances, un pauvre
gentilhomme de la Marche Trévisane, Messer Monfiorito
de Coderta, dont ils avaient peut-être acheté d'avance les
* Molti casati che non erano tiranni ne di grande potere, si trassono del
numéro de' grandi, e misero nel popolo (Villani, Vni, 12).
* Villani, Vm, 12.
' Da indi innanzi i grandi non finirono giammai di cercare via e modo di
polere abbattere il popolo a loro podcre (Villani, VUI, 12).
^ Sconcio e maie stato che ne segui. (IbùL)
* NuoTO stalo di popolo in Firenze. (Ibid,)
(An. 1299) LE POTËSTAT MONFIORITO. 435
bons offices*. Infraclicns nombreuses à la légalité, dénis
de justice, fraudes et vols signalèrent dès son début cette
magistrature et tournèrent les popolanij même les popo-
lani grassi^ contre le magistrat prévaricateur. Aux élec-
tions du 14 avril pour la seigneurie, le sentiment public
se fit jour par le choix d'hommes résolus à sévir contre
lui*. Le 4 mai, après dix-huit jours de patience, les nou-
veaux prieurs lui ôtaient la baguette, signe de sa dignité,
recommandaient aux syndics un sévère examen de ses
actes, et préventivement l'incarcéraient avec ses famigli
dans une prison nommée depuis la Monfiorita*. Le 7, Ric-
ciardo des Artinigi, de Bologne, capitaine du peuple,
était chargé, jusqu'au l*""* juillet, des fondions de poteslat,
et l'on faisait défense à tout grand, lâous peine de cent
livres d'amende, d'entrer sans y être appelé dans le palais
de cet officier, et à tout futur potestat, comme à ses
serviteurs, d'avoir un médecin qui ne leur fût désigné
par la seigneurie*. N'entrevoit-on pas dans cette prescrip-
i Vil nni ne pulanl point de ce potestat, les auteurs qui en parlent^ no-
tanuncntlc meilleur et le plus récent de tous, M. Gino Capponi (I, 91), le
placent , avec le faux D. Compagni , immédiatement après l'expulsion de
Giano. Mais on Toit dans la liste des Officiales foren$es tous les pott^stats dé-
sormais semestriels de 1296 à 1299, et à cette dernière date Monfiorito.
Ce témoignage suffisant est confirmé par Simone délia Tosa (p. 222), par
Paolino (II, 53) et surtout par diverses provvisioni relatives à ce magistrat.
* M. Del Lungo,dans ses annotations à Dino Compagni (1. 1, c. xis, p. 55),
ne comprend pas que les citoyens qui avaient appelé Monfiorito ne pussent
pas le tolérer plus longtemps. Cela s'explique pourtant très-bien : on Pavait
élu sur la désignation plus ou moins indirecte des nobles, qui, avant ou
après son élection, l'avaient gagné à leur cause.
' Au bout de la rue dite Yacchereccia, en face du Palazzo vecchio, C*était
une tour de la maison des Tizzoni. Le capitaine y résidait alors (Paolino, H,
53).
* Provvisioniy n" X, p. 32 v*. — Le faux D. Compagni rapporte que
Monfiorito fut soumis h la question , par le supplice de la corde , et que la
femme d'un grand , d'un des Arrigucci , qui était en prison avec lui , leur
456 PROCÈS DE MONFIOIUTO (An. 1399)
tion singulière que le médecin de Monûorito avait dû
servir d'ngent à ses prévarications?
La seigneurie du 15 juin maintint ce qu'avait fait la
précédente; mais par un injuste retour des choses d'icî-
bas, celle du 15 août, animée de sentiments contraires,
supprima « beaucoup de papiers du livre des actes, qu'on
gardait au fond d'une armoire, dans la chambre d'un des
prieurs, et qui contenaient contre Monfîorito les preuves
de sa culpabilité. » Elle fit plus, elle imita ses fraudes,
ses vols, ses extorsions. De là, au 1 5 octobre, des élections
populaires. Le 19, quatre jours après être entrée en fonc-
tions, la seigneurie donnait ordre au nouveau potestat,
Ugolino de Corigia, parmesan, de procéder contre les
prieurs et le gonfalonier sortants, de les condamner, selon
les ordonnances de justice, dans leurs personnes et leur
avoir. Il devait, sous peine de deux mille florins, terminer
en dix jours le procès relatif à la soustraction des papiers,
et, sous peine de mille, conduire le plus rapidement pos-
sible rinsiruction touchant les autres méfaitsV
Pourtant, ce n'était point une tâche facile. Contre des
accusés qui se défendaient par leurs dénégations ou qui
se dérobaient par la fuite, on ne trouvait guère ni
preuves ni témoins. C'est pourquoi, malgré ces injonc-
tions sévères, les choses traînaient en longueur. Le 20 fé-
vrier 1300, enire était donné au potestat brescian Ge-
ayant4f|!f|iié?léf^lîAles sourdes et aulres fers, ib purent s'cnAiir. Mais
ces 2êêèiÛQtiè ne se trouTant conBrmées ni par les documents ni par Si-
mone délia Tosa, qui a parlé de cette affaire un peu plus que les autres au-
teurs, on ne saurait s'y arrêter. — Ce supplice de la corde, tomme disent
les Italiens, nous l'appelons estrapade. Un peintre, H. Steinhcil, en a donné
une représcnlalion assez fidèle dans un tableau qui a figuré à Texposition
de 1875, sous le n"" 1857, et sous ce titre : Un tribunal au quinzième <tè-
cle. L'interrogatoire.
^ Prowisioni, n* X, p. 113.
(A«. 1299) ET DE SES COMPLICES. 437
rardino de Gambara, de « procéder par toute sorte de
lourments, avec ou sans indices, en dérogeant à toutes
les règles sur la prescription, contre quiconque serait ré-
puté avoir commis des vols, fraudes, faux, actes de cor-
ruption, soit avec Messer Monfiorito de Coderta ou quel-
qu'un de sa famiglia^ soit par leurs conseils ou séduc-
tions*. »
Sur les résultats mêmes de ce grand et scandaleux pro-
cès, les documents ne nous apprenneni rien. On voit
seulement dans Simone délia Tosa que « beaucoup de
Florentins furent condamnés pour les rapines*. » Dante,
par un de ces mots obscurs qu'éclairent ses commenta-
tours', flétrit un certain Durante des Chiermontesi, qui
axait enlevé de la mesure du sel la douve où était appliqué
le sceau de la commune, pour Tadapter à un vase plus
petit, et tromper ainsi les acheteurs\ Un ami de ce Du-
rante, Niccola Acciajuoli, ayant, pour le sauver, lacéré les
registres du notaire, fut condamné à une amende de trois
mille livres. Complice ou complaisant, Baldo d'Aguglione,
le fameux rédacteur des ordonnances, dut payer deux
mille livres et s'exiler pour un an'. Ainsi s'éteignait dans
* Provvuioniy n* X, p. 208 v*.
* •« Trabalderie. i (Simone délia Tosa, p. 225.)
* Ad eUde
Cb* era sicuro il quaderoo e la doga.
{Purg, XII, 104].
* Florence ne tint pas rigueur au fils de ce délojal personnage. Gerî de
Scr Durante des Cbiermontesi est prieur pour le ie$to de San Piero du
15 juin 1301 au 15 août (Stefani, lY, 225. Deliùe, X, 16).
' Yoy. surtout le commentateur anonyme de liante. Il n*Y a rien ^ ce
sujet daus BeoTenuto d^linola. — Niccola Acciajuoli était de la seigneune
provaricatrice (15 août-15 octobre 1299), mais non Baldo d*Aguglione»
qui était juge, c*est-âi-dire d*un art qui fournissait les notaires, mais non les
prieurs (Voy. les listes de Slcfini,!'!. 2''0. Delizie, VUI, 80). Pourtant les
438 RELATIONS EXTÉRIEURES (An. ii99)
d'ignominieuses misères la grande lulle qu'avait en vain
soutenue la noblesse, frappée à mort par un peuple de
marchands.
On se ferait une bien fausse idée de l'activité prodi-
gieuse, comme de l'incroyable liberté d'esprit dont Flo-
rence faisait preuve, si nous ne disions un mol de ses re-
lations au dehors dans le même temps. En Toscane, elle
wait presque à ses ordres la taglia ou armée de la ligue
/jelfe. La puissante parte guelfa en était le nerf; c'est
elle, le plus souvent, qui en désignait le capitaine, dans
les diètes ou parlements si souvent tenus à Empoli.
Le 19 août 1297, les ambassadeurs florentins recevaient
mission d'y fixer la taglia à cinq cents cavaliers stipendiés
pour un an, et d'y procurer le maintien d'Inghiramo,
comte de Biserno, dans la charge de capitaine, qu'il
occupait dès le mois de février ^ faute de quoi ils feraient
en sorte que Télection fût différée et se fît à Florence*. Ce
que Florence avait à redouter, c'était moins une oppression
ouverte que la force d'inertie et la négligence. Aussi mul-
tipliait-elle les ambassades auprès de ses alliés. Une
d'entre elles montre Dante Alighieri partant pour San-
Gemignano et sommant cette pclile ville de remplir ses
juges étaient quelquefois prieurs; ainsi Lapo Sallerelli (15 avril-
i5 juin 1500), Dogio dal Borgo (15 décembre 1500-15 février 1301). —
Voy. Stcfani, IV, 222. Delixie, X, 15, 14.
^ Il avait sous ses ordres plusieurs autres capitaines, Vanni, Berre de
Pise, Ugo de Caldaia, Cberico Donati, Belluccio d'Ostina, Puccio, comte de
Sarteano , Puccio d'Ârezzo , Michelozzo Buglietti de Lucardo , Salino Dorri-
ghi, Giliolo de Parme (28 février 1297. Provvisioni, n* VU, p. 84 V). Ces
capitaines avaient un nombre variable de cavaliers , en général peu consi-
rable, 15, 28, 40. A chaque page des provvisioni , on trouve de ces sortes
d'engagements, nouveaux ou renouvelés. Il est assez bizarre que le chiffre
de 29 se rencontre souvent (Voy. Prowiêioni, n* V, p. 165, 28 oc-
tobre 1295).
* Prowimni, n» YIII, p. 113 V.
{An. 1299) DES FLORENTINS. 439
obligations ^ San-Gemignano pliait, mais en relevant la
tête : ses syndics recevaient ordre de n'engager en rien
leur commune, sans en référer à ses conseils et à
ses magistrats, surtout quant au fait des dépenses*. Jus-
que dans les moindres centres de population, la souve-
raineté communale pouvait bien déléguer ses pouvoirs;
elle n'avait garde d'abdiquer.
Hors de la Toscane même, Florence s'intéressait aux
événements. Ses modestes alliées n'étendaient pas si loin
leurs regards. Elle ne les eût pas facilement déterminées
à envoyer des secours à Charles II contre les rebelles de
Sicile. Il est vrai qu'elle-même n'accordait les siens qu'avec
circonspection ' ; malgré les plaintes des ambassadeurs
royaux, ses conseils persistaient, quelquefois à l'una-
nimité, dans leurs résolutions dilatoires*. Mais économe
de ses hommes d'armes, prodigue de démonstrations
* Die 8 maii conyocato et adunato consilio generali comunis et homînum
S. Geminiani in palatio dicti comunis.... dixit (Dantes) quod ad presens in
certo loco parlamcntum et ratiocinatio more sotito per omnes comunitates
Tallie Tuscie, et pro renovatione et confirmatione noyi capitanei fieri expe-
dity propter que ad expediendum predicta conyenit quo sindici et ambaxia-
tores solemnes predictorum comunium simul conveniant se (Libri Refor"
maiionum Terrœ S, Geminiani), — Ce document a été reproduit plusieurs
fois : par Stefani, t. VI, p. 257 ; Pelli, Memorie di Dante, p. 94, Flor.,
1823, 2* édit. ; Pecori, Sioria délia Terra di San Gemignano, p. 605 ;
Reumont, Délia diplomazia italiana dal ucolo XUl* al lYI*, p. 3S8,
Flor., 1857. — Voy. en outre Balbo ( Fi te di Danfe, 1. 1, p. 190-192,Turin,
1839). — Le capitaine qui fut nommé était Taddeo, comte de Montorgiale
diMarittima (Provviêioni^ n* X, p. 85 y% 21 août 1299).
* Dummodo nil possint firmari yel aliquod se obligari, quin primo dicte
comuui et octo expensarum facium déclarent. (JJb, Reform. Terrœ S. Ge^
min.f loc. cit.)
> 10, 12 décembre 1296. Provmioni,n* VII, p. 17. — Non videntur esse
contenti responsionis predicte (15 décembre 1296. Ibid,, p. 17 ?*).
* Placuit omnibus in dîcto presenti consilio existentibus. (Ibid,) » Autre
exemple d*unanimité dans les conseils.
440 GUERRE DE ROMAGNE. (An. 1399)
amicales, elle savait délier les cordons de sa bourse. En
juillet 1299, elle marquait sa joie de la victoire navale
remportée par Charles II contre Frédéric d'Aragon*, en
habillant de neuflesenvoyésqui lui apportaient l'heureuse
nouvelle*. Vingt mois plus tard, le 15 mars 1301, elle
comptait au roi , naturellement sur sa demande, cinq mille
florins d'or % et il est certain, malgré la perte des actes
authentiques, qu'elle avait fait dans ces mains percées
bien d'autres versements.
Plus près de ses frontières, elle envoyait avec moins
de répugnance ses cavallate et ses milices. Il faut la voir,
en 1296, soutenant à Bologne la cause guelfe que mena-
çaient les gibelins de Romagne et Âzzone, marquis de
Ferrare*. Le 25 avril , elle emprunte douze mille livres
pour cet objet\ Le 18 juillet, a attendu les nouveautés
qui arrivaient à la journée, » les prieurs, ayant reçu
jusqu'au 15 août pleine balia pour les choses de la
guerre*, envoyaient deux cents chevaux et autant d'arba-
* Roger de Loria, amiral de Frédéric , mais fort maltraité par lui , avait
lait défection. — Boniface arait déterminé Don Jayme , attaqué par les rois
de Gastille et de France, ^ abandonner In Sicile aux entreprises de Charles,
st promettre même de Taider, pour prix de la main de Blanche, fille de ce
pince, richement dotée, et de la Corse et de la Sardaigne, que le pape li-
Trait à PAragonais , quoiqu'elles appartinssent aux Pisans et aux Génois.
G*e8t alors que les Siciliens araient couronné Tinfant Don Fadrique, qui gou-
fcmait leur ile au nom de Jayme, son frère (Bartk, Neocattr. Uist. st-
cul., c. CUV, R. I. S., t. XIII, H68 sq ; Nicolai SpecialU Hist. sicid., l. Il,
c. xx-xxv, R. I. S., t. X, 961 sq ; Sismondi, 111, 59 sq).
* Le 27 juillet 1299, on votait pour celte dépense 170 livres, 10 sous,
4 deniers (Protrvtstont, n* X, p. 79).
> La somme exacte est 5084 florins et 36 sous (Ibid,, p. 310).
^ Une lettre de Guglielmo Durante, évèque de la Marche et d'Ancône, in-
formait les Bolonais du dessein de leurs ennemis. — On peut lire cette let
tre dans Ghirardacci, Délia Hist. di Bolognùy I, 333.
* Prowisionit n* VI, p. 13.
* Ibid., p. Cl.
(An. 1299) PAIX AVEC LES ROMAGNOLS. 441
léiriers. Grâce à ce concoure, les guelfes bolonais, battus
d'abord par Azzone, battaient bientôt Uguccione de la
Faggiuola de Modène, et, après l'avoir fait prisonnier, le
prenaient pour capitaine, s*emparaicnt sous ses ordres de
la place de Bazzano (25 nove^lbre)^ Après deux ans
d'hostilités obscures, Florence avait le dégoût d'une
guerre où la cruelle Bologne écartelait ses exilés'. Le
29 novembre 1298, ses conseils accédaient au compromis
qu'Azzone et Bologne déféraient à l'arbitrage de syndics
florentins, après avoir rerais en garantie à la commune
médiatrice l'un le château de Fiumaccio, l'autre celui de
Spilacaberto'. Dix chevaliers avaient été envoyés jusqu'à
Bologne, pour faire escorte aux délégués des deux parties
contractantes*. La paix conclue (30 décembre), ces délé-
gués reçurent des vêtements neufs , et assistèrent , sur la
place de San Giovanni, garnie de gradins et d'une somp*
tueuse estrade, à la promulgation solennelle du traité'.
La ratification du saint-siége fut ensuite demandée : les
ambassadeurs, envoyés à cet effet par Florence, reçurent
chacun quatre livres dix sous de gages par jour. C'était
dix sous de plus qu'ils ne recevaient ordinairement'.
L'arrogant et dédaigneux Boniface YIII n'avait rien à
refuser aux Florentins''. Contre les Colonna, ses ennemis
personnels*, il sollicitait les secoui^ de la ligue toscane.
< Gbirardacci, I, 554 sq.
« Ibid.
* ProwUioni, n* IX, p. 108 ?•.
* 9 décembre 1298. Ibid., p. 116.
» ibid., p. 122.
« 25 février 1299. Ibid., p. 154.
^ Fuslosus et arrogans et omnium contemptifQS {PtoL Luc, Hiêt eccL,
I. XXIV, c. XXXVI, R. I. s., t. XI, 1205).
^ Il avait déposé deux cardioaux du nom de Colonna, n'ayant obtenu leurs
voix dans le conclave que par supercherie (Ferreii YicenUiU Chron*, !• lit
442 LE CARDINAL D AGQUASPARTA, (Ah. iS99)
Pour prêcher contre eux une impie croisade S il avait en-
voyé légat dans la province (26 juin 1297) Matleo d'Ao-
quasparta, arcliiprôtre de Prato, général des Franciscains,
créé cardinal par Nicolas IV, et chargé jadis avec Boni-
face lui-même d'une ambassade auprès de Rodolphe, roi
des Romains'. Loin de se bornera une prédication vague,
ce prélat, selon ses instructions précises, demandait un se-
cours d'hommes d'armes pour deux mois^. Les deux mois
non encore écoulés, il priait qu'on le continuât à son maî-
tre jusqu'en novembre suivhnt\ Sans cesse étaient renou-
velées ces demandes, et à leur suite les envois d'hommes
ou d'argent*. Florence donnait 166 cavaliers. Sienne 124,
Lucques 114, Pistoia47,GittàdiGastello20,Yolterrel8,
R. I. s., t. IX, 968. — Fr. Pipini Chron., IV, 45, R. I. S., t. IX, 744
— Sismoudi, m, 88).
* Avendo guerra prciso a Laterano,
E non con Sarncin, ne con Giudei,
Chè ciascun suo nemico era crisliano»'
[Inf. XXYII, 86.)
* Un document du 26 juin 1297 rappelle Roberto, archiprètre de Pnto
(Provvivoni, n* VIII, p. 95). Un autre du 8 février i298,Malteo, cardinal-
éveque de Porto et de S. Rufine (Prawisioni, n* IX, p. 14 t*). Les docu-
mcnls dcsomuiis rappellent toujours • Frater NattheuB, episcopus Portuen-
sis, aposlnlice sedis Icgalus. » (Voy. 27 juin 1300. Prùwitiani, n* X,
p. 260 et autres.) Il n*y a donc pas lieu de tenir compte d'appellations di-
verses qu'on trouve dans les auteurs (Quem Villanus eumque seaitus S. An-
toninus Osliensem vocant.ilrtn. eccl,, 1500, t. XXIV, 294). Villani l'appelle
en fait « Matteo d*Acquasparta, cardinale Portuense. • (VUI, 36.) On Tac-
cusa d'avoir luissé s'introduire trop de relâchement dans la r^le de son
ordre. Dante dit un mot de ce reproche {Parad.^ XII, 124). Voy. sur Tam-
bassadc commune de Malteo et de Benedetto Gaetani, le futur Boni-
face VIII, Tosti, Hi9t, de Bonif, YIII, t. I, p. 50 de la trad. fr., par Tabbé
Marie Duclos, Paris, 1854.
' Prowitioni, n* VIII, p. 95.— Le 2 juillet 1297, un impôt extraordi-
naire était levé à Florence pour envoyer ce secours (Ibid,, p. 98 v*).
* 21 août 1297 (/Wd., p. 118 V).
* 3 février 1298, balia donnée à la seigneurie d'envoyer des secours au
pape. 8 février 1298, nouvelle demande du pape. Les conseils accordent
100 cavaliers pour trois mois, y compris le teinpt de Taller et du retour. Le
(An. 1299) LÉGAT EN TOSCANE. 443
Prato 15, San Gemignano 7, Colle 5, Poggibonzi 4^ Si
Pise n'est pas mentionnée, c'est que le pape y commandait,
en sa qualité de potestat. Cette guerre peu édifiante excitait
un zèle tout politique chez les gouvernants, tout dévot
chez les particuliers. Neri Donati, « ayant pris la croix pour
le secours de l'Église romaine contre les Colonna, » lais-
sait par testament dix-huit livres pour équiper un homme
de pied*. Giovanna, fille de Bonaccursi del Velluto,
versait trente livres et envoyait son croisé c< contre ces per-
fides Colonna et contre tous autres rebelles de ladite Église
et du souverain pontife'. » Avec ses dévoués auxiliaires,
Boniface prenait à ses ennemis Palestrina et tous leurs
châteaux de la campagne romaine*. « En promettant
beaucoup pour tenir peu, » selon le conseil de Guido de
Montefeltro, qu'il avait tiré du couvent où le vieux guer-
rier terminait sa vie sous la bure du franciscain*, il les
réduisait à fuir en pays étranger auprès de Philippe le
Ber.
Maître chez lui jusqu'à l'orage terrible qu'il amassait
comme à plaisir, Boniface VIII y faisait, on peut le croire,
27 juin 1298, Boniface demande qu'on proroge la durée de ce service. Les
conseils y consentent, en laissant aux prieurs le soin d*en fixer le terme.
(Prowisioni, n» VU, p. 169, n*IX, p. 4, 14 V.)
* Ammirato, 1297. 1. IV, t. I, p. 200.
* Quod assumpserit crucem in auxilium romanae ccclesiae contra Colump-
nenses (Doc. ap. Arch. Stor,^ \* série, Append., t. V, 2* disp., p. 307).
' Contra illos perfides de Columpna , et centra quoscumque alios dicte
Ecclesie et summi pontificis inimicos atque rebelles. (Ibid.)
* Omnia ipsorum castra et Tillae ac podcria occupata fuerunt traditaque
nobilibus Romanis ; quaedam vero Ecdesia sibi reserfayit (Ptol. Luc. HUt.
eccL, R. I. S., t. XI, 1502).
* Plurîma eis pollicemini, pauca obsenrate (Pipini CAron., lY, 41, R. I.
S., t. IX, 741). — Cf. Dante, Inf., XXYII, 110. Lunga promessa con lat-
tender corto.
* Ferreti Vicentini HUt., 1. 0, R. I. S., t. IX, 970. — Pipini Ckron. ;
PioL Luc. Eiii. eccl., loc. cit. — Sismondi» III, 91.
444 LE JUBILÉ. (Ah. 1300)
l)On accueil aux ûdèles Toscans quî Ty venaient visiler.
Une occasion unique s'en proscntail. Il avait donné ren-
dez-vous aux chrétiens dans Rome, pour célébrer, en
raniiée 1500, une solennité religieuse nouvelle. Parmi
les peuples du moyen âge régnait cette croyance que le
saint-siége, de temps immémorial, accordait une indul-
gence plénière à toute âme pieuse qui , dans la dernière
année du siècle, venait se prosterner aux pieds des saints
apolresS Rien, dans le passé, ne confirmait celte pré-
tendue coutume; elle n'en plaisait pas moins aux gens
avides de laver à peu de frais leurs fautes ou en quête de
prétextes pour un voyage d'agrément. En fait, Tindul-
j-ence plénière n'était ni pour les romei qui visitaient
Rome, ni même pour les pèlerins qui se rendaient en
Galice au sanctuaire de Saint-Jacques; l'Église la réservait
aux palmieri qui s'acheminaient vers les lieux saints, et
qu'on nommait ainsi des palmes qu'ils en rapportaient*.
Mais un pape avait droit d'innover, surtout pour faire
couler le Pactole à Rome. Aux Romains qui pendant
trente jours, aux étrangers qui pendant quinze, visite-
raient les églises des bienheureux apôlres Pierre et Paul,
Roniface YIII accorda cette précieuse indulgence qui met-
tait les plus pervers en règle avec le ciel*.
L'empressement public dépassa tout ce qu'avait pu
rêver l'ambitieux pontife. Selon Yillani, témoin oculaire,
« Muratori, Ann, (TïtaL, 1300.
* Balbo, Yita di DanU, I, 257.
' Comme le remorque M. Henri Martin (IV, 423), le nom de Jubilé ne
figure pas dans la bulle pontificale qui instituait cette cérémonie séculaire
(Yoy. Ann, eccL, 1300, t. XXIV, p. 284 sq). Oémeot YI Toulut qu'elle fût
renouvelée tous les 50 ans (1343), Grégoire XI tous les 33 ans (1373)«
Paul H tous les 25 ans (1470). (Yoy. Isambert, Biogr, tmîo. Hœfer^ art.
Boni''afe Vllf.^
(\^. 1300) AFFLUENGE A ROME. 445
il y eut, toute l^année, à Rome, deux cent mille pèlerins,
sans compter ceux qui fourmillaient sur les routes pour
l'aller et le retour*. Guglielmo Ventura, le chroniqueur
d'Asli, qui fit aussi le voyage, parle en bloc de deux mil-
lions d'hommes et de femmes*. Les auberges étaient
pleines. On voyait des septuagénaires et des infirmes por-
tés sur des litières, un Savoyard âgé de plus de cent ans
et que ses fils conduisaient^. Il fallut diviser en deux dans
sa longueur le pont Saint-Ânge, au moyen d'une palissade
en bois, pour qu'un double courant de circulation s'y
pût établir^. Malgré cette précaution , la foule avançait
lentement, tantôt avec patience, sans bruit et sans que-
relles', tantôt avec frénésie et en se foulant aux pieds \
Nuit et jour elle assiégeait l'autel de Saint-Paul, où deux
clercs, tenant en main des râteaux, « râtelaient » des
sommes infinies^, qui enrichissaient le pape*, tandis que
les Romains devenaient tous riches en vendant leurs den-
« Villani, vin, 36.
' Viginti cenlum millia yironiin et miilîerum.... Ego ibi fui, et per dies
15 ibi steti (G. Ventura, Chronicon Atierue^ c. xxn, R. I. S., t. XI, 192).
» Dante, /it/., XVIII, 28-33. - Cf. Balbo, Viia di Dante, I, 258.
♦ Ann. eccL, 1300, g 0, t. XXIII, p. 286.
* Con molta pazienza e sanza rumore o zuffe. E io il posso testiraoniare,
che vi fui présente e viddi (Villani, VIII, 36).
0 Pluries ego ibi (am viros quam mulieres conculcatos sub pedibus alio-
rum, et etiam egomet in eodem periculo plures vices evasi. (Ventura, Chron,
Âstente, loc. cit.)
^ Die ac nocte duo clerici stabant ad allare S. Pauli, tencnles in eorum
manibus rastelios rastcUantes pccuniam infinitam. (Chron. Aileme, loc.
cit.)
> Papa innumerabilcm pecuniam ab eisdem recepit. {Chron, Asteme, loc.
cit.) — Molto tesoro ne crebbe alla cbicsa (Villani, YllI, 36). La peinture
a conservé le souvenir de ce premier jubile dans deux palais de Florence ,
au palais Strozzi et au Palazzo vecchio, dans la salle où se réunissaient les
prieurs. La fresque de ce dernier, œuvre de Jacopo Ligozzi, a été repro-
duite en gravure au frontispice des Ritratti (Tuomini Ulutlri toscaniy
4 vol. in-r*, Florence, 1766 (Yoy. TroUope, I, 233).
440 AMBASSADE DES FLORENTINS (Ah. 1300)
récs, en hébergeanl les ét^ange^s^ L'avoine, lefoin étaient
hors de prix, les auberges plus encore. A Guglieimo Yen*
lura, pour son lit et ses chevaux, on faisait payer un gros
tournois*, somme énorme pour le temps.
Florence était trop voisine de Rome pour que ses mar-
chands n'y vinssent pas en nombre, acheter à prix d'or
leur salut; mais la commune même voulut être re-
présentée au jubilé. Elle y envoya une ambassade allé-
gorique, splendidement équipée. Pour indiquer qu'elle
plaçait, dans son respect, le trône pontifical au-dessus de
tous les autres, ses ambassadeurs Gguraient les princi-
pales puissances de la lerre qui s'y venaient prosterner' :
Vermiglio Alfani, l'empereur d'Occident; Simone des
Rossi , l'empereur d'Orient ; Musciatto Franzesi , déloyal
persécuteur de ses compatriotes à Paris, le roi de France;
Ugolino des Cerchi, le roi d'Angleterre*; GuicciardoBas-
' E' Romani, perle loro Jerrate, furono tutti ricchi (Villani, VHI, 136).
* Chron. Astense^ loc. cit. Le gix)s était la 128* partie de la livre , ou
la 8* d*une once. C'était une monnaie d'argent, créée sous Louis IX, et va-
lant 12 deniers ou un sou.
5 La liste s'en trouve dans i* Pétri Calzolarii de viris illtutribus F/o-
rentiœ, et Pauli Mini de nohil, Flor. cap. de Flor. eloquio clarisy cités
par Rossi (Vita Bonifacii VUI, c. xi, p. 121), cité lui-même par Tosti, /si.
di Bon. Vin, 1. V, t. Il, p. 117 ; 2*" dans un ms. de la bibl. Laureoziana.
(Plut. XXIV, n"* 8, in-i*. Voy. Bandini, Catalogué codicum latinorum Bi-
hliolhecœ medicœ laurentianœ, t. IV, col. 195-196, et Osserv, fior,^ VI,
20, 3* éd.) Dans les deux auteurs, la liste contient 13 noms, et dans le
ms. 12 seulement. Le nom supprimé est celui de Florence, ce qui rend la
suppression peu vraisemblable et donne plus d'autorité à la première liste,
différente , d'ailleurs , de la seconde , quant au nom de plusieurs des per-
sonnages envoyés. — On peut voir une description minuiieuse de cette
ambassade dans Giunta di Fr. Serdonati al libro dei casi deyli huomini
tVustri di G, Boccaccio, p. 807-812, Flor., 1598, in-8-. — Cf. Manni,
Délia nobillà di Firenzc, p. 99, et Vannucci, p. 234 note.
^ Le ms. de la Laurenziana dit Ugolino da Vicchio. La présence d*iin
Ccrclii dans cette ambassade où il fallait faire de la dépense, est pourtant
bien vraibeniMable.
(An. 1300) A ROME POUR LE JUBILÉ. 447
taro, le khan desTartares; fiencivenni des Folchi, le
grand-maîire de Rhodes; Romero Frighinello, le roi de
Bohême; Manno des Adimari, le roi de Naples ; Bernardo
Vaio, le roi de Sicile; Sino Diotisalvi, le seigneur de
Camerino ; Benedctto Nerli , les seigneurs de la Scala, de
Vérone, de Carrare et de Padoue ; Lapo des Uberli , la
commune de Pise, et Palla des Strozzi, celle de Florence*.
Leur suite se composait de cinquante chevaliers au moins,
comme eux splendidement vêtus et armés. Aux costumes
divers on reconnaissait les peuples et les princes. Boni-
face VIII fut frappé de ce brillant et dispendieux appareil.
Un vieux manuscrit rapporte à ce sujet une scène carac-
téristique. — Quelle cité que cette Florence ! s'écria le
pontife. — Personne ne répondant, il répéta par trois
fois son exclamation. Comme le silence persistait autour
de lui : — Si vous ne me répondez pas, reprit-il, je vous
mettrai tous à Pamende ou en prison *. — Alors, un car-
dinal dit ces mots : — Seigneur, la cité de Florence est
une bonne cité. — Sur quoi le pape : — 0 méchant Espa-
gnol, que dis-tu? Elle est la meilleure de toutes les cités.
Est-ce que ceux qui nous nourrissent, qui administrent
et gouvernent notre cour, ne sont pas des Florentins? Ils
semblent même gouverner le monde entier, car Flo-
rentins étaient tous les ambassadeurs que nous ont en-
voyés, dans ces temps-ci, rois, barons et communautés.
^ Nous ne donnons pas les autres noms , parce qu'ils ne sont pas con-
cordants. — Yillani ne parle point de cette ambassade , mais il n*en faut
pas conclure qu*ellc soit conlrouTëe. 11 n*a point parlé non plus du potestat
Monfiorito dont Taventure est établie par les documents.
* Tandem post tertiam interrogationem turbatus quia nullus ei respon-
debat, dixit : — Nisi mihi respondeatis, omnes vos poni faciam in multa ,
sive in carccrera. (Bibl. Laurenziana, loc. ciL, ap. Ouerv, fior,^ M, 21,
}• éd.)
448 TRAVAUX PUBLICS. (An. 1500)
Ils sont en vérilé le cinquième élément de TunÎYersV
Ce n'est pas eui, assurément, qui purent souffrir à
Rome du manque de vivres, cruelle misère des derniers
mois de Tannée pour des pèlerins moins opulents, non
plus que dans leur patrie de la disette de viande de bou-
cherie el autres comestibles, qui s'étendit jusqu'à la Tos-
cane*. S'ils avaient de l'or pour les dépenses de luxe, ils
n'en manquaient pas pour les dépenses nécessaires. Pré-
voyants et industrieux, ils le prodiguaient avec une sage
économie pour donner à leur ville toutes les commodités
et môme lous les ornements de l'existence, pour en faire
un incomparable séjour. Dans cette période troublée o&
s'édiclent et s'établissent les ordonnances de justice, les
travaux publics prennent un puissant essor. Le dire d*un
mot, sans détails et sans dates, ce serait n'en point don-
ner une idée. et comme égarer à plaisir le jugement du
lecteur sur cette alliance pour nous si surprenante des
agitations stériles de la guerre et des œuvres fécondes de
la paix, comme sur le constant esprit de suite du plus
mobile des gouvernements.
La conslruclion, l'embellissement des églises était, à
Florence, un soin de tous les jours. On y voyait le moyen
d'honorer Dieu et les saints , de désarmer le siège apo-
stolique, d'ajouter aux splendeurs de la ville. N'était-ce
* Nam omnes ambaxiatores qui islis lemporibus ad nos per regcs, baro-
ncs et communitates sunt direct!, Florentini fuerunt.... Et ideo cum Flo-
rentini re^nt et gubcrnent toium muiidum, yidetur mihi ipsi sint quiotum
elementum. (Ibid,)
* 18 mars 1301. Comiglio délia Campana, LIX, p. 71. — CeUe di«
sette se prolongea ou revint. Le 21 juin 1302, il y avait i Sienne quinii
mille pauvres qui mouraient de faim par suite de la disette et de Finsuffi-
sance des aumônes (Ibid.^ LXI, p. 132). Scion lesAnn. eccl, (XIUl, 286),
rien ne manqua à Rome, pendant la période du jubilé.
(An. 1500) SAN GIOVANNI. 449
pas lionorer saint Jean, son patron, que de réparer,
hausser, niveler, daller la place de San Giovanni*, que
d'isoler cette vénérable église en enlevant les monuments
funèbres qui en encombraient les abords, que d'y recon-
struire en marbre blanc et noir les vieux pilastres de
pierre, comme l'entreprit à ses frais l'art de Calimala*?
Mais c'était, en même temps, faciliter les communica-
tions d'un quartier à l'autre, et donner plus d'espace aux
sermons qu'on débitait sur cette place étroite, aux fêtes
fréquentes qu'on y célébrait'. Entrepris en 1293, ces tra-
vaux, trois ans plus tard, étaient jugés insuflisants. On
décidait alors de démolir l'hôpital dit de San Giovanni,
pour le reconstruire plus loin, dans la via nuoia degli
spadai. Et comme les propriétaires des maisons situées
sur la place ainsi agrandie en voyaient singulièrement
accroître la valeur, ils étaient, dès le premier jour, impo-
sés d'une taxe spéciale, qu'ils payaient sans murmurer*.
En face se trouvait Santa Reparata, plus vieille encore
que San Giovanni, trop étroite pour les cérémonies du
culte et pour les réunions du peuple à parlement. Le
4 mars 1295, quatre cents livres étaient votées par
les conseils, en vue de la restaurer et de ragrandir\ Le
* Le 23 janvier 1289, on dépensait 100 florins : < In opéra et occasione
operis quod nune fit et jam pro ccrta parte factum est pro reparando in
alzando, adeguando et maclonando plaleain B. Joannis Baptiste. » (Proovt-
sionij n* 1, ap. Gaye, I, 418.) Autre dépense de 100 florins pour le même
objet le 12 avril suivant (Ibid., p. 419).
< Yillani, YUl, 3 ; Simone délia Tosa. p. 219, ann. 1293.
^ Quod cum platea ecclesie Sci Johannis et sce Reparate sit arcta et pane
capacitatis gentium, ita quod gentes teinpore quo predicationes in ea fiunt,
et quando fcslivitatum solempnitates ibidem aguntur , commode in ea ad
andiendum verbum dei coUocariet morari non posait (5 juin 1296. Provvi-
sioni, n* VI, p. 34 V. — Yoy. Gaye, I, 429-450).
* Ibid.
* Provvitiom, n* 1, ap. Gaye, I, 428.
UJST. DE PLOREKCE. — 11. 29
450 SANTA HEPARATA. (An. 150C
1 5 décembre suivant, plutôt que de recourir de nouYeai
au trésor public, toute personne qui aurait causé du prë
judiccà la commune en percevant indûment des deniers
en s'appropriant à tort divers objets, était autorisée i
s'acquitter en versant les sommes dues dans le tronc aw
aumônes pour ces travaux. Tout débiteur dans Tembarrai
pouvait composer avec les prêtres Chiaro et Guido, cha<
pelains de ladite église, pour obtenir du temps^ L*évêqui
Francesco battit monnaie avec les indulgences*. Gommi
achats de pardons et repentirs de prévaricateurs étaieni
rares ou insuflisants, le 8 décembre 1296, à la requête
de ce prélat, de ses chanoines et des ouvriers qu'il em-
ployait, les prieurs frappaient d'un impôt général la ville,
les bourgs et faubourgs, pour acheter les maisons néces-
saires h Tagrandissement projeté. Tout citoyen imposé au-
dessus de vingt-cinq livres devait payer deux sous pour
tout membre de sa famille âgé de plus de quinze ans; à
vingt-cinq livres ou au-dessous, douze deniers; à cinq
livres ou au-dessous, six deniers pour les hommes et trois
pour les femmes. A quiconque faisait son testament, il
était enjoint, ses parenls et le notaire étant tenus de lui
rappeler cette injonction, de léguer une somme pour cette
œuvre pie, faute de quoi Théritier serait soumis par
révoque à une taxe qui pourrait s'élever jusqu'à vingt
sous'.
* Provtfisioniy n" Y, p. 485 ▼".
* Voy. les mots « hactenus concessas • dans la note 2 de la page sui*
vante.
> Quelibet persona.... que suuin testamentum cum scriptura deposuerit,
teneatur legare in subsidium operis dicte ecclesic aliquam petîunie quanti-
tatem, et notarius et alii sibi conjuncti ibidem présentes hujusraodi testa^
torem moiicre debent de tali legalo , heredes cjus ad exibendum in subsi-
dium ejusdem operis usque in quantitalem soldorum yiginti efiéctualiter
(An. 1500) CONTIUBliTlONS IMPOSÉLS. 451
Ces résolutions de la seigneurie devenaient la loi pour
deux ans\ sans préjudice des contributions forcées, des
dons que les conseils y ajoutaient*, en opérant des rete-
nues de quatre deniers par livre sur tout payement fait
par le camerlingue et sur la vente des gabelles pergues
aux portes de la ville'. Le pouvoir civil invitait même le
pouvoir ecclésiastique à renouveler, à multiplier ses pro-
messes d'indulgences aux donateurs\ Il fallait, en effet,
faire flèche de tout bois : au lieu de réparer un édifice
en ruinas, on avait reconnu, par un juste calcul, que
mieux valait cent fois le reconstruire en entier*.
A temple nouveau Ton voulut même donner une pa-
tronne nouvelle : la vierge Repara ta dut descendre de ses
autels pour que la Vierge Marie pût y monter. Le 8 sep-
tembre, jour de sa nativité, fut choisi pour poser solen-
nellement la première pierre. C'était en 1298*. Un
compellantur {Protwisioni, n* VI, p. 150. — Voy. le texte ap. Gaye, I, 431-
432).
• ïbid.
* Et quod Yelit etiam reverendus florentinus antistes cuilibet predictas
pecunie quantitates soWendi vel leganti , ultra gratias benefactoribus dicti
operis haclenus concessas indulgcntias elargiri (Prowiiioni^ n* VI, p. 150).
> In subsidium et pro opère ecclesie Sce Rcparate, que reparatur , quin
immo de novo construitur (Provvmonij n* VIU, ap. Gaye, 1, 434).
^ Dans le document qui précède, ils accordaient 2400 florins pour un an.
(Ibid.) Le 7 octobre 12117, 8000 livres pour deux ans {Prowisoni^ n' IX,
ap. Gnye, I, 435). Cette somme devient en quelque sorte réglementaire.
On la trouve volée le 4 février 1500, le 24 novembre 1301, etc. (Voy. Prov-
visionif n* X, p. 203, n* XI, p. 81 v").
» Ibid.
6 Villani (YIII, 9) et Simone délia Tosa (p. 220) s'accordent pour dire
en 1294 ; mais ils confondent les réparations avec la reconstruction, comme
le prouve l'ancienne inscription qu'on lit encore sur une d^s façades laté-
rales de Téglise : « Annis millenis centum bis octonogenis venit legatus
Roma bonitate donatus qui lapidem fixit fundo sinml et benedixit, etc. i
(Voy. les annotations de Manni à Simone delk Toc^a , et le Vasari de Le-
monnier, I, 253.)
453 SANTA MARU DEL FIORE. (An. 1300)
cardinal, Pielro Valériane, dePipernô, légat apostolique,
vint de Rome pour cette cérémonie*. On y vit assister en
grand nombre des évoques, des prélats, des clercs, des
religieux, le potestat, le capitaine du peuple, les prieurs,
« tous les ordres des seigneuries de Florence*, » toutes
les bonnes gens, hommes et femmes*. Dès ce moment,
Âmolfo de Colle, fils de feu Cambio, a le plus fameux
maître et le plus expert dans la construction des églises
qu'il y eûtes pays voisins*, » entreprit avec ardeur de
reculer Téglise pour faire la place plus grande, de con-
struire aux dépens des maisons avoisinantes, de revêtir
l'édifice de marbres aux couleurs variées, et de l'orner
de sculptures'.
Les Florentins voyaient avec joie s'élever comme à vue
d'oeil une basilique splendide, où paraissait un art tout
nouveau encore, mais dont ils étaient déjà de fins appré-
ciateurs. Dans leur reconnaissance, et sur une pétition
de l'architecte, le 1*"^ avril 1500, considérant « que par
son industrie, son expérience et son talent, la commune
et le peuple de Florence, d'après le magnifique et visible
commencement de ladite œuvre de ladite église, espèrent
avoir le plus beau et plus honorable temple qu'il y ait
ailleurs, en aucune autre partie de la Toscane', » les
» ViUani, Vm, 9.
* Tutti gli ordini dclle signorie di Firenze. (Ibid.)
* ViUani, VIU, 7, parlant de rércction de Santa Croce ; mais ce ({u*il dit
de cette cérémonie peut être dit à plus forte raison de celle dont Santa Re-
parata fut Tobjet.
^ Capud magister laborerii et operis ecclesie beatc Reparate, niajoris ec-
clesie florentine , et quod ipso est famosior magister et magis expertus in
hedificalionibus ccclesiarum aliquo alio qui in vicinis partibus cognoscatur.
(Prowisioniy n* X, p. 235. — Gave a publié ce texte, I, 445.)
» Villani, VIII, 9.
^ Quod pcr ipsiu5 industriaro. cxperientiam ctingenium, commune et (kh
(Ah 1300) SANTA CROCE, SANTO SPIRITO. 453
conseils accordaient audit Arnolfo, pour toute sa vie,
exemption de payer à l'État redevances ni impôts ^ Sous
l'invocation de Santa Maria del fiore fut placée la nou-
velle cathédrale, pour rappeler tout ensemble la sainle
patronne qui devait désormais, concurremment avec saint
Jean-Baptiste, protéger Florence, et le lis qui était dans
les armes comme dans le nom de la ville. Mais le peuple,
là comme partout, devait rester longtemps fidèle aux
anciennes habitudes du langage : durant des siècles
encore, Santa Maria del fiore devait être pour lui et
même pour les auteurs florentins, Santa Reparala*.
D'autres édifices religieux obtenaient aussi, quoique à
un moindre degré, les encouragemenls, le concours actif
de la seigneurie. Trois années avant d'ériger ce monu-
ment où elle mit son orgueil, le 8 avril 1295, elle faisait
accorder deux cents livres aux Frères mineurs de saint
François qui voulaient avoir, à l'intérieur des murs, le
couvent et l'église qu'ils avaient à l'extérieur'. Le 3 mai
suivant, jour de l'Invention de la sainte croix, était posée
la première pierre de Santa Croce^ avec une solennité qui
servit de modèle à celle dont Santa Maria del fiore devait
bientôt être l'objet *. Santo Spirito des Augustins obtint
pulus Florentie ex magnifico et visibili principio dicti operis ecclesie jam
dicte inchoacti per ipsum magistnim Arnolphum, habere sperat venustius
et honorabilius templum aliquo alio quod sit in partibus Tuscie {Prowi-
sionif n* X, p, 235).
< ïbid. Le 4 février 1300 , le 24 novembre 1301 , on volait 8000 livres
pour la cathédrale (Provvisioni^ fiize XI et XU, Gaye, I, 445, 447).
* Con tutlo ci5 che mai non le si muté il primo nomo per Tuniverso po-
polo (Villani, VUl, 9). Les textes disent même parfois Santa Liberata.
' Prowisionif n* V, p. 82. Voy. le texte ap. Gaye, I, 428.
^ Villani (VIII, 7) dit que ce fut en 1294, et un des deux mss. de Si-
mone délia Tosa confirme cette date : mais l'autre porte 1295, et l'annota-
teur Manni fait remarquer que 1295 se trouve dans Fancienne inscription
454 SANTA MARIA NOVELU. (Ak. 1500)
les mêmes faveurs pécuniaires % à la condition toutefois
que ces religieux subviendraient à la plus grande partie
de la dépense et feraient daller les rues latérales*. Les
Dominicains obumaient mêmes faveurs pour leur église
de Santa Maria Novella, a qu^on refaisait et réédifiait à
nouveau', » comme pour l'élargissement de la place,
qui leur permettrait de respirer*. Parfois ces trois édi-
fices étaient englobés dans de communes largesses *, et
Florence condescendait même à contribuer de ses deniers
aux réparations intérieures de certains autres établisse-
ments religieux*.
Le zèle n'était pas moindre aux travaux profanes de
l'édilité. Fortes à percer, [)onts à réparer, pêcheries à
qu'on lit à Sauta Croce môiue, sur la muraille, près de la chapelle des Scr-
ristori. — Yoy. Siraouc delIa Tosa, p. 220 ; Stefani (IH, 205) dit le 18 mui ;
or Yillani dit expressément : « Il di di S. Croce di maggio. » C'est donc
le 3 qui est la date la plus probable.
^12 octobre 1294. 20i) livres « in precio et pro precio quarumdum do-
morum juxta plateam ecclesie S. Spiritus ordinis S. Âiigustini emendarum
et postea destruendarum in ipsa et pro ipsa platea amplianda secunduni
fonnam status com. Flor. » (Provvisioni^ filza Y. ap. Guye, I, 426.) 25 sep-
tembre 1295. Conventui et fabrice ecclesie S. Spiritus pro constructione et
hedifûcatione dicte eorum ecclesie, lib. 400 {Promisionit filza X, ap. Gaye,
1, 429). Le 6 juin 1*297, nouveau subside de 600 liv. (Provvisioni^ filza IX,
ap. Gaye, 1, 454.)
* Quod fratres ^ci Spiritus debeant eorum propriis expensis lastricari fa-
cere viam que est juxta dictam ecclesiam. (Ihid.) — Le 11 février 1298 ,
les Augustins adressaient une supplique à l'effet d^obtenir 1800 livres
f pro amplianda platea. » (Provvinoniy filza YUI, ap. Gaye, I, 455.)
' Que de novo refficitur et rehedificatur lib. 1 200 in termine unius anni
(6 juin 1297. Prowisioni, filza IX, ap. Gaye, I, 454).
* 800 livres en 4 échéances du 4 février 1500 au 5 août; 1200 livres
pour achat de maisons à démolir, le 7 juillet 1501 (Provvisioni, n* X,
p. 204 ; n- XI, p. 14. Cf. Gaye, I, 446).
* Le 26 septembre 1298, pour les réparations de S. Croce, S. Spirito,
s. M. Novella, 1500 livres (Prowisioniy filza Vlll, ap. Gaye, 1,459).
* 51 juillet 1298, 100 livres pour daller Téglise et murer le cloître de
Servi de S. Maria de Gafaggio (Ibid p. 457).
(An. 1500) TRAVAUX D'fiDlLlTf:. 455
rectifier, rues à ouvrir, à redresser, à prolonger, places
à élargir ou à exhausser devenaient Tobjel d'incessantes
délibérations dans les conseils*. Si étroites et si tortueusas
étaient les rues, qu'habitants comme passants s'en trou-
vaient incommodés*. Les eaux s'y précipitaient en tor-
rents, ou s'y accumulaient, y séjournaient en flaques
infectes*. Les travaux s'accomplissaient aux frais des
maisons riveraines*. La seigneurie veillait à ce que les
voies de communication qu'elle améliorait ne fussent
encombrées ni d'ordures ni de boutiques ambulantes.
Des arbitres élus prononçaient que les principales étaient
de plein droit la propriété de la commune, à l'exclusion
de toute personne, université ou collège*. Ainsi la police
même procédait légalement. Aux lieux opportuns, aux
extrémités et aux carrefours, de manière à commander
devant soi ou de droite et de gauche une longue enfi-
lade, on construisait des tours où se tenaient des gardiens
chargés de cette surveillance *.
Il fallait aussi construire des prisons. Tant de méfiiits
< Il serait trop long d*énuinérer celles qu'on trouTe à chaque page des
mss. Nous nous bornerons à en indiquer quelques-unes : 3 Kal. maii 1282.
Capitoli, XXIX, 50, Gaye, I, 410. — 12-19 avril 1289. Provvisioni, n- 1,
Gayc, l, 419. — 17 juillet. 3 août 1290. Ibid., p. 420, 421. — 21 juillet
1 291 , Ibid., p. 422. — 27 août 1292, Ibid., p. 423. — 2 décembre 1294,
/Wd., p. 427. — 25 et 28 janvier 1295, CapUoli, XXXV, 122, 125, etc.
* Sit adeo arta et deformis quod vii tollerari polest per distantes vteinos
ipsius vie et per ipsam transeuntes commode nequeant perlransire (8 dé-
cembre 1294. Provvi$ioni, filia Y, Gaye, I, 428).
' Cum etiam proptcr coadunationem et multitudinem aquarum....
maxime tempore pluvie. (Ibid.)
* Dirisetur per resccationem domorum fiendam de domibus et de ipsis
domibus id quod adimetur solum et terrenum addatur ipsi yie. (Ibid,)
« 25, 28 janvier 1295. Capitoli, n* XXXV, f^' 122 ?•, 125 V.
^ In loco qui dicitur cruciiera juila ipsam stratam, bedifficetnr etfiat una
turris in qua inorentur aliqui custodes pro ipsa strata custodienda et secu-
randa (20 mai 1298. Provmioni, filza VI, ap. Gaye, I, 456).
456 LES PRISONS. (An. iSOO)
prévus et reprimés pir (antde statuts anciens et nouveaux
rendaient insuffisantes celles dont on pouvait disposer.
Le 21 avril 1297, on en affectait de nouvelles aux con-
damnés de la commune, aux débiteurs des particuliers,
aux femmes, aux jeunes gens qui, se gouvernant mal,
devaient être incarcérés à la requête de leurs parents*.
Le 7 septembre 1299, on décidait d'en bâtir « cinq au
moins, » sous les murs de la ville, près de la porte
Gibeline*. On y consacrait dès lors cinq mille livres, et
plus d'une fois encore le trésor public dut s'ouvrir pour
ces importantes constructions'.
Il en était une plus importante encore, dont les Floren-
tins avaient depuis longtemps le projet. Ils souffraient
de voir leurs magistrats dans des maisons particulières,
mal fortifiées, où ils avaient été, naguère encore, victi-
mes d'un coup de main. Le potestat lui-même, quoiqu'il
occupât le palais communal du Bargello, n'y était avec
ses conseils guère plus en sûreté*. Si d'épaisses et hautes
murailles semblaient l'y protéger, l'escalier donnait
libre accès aux assaillants, car il avait été construit en
dehors, peut être pour réunir avec moins de dépense les
' De novo fiant et constniantur carceres in quibus condempnati dicli
comunis , debitores spetialium personanim , et mulieres , nec non juvencs
et maie se gerentes, qui aliquando ad eonim corrcctionem ad pclilioncm
eorum parentum carcerantur.... (Prowisionij filza IX, ap. Gayc, 1, 454.)
* Numéro quinque ad minus (ProwUioni, n* X, p. 165 v*, ap. Gjye,
I, 44 i). Ces prisons construites sur remplacement du théâtre actuel Pa-
gltuno , sont déjà désignées sous leur célèbre nom de Stinche , dans une
provision du 29 février 1505 (N' XII, p. i05).
' Voy. notamment 8 août 1501, 1000 livres (ProwUioni^ n* XI, p. 56).
^ Pro reparatioiic tecti pallntii comunis in quo fiunt consilia comunis
(27 mai 1291. Prowitioni^ filza lY, ap. Gaye, I, 422). — In pallatio dicti
comunis in quo moratur Dom. Poleslas. (27 mars 1292. Ibid.) — Â cotle
date, le capitaine logeait toujours dans des maisons privées : c In domibus
in quibus D. capitaneus pro comuui moratur (26 mai 1292. Ibid,^ p. 425).
(An. 1300) LE PALAIS DE LA SEIGNFURIE. 457
diverses habitations dont se composait l'édifice. Ce n'était
pas uniquement par lâcheté que Guido Novello, jadis, n'y
avait osé soutenir l'assaut des guelfes ses ennemis^ Le
21 et le ^2 juillet 1294, le conseil des cent et les conseils
du capitaine décidaient de construire un plus grand,
plus fort,plus magnifique palais, et en déterminaient l'em-
placement'. Mais ils étaient si peu fixés encore sur les
plans à suivre, que, le 12 octobre, ils votaient des fonds
pour réparer la toiture de San Pier Scheraggio, destiné
cependant à disparaître dans ces constructions •. C'est seu-
lement le 30 décembre 1298, que, résolus à ne plus dif-
férer l'entreprise, ils exproprièrent les maisons voisines*.
Le 26 janvier 1299, ordre élait donné au camerlingue
en exercice et à tous ses successeurs de dépenser au
moins mille florins d'or chacun pour acheter des terrains
et élever les bâtiments, jusqu'à ce qu'ils fussent totale-
ment achevés et payés. La charge de camerlingue durant
deux mois, comme celle des prieurs, c'était donc une
dépense annuelle de six mille florins que la commune
s'imposait \ L'architecte Arnolfo donna les dessins. Ils
formaient un parallélogramme parfait, dont on s'écarta
plus tard pour agrandir les bâtiments*. Dans les bâti-
* Voy. L. Passerini. Curiosità siorico-artiêtiche florentine^ I" série. —
Del Pretono di Firenze, p. 7, Flor., i866.
- Tenclur consilium super pallatio pro cotnunt Fior. facicndo, et de loco
inYcniendo in quo dicluin pallatiura fierit débet (Provviêioniy n* IV, p. 45,
et ap. Gave, 1, 424).
5 Procopriendo tecluin ccclesie S. Pelri Scheradîi 100 livres (Prom-'
iioni, ûlza V, ap. Gaye, I, 426).
* Provviêioni, n« IX, p. 120 V. Voy. le texte ap. Gave, 1, 440. —Divers
documents indiquent Tachât de maisons (Voy. entre autres, en 1299, Capi-
ioli, n- XXXV, f- 153-156).
* Prowisioni^ n* IX, p. 141 ▼'.
^ 11 faut renoncer à la légende célèbre des diverses seigneuries qui se
458 LE PALAIS DE LA SEIGNEURIE. (An. 1500)
ments primitifs que l'on commença d'élever sans pompe
le 24 février 1299*, on lit entrer la tour des Foraboschi,
dite délia Yacca, qui était haute de cinquante brasses. On
l'exhaussa encore, pour que, de loin, tout le monde pût
voir et reconnaître le siège de la seigneuiie, et Ton y
plaça la cloche communale. Plus tard, les constructions
ayant pris des développements imprévus, il fallut jeter à
bas la nef septentrionale de San Pier Scheraggio, qui en
était trop rapprochée*.
Assez semblable aux autres palais de Florence, aux
forteresses des Spini, des Mozzi, des Buondelmonti, des
Bardi, cet imposant édiiice se fit remarquer entre tous
par ses dimensions énormes et disproportionnées, par sa
hauteur extrême, par son lourd appareil de pierres
épaisses et rudement taillées, qui rappelait Tordre étrus-
que primitif. À la porte unique, on ne parvenait que par
un escalier d'où l'on pouvait de haut précipiter les assail-
lants. Des fenêtres étroites, peu nombreuses, hors de
portée on lançait sans danger sur eux une grêle de traits.
Après quelques années de patient, d'infatigable labeur,
Florence fut donc en possession d'un palais public digne
d'elle, théâtre futur, impassible témoin des plus tragiques
péripéties, juste sujet d'étonnement, quand on le voil
dressant sa masse formidable, victorieux après cinq siè-
succédaient, ne permettant pas de bâtir sur des terrains où s*cIcTaientja is
les maisons des Uberli, et empêchant ainsi de construire d'équerre. Voy.
cette légende dans Villani, Vlll, 26. Son récit a été démontré faux par Fil.
Moïse» lllîutrazione storicchariisiica del palazzo de' priori, Flor., 1843.
Cf. Vannucci, p. 21 '2, n. i.
1 Simone délia Tosa, p. 222.
' Villani, VIII, 26. — Voy. pour le dessin primitif du Palazzo vecchio
ou de^ Signori^ la reproduction d'une ancienne peinture dans Fruttuoso
Betchi, Cenni mile Stinche di Firenze (Flor., 1839), et F. Moïse, ///««-
irazione iiorioMirtiitica del Palazzo vecchio.
(An. 1500) U TROISIÈME ENCEINTE. 459
des, et qui sait pour combien de siècles encore? des in-
jures du temps.
Restaient les murs de la ville, qu'il fallait élargir de-
vant les flots pressés d'une population croissante, et forti-
fier contre les ennemis du dehors. Depuis longtemps
l'enceinte de 1078 ne suffisait plus. On y avait enfermé
successivement les bourgs de San Lorenzo, de Sant'Apos-
lolo, de San Pancrazio^ En 1284 fut reconnue la nécessité
de faire davantage ^ Mais on hésitait à prendre un parti
décisif. En 1290 on en était encore aux expédients : on
prolongeait le mur haut de dix brasses et large de deux,
qui, partant du PotUe vecchio^ allait, parallèle à TArno,
jusqu'au château d'Âllafronte'^; on traçait entre ce mur
et les maisons du lungarno ou quai, une voie d'au moins
quatoi*ze brasses \ C'est en 1298 qu'on se mit à l'œuvre
avec une résolution et une fièvre d'activité dont l'exemple
fut contagieux'. Il ne s'agit plus de constructions par-
tielles; il s'agit a des murs de la cité de Florence à
heureusement commencer, faire et construire, de terrains
à acheter et à posséder*. x> À chaque instant les conseils
* Ou Bi-ancazio, comme disaient de préférence les Florentins.
* H. Rosa (DeW origine di Ftrentey ap. Arch, stor.y 1865, 5' série,
t. I, part. I, p. 86) dit 1285; mais Manni, dans ses annotations à Paolino
(H, 54) renvoie à une inscription qui rétablit la date yéritable. (Voy. sur ces
trois enceintes Pietro Tbouar, Notizie e guida di Firenzey p. 20, et Van-
uucci, p. 215.)
' Ce château était situé lungarno, sur la rive droite, au coin des Uf/izi
actuels.
^ De muro faciendo jiixla flumen Ami a coiia Pontis yeteris, etc.
(21 juillet 1290. Prowisioni, n* IV, p. 54 ▼• ; texte ap. Gaye, I, 422).
^ Voy. Tiraboschi, Storia delta letleralura italiana^ t. IV, p. 499 sq.
2* éd. de Modène, 1788, in-4\
^ Pro mûris civitatis Floreniine féliciter incipiendis et faciendis et con-
stniendiset pro terreno pro ipso commune emendo et habendo (10 arril 1298.
Proviisioni, lilza VUI, ap. Gaye, 1,456). Le texte de Gaye porte 1518, mais
4G0 LA TROISIÈME ENCEINTE. (An. 1500)
votent des allocations de cinq cents livres^ Ils annulent
les testaments de quiconque ne laisse pas de legs a pour
subvenir à la construction des nouveaux mursV » Ils
décident que les hériliors, dans le délai de deux mois,
s'ils habitent la ville, et de trois, s'ils habitent le œntado,
devront payer de cent sous à vingt sous, selon que le
mort était imposé de cent livres ou de moins de vingt-
cinq, faute de quoi faire dans le délai prescrit, ils se-
raient condamnés à une double contribution'.
Cette œuvre importante, qui devait subsister jusqu^à
nos jours \ demandait de longues années. Elle ne prit Qn
qu'en 1527. Aussi fut-il interdit d'aliéner les vieux murs
avant que les nouveaux fussent terminés'. Sur un circuit
de six milles ils furent percés de neuf portes*, fortifiés de
soixante tours et même plus. On respecta, on reproduisit
leur ancienne forme carrée, qui rappelait le camp romain.
Désormais dans l'enceinte quatre fois plus grande que la
seconde et dix fois plus que la première', se trouvaient
compris sur la rive gauche le populeux faubourg d'Ol-
trarno, sur la rive droite le Borgo d'Ognissanti cl le Prato^
c^est une erreur typographique que démontre la place de ce texte et sa con-
frontation avec les précédents et les suivants.
» Voy. Gave, I, 436-445.
' Pro subsidio novorum murorum (23 décembre 1299. Prowisioni,
filza XI, ap. Gaye, I, 445).
' La contribution de Tbéritier était de 60 sous pour un impôt de moins
de 100 livres et de plus de 25; de 40 sous pour un de moins de 50 et de plus
de 25 (19 décembre 1299. Prowisioni, n» X, p. 102 V). — Le 23 dé-
cambre 1299 , ces mesures étaient prorogées jusqu^au 15 février suivant
(/Wd.,u-X,p. 103 V).
• Rosa, DeW origine di Firenze, loc. cit.
• 2 mai 1301. Prowisioni^ n* XI, p. 5 v'.
® La dernière, celle de Sun Niccolè, fut ouverte seulement en 1540.
• Repelli, II, 262.
(ÂM. 1300) TRAVAUX SUR LE TERRITOIRE. 461
auxquels le Mugnone, restant en dehors, servit de fossé \
Les tours placées à la distance de deux cents brasses l'une
de l'autre, étaient larges de quatorze et hautes de quarante,
sauf celles des portes qui s'élevaient jusqu'à soixante. Sur
la rive droite elles étaient au nombre de quarante-cinq,
et sur la rive gauche probablement de vingt-trois". Vues
du haut des collines au nord ou au sud, ce devait être un
imposant spectacle que celui de ces soixante-huit tours,
auxquelles s'ajoutaient celles des particuliers à l'intérieur,
dans le circuit de près de six milles que traçaient les
hautes murailles.
Sur son territoire et même au delà, Florence étendait,
dans ce genre de travaux, sa sphère d'activité. Elle répa-
rait les routes, les fontaines, les aqueducs, les ponts, les
châteaux '. Elle surveillait ses artisans. Une arche du pont
que certains d'entre eux construisaient sur la Sieve, à
Monte Sasso, s'étant écroulée, par découragement ils aban-
donnaient l'entreprise : sa main de fer les contraignait à
la reprendre\ Pour celles qui intéressaient d'autres
communes, elle tâchait d'obtenir leur concours, tout au
moins pécuniaire; mais à leur défaut, elle savait agir
seule'. Sur la Pesa, où elle n'avait encore qu'un droit
d'hégémonie, non de propriété, elle jetait deux ponts
en cinq années*. Hérisser de forts châteaux la Toscane
1 Paolino, II, 54.
* Villani, IX, 256. — Vannucci, p. 214.
' On peut voir dans Gaye, I, 422-446, le dépouillement des Prowitioni
à cet égard de 1285 à 1300.
« 9 février 1295. Prowisioni, filza X, ap. Gaye, I, 428.
* Pro opère cujusdain pontis noviter Gendi supra flumeu Samclii ia strata
publica per quam a civitate Florcntie itur Bononiam 1. 25 (2 décembre 1294.
Prowisioni, filza V, ap. Gaye, I, 427).
* Super flumeu Pesé prope Cerbariam juxta stratam qua itur versus cas-
462 CHATEAUX RÉPARÉS. (An. 1300)
était pour elle un soin de tous les jours. Â divers « peu-
ples » elle suggérait l'idée, elle accordait l'autorisation
de se fortifier contre les gibelins et les Pisans *. Elle répa-
rait, murait, accroissait Pontedera, Laterina* et bien
d'au 1res rocche^ boulevards de sa puissance. Elle érigeait
celle de Monteluce au passage de Berardenga', une autre
près du bourg de Gasalberti et deux en la plaine de Casu-
berti, au val d'Ârno supérieur \ puis San Giovanni et
Gastelfranco, qui commandaient les deux rives du fleuve,
entre Figline et Montevarcbi, celui-là contre les Pazzi,
celui-ci contre les Ubertini. Dix années d'immunités et de
franchises furent offertes à qui viendrait habiter ces
deux châteaux, en sorte qu*avant peu « ayant cru et
multiplié, ils devinrent de bonnes et grosses terres*. »
Voilà, dans un seul ordre de faits et durant une période
très-restreinte, ce que faisait une ville en proie à d'in-
cessantes agitations. Ge temps, où Florence donne tant de
marques d'une vitalité puissante, est pourtant celui où
trum Fiorenlinum et versus Vulterras (26 mai 1295. Provviêioni, fîlia X,
ap. Gaje, I, 429). — Super flumine Pesé in descensione S. Gassiani ad De-
cimum (Ibid.^ filza XI, ap. Gaye, I, 446).
* Populi s. Martini de Vitiana, populi S. Pétri de S. Petro et populi
S. Christine dePangnana canina (4 avril 1300. Jbid.y filza XI, p. 446).
* Pro reparatione, fortificationc, etc. Pontis hère ac cliam pro initiando
opus cujusdam casseri seu fortilitic 1. 3000 (19 juillet 1291. Prowisioni,
filza IV, ap. Gaye, I, 422). — In Castro Latlerini reparando , murando et
fortificando, vel de quodam alio cassero construendo (Ihid., fika VIII,
p. 436).
» 1285. Capitoli, XLIII, ap. Gaye, I, 417.
^ Très tcrraî fiant in partibus vallis Âmi superioris due in planitie de
Casuberli, alia juxta burgum Gasalberti (burgum plani AJberli) pro honore
et jurisdictionc coinunis Florcntie amplianda, cuin mûris et foveis et aliis for-
tilitiis, hediificiis, etc. (janvier 1299. Prowisioniy filza VllI, ap. Gaye,
I, 442).
* » Villani, VIII, 17. — Ammirato, 1296, 1. IV, 1. 1, p. 198.
(Aif. 1300) JUGEMENT DE DANTE ET DE MACHIAVEL. 463
Dante la compare, ainsi que Tltalie, tantôt au flux et au
reflux de la mer*, tantôt au vaisseau sans nocher dans
une grande tempôle ', tantôt au malade qui, ne pouvant
trouver de repos dans la plume, se retourne sur l'autre
flanc pour tromper sa douleur'. C'est que les contempo-
rains sont mauvais juges : ce dont ils soufTrent, ils le
voient de trop près, et avec des verres grossissants. Contre
l'admirable civilisation d'Athènes Eschyle, Thucydide,
Platon, n'ont qu'austères censures, Aristophane que san-
glantes railleries. Où Dante voit l'âge de fer, le froid génie
de Machiavel salue un âge d'or. « Jamais, écrit-il, notre
ville ne fut en plus grand et plus prospère état qu'en ce
temps où elle était riche .d'hommes, de biens, de répu-
tation, où elle comptait dans ses murs trente mille hom-
mes en état de porter les armes, et sur son territoire
soixante-dix mille, où toute la Toscane, tant alliée que
sujette, lui obéissait. Il y avait bien entre les nobles et le
peuple des motifs de colère et de soupçon ; mais il n'en
résultait aucun mauvais effet. Florence ne craignait plus
ni ses exilés ni l'empire, et elle était en force pour tenir
tête à tous les États d'Italie \ »
* E corne il Yolger del ciel délia luna
Guopre ed iscuopre i liti senza posa,
Co9i fa di Fiorenza la fortuna.
(Parad, XVI, 82.)
' Nave senza nocchiero in gran tempeata.
(Purg. VI, 77).
* Vedrai te simigHante a qaella inferma
Che non pa6 trovar posa in su le piume,
Ma con dar volta suo dolore schenna.
(Purg. VI, 149).
* ht. fior.y n, 22 B. — Si calme d'ordinaire, Machiavel se laisse empor-
ter, cette fois, bien au delà du vrai : « Unitamente, dit-il, et in pace cias'
cuno si vivcva »
! 464 JUGEMENT DES MODEKNES. (âm. 1300)
C'est à un autre point de vue qu'on se place, de nos
; jours, pour justifier les Florentins d'avoir causé leur
malheur par l'instabilité. « Les mutations, écrit M. Atto
Yannucci, étaient la marque d'une vie puissante; elles
! étaient nécessaires à qui voulait maintenir la liberté con-
j quise et aspirait à en conquérir une plus grande. Qui-
' conque voit un bien plus grand et fait tous ses eiïorts pour
y atteindre, agit en homme; quiconque est dans le
mal et s'y tient obstinément, n'est pas un homme, mais
une brûle stupide. Puis, si les fréquentes mutations sont
un mal, la stabilité n'est pas un sûr indice de la bonté
'' d'un gouvernement. S'il en était ainsi, il faudrait conclure
que le despotisme brutal de la Chine est le modèle de tous
ij les gouvernements*. »
'; Sans nier que la stabilité soit un bien, on peut passer
à un peuple de ne la point meltre dans ses institutions,
quand elle est dans ses tendances et dans ses vues. Or
Florence était guelfe d'instinct, de sentiment, de convic-
tion, d'intérêts, c'est-à-dire résolue à marcher d'accord
avec le pape, tout en maintenant, dans une juste me-
sure, ses libres volontés, et à faire servir cet accord aux
progrès de sa démocratie. C'est là ce qu'il faut voir dans
son histoire, plutôt que de la mesurer à la nôtre, plutôt
que de se répandre en banales déclamations sur les maux
de l'anarchie. Les Florentins en gémissaient, parce qu'ils
concevaient un état meilleur, mais ils y vivaient comme
dans leur élément. Ils ne se sentaient pas conduits, mais
ils se conduisaient' eux-mêmes, ce qui vaut mieux, ce
qui relève Thomme par la dignité.
L'instabilité, d'ailleurs, n'est pas, môme dans leurs
* AUo Vannucci, I primi tempi délia liherià fiorentina, p. 181.
An. 1300) FORCE ET FAIBLESSE DE FLORENCE. 4G5
institutions, aussi grande qu'on le dit et qu'elle parait
de prime abord. Procédant par induclion, par générali-
sation, par tâtonnements, et non par déduction ou d'a-
près des théories préconçues, ils avaient, dès les temps
les plus anciens, appliqué aux affaires communales les
magistratures qui réussissaient aux plus modestes corpo-
rations, sauf à les modifier quand à l'épreuve ils en eu-
rent reconnu Tinsuffisance ou les inconvénients. Mais le
fond restait invariablement le même, à savoir la direc-
tion suprême confiée à un petit nombre d'hommes nom-
més pour une courte période, et ayant les mains liées
par la nécessité d'en référer sur toutes choses aux cinq
conseils, d'en obtenir l'approbation, la ratification. Ce
qui varie, c'est le nombre de ces magistrats, le titre
qu'ils portent, la durée et l'étendue de leurs pouvoirs,
les conditions qui leur étaient imposées, le mode de leur
élection, en un mot l'accessoire, non le principal. Les
esprits inattentifs ou superficiels ne voient, comme
Dante plus excusable parce qu'il était contemporain,
que cette mobilité de la surface, sans comprendre qu'en
donnant satisfaction au goût instinctif des hommes pour
le changement, elle les détournait de s'attaquer au fond
et contribuait à sa solidité ; sans remarquer qu'en somme
Florence s'est tenue à un système de gouvernement
qu'elle n'avait trouvé nulle part, pas plus dans sa lec-
ture assidue des anciens que dans son étude attentive
des institutions en vigueur autour d'elle ; sans recon-
naître que sous ce gouvernement imparfait, à peine
protecteur , elle a grandi et vécu , dompté ses voisins ,
rayonné au loin, conquis dans l'histoire une gloire du-
rable entre Athènes et Paris.
Il ne faut pas lui reprocher davantage de n'avoir pas
H18T* DB FLORKKCE. — II. 50
t
;,
466 FORGE ET FAIBLESSE DE FLORENCE. (An. 1300
cherché Tunité nationale, que, dans le même temps, as-
suraient à la France Philippe le Bel et ses successeurs.
Ses guelfes l'avaient poursuivie en donnant l'exemple de
se soumettre au pape, ses gibelins en appelant l'empereur.
Mais les temps barbares avaient morcelé la péninsule
en mille tronçons doués de vie, bientôt épris de l'isole-
ment. L'Allemagne, comme l'Italie, s'en est accommo-
dée durant des siècles. 11 y a des peuples dont il semble
être la condition naturelle, et qui n'y renoncent pas sans
regretter les sacrifices dont ils payent l'unité. Ijc morcel-
lement n'est pas, cliez eux, exclusif de la grandeur.
Lltalie trouva la grandeur dans ce mobile équilibre que
maintinrent d'abord le sacerdoce et l'empire, puissances
rivales, puis les guelfes et les gibelins, courants contrai-
res, et que modifiaient, sans le renverser, tant de cités
d'esprit divers comme de développement inégal.
Florence eut pourtant ses erreurs, qui assombrirent et
abrégèrent ses brillantes destinées. Même quand elle
voulut et put être un État, elle ne sut pas s'affranchir
assez du sentiment communal, élargir son horizon poli-
tique comme elle avait élargi l'horizon de son trafic. Elle
resta toujours une ville qui commande à d'autres par
droit dé conquête, et qui traite en ennemies celles
qui échappent à ses commandements, cause irrémédiable
de faiblesse, quand elle eut , plus tard , à prendre les
armes contre des adversaires plus éloignés. En outre,
après avoir cédé au flot montant de la démocratie, tant
qu'il la portait elle-même, elle se flatta follement de lui
opposer une barrière, quand il souleva les déshérités.
Puisqu*eUe n'admettait pas que le menu peuple dût
jamais avoir son jour, que n'opposait-elle aux ctforls
envahissants mais décousus des classes subordonnées les
(AN. 1500) FORCE ET FAIBLESSE DE FLORENCE. 467
eflbrls répressifs et coalisés des classes dominai! les? Par
un impolitique mépris, elle continua de s'abandonner à
ces divisions funestes qui firent de la multitude l'arbitre
des querelles, et qui sont en tout pays, en tout temps,
l'invariable faute des partis victorieux*.
La principale erreur des Florentins fut donc de n'a-
voir pas su dompter, étouffer l'esprit de discorde. Qu'ils
aient reconnu que là était le mal, et qu'ils en aient gémi,
on ne saurait le nier, quand on a parcouru leurs vieilles
chroniques ; mais ils manquèrent tous, comme on Ta vu
depuis en d'autres pays, de l'esprit d'abnégation et de
sacrifice, qui pouvait seul en triompher. A plusieurs re-
prises ils tentèrent de procurer la réconciliation par des
mariages. N'y réussissant point, ils s'imaginèrent, ce
qui flattait leur passion, que supprimer la résistance, ce
serait rétablir la concorde. De là tant de proscriptions,
de démolitions, de supplices, d'amendes, d'ordonnances,
de statuts, sans autre profit que de déplacer le mécon-
tentement, que de donner au menu peuple, dans ses re-
vendications orageuses, l'appui des magnats humiliés et
amoindris. Cette impuissance absolue faisait prévoir
pour Florence et j)our les républiques à son image une
fin plus ou moins prochaine. Quand il ne peut trouver le
repos au sein de la liberté, l'homme s'avilit jusqu'à le
* M. G. Ferrari voit une autre cause dMnfcriorilê pour Florence. Quoique
il se pique de démocratie, les tyrannies unittircs qui déjà écrasaient la Lom-
bardie, lui paraissent un proj^rès sur Fanarchie communale, parce qu'elles
donnent un chef au peuple , renversent les aristocraties féodiiles , font ré-
gner plus ou moins la paix dans les villes, les défendent à Textérieur contre
leurs ennemis (RéroL dltal.y voy. les premières pages du t. UL) — C'est
la théorie de Favilissant césari^me, qui n'a même pas toujours pour effet de
faire régner la paix intérieure et de défendre les sujets qu'il dégrade contre
les ennemis du dehors.
468 FORGE ET FAIBLESSE DE FLORENCE. (An. 1300)
chercher dans la servitude. Lasse, à la fin, de ses agita-
tions incessantes, Florence devait se prendre à envier le
sort des villes lombardes qui avaient descendu avant elle
la pente fatale, et se réfugier, à leur exemple, au port
rarement sûr et toujours empesté du pouvoir absolu.
Après avoir été dans toute la force du mot une personne,
elle devait n'être plus qu'une chose, une résidence prin-
cière, un merveilleux sépulcre où les générations tour à
tour viendraient admirer les restes de la vie, les traces
d'un glorieux passé. Mais au temps où nous sommes par-
venus, l'incomparable commune n'était encore qu'à
moitié de sa brillante et orageuse carrière. Après avoir
dompté les magnats au dehors, puis au dedans, et sou-
mis la plupart des villes toscanes, il lui restait à en
écraser, à en soumettre quelques-unes qui lui opposaient
encore une énergique résistance, et à défendre ses tradi-
tiens communales contre les petites gens qui de plus en
plus impérieusement réclamaient leur place au soleil.
FIN DU TOME H.
APPENDICE
AD DEUXIÈME VOLUME
L. lY, eu. m, p. 123.125.
I
Non isperate ghebellini soccorso
Per la lesione chefTatta nela magna.
Or tienci (tienti?) amico aine tullo oorsso,
Chel mondo in tutto coai ciso frangna,
Cierto si che per lo fermo orsso.
Verte a fine e chi fisi acompangna.
Tuerri troppo che qui nona forsso,
Fia delo mpero ora tutla la campangna.
Già de langnello non si terne morsso,
Che suo mordere nciente %ik non sangna.
Epara peggio che leone od onao,
Chui mordera che giamai noristangna,
Se pur convene Carllo piliichi il toriso,
Uderansi i guai piula che in Spangna.
Cierto alompero gli para un sorsso,
A conquidere chi flore di lui si Ungna.
Gienle folle di chui taie festa,
Or non sapete corne Carllo paga,
t
470 APPENDICE.
1d uoo punto chilglie incontro or intoppa.
Amico orlilega aldito quesla,
La nostra génie edi combat tere Taga,
Siche de luoi avranno solo la groppa.
Me pare millani puo che siano alcamppo,
Che bene avrete ghebellini rascoppio,
Giamai dalchuno non si rano da pezo,
Sono cierto corffia nitto (surto?) il nostro scamppo,
Di chui avenio danno ûa pagato adopio,
Cavcmo sengnorc ca Carllo niutravczo.
{tîaccoUa di varie rotnanze volgari, ms en parchemin, de la fm du xni* siècle,
Bibl. du Vatican, n* 3793. f 156 v* .)
(Cherrier, III, 517-518, Append. n» IX, 1.)
U
Non vale savere achui f'orluna ascorsso.
Convicnc pcr forza iiiisuo coïc doiglia mangna,
Sa..ita (se asiiita?) coutro a noi largo suo corsso.
Yeniuni cncontra ortutta pare la frangna,
E chi ma dato pena fcrmo orsso,
Che tosto fia dillui morttc conipangna.
Sanza consilglio fia chicolsno ^o^^so
Coninstcra iulpic mcssa in cainpagna.
Quclli che fue detio angncllo, chinaura morsso,
Inongne partie pena il l'crro sangna .
Perche vcdemo chellui amcsso aJorsso
Contro adongiialtro fia sua potonza stangna,
Da che Dio lui conciede ore il corsso,
Ëcicrti siemo ulegra fianc Spaiigna,
Chi è stalo dritlo alompero fia sorsso,
Poi fia comquiso chiglia data langna.
Il nostro corc diritlo in taie festa,
Ne pcr tcmenza da noi si dispaga,
E cierti siemo noslra sia la loppa.
Yostra speranza bene vedemo quesla,
I Pcrlulto Irovcr.isi aldielio il divagha,
I Del gioco inanzi rimarete in groppa.
Tostainenti fia langncllo il campo.
Non piaccravi molto cotalc coppio,
APPENDICE. 471
GoDTene congne allru nericeTt spezo,
Da taie potenza nuUo fiani scamppo
Pegiore pen pairi assai adoppio,
Imsi dolgliosa mortte Garllo tcso.
[Ibid. — Cherrier, III, 518, Append., II, 2.)
III
Poi il nome cai ti fa il coraggio altero.
Pure mestero catpetti stormo magio,
Epero speri chuno nuovo re stranero,
Albastastero vengna a graa branagio,
Orlega unaltra facca del salterp,
Seaeno autero nom fara taie TÎagio,
De la batalglia colcampione sampero,
Omo di 8U0 stero nalevaro aagio.
Ma segli ariene capur al campo salglia.
Mai di trafaiglia nom sara pendente (perd ente?).
Redio comsente avinciere la mongioja,
Chc Carllo crede casua apada glivalglia
E cadio calglia, sichc sia Tinciente,
E di présente comqaidore chi lonodia.
{¥• 148 \*. — Cherrier, III, 515, App., n» IX, 4.)
A la suite de ces pièces inédites, H. de Cherrier ajoute ce qui
suit : « Elles ont été copiées sur le manuscrit du Vatican par le
savant M. Fr. Orioli, professeur d*archéoIogie à la Sapienza de
Rome. En nous les envoyant, il y a joint une interprétation
italienne des passages obscurs. Le texte est rapporté fidèlement.
Les mots sont souvent unis de telle sorte que le sens en parait
presque inintelligible. L'orthographe est incorrecte. Plusieurs
vers sont faux.... La version française n*est pas littérale. Elle
offre seulement le sens général de chaque pièce. H. Michel
Amari a bien voulu nous faciliter ce travail. »
(Cherrier, T. III, p. 520-521, Append.)
Il
LIV. \\ CH. I, P. 249,
Parlamento ia Santa Reparata.
Le capitaine donne licence à chacun des assistants de dire
ce qu*ils jugent utile aux arts et aux artisans
Compagno Riccardini conseille que les maisons, possessions
et honneurs de la commune ne se puissent vendre en aucune
manière ; que la prison des femmes soit détruite, et qu'ion ne
puisse désormais envoyer aucune femme en prison; que les
coupables soient punies selon la nature du crime; que s*il est
nécessaire de les mettre en prison, on les fasse garder par des
femmes ; qu'on donne licence aux fugitifs de venir se défendre
contre leurs créanciers ; qu'on fixe une certaine somme d'argent
à allouer chaque jour aux arbitres pour leurs dépenses ; qu'on
ne puisse donner à personne des biens de la commune.
Lando Jacobi, marchand de vin, conseille qu'on pourvoie aux
statuts quod nemo possit commedere in ixihemay et qu'il soit
permis aux marchands de vin de donner à manger dans leurs
tavernes.
Ser Uberlino Cervellini propose qu'on fixe une certaine somme
à dépenser annuellement pour les réparations de Santa Reparata ;
qu'on prie les chanoines d'envoyer demander au pape l'indul-
gence (pour ceux qui contribueront aux réparations) de ladite
APPENDICE. 475
église ; qu*on fixe les mesures pour les blés ; qu*on ait boni et
legaleSy et ante quant discedant ils cherchent secrètement le lieu
où il faudra faire le palais ; qu'on envoie des ambassadeurs à
Lucques et à Gènes pour Tinjure faite par les ambassadeurs
génois à un chevalier et citoyen de Florence, en le frappant et
le dépouillant; qu'on envoie inviter la commune de Pise ù
soumettre à la commune de Florence son différend avec la
commune de Gènes, en se soumettant elle-même aux défenses
et à la protection de ladite Florence; qu'on procure que la
commune d'Arezzo restitue à la commune de Florence ce qu'elle
lui doit, et qu'on le convertisse en grains.
Jacopo Trinqualacqua veut qu'on envoie deux préposés bons
et loyaux cul aptandum la route de Romandiola jusqu'à Pietra-
santa, et qu'on fasse ou qu*on achève le château de Pietrasanta.
Rainerio del Sasso demande que le potestat ait un assesseur
et un juge des méfaits pour chaque sesto, et le capitaine quatre
juges ; qu'on fasse les cours ou tribunaux près du palais du
potestat, dans le lieu où il demeurait.
(Contulte, t. I, p. 114 V.)
Ili
RÉSUMÉ DES CONSEILS TENUS A FLORENCE EN ISS6 SUR LA QUESTION
DE LA GUERRE AVEC PISE
LIY. V, eu. II, P. 289-991.
lasB
Conseil de nombreux sages devant lo juge du postestat et celui du capitaine.
Le débat s'ouvre sur Tainbassade reciUita per ner Bertardum
et per eum et Pellam Gualducci facta^ à Gônes, à Toccasion du
traité de paix de Gènes et de Pise.
Corso Douati conseille de ne faire aucun traité avec le comte
Ugone ou Pise, mais d'envoyer soudain des ambassadeurs pour
faire une armée contre les Pisans selon le traité conclu, à moins
que ledit traité avec le comte Ugolino ou quelque Pisan se
puisse faire avec le concours ou Tasscntiment de Gènes.
Baldovino Rinucci ne s'oppose pas à l'avis du préopinant,
pourvu que les choses se puissent faire en observant les pactes
de la ligue.
Brunetto Latini veut qu'on recherche les traités avec Gènes et
Lucques, habeantur per ser Bertardum et Pellam et aliter^ et
qu'on envoie ad parlamentum des sages fidèles et légales^ des
magnats de la ville, pour excuser la commune et montrer la
cause de l'ambasvade, ou dire toutes ces choses aux ambas-
sadeurs de Gènes, s'ils viennent à Florence.
On s'en remet au potestat, au capitaine et aux prieurs.
[CoHiulle, t. I, quad. E, p. 66,)
APPENDICE. 475
IV FEVBIEB 1«8S
Conseil des capitudini des sept arts miyeurs et d*autres nombreux sages,
dans la maison dca prieurs, en prt^sencc du potestat cl du capitaine.
Aux termes de la ligue entre Florence, Gènes, Lucques et
autres villes de la Toscane, toutes ces communes, à la requête
d'une d'entre elles, sont tenues d'envoyer des ambassadeurs en
Lunigianc pour délibérer sur les dommages à infliger aux Pisans.
Or Gènes et Lucques ont envoyé leui*s ambassadeurs à Florence
pour demander cette réunion à Sarzane.
Les conseils y ayant acquiescé en principe, le potestat demande
combien d'ambassadeurs il faut envoyer, comment et quand il
faut les envoyer, et s'ils doivent ou non avoir balia de conclure
un accord quelconque.
Arrigo del Boccacio propose que les ambassadeurs soient pris
parmi les meilleurs citoyens, et pour le reste s'en rapporte aux
magistrats, à condition pourtant que les ambassadeurs n'auront
d'autre mandat que d'écouter et d'écrire ce qui leur sera dit,
pour le soumettre ensuite aux délibérations des sages.
Simone Donati appuie, mais il ajoute que le potestat, le capi-
taine el les prieui*s devront décider à leur gré si les ambassa-
deurs devront ou non être chargés de quelque ouverture.
L'assemblée vole selon l'avis de Simone.
[Ibid., p. 08 )
• a FÊVmiEB •«8K
Conseils spécial et géiiural du capitaine, avec les eapUudim
des douze arts majeurs.
On entend les ambassadeurs de Lucques qui demandent que
les milites tallie stipendiés par la commune de Florence soient
envoyés pour 15 jours au service de Lucques, pour Ihonneur de
Gènes et des autres villes de la ligue.
Le capitaine propose de prendre une provision.
Ghino Davanzi et Cione Buonaguida veulent s'en remettre au
potestat, au capitaine et aux prieurs.
476 APPENDICE.
Hainerio del Sasso veut qu'on fasse droit à la demande des
Lucquois.
Bardo Angiollicri également; mais il désire qu'on prie les
Lucquois d'observer les traités.
Ser Bernardo Accursi s'oppose à tout envoi d'ambassadeurs,
tant que Lucques n'aura pas rendu les salines séquestrées et les
péages perçus sur des Florentins.
Baldovino Rinucci appuie, et indique précisément la restitution
à exiger des mallôtes et péages perçus depuis la conclusion de
la ligue jusqu'à ce jour.
Segna Orlandini, de même, ne veut pas d'ambassades, tant que
Lucques n'aura pas observé ses obligations.
On vote conformément à l'avis des trois derniers prëopi-
nants.
(Ibid., p. 70-72.)
Parlement assemblé, selon les statuts, dans Téglise de Santa Reparata, tU ett moriê,
en présence du poteslat et des prieurs.
On aborde, aussi selon l'usage, diverses questions.
Sur la question pendante avec Lucques, Ubertino Cervellini
conseille d'envoyer des ambassadeurs dans cette ville, et, s'il le
faut, même à Gènes, pour réclamer que par l'intermédiaire de
ces deux communes les Lucquois observent leur engagement de
ne pas percevoir de péages, ou, sinon, de déclarer que Floi*ence
ne veut pas de ligue avec Lucques.
Corso Donati veut que de Rome à Pise on signifîe par ambas-
sadeurs à toutes les communes de Toscane de ne percevoir
aucun péage sur les Florentins, faute de quoi il soit publié dans
la cité que dans le délai de quinze jours ou d'un mois les
citoyens florentins sortiront de ces villes et pays avec leurs
biens, et ne chemineront plus sur leurs routes ; il demande en
outre qu'on publie un ban contre lesdites villes et pays, et
qu'on leur fasse une vive guerre, non toutefois avant d'avoir
terminé la guerre contre Pise.
Bonaccorso Bellincioni conseille de ne pas entreprendre pour
le moment de pareilles nouveautés.
APPENDICE. 477
Dindo del Baschicra s*y oppose également ; mais il veut que
Lucques ne prenne plus ou ne laisse plus prendre de péages sur
les Florentins, et qu'elle donne satisfaction à ceux sur qui elle
en a pris.
(IbUL, p. 72.)
• MARS laas
Conseil des capUttdini des sept arts majeurs et de beaucoup d'autres sages
désignés par les prieurs par sestiere^ en présence desdits prieurs.
Le potestat, en présence et avec Tassentiment du capitaine,
propose de prendre une provision sur le fait des lettres des
ambassadeurs de la commune qui sont en Lunigiane, sur le
territoire de Sarzane, avec ceux de Gènes, de Lucques et d'autres
villes de la ligue, pour traiter de Tarmée à faire contre les
Pisans.
Albizzo Corbinelli demande qu'on traite de ces choses, non-
seulement devant les popolani et les artisans, mais aussi devant
les magnats de la ville, cum que tangunt omnes debent ab omnibus
approbari.
Cardinale des Tornaquinci conseille de saisir les conseils, de
donner balia au potestat, au capitaine, aux prieurs, et d'écrire
aux ambassadeurs florentins qu'ils ne craignent pas d'attendre
que ces magistrats aient pris une décision.
Giovanni del Brodaio veut qu'avant de suivre l'avis des préo-
pinants, on choisisse des sages en droit pour examiner les
clauses de la ligue, et que si l'on peut, on réponde aux ambas-
sadeurs qu'on ajourne à un autre parlement la délibération sur
le fait de l'armée.
Ugo Altoviti demande qu'on invite les ambassadeurs à pro-
tester que Florence est prête à observer les clauses de la ligue,
et à dire aux ambassadeurs de Gênes que la commune ne s'oc-
cupera en aucune façon de lever l'armée, tant que Lucques
n'aura pas restitué ce qu'elle a indûment pris aux Florentins.
La restitution faite, on avisera au jour à fixer pour la réunion
des ambassadeurs.
L'assemblée vote la proposition d'Albizzi Corbinelli.
[Ibid., p. 74-75.)
478 An'ENDICK.
Conseil d^s capitudini des sept arts majeurs et d'un giand nombre
de sages ma«^nat8, populani et artisans.
Décisions conformes à celles du précêdenl conseil ; mais on
décide qu'une nouvelle assemblée sera tenue le lendemain,
composée d'autres citoyens.
(Ibid., p. 75.)
flO BBABfl 1«8S
Conseils général et spécial du capitaine et des capitudini des douze arts majeurs,
en présence des prieurs.
Ugo Altoviti et Segna Orlandini soutiennent la nécessité de ne
pas faire d'armée avant que Lucques ait cédé, mais d'exhorter
les ambassadeurs des autres connnunes à l'y décider.
Bardo Angiolieri veut faire une armée générale contre les
Pisans et y envoyer les deux tiers de Florence, proportion-
nellement par sestiercj pendant un mois à partir du 15 mai.
11 demande que l'armée campe dans le val d'Era, tandis c)ue
les Lucquois occuperont le val de Serchio; que les doux
capitaines de la tallia soient ceux (|u'ont désignés les ambas-
sadeurs : i"* Guido de Polenta, 2*" Ormanno de Sassoferrato.
Rainerio del Sasso propose de s'en remettre aux magistrats.
Ser Berardo Accursi conseille qu'on fasse examiner les pactes
de la ligue par six sages en droit, des meilleurs et des plus
légaux (legalioribus) de la ville; que si l'on peut, en
observant les pactes, ne pas faire l'armée, on ne la fasse pas,
et que s'il n'est possible, on l'ordonne pour le mois de
septembre suivant, pourvu que les Lucquois n'y soient pas
avec les Florentins, et que les communautés de la Toscane
puissent faire compagnie avec qui elles voudront.
Micco del Velluto veut l'armée pour un mois entre
le 1" juin et le !«' octobre, au temps que les Génois jugeront
le plus opportun.
[Ihid., p. 75 v% 76.)
APPEMMGE. 479
/
t« MARS 1
Conseil sp^al du cnpitaine en présence des prieurs.
Brunetto Latini propose dVnvoyer des ambassadeurs à Luc-
ques pour déférer au potestat et aux sages de cette ville les
injures et dommages dont Lucques s'est rendue coupable avant
et depuis la ligue, envers la commune et les marchands de
Florence ; pour Tinviter à ne plus molester Uberto des Pulci
et ses associés, touchant le péage qu'elle a acheté du vicaire ou
chancelier du roi des Romains, et qu'elle fait percevoir m valie
NebtUle (NievoL), au lieu de celui qu'elle percevait près de San
Hiniato.
L'assemblée adopte ces propositions et décide que cette am-
bassade soit organisée (firmetur) par les capitudini des douze
arls majeurs et par d'autres marchands intéressés dans l'afTaire,
dummodo non \H)8sini firmare aliquid.
{Ibid,, p. 79 y.)
■Amb savm
Le conseil général liu capitaine approuve.
(Ibul )
89 MAmn sass
Conseil des capitudini des douze arts majeurs et de beaucoup d'autres sagAs
devant le potestat, le capitaine et les prieurs, dans la maison des prieurs.
On entend !• le rapport de Ser Arrighi Gratie, notaire, envoyé
au parlement de la ligue avec les ambassadeurs de la com-
mune ; 2<^ Ser Johannes, notaire, ambassadeur de Sienne.
On décide de donner in nomine Domini plein mandat aux
ambassadeurs de Florence sur tout ce qui a été proposé et de-
mandé par les ambassadeurs de Gônes, pour les satisfaire plei-
nement, selon les clauses de la ligue.
{Iffid,, p. 80.
480 APPENDICE.
Conseil gcaéral du capiUine, en présence des prieurs.
Le capitaine fait les propositions ci-dessus.
Sur l'avis de Brunctto Lutini on décide l'armée générale pour
un mois, pourvu que ce soit à partir du i^*^ mai et sur la rive
gauche de l'Ârno, de manière à être séparés des Lucquois. Le
potestat, le capitaine, les prieurs et les sages de leur choix pour-
ront prendre à ce sujet toutes autres provisions, sans préjudice
de celles-ci.
(/6m/., p. 80.)
Le conseil général du potestat adopte.
[Ibid.)
mûmm aoum
Conseil d'un grand nombre de sages devant le juge du potestat et le capitaine
dans la maison des prieurs.
Ils délibèrent sur les voies et moyens. Ils confirment les
provisions prises le malin par le conseil général du capi-
taine.
(Ibid.)
• •y MARS 1«AS
Conseil des sages devant le potestat, le capitaine et les prieurs,
dans la maison des prieurs.
On entend lecture de l'ambassade faite à Sarzane par Oddo
Altoviti. On décide que le potestat, le capitaine et les prieurs
éliront douze capitaines de l'armée et un notaire.
APPENDICE. -481
Le polestat propose d'ordonner qu'il ira avec le^ autres
ambassadeurs conférer avec le potestat et les ambassadeurs de
Lucques.
On décide de décréter auparavant et d'équiper l'armée.
[IbUl., p. 82.)
Conseil des capiUidini des douze arts msjeurs, convoqués par les prieurs.
Tout le monde est d*avis de régler le différend avec Lucques,
en priant cette ville de lever omnes nialatoltas perçues sur les
Florentins, et en supprimant toutes représailles entre les deux
villes, ou au moins en élisant des arbitres pour étudier et
décider la question, enfin en traitant cum effeclu, si fieri
pote rit,
[Ibid , p. 82 V.)
St HABS fl«8K
Conseil des capiiudiui des sept urts majeurs et de beaucoup de sages,
dans la mai.^on des prieurs.
Le potestat propose de prendre des provisions sur l'ambas-
sade recitata per Lapum SaltarelU louchant les pratiques du
polestat et des anibassadeui s de Florence avec le polestat et les
ambassadeurs de Lucques à Empoli.
On décide que s'il faut répondre à la commune de Lucques
super acceptatione des chàleaux de Ripafratta el de Viareggio,
on dise que cela plaît aux Florentins; le potestat, le capitaine
et les prieurs choisiront douze sages, parmi lesquels seront les
ambassadeurs qui ont été avec le potestat, et qu'on délibère
avec eux sur le fait du comte Ugolino et sur l'envoi d'ambassa-
deurs à Gènes.
(/6m/., p. 83 V.)
mST. DE FLOnKKCË. — II.
51
483 APPENDICE.
s AVRIL fl«8K
Conseil de dix-neuf sages devant le potcsiat, le capitaine et les prieurs.
On examine le traité conclu avec le potestat et les sages de
Lucques à Enipoli.
Lolto (les AyU veut qu'on le notifie caïUe^ saplenter el secrète
aux coniHiunes de la ligue, et que des ambassadeurs de Florence
aillent à Gôuis avec ceux de Lucques, el qu'iprès s'ôlre enquis
de la volonté des communes de la ligue au sujet de ces choses,
on pourvoie à remettre aux mains de Florence ce qui lui a été
enlevé (le texte ajoute : par le comte Ugolini, mais cela parait
absolument inexplicable). On veut même que toutes les com-
munes de la ligue prennent part à cette ambassade.
Oddo Altovili, qui a fait partie des précédentes ambassades,
veut que la ligue envoie ses ambassadeurs à Florence pour
s'entendre, et que tant qu'on n'aura pas été à Gôiies, tant qu'on
ne connaîtra pas les intentions de cette commune, on ne pi enne
pas los châteaux.
Stoldi) Jacopi veut qu'on envoie des ami)assadeurs à Gênes,
qu'on en donne avis à Lucques, qu'on lui dcMiiande s'il lui con-
vient d'envoyer un de ses notaires avec un de ceux de Florence
communiquer cet avis aux autres communes de la ligue ; qu'on
procure que Siemie et Pistoia envoient aussidesanibassadeui^sà
Gênes, quand même elles ne le voudraient pas, et qu'en atten-
dant on ne prenne pas les châteaux.
On décide conformément à l'avis de Stoldo.
[Ibid., p. 84.)
• AVRIL. 1C8B
Conseil de sages devant le potestat, le capitaine et les prieurs.
On discute sur la défense faite par Lucques d'aller à Pise à
pied ou à cheval, et notifiée par les ambassadeurs de Lucques.
Genni Bentacorde dit qu'il faut pourvoir à ce que Florence ne
supporte pas un tel dommage.
iUPPENDICE. 485
Segna Orlandini veut qu'on réponde aux ambassadeurs de
Lucques que les Florentins ne veulent pas acquiescer aux déli-
bérations de cette commune.
Micco del Velluto veut qu'on proclame que nul, sans encourir
des peines dans sa personne et son avoir, ne pourra aller à Pise,
ni de Pise venir à Florence par quelque route quo ce soit ; qu'il
sera dél'endu sous les mêmes peines de conduire d'une de ces
villes à l'autre les personnes ou les marchandises; qu'enfin le
potestat, le capitaine et les prieurs avec leurs sages pouivoiront
prudemment et secrètement à l'avantage et honneur de la com-
mune et des marchands.
Cet avis est adopté.
[Ibid., p. 87.)
Conseil de sages devant le potestat, le capitaine et les prieurs.
On propose d'aviser sur les lettres de Lucques touchant l'am-
bassade à faire à Gênes pour traiter de l'accord avec Pise et le
comte Ugoliiio.
On lit l'ambassade de Ser Villano, notaire et ambassadeur de
Lucques, à et; sujet.
On dêlib'Mo d'envoyer un ambassadeur à Gênes, conjointe-
ment avec ceux de Lucques.
(Ibid., p. 88 r>.)
9 MAI tS8G
Conseil des sages devant le potestat, le capitaine et les prieurs.
Le potestat, d'accord avec les autres magistrats, propose d'a-
viser sur toutes les négociations relatives à un accord entre
Gênes et Pise, après avoir ouï la relation de Berti et de Lotti
touchant la paix avec le comte IJgolino et autres.
Tommaso Spigliati demande qu'on diffère jusqu'au retour des
ambassadeurs envoyés au pape, sauf le cas où quelque messa-
ger, quelque lettre préviendrait ce retour.
4g4 APPENDICE.
Oddo Altoviti veut qu'avant que le pape envoie messager ou
lettre, on prie les villes de la ligue de se préparer contre Pise,
qu'on nomme le capitaine de l'armôe, qu'on prenne les autres
mesures propres à mettre bientôt Tarmée sur le pied de guerre,
et qu'on en donne avis à Ugolino.
Celle proposition est adoptée, en laissant d'ailleurs de pleins
pouvoirs aux magistrats.
{Ibid., p. 91 vM
!« HAÏ taSB
Conseil de sages devant le potestat, le capitaine et les prieurs.
Le potestat propose de décider si Ton doit ou non répondre
aux ambassadeurs d' Ugolino et de Pise.
Glierardo desBuondelraonti ne veut pas envoyer d'ambassadeurs
ou de lettres à Lucqucs sur le fait des promesses échangées
entre Lucques et Pise au sujet des châteaux de Ripafratta et de
Viareggio. 11 conseille aussi de donner à Gênes le château de
Castro, comme il a été dit précédemment, et de dire aux am-
bassadeurs qu'il leur sera répondu en temps 0[)portun; que,
pour le moment, ils peuvent se séparer.
Giamberlo des Cavalcanti propose d'envoyer un ambassadeur
à Lucques sur tout ce qui précède, pour qu'il reprenne curia-
liter cette ville de ce qu'elle fait et veut faire contre le comte
Ugolino et Pise au sujet de ces chMeaux, et la prie d'agir léga-
lement selon les conventions et promesses faites au comte, di-
sant qu'il n'a agi que sur les exhortations des Florentins. 11
conseille aussi d'envoyer sur-le-champ un ambassadeur au
comte.
Oddo Altoviti répond qu'il semble mieux de donner le châ-
teau de Castro à Gênes, sauf les droits du comte juge (de Gal-
lura), du comte Ansehni et d'autres magnats.
Stoldo Jacopi émet l'avis de dire que ce n'est pas pour
Florence, mais pour Lucques qu'a été envoyée à Gênes la grande
ambassade ; de ne répondre à aucune des demandes desdits
ambassadeurs sur les instructions du pape; pareillement, de
déclarer que, quant à l'armée, Florence pourvoira à ce qui con-
APPENDICE. 485
vient, non à Pise, mais suo loco, qu'on envoie des ambassadeurs
à Lucques pour dire à ce sujet tout ce qu'on pourra dire, et
qu'on donne à Gênes le château de Castro, s'il n'y a pas d'autre
moyen de faire l'accord.
(Ibid., p. 92.)
ts MAI tass
Gontei] des capUudini des doute arts mtgeurs et d'autres sages
detant le capitaine et l'assesseur du potestat.
Le capitaine propose de faire une provision sur les accords
pris avec le comte Ugolino par les ambassadeurs qui lui ont été
envoyés et sur toutes les pratiques avec Gènes touchant l'accord
à faire entre Gênes et Pise.
Simone Donali veut que le potestat, le capitaine et les prieurs
avec des sages avisent et en réfèrent au conseil.
LoUo des Agli, d'accord avec d'aulres, propose que les provi-
sions à faire soient ou ne soient pas rapportées devant les con-
seils, à la volonté des magistrats.
Ces deux propositions sont adoptées.
[Jbid,, p. 92.)
i« MAI tass
Lq capitaine de l'année et d'autres sages élus par les prieurs, devant ces mêmes
prieurs, le capitaine et le polestat.
On lit les articles et règlements relatifs à l'armée à faire contre
les Pisans.
On fait mention des pratiques tenues pour rétablir la con-
corde.
Teghia Tedaldi dit que s'il faut faire l'armée, il faut y envoyer
des cavaliers stipendiés par la commune avec d'autres, jusqu'à
concurrence de 500, compris ceux qu'on possède dès mainte-
nant, et des fantassins de la ville et du contado au nombre
de 6000.
486 APPKNDICE.
Bindo del Baschiera veut qu'on fasse vite et que les sages qui
auront été consultés par les magistrats soient capitanei exer^
citas,
Gherardo des Buondelmonti propose d'inviter les villes amies
de Toscane à envoyer leur contingent. Quand on le connaîtra, les
sages fixeront celni do Florence.
Rosso de la Tosa veut que les 6000 jWoni soient par moitié de la
ville, par moitié du contado, que les capit lines élisent des giiasta-
tores, qu'il y ait 500 milites^ dont 200 boni et ydonei, que les ca-
pitaines et autres bitonuomini élisent les fantassins et les cavaliers
de la ville, que le potentat ou le capitaine aille h r«irmée, et
qu'on se procun^ de l'argent en imposant ceux qui n'y vont pas.
Manetti Tiniosi demande une armée générale, mais il veut
que le potestat et le capitaine Aa6eanf les capitaines de l'armée,
ou que le lendemain, summo mane^ tous les sages ensemble dé-
libèrent et décident.
On vote conformément à Tavis de Manetti.
{Ibid,, p. 93.)
■ • MAI taSB
Conseil des capitudini des douze arts majeurs et autres sages.
On discute pour savoir si trois sesti de Florence doivent ail r
15 jours à l'armée contre Pise, pour être remplacés par les trois
autres pendant ib autres jours, en laissant dans la ville ceux
qui seront préposés à sa garde 1 1 auront à payer une certaine
somme à la commune.
Ou bien s'il y a lieu d'approuver la proposition suivante du
capitaine de l'armée assis! é d'autres sages : que le quart de la
ville et du contado aille à l'arméo cum certa solutione, d que les
trois autres parties payent la somme qui sera fixée.
Simone de Salto, juge, veut envoyer deux sesti à la fois pour
iO jours.
Gianni Buonaguida ajoute qu'il ftiut que U potestat, le capi-
taine et les prieurs pourvoient à ce que deux sesti formept
500 milites ou salariés; en outre, qu'on obtienne de Sienne,
Prato,Pisloia et autres villes de la ligue, d'aller à l'armée ex for-
tio, sicut conveniens fuerit.
APPENDICE. 487
Ugo Altoviti veut qu'on diminue du tiers la paye des militei,
et du quart celle des pedoni, et qu'on allège le poids des impôts
à ceux qui relateront char«:és de garder la ville.
Segua Orlandini demand'^ (jue tous ceux qui ont des chevaux
aillent A rarniêc sans rémunération ; que trois sesti on fassent
partie pour 15 jours, sans qu'aucun de leurs habitants reste à la
garde de la ville ; que tous les nobles possédant des chevaux
partent avec leur sesto.
Uberlo des Pulri veut que l*iniposi' ion proposée par le capi-
taine de l'armée soit diminuée de ÎO livres.
Mico del Velluto veut qu'on fasse une armée générale pour la
ville et qu'une moitié du contado y soil compri>e; que les autres
restent pour garder Florence, et que dans les f-imilles où il y a
deux frères, l'un des deux parte seul; do môme pour les autres
degrés de parenté.
Borgo V( ut que la discussion soit reprise le lendemain de grand
matin (reducantur summo mane)^ par le même conseil, avec ad-
jonction de 12 autres sages.
(Consulte, i, I, p. iOO, iOi.) — La lettre du cahier manque;
mais, à en juger par la pagination, c'est le même qne le
prêchent.
• 8 MAI taSB
Même conseil. — Suile de la discussion.
Teri Barbassori propose que personne ne reste à la garde de
la ville, et que si les trois sesti désijrnés ne fournissent pas
500 milites, on en envoie des autres sesti, en leur payant un
salaire à fixer par le capitaine, per libram, non per imposiUtm.
Glierardo des Buondelmontî veut que 500 milites aillent à
l'armée sans salaire, que toute la ville et le contado partent éga-
lement, sauf ceux que le potestat, le capitaine et les prieurs Ré-
signeront pouf rester à la garde de la ville.
Uberto des Pulci veut qne le poteslat, le capilaine çl les
pfieurs s'adjoignent 0 sages {sapientes juris) , ef 12 aijtrçs dorjl G
soient marchands et artisans, pour toul régler.
On décide quç les prJQurs éliront 24 sage^, parmi lesqpgl? de
4RS APPE^nlCK.
sages manhaiids, arlisans et aulrps boni homines, qui délibére-
ront avec eui, le poletlal et le capilaine super fado ej:ercitus,
après avoir vu ce qui a élé arrêté in terra Sarrazam, sous réserve
de ne pifudre, quant aux dépenses, aucune provision conirairc
aux elaiuls.
[ContulU. tUd, p 100-101.)
Caïueil de lingt-troU spgts asipmblfs en prfKiice dci prieurs.
On délibéi-e super facto ererciltit xecuntliim ea qvod remissa
fiierunl in ipsog per nliuil majus consiliiim.
Talano de la Tosa propose qu'on fasse le recensement des
ri::lies Florentins r|ui peuvent enlr^lenir d^s chevaux, île ma-
nière qu'il y ait à I iirmé ■ jusqu'à 1000 cavaliers ; qu'en général
la ville et le contaiio aillent à l'armée, mais qu'à la gai do de la
ville reste une grande qiianliié de boni homines, de qui l'on
eiigera beaucoup d'argeni, afin qu'ils ainii-nl mieux partir
pour l'année que de rei^liT, et que cet argent serve ;'i paver
Pepo des Itindi veut qu'on envoie SOO bons cavaliers, mais
que tes deux tiers de la ville et du contado resleot à la ga<de do
Florence et payent d'^ grosses sommes pour la solde de l'armée.
Bcrto des Froscobaldi veut qu'on sVn remette aux prieurs,
mai5 que, s'ils déci'lent du former rarinêe, tous les cavaliers di
corredo en fassent partie, sauf les infirmes et les septuagé-
naires.
La plupart s'accordent à demander que l'année, si on la fait,
soit générale, et que ceux qui resteront à la garde de la ville
soient répartis entre les divers quarlicrs, pourvu que ceux qui
partiront soient plus nombreux que ceux qui resteront.
Sur la proposition d'iberlino de lo SIrozza, on renvoie an len-
demain.
Talano de la Tosa propose pour capitaine de la taglia : 1° Guide
Cornes Salvalicits ; 2° Cornes Merander; 5" Malpigli de San Mi-
niato. Il demande qu'on mette une imposition sur ceux qui reste-
APPENDICE. 489
ront dans la ville, et que, si elle ne suffit pas, on frappe un em-
prunt forcé.
Dono Rocchi veut qu'il y ail 500 cavaliers, payés à raison de
20 sous s*ils ont 5 chevaux, de 14 s'ils en ont 2, de 8 s'ils n'en
ont qu'un, et que l'armée forme au moins 15 000 hommes payés
au moyen d*une taxe (libra) à imposer au contado.
(Consulte, ibid , p. i0i-i02.)
• t MAI taSB
Conseil des cent.
Les mêmes opinions se reproduisent. Nous ne citons ici que
celles qui apportent quelque chose de nouveau.
Bandino des Falconieri veut que, outre la libray on impose
ceux qui iront à l'armée de 20 sous pour 100, ceux qui resteront
de 40.
Simone Aiigolotti veut quod exercitus non fiat^ multis rationibus
et causis,
Lapo Guglielmi veut qu'avant de rien résoudre, on entende les
marchands de Calimala et autres habentes facere, qui mettront
leur sentiment par écrit.
Bonaccorso Yillanuzzi veut que l'armée générale se fasse sans
rémunération ; que pour les dépenses on impose la libra, et
qu'on envoie de suite à Gênes, afin d'obtenir un sursis pour le
départ de l'armée.
On décide qu'il sera fait une armée générale, qu'une garde
suffisante restera en ville, selon ce qu'avaient proposé les vingt-
quatre, que Cf ux qui partiront ne seront pas rémunérés, que ceux
qui ne partiront pas payeront un impôt à fixer par les prieurs.
[Consulte, ibid., p. 102-105.)
Conseil général du capitaine.
Ugo Altoviti repousse tout salaire.
Rosso del Fornario propose que ceux qui vont à l'armée soient
490 APPENDICE.
payôs par leurs voisins qui restent; quo ceux de la ville reçoivent
6 sous, ceux du conlado 5.
Lapo del Pralese veut que lous ceux qui ont des chevaux
partent et que les prieurs fixent leur salaire.
Simone del Salto ;.ppuie le préopiiiant sur le premier point,
et le combat sur le secoiid.
Mano Jacobi demande qu'il ne reste en ville aucun cavalier di
corredoy ni fils de cavalier, et que ceux qui restent payent en
proportion de leiirs impôts.
Guallerio de Ganghereto n^clam»; la convocation de l'assem-
blée à parlement.
Corso Deodati veut qu'on s'en remette au pot^^stal, au capi-
taine du peuple ol aux capitaines de guerre, assistés de 6 snges
par sesto^ mais de ctux qui n'ont pas figuré dans les conseils
du capitaine et des vingt-quatre.
La décision est conforme à celle du conseil des cent.
(Conaulle, ibid., p. 10^.]
■ JUIN tass
Conseil général du potestat.'
Neri de Hostignani s'en tient à ce qui a été décidé, sauf
qu'il veut 200 cavaliers mercenaires ou autn^s, avpc chevaux
l^ardés de fer, recevant chacun p^ur ses chevaux i florin d'or.
Arrigo del Boccacio demande rajoiirnement. On se rend à son
avis.
{ConsulUf ibid., p. 107.)
4 JUJiyt I C8S
M^me conseil.
Plusieui*s soutiennent la décision prise.
D'autres préfèrent s'en remettre aux magistrats.
Gherardi veut qu'on fasse une levée de 800 chevaux.
Lambertuccio des Frescobaldi est d'avis q|f'pp sonnç la cloche
comme à l'ordinaire ppur l'araiée.
APPENDICE. 491
L'assemblée s'en remet au potestat, au capitaine du peuple,
aux prieurs ot autres sagos.
{Ihid.)
Ces magistrats et sn^cs se réunissent.
Neri Bordolli propose de sVn tenir .1 ce qui a été décidé et de
fixer à 2'25 les cavaliers stipendias.
Simone Donali veut que tout soit définitivement fixé par 12
ou 24 sag'S réunis devant U potestat.
Celte proposition est adoptée.
s auiN lasB
Conseil de vingt-quatre sages en présence du potestat. [On ne lit
dans le document que les noms de 23 sages.)
Neri dos Pigli veut qu'on montre aux sages les lettres du pape,
pour savoir si elles sont un juste motif de différer l'armée.
Dans le cas contraire, il demande qu'elle se melte en marche,
que le potestat avec sa famiglia et le capitaine de l'armée avec
tous ceux qui portent les ( nsoignes de la commune se rendent
sur la terre d'Empoli, et qu'on en donne avis au légat aposto-
lique, pour qu'il s'y rendo de son côté. (Ici une lacime.)
lîgo Alloviti veut qu'on envoie 4 officiers, 2 laïques et 2 no-
taires vers I^érouse pour enrôl<'r jusqu'à 2^0 mercenaires, et
qu'on enrôle aussi d(^s balestrieri, des architectes, des sapeurs
et des mineurs; qu'on envoie des hommes sages h Pise, pour
recherchir ce que veulent faire avec la cppimune He Florence
le comte Ugo(liuo) et la commune de Pise, et que le potestat
avec les enseignes ne sorte pas de la ville.
Tommaso Spigliati veut s'en tenir à ce qui a été décidé, sauf A
examiner les lettres du pape.
492 APPENDICE.
Buondelmonie des Buondelmonti veut que selou la teneur
desdites lettres on fasse ou ne fasse pas Tarmée.
Cipriano des Tornaquinci appuie le préopinant.
Giovanni del Brodaio veut qu'on élise des officiers pour le
fait de l'armée.
On décide d'élire des sages pour examiner les lettres du
pape, et, si elles conseillent de renoncer à Tarméc, d*y surseoir,
mais tout en continuant à faire les préparatifs nécessaires.
(CoMuUe, ibid., p. 107-108.)
« JUIN lacis
Devant le potestat, le capifaine du peuple et les prieurs se
réunissent les capitaines de Tarraée, les capitudini des sept arts
majeurs et les 24 sages convoqués précédemment.
Le conseil du capitaine a délibéré qu'on fît une armée géné-
rale contre les Pisans, conformément aux stipulations de la
ligue ; que ceux qui iraient ne reçussent aucune paye de la
commune ; que dans la ville et le contado restât une garde suf-
fisante ; que les prieurs la désignassent conjointement avec les
sages qu'il leur plairait ; que ceux qui resteraient payassent
pour ladite garde une certaine somme à exijrer per lihram.
Cette délibération fut portée au conseil général du potestat
ou de la commune, lequel s'en remit pour tout au potestat, au
capitaine, aux prieurs et aux sages qu'ils désigneraient.
En conséquence de quoi, le mardi précédent, les susdits ma-
gistrats se réunirent avec vingt-quatre sages et résolurent que
les lettres récemment envoyées par le pape au sujet de ladite
armée, l'admonition y relative faite par D. Jacopo, évêque de
Ferentino, au nom du pape, seraient examinées par les sages
en droit civil et canonique, en aussi grand nombre qu'ils se-
raient élus par les prieurs; et que si lesdits sages étaient d'avis
que la commune pût légitimement et juridiquement s'excuser
de faire ladite armée, on temporisât, en faisant toujours les pré-
paratifs.
Les sages en droit furent élus par les prieurs, et donnèrent
à ce sujet divers conseils qui furent lus et écrits par Ser Bo-
naiuto.
APPENDICE. 493
Enfin vinrent à Florence des ambassadeurs de Gônes, pour
déclarer que la commune devait, selon le traité, faire une armée
générale, et ils rédigèrent un acte en conséquence.
Après cette exposition des faits antérieurs, la discussion
s'engage.
Sur Tavis d*Ugo Altovili, l'assemblée décide d'attendre avant
de prendre une résolution, le retour des ambassadeurs envoyés
à Gènes, la venue d une autre ambassade de Gènes ou d'ail-
leurs, ou tout au moins deux ou trois jours.
{Consulte, t. I, quad. G, p. 103.)
ta jui:i lass
Conseil des capitudini des douze arts majeurs et d'autres sages en présence
du potestat, du cai>itaine et des prieurs en leur maison.
Dans les lettres du pape il était dit que la commune devrait
lui envoyer des ambassadeurs, syndics et procurateurs, avec
pleins pouvoirs pour traiter de la paix entre Florence et Pise,
et pour promettre et accepter tout ce que le pape jugerait à
propos d'ordonner à ce sujet, et qu'en attendanf, par respect
pour le siège apostolique, on devrait s'abstenir de toute attaque
contre les Pisans et leur territoire. — Rêver endus vir D. Jacobus
episcopus Ferentinus^ légat et nonce du pape, a averti pro prima^
secunda et tertia peremptoria monitioney le potestat, le conseil et
la conmmne de Florence de comparaître ad primam diem non
feriatam, après la fête de saint Jean-Baptiste, devant le pape, par
l'intermédiaire d'ambassadeurs et de syndics.
Le potestat propose de prendre une provision à ce sujet.
Sur l'avis de Stoldi Jacopi on délibère d'envoyer au pape non
pas les syndics, mais un sage, pour excuser la commune de n'a-
voir pas envoyé les syndics. Des sages pourvoiront à ce que
ledit ambassadeur devra dire pour excuser la commune.
[Consulte, t. I, cpiad. G, p. i03, 10'».)
494 APPENDICE.
t« siiËM f ass
Conseil des capiiudini des douze arls majeurs et d*uu graud nombre d' Autres
sages ca préscace du poteslal, du capilaine et des prieurs dans leui* maisou.
Lecture est donnée des leltros des ambassadeurs de Florence
à Gônes, et de celles de marchands (lorentins ({ui demeurent
dans cette ville. On rappt'lle la dernière provision des sa*jes sur
l*armée, et le potestat ouvre la délibération.
Talano délia Tosa propose d'attendre, pour tenir conseil, le
retour des ambassadeurs qui sont à Gènes, et la réponse que
fera Lucques aux offres de Florence portées par des mar-
chands.
Ciango de Giandonati veut qu'on s'en remette au potestat,
au capilaine, aux prieurs et à deux sages par sesto^ qu'ils
éliront.
Ghierico des Pazzi veut que si les Génois peuvent faire avec
Lucques ce que demandaient l('s marchands, on se borne là.
Giovaimi del Brodaio veut que le potestat, le capilaine et les
prieurs fassent en sorte d'avoir les cavaliers et les fantassins
offerts à la commune do Lucques par les ambassadeurs de Gè-
nes; et si Luc(iues n'acceptait pas, qu'on fasse l'armée le mieux
qu'on pourra.
Stoldo Jacopi demande qu'on réunisse deux sages par sesto,
dont six marchands et deux sapientes juris, alin de prendre la
provision qu'ils jugeront convenable, et que leur provision soit
portée à un conseil semblable ou plus grand, afin que lesdites
choses se fassent sans retard.
Uberto des Pulci veut qu'on s'occupe d'avoir l'argent néces-
saire à la solde des cavaliers.
Tieri Burbassi demande le renvoi au lundi suivant, et qu'à
partir de ce jour on puisse faire tous rapports et propositions au
conseil spécial du capilaine et des capiUulini des douze arts
majeurs, et de deux sages par art à désigner par les consuls de
ces mèmt'S ai Is.
Lapo Ugoni veut qu'on envoie deux ambassadeurs et plus, à
la volonté des consuls de Galimala,pour aller à Lucques donner
APPENDICE. 495
leur salaire à trois cent quarante-quatre cavaliers (et cinq cents
fantassins, mais prudemment, caute, et de manière que Florence
reste excusée auprès de Gènes.
Forese Buonaccorso recommande i'avis de Ciango de Gian-
donati, en ajoutant que mittant pro responsione habenda de pre-
dictis.
On décide que si Ton peut faire avec Lueques comme on est
convenu avec les ambassadeui*s de Gènes, qu'on le fasse, à sa-
voir, donner à Tune ou à l'autre de ces républiques l'argent né-
cessaire pour trois cent quarante-quatre cavaliers incirca, ou cinq
cents cavaliers parmi lesquels il y ait des mercenaires et cinq
cents fantassins.
(ContnUe, t. I, quad. E, p. 104 v«.)
ICI JUIN tasB
Conseil (le quelques sages, appelés à dolihcrer devant le poteslat, le capitaine et
les prieurs, sur une pétition des marchands, qui demandent qu'on décide tou-
cliant le fait de Tannée, selon la teneur des ietiu-s envoyées par les ambassa-
deurs de la commune de Gènes à I ucques, et touclinnl l'îiml)a>sade lîe Ser
Arriglii Gratic, portant la réponse de celte cuuiniuue à la demande qui lui a
été lailc pai la commune de Florence de proroger rarmée, à l'occasion des
lettres envoyées par le siège apostolique.
Manetti Tiniozi veut laisser la décision aux capitudini des sept
arts majeurs, avec le potestat, le capitaine, les prieurs, et des
sages de leur choix.
Manetti Henincasa propose que le capitaine avise, en tout c ts,
à ce qu'on ne fasse point l'armée, cum fieri non possit aliquo
modo.
Divers demandent que l'armée se fasse selon la volonté des
ambassadeurs génois, en ayant de Lueques le plus grand n inbre
de soldés qu*il sera possible, et on en demandant aussi aux
autres villes de la ligue; mais qu'on envoie des ambassadeurs à
Gènes, pour obtenir la prolongation du terme fixé.
Gherardo des Buondelmonti veut qu'on décide avant tout s'il
faut ou non tenir compte des lettres du pape. Si oui, il ne faut
plus tenir de conseils sur cette affaire; si non, il faut faire l'ar-
mée générale de la ville et du contado.
496 APPENDICE.
Oddo Altoviti demande une autre réunion de ce même
conseil pour le mercredi suivant, en y adjoignant, si l'on veut,
d'autres sages.
Pela Gualducci appuie la motion.
Uberlino de lo Sirozza pareillement, sauf qu*il veut que les
capitudini dos sept arts majeurs prennent l'initiative des choses
à proposer audit conseil, auquel on lira les lettres du pape.
Micco del Velluto \eui qiiod predicta reducantur ad niagnos et
nobUes et fjotentes civitatis Florentie, ita quod provideant super
indempnitate mercatorum.
On ne prend point de résolution.
{Consulte, l. I, p. 111 y, 112.;
CO JUIN ••8S
Conseil spécial du capitaine avec les capitudini et d'autres sage$
dans San Picr Schcr.iggio.
Lottcringo de Montesperloli veut qu'on s'en remette au potes-
tat, au capitaine et aux prieurs, avec ou sans adjonction de
sages, dummodo serviciûm fiai magnum et/ionorabiliter,
Donato Camaiano propose qu'on fasse, non une armée géné-
rale, mais des envois particuliers de cavaliers et de pedoni, de
manière que la commune de Florence demeure dans Tamour de
celle de Gùnes.
Boleynino, cordonnier, veut s'en remettre au potcslat, au ca-
pitaine et aux prieurs, avec trois ou quatre sages par sesto.
Milliazo, peaussier, veut que Texpédition à Porto Pisano se
fasse de manière à contenter les Génois.
Segna Orlandini veut qu'on envoie 500 cavaliers et 500 fan-
tassins avec les Lucquois et les autres, laissant au po-
testat, au capitaine, aux prieurs le soin de déterminer l'endroit
où on les enverra.
Giovanni Angiolini conscillo, ut pericula evitentur^ qu'on
arrête maintenant de faire l'armée, et s'il plaît aux Génois d'agir
contre Porto Pisano, de faire en sorte de les satisfaire avec le
plus grand nombre d'hommes qu'il sera possible.
Bucco Sabini demande qu'on marche, non co.itre Porto Pisano,
mais contre le contado de Pise.
APPENDICE. 497
Plusieurs insistent pour qu*on donne satisfaction à Gènes en
marcliant contre Porto Pisano.
Uberto des Pulci veut que l'expédition se compose de 400 ca-
valiers de la commune, des cavaliers de la taUia et de 2000 pe-
doniy avec ceux qu'offrira Lucques et qu'on demandera aux
autres villes de la ligue.
Neri Burbassi est d'avis qu'on diffère, à la volonté des prieurs.
Giovanni del Brodaio, qu'on envoie à Lurques pour y obtenir
la venue des 100 milites que cette ville a promis, et qu'on
publie une proclamation quod volantes ire faciant se scribi.
Ser Rainuccio de la Paniera veut que le potentat, le capitaine,
les prieurs avec douze sages, parmi lesquels des magnats el des
artisans, avisent au bon état de la ville et des marchands.
On décide qu'il y a lieu de confier aux sages un nouvel exa-
men de la question, pour agir conformément à l'avis de Ser
Itainuccio.
[Consulte, t. ],p. 112.)
HÉCaUB JOtJK
Réunion de ce conseil des sages devant le potestat, le capitaine et les prieurs.
Alberto Baldoni propose de mander aux ambassadeurs de
pourvoir aux soldés de Lucques et de fixer le terme ; de décider
de marcher contre Porto Pisano avec le moindre nombre d'hom-
mes qu'il sera possible, cum salvamento et securitate euntium;
de publier une proclamation pour que les gens de bonne
volonté se fassent inscrire à la solde de la commune; de se
procurer sans retard l'argent nécessaire par le moyen d'une
libra ou taxe à restituer sur le premier impôt.
Talano de la Tosa conseille que le potestat, le capitaine et les
prieurs élisent douze personnes afin de pourvoir à cette affaiie.
Uberlo des Pulci reproduit son avis de la réunion précédente.
Simone de Salto conseille qu'on donne aux marchands vingt
mille livres à dépenser pour le salaire de ceux qui iront à
l'armée, sans contraindre personne; et si l'on ne peut ainsi
faire l'armée, qu'on convoque l'assemblée à parlement dans le
délai de 15 jours.
HI8T. DE FLOREHCE. — II. 32
498 APPENDICE.
.Arrigo Paradisi et Stoido Jacopi opinent pour l'expédition à
Porto Pisano.
Gueifo des Cavalcanti de môme. Il demande 300 cavaliers,
chacun desquels ait un compagnon et 60 sous de salaire
par jour pour lui et son compagnon.
On décide selon l'avis de Talano de la Tosa.
(CoruuUê, t. I, p. lis ▼•, 113.)
■ t JUIN taas
Conseil de douxe sages, de? ant le potestat, le capitaine et les prieun.
Pela Gualducci demande l'armée contre Porto Pisano» 200 ca-
valiers, chacun avec un compagnon, et 2000 pedonL 11 pro-
pose t)0 sous de salaire pour le cavalier et son compagnon, 4 sous
pour le pedone.
Simone Donati veut renvoyer la délibération au lendemain.
Rogerio des Tomaquinci demande qu'on ne fasse pas l'armée
et qu'on envoie des ambassadeurs au pape pour qu'il le défende,
de manière que les Génois ne fassent pas de procès contre la
commune de Florence.
L'avis de Simone Donati est adopté.
(CoruuUe, 1. 1, p. 113.)
Même conseil.
On y décide secundum quod notatum est in cedula.
[Ibid.)
■s jpijiM f «as
Conseil spécial da capitaine avec les capUudinL
Conseil général du capitaine a?ec les eapiiudini.
La cédule est approuvée, sauf qu'on ne puisse contraindre
personne à aller à l'armée, excepté ceux qui sont désignés pour
défendre la ville.
APPENDICE. 499
CSes deux réunions sont peu nombreuses. Un seul niembre de
chacune est mentionné comme s*étant levé pour soutenir la
proposition, aucun pour la combattre.
[/6ûf.)
t«8ft
Conseils spécial et général du capitaine.
On propose dix mille livres pour la paye des stipendiés.
(CoMuUe, 1. 1, p. 115 ▼•.)
• jruiuLi
tSAB
Conseils de quelques sages derant le polestat, le capitaine et les prieurs
à la Badia.
On discute les voies et moyens.
Jacopo des Agolanti veut qu'on impose une certaine libra
sur Tancien esiimOf à raison de 15 ou 20 sous pour 100.
Hanetto Tiniozi demande que les prieurs élisent six marchands,
un par sesto, pour examiner ce (|ue la commune peut espérer
encore des condamnations ou taxes non payées et ce qui manque
d*argent, pour qu'on puisse en conséquence fixer un emprunt
ou impôt en quantité opportune, pourvu que les sommes ainsi
perçues n'aillent pas aux mains des camerlingues, mais soient
déposées pour le payement des stipendiés.
On voté conformément à cet avis.
{ConsuUe, t. I, p. 115 ▼•.)
ft JVËMjMMT tS8B
Conseil général du capilaine.
Le capitaine propose que, selon la provision des six sages élus
à cet elTet, on émette une libra à raison de 10 sous pour 100,
afin de donner aux stipendiés la paye de mai, juin, juillet, août,
500 APPENDICE.
et que Targent soit enfermé dans une cassette {gcripnio) de
la chambre, fermée par deux clefs conservées, Tune par le ca-
merlingue, l'autre par les prieurs, afin qu'on ne remploie à
autre chose.
On approuve après quelque discussion.
Conseil spécial du capitaine arec le:» capUudini.
'- L'assemblée est saisie de la question de onze mille livres (sic)
pour paye des stipendiés.
On approuve les résolutions prises.
[Consulte, t. l, p. 115 t*.)
!•' AOUT tses
Conseil de sages derant le capitaine, le potestat, les prieurs, k la Badia.
On présente la demande de Lucques à savoir que Florence lui
envoie un secours de milites pour l'expédition contre Fisc, et
qu'on défende à tout Florentin d'aller ou de rester à Pise,
pour éviter les scandales.
Sur la proposition de Fantoni des Rossi, on renvoie au lende-
main.
[Consulte, t. I, p. 119 t*.)
s Aoirr fl«8s
Conseil de sages devant le potestat, le capitaine et les prieurs.
Talano de la Tosa propose de s'en remettre, sur la demande
de Lucques, au potestat, au capitaine, aux prieurs et aux sages
qu'ils désigneront.
Teghia Tedaldi veut notifier à Lucques que Florence est
soumise à l'Église et au pape, que le pape lui a défendu de
APPENDICE. ^0i
procéder contre les Pisans et qu*elie doit obéir. Qu*on réponde
là-dessus cum abilioribus verbis que dici potuerint, à la pro-
vision du potestat, du capitaine et des prieurs.
Fantoni des Rossi veut qu'on dise aux ambassadeurs de Luc-
ques de retourner chez eux, que Florence délibère et qu*on
répondra par ambassadeurs.
Giovanni fiuonaguida appuie Talano de la Tosa.
Forese des Adimari veut qu'on réponde que, pour obéir aux
commandements du pape, on n*a pas fait Tarméc ; mais que si
Ton peut obtenir qu'il lève ses défenseurs, Florence est prête à
servir Lucques, non-seulement d'une petite, mais d'une grande
quantité d'hommes. Quant à défendre aux Florentins d*aller ou
de rester à Pise, c'est dans les attributions du potestat, du
capitaine et des prieurs.
Giovanni Angelini et Jacopo Giambertani appuient Forese.
Le conseil se range à l'avis de Talano.
{Consulte, t. I, p 120.)
MÈmK JOU»
Conseil de sages.
Oddone Altoviti reproduit et soutient l'avis de Forese des
Adimari, en protestant que la fraternité est si grande entre
Lncquos el Florence, que Florence voudrait pouvoir satisfaire à
la demande de Lucques.
L'assemblée approuve.
[Ibid.)
to Aoirr isoft
Conseil de sages devant le potestat, le capitaine et les prieurf,
dans la maison des prieurs.
On donne lecture des conditions offertes par le comte Ugonc
el la commune de Pise.
Attendu qu'il a déjà été décidé par les sages d'envoyer des
502 APPENDICE.
ambassadeurs au pape, pour qu'il annule les pactes avec Gènes;
que le juge d*Arborea avait mandé ses ambassadeurs à Gènes
pour conclure certains traités; que le cornes Fatius (Fazio) avait
été délivré de prison, et qu'il était nécessaire que les ambassa-
deurs de la ligue se réunissent, le potestat propose d*en déli-
bérer à nouveau.
Rogerio Tornaquinci appuie Tenvoi d'ambassadeurs au pape,
et la réunion des ambassadeurs de la ligue; mais auparavant
il désirerait une réunion plus nombreuse de sages et de ma-
gnats.
Forese Bonaccorsi parle dans le même sens.
Gante Bernardi veut qu'on s*en tienne à ce que décideront les
ambassadeurs de la ligue réunis.
Manetti Tiniozi veut bien envoyer des ambassadeurs au pape ;
mais il s'oppose au parlement des ambassadeurs de la ligue, à
moins que les autres communes de Toscane ne le réclament.
Teghia Buondelmonti appuie au contraire la convocation de
ce parlement, et demande que les résolutions en soient sou-
mises au potestat, au capitaine, aux prieurs et autres sages.
Neri des Bardi parle dans le même sens que Rogerio et Forese.
On décide l'envoi d'ambassadeurs au pape et le parlement
des ambassadeurs de la ligue.
Jbid.)
Conseil des sages devant le potestat, le capitaine et les prieurs.
Le parlement des ambassadeurs ayant eu lieu, ses résolutions
sont communiquées au conseil.
Albizzi Gorbinelli et Giovanni del Brodaio ne veulent pas que
les décisions de ces ambassadeurs engagent Florence avant d'avoir
été soumises aux conseils du capitaine.
Sous cette réserve qui est approuvée, on décide d'envoyer
de nouveaux ambassadeurs.
(Consulte, t. I, p. 125.)
La conclusion manque. Des documents sont é\idemment
perdus, non-seulement les derniers, mais beaucoup d'intermé-
APPENDICE. 505
diaires. Il est probable d*ailleui^ que si les conseils du capitaine
et ceux du potestat, même le conseil des Cent, disparaissent
si souvent devant les conseils des sages, c'est que dans ces
derniers surtout s'ouvraient les avis nouveaux, presque inva-
riablement adoptés, sans discussion, ou après une discussion
trè&<x)urto, dans les autres assemblées.
IV
DÉBATS DES CONSEILS SUR LES PRIVILÈGES DES CLERCS
L. Y, CH. II, P. 335.
• • AOI7T tS8B
Conseil de sages.
On fait une proposition sur le cas des clercs fictifs (fictitii} qui
commettent des méfaits et autres énormes crimes, et qu'on veut
défendre sous prétexte du privilège clérical.
D. Albizzi conseille qu'on réunisse des sages spécialement in
jure canonico, lesquels pourvoient à celte affaire, sine periculo
regimlnis et communis.
Johannes (probablement del Brodaio), que spécialement au
clerc qui est infortia potestatis, on écrive à l'évoque en lui signi-
fiant les crimes dudit, en le priant de le vonloir priver des
ordres, et qu'on prie les prélals et les clercs florentins de pour-
voir à ces choses.
Franciscus (sic) qu'on prie l'évoque comme est dit ci-dessus.
S'il le fait, c'est bien. Dans le cas contraire, qu'on traite ce clerc
comme s il était laïque, sans égard à aucun privilège.
Manectns (Manetlï) conseille que le potestat ail à cet égard
pleine liberté, qu'il fasse contre cos clercs ce que commande
son honneur et celui de la commune, en y pourvoyant au mieux
avec quelques sages.
D. Loctius (ser Lotto) conseille qu'on observe la teneur des
statuts.
APPENDICE. 505
On décide de remeltre les choses à un conseil de sages, spé-
cialemenl in jure canonico, et de procéder d'après leur volonté
sur le fait d'envoyer ou de ne pas envoyer les lettres (au pape).
(Consulte délia Repubblica, i. l, p. 125.)
•• AOUT tS8B
Conseil des capitudini des douze arU majeurs et d'autres sages derant le potestat
et le capitaine dans la maison des prieurs.
On dèWhère super facto clericorum fictitiorum. On lit les statuts
et la provision faite par d'autres sages à ce sujet.
Bardo Angiolieri conseille qu'on élise six juges, six notaires et
12 autres buoniunnini, pour faire de nouveaux statuts, inter-
préter ou casser les statuts actuels à leur volonté, et que ces
choses soient préparées par les conseils opportuns, pourvu qu'on
ne change pas les statuts faits contre la perversité des héré-
tiques.
Brunetto Latini veut que la réforme des statuts soit faite par
le potestat, le capitaine et les prieurs, d'accord avec l'évoque de
Fiesolc et le chnpitre de l'Église florentine, et si ceux-ci ne
veulent pas, qu'on élise des sages qui cassent tous les statuts
sur les clercs ou en fassent un nouveau qui établisse qu'à ceux
(|ui no payent pas les impôts et les taxes, la commune ne rende
pas raison, et (ju'on fasse en sorte d'avoir un syndic dans la curie
(romaine).
Johannes del Brodaio comme Bardo; il ajoute que tout statut
en faveur des clercs doit être cassé, et le capitaine, le po-
teslat, leurs /amt^/îe demeurer indemnes dans les exécutions.
Dino fiianni (Dino Gompagni) veut que le clerc qui est in fortva tU<c S
soit condamné, que le potestat, le capitaine et leurs famiglie U >iMT J^^iu.,
demeurent indemnes et tiennent là-dessus conseil avec les sages ; ^^-z^y ^"^ •
puis qu'ils présentent leurs délibérations à l'évéque et au cha- ;^*^ ^ta!^^
pitre de TÉglise majeure. S'ils s'y rangent, c'est bien; dans le (*^** fx^-^^.
cas contraire on prohibera quod aliquis non laboret suis terris
vel habite t in suis domibus.
On décide que le potestat, le capitaine, les prieurs avec vingt-
quatre sages, dont six juges et six notaires, y pourvoiront.
(/6/rf., p. 126.;
u^o j4Ja.*VM
5(m APPENDICE.
• • ACK7T t«8B
Conieil des vingt-quatre nges ci -dessus mentioimés.
Donato Âlberti conseille qu'on casse les statuts qui parlent
des clercs ; qu'aux clercs soit rendue justice par la commune et
ses officiers, dans la forme des sacrés canons, mais qu'on ne
leur applique pas les statuts qui parlent de la manière de faire
les procès ; que le potestat et le regimen procèdent contre les
clercs faux ou simulés comme contte les laïques, et qu'on en-
tende par faux et simulés ceux qui ne sont pas continuellement
dans les églises comme recteurs ou chanoines, qui portent des
armes et ne portent pas l'habit ecclésiastique; que les laïques ne
soient jamais grevés à cause des clercs ; que le potestat, le capi-
taine et les prieurs avisent contre ceux qui invoquent litteras
contre quelqu'un de la ville ou du district de Florence, afin
qu*elles soient annulées ; que si quelque laïque fait donation à
un prêtre ou à un chanoine, le domaine et la propriété de cette
chose acquiratur ecclesie; et si le clerc acquéreur n*apparticnt
à aucune Église, acquiratur episcopatui florentino; que la com-
mune fasse un bon et expert syndic qui demeure à la cour du
pape, pour répondre à ce qu'on pourrait dire contre la com-
mune.
- Bardo Angiolieri comme le précédent touchant les officiers
de la commune à conserver indemnes, et les statuts à casser qui
parlent de brachio seculari dando clericis et de decimis; qu'aux
frais de la commune et pour ses syndics on préserve Bonaccursi
de l'excommunication portée contre lui sur la proposition
de... ; qu'on rende justice aux clercs comme auparavant ; qu'on
casse les statuts qui parlent des clercs, et qu'on en fasse de
nouveaux.
Uberlino de lo Strozza, qu'on maintienne le statut du capitaine
qui parle de alienationibus non faciendis; qu'on ne fasse pas de
statut qui permette d'acquérir à l'Église et à l'évôché, et s'il se
faisait quelque aliénation, qu'on récupère les droits de la com-
mune; qu'on casse tous les statuts qui parlent de privilèges
pour les clercs; qu'aucun office de la commime n'observe le
APPENDICE. 507
droit des décimes, et qu'on ne leur accorde pas le bras sé-
culier.
Francesco Torselli ajoute que si quelqu'un encourt Texcom-
munication. Ton ne puisse le poursuivre ni au civil, ni au cri-
minel, et qu'aucun laïque ne puisse appeler en jugement un
autre laïque, sinon au for séculier, sous peine de 100 livres
d'amende ; que celui qui a déjà été pris soit condamné par le
potestat, et si celui-ci encourt quelque dommage, conservetur
par la commune.
Lapo Salterelli comme Donato Âlberti.
Ser Arrigo Gratie veut que six sages obtiennent balia de ré-
diger cette délibération, ajoutant ou diminuant à leur gré pour
l'honneur de l'Église romaine et de la commune.
Bonaccorso Lisei veut huit juges ou notaires qui soumettront
leur travail au potestat, au capitaine, aux prieurs et aux sages.
Il demande qu'on fasse un statut qui ordonne que si quelqu'un
est excommunié, la commune doive le libérer à ses frais, si elle
est injuste, qu'on envoie des ambassadeurs et des syndics au
pape, qu'on supprime les capUoli qui ordonnent que la com-
mune ne soit pas tenue des excommunications qu'encourraient
le potestat, le capitaine et leurs famiylie.
On décide selon Tavis d'Arrigo et de Bonaccorso.
[Ihid.. p. 426-127.)
tS8B
Les quatre conseils du capitaine et du potestat convoqués
tour à tour approuvent la résolution prise sur la cassation des
anciens statuts et sur la compilation des nouveaux sur les
clercs. Il n'y a pas trace d'opposition dans les conseils du capi-
taine, mais dans ceux du potestat. Talano délia Tosa propose
de ne pas procéder.
Francesco Toselli veut qu'aucun laïque ne puisse appeler en
jugement un autre laïque sinon devant un juge séculier, et que
si quelqu'un a contracté des dettes envers une personne qui
ensuite se fasse clerc, il doive nonobstant être appelé devant
un juge séculier pour dettes contractées avant la prise d'habit.
Ciolo des Abati demande qu'on ne fasse rien de la propo-
508 APPENDICE.
sition, mais que sur ces choses délibèrent le potestat, le capi-
taine et les prieurs avec le chapitre de rËglise florentine et
révoque de Fiesole, et que, quant au statut du potestat conte-
nant que les excommuniés doivent se libérer à leurs frais, on
pourvoie à ce que la commune en demeure indemne. (Les prê-
tres excommuniaient pour dettes. La commune rachetait les
condamnés, ou ils se rachetaient eux-mêmes à leurs frais.)
On approuve la proposition.
[Ibid., p. 128.)
!• mmrrKmmmK tses
Conieii de sages, chevaliers, marchands, notaires, artisans dans la maison
des prieurs, en présence du potestat, du capitaine et des prieurs.
Le potestat propose de prendre des résolutions touchant le
procès que les clercs entendent faire au potestat, au capitaine,
aux prieurs et à la commune de Florence, pour la sentence ren-
due par eux contre Icsdits clercs.
Bonaccorso Bellincioni conseille que le potestat, le capitaine
et les prieurs, avec deux sages par sesto, dont des juges, déli-
bèrent à ce sujet, et envoient à la cour du pape ou autrement,
pour que les choses faites par la commune aient leur plein
effet, et que les sages ne s'éloignent pas de la chapelle de la
maison des prieurs avant d*y avoir pleinement pourvu.
Rainerio del Sasso demande qu'on envoie auprès des plus
grands clercs, et qu*on se consulte avec eux au sujet desdits or-
dinamenta, pourvu que les ordinamenta en faveur de la com-
mune restent intacts.
Dino Compagni veut que si dans les trois jours les clercs ne
renoncent pas à ce procès, on publie par la ville défense à cha-
cun de rester dans leurs maisons ou de labourer leurs terres,
qu*ils soient privés de la protection de la commune et puissent
être offensés par tout le monde.
Albizzo Corbinelii conseille qu'on élise douze sages inter quos
sint très sapientes et alii sint làici boni et sapientes et discreti, qui
pourvoient auxdites choses pour Thonneur et utilité de la com-
mune, sans qu'on tieime d'autres conseils à ce sujet.
APPENDICE. 500
Gianni Bucclli veut qu*on fasse feir\emeni in ecclesiaSancte Li-
bérale (Rcparate) comunis, summo mane^ auquel chacun pourra
venir, et qu*on notifie lesdits ordinamentu, ledit procès, qu*on
fasse à ce sujet une proposition générale et qu'on procède selon
la volonté de ce parlement.
Aldobrandino Megliorelii demande que le lendemain, de bon
matin, se réunissent six sages en droit civil et canonique, six
chevaliers et autres six buonitominiy et qu*après leur avoir exposé
les choses faites par les clercr., on procède selon leur volonté ;
qu'on soumette ensuite les mêmes faits aux capitudini des arts
et aux conseils, et qu'on s'en tienne à leur délibération, en ayant
égard à ce qu'auront décidé les sages.
Giovanni del Brodaio demande que le lendemain on fasse un
parlement, et qu'on annonce qu'à cette occasion les boutiques
seront fermées.
On décide de tenir un parlement, mais sans fermer les bou-
tiques.
{Ibid., p. 150.)
tt SRPTBiaiKE tSSB
Conseils spécial et générai du capiUiine et du polestat, et parlement a Santa
Heparata, annoncé au son des cloches et par la Toix des crieurs.
Le potestat, en présence des autres magistrats, expose les
choses faites par la commune par rapport aux statuts sur les
clercs, et la sentence rendue par le chapitre et par les clercs
contre le potestat, le capitaine, les prieurs, les autres officiers
de la commune et la commune même. Il demande ce qu'il con-
vient de faire, non sans énoncer son propre avis.
Bonaccorso Bellincioni conseille de conserver les ordinamenta
adoptés; que si quelque officier ou autre personne encourt l'ex-
communication, la commune à ses frais l'en libère ; que si les
clercs ne renoncent pas au procès, ils soient privés de la pro-
tection de la commune, et qu'on fasse à ce sujet un autre parle-
ment; que le potestat, le capitaine et les prieurs aient pleine
liberté sur les susdites choses, et qu'ils appellent à eux des
510 APPENDICE.
sages pour en délibérer, à condition que les ordinamenta faits
soient maintenus.
Dino Compagni veut que si le procès n'est pas abandonné, on
publie par la ville que personne ne devra rester dans les mai-
sons de ces clercs, ni sur iéui*s terres, ni les travailler, et
qu'ils perdront tout droit à la protection, à la défense de la
commune.
Arrigo del Boccacio demande que tant que les clercs n'auront
pas renoncé au procès, aucun artisan ne leur doive prêter ses
services; que le potestat, le capitaine et les prieurs avisent sur
lesdites choses, et qu*on fasse un syndic pour conserver le po-
testat et les autres officiers et conseillers indemnes des excom-
munications qu'ils pourraient encourir pour les susdites causes.
Lapo Salterelli propose que le potestat, le capitaine et les
prieurs, avec des sages parmi lesquels trois chevaliers-juges,
trois marchands et trois artisans, délibèrent surs lesdites choses;
que la commune libère à ses frais les officiers qui encourent les
excommunications ; qu*on nonune un syndic à cet eflet ; que si
ces choses n*obtiennent pas plein effet, on convoque un autre
parlement
On approuve le conseil de Lapo.
(/6tt/., p. 430-131.)
tV ■■»«■■■■ !••■
On constitue des syndics pour le fait des clercs.
{Ibid., p. 131 ▼•.)
Conseil spécial du capitaine, ayec les eapUudmi et autres sages derant le potestat,
le capitaine et les prieurs, à la Badia, ad sonum campane et vocem preconu
et nurUiorum requUitionem.
On leur communique le traité d*accord préparé par les
clercs.
Plusieurs en conseillent Tacceptation.
APPENDICE. 511
Teghia Tedaldi veut qu'on maintienne les choses faites par la
commune, et qu*on n'innove rien tant que n'aura pas été révo-
quée la sentence d'excommunication et d'interdit lancée par les
clercs.
Giovanni del Brodaio propose que le potestat, le capitaine,
les prieurs, décident, mais avec l'assistance des capitudini des
arts.
Heno Jacobi est d'avis du rejet, qu'on ne fasse rien de hiis que
tracUUa sunt de concordia predicta.
Lapo Salterelli veut que lesdites choses se réduisent ad minus
consUium, c*est-à- dire qu'il plaira au potestat, au capitaine et
aux prieurs de convoquer, mais qu'on décide dés à présent que
les capitoli ne seront point suspendus, mais qu'on en commette
aux sages la décision.
On adopte l'avis de Lapo, en y ajoutant que les laïques de-
vront être relâchés.
{Ibid., p. 131 f , 132.)
Conseil des sapées deyant les {prieurs dans la maison de Ghani Forçai.
Nouvelle délibération, à l'occasion d'une certaine cédule.
(Ibid., p. 132 ▼•.)
sBpnDBBRB tas»
Conseil de sages dans la maison des prieurs, en [-présence des prievrs,
du capitaine et du juge assesseur du potestat.
On rapporte le traité avec les clercs, et le capitaine demande
conseil.
Arrigo Gratie propose de donner balia au potestat, au capi-
taine et aux prieurs.'
Andréa de Gerreto veut qu'on approuve le traité.
On se range à son avis.
(Ibid., p. 132 r.)
512 APPENDICE.
!•' cMnroBmB tses
Les prieurs, ic conseil spécial du capitaine, les capitudini des douie arts majeurs
et autres sages dans la maison des prieurs deyani le poteslat et D. Jacopo, juge
du capitaine.
Le poteslat demande si l'on veut en venir à la concorde avec
les clercs de la manière suivante : maintenir dans les statuts le
chapitre quod capitula que sunt contra ecclesiasticam libertatem
sint cassa^ et que tout d*abord les clercs révoquent la sentence
d*excommunication et d'interdit.
Rogerio des Tornaquinci approuve, à condition de laisser la
décision suprême aux magistrats.
Bardo Angiolieri, juge, conseille qu'on envoie au pape un
ambassadeur sacré, pour lui notifier toutes les choses faites
par les clercs contre Florence ; qu'on ne procède pas à cette
concorde, et que ledit chapitre ne reste pas dans les statuts.
Albizzo Gorbinelli appuie Rogerio, pourvu qu'auparavant l'ex-
communication et l'interdit soient \e\ès solempniter et de jure.
Bonaccurso Bellincioni veut que rien ne se fasse avant que
les clercs aient renoncé à tout procès, et que si le jour même
on ne prend pas une décision sur ces choses, on convoque
l'assemblée à parlement, en donnant ordre de fermer les bou-
tiques.
Talano de la Tosa veut donner balia aux magistrats et à une
vingtaine de sages, pour arriver à la concorde.
Jacopo de Ayraerii est d'avis que si la concorde peut se faire
selon le traité, elle se fasse; dans le cis contraire, qu'on s'en
tienne à ce qui a déjà été fait.
Dino Compagni demande qu'on élise deux clercs pour voir les
nouveaux statuts et les choses dont ils sont mécontents; qu'ils
se présentent (specificentur) dans un conseil de sages ; s'ils n'y
consentent pas, que ledit statut subsiste, à condition pourtant
qu'il ne préjudicie point aux statuts, aux mesures qu'on a prises
récemment.
Ghino Frescobaldi propose que si les clercs font ce qu'ils pro-
mettent quant au fait des faux clercs, on procède à faire la con-
corde.
APPENDICE. 515
Ubcrtino de lo Strozza veut que, rexcommunication étant d*a-
bcrd levée, on élise deux sages de chaque côté, qui donnent
leur avis sur la question de savoir si commune de jure et neces-
sUate tenetur ponere dictum statutum, et qu*on procède confor-
mément à leur avis.
Arrigo Gralie opine que ledit traité doit se faire, une fois l'ex-
communication levée,
Tieri Burbassi, qu'on maintienne les décisions prises, et que
s'il convient de les modifier, on convoque à ce sujet le par-
lement.
[Ibid., p. 133.)
• «MTVOBRB t
Conseils spécial et général du capitaine et capitudini.
Le capitaine propose que si quelqu'un allègue que le potes-
tat, le capitaine ou un autre officier de la commune est excom-
munié, on ne l'écoute pas.
Ser Guido de Lucto (Lotlo) approuve, syoutant que si l'oppo-
sant est soumis à la juridiction de la commune, il soit puni, et
que les prieurs y pourvoient à leur gré.
Lapo Saltcrelli conseille qu'on inflige aux opposants une amende
de cent livres ou plus, à la décision des prieurs.
Sa proposition est approuvée par assis et levé.
[Ibid., p. 133.)
s CKrrOBBIB tS8B
Conseil général du capitaine.
Le capitaine propose de ne pas rétablir la concorde avec les
clercs, si d'abord ils ne lèvent la sentence d'excommunication,
et qu'à ce sujet on fasse un slalut.
Tieri Burbassi conseille de rejeter la proposition.
Ser Iberlino et Cenni, de l'approuver.
Leur avis prévaut.
HIST. DE FLOREHGB. — H. 35
514 APPENDICE.
En tête de la provision de ce jour on trouve cette note :
Die tertio octokris provisum fuit per priores quoddam auctori-
tate consiliorum super facto clericorum et super exceptione ex-
oommunicatorum non admittenda.
{Ibid., p. 13i.)
m 19SK
Conseil général du potesUt.
Le potestatfait la même proposition.
Elle esl approuvée.
{Ibid., 134.)
la •GTOI
Conseils spécial et général du capitaine et eapitudini et autres sages
appelés par les prieurs.
Le capitaine propose que pour la concorde à faire avec les
clercs on procède selon la provision lue par le notaire.
Ser Berliiighiero Oradini conseille que ladite proposition reste
au bon plaisir du potestal, du capitaine, des prieurs et des
sages.
Neri del Sasso appuie la proposition du potestat.
Uosso Fornari veut qu*aucun axord ne se fasse avant d'avoir
supprimé les capitoli contraires à la liberté de l'Église.
Ser Ârrigo Gratie, que ledit accord soit fait par le capitaine, le
potestat, les prieurs et les sages; mais si on en peut faire un
meilleur, qu'on le fasse.
Bindo Neri Âmbrosii, que lesdites choses se fassent au gré du
potestat, du capitaine, des prieurs et des eapitudini des arts ma-
jeurs, qui devront se réunir le jour môme.
Oddo Altoviti appuie la proposition.
lacopo de Certaldo ne veut pas qu'aucun accord puisse dimi-
nuer la valeur des statuts nouvellement faits, ni qu'on puisse
supprimer aucun des autres statuts qui soit contre la liberté de
l'Église, sinon parla volonté du présent conseiL
APPENDICE. 515
Lapo Salterelli veut que dans les affaires civiles la curie sécu-
lière procède comme fait la curie ecclésiastique.
Lotto des Âgli demande que les présents prieurs, ou, si le temps
leur manque, les prieurs à venir, réunissent six sages in jure et
six laïques, et un pour chacun des sept arts majeurs, à élire par
les capiludini de ces arts, pour examiner si les capitoli nouvelle-
ment faits sont contraires à la liberté de TÉglise, en tout ou en
partie ; que leurs délibérations à ce sujet soient portées au con-
seil, et qu on procède selon la volonté de celui-ci.
 la pluralité de plus des quatre cinquièmes, on approuve Ta-
vis de Lotto.
[Ibid., p. 135.)
tV OCTOBMB 198K
Conseil de sages élus selon la riformagione du conseil du capitaine.
Le potestat, en présence du capitaine et des prieurs, demande
ce qu*il convient de faire touchant les statuts compilés par la
commune que les clercs disent être contraires à la liberté ecclé-
siastique, et comment, quand, avec quels clercs il faudra ouvrir
des colloques à ce sujet.
Brunetto de Brunelleschi conseille que lesdites choses soient
examinées par le potestat, le capitaine, les prieurs et six sages,
qui feront ensuite des propositions au conseil du capitaine.
Lapo Salterelli, que le potestat, le capitaine, les prieurs et les
sages présents, 'avec le proposto et le vicaire, ou avec le vicaire
seul, pourvu d'un plein mandat à lui donné par les clercs, exa-
minent lesdits capitoli; qu'ils voient ceux qui sont contre la
liberté de l'Église, et qu'on procède conformément à leur pro-
vision.
Bardo Angiolieri et Lotteringo Pegolotti appuient Lapo.
Francesco Toselli demande que les capitoli soient examinés
d'abord par les sages présents, et qu'ensuite on convoque les
clercs selon l'avis de Lapo.
{Ibid., p. 156.)
516 APPENDICE.
IMTVOBBB 1
Conêeils spécial et géaéral du ctptUine, capUudini des doute trU majeun,
autres sages précédemment élus pour le fait des clercs, et, en outre, dei sagef
élus selon la riformagiane d'un autre conseil.
Après qifona entendu Texposition^par BardoAngiolieri, des
choses arrêtées entre les sages et les clercs; après qu'on a lu le
statut, les monitions, les constitutions faites par le chapitre de
rÉglise floientine, le capitaine demande conseil.
Gatto Hranchi demande que l'accord se fasse comme il a été
dit, et qu'on voille à ce que les clercs, môme véritables, qui
commettraient quelque méfait, soient mis en prison.
Gherardo dos Visdomini, que l'accord se fasse comme il a été
proposé.
Ubertino de lo Strozza, que le pouvoir soit laissé au potestat,
au capitaine et aux autres sages de corriger, diminuer ou aug-
menter le statut qui traite de jure reddendo elericis, comme il
leur paraîtra convenable.
Corso Deodati veut qu'on agisse selon le traité, qu'il soit valable
pour un an et qu'on envoie vers les clercs.
Lapo Guglielmi comme Ubertino quant à la correction du sta-
tut, sous réserve, s'il y a lieu, d'en référer aux conseils oppor-
tuns.
Cet avis prévaut à la pluralité des six-septiémes et plus.
[Ibid,)
« KOVEaUBMB 1«8B
Conseil des sages devant le potestat, le capitaine et les prieurs,
dans la maison de eeux-ci.
Le conimencenient manque.
Bardo Angiolieri demande que le potestat, le capitaine et les
prieurs envoient à la curie Homainc des ambassadeurs , qu'ils
désigneront eux-mêmes au nombre qui leur paraîtra convenable^
et formelur ambaxiata predicta per sapientcs ; que lesdits ambas-
APPENDICE. 517
sadeurs puissent constituer un syndic et faire ce qui sera utile
touchant la sentence d'excommunication et les Ordinamenti.
Quant à faire un autre procès, que les pieuurs en décident.
Talano de la Tosa veut qu*on envoie de bons et sages ambas-
sadeurs, qu'on élise ensuite douze sages parmi lesquels il y en ait
de versés dans le droit, qui avisent aux moyens de laire un accord,
s*il est possible, sans aller plus loin.
Arrigo Paradisi conseille que, s'il y a lieu, on envoie à la curie
un notaire, ou un laïque avec un notaire, pour comparaître de-
vant le pape et demander qu'il soit pourvu à celte affaire, mais
que l'ambassade se fasse aux frais de l'Église.
Bonaccorso Lisei est d'avis qu'on on réfère aux conseils du
capitaine.
Rogerino des Pigli, qu'on n'envoie pas d'ambassadeur, qu'on
ne tienne pas conseil , mais qu'on élise six hommes, un par
sesto , deux desquels soient sages en droit , pour aviser à l'ac-
cord.
Le conseil de Bardo est approuvé presque à l'unanimité.
(Jbid., p. ir>9.)
TABLE DES MATIÈRES
LIVRE IV
CHAPITRE PREMIER
LB fiOUVEMMBUnSHiT DBS «IBBLINS
Guerre des gibelins de Florence contre Lacques et les guelfes réfugiés (1^1;. —
Négociation des guelfes avec Gonradin. — Atermoiements de la cour d'Alle-
magne. — Tentative des guelfes pour rentrer à Florence (2(i sepU'mbre 1262).
Occupation et abandon de Signa. — Campagne des gibelins dans le val d'Arno
inférieur (printemps de 1203). — Traité avec Lucques. — Kxpulsion des
guelfes. — Ils se retirent à Bologne. — Ils se font mercenaires à Modène et
à Rcggio (12t>i). — Ils se relèvent progressivement. — Manlred noue contre
eux des alliances. — Négociations du saint-siége pour lui susciter un rival. —
Charles d'Anjou. — Lenteur de la négociation. — Clément IV en haie la fin
(1205). — Ses emprunts aux banquiers toscans. — Année de Charles. — Ar-
rivée de Charles à Rome (mai 1205). » II jure le traité (29 mai). — Nou-
velles négociations financières. — Accueil fait à l'armée française en Italie. —
Sa marche vers Rome. — Elle est grossie des guelfes toscans. — Agitation et
combats en Toscane. — Manlred cherche un accommodement. — Bataille de Bé-
névent (26 février 1260). — Défaite et mort de Manfred. — Jugement des
Italiens à son égard. . . .- 1
5^0 TABLE DES MATIÈRES.
CHAPITRE II
EMM FmATI fiAUIMBlTl BT UB rmOTBCTOMAT
DE CHABUM D'ANilOU
EfleU de la bataille de Bénévenl en Italie. — Réconciliation de Florence avec
rtgUde. — Concessions de Guido Novello. — les fraii gaudenti. — Conseil
des trente-six buoni uomini. — Organisation qu'ils donnent aux art». — Pro-
grès de la démocratie. — Efforts de Clément IV pour chasser les Allemands.
— Emprunt refusé à Guido Novello. — Attaque des Ltmbcrti contre les trente-
six (il novembre 1266). — Résistance des marchands. — Échec et retraite de
Guido Novello. — Il tente de rentrer dans Florence (12 novembre). — Réor-
ganisation du gouvernement florentin. — Part qu'y prend Clément lY. — Effort
des Florentins pour conserver leur indépendance. — Domination passagère
des modérés. — Mariages mixtes. — Mécontentement des guelfes et du pape.
— Leurs tentatives pour dissoudre le ligue gibeline. — Entrée de Guy de
Montfort et des Français à Florence [12 avril 1267). — La seigneurie offerte à
Charles d'Anjou. — Réforme des institutions florentines. — Les douze buoni
lunnini. — Les divers conseils. — Les biens des gibelins confisqués. — Orga-
nisation de Ui parte guelfa. — Plaintes des gibelins : Fra Guittone d'A-
rezzo 55
CHAPITRE III
DBUXIÈMB COlJVBmniEMBlVT DBS fiUBLFK»
BT rBtfl KC ■ OMAT nWL CBADLBfl D'ARMOIJ
Les ennemis de Charles d'Anjou à Pise. — Ambassade des gibelins à Conradin.—
Charles d'Anjou en Toscane (mai 1267). — Charles y est nommé paciarius
(4 juin 1267). — 11 fait campagne contre les gibelins. — Révolution à Sienne.
— Siège et prise de Poggibonzi par les guelfes (mi-juillet-30 novembre). —
Campagne contre Pise (février 1268). — Prise de Motrone. — Chants guer-
riers des troubadours. — Don Enrique de Gistille, sénateur à Rome. — Con-
radin en Italie (octobre 1267). — Préparatifs et emprunts de Charles d'Anjou.
- • Son séjour à Viterbe (5-30 avril 1268). — Excommunication de Conradin
et de ses fauteurs (8 avril). — Conradin à Pise. — Alarmes des guelfes. —
Marche de Conradin à travers la Toscane. — Défaite des guelfes à Ponte a
Valle (24 juin). — Clément IV relève le courage des vaincus. — Conradin a
Rome (24 juillet-10 août). — Bataille de Tagliacozzo (22 août). — Captivit»'
et supplice de Conradin (29 octobre). — Iudé|)endance réelle de la Toscane
sous le protectorat de Charles d'Anjou. — Guerre contre Sienne. — Défaite
et mort de Provenzano Salvani (17 juin 1269). — Expédition contre Ostina
et Asciano (septembre). — Malheurs publics. — Exigences des Florentins. —
Charles d'Anjou conclut la paix avec Pise. — Son séjour en Barbarie (1270).
TABLE DES MATIÈRES. 521
— Guy de Montfort le remplace en Toscane. — Deslruction de Poggibonzi
(juin). — Paix ivec Sienne (4 août). — Ligue guelfe de Toscane. — Gibelins
suppliciés à Florence. — Guy de Montfort perd son autorité (1271). — Im-
puissance de Charles d'Anjou et du sainl-siége (1272). — Grégoire X i Flo-
rence (18 juin 1273). — Pacification entre les guelfes et les gibelins (li juil-
let^. — Perfidie des guelfes et départ des gibelins. — Colère et départ du
pape. — Discorde croissante dans l'Italie centrale. — Rodolphe de Habsbourg,
reconnu roi des Romains [1274K — Grégoire X de nouveau à Florence (18
décembre 1275). — Sa mort (10 janvier 1276). — Les Pisans vaincus par les
Florentins au fossé Rinonichi (juin 1276). — Paix entre Pise et la ligue
(13 juin). — Progrès des Florentins par l'impuissance de Charles et du saint-
siége 108
LIVRE Y
CHAPITRE PREMIER
COWIl'H/IlTi dAfINITI'VB de MJk mBPinBUQUB
Discordes croissantes entre les guelfes et les gibelins. — Le cardinal Latino,
légat et médiateur (8 octobre 1279). — Pouvoirs qui lui sont conférés. —
Paix entre les partis (18 janvier 1280). — Réforme du gouvernement. — Le
saint-siége protecteur. — Les quatorze. — Les mille de la milice civique. —
Révision des statuts. — Réforme semblable i Sienne, Volterre, Pistoia. — Dé-
part du cardinal Latino. — Impuissance du vicaire impérial. — Prospérité à
Florence. — Ses relations avec le saint-siége. — Martin IV, fauteur des guel-
fes (1281). — Reconstitution de la ligue toscane (8 février 1282). — Les
vêpres siciliennes. — Les Florentins en Sicile. — Leurs délibérations finan-
cières. — Nouvelles discordes. — Les gibelins proscrits. — Commission pour
réformer le gouvernement. — Les prieurs. — Le potestat, le capitaine, le pro-
consul. — Leurs attributions : le gouvernement, la justice, la police, l'armée.
— Les conseils : leur r61e dans l'État. — Magistrats subalternes. — Les am-
bassadeurs. — Caractère de cette Constitution. — Satisfaction des Florentins-
— Fêtes et réjouissances 189
CHAPITRE II
GVEMmBfl POUM L'HÊGÉMOniIB COIfniB ABEZKO BT PISB
BATAILLE DE CABIPALDL'VO
Politique commerciale de Florence. — Ses relations avec les villes voisines. —
Réforme du gouvernement i Sienne, Arczto, Pistoia. — Discordes à Pise après
522 TABLE DES MATIÈRES.
la bataille de la Meloria (i28M285). — Reconttitution de la ligue guelfe (13
oclobre 1284). — Le comle Ugolino : ses négociations avec les guelfes. — Hos-
tilités ouvertes contre Pise (10 novembre 1284). — Ugolino, seigneur à Pise
(janvier 1285). — Ses propositions à Florence et délibérations des conseils.
— Difficultés avec Lucques, et médiation d'Honorius lY. — Ugolino à Flo-
rence. — Traité conclu avec lui. — Sa tyrannie. — Hostilités provoquées par
révêque d'Arexzo (1285-1287). — Prinzivalle des Fieschi, délégué impérial
(1287). — Expédition des Florentins contre Arezzo (23 mai 1288). — Chute
d'Ugolino (juillet 1288). — Florence assiste Nino Visconti, son petit fils. —
Guido de Montefeltro, seigneur i Pise (1289). — Charles II d'Anjou à Flo-
rence (mai 1289). — Nouvelle campagne contre Arezzo (2 juin 1289). — For-
ces guelfes. — Elles campent dans la plaine de Campaldino. — Forces gibelines.
— Bataille de Campaldino (11 juin 1289). — Lente marche des vainqueurs
sur Arezzo. — Leur échec devant Arezzo. — Leur retour à Florence (23 juil-
let). — Résultats de la campagne. — Ezpédition au pays pisan (16 août). —
Nouvelle tentative contre Arezzo (novembre). — Tactique de Guido de Mnnte-
feltro. — Délibération des conseils florentins sur la guerre contre Pise. —
Prise de Porto Pisano (septembre 1290). — Campagne de 1291. — Prise de
Pontedera par Montefeltro. — Campagne de 1292. — Hégémonie de Flo-
rence en Toscane. — Sa prospérité 264
CHAPITRE 111
Puissance persistante des grands. — Leur alliance avec les popolani gnusi. —
Constitution des con$orterie. — Troubles qui en résultaient. — Efforts in-
fructueux pour y remédier. — Solidarité entre parents. — Abolition de la ser-
vitude. — Divisions dans les arts. — Perturbations du trafic. — Divisions
entre les grands guelfes. — Giano délia Bella. — Reforme votée par les con-
seils (18 janvier 1293). — Seigneurie réformatrice du 15 février 1293. — Le
gonfalonier de justice. — Adjonction de cinq arts aux sept arts migeurs. —
Rédaction des ordonnances de justice. — Adoption définitive des ordinamenta
justitiœ (12 août 1294). — Économie de ces ordonnances. — Partie politique :
élection des prieurs. — Leur prérogatives et attributions. — Élection du gon-
falonier. — Force armée à ses ordres. — Nouvelle organisation des arts. —
Leurs syndics. — Partie sociale : mesures contre les grands. — Cautions exi-
gées des familles nobles. — Pénalités édictées contre elles. — Dénonciations
et preuves i l'appui. — Expéditions du gonfalonier. — Droit permanent de
réviser les ordonnances. — Paix et alliance avec les villes toscanes (12 juillet
1294) 338
CHAPITHE IV
Les grands soulevés contre Giano délia Bella. — Complicité du popolo grosso,
du pape, des juges, des bouchers. — Dino Pecora et Corso Donati. — Procès
TABLE DKS MATIÈRES. 525
et absolution de Corso Donati (20 janvier 1295). — Soulèvement populaire
contre le potestat. — Conjuration contre Giano. — Bulle de Boniface VIII
(23 janrier 1295^. — Procès de Giano (17 février). — Son départ (5 mars).
— Sa condamnation. — AfTermissement de la révolution des ordonnances. —
Elle se propage dans les autres villes de la Toscane. — Jehan de ChAlon, éloigné
de la province parla médiation du pape. — Aggravation des ordonnances (13
mai 1295). — Réclamation des grands et tentative d'émeute (6 Juillet). — '
Triomphe pacifique des marchands. — Mesures d'apaisement prises par les
vainqueurs (1295-130»). — Soumission d'une partie des grands. — Derniers
efforts des autres : le potestat llonfiorito (janvier-mai 1299). — Poursuites
contre les prieurs du 15 août (19 octobre). — Autorité crois5ante de Florence
sur la ligue toscane. — Ses relations avec Charles II d'Anjou. — Avec Bolo-
gne (1290-1298). — Avec Boniface VIII (1297). — Croisade contre les Colonna
— Ambassade des Florentins au jubilé (1300). — Travaux publics à Florence
pendant celte période (1295-1300). — Les édifices religieux : San-Giovanni,
Santa-Reparata, Santn-Croce, Santo-Spirito, Santa-Maria Novella. — Travaux
d'édilité. — Les prisons. — Le palais de la seigneurie. — La troisième en-
ceinte de murs. — Travaux sur le territoire et au delà : routes, ponts, châteaux,
— Jugement contradictoire de Dante et de Machiavel sur cette période. 406
INDEX ALPHABÉTIQUE
DES NOMS ET DES CHOSES PRINCIPALES
Les noins d'auteurs ou d'ouvrages mentionnés pour .U première fois sont en italiqties, Deui
diilTres au nidme nom d'auteur indiquent deux outrages difTérenls de cet auteur.
Aixili, 312, 507.
Absents, 38i.
Abstecsions, 264.
Abruzzcs, 126, 144.
Accapireurs, 345.
Accatto, 393.
Acciajuoli,i85,351,368,
434.437.
Accursi, 476, 478.
Acerni, 49.
Achat de maisons, etc.,
433, 450.
Acquasparta, 83, 442.
Acre, 272, 354.
Adam de la Halle, 22,
52, 53
Adda, 228.
Adelasie, 177.
Adenolfo del Gonto, 196.
Adîmari, 4, 14, 82, 166,
192, 218, 360, 426,
427,432,447,501.
AITranchissemeiit des
serfs, 349, 350.
Afrique, 13, 161.
Agli, 482, 485, 515.
Agobbio, 328.
Agolanti, 499.
Aguglione, 268, 409.
Âicarts delFossat^ 127.
Aigues-Mortes, 354.
Aimer i de Pegvilain,
52, 53.
Ain, 146.
Alba, 144, 1 V8, 153.
Albergatori, voy. Auber-
gistes.
Albert d'Autriche, 411.
Albert de Parme, 25.
Albcrti, 485, 506.
Albigeois, 85.
Albizzi, 326, 365, 366,
504.
Albizzo, voy. Gorbinelli.
Aldobrandino de Sienne,
180.
Alençon, 259.
Alexander (Cornes), 488.
Alexandre IV, 17.
Alfani, 265, 446.
Allemagne, 4, 5, 35,110,
123, 126, 151 - 153.
217, 466.
Allemands, 7, 26, 46, 40,
59, 67-70, 72, 74, 76,
79, 83, 120, 128, 139.
141-143, 147, 156,
158, 295.
Alphonse de Castille, 109,
175.
Altafronte, 459.
AltoYiti,4,193,287,326,
409, 434, 477, 478,
180, 482, 483, 485,
487, 489, 491, 493,
496,501, 514.
Alvernia, 311.
Amairico Augerio^ 27.
Amari, 266, 471.
Amatore Puzzini, 37.
Amaury de Montfort, 85.
Ambassadeurs, 250, 251,
266, 268, 278, 279,
281, 283, 284, 328,
334, 350, 356, 438,
439, 441, 446, 447,
473-477, 479, 481-
483. 493-495, 502.
Ambra, 301.
5-26
INDEX ALPHABÉTIQUE.
Amendes, 172,239,246,
250, 309, 348, 349,
378, 381, 385, 386,
390, 391, 394, 395,
414, 422, 430-432.
Amidei, 201.
Ancone, 134, 143, 160.
Andréa de Cerreto, 351 ,
511.
Angers, 30.
Angelerio Bonelli, 37.
Angelini, 501.
Angelo, 307.
Angclotli, 489.
Angiolieri,476,478,505,
506, 512, 515, 516.
Angioliui, 496.
Anglais, 371.
Anglano, 9, 136.
Angleterre, 356.
Anguillara, 167.
Anjou, 30, 130, 297, 308.
Annal. Placent. Gib„
130.
Annal, vet. Mutin. ^ 15.
Annunziata, 316.
.^nsclmi, 4H4.
Antonio de Quarto, 357.
Anlonio Scaranipi, 357.
.\nziani, 16, 90, 91,215,
255, 257, 324.
Apennin, 13, 42, 43, 129,
175, 191, 267, 316.
Apothicaires, 65, 232,
374.
Appels, 239, 251, 391.
Apulien, 144.
Aqueducs, 461.
Aquila, 136.
Aquino, 46, 47.
Aragon, 297.
Arbalétriers, 313, 396,
491.
Arbitres, 358, 409.
Arborea, 271,502.
Archevêque de Pise, 274.
294.
Archinlri, 228.
Architectes, 491 .
Ar(lin«!helli, 185.
Arezzo, 5, 6,43, 58,121,
138, 163, 174, 481,
182, 499, 267, 268,
270, 294-296, 298-
301, 303, 305, 308-
312, 318-320, 323,
324. 326, 327. 329,
335, 403, 424, 473.
Aristocratie, 67,168,231,
253, 339, 353, 367.
Aristophane, 463.
Armée, 30, 31, 145, 182,
235, 510-313, 319,
322, 332, 333.
Anneggiatori, 195.
Armes de Charles d'An-
jou, 431.
— des compagnies,
240.
— du gonfalonier.
379.
— des guelfes, 42,
— des Métiers, 65,
66,431.
— des Siennois ,212.
Armurier^t, voy.Carozzai,
Spadai.
Amo, 9, 460, 181, 183,
303,311,322,459.
Arnoiro de (>)lle, 452,
453, 457.
Arnonico, 183.
Amulphe, 131.
Arrighi, 4(19.
Arrighi del Beccaio, 218.
Arrigo del Boccaccio»286.
Arrigucc), 435.
Arruoti, 233, 242, 256,
373.
Artinigi, 435.
Artistes, 268.
Arts, 65, 66, 68, 74, 95,
195, 204, 227, 230-
233, 254, 266, 351,
352, 358, 359, 364,
582-384, 387.
Arts majeurs, 65, 66, 93,
2*24, 231, 252, ^233,
251, 254, 255, 352,
353, 559, 365, 567,
371,572, 584,385.
Arts mineurs, 66, 254,
350, r,53, 382-385,
408,409.
Arts iiioycus, 254, 359,
365, 367.
Asciana, 160, 180, 304.
Asia, 136.
Asie, 13.
Asino desUbcrti, 11,50,
130.
Assemblée à parlement,
92,238,248,249,256,
283, 374, 472, 509.
Assesseurs de poteètat,
240, 241.
Assise, 335.
Asti, 153, 306.
Aslura, 149.
Athenœum, 7.
Athènes, 96, 463, 465.
Atiglianti, 369.
Auberges, 446.
Aubergistes, 66, .^82.
Audiences, 234, 375.
Augustins, 62, 453, 454.
Aune, 430.
Autriche [duc d*), 427,
439.
Avane, 44.
Aveugles, 408.
Aymeric, 307, 308, 310,
315, 316, 321, 327,
331.
Aymerii, 512.
Azzolino des Uberli, 466.
Azzone, 440, 441.
Badia,64,231,234,275,
326. 360, 427.
Baglione di S. Giovanni,
184.
Baguette, 435.
Balayeurs, 242.
Baldo d'Aguglione, 268,
409,437.
Baldo de Mandria, 432.
Baldoni, 497.
Baldovinodes Ugoni,237,
345.
Baldo vi DO Rainucci, 266.
Baléares, 277.
Baleslrieri, 343.
INDEX ALPHABÉTIQUli,
527
Balia,i97,205,258,305,
319, 325, 328, 344,
345, 366, 409, 425,
429, 440, 442, 475,
477, 51i, 512.
Banderaio, 395, 396.
Bandini, 446.
Banditori, 376.
Bannières, 212, 310,317,
331, 333, 380, 381,
396, 403.
Banquiers, 384.
Barbadori, 99.
Barbarie» 162.
Barbas«:ori, 487.
Barberino, 158.
Barcli,154,156,157,185,
223, 231, 360, 426,
458, 502.
Bardo d'Ammirato, 199,
200.
Bargello, 456.
Bari, 199.
Barrau (Nie. de), 121.
Bartolini, 312.
Barlolo des Hardi, 231.
Bascbicra (Bindo], 477,
486.
Bastaro, 440.
Battifolle(Guido(ii),22i.
Baudouin, 169. 170.
Bazzacarino, 268.
Béatrix de Provence, 21.
Beaumoni (Geoffroy de),
42.
Becchi, 458.
Bccchinugi, 309.
Belindorc, 125.
Bclla (Délia), 360, 361.
Beliincione des Adimari,
82.
Bcllincioni (Bonaccorso),
476, 508,509,512.
Belluccio d'Ostinn, 438.
Bencivenni, 409.
Bene de Vaglia, 369.
Bénévent, 25, 47, 49,
51, 129, 148, 156.
Benincasa, 495.
Benintendi, 293.
Bentacordc, 'i82.
Benvenulo de Saraane,
181.
Bérard, 307, 310. 316.
Berlinghieri, 99.
Bernardi, 502.
Bernardini, 81.
Berii.irdino délia Porta,
237.
Bemardo, éfêque, 180.
Bernardo de Rieti, 304.
Bemardo Lanfredi, 271.
Bemarttus Guido, 28.
Bcrre de Pise, 438.
Berrovieri, ÏIO, 233,
236, 238, 240, 376,
395-397.
Bertardo, 474.
Berti, 483.
Bertoldode Slefani, 347.
Bescherelle, 146.
Béthune-Dampierre, 32,
41.
Bibbiena, 312. 319.
Bibliolh, de F École des
Oiarlcs, 22.
Bicntina. 179, 282.
Bindi, 488.
Bindo des .\diniari, 82.
Bindo Galigai, .18.
Bisdomini, voy. Visdo-
niini.
Biserno, 438.
Blanche d'Anjou, 440.
Blanche de Gastille, 21.
Blé, 250.
Blessures, 430.
Boccaccio, 475,490,510.
Bolegnino, 289, 496.
Boighcri, 179.
Pologne, 13, 14, 42, 62,
106, 107, 175, 177,
179, 185, 191, 267,
268. 500, .-10, 440,
441, 461.
Bolzano, 127.
Bonaccorsi, 185.
Bonaccorso, 4, 15, 495,
502.
Bonaccursi, 506.
Bonaccurso Lisci, 356,
507.
Bonaguida;Ricco), 37.
Bonaiuto, 492.
Bonamore, 198, 204.
Bonaventura, 30, 36.
Bonaventura du Mugello,
180.
BonifaceVIIl, 410, 422,
424, 425, 459, 441-
444,447.
Boninsegna de Becchi-
nugi, 369.
Bonucci, 171.
Bonzolino. 200.
Bordeaux, 260.
fiordelli, 369, 491.
Borghi, 409.
Borgo (Citoyen), 487.
Borgo, 98, 201, 209,
381, 409.
Borgo San Sepolcro, 121 .
BoHichi, 195, 360.
Bouchers, 66, 243, 254,
367, 369. 383.
Boucliers (Fabricants de) ,
voy. Scudai.
Bouffons, 261, 262.
Boulangers . 66, 243, 383,
384
Boules, 247.
Bourgogne, 355, 411,
425.
Bourse, 44.
Boutaric, 355.
Boutiques, 597.
Drainne, 297.
Braiselve, 133, 138, 159.
Brancaleoni, 194.
Branchi, 516.
Brescia, 369.
Brioii (Simon «ic), 37,
221.
Britaiiz, 157-100.
Brudaio; 477, 492, 497,
502, 504, 5:15, 509,
511.
Bruit public, 393, 428.
Brunelleschi, 515.
Bucelli, 509.
Buglielti de Lucardo ,
438.
Bulle, 418.
Buonuonte de MontcfcU
tro, 298, 301, 313,
317.
528
Buonâguida, 475, 486,
501.
Buondelmonli, ii, 88,
ii7, 193, 198, 199.
tKîO, 255, 266, 287,
289, 560, 458, 484,
486. 487, 492, 495,
502.
Buoni Uomini, 64.. 68,
71, 90, 91. 94, 96.
101, 105, 164, 199.
206-209, 225, 232.
233,235,255,371.
Buoso de Doara, 17, 42,
56 153.
Burbii8si,369,494, 497,
513.
Busson. 170.
Buzzaccherini. 328.
Bzoviuêf 142.
Cabarctiers, 582.
Cncca, 15.
Cagliari, 179, 302.
Calcina ia, 324.
Calimala,64,65,72,227,
230, 231, 232, 250.
329, 430. 449, 489,
494.
Calore, 47.
Calzaioli, 65.
Caliolario, 446.
Camaiore, 271.
Cambi, 253.
Camaldoli, 311.
Cambio, 452.
Caméra, 376.
Camerlingues, 249, 250,
451, 457, 500.
Campaldino. 295, 314,
315, 319, 336.
Campanie, 221.
Camparini dclla Bellfl,
419.
Cariipi, 75.
Cauipigtia, 118.
Canipo (place du), 211.
Cnmporcna, 332.
Cancellicri, 215.
INDEX ALPHABÉTIQUE.
Candidaturea, 378.
Canigiani, 356.
Canna, 430.
Capalle, 75.
Capcce, 87. 109, 110,
137.
Capitaine florentin. 206.
— de la Toscane.
115.
— de la guerre,
235,241,256.
377.
— de la Ta^rlia.
222.
— de mercenaires,
438.
— du méfait, 590,
428.
— du peuple, 90,
105, 209, 210, 211,
219, 231, 236-241,
244, 245, 248, 249,
251, 257, 266, 286,
305, 319, 329, 345-
348, 350, 351, 565.
366, 371, 377, 384-
386. 394, 397, 400,
409, 419, 430, 433,
435, 458, 456, 474-
505.
Capitaine général de la
guerre, 240, 285.
Capitanatc, 144.
Capitani di parte guelfa.
101-105. 196. 206.
Capitudini, 91-94, 96.
200, 218, 224, 233,
235, 241, 242, 248,
250, 251, 254, 256,
546, 556, 359, 36^4,
366. 367. 571. 575,
577, 578, 58 i, ,386,
387, 477-479, 486,
494, 496, 408, 510,
512-516.
Capo di Gherardo, 408.
Caponsacchi, 2U1.
Caposelvolc, 325.
Capoue, 25, 47, 166.
Capriolo, 42.
Caprona, 322.
Cirdinnle des Tornaquin-
ci, 193, 219, 477
Cardinali, 255.
Carradore, 356.
Carreggiai, 383.
Carrefours, 455.
Carretto (Del), 135.
Carroccio, 158, 195, 209.
Carniccio del Verre, 403.
Cartilage, 162.
(Uisalbcrti. 462.
Cascina, 183.
Ca$entino,44, 158, 300,
311, 325.
Caserte, 46, 47. 51.
Caslagna [Tour de la),
254.
Castelbuoni, 287.
Castelfranco, 2, 462.
Castellani, 212.
CasteItanidePistoia,420.
Ca^tellano, 484.
Castello del Bosco, 553.
Castelnuofo , 44, 344,
433.
Castiglione. 11.
Castiglioni, 228.
Castro. 121, 285. 484.
485.
Castro, 370.
Casul>erti. 462.
Catalano des Malavolli,
62, 63, 77, 80.
Catalogne, 506.
Calena. 22i.
Caterina dclla Bella, 420.
Caution, 548, 588, 589.
Cavalcanti,82, 255,514.
560. 485, 498.
CavalcaU, 219.
Cavalerie, 210.
Cavallale, 500,304, 308,
309, 323, 440.
Cece Buondelmonti, 11,
50.
Cece Gherardini, 95.
Cecina, 177,
Cenci,221.
Ccnnamella. 242.
Ccnni, 513.
Cent (Conseil des), 91.
94, 96, 256, 327, 328,
364, 386, 417, 457.
Ceperano, 4G, 52, 144.
Cerbaria, 461.
Cerchi, 73, 204, 209,
295, 510, 526, 356,
401, 414, 417, 425,
427, 416.
Cerchio, voy. Enceinte.
Gcrlomondo, 512, 518,
521, 415.
Cervellini, 472, 476.
Césarbmc, 467.
Châlon, 411.
Champngoe , 18 , 145,
355, 556.
Chandelle, 156, 323.
Chanoine, 450.
Change, 230-252.
Changeurs, 65.
Cliansons de Charles
d'Anjou, 22-24.
Chapelles, 417.
Charles I" d'Anjou, 19-
50, 52-55, 59-42, 44-
46, 48, 50, 51, 54,
79,85,84,87,88,90,
100, 105, 109-111,
115-124, 127, 128,
152, 155, 155-157,
141, 142, 144, 145,
147-151, 155, 154,
156, 159, 161, 162,
167-169, 175, 174,
176, 178, 184-187,
195, 205, 212, 215,
220. 221, 225-225,
259, 260, 266, 269,
275, 295, 505.
Charles II d'Anjou, 297,
505, 506, 507, 509,
411.451,459, 440.
Charles VI, 585.
Charpentiers, vo?/. Maes-
tri et Legnajuoli.
Charretiers, votj. Carreg-
giai.
Charte, 571.
Chftteaux, 461.
Cherico Donati, 458.
.Chevalerie, 168, 255.
Chevaliers, 258, 250,
233, 261 . 359.
Chevaux,258, 242, 251.
INDEX ALPHABÉTIQUE.
ChiamaU, 580.
Chiana, 44.
Chianciano, 118.
Chiaro, 450.
Chiavajuoli, 585, ^84.
Chiermontcsi, 457.
Chine, 464.
Chiusi, 300. 522.
Chron. imp, et ponlif.^
22.
CJiron. mélrique de St.'
Magloire, 51.
Chron, SicilicCf 49.
Ciaconio, 194.
Ciampoli, 253.
Cimabue, 115.
Cinquantaines, 3S1.
Citeaux, 307.
Ciità di Caslello, 442.
Ciuccio de Cinto, 268.
CiviteUa,191, 525.
Clément IV, 28, 29, 31,
36-42, 45, 55, 57.
61-63, 68, 69, 76-79,
81, 85-86. 90, 100,
109, 112, 114-147,
119, 122, 126-128,
150, 152, 155, 155,
156, 140, 142, 145,
149-151, 154. 162,
295.
Clément VI, 444.
Clercs, 218, 555, 566,
504-517.
Clermont, 18.
Cloche, 580, 597, 415.
Coderta, 454.
Codice dipl. del Regno,
41.
Colle, 118, 121, 156, 157,
222, 269, 510, 517,
442.
Collège, 455.
Collemedio, 69, 70, 77,
78, 141.
Colletmccio, 150.
Colonna, 441, 445.
Cùme, 155, 415.
Comète, 27, 28.
Commission des ordon-
nances, 568.
Compagni (Dino), 250,
HIST. DE FLOR£KCB. — II.
520
529, 555, 565, 409,
505. 508, 510, 512.
Compagni (Piero), 409.
Compagnies des quar-
tiers, 210.
Compagnies du Gonfalo-
nier, 580, 581.
Comptoirs, 355,421.
Conciatori, 385.
Conciles, 168, 174.
Conclave, 18, 176, 221,
441.
Condottieri, 240.
Confinés, 201, 228.
Confiscation, 97, 98, 590.
Conradin, 5-6, 20, 24,
86,110,112,113,125,
124, 126, 127, 129,
150, 154-158, 141-
145, 147-151, 155.
Conseils, 91-97, 103,
199, 218, 219, 226,
255-258, 241-249,
256, 282, 289, 297,
526-529, 334, 545-
547, 551, 552, 564,
574, 580, 584, 586,
414, 418, 457, 450,
460, 472.
Conseils de la parte guel-
fa, 102, 103.
Consiglio des Cerchi,
556, 557.
Consorterie, 541, 545,
544.
Consorti, 341.
Constance, 297.
Constantinople, 272.
Consuls, 551, 552, 572,
585.
ConUdo, 139, 319, 345,
545, 549, 574, 585,
588, 418, 427, 460.
Conticino, 166.
Contingent, 442.
Convention, 104.
Copistes, 242, 558.
Corazzai, 585.
Corbano, voy, Curbans.
Corbinelli,284,527,477,
502, 508, 512.
Corde, 432.
34
550
Cordonniers, GO, 254,
289, 367.
Gorrado de Paltszo, 184.
Corredo, 224, 261.
Corse, 440.
Corso Dcodati , voya
Deodati.
Corso Donati, 282, 285,
310, 3H, 314, 316,
327, 333, 535, 360,
413^17, 474, 476.
Corlone, 121, 134.
Cor varia, voy. Guide.
Goscnza, 52, 146.
Cosimo, 177.
Costumes, 256.
Cousance, 146, 147.
Gredenza, 01,94, 96.
Crémone, 42, 175.
GriveUi, 228.
Croisade, 51, 45, 168,
173, 354, 442.
Crusca, 197.
Cuisiniers, 575.
Curban8,81,116.
CurrtdodeSorecina, 562.
Cymbales, 242.
Dandolo, 293.
Dante, 42. 45, 50-54,
80,145,148,166,254,
275, 286, 505, 506,
514, 516, 517, 519,
522, 542, 560, 571,
373, 437, 438, 442,
463.
Dante e il suo secolo,
414.
Dflrti, 423.
Davanzi, 475.
Décime, 36, 150.
Démagogie, 25 i.
Démocralie, 67, 91, OG,
97,215,250,255,553,
559, 572, 422» 464.
Dénonciation, 592, 505,
Deodati (Corso), 286,
490, 510.
Détaillants de draps, 66.
Dini, 99.
INDEX ALPHABÉTIQUE.
Dino, voy. Compagni,
Peoora.
Discordes civiles, 192.
Diotisalvi, 447.
Disette, 448.
DiWeto, 244, 249, 578.
Dix, 256.
Docteurs, 210, 250.
Dominicains, 454.
Donali, 4, 82, 192, 282,
560, 414, voy. Corso,
Simone.
Donato Camaiano, 496.
Doiiato, graveur, 268.
Donoralico, 14i, 177,
295.
Donzelli, 224, 575.
Douve, 437.
Dovadola, 191.
Drap [marchands de),
584.
Droit de cité, 268.
Duclos, 442.
durante, évéque, 440.
Durante des Ghiermon-
tesi, 457.
Édilité, 455.
Edmond d'Angleterre,
19, 24.
Edouard d' .Angleterre,
167, 506.
Égalité, 559.
Eglise grecque, 185.
Egypte, 19.
Electeurs, 257, 243.
Elections, 237, 258,243,
366, 371-374,:387,
435.
Elias Peleli, 77, 81.
Elio de Colle, 425.
Elisabeth, 111, 112.
Éloquence, 95, 96, 246,
247.
Empoli, 225, 282, 528,
458, 482.
Empruut,29, 55-41, 150-
152, 141, 187, 217,
225, 226, 265i 325,
529, 440.
enceinte, 459-46 1.
Enquête, 244.
Enriquc de Castille, 25,
109, 111, 120, 142,
144, 146, 148, 161.
Enzio, 155.
Era, 122.
Érard, voy. Valéry.
Eschyle, 465.
Espagne, 124, 125.
Espagnols, 144, 146, 148,
156.
Essayeurs de monnaies,
2i4. 250.
Este. 42, 185.
Estimo, 259, 499.
Estrapade, 456.
Evesham, 1G6.
Évéques d'Arezzo, 294,
298.
Évêques de Florence,
287.
Exactions, 355.
Exarchat, 187.
Excommunication, 134,
140, 143, 202, 506,
562.
Exil, 591,420, 421.
Exilés, 20, 42, 48, 85,
120, 159, 150, 161,
165, 179, 180, 182,
195, 201, 202, 212,
215, 205, 296, 299,
50 i, 505, 512, 524,
401, 402, 421, 424,
453,441.
Facio Juncle, 50.
Fadrique, 440.
Faonza, 62, 179.
Falconieri, 266, 500,
489.
Famiglia, 258, 541.
Famille, 540. 5ii,548.
Familles, 255, 551,
560.
Fanloni des Rossi, 290.
Farinati des Uberti, 11,
50, 82, 166 322.
Farinclla, 132.
Farnesc, 501
Fasanella, 45.
Fascolo, 278.
Fa^ello, 150.
Fazio, 502.
Federici, 60.
Feditori, 514.
Femmes, 456.
Ferentino, 287,492,493.
Ferracani, 82.
FerrajuoU, 382.
Ferrare, 42, 175, 410.
Fetenli, 81.
Fêles, 259, 261, 262,
307, 336, 353, 449.
Fieschi, 129, 298.
Fiesolc, 508.
Fifanti, 71, 201.
Fifres, 375, 376.
Figline, 462.
Filippo Spinelli, 200.
Financer, 70, 71.
Fineschi, 370.
Fiorita d'Iialia, 150.
Finmaccio,.4il.
Flandre, 297, 356.
Florin, 404.
Flotte, 33, 84,143, 161,
174, 272, 273, 350.
Folchi, 447.
Fondaccio S. Mccolô ,
172.
Fontaines, 461.
Foraboschii 3G0, 458.
Forcari, 131.
Forescdes Adimari, 14,
82,291, 427.
Foresi, 511.
Forgerons, 66, 254, 367,
383. Voy. Ferrajiioli.
Forli,179, 191,306.
Fornai, voy. Boulangers.
Fornari, 99.
Forteguerra,214.
Françai8,42, 47,49, 80,
108, 111, 116, 120.
121, 159, 140, 146,
148, 182, 221, 222,
306, 354, 355.
France, 15, 549, 554,
356, 573, 421, 466.
LNDËX ÂLPUÂBÉTIQUË.
Franccsca do Rimini ,
314.
Franceâco, 504.
Franccsco de Guido, 30,
36.
Francesco, évêque, 450.
Franchises, 462.
Franciscains, 442, 453.
Frangipani, voy. Latino.
Franzesi, 355, 446.
Frali Gaudcnti, 61, 64,
68 , 72 , 73, 76-78,
80, 90, 105, 107.
Frédéric Barberousse ,
187.
Frédéric II, 4, 45, 132,
152, 187, 198, 274,
303.
Frédéric d'Aragon, 440.
Frères de Sic-Marie, 60,
61.
Frères prêcheurs, 271.
Frescobaldi, 29, 170,
185, 220, 307, 360,
362, 488, 490, 512.
Fripiers, 66, 367.
Frighinello, 447.
Fromage (marchandi de),
383.
Fucecchio, 2, 265, 291,
402.
Funérailles, 375.
Gabbrielli, 309, 328.
Gabelles, 295, 451.
Gaêtc, 47.
Galastrino, 420.
Galastronc, 415, 416.
Galigai, 38, 71, 204,
583.
Galigai [tanneurs), 583,
407.
Gallctti, 407.
Galli, 407.
Galli de Spolèlc, 401 .
Gallura, 177, 272, 277,
292, 293, 484.
Gauibara|437.
531
Gangalaudi, 201, 509,
360.
GanghcreU, 286.
Ganlelme, 26, 29, 147.
Gardiens, 455.
Gnrdingo, 80.
Garigliano, 47.
Garencio, 150.
Gamero, 130.
Gascogne, 85.
Genazzano, 148.
Gônes, 30, 173, 267,
268, 272-274, 276-
279, 281-286, 288,
290, 291, 295, 298,
302, 529, 350, 552,
555, 402, 410, 440,
473-477 , 481-485,
493-495, 498, 502.
Gcppi, 99.
Gerardino de Gambara,
437.
Geri, voy. Spina.
Geri des Chiermonlcsi,
437.
Gherardeaca, 177, 202.
Voy. UgoUno.
Ghcrardi,490.
Gherardini, 326.
Gherardo de Prato, 181.
Gbini des Frescobaldi,
220.
Giachinotti, 253.
Giambertani, 501.
Giandonati, 360, 494,
495.
Gianni do Lucino, 415,
417.
Giano délia Bella, 360-
364, 366, 373, 380,
408-411, 413, 416.
418-422, 424, 430,
43f.
Gibelins, 16,17, 26,42^
44, 48, 67, 68, 71,
75, 76, 82, 85, 86,
97, 100, 104, 105,
107, 109, 112, 114,
123, 129, 134, 137>
13«, 142, 143, 161,
103, 165, 166, 168»
169* 170, 171, 174.
552
177, 178, 183, 190,
191-193, 200, 204-
206, 208, 211-215,
221, 227, 228, 26»>,
267-269, 275, 278,
294, 296-298, 500.
503, 305, 506, 508,
512, 522, 326, 527,
542, 402, 409-411.
421, 422, 424, 425,
440,462.
Gieremiei, 275.
GUles le Brun, 52.
Giliolo de Parme, 458.
Giordano d*Aiiglano, 5»
47, 50, 51, 156.
Giovanni Cini, 246.
Giovanni de Appia, 298.
Giovanni di Paganello ,
64.
Giovanni de Procida ,
224.
Giovanni de Sant'Eusla-
chio, 206.
Giovanni Novello, 298.
Giovanni deViterbe, 180.
Girolami, 72.
Giudice (Alberto del) ,
409.
Giudùe [del], 41.
Giuseppe Coppi. 57.
Gune de Gliigi, 452.
Gonfalon, 209, 210, 367,
579, 581, 582, 594,
396, 415.
Gonfaloniers, 209, 210,
249,271, 500.
Gonfalonier de justice,
565, 566, 571, 573,
575, 577^79, 386,
391, 394-397, 407,
415.
Gorili, 7.
Goro, graveur, 268.
Gottoli, 551.
Gozzadini, 61.
Gradenigo, 425.
Grandelia, 47.
Grands, 67, 97, 168,
169, 172, 190, 192,
210, 211, 213, 214,
219, 238, 229, 230,
LNDEX ALPUABÉTIQUE.
253, 284, 286, 300,
359, 542, 5i5, 545,
540, 550, 551, 555,
559, 365, 568, 586,
587-598, 401, 405,
407, 410, 418, 419,
422, 426, 428-455.
Gralie, 479, 495, 507,
511,515.
GrégoireX, 167,169-174,
176, 179, 181, 182,
185, 195, 216, 287.
Grégoire XI, 444.
Gre:>sa, 117.
Greti, 303.
Gros tournois, 446.
Grosseto, 118.
Guala, 5.
Gualbert, 311.
Gualducci,474,496,498.
Gualterio de Ganglie-
reto, 286,490.
Gualterotti, 360.
Guascone Trapilicini, 36.
Guazzesi, 521.
Guelfes, 5, 5, 6, 8, 9,
16, 17, 20, 43, 47,
48, 56, 59, 62, 65,
67, 68, 76, 82, 85,
97, 100, 101, 105,
107, 109, 110, 119,
120, 121, 125, 157,
142, 146, 147, 155,
155, 161-165, 170,
171, 177-179, 182,
190, 192, 195, 200,
204-206, 208, 212,
214, 215, 221, 224,
227, 266, 268-270,
273, 275, 278, 293,
295, 297, 299, 300,
513, 522, 523, 326,
327, 342, 368, 577,
402, 408, 410, 422,
424, 440, 441, 457.
Gueifo Falconi, 271.
Guglielmi, 489, 516.
Guglielmino des Pazzi,
501. 308, 509, 517.
Guglielmino des Uber-
linl, 294, 298, 516,
517, 321.
Gu^^lieinio d'Alba, 184.
Guiderello d'Orvielo ,
517.
Guidi, 201, 204, 300,
405, 409.
Guido Gaviilcanti, 82. '
Guido, chapelain, 450.
Guido de Corrigio, 105.
Guido de Corvaria, 162.
Guido de Moilcfellro,
lui, 227, 506, 525,
524, 528, 551, 552,
554, 402, 443.
Guido Guerra, 4, 42, 47,
65, 75. 83-85, 100,
140, 142, 158.
Guido Novcllo, 1, 2, 3,
7, 8, 9, 11, 53, 43,
44. 56-59, 62, 68, 70,
71, 73, 74, 76, 79,
82. 86, 87, 105, 154,
157, 154, 155. 158,
171, 191, 202, 204,
295, 505, 511-515,
516,517,525, 457.
Guillaume de Nangis ,
54.
Guinigi, 214.
Guittonc d'Arezzo, 60,
105-107.
Guscianella, 158.
Guyart, 49.
Guy de Montfort, 85,
87, 90, 112, 116,
162, 165, 165-167,
296, 297.
Guy Foulquet, 28.
HabiU, 576.
Uabsbourg, 169.
Hangest, voy. Brilauz.
Hegel (Karl), 570.
Henri de Bavière, 112.
Henri VI, 187.
Henri VII, 54.
Henry III d'Angleterre,
19,24, 85.166.
Hérode, 112.
Hiérarchie des arts, 582.
Uobenschwangau, 110.
Ilohenstaufen, 4, 40.
Honorius IV, 286, 297.
Hôpitaux, 242, 449.
Hostignani, 490.
llugone Jacobi, 36.
Hugues, 360.
Hugues de St-Gyr, 41 .
Huile (marchands d'), GG,
382.
Ildebrandeschi, 177.
ImbrcTiature, 242, 245.
Immeubles, 99-101.
Iinportuni, 253.
Jncontri, 213, 214.
Indemnité, 424.
Indulgences, 450, 451.
Industries, voy. Arts.
Inghiramo de Biserno,
438.
Initiative privée, 248.
Innocent IV, 19, 410.
Innocent V, 182, 185,
186.
Inondations, 160, 259,
260.
Inscription aux arts, 228,
230.
Institutions 89-93, 206-
211,230-256.
Interdit, 173-175, 180.
hambcrt, 444.
Isnard Ilugolin , 138 ,
140-142.
INDEX ALPHABÉTIQUE.
Jacopo Egidii, 36.
Jacopo , év. de Fcren-
tino, 492, 493.
Jayme d'Aragon , 303,
306, 308, 439.
Jehan de Ghâlon, 411,
424, 425. ,
Jérémic, 18.
Jérusalem, 4, 18, 112.
Joinyille, 24.
Jongleurs, 261, 262.
Jubilé, 336, 444-447.
Juge des appels, 239,
251, 433.
Juge des méfaits, 396.
Juge de sestiere, 240.
Juges, 65, 232, 258,
345, 350, 368, 582,
396, 597, 418.
Juges du potcslat, voy.
Assesseurs.
Jura, 14G.
Justice, 239.
Jacobi, 472, 490, 511.
Jacobins, 104.
Jacopi (Stoldo) , 482,
485, 493, 498.
Jacopo d'Angelotlo, 199,
200.
Jacopo de Cerreto. 57.
Jacopo de Certaido, 514.
Jacopo de Cingnano, 200.
Jacopo della Lana, Gl.
Laine, 65, 230-232.
Lajatico, 325.
Limbertnzzi, 175.
Lambcrti, 29, 71, 72,
76, 102, 201, 312,
351 , 432.
Lamberto dell' AntcUn,
204.
Lamprugnani, 228.
Lancia, 109, 110, 134,
137, 142, 144.
Landino, 61.
Landshut, 110.
Lanterne, 290.
Laon, 18.
Lapi, 99.
Lapo Aimeri, 356.
L;ipo del Pratese, 490.
La|>o des l'berli. 301,322.
Lapo, îjraveur, 208.
Lapo Guglielmi, 286.
L^ipo Riniiicini , 218,
226.
Lapo, voj^. Saller* l!i.
533
Lateriiu , 139, 158,
301, 304, 312, 325,
462.
Latini (Brunetto], 203,
243, 244, 258, 275,
283, 325, 327, 424,
474, 479. 480, 505.
Latino (card.), 194-199,
201, 203-206, 211,
213, 216, 227, 25*.
Lavagna, 129, 298.
Lavenza, 137.
Légistes, 210.
Lognajuoli, 383, 384.
Leicester, 24, 85, 166.
Le Mans, 30.
Le Puy, 28.
L'Estendart, 129, 139,
147.
Lettres do naturtlité,
357.
Liber muU. epUt», 4.
Liberté, 349, 350. ^
Licinio Bonaccorsi, 2 8.
Liège, 425.
Ligozzi,445.
Ligue guelfe, 222, 223,
275, 276, 279, 280,
282, 291, 293, 298,
305, 326-328, 331,
401,402,424,475.
Lion, 417.
Liris, 52.
Lis, 105, 453.
Lisei, 517.
Livourne, 352.
Livres, 386.
Location de boutiques,
242, 330.
Lodare, 198.
Loderingo d'Andalô, 59,
61-63, 77,80.
Lodo, 215, 351.
Lombardie, 14, 17, 35,
41,42, 44, 55, 110,
111,129,143. 335.
Lombards, 49, 144, 153,
176, 221, 352, 354,
355, 357.
Ix>mbrici, 271.
Loria, 439.
Lottario Bonasa*, 37.
Lollcringode Nanteiper-
loli, «H.
LoIlcriodelliTosi, SST.
Lollerio Fcrmecî, 38.
Lolli,U3,5M,513.
LntlicrtdeTillungo.ïOO.
totto dei Agli , SIS.
fojf. Agii.
Lotto d-DgoliDo, S09.
Lolto Hogolini, 3<l.
Louii de Bavière, 4,119.
Louii Vllr, 21, W. 85.
Louis IX, 19, Sl-33,27,
38,31. 3B, US. U9,
181, 102. 354, 355.
I«uii X, 350.
Lul^e^l, 40, 111, 130,
138. 144.
LDaiiie»,a.4, 5, 7-0.11.
12,10. 20, 03. 83.84.
107, 118, IM, 130,
131. 138. 149, 150,
105. 174. 180. 199,
2Î1. 222, 207, 2(W,
279. 281-285, 288,
2fl0, 201, 300. 30 J,
304. 310, 314, 333.
325-327, 329, 330,
352, 598, 401. 41a.
473. 474-479, 481-
485. 404, 495, 497.
MU, 501.
Lune, 3, 19.
Luniarna, 450.
Luni, 129.
Lunit^anc, 282, 283,
475, 477.
Luxe. 352, 353.
Lion, 32, 108,174,175.
MicehnrufR, 4.'î0.
HiuliiiTrili, 90. 403.
Mij^Dna. roi/. Ilic«lri.
Hiwlri di piptra 0 le-
gnainc. M, 5117, 380.
Miiffïo. 350, 309. 43i.
Hagnlolli, 434.
Manai. 360.379.418,429.
Hnghiniirrlo, 4.
rNDEX ALI'IIABËTIQUE.
Migr», 12. 159.
Higiut). voij. Gnnilt.
Hihitut, 140.
Uiinardo de Sutinani,
300, 310.
Hiine. 30.
Maùtn, 152.
Hainrilé, 370.
lI.joiv|iic, 351.
oij. Lalino,
H.!>!|
.,129.
Halitssti, 337.
HiItlMti. 353.
Mnleoln.W 1 1.132.
M.lfiiieiirs, S13.
Malpoli. 488.
Hancini. 434.
Hineate de Sirtcano ,
326.
Hanenti de Cliinncionn,
118.
Hanelli Bcaiitcu*. 288.
UanelU Tignnsi, 205,
504. Vos- Tignosi.
Ilsnfrcd. 3, 5. 10-19,
25-28. 33. 33. 44-5.^..
63.67.110,111,120,
152. 1S7, 297.
Hangiadori. 287.
Hini^na IAIc!!.di\103.
Hannem, 429.
Manni, 416.
Kantoue. 42.
HinboUini, 253.
Harcb. 187.
HircliandiiCl, 100.
Harcbands d'Iiuilc. von.
Huile.
Marcliands de ragnurt^a.
G6.
Harcliandt de TJn. 60.
Ilarclie d'AncAnc. Q. 50,
134, 143, 221.312.
Harche Trévi^ane. 185,
434.
Uari^chaui, 242.
Harcmmcs. 167, 179.
2 [4. 320.
}|3riage!.20l.3l4.
Harmnn, 17G.
Harins, 109.
Nannonlcl. 2I.'>,
Hntfeillr, 39, 33.
MaHIn IV, 321. 980.
Mirlinplla, 372.
Haanidiori. 427.
WaMiguclfa.lOO, lOÎ.
, 375.
.. 127.
Hhtlilhlc,
Halleodea Tiiiegi, !((.
SIMecin», 05. 210. 3V.'.
374, 435. 430.
iiidhlioa, 193.
Mcditi, 177. 30). 230.
U«j;''0''a1o. 130.
Mcpliorelli.-'.OO.
Heinharl de Gorili, 7,
1<3.
Mrloria, 273. 302, 518,
324.
Helii, 398.
Hende di CaTalli, 243.
uisiïTS. vnif. Logii.1-
427.
MercenairM, 14.40.67.
83, 180, 191. 21».
226, 393. 300, 310,
317.403,
HiTciiTS, 05, 239.
Mfinard, 357.
Meautters 37(3, 3»0.
Ilcfse. 375. 131.
Heswre. 2.32.
MohI, 233.
HcMJnc. 22). 230.
Heua
, 146.
Hicco de) VeNiitn, 389.
Milan, 17, 42. 153, 228.
tliltcc du Gonfnlonicr,
370. 3S0. 410.
HilIfM. 209. 2)2, 380.
403.
Mille (1rs). 209, 240,
Uilliaio, 400.
mni, 416.
Mudènc, 14. 15, 59,02,
lo3, 175, 101.
Maiti, *58.
Uarnn, 313.
Molciiano, 409.
Uorialdeschl.St.Ml-
fS,.„M!. nrt.
Wonrioriu, 4M-
Uonfionlo , 434- *37,
«7.
Uonniie!. 30, 98, KO,
244, 250, 404, 440.
IlonUpcrli, O'i.flV. I"'",
155. 1S8, 213, 307,
315.
Hante, 100.
l(onlecaWoli,291.
Nonlecastello, 180.
IConlecïtini, 165.
M(.nlccchi<.,170. 300.
Monlecuïcari, 270.
Jtonlc d'Artneln, il.
Monte di Ouief», 11-
llonlefcUra.voy Guido,
Buonconle.
JIonleErtMlo'i, ^^•
Nontelaco de U Berar-
dengi, 335. 4CÎ.
Honte Pisano, 11.
Uontepuldino, 6S, 119.
121.300. 32i.
Montcfasso, 401.
lIonteligniMi. 325. _
JlnnlGiurclii, 158. Mt.
335. 462.
Uoiiircml, 17.
Honltarl, noij. Simon,
Guï, Am>ufï-
Hontjoic, IM.
Honlopoli, "8. 182.
Uontorgi»le. 439.
Montpellier, 354.
Montiat. hi»t. patrur
276.
UoTimont, 135.
Itorosinii 275.
Uorra. 45.
Motrone, 122, 123, 130.
Notii. m, 195, 204,
298, 360, 425-fî7,
458.
Mimitiplité. 102, 247.
Hiigello,173,4«3.
Hugnonc, 461-
INDEX ALPHABÉTIQUE.
Man. 459-461. 1
Huiiciens, 375, 370.
llaiique, 376.
Hjslère, 431.
Hnio d'Artiglio, 408.
K.pl«. 24, 25. 47. 165,
274, 208, 308, 331.
Marlionno. 28.
NBsico N3>si. 268.
SasEiu, 265.
KcllodelUPietra.2T>-
Scocaitfo, 149.
S«ri Anibrwii, 514.
Beri Aligliïnli. 309.
Km Borri. 3S3, 409.
Seri Bordelli,26''.
Scri Bmt««»i, 28'J.
Dcri Donnli. 413.
HûrideiStrinali, 432.
rierli,220. 300,447.
Sero Fonwri, 37.
{Psliis dcl). 172.
es V.W'
Senfde Sienne. 269, 270.
Kevers, 162.
KLccolini. 224.
SIcolaa m, 186, 1S7,
193, 221, 222.
HicoU, IV, 366. 308.
334.442.
Nieïole, 479.
Hime«, 354.
Sino de GxUur», 1'".
277, 292. 293, 302-
304. 325-329. 402.
Soirs, 247.
Solaires, 05, 222, 232,
230, 238, 242. 245,
249-251, 350, 358,
368. 375. 378. 381.
382,385, 391,450.
l Obwmteura, 272.
Ociroi.22fl.
OCTrande de prisonnieri
299.
l Oglio, 42. I
OKnittiDti. 75, 400.
ûtim, 305.
OUrsmo, 98, 99, ÎOI.
208-210. 231. 395,
409, 427, 400.
Ombrie, 26'<.
Ondiai, 314.
OrtRe, 316. 310.
OrdinimenU juiliti» .
2ÏJ, 233, 308-398,
415 420. 430, 433,
500, 510.
Ordonnsncis de juslier,
noy, Ordin>menl«,Plc.
Ordonnance» de» roii de
France, 350. 355.
Orgia, 138.
Orioli, 471,
Orlandinl. 131, 400,470,
483. 487, i'JU.
Om.mno du Sassoti^r-
«10,281,478.
Or un Hiclielc, 420.
Orsini. 180. 194, 221,
334.
Ortoni, 136.
OrWelo,20. 27.57. 81,
201,308, 320,403.
Oïlie. 54. 191.
O.^nï.159,103.
OUgf», 114, 203, 250.
OtUïinleBiplelli, 551.
Otl.vi«no, 57. 58, 100,
*M.113-
Ollocar de Boliime, 187.
Otlon m, 360.
' al Pa-
laffio, 275.
Piice de Crrlïldo, 432.
Pacino AnKiolieri, 410.
Pïdoue. 14t, 328.
536
Paladino, 15, 315.
Palais, 458.
Palamidease, 125.
Palazzo Yecchio , 435»
445, 456-458.
Patenta, 144, 148.
Paiermini, 311.
Paleslinc, 84, 85, 145,
167, 182.
Palio, 320.
Palmicri, 444.
Panicote, 4.
Paniera, 497.
Pannier, 133.
Pannochicschi d'Elci ,
325.
Pantalcon, 18.
Papirio Masion^ 27.
Papon, 50.
Paradisi, 408, 517.
Paris, 29, 355, 405.
Parlement , voy. As-
semblt^c à....
Parmc,15, 42, 153, 175,
191, 237.
Parte guelfa, 101-104,
199, 258, 206, 295,
322, 529, 353, 359,
540, 408, 410, 418.
438.
Pasierini, 414.
P.itarins, 190.
Patrimoine deSt-Picrrc,
5,18, 201,221.
Palrizi, 301.
Paul lî, 444.
Pauvres, 202.
Pavesari, 513.
Pavie, 56, 127, 128,
150, 134.
Paysans, voy. Conlado.
Pazzi, 44, 159, 179,
185, 192, 201, 204,
294, 301, 344, 421,
452, 462, 494.
Pi'ngcs, 242, 275.
Pecora (Dino), 527,566,
509,412-414, 424.
Pedoni, 580-595.
Pedro d'Aragon, 200.
Peiîololli, 515.
Pela, voy. Gualducci.
INDEX ALPHABÉTIQUE.
Pelaricini, 17, 42, 129,
153.
Pelé, 209.
Pèlerins, 444.
Pellavillani, 124.
Pelletiers ou peaussiers,
65, 232.
P«//i,521.
Percivallc, 298, 299.
Peregrino Cassini, 37.
Pcrouse, 27, 34, 46,
106, 143, 326, 403,
491.
Perrens, 350,381.
Peruzzi, 115, 325, 336,
365, 372, 43^4.
Pesa, 461.
Pescia,217.
Peuples, 385.
Phare, 135, 224.
Philippe le Hardi , 167,
554, 556.
Philippe le Bel, 308,
350, 555, 557, 443,
466.
Philippe le Long, 550.
Piandimezzo, 165.
Piazza al Ponte, 427.
Picard (Soldai), 50.
Piccurda Donati, 414.
Piccolomini, 214.
Pics, 580.
Piémont, 41.
Pierre, 18,19, 444.
Pierre Léopold, 256.
Pietrasanta, 129, 473.
Pieve al Toppo, 501 .
Pigeons, 245.
Pigli (ou Pilli), 266,287,
491, 517.
Pignatelli, 52.
Pi no Vernacci, 417,426.
Pinli, 74, 177.
Pionniers, 580.
Piperno, -452.
Pisc, 5, 8, 10, 26, 50,
53, 62, 83, 84, 106,
109, 110, 112, 114,
118, 120, 122, 125,
129, 154, 155. 157,
158, 444, 154-150,
160-165, 165, 176-
180, 183-186, 217.
220, 265-268, 271-
288, 292, 294, 299,
301-504, 306, 522-
326, 550-555, 398,
401 , 402 , 423. 440,
445, 46?, 475, 474-
505.
Pistoia,5, 58,109, 118,
121, 151, 165, 174,
180, 184, 187, 199,
215, 222, 251, 245,
244, 271, 276, 284,
500, 505, 510, 514,
510, 528, 535, 362,
386, 405, 409, 418,
442, 482, 486.
Places, 455.
Plaisance, 155, 167.
Platon, 465.
Pô, 129.
Pogpibonzi , 119-125,
130, 158, 155, 161,
165, 222. 276, 505,
405, 442.
Poggioa S. Cecilia, 295.
Poitou, 41.
Polenta, 219, 284, 514,
471.
Police, 240, 242, 245,
542, 577, 455.
Politique commerciale',
266.
Pontassieye, 511.
Ponte, 148.
Ponte a Serchio, 11.
PonlcaValle, 158, 159,
147.
Pontedera, 182, 292,
525, 527, 551, 554,
402, 402.
PonletcUo, 157.
Pontevccchio, 427, 459.
Ponlremoli, 129, 157.
Ponts, 75, 160, 168,
181, 242,454,461.
Popolani, 75, 91, 92,
î'0,97, 102,192,207,
211, 215, 228-250,
250, 255, 250, 201,
284, 520, 559, 540,
342, 543, 545, 347,
354, 360, 377-379,
385-387, 389, 391,
392, 401, 403, 405,
407, 409, 412, 426-
428,431,432,435.
Popoleschi, 253.
Popolo grasso, 65, 91,
94, 340, 542, 353,
358, 559, 362, 398,
418, 423, 42^i, 426,
435.
Popolo m inuto, 66, 340,
418, 425, 426.
Popolo nuoro (ou se-
condo), 398.
Popolo vecchio (ou pri-
mo), 398.
Poppi, 312.
Populari, 119.
Porchello, voy, Spinola.
Porcs, 48.
Port d'armes, 242, 259,
350, 376, 386.
Porladi duomo, 98,201,
209, 210. 366, 381,
409.
Porta Rossa, 65, 105.
Porta Sanla-Maria, 201.
Porta San-Niccolô, 260.
Porta San-Pancrazio ,
98, 209, 40 J.
Porta San-Piero, 98,
100, 209, 210, 381,
407,409.
Portes, 454, 460.
Porto Pisano, 33, 122,
268, 279, 290, 329,
330, 352, 496, 498.
Poteslat, 90, 104, 105.
154, 101, 184, 206,
209-211, 219, 220,
235, 237-239, 241,
243, 244, 248-251,
257, 266, 271, 284,
286, 305, 309, 311,
319, 329, 335, 545-
348, 550, 356, 365,
366, 385, 386, 394,
396, 400, 409, 414.
416, 419, 427, 430,
433-435, 456, 474-
503.
INDEX ALPHABÉTIQUE.
Pouillc, 41, 45, 5 1, 120,
126, 308.
Prato, 74, 75, 113, 121,
131, 154, 184, 222,
243, 276, 305, 403,
442, 486.
Prato (le), 460.
Pratomagno, 311, 316.
Pr($fel d Étrurie, 170.
Présents, 165, 307.
Préleur, 221.
Prieur do peuple, 270,
271,296.
Prieurs, 90, 91, 231-
233, 235, 236, 241,
242, 244, 249, 251,
255, 257, 266, 271,
289, 292, 305, 318-
320, 325, 528, 329,
345, 350, 351, 359,
364-366, 368, 371,
373-377, 386, 391,
395, 408, 418, 419,
420, 426, 428, 429,
450, 474-503.
Priori di parte, 101.
Prisonniers, 222, 273,
278, 279, 302, 317,
330, 399, 456.
Prisons, 455, 456.
Privilèges, 376.
Proconsolo, 237.
Proposlo, 374.
Propriété, 348.
Proscriptions, 200.
Protectorat, 89, 90, 155,
187.
Provençaux, 146,147.
Provence, 129.
Provenzano, voy. Sal-
vani.
Psalmistc, 181.
Ptolémais. voy. Acre.
Puccio d'Arezzo, 438.
Puccio de Sarteano, 438.
Puccio de S. M. Visdo-
miiii, 414.
Pulci, 73, 351, 360.
479, 487, 494, 497.
557
Quartiers , voy. Sesti,
Tcrzo.
Quatorze, 199, 205, 207-
209, 216-219, 226,
227, 230, 232, 233,
244, 255, 259, 266,
356.
Quinct, 340.
Quinze, 213, 270.
Radicofani, 16, 43.
Ragone, 325.
Rainerio del Sasso, 473,
476, 508.
Rainuccio de la Pâmera,
289.
Ranerio, 30.
Rnnieri délia Bella, 419,
420.
Ranicri des Ubertini ,
215.
Ranieri (Pielro), 199,
206, 207.
Rapallo, 275.
Rapolano, 118.
Rassegna, 377.
Ravenne, 187, 218.
Raymond Bérenger, 21.
Recensement, 211.
Réconciliations, 351.
Redi de Gbigi, 432.
Réélection, voy. Divicto.
nrgegia Urbam IV, 19.
Reggio. 14, 15, 62, 80,
175, 191.
Registres, 387,388,417.
Règlement (desoonseils),
245-247.
Rejet des propositions,
244.
Reno, 175.
Repas des prieurs, 209,
234. 376.
Représailles, 382.
Réserve, 314.
Résidence des prieurs,
209,231,234.
INDEX ALI'IIABÉTIQUE.
Ikiiâino, 130.
Rome, 4, 25, 29, 3S3:..
Siinl-Fmntois d'AsjiJf,
Hellon, m.
40, 42, 4.1, 84. IM,
511, 331.
Rtwnont. *3fl.
135, 137, 138, 142-
SaiDl-GilIcs-tur-Rhânc,
Itennche, UT.
144, 14<, 140, 101,
28.
n<Svition des itUuls ,
180, 201, 218, 208,
Saint-Jean, 210, 2<>l ,
211,383,100.
304, 334, 330, 400,
301,419,453.
Rhode», UT.
413, 444, 445, 448.
Rimoli, m. 201.
152.
SaiDi-Paul-liort'des-
RkcDrdjiii, m.
Romei, 444.
Hurs, 33.
Romuild. 311,
S^i^^l-Picrte-HsiLir, 00,
ttlcconiBDni, 39, 318.
Itondinc, 304.
190.
tloniano, 62.
S«i..l-Thomai, 360.
3.10,108.175.
Saliire.. 922, 2.10, 243,
Hid.Je.t[. !I3, 00, 233,
rtciti. 440.
250, 285. 280. 30"!
235, Î42, 244. 250,
Ros.i, 99, 261.290,310,
525, 320, 358, 304,
250.
3G0, 384, 440,500,
376,383,411.
Dieil, 304. 308.
501.
Salfirnc, 2:>3, 2:>9, 266.
HiKTDBgioni. MO.
RossoBaehen-Ili,231.
SaiimbcTii, 38.
Jtinaldiui, 348.
Salino Dorriglii, 138.
Bioildo Ba<lali SQO.
220.
SBllerelli,327..3«0.1f!l,
Hinonichi, 183, 331.
Rouo de) Pornirio, 489,
597, 510. 511. 513,
Binucei, 474, 476.
Rd»so délia To!a, 186.
515.
RusLinaoJunctc. 30.
Sallini, 230.
2BS, aC4, 481, 484.
Roti. 29.37.
Sallo, 114. 117,148.
Ripoli, 300, 310.
Rolaj.. 11.
Sallo '[Simone dc^, 480,
Dislorl, 308.
RoulGge, 355.
490, 197.
niolucclall, 103.
Roule., 461.
EaWani (Cinmpolo). 213.
RUralti duomini ill.
RuLorli, 170.
Salvani (rtn)ille), 214.
toie., 445.
Rues, 155.
Robert d'.*rtois, 207,
RufToli, 360, 467.
155, 158.
Itobcrtilfl B»ri, 151.
Ruga Rossa, 105.
S>1«ntico,101,223, 488.
ItolKîrtdc Flandre, 151.
Ru|:giert des Ad 1 ma ri,
S(il.iCirubmi.23l.
RocciiCiiilellan>.130.
iOO.
SanBoaifjiio.ia.
Roera d'Arec, 47.
nuggiero des UbaWinL,
San Casiinno, 102.
Rowhi, 480.
274, 294. 3U2. 305,
San Donato in colllna.
366.
305.
16B, 170, 180, 1S7.
Rutebcur, 22, 41.
San Pirenie, 73, 74.
217, 205. 290.
Rjmer, 19.
San Frediano, 7.
Rodolphe, roi des Ro-
San Gallo, 212.
miins, 443.
■
San GemiRnano, 118,
Roger n*a>a, 28.
121, 165, 217, 222,
Roger d« Lohi, 439.
Sablni, 490.
270, 305, 310, 43'<.
«ulaniio, Zfl.
Saga, 03, 90. 218, 219,
439,442.
llomB)[ne, 5, 14,42.179,
222, 224, 231, 244,
San Cermano, 47.
185, 194, 2IIÎ, 218,
256, 282, 986. 289,
San Giorgio, 212.
221, 297, 209, 300,
326, 3Ï9, 350, 350,
San Cio>aiini, 73, 305,
305, 510, 312, 331,
300, 371-373, 378,
3-il, 4'J7, 441 -ï-iO.
424.
474-5(0.
Romsins, 49, 100. 444,
Sagoiiie, 164:
d'.lrno, 40-i.
4(5.
Saicil-Aiige (l'ont), 445.
San Cregorio délia pncc,
Romandiolc, 218.
Salnle-CécilcMi/.BrioD.
171,172,210.
Romanin. 423.
Sainl-Eusùbe, 42.
San Martine, 231, 361.
San Marlino de Vitinna,
462.
San Michèle Visdomini,
414.
San Miniato al Tedesco,
165, 18i, 217. 225,
205, 276, 299, oOO,
305, 310, 352, 479.
SanPancrazio,201,209,
210,251,381,459.
San Picr Mapgiorc, 417.
San Piero, 73.
San Piero (borgo), 437.
San Pier Schcraggio, 74,
98, 201, 208, 209.
210, 231, 251, 326,
530, 546, 551, 562.
379, 381, 395, 409,
433, 457, 458.
S.in Pietro (navire), 268.
San Procolo, 209, 329.
San Quirico, 158.
San Salvadore, 45.
San Savino, 299.
San Scverino, 45.
Sant' Apostolo, 459.
Santa Chiara, 414.
SanU Cristina de Pan-
gnana, 402.
SanlaCroce, 2,291,452-
454.
SanU Félicita, 99, 261.
Santa Liberata, «155.
Santa Maria a Monte, 2,
291.
Santa Maria de Gafagio,
454.
Santa Maria del Fiore,
455.
Sanla Maria Novclla,115,
196, 199, 204, 454.
Santa Maria sopra Porta,
102.
Santa Repara Ui,248, 285,
547, 565, 449, 450-
455, 472, 476, 509.
Sanf Ellcro, 116, 117,
119.
Santo Spirilo, 455, 454.
SaiNlaignc, 109,272,285,
402,440.
INDEX ALPHABÉTIQUE.
Sarrasins,18, 48,49, 85,
111, 133, 156, 144,
277.
Sarteano, 43.
Sarzanc, U, 137, 475,
477, 480, 488.
Sa^^soferrato, 284.
Savelli, 286.
Savi, voy. Sages.
Savoie, 355.
Savoyard, 445.
Savone, 134.
Savorigi, 75.
Scala, 127.
Scali, 177, 425.
Schiutta des Gancellieri,
215.
Schiatta Ubaldino, 287.
Scolari, 71,201.
Scrutin, 242, 247, 574,
577,578.
Scudai, 583, 584.
Sciirc'ola, 144, 148.
Scurta délia porta, 181,
196.
Secret des délibérations,
255.
Segalari, 177.
Sei delta biada, 250.
Seigneurie, 218.
Sel, 457.
Sel (marchand de], 362.
Semilonte, 452.
Sénateur de Rome, 25,
27, 109, 157, 161,
185,186, 221.
Sénéchal de Provence,
140.
Sénèque, 171.
Sépulture, 51, 52.
Serdonati, 446.
Serezzana, U.
Serfi, 349.
Serment, 238, 374, 577,
379, 585.
Serragli, 73, 75.
Serruriers, voy, Chiava-
juoli.
Servi, 56, 102, 383,
45 i.
Servitude, 344, 349.
Sestieri, 90, 98, 102,
539
116, 156, 201, 208-
210, 219, 226, 231,
232, 235, 259, 255,
285, 286, 552, 542,
566, 572-374, 377-
379, 381, 395, 407,
428, 4/7, 486, 487,
499.
Settimo, 307.
Sexagénaires, 210.
Sicile, 4, 19, 54, 55, 126,
135, 137, 143, 223,
227, 259, 266, 272,
297, 308, 459, 440.
Sienne, 3, 6, 8, 10, 12,
16,26,30,56,57,39,
40,43,62,63,68,85,
84,110,114,118-121,
125, 129, 151, 154,
137-159, 141, 154.
156, 159, 16M66,
174, 180, 211-214,
222, 2b7-269, 276,
288, 295, 29!>, 299-
301, 304, 505, 507,
508, 510, 5*22, 529,
548, 356, 402, 422.
442, 448, 482.
Sievc, 461.
Signa, 8-10.
Signori, 231 .
Signori délia Zecca, 250.
Simon de Monlfort, 24,
85, 160.
Simone Ajigeloiti, 286.
Simone des Bardi, 223 «
Simone del Salto, 218.
Simone Donati, 82, 327,
475,485,491,498.
Simone (frère de G. No-
vello), 75, 103, 154,
171.
Simplice, 9, 33, 50, 51.
Sindacato , 236 , 244 ,
347.
Siserno, 177.
Sitoni, 228.
Sodare, 388,589.
Soie, 65, 252.
Soldanieri, 59, 72, 204.
Solidarité, 548, 350,
587, 426.
540
Sonneur*, 3(8, 375.
Sordetlo,».
Souibc. 300.
Sonna. 177.
Sputii. 383, UO.
Spenditore, 375.
SpiKlU[i,37, 4S3, WI.
Spilicabcno, 44t.
Spini (Geri). 4ST.
Spini. 435, 437, 458.
SpinDl*. 410.
SpioinTUito, 44.
Spolitc, 5, <43, 331,
313.
Slatiita Flor.. 370.
GUtoU, 311, 318, 358.
343, 344, 3-i7. 35S,
3W), 303, 400, 400.
Stehnaclii, 400.
SterMadcDibbieuD,33e.
Steinheil, 43fl.
Sren», 335.
Slii, 311, 313.
SloMi, 90.
StrinaM, 433.
Stroni, 368. 488, 490,
500,513,510.
Slnuit, 300, 447.
Snduii, 195.
Saiiaet, 70.
Sulmaiu, 144.
Sjndio, 251, 254. 369,
Ï75, 305. 384-5S0,
304.403,435.441.
Ttbielifni, m»/. Scodii.
Tidilco <jc Hontorgiale.
439.
Taglia. 131, IGD, 178,
333, 260, 379, 39,i,
308, 331. 438.
T*Elùu»ia>, 148. 150.
Tilini delaTosï, 330.
Taido dclla Bclla, 410,
420.
Tiknli, 409.
INDEX ALPHiBÉTIQUE.
Timbari, 393, 394.
Tamiae. 100.
TanneuDi. voy. Galigai.
TarenI, 360.
T>rti(oTar1ili.300,S33.
TarUrea,447.
Tirqutn. 150.
Tiiea,7l,S39,245.307,
368, 385. 305, 357,
449-491, 460.
T»c de guerre, 181,
Ti^dildini, 71.
Teghia Tcdaldi. 390.
Tfnioignteea, 3M, 438,
439.
Templiera, 63, 131.
Terre de Gaudio, 85.
Terre de Labour, 35.
Teno, 16, 4Î3.
Teitimenl, 443, 450,
400.
TAûrrieuf Vatticolor ,
86.
Thouar, 4^9.
Thucydidi!, 403.
Tibre, 38. 53.
Tiniosi, 486. 495, 400.
i,4î5.
Tocain, 394.
Talomai, 214.
TolumcoAldobr,indi.2l8.
Toniitm. 110-112.
Toriei. 101.
Tonubuoni, 353,
Tarnaquinci, 73. 193,
353, 310, 360, 477.
498, 503. 512.
Torre (Dell>). 17, 42,
BI.IM, 140.
Tomnianl, 172.
Torseill, 507
Ton», voi/, Totiagh].
Toscane." 4, 5, 12. 13,
17.35. 43.44. 5G,. 5)1,
77, 81, 86, 110-113,
120. 130, 133, 137.
143, 155-155, 100,
163, 168. 176. 181,
185, 103, 333, 309,
370, 397, 312. 331.
335, 401, 40ï, 404,
463.
TMelli. 507, 515.
Tojinghi, 193, 330,3.^1,
360, 414. 486, 480,
488. 401, 405. 408,
500. 501, »7, 513,
517.
Trafic. 185. 306-307.
Traiignics, 32.
Trente-sii. 64. 68, 7t,
73. 70. 00, 164, 312,
213, 379.
Tréêor dn Charlit, 354.
Ti^aor publie, 370.
TribuMui. 309. 350.
Tribune, 346.
Trinc
. 87.
TriDcoTolia, 132.
TrinquaUcq"*' '^3-
Triomphe, 331.
Tmmpellea, 233, 842,
375, 376.
Troubadours, 53, 123-
125.
Trou.ère«, 53, 123-135.
Tfojï*. 18.29.
Tunli. 161.
Turin, 8. 41.
Tyrans. 17, 50, 335.
TïTol, 7.
Ubaldini, 173. 300, 303,
Uberli, 43, 71, S3, 88,
139, 106, 198. 100,
301,312.447.
Ubertinl. 43, 315. 894,
309, 305. 463.
LNDEX ALPII.VIJÉTIQUË.
541
UbertinOf 515.
Ubcrtino de lo Strozza,
voy. Strozza.
Ugo do Caldtia, 438.
Ugoliiio de GonigÎJ, 456.
Ugoliao de la Gberar-
dcsca, 178, 171), 182,
27 i- 280, 284-288,
290-294, 302, 503,
306, 402, 47 i, 481-
484,491,501.
Ugolino des Itossi, 310,
321.
Ugolino de Vicclilo, 446.
Ugoni, 545, 494.
Ugucciooe de la Fag-
giuola, 441.
Unanimité, 346.
Université, 509, 455.
Upczzinghi, 292, 321.
Urbain lY, 18, 20, 25,
27. 28, 30, 56, 60.
Urbino, 506.
Vacca (lour), 458.
Yaccbereccia, 435.
Vado, 13i.
Vaglia, 360.
Vaiisèfe, 355.
Yaiu, 447.
Yaleriano, 452.
Yalery, 145, 147. 148.
alloinbrcuse, 511.
Yalori, 185.
Yanni (cap'). 438.
Yanni des Mozzi, 427.
Vannucci, 46 i.
Yarramivta, 353.
Yelasco, 1H5.
Yelletri, 194.
Yelluti, 429, 445, 478,
483, 487, 496.
Yence, 423.
Ycnise, 17, 256, 293,
352, 398, 401, 423.
Yuiitroja dcsTornaquiuci,
510.
Yenlura, 445, 446.
Yépres Siciliennes, 221.
Ycrceil, 42, 153.
Yerde, 52.
Yerdun, 18.
Yernactia, 281,286.
Yernacci, 417, 426.
Yérone, 56. 118, 127,
134.
Yerrucchio, 237.
Yia Bellauda, 330.
Yiadc'Renai, 172.
Yiareggio, 281, 282,
284, 481, 484.
Yicaire impérial, 176,
186, 216, 217, 283,
411,422.
Yicaire royal, 12, l(î,
53,90,157,160,163,
181, 221.
Yicrjîe, 159, 212.
Yicri des Gerchi, 310,
313. 333, 360.
Yij;nale in Gafiiporcna,
332, 334.
Yillani (ramillo), 185.
Yillano (ser), 483.
Yillanuzzi, 489.
Yimercali, 228.
Yinatlicri, 582.
Yiiigl-quatre, 164, 212.
Yiscouti, 167, 228, 277.
Yisconli de Canipiglia,
118.
Yisconli de Gallura, 177,
178.
Yisdomini, 360, 516.
Vitali, 25.
Yilerbe. 77. 80, 115.
118, 126, 153, 134,
136, 142, li3, 166,
167, 181, 221, 326,
335.
Yoie latine, 144.
Yoirie, 455.
Yolognano, 430.
Volpi, 370.
Voltaire, 152.
Yollcrrc, 118, 121, 160,
165, 177, 215, 222,
267, 279, 305, 310.
325, 326, 328, 442,
462.
Yole, 247.
Yoyages, 355.
Yiilturnc, 47.
Zumbra, 322.
Znnche, 177.
Zannoni, 203.
Zanotlo, 425.
Zobi, 177.
ERUATA
Page 41, note Ti, li^iie 2, au lieu de cnilo, lin.*! : Carlu I.
I*age 588, ligne 18, au lieu de iiMiiîistrals, lisez : maguals.